L'UPA veut des résultats - La Terre de chez nous

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L'UPA veut des résultats - La Terre de chez nous
V o l . 87 , n o 18 – 4 au 10 mai 2016 – w w w . l a t e r r e . c a – U n c a h i e r – 3 2 p a g e s – 2,25 $

                                                                                               L’UPA veut
                                                                                             des résultats
                                                                                                                                                PAGES 2 À 5

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                                                                            Les moulins bio                                           SANTÉ
                                                                                                                                      PSYCHOLOGIQUE
                                                                                 ont le vent                                          Ensemble, pour
                                                                             dans les voiles                                          le bien-être
                                                                                                                                      des agriculteurs
MARTIN MÉNARD/TCN

                                                                                                      PAGES 14 ET 15
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                                                                                                                                                                                                          78313 02664
                                                                                                                                                                                                               7

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PAGE 2     LA TERRE DE CHEZ NOUS, 4 mai 2016

                                L’UPA VEUT DES RÉSULTATS
Le mardi 26 avril, le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, défendait                  Dans une entrevue donnée à la Terre à la fin de la semaine dernière,
les crédits de son ministère devant la Commission de l’agriculture, des                     le président de l’UPA, Marcel Groleau, a affirmé vouloir voir des
pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (CAPERN) à l’Assemblée                 résultats dans ses dossiers prioritaires. « On ne demande pas la
nationale. Un rendez-vous annuel obligé pour tous les ministres.                            démission du ministre Paradis, mais des résultats », a-t-il déclaré.
L’Union des producteurs agricoles (UPA) avait mis la table en accordant                     Il soutient par ailleurs que « les portes sont ouvertes » et que l’UPA
une entrevue à La Presse canadienne pour dénoncer le financement                            continue de travailler avec le gouvernement. Quant au premier ministre
d’organisations opposées à l’Union. C’était le plus récent blâme qui                        Philippe Couillard, il a réitéré sa confiance envers Pierre Paradis lorsque
s’ajoute à une longue liste de reproches que le syndicat agricole adresse                   questionné à l’Assemblée nationale le même jour.
depuis plusieurs mois au ministre Paradis.                                                  Retour sur une semaine de tensions entre l’UPA et le ministre Paradis.

ACCRÉDITATION UNIQUE

Le flou subsiste
                                              cours pour modifier la loi relativement
                                              à l’accréditation unique et que ce n’est
            THIERRY LARIVIÈRE                 pas une priorité. Pressé de questions, il
            tlariviere@laterre.ca             a toutefois mentionné que « les priorités

                                                                                                                                                                                           THIERRY LARIVIÈRE/TCN
                                              fluctuent » et qu’on ne connaît pas celles
   QUÉBEC — Interpellé en conférence          de l’automne. Bref, le flou persiste sur
de presse puis en commission parlemen-        ses intentions à moyen terme.
taire, le ministre Pierre Paradis n’a pas        « Je comprends le CEA et l’Union pay-      Le ministre Paradis a continué à être interrogé sur ses intentions quant à l’accréditation
vraiment clarifié sa position sur l’accré-    sanne, mais il y a de la place pour tous à    unique en commission parlementaire sur les crédits du MAPAQ.
ditation unique de l’Union des produc-        l’UPA », a commenté André Villeneuve,
teurs agricoles (UPA).                        critique du Parti québécois en agricul-       fois que l’UPA se plaint un peu trop »,         avance même le président de l’UPA. Ce
   « Rien n’interdit à l’Union paysanne       ture, qui dit ne pas avoir été consulté par   affirme celui qui dit constater l’appui         dernier fait valoir que si plusieurs asso-
et au Conseil des entrepreneurs agricoles     le ministre sur l’accréditation unique.       de l’ensemble de la classe agricole et de       ciations étaient accréditées, celles-ci per-
[CEA] de jouer un rôle », a-t-il men-         Il reproche à celui-ci de « diviser » les     plusieurs partenaires qu’il côtoie réguliè-     draient beaucoup de temps à défendre la
tionné d’entrée de jeu, ménageant ainsi       producteurs au lieu de les rassembler. Et     rement dans diverses rencontres.                place de leur organisation plutôt que les
la chèvre et le chou. Le ministre a ensuite   comme le rapportait récemment la Terre,         Il estime par ailleurs que le concept         intérêts des producteurs.
soutenu que la Coalition avenir Québec        le cabinet du chef de la CAQ confirmait       d’accréditation unique a toujours sa              Le président Groleau estime que les
(CAQ), Québec solidaire et d’anciens          que le parti ne remettrait pas en question    place en 2016. Selon lui, les autres asso-      cotisations et les contributions à l’UPA
péquistes étaient pour une révision du        le monopole de l’UPA.                         ciations agricoles canadiennes « envient        en fonction de la formule Rand repré-
modèle actuel de représentation des pro-                L’UPA pas surprise                  toutes » le modèle québécois à cet égard.       sentent un quart de 1 % du revenu agri-
ducteurs. « Ma priorité, c’est le lait dia-      Marcel Groleau n’est pas surpris de        « Si jamais les producteurs choisissaient       cole, mais que cela permet de défendre
filtré », a cependant ajouté le ministre,     l’ambiguïté du ministre sur l’accré-          une autre association que l’UPA, il fau-        les agriculteurs dans toutes les régions et
indiquant qu’aucuns travaux ne sont en        ditation unique. « Ça revient chaque          drait quand même en garder une seule »,         dans toutes les sphères d’activité.
L'UPA veut des résultats - La Terre de chez nous
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                                L’UPA VEUT DES RÉSULTATS
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Il faut cesser de forcer un choix

           PIERRE-YVON BÉGIN
           pybegin@laterre.ca

  Québec doit suspendre sa consul-
tation au sujet des programmes de
sécurité du revenu. C’est la demande
exprimée le 28 avril en conférence de
presse à Sherbrooke par le président
de l’Union des producteurs agricoles
(UPA), Marcel Groleau. Celui-ci
invite le ministère de l’Agriculture

