Votre enfant est-il TDAH? Probablement pas et voici pourquoi - J.-C. ST-ONGE, AVRIL 2014

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Votre enfant est-il TDAH? Probablement pas et voici pourquoi - J.-C. ST-ONGE, AVRIL 2014
Votre enfant est-il TDAH?
Probablement pas et voici pourquoi.

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                      J.-C. ST-ONGE, AVRIL 2014
Votre enfant est-il TDAH? Probablement pas et voici pourquoi - J.-C. ST-ONGE, AVRIL 2014
TABLE DES MATIÈRES
¢ Introduction
¢ Un diagnostic de plus en plus répandu

¢ Des preuves de surdiagnostic et de surtraitement

¢ Principaux moteurs de surdiagnostic

¢ Manque d’efficacité à long terme des médicaments
   contre le TDAH
¢ Effets indésirables des médicaments sous-estimés

¢ De quelques alternatives

¢ Résumé et conclusion

                                                      2
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INTRODUCTION

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Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans
hyperactivité (TDAH) est un des diagnostics ayant connu
une expansion foudroyante au cours des dernières années et
c’est également l’un des plus controversés.

De nombreux experts liés à l’industrie pharmaceutique
croient que le TDAH existe bel et bien et qu’il est sous-
diagnostiqué. Selon ce point de vue, il doit être traité avec
des médicaments puissants tels que les psychostimulants,
qui font partie de la liste des médicaments réglementés au
même titre que la morphine.

À l’opposé, d’autres experts remettent en question l’existence
même du diagnostic et croient que l’inattention et
l’hyperactivité sont une partie intégrante de l’enfance. Ces
comportements sont soit normaux et sont transformées en
trouble mental afin de vendre des médicaments; ou
découlent d’autres problèmes vécus par les enfants et les
adolescents.                                                  4
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UN DIAGNOSTIC DE TDAH
On ne diagnostique un TDAH à
partir d’un scan ou d’un test
sanguin. En effet, il n’existe
aucune mesure objective pour
identifier un TDAH.

C’est dans le Manuel
diagnostique et statistique des
troubles mentaux, mieux connu
sous son acronyme anglais DSM,
qu’on retrouve les critères
diagnostiques du TDAH. Ce
grand livre de plus de 1000 pages,
publié par l’Association
américaine de psychiatrie (APA),
est aussi connu sous l’appellation
de «bible» des psychiatres. En
2013, la cinquième édition du        5
DSM voyait le jour.
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¢ Jusqu’en 2013, un
                              diagnostic de TDAH
                              devait être posé avant
                              l’âge de sept ans.
                           ¢ La publication du
Le DSM distingue trois        DSM-5, a élargi les
formes de TDAH: 1. la         critères diagnostiques
forme inattentive ou          en reportant l’âge
TDA; 2. la forme              limite à 12 ans.
hyperactive-impulsive 3.
                           ¢ Dans les prochaines
la forme mixte.
                              années on doit
                              s’attendre à voir plus
                              d’enfants recevoir un
                              diagnostic de TDAH.      6
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LA CADDRA (CANADIAN ADHD RESOURCE
                      ALLIANCE)

                                   Les 12 membres du comité de
La CADDRA émet les                 rédaction des lignes directrices
lignes directrices sur le          ont reçu des fonds des
TDAH au Canada.                    fabricants de médicaments
                                   contre le TDAH. Ils sont tous
                                   en conflit d’intérêt dans la
Les recommandations                mesure où Ils recommandent
de cet organisme                   les produits des fabricants
établissent les normes             dont ils reçoivent de l’argent.
de soins pour le TDAH;
elles orientent les                Leurs conflits d’intérêts
médecins et autres                 prennent les formes suivantes:
                                   Ils participent aux bureaux de
professionnels de la               conférenciers des
santé sur la façon de le           multinationales du
diagnostiquer et le                médicament, reçoivent des
traiter.                           subventions de recherche ou
(http://www.caddra.ca/cms4/pdfs/   font partie de leurs comités       7
caddraGuidelines2011.pdf)          consultatifs.
DEUX GRANDS TYPES DE MÉDICAMENTS
Il existe deux grands types       Le deuxième grand type de
de médicaments pour traiter       médicament est représenté
le TDAH.                          par le Strattera.

