Cannes Création 2018-2019

 
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Cannes Création 2018-2019
Scène Nationale
                                   de Sète    et du
                                   Bassin de Thau

Cannes
Etienne Gaudillère – Compagnie Y

                              Création 2018-2019
Cannes Création 2018-2019
Cannes (1939-1990)
                                                           Etienne Gaudillère texte et mise en scène

                                                                                  avec 10 comédien(ne)s
                                                                                  Marion Aeschlimann
                                                                                          Fabien Grenon
                                                                                          Florent Hamon
                                                                                        Loïc Rescanière
                                                                                      Arthur Vandepoel
                                                                                    distribution en cours

                                                           Arthur Vandepoel collaborateur artistique
                                                                      Bertrand Nodet scénographe
                                                              Romain de Lagarde création lumières
                                                       Antoine Richard création et réalisation sonore
                                                                       Sylvette Dequest costumes

                                                            Création les 14 et 15 mai 2019
                                              Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau

                                                        Coproduction (montage de la production en cours)
                                                                                              Compagnie Y
                                                            Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau
                                                 La Comédie de Saint-Etienne, Centre dramatique national
                                                                                    Théâtre de Villefranche
                                                                   Théâtre du Vellein - CAPI - Villefontaine
                                                                            La Mouche, Saint-Genis-Laval
                                   La Compagnie est soutenue par le NTH8 - Nouveau Théâtre du 8 ème, Lyon

                                                                                     Production déléguée
                                                              Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau
                                                                           Avenue Victor Hugo 34200 Sète
                                                                                 Sandrine Mini, directrice

                                                    Florence Marguerie, responsable fabrique productions
                                  florencemarguerie@theatredesete.com / 04 67 18 68 68 - 06 70 91 18 42
                                                           www.scenenationale-sete-bassindethau.com

                                                                                              Compagnie Y
dossier mis à jour : 21/02/2018
                                                            8 rue Turbil, Résidence le Key West 69003 Lyon
                                                                 compagniey@gmail.com - 06 75 90 04 85
Cannes Création 2018-2019
Le ridicule et le sublime, le spirituel et le mondain, l’outrance et
le mystère de Cannes laissent, depuis toujours et pour longtemps
encore, les foules sentimentales excitées, énervées, estomaquées,
ébaubies, éberluées, étonnées, éblouies, exsangues. Épatées.
                                             Henry-Jean Servat

C’est le grand rite.
                                             Edgar Morin

Je déclare ouvert le premier festival de l’agriculture.
                                             Le Ministre du Commerce
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Cannes

Chronologie subjective de l’histoire du Festival de Cannes de 1939 aux
années 1990
1938 - Les Dieux du Stade, de Leni Riefenstahl, gagne à la Biennale de Venise. Le gouvernement français
hésite pendant neuf mois à créer un festival du cinéma pour contrer l’avancée du fascisme en Italie et
Allemagne.
1939 - Le premier Festival de Cannes s’ouvre le 1 er septembre. L’Allemagne envahit la Pologne. Le Festival
est annulé.
1953 - Jean Cocteau, Président du jury, déclare : « La seule chose que je demande à mes camarades du
jury, c’est de se départir de toute idée politique ». La « bataille de fleurs » est à la mode pendant le Festival.
1954 - Simone Silva pose seins nus avec Robert Mitchum. Scandale. Elle se suicidera.
1956 - Neuf pays censurent leur film dans un contexte de Guerre Froide. La presse écrit « Le Festival de
Cannes, c’est l’O.N.U. ». Brigitte Bardot arrive pour la première fois sur la Croisette : émeutes.
1960 - La Dolce Vita fait scandale. Georges Simenon rencontre Federico Fellini, début d’une amitié de
trente ans.
1962 - Malraux : « l’Etat n’est pas fait pour diriger l’art mais pour le servir ».
1968 - Le Festival de Cannes est annulé par la nouvelle génération de cinéastes. Le Général de Gaulle
débarque en hélicoptère dans le jardin du délégué général du Festival.
1975 - Deux bombes explosent un jour avant l’ouverture. La question de l’indépendance de l’Algérie
ressurgit. Le magnétoscope Sony est commercialisé en France. Le Polaroïd cartonne.
1981 - Doublement du budget de la Culture. Gilles Jacob travaille à l’indépendance financière du Festival.
1984 - Arrivée de Canal Plus. Marc Tessier, directeur financier de Canal Plus : « Nous avons sauvés
Cannes ». Boom du caméscope dans les foyers français.
1989 - 1993 - Mort de Siménon. Mort de Fellini. Mort de Philippe Erlanger, créateur du Festival. Steven
Soderbergh gagne la Palme d’Or. Il a 26 ans. En recevant le prix, il murmure hors-micro « Attention à la
chute ». Création du métier de « vendeurs de films ».
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Note d’intention