                                                                                                                                                                                         PIERRE-YVON BÉGIN/TCN
à surseoir à son intention d’obliger
certaines productions à choisir entre
l’assurance stabilisation des revenus
agricoles (ASRA) et les Agri d’ici le
                                             En conférence de presse, le 28 avril à Sherbrooke, le président de l’UPA, Marcel Groleau, a demandé à Québec de suspendre sa consultation
27 mai.                                      qui vise à obliger les producteurs à choisir entre deux programmes de sécurité du revenu. Il est accompagné du président de la Fédération
  Lettres à l’appui, dont la Terre a         de l’UPA-Estrie, François Bourassa.
obtenu copie, Marcel Groleau révèle
que la Financière agricole et le ministre    donc être comptabilisées dans les              président de la Fédération de l’UPA            ger l’investissement à la ferme. L’UPA
de l’Agriculture se renvoient la balle       programmes Agri d’autogestion des              d’Abitibi-Témiscamingue. Plusieurs             en évalue le coût supplémentaire pour
au sujet d’une éventuelle modification       risques. « C’est très pénalisant pour          présidents de syndicats (relève, produc-       toutes les productions sous ASRA à
à la sécurité du revenu. « On me dit,        une région comme l’Estrie [de perdre           tion bovine, laitière, grains, etc.) ont       près de 40 M$, dont environ 8 M$
a-t-il rapporté, que ni l’un ni l’autre ne   l’ASRA] », soutient-il.                        pris la parole devant les manifestants         pour le maïs et le soya seulement. En
peut discuter de ça avec l’UPA, parce           Manifestation à Rouyn-Noranda               en exigeant unanimement le main-               commission parlementaire, le ministre
que ça appartient à l’un ou à l’autre de        Le 25 avril dernier, environ 200 pro-       tien de l’ASRA. Ils ont dit « en avoir         Paradis s’est engagé à demander à la
le faire. Je ne comprends pas. »             ducteurs ont manifesté à Rouyn-                soupé » des actions du gouvernement            Financière de réévaluer ce que cette
  Le président de la Fédération de           Noranda contre l’obligation de choisir         en place et qu’ils étaient déterminés à        demande de l’UPA coûte de plus. « Si
l’UPA-Estrie, François Bourassa, fait        entre les deux programmes. « Avec              prendre toutes les actions nécessaires         c’est autour de 8 M$, je vais me battre
valoir que les conditions prévalant en       son référendum, le gouvernement veut           en vue de conserver l’ASRA.                    pour conserver les deux programmes »,
Estrie sont fort différentes de celles de    diviser les producteurs. Et ultimement,             Le ministre ouvre une porte               a-t-il ajouté, après avoir évoqué une
la Montérégie. Il précise que le maïs et     il veut faire disparaître l’ASRA. C’est          L’UPA considère que ces deux modes           première estimation des coûts supplé-
le soya sont majoritairement consom-         vicieux et pernicieux, parce qu’ici,           d’intervention sont complémentaires            mentaires de 400 à 500 M$.
més à la ferme en Estrie. Les ventes         70 % des entreprises sont tributaires de       et permettent à la fois de stabiliser les        Avec la collaboration de Martin
nettes admissibles (VNA) ne peuvent          l’ASRA », a dénoncé Sylvain Vachon,            revenus pendant les crises et d’encoura-       Ménard et de Thierry Larivière

                                                                                TAXES FONCIÈRES                                                         LAIT DIAFILTRÉ

L’impact réel doit être bien évalué                                                                                           LA priorité du ministre
  Le nouveau programme de crédit de taxes foncières         pour obtenir les simulations de l’impact de ce nouveau              Autant en conférence de presse qu’en com-
agricoles, qui est prévu pour 2017 et qui sera géré par     programme sur lesquelles le gouvernement s’est basé               mission parlementaire la semaine dernière, le
Revenu Québec, a été une autre question majeure évo-        pour prendre sa décision et affirmer que la couverture            ministre a indiqué vouloir régler en priorité
quée pendant l’étude des crédits budgétaires.               serait « globalement » la même qu’avant.                          les importations de lait diafiltré. Il a dit ne pas
  Rappelons que les simulations de l’UPA esti-                Le ministre Paradis n’a pas été en mesure de dépo-              comprendre les critiques très sévères de l’UPA
ment que le nouveau programme pourrait à lui seul           ser cette étude d’impact à la CAPERN. Il a toutefois              envers lui, soulignant qu’il avait récemment
faire augmenter la facture de taxes des producteurs         soutenu que le ministère des Finances avait fait des              participé à deux conférences de presse pour la
de 30 % à 40 % en tenant compte de la taille des            projections et qu’il se fiait entièrement à la compétence         défense de la gestion de l’offre en collaboration
fermes et du prix des terres dans chaque région. Le         de son collègue Carlos Leitão. Il a malgré tout concédé           avec l’UPA. « Nous le remercions de son appui,
programme doit être réformé, dit-elle, mais pas en          à l’opposition une nouvelle vérification de l’impact du           mais ce dossier ne relève pas de lui », a déclaré
imposant un fardeau supplémentaire aux producteurs.         nouveau programme par les Finances. Celle-ci sera                 François Bourassa, président de la Fédération de
André Villeneuve, critique du Parti québécois, a insisté    déposée à la CAPERN plus tard. T.L.                               l’UPA-Estrie.
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                             L’UPA VEUT DES RÉSULTATS

Décevant rapport Pronovost
                                                                                                                    l’on connaissait déjà ». Rappelons que        augmenter le prix des terres et qui
                                                                                                                    la consultation a coûté 99 000 $ aux          empêche l’accessibilité. M. Pronovost
           MYRIAM LAPLANTE EL HAÏLI                                                                                 contribuables québécois. Aussi, quelle        propose qu’une équipe de spécialistes
           mlaplante@laterre.ca
                                                                                                                    ne fut pas la surprise de la FRAQ de          se penche sur la question – qui achète
                                                                                                                    constater que le rapport était daté du        quelles terres et pourquoi – avant d’éla-
  C’est « sans surprise et avec décep-                                                                              18 novembre 2015. « On a attendu cinq         borer des stratégies.
tion » que le président de l’Union des                                                                              mois avant sa sortie. C’est correct d’at-                      Quotas
producteurs agricoles (UPA), Marcel                                                                                 tendre, mais on se disait qu’il allait nous      Les secteurs sous gestion de l’offre
Groleau, accueille le rapport intitulé À                                                                            arriver avec quelque chose de concret         se doivent de favoriser l’accès de leur
l’écoute de la relève agricole – le vécu                                                                            à mettre en place. Depuis cinq mois,          production à la relève, dans le lait
et les attentes des jeunes agriculteurs                                                                             ça aurait été possible », ajoute la prési-    notamment, où M. Pronovost a relevé
québécois. Jean Pronovost, qui a été                                                                                dente, déçue que ça n’ait pas été le cas.     plusieurs irritants lors du démarrage
mandaté en février 2015 pour effectuer                                                                                           Cinq constats                    de nouvelles entreprises. « C’est assez

