PARTICIPATION ÉLECTORALE DES MILLÉNARIAUX - PROBLÉMATIQUE, CONSTATS, LEVIERS INSTITUT DU NOUVEAU MONDE - LE DEVOIR
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Participation électorale des millénariaux Problématique, constats, leviers Mars 2018 INSTITUT DU NOUVEAU MONDE
2 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviersÀ propos de l’Institut du Nouveau Monde
L’Institut du Nouveau Monde (INM) est une organisation indépendante et non partisane qui a pour
ambition d’accroître la participation des citoyens à la vie démocratique. L’action de l’INM a pour effet
d’encourager la participation citoyenne et de contribuer au développement des compétences civiques,
au renforcement du lien social et à la valorisation des institutions démocratiques.
L’équipe de l’INM est animée par la conviction que la participation citoyenne renforce la démocratie.
L’action de l’INM se déploie en trois axes :
Laboratoire d’idées Participation publique Éducation civique
L’INM produit de l’information L’INM accompagne les L’INM développe les
(dont L’état du Québec) et organisations publiques et compétences citoyennes,
organise des démarches privées désireuses d’entrer particulièrement celles des
délibératives sur des enjeux de en dialogue avec les citoyens, jeunes, sur un continuum d’âge
société. les parties prenantes, les de 15 à 45 ans par le biais de
communautés. ses programmes CiviQc, Écoles
de citoyenneté (été, hiver,
itinérante) et Tribu.
inm.qc.ca
INstitut du nouveau monde 3
Accroître la participation des citoyens à la vie démocratiqueTable des matières
À propos de l’Institut du Nouveau Monde................................................................................... 3
Introduction................................................................................................................................ 5
1. Méthodologie........................................................................................................................... 6
1.1 Revue de la documentation et analyse des données statistiques................................................ 6
1.2 Écosystème de la participation électorale................................................................................... 6
1.3 Entrevue de groupe (focus group)................................................................................................ 6
1.4 Limites méthodologiques........................................................................................................... 7
2. Les millénariaux...................................................................................................................... 8
2.1 Qui sont-ils?................................................................................................................................ 8
2.2 Les valeurs des millénariaux...................................................................................................... 9
2.3 Les enjeux d’importance pour les millenariaux.......................................................................... 9
2.4 En conclusion............................................................................................................................. 10
3. État de la situation................................................................................................................... 13
3.1 Taux de participation des jeunes................................................................................................ 13
3.2 Une question d’âge : plus on vieillit, plus on vote...................................................................... 15
3.3 Niveau de scolarité, un facteur important................................................................................... 15
3.4 Distinction selon le genre : les filles votent davantage que les garçons...................................... 17
3.5 Situation géographique, un indicateur de la disparité de la participation électorale................. 19
3.6 En conclusion............................................................................................................................. 19
4. Comportements des jeunes à l’égard du vote.......................................................................... 20
4.1 Pourquoi les jeunes ne votent-ils pas?........................................................................................ 20
4.2 Les facteurs qui incitent à voter.................................................................................................. 22
4.3 Quelques perceptions du vote, par des jeunes n’ayant jamais voté............................................. 23
4.4 En conclusion............................................................................................................................ 24
5. Conclusion : actions et leviers................................................................................................. 25
5.1 Impliquer les influenceurs.......................................................................................................... 25
5.2 S’intéresser aux jeunes............................................................................................................... 25
5.3 Rejoindre les jeunes.................................................................................................................... 26
5.4 Mise en oeuvre........................................................................................................................... 26
Bibliographie............................................................................................................................... 27
Annexe 1 : Le guide d’animation du groupe de discussion.......................................................... 29
4 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviersIntroduction
Lors de la prochaine élection générale au Québec, le 1er octobre 2018, les jeunes de 18 à 39 ans
composeront le tiers des personnes ayant le droit de voter. Or, le taux de participation électorale
chez ce groupe d’âge demeure bas malgré les efforts consentis dans les dernières années pour les
convaincre de voter.
La situation du Québec et du Canada n’est ce sens. Rappelons aussi qu’à l’automne 2017
pas exceptionnelle. Il s’agit d’un phénomène l’INM a lancé, avec le soutien du Secrétariat à
occidental. La tendance de la participation la jeunesse, le programme d’éducation CiviQc
électorale est à la baisse, en général, dans tous qui permet aux jeunes du secondaire d’entrer
les groupes d’âge de la population. Néanmoins, en contact avec l’écosystème politique et la vie
les jeunes millénariaux ont tendance à moins démocratique, tout en leur offrant des occasions
se présenter aux urnes que les jeunes des de prendre leur place dans la société québécoise.
générations précédentes. Il est donc important Il se décline en trois activités spécifiques
de poursuivre les efforts pour comprendre (Politique 101, Rendez-vous national des jeunes
le phénomène, intervenir par des approches élus et FabriQ à décliQ). Sans être un continuum,
éducatives en amont ainsi que pendant les ces activités s’enrichissent mutuellement et
périodes électorales. permettent une meilleure compréhension des
enjeux liés à la citoyenneté, en plus d’offrir aux
En effet, les études et les acteurs intéressés par jeunes la possibilité d’aller plus loin dans leur
l’enjeu sont généralement d’avis que la stratégie engagement civique1.
la plus efficace pour contrer le phénomène
consiste à mener des démarches d’éducation Ce rapport est le fruit de travaux menés
auprès des jeunes, avant même qu’ils n’atteignent l’automne 2017 visant à proposer une
l’âge de voter. Ces démarches d’éducation à la intervention originale et mieux ciblée pour
citoyenneté contribuent globalement à combattre favoriser la participation électorale des jeunes.
le cynisme politique et favorisent la participation
civique. Néanmoins, il nous apparaît important Au regard de cet objectif, ce rapport présente
de concevoir et de mener des projets qui visent les premières étapes de la démarche menant
un impact sur l’intérêt des jeunes lors d’une à la construction d’un projet structurant.