¢   Le premier groupe est        ¢   Il s’agit d’un
     constitué des                     antidépresseur qui a
     psychostimulants. Ce sont         échoué et qui fut recyclé
     des amphétamines ou des           dans le traitement du
     dérivés d’amphétamines,           TDAH.
     dont le plus connu est le
     Ritalin. Le principe actif   ¢   À ce sujet voir: Strattera -
     du Ritalin est le                 From Failed
     méthyphénidate.                   Antidepressant to New
                                       Drug for ADHD (http://
                                       pharmacorruption.blogspot
                                       .ca/2006/09/strattera-from-
                                       failed-                        8
                                       antidepressant.html).
UN DIAGNOSTIC
DE PLUS EN PLUS RÉPANDU

                          9
D’après L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes,
auprès de 63 000 élèves du secondaire :

¢   près de 13% d’entre eux ont reçu un diagnostic de
     TDAH confirmé par un médecin, soit 16% des
     garçons et 9% des filles*;

¢   le Québec, qui représente 22,3% de la population du
     Canada, est responsable de 35% de la consommation
     de médicaments contre le TDAH (IMS Brogan).

Le nombre d’ordonnances a presque quintuplé en 10
ans -- 2000-2009 (Dimanche Magazine, 18 sept. 2011).

*L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire,      Tome 2. Le visage des jeunes d’aujourd’hui : leur santé mentale
                                                                                                                               10
et leur adaptation sociale 2010-2011, Institut de la statistique du Québec, 2013.	
  
Le nombre de diagnostics de TDAH a littéralement explosé aux
États-Unis :

                         Prévalence du TDAH aux États-Unis

                                               1980 : 3%
                                               2000 : 7%
                                               2013 : 11%

Cette augmentation rapide et inattendue a été suivie par l’expansion
fabuleuse du marché américain pour les médicaments contre le
TDAH.

Ce marché est passé de 15 millions $ début 1990 à 9 milliards $ en
2012*. C’est un commerce très lucratif. Il n’est pas inusité de voir des
familles s’entredéchirer autour d’un héritage de quelques dizaines de
milliers de dollars. Les enjeux sont d’autant plus importants lorsqu’il
s’agit de milliards de dollars.                                       11

*DSM diverses années; Allen Frances, Conférence, Hôpital général juif de Montréal, Automne 2013.
À la lecture de ces quelques faits, il se
dégage l’impression que nous serions en
pleine épidémie de TDAH.

Pourtant, de nombreuses raisons
justifient la remise en question d’une
telle impression et militent en faveur de
l’idée que le TDAH est largement
surdiagnostiqué et surtraité.
                                            12
DES PREUVES DE SURDIAGNOSTIC ET
        SURTRAITEMENT
            DU TDAH

                                  13
1. UNE QUESTION DE TDAH OU DE MATURITÉ?

Les enfants d’une même classe peuvent avoir
près d’un an de différence. Les plus jeunes
n’ont pas le même degré de maturité que les
plus vieux. Aux États-Unis, deux études ont
démontré que chez les 5-6 ans, les plus jeunes
sont 60% plus susceptibles de recevoir le
diagnostic que les plus vieux.

Ceci représente près d’un million d’enfants qui
reçoivent un diagnostic potentiellement faux.
C’est près du quart des 4,5 millions d’enfants
diagnostiqués TDAH*.
* William N. Evans et al., Measuring Inappropriate Medical Diagnosis and Treatment in Survey Data: The
Case of ADHD among School-Age Children, http://www4.ncsu.edu/~msmorril/EvansMorrill_ADHD.pdf, 4 août
2010; voir également, Liz Szabo, «Youngest in class get ADHD label», USA Today, http://              14
usatoday30.usatoday.com/news/health/2010-08-17-1Aadhd17_ST_N.htm, 17 août 2010.
En Colombie-Britannique, parmi les 6-12 ans chez les
garçons, les plus jeunes sont 30% plus susceptibles d’être
diagnostiqués et 41% plus à même d’être médicamentés.
Chez les filles, ces chiffres sont respectivement de 70% et
77%.
(Journal de l’Association médicale canadienne, http://www.cmaj.ca/content/184/7/755.full?
sid=a6ee87d7-b245-49e2-b885-8a3041baa32b).

À mesure que les enfants vieillissent, le risque d’être
diagnostiqué avec un TDAH diminue. Au Québec, 14% à
15% des élèves des niveaux secondaires 1 à 3 ont reçu le
diagnostic, contre 9 à 11% pour les secondaires 4 et 5.
(L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire…, 2013).

C’est l’indication que des facteurs, tels que le rythme de
développement différent des enfants entrent en ligne de
compte quand vient le temps d’évaluer leurs attitudes et
leurs comportements.
                                                                                            15
2. DES TAUX VARIABLES SELON LES CULTURES
La prévalence du TDAH varie selon les pays et l’outil utilisé
pour le diagnostiquer.