                                                                                            THIERRY LARIVIÈRE/TCN
une consultation auprès de la relève                                                                                  « Les jeunes entrepreneurs agricoles        surprenant [de critiquer la production
agricole, a dévoilé celui-ci aux côtés du                                                                           se butent à plusieurs problèmes qui           laitière], parce qu’on a quand même,
ministre Paradis le 26 avril dernier.                                                                               découlent d’un environnement d’af-            depuis 2008, instauré des plafonds sur
               Déception                                                                                            faires qui n’est pas toujours aussi favo-     le prix des quotas et que, grâce à ça,
                                              Le consultant Jean Pronovost a dévoilé le
  Selon le président de l’UPA, ce rapport     rapport qui faisait suite à la consultation                           rable qu’il pourrait l’être », a expliqué     on a réussi à maintenir un plus grand
est paradoxal. « Selon M. Pronovost,          effectuée auprès de la relève agricole.                               M. Pronovost en conférence de presse.         nombre de fermes dans tout le Québec.
les choses ne vont pas si mal au Québec                                                                             Plusieurs constats émanent de ce              On a augmenté le nombre de jeunes
grâce à nos systèmes et on performe             Pour sa part, la présidente de la                                   rapport.                                      producteurs qui peuvent être admis-
mieux que dans les autres provinces.          Fédération de la relève agricole du                                               Coffre à outils                   sibles au programme de démarrage,
Ensuite, il démontre qu’à cause de nos        Québec (FRAQ), Michèle Lalancette,                                      D’abord, les programmes d’aide à la         on a étendu ce système-là à l’échelle
systèmes on performe moins et qu’ils          trouve désolant, « que ça ait coûté aussi                             relève sont nombreux, mais méconnus           des cinq provinces de l’est du Canada
sont un frein à la relève. »                  cher pour arriver à des résultats que                                 et dispersés dans les différents minis-       [l’Ontario, les provinces maritimes et le
                                                                                                                    tères. M. Pronovost propose un « coffre       Québec]. Ça frôle le ridicule un peu »,
                                                                                                                    à outils », piloté par La Financière          explique M. Groleau.
                                                                                                                    agricole du Québec (FADQ), qui                            « Ferme type »

 Un rapport qui évacue l’expertise                                                                                  regrouperait en un même endroit l’aide
                                                                                                                    nécessaire aux jeunes producteurs en
                                                                                                                                                                    Le rapport soulève finalement que
                                                                                                                                                                  certaines politiques de la Commission
                                                                                                                                                                  de protection du territoire agricole
                                                                                                                    démarrage ou en transfert.
 en place                                                                                                                 Accaparement des terres
                                                                                                                      Le prix des terres et l’établisse-
                                                                                                                                                                  du Québec freinent l’innovation. Les
                                                                                                                                                                  réseaux de petites fermes demandent
   En se basant exclusivement sur             politique jeunesse du gouvernement.                                   ment des actifs étaient les principaux        notamment des changements concer-
 47 témoignages, l’approche sociolo-          L’auteur du rapport intitulé À l’écoute                               obstacles de la relève identifiés dans        nant le morcellement des terres et les
 gique de Jean Pronovost a laissé de          de la relève agricole n’a pas jugé bon                                le mémoire de la FRAQ, déposé en              limites de poulets hors quotas. La clé
 côté toute une expertise sur la relève.      non plus de rencontrer des experts uni-                               octobre dernier. À l’inverse, dans            pour bâtir la ferme qu’ils souhaitent
 « Ce que je remarque, c’est qu’il y a        versitaires ou autres qui se penchent                                 le rapport Pronovost, c’est plutôt la         serait de relever le plafond de 100 pou-
 beaucoup de choses dans ce rapport           sur cette problématique depuis des                                    compétition entre agriculteurs qui fait       lets et de 100 poules. M.L.
 qui ont déjà été dites dans la politique     années.
 jeunesse des libéraux de 2005 », com-          Le CRAAQ a un comité spécifique
 mente Diane Parent, professeure à la         sur le transfert et l’établissement qui

                                                                                                                     La Terre interpellée
 Faculté des sciences de l’agriculture        organise un colloque tous les deux ans
 de l’Université Laval et spécialiste de      et gère le site Agro-démarrage. Ce site
 la question de la relève agricole. Cette     regroupe une panoplie de ressources,
 politique existe depuis 15 ans et a été      dont un répertoire des programmes                                        La direction de La Terre de chez nous a été interpellée par une des conclusions
 renouvelée en mars dernier.                  disponibles, et rend accessible des                                    du rapport Pronovost selon laquelle les programmes pour la relève sont mécon-
   La professeure de l’Université Laval       trousses de démarrage par production.                                  nus. « Ils ne sont pas bien informés notamment parce que le MAPAQ a pris la
 reproche au récent rapport Pronovost           Diane Parent estime que le tour                                      décision de retirer toute publicité dans nos publications. Les statistiques prouvent
 sur la relève de « partir de zéro » à plu-   d’horizon de Jean Pronovost ne pose                                    depuis des années que la crédibilité médiatique agricole au Québec passe par
 sieurs égards et de n’apporter « rien de     pas assez clairement la question de la                                 La Terre de chez nous, qui rejoint plus de 100 000 lecteurs par semaine. C’est,
 nouveau ». La chercheuse indique que         vision à soutenir du développement de                                  selon moi, une erreur de communication qui doit être corrigée si le ministre veut
 le Centre de référence en agriculture et     l’agriculture (ferme familiale, petite                                 rejoindre le monde agricole au Québec et ainsi promouvoir les différents pro-
 agroalimentaire du Québec (CRAAQ)            ferme en circuit court, modèle Pangea,                                 grammes disponibles », a commenté André Savard, directeur de La Terre de chez
 ainsi que le MAPAQ avaient fait un           etc.). La professeure aurait également                                 nous. Il termine en insistant sur le fait que, contrairement à ce que le ministre a
 travail de documentation et de revue         souhaité que l’on consacre un chapitre                                 laissé entendre, la Terre n’est pas contre le bio ou le bien-être animal; elle est pour
 de littérature sur la relève agricole,       à la relève agricole féminine, qui com-                                une information complète pour ses lecteurs, dont la très grande majorité sont des
 notamment en vue de contribuer à la          porte des enjeux spécifiques. T.L.                                     producteurs agricoles.
L'UPA veut des résultats - La Terre de chez nous
LA TERRE DE CHEZ NOUS, 4 mai 2016         PAGE 5

                             L’UPA VEUT DES RÉSULTATS
                                                                                                              SOMMET SUR L’ALIMENTATION