élection générale parce que les efforts déployés On y retrouve donc des leviers d’action qui
juste avant la période électorale ont tout de demanderont à être évaluées et confirmées.
même un effet sur la participation de certains
jeunes. Nous présentons d’abord la méthodologie de
cette étude, les principales caractéristiques de
La participation et l’engagement des jeunes cette génération de l’électorat désignée sous le
sont au cœur de l’action de l’INM depuis ses nom de « millénariaux » et un état de situation
débuts. Aux élections générales de 2012, l’INM de leur participation électorale. Ensuite, nous
a déployé, en partenariat avec le Directeur présentons un état de la recherche sur les motifs
général des élections du Québec (DGEQ), une d’abstention et les facteurs incitatifs au vote.
campagne majeure, « On est 2 millions, faut Enfin, la dernière section présente quelques
voter », qui a permis de diffuser un message en leviers et pistes d’action potentiels.
INstitut du nouveau monde 5
Accroître la participation des citoyens à la vie démocratique1. Méthodologie
La méthodologie de ce rapport s’appuie sur trois type d’information : une revue ciblée de la
documentation scientifique, une analyse des données statistiques sur la participation électorale, et la
connaissance de l’INM de l’écosystème des organisations qui s’intéressent à la participation électorale.
Enfin, un groupe de discussion a été organisé avec des jeunes qui ne sont ni représentant ni porte-
parole d’organisations s’intéressant à la participation électorale.
1.1 Revue de la documentation et Cette connaissance et l’échange constant
d’information entre les acteurs permettent
analyse des données statistiques
à l’INM d’avoir une compréhension globale
des enjeux de participation électorale et du
La revue de la documentation scientifique
positionnement des différentes organisations
complète l’étude exploratoire menée par l’INM
à cet égard. Le fruit de cette connaissance a
en 2011 sur la participation électorale chez
également alimenté la rédaction de ce rapport.
les jeunes (Directeur général des élections du
Québec [DGEQ], 2012). L’étude en question
présente les enjeux et plusieurs pistes de 1.3 Entrevue de groupe (focus group)
solutions. De récentes études, dont celles
d’Élections Canada, du DGEQ et de la Chaire de Un groupe de discussion a été mené auprès de
recherche sur la démocratie et les institutions jeunes n’ayant jamais voté. Ces derniers ont été
parlementaires, tentent de mieux saisir les recrutés par le biais des outils de communication
motifs d’abstention et les facteurs facilitant la de l’INM. Ils ont été sélectionnés sur la base de
participation électorale. leur âge et de leur intérêt à voter. Cette rencontre
a eu lieu le 6 novembre 2017 à Montréal. Le
De plus, les données statistiques provenant des guide d’animation du groupe de discussion
plus récentes analyses de votes, de sondage et est à l’annexe 1 et la synthèse des propos
de recensement ont été analysées, soit celles du des répondants est présentée à la section 4.3
DGEQ et de Statistique Canada. (Quelques perceptions du vote, par des jeunes
n’ayant jamais votés).
Ces résultats et analyses sont essentiellement
présentés dans la section 3 (État de la situation).
1.2 Écosystème de la participation
électorale
Depuis 15 ans, l’INM s’intéresse à la participation
électorale et est en relation constante avec
d’autres organisations du même écosystème.
6 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviersLe profil des participants est le suivant : 1.4 Limites méthodologiques
• Nombre de participants : 4 (sur 8 jeunes Pour l’organisation du groupe de discussion,
ayant confirmé leur participation, seuls 4 se il a été difficile de recruter des jeunes ayant les
sont présentés); caractéristiques souhaitées. En effet, l’INM et
• Âge : de 18 à 22 ans; son réseau de partenaires ont accès à un grand
• Éducation : 2 universitaires, 1 cégépien, 1 bassin de jeunes, mais ces derniers démontrent
personne à l’éducation des adultes; un intérêt marqué par la politique. Or, ce sont les
• Diversité : 2 participants issus de jeunes qui ont un intérêt moindre et qui ne votent
l’immigration. pas que nous voulions cibler.
Tous avaient quelque chose à dire sur leur
communauté et la société, mais leur intérêt ne se
traduit pas en vote.
INstitut du nouveau monde 7
Accroître la participation des citoyens à la vie démocratique2. Les millénariaux
Avant de plonger dans la compréhension de la situation, des déterminants et des facteurs qui motivent
les jeunes à voter ou non, il nous est apparu important d’effectuer un bref survol des caractéristiques
de la génération que constituent les jeunes électeurs d’aujourd’hui. Cette section constitue
principalement une radiographie générale des « millénariaux », que l’on associe généralement aux
jeunes nés entre 1980 et 1995. À notre avis, pour bien déterminer les leviers d’action et les projets qui
en découlent, il est important de connaître et de comprendre les individus qui en composent le public
cible.