La Classification internationale des maladies (CIM) de
l’Organisation Mondiale de la Santé, produit des taux
variant entre 0,4 % à 4,2%. La CIM est beaucoup plus
utilisée en Europe que le DSM, bien que ce dernier
commence à supplanter la CIM dans certains pays
européens*.

En Amérique du Nord, nous utilisons le DSM. En général, il
produit des taux, pour la période d’âge scolaire, le plus
souvent compris entre 5 % et 10 %, soit 2,5 à 13 fois plus
pour le DSM que pour la CIM.
*(Haute Autorité de Santé, Conduite à tenir devant un enfant ou un adolescent ayant un
déficit de l’attention et/ou un problème d’agitation,                                    16
http://www.afpssu.com/wp-content/uploads/2013/07/trouble-de-lattention-de-
lenfant_note_de_cadrage.pdf, décembre 2012)
Aucune étude épidémiologique établit avec certitude
la prévalence du TDAH en France. Cependant, la
Haute Autorité de Santé l’estime à 2%. C’est
respectivement 5,5 fois moins qu’aux États-Unis et
6,5 fois moins qu’au Québec. Ces variations sont
énormes.

Certains facteurs culturels peuvent expliquer ces
différences. Rappelons seulement que nos cousins
n’utilisent pas le DSM mais la Classification
française des troubles mentaux de l’enfant et de
l’adolescent.

En outre, les pédopsychiatres français voient
généralement le TDAH comme un problème affectif
ou relationnel et s’opposent à la conception anglo-   17
saxonne qui y voit un origine exclusivement
organique.
3. POSSIBILITÉ DE CONFUSION AVEC DES
          PROBLÈMES PHYSIQUES ET SOCIAUX

Plusieurs études                      D’après une étude
ont lié les                           américaine, les
problèmes                             enfants des
d’inattention à                       quartiers pauvres
divers troubles du                    sont 75% plus
sommeil causés par                    susceptibles de
l’apnée ou les                        recevoir le
amygdales                             diagnostic que la
(Vatsal G. Thakkar, «Diagnosing the
Wrong Deficit», The New York Times
Sunday Review, 27 avril 2013,).
                                      moyenne
                                      (Alan Sroufe, «Ritalin Gone Wrong»,
                                      The New York Times Sunday Review,
                                      28 janvier 2012).                     18
4. EST-CE UN TDAH, OU UN PROBLÈME LIÉ AU
                DÉVELOPPEMENT?

                        Tous les enfants n’ont pas
                        le même rythme de
Le TDAH peut facilement développement. Ils
                        différent les uns des
être confondu avec la
                        autres. Si certains
dyslexie ou tout autre
                        prennent davantage de
problème du
                        temps avant d’atteindre
développement.
                        une certaine maturité, cela
                        ne veut pas dire qu’ils sont
                        malades ou anormaux et
                        qu’ils ont besoin de
                        médicaments.
                                                       19
5. EST-CE UN TDAH OU AUTRE CHOSE?
La Caddra évalue que      Le TDAH vient-il en premier
87% des enfants           ou un autre problème n’est-il
reçoivent au moins        pas à la source des difficultés
                          d’attention et
deux diagnostics, 67%     d’hyperactivité?
au moins trois (p. 10);
un certain nombre en
reçoit trois et quatre:   Si un enfant est anxieux ou
                          rebelle il faut se demander
                          pourquoi? Il ne suffit pas de
                          l’évaluer sur la base des
¢ anxiété                symptômes, mais il faut
¢ trouble des            connaître toute son histoire
   conduites              médicale, familiale, sociale,
                          personnelle. Bref, une bonne
¢ trouble                connaissance du contexte est
   oppositionnel          nécessaire pour comprendre
¢ dépression.            ses difficultés et trouver la     20
                          bonne solution.
Les enfants qui reçoivent plusieurs diagnostics
souffrent-ils de deux¸ trois ou quatre maladies ou
sont-ce trois ou quatre différentes expressions
d’une même souffrance?
¢ Ceux et celles qui reçoivent trois ou quatre
   diagnostics sont susceptibles d’être traités avec
   plusieurs médicaments et les risques d’effets
   secondaires augmentent avec l’augmentation du
   nombre de médicaments consommés.
¢ Il arrive fréquemment que les effets indésirables
   d’un médicament soient traités en ajoutant un
   autre produit, ce qui peut entraîner des effets en
   cascade.