Visiblement aucun enthousiasme
                                             la lenteur du gouvernement actuel :        (CTAQ), Sylvie Cloutier : « Nous
                                             « Depuis 24 mois, ça piétine. Et là, on    savons que le ministre veut tenir
           MARTINE GIGUÈRE                   nous propose un sommet sur l’alimen-       quatre minisommets, mais malheu-
           mgiguere@laterre.ca
                                             tation! »                                  reusement, nous n’avons aucun détail.
                                               Lors de l’étude des crédits, le          Pourtant, nous sommes des parte-
  Une « perte de temps ». Voilà              26 avril, le ministre a répété que le      naires. Nous devrions donc être asso-
comment Florent Gravel, président-           sommet était en préparation, mais que      ciés à la démarche. » C’est pourquoi
directeur général de l’Association           les différents intervenants du secteur     l’UPA, le CTAQ, l’ADA et le Conseil
des détaillants en alimentation du           – producteurs, distributeurs, transfor-    canadien du commerce de détail ont
Québec (ADA), qualifie le sommet             mateurs et consommateurs – seraient        cosigné une lettre au ministre lui
sur l’alimentation que compte organi-        rencontrés tour à tour.                    demandant de préciser ses intentions
ser le ministre de l’Agriculture, Pierre       Le président de l’UPA, Marcel            et les échéanciers.
Paradis.                                     Groleau, souligne qu’il n’a encore           Enfin, tous se questionnent sur la
  « Si, en 2016, au bureau du ministre,      reçu aucune invitation et qu’il préfère    lenteur de l’avancement des dossiers,

                                                                                                                                                                                  ARCHIVES/TCN
on ne sait pas où l’on s’en va en agricul-   connaître les « intentions » du ministre   car ils estiment que les problématiques
ture et en agroalimentaire au Québec,        avant de se prononcer sur la participa-    sont connues. « Pourquoi laisse-t-on
on a un problème important », a-t-il         tion ou non de l’organisation. Même        notre agriculture prendre du retard
ajouté, en entrevue à la Terre. L’ADA        son de cloche du côté de la présidente-    comparativement à d’autres provinces?      Président-directeur général de l’Association
                                                                                                                                   des détaillants en alimentation du Québec,
participera au sommet si le ministre la      directrice générale du Conseil de la       Il faut des leaders qui mènent les dos-    Florent Gravel considère que les détaillants
convoque, mais Florent Gravel déplore        transformation alimentaire du Québec       siers à terme », insiste Florent Gravel.   servent très bien les consommateurs.
L'UPA veut des résultats - La Terre de chez nous
PAGE 6    LA TERRE DE CHEZ NOUS, 4 mai 2016

ÉDITORIAL

Une semaine mouvementée
                                                        était déjà au travail. Pourquoi dépenser près                 nettement en deçà des besoins compte tenu
                                                        de 200 000 $ pour deux rapports alors que les                 des investissements nécessaires. Ce soutien à la
                       MARCEL                           ressources du ministère sont là?                              modernisation est d’autant plus nécessaire qu’il
                       GROLEAU                                                                                        sera très difficile de transférer ces coûts dans le
                       Président général de             Dans la même entrevue, j’ai aussi fait le bilan des           marché.
                       l’Union des producteurs          deux dernières années. Le gouvernement, à son
                       agricoles                        arrivée, vivait une situation budgétaire difficile.           Les régions périphériques ont vécu très durement
                                                        Nous avons été bons joueurs. Les prix sur les                 la crise des revenus dans le secteur des viandes.
                                                        marchés des viandes et des céréales ont été                   Les resserrements au programme d’assurance
                                                        favorables, ce qui a permis à La Financière agricole          stabilisation ont fait plus mal, car les opportunités
« L’UPA veut la démission du ministre Paradis ».        du Québec (FADQ) de limiter ses contributions et              de diversification en région sont moins
Une nouvelle comme ça a bien sûr fait rapidement        de générer des surplus. Cela a bien servi l’atteinte          nombreuses.
le tour des médias, tout en alimentant la joute         de l’équilibre budgétaire.
parlementaire. L’entrevue à l’origine de cette                                                                        Les modifications au Programme de
manchette explosive portait essentiellement sur         Dès l’arrivée de M. Paradis, l’UPA et ses groupes             remboursement des taxes foncières agricoles
l’utilisation du tiers de l’enveloppe discrétionnaire   ont souhaité entamer une discussion sur l’avenir              ne seront pas à coût neutre pour les fermes. On
du ministre pour soutenir des activités de              des programmes de sécurité du revenu et de                    repousse les discussions sur l’enjeu principal,
lobbying de l’Union paysanne et du Conseil des          gestion des risques, essentiels au développement              soit l’augmentation de la valeur des terres et
entrepreneurs agricoles et aussi sur les contrats       et à l’investissement en agriculture, et profiter de          conséquemment leur valeur taxable. Il n’y a eu
sans appel d’offres pour les rapports Gagné et          la situation favorable des marchés pour adapter               aucun échange avec l’UPA, les unions municipales
Pronovost.                                              nos programmes et être en mesure de faire face à              et le ministère des Affaires municipales.
                                                        des périodes plus difficiles si elles se présentent.
Durant l’entrevue, j’ai fait une analogie avec le       Cette discussion importante n’a pas été possible.             En décembre dernier, l’UPA et le Conseil de
ministère de la Santé. Que dirait-on si le Dr Gaétan    Bien qu’à deux reprises, le conseil d’administration          la transformation alimentaire du Québec
Barrette avait agi de cette façon? S’il avait           de la FADQ ait recommandé de limiter de façon                 ont demandé une stratégie pour stimuler les
subventionné, à même son budget discrétionnaire,        rétroactive à trois ans les sommes Agri à être                investissements dans les fermes et les entreprises
des organisations pour qu’elles fassent du lobbying     arrimées à l’ASRA, M. Paradis n’a pas donné suite à           de transformation, combler le retard en recherche
en appui à sa réforme du système de santé               cette recommandation. Elle aurait pourtant permis             et développement et trouver une solution à la
et qu’il avait accordé des contrats sans appel          aux producteurs consultés actuellement d’avoir un             pénurie de main-d’œuvre. Il y a urgence de se
d’offres à d’anciens collaborateurs? J’ai déclaré       choix réel entre les Agri et l’assurance stabilisation.       doter d’une stratégie agroalimentaire. M. Paradis
que l’opposition aurait sans doute demandé sa                                                                         a parlé de la tenue de quatre sommets l’automne
démission. À vous de tirer vos conclusions.             Pour répondre aux exigences de bien-être                      prochain. On ne peut donc rien espérer de concret
                                                        animal, des investissements importants sont                   avant plusieurs mois.
Le ministre des Finances, Carlos Leitão, après          nécessaires. Les producteurs de porcs ont fait
avoir accordé un contrat de 98 000 $ à une              de cet enjeu une priorité. Après une décennie                 Le secteur agroalimentaire est l’un des plus
firme d’experts pour l’évaluation des retombées         difficile, plusieurs producteurs doivent décider              prometteurs en termes de croissance. Alors que
économiques du projet Énergie Est, a dû                 s’ils souhaitent réinvestir. Il aurait été judicieux          la plupart des pays misent sur l’agroalimentaire
reculer récemment et confier l’évaluation à ses         de consacrer une partie des surplus de la FADQ                pour soutenir leur économie, on ne sent
fonctionnaires. M. Paradis aurait pu faire la même      aux réinvestissements pour la mise à niveau                   malheureusement pas cette volonté chez nous.
chose. Sur la relève, un comité de transition           des équipements et des bâtiments. Les deux
sous la direction du ministère, auquel participait      programmes de soutien à l’investissement
la Fédération de la relève agricole du Québec,          annoncés depuis l’automne dernier sont