2.1 Qui sont-ils? compte notamment de L’apathie c’est plate
(Apathy is Boring), propose une compréhension
Il semble que les millénariaux soient la de cette génération par six grandes catégories
génération la plus diversifiée au Canada en d’individus, que l’étude nomme « tribus » (The
termes de valeurs et d’intérêts. Une étude Environics Institute, 2017)2 :
pancanadienne, réalisée en anglais pour le
Les Bros and Brittanys, 32 % Les Diverse Strivers, 20 %
À l’affût des tendances Démontrant un désir d’obtenir
générales et adeptes de du succès, ces jeunes aiment
technologie, ces jeunes aiment cultiver de nouvelles
demeurer connectés expériences. Ils démontrent
socialement. Ils démontrent une faible une participation communautaire modérée
participation communautaire et et posséderaient un niveau d’éducation
posséderaient un faible niveau de scolarité. moyen.
Les Engaged Idealists, 17 % Les Lone Wolves, 16 %
Croyant résolument à leur Plutôt solitaires, ces jeunes se
pouvoir d’action pour mener sentent peu concernés par leur
leur vie et agir sur le monde qui société. Ils démontrent un
les entoure, ces jeunes auraient faible niveau de participation
un niveau de participation communautaire communautaire et de scolarité. Fait à noter,
et un niveau d’éducation élevés. contrairement aux autres jeunes, ces
derniers feraient moins usage des médias
sociaux.
Les New Traditionalists, 11 % Les Critical Counterculturists, 4 %
Accordant une grande impor- Très engagés, ces jeunes font
tance aux valeurs tradition- preuve d’un grand esprit
nelles et religieuses, ces jeunes critique rationnel. Ils
s’intéresseraient davantage aux démontrent un niveau élevé de
enjeux environnementaux. Ils démontrent participation communautaire et possèdent
un niveau de participation communautaire un niveau élevé de scolarité.
modéré et possèdent un niveau de scolarité
élevé.
8 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviers2.2 Les valeurs des millénariaux qu’ils n’avaient confiance en aucun candidat
ou n’étaient tout simplement pas intéressés par
Les valeurs des jeunes ont également été sondées l’élection. Autrement, les jeunes ont mentionné
lors de cette étude. Ainsi, on en apprend sur être trop occupés pour voter.
leurs objectifs de vie, leur consommation
d’information, le cas échéant les sujets qui les La tendance à l’abstention est un phénomène
intéressent, sur leur expérience de bénévolat, multifactoriel et les 18-35 ans doivent être
leurs dons à des organismes de charité au cours segmentés pour mieux en comprendre les
de l’année précédente et leur appartenance à une comportements.
association ou à un regroupement.
2.3. Les enjeux d’importance pour les
Plus particulièrement, l’étude révèle que
millénariaux
cette génération est divisée sur l’intérêt porté
envers la politique. Ainsi 52 % des jeunes s’y
Une récente consultation menée par le Réseau
intéresseraient contre 48 % qui ne s’y intéressent
des Carrefours jeunesse emploi (RCJEQ) auprès
pas. De plus, l’étude corrobore les recherches à
jeunes sur l’ensemble du territoire québécois
l’effet que plus les jeunes sont scolarisés, plus ils
présente une série de propositions sur des enjeux
s’intéressent à la politique.
qui les préoccupent et qui les mobilisent pour le
développement de leur société :
Concernant l’exercice du vote, les jeunes n’ayant
pas voté aux élections générales du Canada
en 2015 ont indiqué ne pas l’avoir fait parce
Abolir les obstacles à la conciliation Instaurer une offre sportive et culturelle
travail et vie personnelle : un élément qui diversifiée accessible à tous : activités
améliore la qualité de vie. favorisant le développement, la
participation et l’implication de chacun.
Assurer l’accès de tous à des systèmes
de transport durables et adaptés aux Miser sur l’insertion durable en
besoins des milieux : modes de transport emploi : expérimentation, valorisation et
de proximité, diversifiés, abordables et accompagnement adaptés aux besoins et
écologiques. au rythme de chacun.
Créer un lieu dédié de prise en charge de Offrir une éducation qui prépare les
l’intimidation : accompagnement, écoute, jeunes à la vie adulte : préparation
information, soutien et encadrement dans adéquate des jeunes aux réalités du 21e
le but de mettre fin à l’intimidation siècle.
Faciliter l’accès à une diversité de Transformer les modes de production et
méthodes et de lieux d’apprentissage : de consommation : évolution des façons
adaptation des pratiques et des moyens de consommer, de produire, de travailler
afin de répondre à la diversité des et de vivre ensemble pour répondre aux
apprenants. enjeux environnementaux.
Garantir à chacun le droit à une vie digne : Valoriser la diversité pour une
accès universel aux ressources, aux soins meilleure cohésion sociale : espaces de
et à un accompagnement individualisé dialogue pour briser les barrières de la
pour favoriser l’égalité des chances. discrimination et de l’isolement.