                                                        21
6. UN TDAH LÉGER?
                                            Le Center for Disease Control
                                            and Prevention des États-Unis,
                                            estime que 86% des enfants
                                            exhibent un TDAH léger ou
                                            modéré.

À l’hôpital de Rivière-                     Qu’est-ce qu’un TDAH léger ou
des-Prairies, 60% des                       modéré? Il n’existe aucun critère
                                            dans le DSM pour les distinguer.
enfants se voient
retirer leur diagnostic                     Un TDAH léger ne serait-il pas
de TDAH.                                    l’effet des difficultés et
                                            caractéristiques normales liées à
                                            l’enfance et à l’adolescence?
(Joël Monzée, docteur en neurosciences et
thérapeute, communication personnelle).

                                            Certains de ces enfants auront
                                            sans doute besoin d’une aide
                                            particulière. Mais leurs difficultés
                                            sont-elles causées par une
                                            «maladie» devant être traitée          22
                                            avec des médicaments?
Comme le TDAH est censé être un problème inné de
nature génétique, les différences d’âge et de pays ne
devraient pas donner des taux de prévalence différents.

Ceci tend à démontrer que le TDAH est en grande
partie une construction artificielle qui dépend de tout
un ensemble de facteurs culturels et sociaux.

                                                          23
PRINCIPAUX MOTEURS DE SURDIAGNOSTIC?

                                       24
Dans ce segment nous tenterons de comprendre les
raisons qui expliquent un tel surdiagnostic. On peut en
identifier trois principales:

¢   A. Les critères diagnostiques sont subjectifs et
     manquent de validité,

¢   B. La nouvelle définition élargie du DSM facilite le
     verdict,

¢   C. les campagnes de promotion de l’industrie
     pharmaceutique qui tente de nous convaincre que ce
     diagnostic est très répandu.
                                                            25
Selon le DSM, un diagnostic exige la présence de 6
critères sur 9. Voici cinq des critères du DSM pour
la forme inattentive ou TDA:

¢ «ne   parvient pas à prêter attention aux détails…

¢ adu mal à soutenir son attention au travail ou
  dans les jeux…

¢ semble   ne pas écouter quand on lui parle…

¢ selaisse facilement distraire par des stimulus
  externes…

¢ adu mal à organiser ses travaux ou ses
  activités…»                                           26
La lecture attentive de ces critères fait ressortir une chose.
Les quatre premiers critères n’en font qu’un; c’est
essentiellement le même critère qui se répète et le
cinquième n’est que la conséquence des quatre premiers.
Affirmer que vous ne prêtez pas attention aux détails, que
vous avez du mal à soutenir votre attention, que vous
n’écoutez pas et vous êtes facilement distrait, c’est
essentiellement répéter la même chose avec des mots
différents. C’est dire que vous êtes inattentif parce que vous
manquez d’attention.

¢   Comme plusieurs de ces critères se répètent sous des
     vocables différents, cela donne un semblant de validité au
     diagnostic.

                                                                  27
On observe le même phénomène pour le diagnostic
d’hyperactivité-impulsivité, où les critères se répètent.
B. DIMINUTION DU NOMBRE DE CRITÈRES

En diminuant le nombre de critères de huit à
six en 1994, il devenait plus facile de poser
un diagnostic de TDAH.

¢ C’est
      une des raisons qui explique pourquoi
 le nombre de diagnostics a plus que doublé
 entre 1980 et 2000 et presque quadruplé
 entre 1980 et 2013.

                                                28
C. COMMENT VENDRE DES MALADIES
Depuis quelques années les sociétés pharmaceutiques
utilisent différents moyens pour convaincre les
médecins et les parents que leur enfant est TDAH.
Elles organisent à coups de millions des campagnes de
«sensibilisation», qu’on devrait plutôt appeler des
campagnes de marketing ou de mise en marché du
diagnostic.

¢   Au Canada, le TDAH est à l’honneur durant la
     semaine du TDAH en octobre.

¢   Des médecins nommés «leaders d’opinion» sont
     recrutés par l’industrie pharmaceutique pour faire la 29
     promotion du traitement médicamenteux du TDAH;
¢   Des conférences et séminaires sont organisés auprès
     des médecins, des éducateurs et des parents pour
     les sensibiliser au diagnostic;

¢   Début 1990, un journal pédiatrique important ne
     contenait aucune annonce pour les médicaments
     anti-TDAH; 10 ans plus tard, au cours d’une même
     année, 100 pages de publicités y faisaient leur
     apparition, pour promouvoir le traitement
     médicamenteux.