                                                                                                                                                                                                  www.laterre.ca
                                                                                                                      Directeur                                  Directeur                            Chefs de pupitre
                                                                                                                      André Savard                               des ventes                           Richelle Fortin
                                                                                                                      Directrice                                 Pierre Leroux                        Julie Desbiens
                                                                                                                      de production                              Ventes
                                                                                                                      Brigit Bujnowski                           Sylvain Joubert
                                                                                                                      Chef comptable                             Daniel Lamoureux
                                                                                                                      Vincent Bélanger-Marceau                   Marc Mancini

                                                                                                                      ABONNEMENT PARTOUT AU CANADA                                                    Impression
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                                                                                                                      2 ans :     104,63 $                                                            Distribution en kiosque
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                                                                                                                      555, boulevard Roland-Therrien, bureau 100
                                                                                                                      Longueuil (Québec) J4H 3Y9

                                                                                                                                Dépôts légaux : Bibliothèque nationale du Québec - 1992 Bibliothèque nationale du Canada ISSN 0040 - 3830
                                                                                                                                La Terre de chez nous, ISSN 0040-3830 (imprimé), ISSN 2369-7660 (en ligne), is published weekly, 51 times per
                                                                                                                                year except first week of January by La Terre de chez nous c/o USACAN Media Corp. at 123A Distribution Way
                                                                                                                                Building H-1, Suite 104, Plattsburgh, N.Y. 12901. Periodicals postage paid at Plattsburgh, N.Y. POSTMASTER
                                                                                                                                send address changes to La Terre de chez nous, P.O. Box 2888, Plattsburgh, N.Y. 12901. Nous reconnaissons
                                                                                                                                l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui
                                                                                                                                relève de Patrimoine canadien. Convention de la poste publication N° 40069165 N° d’enregistrement 07665,
                                                                                                                                retourner toute correspondance ne pouvant être
                                                                                                                                livrée au Canada au Service des publications
                                                                                                               www.laterre.ca   555, boul. Roland-Therrien, Longueuil QC J4H 3Y9.                                              (2012-09-05)
L'UPA veut des résultats - La Terre de chez nous
LA TERRE DE CHEZ NOUS, 4 mai 2016                                       PAGE 7

                                                                                                                                      SANTÉ PSYCHOLOGIQUE

Prendre le taureau par les cornes,
enfin!
MYRIAM LAPLANTE EL HAÏLI                                                                                                                                                    de frappe dans l’imaginaire collectif »,
                                                                                                                                                                            a-t-il conclu, sous les applaudisse-
  DRUMMONDVILLE — « Quand                                                                                                                                                   ments de l’assemblée.
on parle de bien-être en agriculture,                                                                                                                                             Faire partie de la solution
on parle souvent de bien-être animal.                                                                                                                                         Dans le plan d’action de l’UPA, le
Je pense qu’il serait temps qu’on com-                                                                                                                                      comité a prévu 50 formations Agir
mence à parler de bien-être des agri-                                                                                                                                       en sentinelle pour la prévention du
culteurs », a déclaré d’entrée de jeu la                                                                                                                                    suicide, soit deux par région pour les
chercheuse et docteure en psycholo-                                                                                                                                         deux prochaines années. « On va faire
gie communautaire à l’Université du                                                                                                                                         appel aux gens qui rencontrent plu-
Québec à Montréal (UQAM) Ginette                                                                                                                                            sieurs clients, comme La Coop fédé-
Lafleur. Le 27 avril dernier, les inter-                                                                                                                                    rée, Agropur, les groupes-conseils,

                                                                                                                                             MYRIAM LAPLANTE EL HAÏLI/TCN
venants et les producteurs ont répondu                                                                                                                                      le ministère de l’Agriculture et les
présents en grand nombre au premier                                                                                                                                         comptables de l’UPA. Tous ces gens
Forum sur la santé psychologique des                                                                                                                                        qui interviennent auprès des produc-
agriculteurs à Drummondville.                                                                                                                                               teurs, on va essayer de les inclure dans
      Un premier forum réussi                                                                                                                                               cette formation-là, adaptée au monde
  « On a atteint nos objectifs, a affirmé              La chercheuse en psychologie communautaire à l’UQAM Ginette Lafleur aimerait que le                                  agricole », a affirmé M. Groleau.
le responsable du dossier de la santé                  Québec commence à se préoccuper du bien-être des agriculteurs.
psychologique à l’Union des produc-
teurs agricoles (UPA), Pierre-Nicolas                  donner des idées pour demain. » Le         « J’aimerais pouvoir échanger avec
Girard. On a incité les gens de nos                    Forum a réuni, à Drummondville et en       l’UPA et qu’on organise des choses
régions à parler entre eux et à se                     visioconférence à travers la province,     ensemble », a indiqué l’intervenant
                                                       plus de 250 participants provenant         du Centre de prévention du suicide de
                                                       de tous horizons professionnels : des      Portneuf, Steve Dubois. Celui-ci a dit
 Situation psychologique                               représentants de centres de prévention     souhaiter que la journée mondiale de

des producteurs laitiers, en                           du suicide, du réseau de la santé, des
                                                       municipalités, du ministère québécois
                                                                                                  prévention du suicide du 10 septembre
                                                                                                  soit organisée en collaboration avec
  chiffres (2010-2011)                                 de l’Agriculture, des coopératives et,     l’Union, les centres de santé et de ser-
                                                       bien sûr, des producteurs. « L’objectif    vices sociaux, les CLSC et les deux
                                                       était aussi de mieux outiller les inter-   conférenciers présents au Forum. Il a
                41,5 %                                 venants afin qu’ils comprennent ce que     également demandé à l’UPA de pré-