INstitut du nouveau monde 9
Accroître la participation des citoyens à la vie démocratique2.3 En conclusion serait intéressant d’approfondir la question pour
mieux comprendre les millénariaux au Québec,
Fort éclairantes, ces études nous indiquent notamment, leurs valeurs, leurs idées et leurs
des valeurs de cette génération à l’échelle priorités en matière de politiques publiques.
canadienne, ainsi que les enjeux prioritaires des En s’appuyant sur le constat de la diversité,
jeunes consultés au Québec. Bien que la collecte on peut conclure qu’il faut aborder une variété
des données n’ait pas été effectuée selon un de sujets et d’enjeux électoraux pour susciter
mode d’échantillonnage aléatoire, les résultats l’intérêt des jeunes envers la politique. En
offrent un éclairage intéressant. Nous ne pouvons somme, il ne faut pas envisager une stratégie
conclure que la politique et la vie démocratique unique, portant un seul message, mais plusieurs
est prioritaire aux yeux des millénariaux. Il stratégies permettant de porter divers messages.
10 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviersINstitut du nouveau monde 11 Accroître la participation des citoyens à la vie démocratique
Taux de participation officielS aux élections
générales canadiennes de 1945 à 2015*
85%
80%
75%
70%
65%
60%
55%
50%
2000
2004
2008
2006
1980
1984
2015
1988
1949
1945
1968
1958
1963
1965
1993
1953
1962
1979
1997
1957
1974
1972
2011
*Le taux de participation officiel au Canada est fondé sur le nombre d’électeurs figurant sur la liste
électorale définitive.
Source : Élections Canada, Estimation du taux de participation par groupes d’âge et par sexe à l’élection
générale fédérale de 2015, p. 8.
12 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviers3. État de la situation
La tendance à la baisse de la participation électorale s’observe dans plusieurs pays industrialisés.
Certaines analyses (Blais et Loewen, 2011; Gélineau et Teyssier, 2012) confirment que la principale
cause de la diminution du taux de participation général aux élections est la diminution du taux de
participation des nouveaux électeurs, c’est-à-dire ceux qui sont admissibles pour la première fois. En
effet, au Canada, ce dernier est passé de 70 % dans les années 1960, puis à 50 % dans les années
1980 et même 40 % dans les années 1990 (DGEQ, 2012).
Cette section présente les principales statistiques de participation électorale chez les jeunes de 18 à 35
ans. Il nous apparaît essentiel de porter un regard sur les résultats des dernières élections canadiennes
et québécoises. Ensuite, nous présentons les principales caractéristiques sociodémographiques des
jeunes non-votants issues de l’analyse du résultat du scrutin des dernières élections générales du
Québec. Pour certaines caractéristiques, nous disposons de données québécoises alors que d’autres
sont documentées par des études pancanadiennes.
3.1 Taux de participation des jeunes De même, la participation des jeunes de
25 à 34 ans en 2015 s’est élevée à 54 %
Le taux de participations des jeunes est en déclin comparativement à 45 % en 2011. Il s’agit d’un
depuis plusieurs années, mais a subi un regain bond de 9 points.
aux dernières élections générales canadiennes et
québécoises. Il est difficile de distinguer s’il s’agit d’un regain
durable de la participation électorale ou de
3.1.1 Aux élections générales du Canada l’impact de la présence de candidats susceptibles
Le taux de participation des jeunes de 18 à 35 ans d’intéresser les jeunes, notamment le chef du
est en déclin de manière constante depuis les Parti libéral du Canada, Justin Trudeau. En
années 1980 (Gélineau et Morin-Chassé, 2009). effet, « […] chez les 18 à 24 ans, tout comme en
Toutefois, les dernières élections fédérales ont 2011, les électeurs qui avaient le droit de voter
enregistré une hausse de participation, et ce, pour la première fois à une élection fédérale […]
chez tous les groupes d’âge (Barnes et Virgint, ont un taux de participation supérieur (58,3 %)
2013). Le tableau de la page précédente présente à celui de ceux qui avaient déjà le droit de
le taux de participation pour l’ensemble de la voter (55,1 %) » (Élections Canada, 2016). Il est
population. cependant tôt pour conclure qu’il s’agit d’une
tendance.
La participation électorale des jeunes de 18 à
24 ans a bondi de 18 points en 2015 (57 %) par
rapport au taux de 2011 (39 %).
INstitut du nouveau monde 13
Accroître la participation des citoyens à la vie démocratiqueTaux de participation par groupe d’âge aux
élections générales du Québec de 1985 à 2014
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
1985 1989 1994 1998 2003 2007 2008 2012 2014
18-24 ans 25-34 ans ensemble de la population
Source : Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval,
« Tableau A3.1 – Taux de participation par groupe d’âge », Nouvelle étude sur la participation électorale
à l’élection du 7 avril 2014, 2014.
14 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviers3.1.2 Aux élections générales du Québec3 On le remarque à l’analyse des données
Au Québec également, les données en ligne du électorales, la tendance au vote est à la hausse
Directeur général des élections révèlent une avec l’âge pour atteindre un sommet et se
hausse du taux de participation significative stabiliser en milieu de vie, pour ensuite diminuer
entre les élections générales de 2012 et les après 65 ans. Cela dit, malgré cette tendance
précédentes, tant chez les jeunes électeurs que à la hausse avec l’âge, en général, dans les
dans la population en général. En 2014, le taux dernières années, le taux de vote est moins élevé
de l’ensemble de la population s’est stabilisé à qu’auparavant. À cela s’ajoute le fait que la jeune
71 %, se rapprochant ainsi du taux de 2003 et de génération d’électeurs vote en moins grande
2007, après un creux historique de 57 % en 2008. proportion que les générations précédentes au
même âge (Gélineau et Teyssier, 2012).