(Martin T. Stein, Promoting ADHD Diagnoses and Stimulant Prescriptions, NEJM Journal
Watch).

                                                                                       30
Le TDAH est également
vendu par le biais des
questionnaires en ligne,
commandités par les
sociétés
pharmaceutiques qui
popularisent et
encouragent
l’autodiagnostic.

Les questions sont
tellement générales que
la plupart des gens
peuvent s’identifier aux   31
comportements décrits.
Voici un exemple de question utilisée pour
diagnostiquer le TDAH adulte:

«À quelle fréquence vous arrive-t-il d’avoir des
difficultés à vous rappeler de vos rendez-vous ou vos
obligations?»

Vous avez quatre choix de réponses: rarement,
parfois, souvent, très souvent.

(Pour les questions voir les deux prochaines
diapositives. Les questions en français et en anglais
sont les mêmes. Elles ont été conçues par
l’Organisation mondiale de la santé).
                                                        32
33
DES DIAGNOSTICS POUR VENDRE DES
            PILULES

                                  34
Dans un sondage commandité par le New York Times, les six
questions figurant sur le site du fabricant de psychostimulants
Shire, ont été posées à 1100 adultes américains. D’après leurs
réponses, près de la moitié d’entre eux s’avéraient «possiblement»
ou «probablement» TDAH :

¢   33% «TDAH possible»,
¢   16% «TDAH probable».

(Amy Goodman, Democracy Now,
http://www.democracynow.org/2013/12/17/the_selling_of_adhd_diagnoses_prescriptions, 17
décembre 2013).

En croyant que le diagnostic est fondé sur des critères rigoureux,
la personne qui lit ces résultats est susceptible de se convaincre
qu’elle souffre de ce problème et elle ira consulter un professionnel
comme le recommande le quizz.

Les sociétés pharmaceutiques ne vendent pas que des pilules,
elles vendent des maladies. En effet, pour vendre des              35
médicaments, il faut convaincre les gens qu’ils sont malades et
qu’il existe une pilule pour tous les maux possibles et imaginables.
L’auteur de ce blog a rempli le questionnaire et a reçu
le verdict suivant:

¢   «À partir de vos réponses…vous pourriez être TDAH.
     Les gens qui ont répondu comme vous se qualifient
     normalement pour un diagnostic de TDAH ou TDA et
     sont allés chercher de l’aide chez un professionnel».
     http://www.everydayhealth.com/ownyouradhd.

Or, qu’est-ce qu’un TDAH possible ou probable? Ce
type de diagnostic ne fait pas sens. Par ailleurs, dans
un premier temps on affirme que vous «pourriez» être
TDAH; dans un deuxième temps on confirme que vous
l’êtes en vous assimilant à ceux et celles qui ont reçu le
diagnostic et on vous conseille de consulter un
professionnel de la santé.                                 36
VENDRE LE TDAH DANS LES ÉCOLES

               Une autre façon de
               propager l’idée que le
               TDAH serait un phénomène
               largement répandu, est la
               distribution de brochures
               simplifiées à l’intention des
               enseignants. À partir des
               critères du DSM, dont la
               validité avoisine le 0, ces
               brochures leur apprennent
               à reconnaître les
               symptômes de différents
               problèmes tels que le
               TDAH, la dépression,
               l’anxiété.                      37
En guise de conclusion à ce segment, si le nombre de
diagnostics de TDAH a explosé ce n’est pas parce nous sommes
mieux équipés pour le dépister et que nous disposons de
meilleurs outils. Ce sont toujours les mêmes outils dont nous
disposons et aucun marqueur biologique (un gène, une
substance dans le cerveau) n’a été découvert pour confirmer la
présence d’un tel trouble. En outre, aucun test ni aucune
machine n’ont été inventés qui permettraient de mieux
l’identifier. L’augmentation du nombre de diagnostics s’explique
plutôt par les raisons suivantes:

¢   Les critères du DSM sont subjectifs, ne sont pas scientifiques
     et donnent un semblant de validité au diagnostic,

¢   Le DSM a élargi la définition en réduisant le nombre de
     critères,

¢   Le marketing agressif de l’industrie pharmaceutique a            38
     contribué à multiplier le nombre de diagnostics pour vendre
     plus de pilules.
EFFICACITÉ DES MÉDICAMENTS
      CONTRE LE TDAH