                                                                                                                                                                                                                            MYRIAM LAPLANTE EL HAÏLI/TCN
      considèrent vivre un stress                      vivent les agriculteurs et d’inciter ces   voir du temps pour aborder la question
           quotidien élevé                             derniers à faire appel aux intervenants,   de la santé psychologique dans ses
////////////////////////////////////////////////////   à ne pas rester isolés et à aller vers     réunions, au même titre que l’on parle
                                                       eux », a renchéri Marcel Groleau.          d’accidents de travail, par exemple.
                                                         Si l’on peut emprunter un terme de       « Qu’on organise des activités, qu’on
                45,6 %                                 marketing, les prochains défis seront      monte des plans d’action » et que ces                                     Le professeur invité de l’École de travail
      vivent un état de détresse                                                                                                                                            social de l’Université de Montréal, Philippe
                                                       de « mieux vendre l’idée aux agri-         actions soient rapportées dans les jour-                                  Roy, a présenté d’entrée de jeu ses résultats
         psychologique élevé                           culteurs d’aller chercher de l’aide »,     naux locaux, « parce que ça a une force                                   de recherche.
////////////////////////////////////////////////////
                                                       a mentionné le professeur de l’École
                                                       de travail social de l’Université de

                  4,8 %                                Montréal Philippe Roy. Le chercheur
                                                       a même suggéré, au même titre qu’il          Une affaire de gars?
     ont eu des idées suicidaires
                                                       est possible de recevoir un prix pour
              sérieuses
////////////////////////////////////////////////////
                                                       le Mérite agricole, qu’un prix soit créé       Les deux universitaires venus présenter leurs résultats de recherche respectifs
                                                       pour souligner l’équilibre de vie des        aux participants du Forum ont établi dès le départ que seuls les hommes avaient
                                                       producteurs. Le remplacement agricole        été étudiés dans leur thèse. Non pas qu’ils ne souhaitaient pas se pencher sur le
                   22 %                                fait partie de la solution. « Si on veut     cas des femmes, mais pour Ginette Lafleur, le taux de suicide est plus élevé chez
            ont refusé d’aller                         légitimer les congés à la ferme, par         les hommes que chez les femmes, malgré un niveau de détresse psychologique
            chercher de l’aide                         exemple, il faut valoriser leur accepta-     plus élevé chez ces dernières. Le président de l’UPA, Marcel Groleau, s’est dit
////////////////////////////////////////////////////   bilité », a ajouté M. Roy.                   étonné que le sujet féminin soit si peu abordé durant le Forum. « Souvent, ce sont
Note : Données provenant de différentes                       Collaboration avec l’UPA              les femmes qui viennent nous parler des problèmes que vit la famille et qui font
études. Le total n’est pas égal à 100.                   « Pour arriver à de meilleurs résul-       en sorte de calmer les tensions entre ses membres, relate-t-il. Je n’ai pas senti ce
Source : Conférence de Ginette Lafleur,                tats, qu’est-ce que vous attendriez          matin qu’on leur accordait assez d’importance. Il y aura du travail à faire pour
chercheuse en psychologie communau-                    d’une organisation comme l’UPA? »            rectifier le tir. » M.L.
taire à l’UQAM.                                        a demandé au micro une participante.
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PRODUCTION PORCINE

La filière presse Québec
de se brancher
PIERRE-YVON BÉGIN

  DRUMMONDVILLE — Des bâti-
ments qui tombent en ruine jettent de
l’ombre sur l’avenir du secteur porcin.
Celui-ci presse Québec de se bran-
cher et de confirmer ses engagements
notamment en ce qui concerne la ges-
tion des risques.
  « Il y a un flou artistique », a illus-
tré Jean Larose, directeur général
des Éleveurs de porcs du Québec.
Celui-ci témoignait devant la Régie
des marchés agricoles et alimentaires
du Québec, le 21 avril dernier, pour
l’examen périodique du plan conjoint.
Si le bilan présenté est plus que posi-
tif, l’avenir est imprécis. Outre un

                                                                                                                                                                                      PIERRE-YVON BÉGIN/TCN
appui politique, les Éleveurs exhortent
Québec à créer une veille stratégique.
  « On est un peu en culottes courtes »,
a déploré Jean Larose, rappelant que
                                            Les Éleveurs de porcs du Québec étaient particulièrement fiers de présenter leur bilan des cinq dernières années devant la Régie des
le porc est la seconde production en        marchés agricoles et alimentaires du Québec le 21 avril dernier à Drummondville. Dans l’ordre habituel, Jean Larose, directeur général,
importance. Il craint que plusieurs         Marie-Ève Tremblay, directrice des affaires économiques, et David Boissonneault, président.
producteurs abandonnent carrément
la production faute de règles claires                                                     (AQINAC), Yvan Lacroix, a pour sa              par le biais d’ententes particulières.
en ce qui concerne le soutien gouver-
                                                      Les Éleveurs exhortent              part insisté sur la concertation du sec-       « Le site Web est fonctionnel et le
nemental. Le parc de bâtiments, note-                  Québec à créer une                 teur. Il reconnaît que « c’est le jour et      1 er mouvement est prévu en juin.
t-il, doit être impérativement renou-                   veille stratégique.               la nuit » par rapport à 2010 au sein de        C’est sûr qu’il va y en avoir », cer-
velé d’ici trois ou quatre ans.                                                           la filière. « On sait qu’il y a une dif-       tifie le président des Éleveurs, David
  « Il y a une urgence de moderni-                                                        férence entre l’Ontario et le Québec.          Boissonneault.
ser tout le bâti », a confirmé Luc          engagements pris à l’endroit de la            Travaillons ensemble et découvrons                D’ici à ce 1er mouvement, la Régie
Forget, 1er vice-président de La Coop       filière porcine. « Malheureusement,           pourquoi », a-t-il avancé.                     doit cependant rendre une décision
Fédérée, propriétaire d’Olymel.             a-t-il déclaré, ça tarde. De guerre                           Mobilité                       importante. Elle doit préciser si la
Celui-ci a révélé que ses sociétaires       lasse, on est train d’initier un nouveau        Entrée en vigueur le 1er février der-        perte maximale de 2 % des volumes
se disent « globalement heureux et          projet avec les Fermes Boréales. »            nier, la nouvelle convention de mise           doit s’appliquer à un abattoir ou à
satisfaits » de la mise en marché pour         Le président-directeur général de          en marché des porcs introduit un               l’acheteur. L’enjeu est de taille pour
la période 2010-2015. Il invite le gou-     l’Association québécoise des indus-           concept de mobilité. Des éleveurs              Olymel, qui possède plusieurs abat-
vernement du Québec à confirmer les         tries de nutrition animale et céréalière      pourront ainsi changer d’abattoir              toirs au Québec.