3.2 Une question d’âge : plus on vieillit,
plus on vote 3.3 Niveau de scolarité, un facteur
important
Lorsqu’il s’agit d’observer le comportement électoral
de la population, l’âge constitue un des facteurs Le niveau de scolarité est identifié dans la
déterminants. Depuis plusieurs générations, bien littérature comme un déterminant important du
qu’il y ait des variations, la tendance est claire, le taux de vote. En 2008, aux élections générales
taux de vote augmente avec l’âge. Bien qu’il ne soit du Québec, une différence de 10 points de
pas le plus important, il importe tout de même de pourcentage a été observée entre les électeurs
s’y attarder puisqu’il s’agit du plus étudié. qui détiennent un diplôme universitaire que
les électeurs sans diplôme (Gélineau et Morin-
Plus particulièrement, en analysant la Chassé, 2009). Depuis quelques années, les
participation électorale des jeunes, on remarque études accordent une moins grande importance
que celle des 18 à 24 ans a bondi de 26 points en à ce facteur comparativement aux facteurs
2012 (62 %), par rapport au taux de 2008 (36 %). attitudinaux comme de celui de la motivation et
Quant à la participation des jeunes de 25 à 34 ans de l’intérêt.
en 2012, elle s’est élevée à 66 % comparativement
à 42 %, en 2008. Il s’agit d’un bond de 24 points. Cela dit, selon l’Enquête nationale auprès des
jeunes d’Élections Canada (R.A. Malatest &
Concernant les variations entre 2008, 2012, et Associates Ltd, 2011) :
2014, la faible baisse de 2014 peut s’expliquer
par la proximité de l’élection précédente : les […] il existe une forte corrélation entre la
citoyens ont été convoqués aux urnes 18 mois scolarité et les autres facteurs associés à
après l’élection d’un gouvernement minoritaire. une plus grande participation électorale,
Quant à la hausse de la participation aux comme l’âge plus avancé, une plus grande
élections de 2012, de nombreux observateurs motivation, des connaissances politiques
posent l’hypothèse qu’il s’agit du résultat de la plus poussées et une plus grande
mobilisation sociale (le « printemps érable »), exposition aux influenceurs. On a aussi
lancée par les étudiants universitaires, qui a observé une corrélation entre un niveau de
précédé les élections et qui interpellait plus revenu inférieur et une faible participation
particulièrement les jeunes. En effet, la hausse électorale. p.61
du taux de participation la plus significative pour
cette élection s’est produite chez les 18 à 24 ans Les chercheurs posent l’hypothèse d’une prise
(Gélineau et Teyssier, 2012). de conscience de l’importance de la politique
dans sa vie et dans la société et d’une plus
grande connaissance du fonctionnement de la
démocratie chez les personnes plus scolarisées.
INstitut du nouveau monde 15
Accroître la participation des citoyens à la vie démocratiqueTaux de participation par groupe d’âge et
par sexe aux élections générales du Québec
de 1985 à 2014
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
1985 1989 1994 1998 2003 2007 2008 2012 2014
Femmes 18-24 ans HOMMES 18-24 ans Femmes 25-34 ans hommes 25 à34 ans
Source : Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval,
« Tableau A4.1 – Taux de participation par groupe d’âge et sexe », Nouvelle étude sur la participation
électorale à l’élection du 7 avril 2014, 2014.
16 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviers3.4 Distinction selon le genre : les l’écart s’est légèrement creusé en passant à 5
points (69 % contre 64 %). Enfin, la tendance
filles votent davantage que les garçons
s’est accentuée en 2014 avec un écart de 7 %
(64 % contre 57 %).
Depuis 1989, les jeunes femmes ont un taux de
participation plus élevé aux élections générales
Évolution de l’écart
que les jeunes hommes. L’on remarque qu’en
Pour les deux groupes d’âge, l’écart semble
2008, le taux de participation atteignait un creux
se creuser depuis l’élection de 2008 entre les
historique.
femmes et les hommes des cohortes d’électeurs
admissibles depuis cette élection ou l’élection
Évolution du taux chez les 18 à 24 ans
précédente (2004). Cette tendance différentielle
Chez les 18 à 24 ans, en 2008, l’écart entre le
s’observe également dans l’ensemble de la
taux de participation des femmes et des hommes
population, même si elle est plus faible (3 points
n’était que de 4 points (38 % pour les femmes
depuis 2008). En revanche, elle se maintient au
contre 34 % chez les hommes). En 2012, cet écart
fil des élections.
s’est accentué en passant à 6 points (65 % contre
59 %). Enfin, la tendance s’est maintenue à
Ce phénomène est encore peu approfondi par la
l’élection de 2014 (59 % contre 53 %).
recherche, mais nous pouvons poser l’hypothèse
qu’il s’agit d’une différence de genre dans le
Évolution du taux chez les 25 à 34 ans
niveau d’éducation qui se reflète dans le taux de
Chez les jeunes de 25 à 34 ans, en 2008, l’écart
participation.
entre les femmes et les hommes était similaire
à celui chez les 18 à 24 ans (4 points). En 2012,
INstitut du nouveau monde 17
Accroître la participation des citoyens à la vie démocratiqueTaux de participation par région aux
élections générales du Québec en 2014
Île-de-montréal
saguenay–lac-saint-jean
outaouais
Montérégie b
Montérégie a
mauricie
laval
Laurentides–Lanaudière B
Laurentides–Lanaudière A
Gaspésie–îles-de-la-madelEine
estrie–centre-du-québec
côte-nord
chaudière-appalaches
capitale-nationale
bas-saint-laurent
Abitibi-Témiscamingue–Nord-du-Québec
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80%
18-24 ans 25-34 ans
Source : Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval,
« Tableau A5.1 – Taux de participation par groupe d’âge et région », Nouvelle étude sur la participation
électorale à l’élection du 7 avril 2014, 2014.