                             39
Le marketing de l’industrie
pharmaceutique (voir la prochaine
diapositive), soutient que les médicaments
contre le TDAH améliorent les résultats
scolaires, éliminent les comportements
indésirables, par exemple l’agressivité, et
permettent aux enfants de briser leur
isolement. Un TDAH non traité présente
un risque accru de toxicomanie et de
délinquance.
                                              40
41
L’EFFICACITÉ À COURT TERME
L’expérience nous enseigne que
     les psychostimulants
   augmentent la capacité de
    concentration de tout le        Soulignons qu’en 2008,
 monde, ce que confirment les
 études commanditées par les        l’agence américaine de
  fabricants. Ce sont presque       surveillance des
 toutes des études à très court     médicaments, la Food
   terme, d’une durée de 3-4        and Drug
           semaines.                Administration (FDA)
                                    demandait à 5
  Ces études ont révélé que les     fabricants de
 psychostimulants augmentent        médicaments contre le
la mémoire, l’attention, la prise
de notes, le parachèvement des      TDAH de retirer ces
             devoirs.               publicités car elles
                                    étaient fausses ou
 À partir de ces résultats on a     trompeuses.
présumé que cela se traduirait
                                                             42
par l’amélioration des résultats
 scolaires et du comportement.
LETTRE DE LA FDA AU FABRICANT DU
             CONCERTA (SEPTEMBRE 2008)
Johnson & Johnson Pharmaceutical
Research and Development, L.L.C. 25-            La FDA reproche au
Sep-08.                                         fabricant du Concerta
RE: NDA # 21-121
CONCERTA® (methylphenidate HCI)                 d’exagérer l’efficacité de
Extended-release Tablets [CII]
MACMIS ID # 15567                               son produit et de faire
                                                de la promotion
¢   Overstatement of Efficacy                  trompeuse en
     The convention panels claim,
                                                prétendant que son
                                                médicament améliore la
¢
     "CONCERTA® helps children improve
     academic performance throughout the
     day." This presentation is misleading      performance
     because it implies that use of Concerta
     will lead to an improvement in
                                                académique. Il n’a pas
     academic performance throughout the
     day when this has not been shown by
                                                «été démontré au moyen
     substantial evidence or substantial        de preuves
     clinical experience.
(http://www.fda.gov/iceci/enforcementactions/
                                                substantielles ou à
warningletters/2008/ucm1048119.htm)             partir de l’expérience
                                                clinique» que tel est le
                                                cas.                         43
EFFICACITÉ AU LONG COURS : ÉTUDES
                            INDÉPENDANTES
Toutes les études indépendantes à long terme réalisées au cours des dernières
années sont éloquentes: au long cours, les médicaments contre le TDAH ne sont
pas efficaces.

Voici en résumé les résultats d’une étude parue en 2013, à partir des
données de l’enquête longitudinale sur les enfants et les jeunes. Cette
enquête a suivi, depuis 1997, 15 871 enfants du Québec et du Canada qui
sont évalués à tous les deux ans. Avec un suivi de 14 ans, c’est la plus
longue étude à date. Les sujets médicamentés:

¢   Accusent davantage de redoublements

¢   Obtiennent des résultats inférieurs en math, particulièrement ceux
     dont le TDAH est sévère,

¢   Connaissent une détérioration des relations avec les parents,

¢   Éprouvent davantage d’anxiété, de dépression, de tristesse (surtout les
     filles).
                                                                                         44
(Janet Currie, Do stimulant medications improve educational and behavioral outcomes in
children with ADHD? Princeton, 2013).
Étude Raine du gouvernement d’Australie occidentale
(2010, suivi de 8 ans).

¢   Les stimulants augmentent par 9 la probabilité qu’un
     enfant tire de l’arrière à l’école.

Les enfants médicamentés présentaient une légère
tendance à la détérioration en ce qui a trait à:
¢ la dépression
¢ l’estime de soi
¢ le fonctionnement social

Par ailleurs, cette étude a documenté une
augmentation de la pression systolique de 10,79 mmGH
chez les sujets médicamentés sur une base régulière, ce
qui est énorme
(Grant Smith et al., Raine ADHD Study: Long-term outcomes associated with stimulant 45
medication in the treatment of ADHD in children, Government of Western Australia,
Department of Health, 2010).
Les études que nous venons de citer répliquent les
conclusions de la première grande étude à long terme, la
Multimodal Treatment (MTA) de l’Institut national de santé
mentale (NIMH) débutée en 1999. Après trois ans, les
enfants qui avaient interrompu leur médication
fonctionnaient aussi bien que ceux qui étaient toujours
médicamentés. Ces résultats se sont maintenus sur huit ans.
(Peter S. Jensen et coll., «3-Year Follow-up of the NIMH MTA Study», J Am Acad Child Adoles
Psychiatry, 46:8).