 5,50 $ pour les porcs à l’engrais
   SAINTE-MARIE — Les producteurs de porcs seront ravis. Ils encaisseront ce              de l’assemblée générale des Éleveurs de porcs de Beauce, dont il est le président.
 vendredi une compensation de 5,50 $ par porc à l’engrais et de 57,48 $ par truie.        Pour les prochaines années, les Éleveurs maintiennent leur volonté de créer un fonds
   Jeudi dernier, la Financière agricole a confirmé l’information dévoilée en primeur     fiduciaire devant notamment leur permettre de choisir entre un modèle d’affaires
 par laterre.ca. Les producteurs ont ainsi fait des gains appréciables, notamment en      indépendant ou l’intégration. Le fonds, explique-t-on, aurait aussi l’avantage d’em-
 ce qui concerne l’inclusion du coût des médicaments et les frais de transport.           pêcher le calcul des coûts de production de capter les gains de productivité.
   Pour l’année 2015, la compensation totalise ainsi 7,12 $ pour les porcs à l’engrais      « La Financière vous a écoutés », a révélé Jean Larose, directeur général des
 et 71,13 $ par truie, compte tenu des avances versées en décembre dernier. Après         Éleveurs, admettant que la démonstration demeurait à faire. La prochaine enquête
 arrimage avec les sommes versées par le biais du programme Agri-investissement,          des coûts de production, a-t-il précisé, va démarrer l’an prochain pour une appli-
 la compensation atteint 10,96 $ pour la ferme de type naisseur-finisseur.                cation en 2019 jusqu’à 2024. Les Éleveurs tiennent notamment à revoir le modèle
   « Les Éleveurs de porcs du Québec ont fait un tabarrouette de bon travail », a         d’enquête qui, dans sa version actuelle, a ignoré une vingtaine de producteurs
 noté Cécilien Berthiaume, vice-président. Celui-ci s’exprimait mercredi dernier lors     possédant la moitié du cheptel québécois. P.-Y.B.
L'UPA veut des résultats - La Terre de chez nous
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PAGE 10      LA TERRE DE CHEZ NOUS, 4 mai 2016

                         ASSEMBLÉE                                                                               VOLAILLES

Les importations minent
les revenus des éleveurs
THIERRY LARIVIÈRE                            Pierre-Luc Leblanc, président des EVQ.     aux douanes malgré le lobby des pro-         comprenant 13 % ou plus de sauce ou
                                             Il y a premièrement une « explosion »      ducteurs de poulets canadiens. Ce seul       d’un autre ingrédient n’est plus consi-
   QUÉBEC — Les trois techniques uti-        des importations de poules de réforme,     problème fait perdre près de 87 M$ en        dérée comme du poulet à la frontière.
lisées par les acheteurs pour importer       sans tarif douanier, en provenance des     recettes aux producteurs d’ici.              Un stratagème qui fait perdre 8 M$ aux
des produits de la volaille sans payer les   États-Unis. « C’est comme si le Canada       Un autre contournement est le pro-         éleveurs canadiens.
tarifs normaux de la gestion de l’offre      recevait 95 % des poules de réforme        gramme de report des droits de douane          L’ancien gouvernement avait pris des
font perdre 139 M$ par année à l’indus-      des États-Unis. C’est simplement           qui permet à des manufacturiers d’im-        engagements sur ces contournements le
trie canadienne du poulet.                   impossible », analyse Pierre Fréchette,    porter sans tarif et de réexporter dans      5 octobre dernier, mais jusqu’à mainte-
   « Proportionnellement, les produc-        qui conclut que du poulet à griller se     les quatre années qui suivent. Les EVQ       nant, le ministre Lawrence MacAulay
teurs de poulets sont touchés plus dure-     fait frauduleusement passer pour de la     évaluent que 20 % de ce qui entre par        n’a pas effectué de changement pour
ment que les producteurs de lait », a        poule de réforme. Il existe pourtant un    cette disposition ne ressort jamais.         contrer ces manœuvres d’importa-
expliqué Pierre Fréchette, directeur         programme de certification américain       C’est donc une perte de 44 M$ pour le        tion. Une rencontre est demandée avec
général des Éleveurs de volailles du         pour la poule de réforme. L’industrie      Canada.                                      Ralph Goodale, le ministre respon-
Québec (EVQ), lors de l’assemblée            américaine de la poule de réforme
générale annuelle de son organisation,       craint en effet de perdre son marché si
le 20 avril dernier. « C’est inacceptable    le Canada perd patience. Un test géné-
                                                                                                    « C’est inacceptable qu’il n’y ait pas de meilleures
qu’il n’y ait pas de meilleures mesures      tique permet aussi de distinguer le pou-                      mesures de contrôle à la frontière. »
de contrôle à la frontière », a déclaré      let et la poule. Rien ne bouge toutefois                    – Pierre-Luc Leblanc, président des EVQ

                                                                                          La troisième astuce des importateurs       sable des services frontaliers, afin de
                                                                                        est de mélanger le poulet avec d’autres      dénouer l’impasse. « Si les contour-
                                                                                        ingrédients. Une boîte de poulet             nements étaient réglés, le Partenariat

                                                                                         La Cage devient
                                                                                         la plus grosse chaîne québécoise

                                                                                                                                                                                  THIERRY LARIVIÈRE/TCN

                                                                                          Jean Bédard et Louis-François Marcotte ont expliqué leur nouvelle stratégie pour la
                                                                                          Cage, qui devient la plus grande chaîne de restauration québécoise depuis la vente de
                                                                                          St-Hubert.

                                                                                           La Cage, brasserie sportive, refait        coise et on entend le demeurer », a
                                                                                         son image et son menu et entend              assuré Jean Bédard, président et chef
                                                                                         miser sur le fait qu’elle serait la          de la direction de Sportscene.
                                                                                         chaîne la plus importante à être déte-         Les EVQ avaient donc invité Jean
                                                                                         nue par des intérêts québécois depuis        Bédard et le chef Louis-François
                                                                                         la vente de St-Hubert. « On est main-        Marcotte à leur assemblée annuelle
                                                                                         tenant la plus grosse chaîne québé-          pour parler de la nouvelle orienta-
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                          ASSEMBLÉE                                                                                                       VOLAILLES

                                                                          Le poulet en première place            total de 90 kg par habitant par année.      deux ans, mais est de retour près de la
                                                                        Malgré ces importations qui font         De plus, les EVQ constatent depuis          moyenne historique depuis quelques
                                                                      perdre des parts de marché, le secteur     quelques années une hausse des prix         semaines. Pour la semaine se terminant
                                                                      du poulet se porte relativement bien       de gros et de détail tandis que le prix     le 17 avril 2016, l’indice composite est
                                                                      au pays. Avec 31,7 kg par habitant par     reçu par les producteurs baisse. Les        de 3,47 $/kg, soit 1 % au-dessus de la
                                                                      année, un chiffre en hausse depuis trois   stratégies des distributeurs et des gros-   moyenne observée lors des semaines
                                                                      ans, les PPC estiment que le poulet        sistes auraient donc plus d’impact sur      correspondantes de 2011 à 2015. Si
                                                                      est la protéine la plus consommée au       le prix payé par les consommateurs          ces prix ne remontent pas, la consom-
                                                                      Canada. Le marché global des viandes       que le coût de la matière première. Le      mation devrait augmenter dans les
                                                                      est pourtant en baisse au pays, avec un    prix de gros atteint des records depuis     prochains mois.
                                              THIERRY LARIVIÈRE/TCN