18 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviers3.5 Situation géographique, un Comme les données ne sont disponibles que pour
l’élection de 2014, il est impossible de comparer
indicateur de la disparité de la
à d’autres élections. Aussi, la localisation
participation électorale géographique est peu documentée dans les
facteurs déterminants du vote. Il nous est difficile
Au Québec, en 2014, les plus jeunes électeurs d’expliquer ce phénomène, mais le niveau
qui résidaient dans une région périphérique d’éducation et la mobilité seraient des facteurs à
ont moins voté que ceux qui résidaient dans les considérer.
grands centres urbains, à l’exception des régions
de l’Outaouais (une région non périphérique
qui obtient un faible taux de participation)
3.6 En conclusion
et de Chaudière-Appalaches (une région qui
Ces angles d’analyse offrent un portrait
n’est pas un grand centre urbain qui démontre
sociodémographique du taux de participation
un fort taux de participation). Les écarts sont
électoral des jeunes, mais les données sont
particulièrement importants chez les jeunes 18 à
plutôt générales et ne nous permettent pas une
24 ans.
compréhension fine ou détaillée de la situation
sur le territoire québécois.
Taux chez les 18 à 24 ans
En effet, dans le groupe d’âge de 18 à 24 ans,
Le taux de participation électorale est en déclin
les trois régions présentant le plus bas taux de
au Québec, comme ailleurs dans les sociétés
participation électorale, en 2014, sont l’Abitibi-
occidentales. Au Québec, on explique cette
Témiscamingue–Nord-du-Québec (34 %), la Côte-
tendance à la baisse en partie en raison de la
Nord (35 %) et la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
faible participation des jeunes cohortes. Les deux
(38 %). Ces régions sont suivies par l’Outaouais
facteurs les plus déterminants sont le niveau de
(44 %).
scolarité et l’âge des électeurs. Peu d’études se
penchent sur les déterminants comme le genre
À l’inverse, les trois régions présentant le plus
et la localisation géographique. Ces questions
haut taux de participation électorale sont Laval
pourraient être approfondies considérant les
(67 %), la Capitale-Nationale (61 %) et l’Île-de-
écarts importants observés pour ces derniers,
Montréal (60 %).
notamment entre différentes localisations
géographiques sur le territoire.
Taux chez les 25-34 ans
Les résultats diffèrent peu chez les 25 à 34 ans.
Par contre, les facteurs dits attitudinaux, comme
Les trois régions présentant le plus bas taux
l’intérêt et les connaissances politiques, sont
de participation électorale sont la Côte-Nord
jugés par plusieurs experts comme les plus
(45 %), la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (46 %)
prédictifs de la participation électorale (Blais et
et l’Outaouais (47 %). Ces régions sont suivies
Loewen, 2001; Gélineau et Teyssier, 2013; Steben-
de près par l’Abitibi-Témiscamingue–Nord-du-
Chabot, 2016).
Québec (48 %).
La prochaine section apporte un éclairage
Toutefois, les régions au plus haut taux de
qualitatif de la situation en présentant les
participation électorale sont en partie différentes.
motifs d’abstention et les facteurs influençant la
En effet, il s’agit de la Capitale-Nationale
participation électorale.
(68 %), Laval (65 %) et Chaudière-Appalaches
(64 %), suivies de près par Montérégie A (63 %),
correspondant aux municipalités du sud de la
région.
INstitut du nouveau monde 19
Accroître la participation des citoyens à la vie démocratique4. Comportements des jeunes à l’égard du vote
La section portant sur les comportements des jeunes envers le vote présente un portrait plus qualitatif
de l’attitude générale et des perceptions du vote par les jeunes au regard d’une analyse de la littérature
récente et des propos tenus au sein du groupe de discussion. Nous y présentons les principaux motifs
d’abstention ainsi que les déterminants qui incitent au vote, notamment les motivations intrinsèques et
les facteurs de pression sociale.
Enfin, nous présentons une synthèse des éléments les plus marquants rapportés par les jeunes
participants au groupe de discussion.
4.1 Pourquoi les jeunes ne votent-ils de la population, mais il semble y avoir un effet
générationnel dans le rapport au vote, c’est-à-
pas?
dire que nous sommes devant une génération
qui vote moins que les précédentes (Gélineau et
Nous présentons les raisons invoquées pour
Teyssier, 2012). Dans les enquêtes, les jeunes qui
expliquer l’augmentation du nombre de jeunes
rapportent avoir voté affirment l’avoir fait parce
qui n’utilisent pas leur droit de vote aux
qu’il s’agit d’un devoir civique (R.A. Malatest &
différents scrutins. La très grande majorité des
Associates Ltd, 2011; Gélineau et Morin-Chassé,
auteurs sur le sujet s’entendent pour dire que
2009).
le phénomène de l’abstention est complexe et
multifactoriel. Les études qualitatives et l’analyse
Manque d’intérêt pour la politique
des statistiques au fil du temps procurent une
Les jeunes qui ne votent pas démontrent
compréhension des facteurs importants.
en général peu d’intérêt et d’engouement à
s’informer sur la politique (Élections Canada,
Les résultats de recherche sont assez constants
2016). En effet, on constate que les jeunes
quand il s’agit de décrire les motifs qui amènent
sont apathiques à l’égard de la politique
les jeunes à ne pas se présenter aux urnes.