La dernière étude du NIMH a suivi pendant six ans des
enfants d’âge préscolaire. C’est la «Preschool ADHD
Treatment Study» (PATS), publiée en 2013:

¢   l'utilisation au long cours ne fonctionne pas chez 89% des
     sujets. Après 6 ans, les enfants sous psychostimulants
     exhibaient un peu plus de symptômes que les enfants non
     médicamentés.
(«The Preschool Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder Treatment Study (PATS) 6-Year
Follow-Up». Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 2013; DOI:   46
10.1016/j.jaac.2012.12.007).
¢   EFFETS INDÉSIRABLES DES MÉDICAMENTS

                                           47
Selon Roger Griggs, le président de la société
qui a mis au point l’Adderall, vendu à Shire,
les stimulants sont des «bombes nucléaires».
(Alan Schwarz, « A.D.H.D. Experts Re-evaluate Study’s Zeal for Drugs », NYT, http://
www.nytimes.com/2013/12/30/health/adhd-experts-re-evaluate-studys-zeal-for-drugs.html?_r=0,
29 décembre 2013).

Sur 10 ans, Santé Canada a reçu près de 600
notifications d’effets indésirables sérieux où
les médicaments sont le suspect numéro 1.
Or, de 1% à 10% des effets indésirables sont
signalés aux agences de réglementation.
Au-delà des effets largement reconnus tels
que perte d’appétit, insomnie,
ralentissement de la croissance, on note les 48
effets suivants:
¢ 7 suicides
¢ 76 tentatives de suicide

¢ 24 convulsions

¢ 48 hallucinations

¢ 28 problèmes cardiaques

¢ 23 atteintes au foie

…….

«C’est principalement la responsabilité [de la
compagnie pharmaceutique] de surveiller
l’utilisation sécuritaire de ses produits». (Porte
parole de Santé Canada au Toronto Star).

(J.C. St-Onge, Tous fous? L’influence de l’industrie pharmaceutique sur la psychiatrie,   49
Éditions Écosociété, 2013).
Dans le plupart des pays, les psychostimulants,
appelés «kiddy coke», faisant partie de la famille des
amphétamines, sont des substances réglementées, au
même titre que la morphine. Le crystal meth et
l’ectasy sont dérivés des amphétamines.

                                                         50
¢ En  2006, 10% des usagers de 12-25 ans
   développent une dépendance les amenant à
   se procurer illégalement des
   psychostimulants sans compter ceux dont la
   dépendance est cachée par la prise régulière
   dans le cadre d’un traitement.
(Drug and Alcohol Dependence, vol. 84).

¢ Effet rebond: à l’arrêt du psychostimulant,
   les symptômes reviennent avec plus
   d’intensité.
(Long-Term Stimulant Treatment… PLoS, 2013).      51
VISITES AUX URGENCES, 2005-2010: ÉU

                                      52
Un consortium de fabricants de
psychostimulants s’est opposé aux
recommandations de l’Agence
européenne du médicament de tester
leur sécurité au long cours (Documents d’un tribunal
suédois: Janne Larsson, Trans WorldNews, 3/04/10).

Si les effets indésirables des
médicaments sont banals, et si le profil
bénéfices/risques des psychostimulants
est positif pourquoi s’objecter à une
étude sur le sujet?                                    53
54
DE QUELQUES ALTERNATIVES

                           55
Les recommandations pour le traitement de ce qu’on appelle le TDAH
varient énormément selon les pays. En Grande-Bretagne, le traitement
pharmacologique doit être réservé aux cas les plus graves. Aux États-Unis,
la pratique consiste à commencer par les médicaments, quitte à ajouter
d’autres types d’intervention, et ceci bien que l’Académie américaine de
pédiatrie recommande l’utilisation des interventions psychosociales comme
traitement de première ligne. La Caddra soutient que le traitement doit être
multimodal, mais il implique nécessairement l’utilisation des médicaments
(p. vi).

Si votre enfant présente certains signes persistants légers ou modérés
d’inattention ou d’hyperactivité il pourrait bénéficier de certaines
interventions psychosociales.

Une demi heure de sommeil de plus
Une étude de la faculté de médecine de l’université du Kansas estime
qu’environ le quart des enfants ayant reçu un diagnostic de TDAH, dorment
moins que leurs pairs.

Une étude réalisée à l’université McGill a démontré qu’une demi heure de
                                                                           56
plus de sommeil peut faire une différence énorme et venir à bout des
problèmes de concentration et d’hyperactivité.
Un peu plus d’activité physique
On conseille quelques minutes d’activité physique par jour. Dans certaines
écoles, quand l’élève est dans la lune ou trop agité, un préposé lui fait faire
quelques minutes d’activité physique. Malheureusement, les écoles ont
rarement les ressources nécessaires pour ce type d’intervention.