Pierre-Luc Leblanc, président des EVQ,
a réitéré sa volonté de ramener un meil-
leur équilibre dans la filière du poulet au
Québec, laquelle doit composer avec deux
abattoirs qui contrôlent 94 % du marché.

transpacifique serait un moindre mal »,
a déclaré Benoît Fontaine, délégué du
Québec aux Producteurs de poulet du
Canada (PPC). « On demande au fédé-
ral de rétablir l’intégrité de la gestion
de l’offre », a ajouté David Janzen,
président des PPC.

tion de l’entreprise, qui procède à
la rénovation progressive de ses
succursales afin de s’ajuster à une
clientèle « moins ado et plus jeune
adulte ».
  La Cage entend se positionner dans
la catégorie prime casual, c’est-à-
dire une qualité supérieure à casual
dining, mais tout de même infé-
rieure à celle des restaurants de fine
cuisine. Le nouveau chef des chefs,
Louis-François Marcotte, implante
donc différentes recettes qui seront
davantage cuisinées sur place avec
plus d’ingrédients du Québec. On
parle, par exemple, de vinaigrette
maison, d’ailes de poulet au paprika
fumé à l’érable, de tartares, de bœuf
haché frais, de filets de poulet mari-
nés sur place ou de frites maison
sans sel ajouté d’avance.
  « On va faire pousser nos propres
tomates », a lancé Louis-François
Marcotte, qui compte travailler
avec des producteurs du Québec. La
Cage entend aussi mettre sur pied sa
propre microbrasserie pour obtenir
une bière sur mesure et exclusive.
T.L.
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                         ASSEMBLÉE                                                                                                       POULETTES

Les Éleveurs de poulettes du Québec
en restructuration
THIERRY LARIVIÈRE                            ont voté pour que le conseil d’adminis-                             satisfait et a expliqué à la Terre que la
                                             tration des EPQ propose en assemblée                                résolution visait avant tout à informer
  DRUMMONDVILLE — « Sans                     spéciale, d’ici quatre mois maximum,                                les membres du processus qui serait
agence nationale et sans quotas au           une façon de gérer la production de                                 suivi, par « souci de transparence ».
Québec, on s’en va où? » s’est interrogé     poulettes en optimisant les coûts. « Je                             La résolution amendée demeure assez
dès le départ Carl Bouchard, président       ne suis pas capable de dire la forme que                            large, sauf pour l’échéancier.
des Éleveurs de poulettes du Québec          ça va prendre aujourd’hui », a affirmé                                        Un portrait plus clair
(EPQ), lors de l’assemblée générale          Carl Bouchard. La question de la fusion                               Un nouveau logiciel des EPQ permet
annuelle de l’organisation, le 21 avril      avec la FPOQ a clairement été évoquée                               maintenant de faire un portrait plus pré-
dernier. Le syndicat considère même la       par le président Bouchard et par celui                              cis de la production de poulettes pour le

                                                                                                                                                                                                           THIERRY LARIVIÈRE/TCN
fusion avec la Fédération des produc-        de la Fédération. « On voit d’un bon                                secteur des œufs de consommation. La
teurs d’œufs du Québec (FPOQ).               œil l’idée de s’associer », a d’ailleurs                            capacité de production au Québec est
  Cette question existentielle survient      déclaré Paulin Bouchard, président de                               de 3,3 millions de poulettes par lot, soit
après que le syndicat eut essuyé un deu-     la FPOQ, qui a pris la parole pendant                               6,6 millions par année. De ce nombre,        Carl Bouchard, président.
xième revers devant la Régie des mar-        l’assemblée. Ce dernier ne présume pas                              1,2 million par lot sont produites sur
chés agricoles et alimentaires du Québec     du choix des producteurs de poulettes,                              parquet et 2,1 millions en cage. La pro-     (EQCMA), Martin Pelletier, a présenté
pour la mise en place d’un contingente-      qui pourraient continuer de s’affilier                              duction d’œufs de poules en liberté, en      un projet d’assurance pour la filière
ment dans le secteur. Les producteurs        directement à l’Union des producteurs                               progression, exige bien entendu l’aban-      avicole en cas de crise sanitaire liée à
refusent maintenant de poursuivre les        agricoles. Bref, les EPQ vont étudier les                           don des cages dans cette première phase      six maladies, dont l’influenza aviaire.
démarches de ce projet qui avait fait        différents scénarios et revenir avec une                            de la vie des poules afin de les habituer    Après de nombreuses simulations et des
naître leur organisation. Après un long      proposition d’ici quatre mois. Après le                             à un système de production ouvert.           approches auprès d’assureurs poten-
débat, la quarantaine de producteurs         vote unanime, Carl Bouchard s’est dit                                 En 2015, 63 producteurs ont mis des        tiels, la conclusion est qu’il faudrait
                                                                                                                 poulettes en marché. Il y a 75 noms de       une couverture de 10 M$ avec un fonds
                                                                                                                 producteurs dans le fichier, mais tous       accumulé par l’industrie (franchise) de
                                                                                                                 n’en mettent pas en marché chaque            près de 500 000 $. Concrètement, la
                                                                                                                 année en fonction de leur cycle de pro-      prime pour les éleveurs de poulettes
                                                                                                                 duction.                                     commerciales serait de 1,7 ¢ par oiseau
                                                                                                                   Un total de 4,408 millions de pou-         et de 4,9 ¢ pour les poulettes destinées
                                                                                                                 lettes ont été mises en marché en 2015.      à la filière des vaccins. L’assurance vise
                                                                                                                 La vente de poulettes en Ontario est         à couvrir les frais qui ne sont pas cou-
                                                                                         THIERRY LARIVIÈRE/TCN

                                                                                                                 passée de 450 000 en 2008 à 605 000          verts par le gouvernement fédéral et qui
                                                                                                                 en 2015.                                     sont liés à l’ensemble des mesures sani-
                                                                                                                                 Assurance                    taires mises en place lors d’une crise
Un vote unanime demande aux Éleveurs de poulettes du Québec de revoir le fonctionne-                                        pour crise sanitaire              moyenne. La décision sera prise par le
ment et l’affiliation de l’organisation.                                                                           Le coordonnateur de l’Équipe québé-        conseil d’administration de l’EQCMA
                                                                                                                 coise de contrôle des maladies avicoles      le 3 juin.
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