« traditionnelle », il préfère s’exprimer
différemment, notamment par la participation
Dans la documentation scientifique récente
sociale. Pour eux, la politique « traditionnelle »
(Gélineau et Morin-Chassé, 2009; Blais et
manque de contact et de vérité (Steben-Chabot,
Loewen, 2011; R.A. Malatest & Associates Ltd,
2016).
2011; Gélineau et Teyssier, 2012; Steben-Chabot,
2016; Élections Canada, 2016), l’on distingue
Aucun enjeu ne s’adresse à eux
deux grandes catégories de facteurs : ceux qui
Moins présent dans la recherche, ce facteur a
sont liés aux individus et ceux qui sont liés au
été mentionné dans notre groupe de discussion.
contexte. Nous les avons synthétisés de manière
Les jeunes ont le sentiment que les partis
à en dégager des grandes thématiques.
politiques ou les candidats ne représentent pas
les intérêts des jeunes. Ils ne leur « parlent »
4.1.1 La politique, ce n’est pas pour moi
pas, tant au regard des enjeux qu’en termes de
Nous avons regroupé en premier les facteurs
langage. En fait, il semble qu’ils ne saisissent
concernant le rapport fondamental que peuvent
pas le lien entre la politique et leur vie (DGEQ,
entretenir les jeunes abstentionnistes envers la
2012). En d’autres mots, la politique n’est pas
politique en général.
suffisamment concrète pour eux. Pour certains, la
solution réside dans la conception de « politiques
Le vote ne représente pas un devoir civique
publiques qui sont dirigées directement vers les
Les jeunes ne considèrent pas l’action de voter
électeurs sur le plan individuel » (Gélineau et
comme un devoir (Blais et Loewen, 2012; DGEQ,
Teyssier, 2012).
2012; Steben-Chabot, 2016). En général, la
tendance au vote est à la baisse pour l’ensemble
20 Participation électorale des millénariaux
Problématique, constats, leviers4.1.2 La politique, c’est trop compliqué Par contre, les jeunes semblent moins cyniques
Quoique liée à la première catégorie, celle-ci envers le politique, au sens philosophique de
présente des facteurs qui démontrent un certain la conduite des affaires publiques, qu’envers la
sentiment d’incompétence à l’égard de la politique, au sens partisan, et les institutions
politique. qui l’incarnent. Leur désir d’engagement et
de transformation sociale à l’échelle locale
Difficulté d’accès à une information de qualité et internationale démontre leur capacité
vulgarisée d’engagement social, mais cela ne se traduit pas
Les jeunes affirment manquer d’information toujours en vote.
pour bien voter (R.A. Malatest & Associates Ltd,
2011). Ils ne connaissent pas les candidats qui Manque de confiance envers les candidats
se présentent à l’élection pour laquelle ils sont Bien que liée au cynisme, la présence médiatisée
appelés aux urnes (Steben-Chabot, 2016). Ils ne des réseaux de corruption institutionnalisés
connaissent pas les plateformes électorales et au sein même de l’État contribue à
ne désirent pas voter sans être bien informés. l’abstentionnisme (DGEQ, 2012; Steben-Chabot,
Les médias traditionnels ne s’adressent pas à 2016). En effet, pourquoi voter si, de toute
eux. L’information diffusée leur semble vague, manière, la politique et les élections ne servent
complexe et pas suffisamment concrète. qu’à une partie de la société, voire à un groupe
favorisé, ou encore si tous les politiciens sont
Sentiment d’incompétence politique corrompus (Steben-Chabot, 2016)?
Pour les jeunes, il faut avoir des compétences
particulières pour voter. En fait, s’ils ne Impact presque nul d’un vote individuel
comprennent pas, ils ne voteront pas. Pour eux, De nombreux jeunes (tout comme leurs aînés)
le système politique porte à confusion (Steben- ont le sentiment que leur vote n’a pas d’impact
Chabot, 2016) : doit-on voter pour l’individu ou sur les résultats électoraux, que les citoyens n’ont
pour le parti politique? Bien que lié au premier pas de pouvoir, notamment entre les élections
motif, c’est un argument plus fondamental (DGEQ, 2012; Steben-Chabot, 2016). Ils ont un fort
entourant les compétences civiques pour lire, sentiment d’impuissance et sont à la recherche
comprendre et critiquer l’information reçue de solutions à leur portée. De plus, ils n’ont pas le
(DGEQ, 2012). L’éducation à la citoyenneté et sentiment que l’alternance des partis politiques
à la littératie « politique » ainsi que le rôle des au pouvoir fait une différence sur le choix des
médias et du travail de vulgarisation politique politiques publiques. En bref, pour eux, tous les
des programmes électoraux des partis politiques politiciens sont pareils.
semblent au cœur des pistes de solution.
4.1.4 Le manque d’accès et de temps
4.1.3 Tous les partis sont identiques Quoique cités parfois par les jeunes et remarqués
La dernière catégorie de motifs porte sur le dans certaines études, l’importance des facteurs
rapport aux institutions et à la perception de conjoncturels et administratifs tend à diminuer
l’incapacité de ces dernières de se transformer ou avec les années. Au final, ils sont souvent
à « être en phase » avec les intérêts des citoyens. considérés comme marginaux, dans la littérature.