Des moyens pour les écoles et les professeurs
S’il n’est pas simple d’être parent, il n’est pas plus simple d’être enseignant.
Les classes sont souvent surchargées, il y a manque de spécialistes pour
prendre en charge les cas particuliers, et les enseignants sont dépassés.
Quant aux écoles des quartiers défavorisés, elles sont moins bien dotées de
moyens en tous genres pour répondre aux besoins des élèves.

Une diète appropriée
Les colorants ont été liés à l’hyperactivité; leur élimination est donc
souhaitable.
Il n’y a pas de preuves probantes que les boissons sucrées et les aliments
industrialisés soient à l’origine de l’hyperactivité. Cependant, le contrôle des
quantités de sucre absorbées est une excellente idée et cela pour bien
d’autres raisons ayant trait à la santé. Certaines études rapportent que les
omégas-3 peuvent aider.
                                                                                   57
Habiletés sociales
Plusieurs études ont démontré que les interventions pour développer
les habiletés sociales des enfants et adolescents sont efficaces:
apprendre à gérer sa colère, à contrôler ses émotions, gérer son
temps, etc…

Formation des parents
Il est difficile d’être parent, d’autant plus que l’éclatement de la
famille élargie a compliqué la tâche. Le travail empiète sur le temps
passé en famille et certains parents sont simplement dépassés et
démunis devant les difficultés vécues par leurs enfants. Ils ont
besoin d’aide. La formation des parents donne de bons résultats et
permet de les outiller pour aider leurs enfants.

Dans certains cas l’attitude des parents est problématique. Un
article de Clinical Pediatrics montrait que certains parents
d’enfants TDAH avaient tendance à être plus contrôlants, les
réprimandaient plus souvent, leur apportaient moins de soutien et
récompensaient les comportements positifs moins souvent.
(Rebecca A. Clay, «Easing ADHD without meds», American Psychological
Association, http://www.apa.org/monitor/2013/02/easing-adhd.aspx, février 2013;
Megan Johnson, 9-drug free approaches to managing ADHD, août 2009).               58
¢   L’étude de Charach de l’université de Toronto
     montre que la formation des parents est plus
     efficace que la médication pour les enfants d’âge
     préscolaire.

(Alice Charach et coll., «Interventions for Preschool Children at High Risk for ADHD: A
Comparative Effectiveness Review», Pediatrics, 1er avril 2013, article payant)   .

                                                                                          59
RÉSUMÉ

         60
¢   LE TDAH PEUT FACILEMENT ÊTRE
     CONFONDU AVEC DE NOMBREUX AUTRES
     PROBLÈMES.

¢   POUR CES RAISONS IL EST TRÈS LARGEMENT
     SURDIAGNOSTIQUÉ ET SURTRAITÉ.

¢   LA PUBLICITÉ DES FABRICANTS EST
     TROMPEUSE QUAND ELLE SOUTIENT QUE
     LES MÉDICAMENTS AMÉLIORENT LES
     RÉSULTATS SCOLAIRES, CE QUI EST
     CONTREDIT PAR LES ÉTUDES À LONG
     TERME.

¢   AU LONG COURS, LES MÉDICAMENTS
     PEUVENT CAUSER DES TORTS IMPORTANTS      61

     ET LEURS EFFETS SECONDAIRES SONT TRÈS
     LARGEMENT SOUS-ESTIMÉS.
¢   SI CERTAINS ENFANTS ONT DE LA
     DIFFICULTÉ À SE CONCENTRER ET SONT
     HYPERACTIFS, CELA NE SIGNIFIE PAS QU’ILS
     SONT ATTEINTS DE MALADIE MENTALE.

¢   CES RÉACTIONS SONT SOUVENT NORMALES
     ET S’EXPLIQUENT PAR DES NOMBREUX
     FACTEURS ENVIRONMENTAUX: MALADIES OU
     DIFFICULTÉS PHYSIQUES, MANQUE DE
     MATURITÉ PAR RAPPORT AUX PLUS ÂGÉS DE
     LEUR CLASSE, PAUVRETÉ, FAMILLES
     DYSFONCTIONNELLES, INTIMIDATION, ETC.

¢   LES INTERVENTIONS PSYCHOSOCIALES SONT      62
     PLUS EFFICACES QUE LES MÉDICAMENTS.
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