Cynisme généralisé Trop occupé pour voter
Le malaise démocratique ne touche pas Bien que de moindre importance, le manque
seulement la jeune génération (Gélineau et de temps pour voter est évoqué par les jeunes
Morin-Chassé, 2009). Ce motif d’abstention (Élections Canada, 2016). Les chercheurs sont
s’accroit avec l’âge. Il ne semble pas constituer le d’avis que la notion de temps laisse surtout
principal motif chez les plus jeunes (DGEQ, 2012). transparaître un manque d’intérêt (Steben-
Aussi, les médias semblent alimenter ce cynisme Chabot, 2016).
lorsque les nouvelles sont essentiellement
négatives à l’égard de la politique, telles que Difficile accès au scrutin
des scandales de corruptions, des altercations Cet argument est parfois cité dans des études
injurieuses entre des élus, des critiques de toutes plus anciennes (R.A. Malatest & Associates Ltd,
formes, etc. (DGEQ, 2012; Steben-Chabot, 2016). 2011), mais ce facteur apparaît beaucoup moins
INstitut du nouveau monde 21
Accroître la participation des citoyens à la vie démocratiquedans la littérature récente. Il est possible que l’abstentionnisme présentés précédemment.
les efforts consentis dans les dernières années En fait, il semble que les jeunes qui votent
pour améliorer l’accès au scrutin tels que la présentent les caractéristiques suivantes
présence de bureaux de scrutins sur les campus (Gélineau et Morin-Chassé, 2009; DGEQ, 2012) :
collégiaux et universitaires, la possibilité de voter
par la poste et l’augmentation du nombre de • ont développé un intérêt et une
journées de vote par anticipation, aient affaibli connaissance de la politique;
cet argument. • considèrent le vote comme un devoir;
• votent par habitude;
4.1.5 En conclusion • veulent exprimer leur opinion;
En résumé, « […] le jeune abstentionniste • voient en leur vote la possibilité de changer
moyen ne serait ni informé ni intéressé par la les choses.
politique » (Blais et Loewen, 2011). Les facteurs
attitudinaux (le manque d’intérêt, le fait de 4.2.2 Les facteurs de pression sociale et
ne pas considérer le vote comme un devoir, le l’influence
cynisme) sont considérés comme étant parmi les La pression sociale que subissent les jeunes est
plus importants par les chercheurs. un déterminant important dans la décision de
se présenter aux urnes ou non. En effet, cette
En somme, les jeunes non-votants disent : pression est principalement issue du réseau
social des jeunes, lequel joue un rôle important
• « La politique ne me rejoint pas »; dans la décision de voter ou non des jeunes
• « La politique, c’est trop compliqué et (Gélineau et Morin-Chassé, 2009; DGEQ, 2012;
vague. Je ne comprends pas, et ce n’est Steben-Chabot, 2016). Parmi les catégories de
pas suffisamment concret pour que je m’y personnes ayant de l’influence sur le jeune, on
intéresse »; retrouve la famille et les amis.
• « Les politiciens ne me parlent pas »;
• « Les politiciens sont corrompus et ne La pression sociale se construit par la
tiennent pas leurs promesses »; socialisation à la politique durant la vie des
• « Je peux passer à l’action autrement. » jeunes et par l’environnement immédiat au
moment d’élections. À cela s’ajoutent des
En d’autres mots, il y a un lien, quoiqu’éloigné, influences plus éloignées, comme les candidats
entre l’exercice du vote et l’État. En effet : eux-mêmes.
• De nombreux jeunes ne voient pas la La socialisation à la politique
participation électorale comme un devoir ni Le premier vecteur de socialisation à la politique
une responsabilité; est sans contredit la famille. En effet, plus les
• Les jeunes ont des opinions politiques et discussions politiques sont courantes au sein
plusieurs formes d’engagement, mais ne les de la famille, plus les jeunes sont enclins à
traduisent pas toujours en vote; s’intéresser à la politique et à exercer leur droit
• Plusieurs jeunes se sentent éloignés de de vote. Au final, plus la politique est présente
l’État, jugeant qu’ils ne sont pas représentés. dans la famille, plus les jeunes considèrent le
vote comme un devoir civique (DGEQ, 2012;
4.2 Les facteurs qui incitent à voter Steben-Chabot, 2016).
Les facteurs incitatifs sont des variables L’environnement immédiat
attitudinales correspondant aux déterminants De même, au moment des élections, plus les
du vote pour les jeunes. Ces déterminants du jeunes sont entourés de personnes avec qui ils
vote convergent dans les études recensées pour peuvent discuter de la politique et de personnes
ce rapport. Ils sont divisés en deux grandes pour qui voter est important, plus ils sont enclins
catégories : les motivations intrinsèques et celles à se présenter aux urnes. En effet, le regard des
induites par la pression sociale. autres constitue une pression supplémentaire
(Gélineau et Morin-Chassé, 2009). De plus, le fait
4.2.1 Les motivations intrinsèques de fréquenter un établissement d’enseignement
Les motivations intrinsèques sont le constituerait aussi un facteur de pression sociale
corollaire inverse des motifs individuels de (Blais et Loewen, 2011).
22 Participation électorale des millénariaux
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