Un microcosme mondial.
On pourrait appeler ça « la théorie de la boule à facette » : à savoir comment montrer toutes les facettes
d’une institution à la fois artistique, commerciale, politique, économique, voire religieuse (selon Edgar
Morin)... Mais c’est justement parce que l’institution est multiple qu’elle semble refléter notre
société actuelle. Il s’agit de (dé)montrer un microcosme dont la particularité est d’être un microcosme
mondial, mélangeant artistes, touristes, producteurs, politiciens, prostitués...
Mais derrière ce bouillonnement et cette fête perpétuelle, c’est bien les rapports entre Le Festival et
la Politique qui sont à creuser. D’où le choix d’une période (1939-1990) où les entrelacs politiques et
artistiques furent l’objet de nombreux rebondissements. Ou comment les enjeux politiques rattrapent
forcément les enjeux artistiques : d’une institution qui se réclame à tout prix non politique, aux cinéastes
engagés qui reflètent un monde réel, en passant par la marchandisation de l’industrie culturelle, ce sont ces
allers et retours incessants qu’ils convient d’explorer. Et derrière ces allers-retours incessants, c’est une
partie de l’histoire de notre société et de notre monde qui se dévoile.

Le jeu du temps... d’une époque politique.
Si l’idée est d’adopter une approche plutôt chronologique du Festival de Cannes (qui a fêté ses soixante-dix
ans en 2017), il s’agit aussi de percuter des tableaux de différentes époques dans une logique de mise
en regard d’époques différentes : interrompre le débat d’un jury d’aujourd’hui par les manifestations de
Mai 68, enchaîner la mort de Fellini avec l’arrivée de Steven Soderbergh, ou tout simplement faire usage
d’accélérations ou de ralentissements, à la mamière de Ça ira de Joël Pommerat. Si l’on devait choisir une
autre référence, ce serait sans doute le travail de Christophe Marthaler (notamment dans Papperlapapp,
présenté en 2010 au Festival d’Avignon) : il s’agit d’aborder le temps comme un élément sensible
mémoriel permettant à la fois une réflexion sur aujourd’hui (notamment à travers la question de la
mode) et la naissance d’éléments poétiques.

… et le fil rouge des générations.
A travers le prisme de l’histoire, c’est l’apparition de nouvelles générations qui intéresse : comment une
institution traverse les époques en s’appropriant, rejetant ou ratant des générations. L’histoire du festival est
ainsi jalonnée de tournants : La Dolce Vita, mai 68 et la Nouvelle Vague, Steven Soderbergh, qui vont parfois
de pair avec les scandales qu’ils créent. Et comment une institution peut-elle rester « jeune » ?

C’est l’histoire d’une institution, d’une conscience collective fascinante qui nous dépasse et nous reflète.

Le leitmotiv du jury.
Témoin d’une époque et de ses enjeux, de personnalités et de questionnements artistiques, les délibérations
du jury permettront de souligner que le centre de gravité du Festival de Cannes reste des œuvres d’art, à
savoir des films. Le festival même, de par son existence, pose alors de nombreuses questions : l’art doit-il
être compétitif (le Palmarès) ? Quel est le poids de l’Histoire (le Protocole) ? Est-il réservé à une élite (le
smoking de soirée) ? Les stars sont-elles de nouveaux dieux (la fan-attitude) ? L’art ne se définit-il que dans
l’opposition (le scandale) ?… De nombreuses questions, pour de nombreux membres de jurys historiques
qui résonnent toujours aujourd’hui.
Cannes – écriture

Montage
Je considère l'écriture de Cannes comme un puzzle. Il y a de la matière textuelle pré-existante
(des discours, des interviews, un règlement au concours, des scènes de films...) qu'il s'agit de
remodeler et réécrire pour lui trouver leur la place adéquate dans la globalité de la pièce, avec les
autres textes, purement inventés. Un des éléments qui me tient à cœur est la multiplication des
procédés d'énonciations, reflet d'une multiplicité de discours qui nous entoure tous les jours. Un
discours politique peut être pour moi aussi pertinent qu'un article de journal, qu'une discussion
sur Twitter, qu'un article Wikipédia ou qu'un monologue en alexandrin. Chacun possède sa propre
forme et son propre point de vue, trahissant ainsi une époque et/ou un mode de fonctionnement
de la pensée.

Fiction et réalité
On me pose souvent la question de ce qui est vrai et de ce qui est faux dans mon écriture. La
réalité est toute autre : la fiction vient éclairer la réalité, et la réalité vient éclairer la fiction. Les
faits historiques sont là, consignés dans les ouvrages d'histoire. Mais pour en faire du théâtre,
l'invention de l'écriture est obligatoire : parce que nous n'avons aucune transcription précise des
événements, de ce qui s'est réellement dit à ce moment-là, parce que tel personnage est mort
etc... mais aussi parce que c'est ce qui fait sortir d'un texte purement documentaire et donne
naissance à du théâtre, à du spectaculaire, à de l'impossible.
En ce sens, la réalité de la chronologie est forcément elle aussi truquée à des fins dramaturgiques.
Tout n'est pas racontable dans le détail, et la compression ou l'accélération rythmique de certains
événements permettent de mettre en avant des éléments narratifs de premier plan. Le prologue,
par exemple, se déroule sur plusieurs mois. Ici, il est ramené à quatre épisodes compressant eux-
mêmes des événements qui se sont déroulés sur plusieurs semaines. Mais cette compression
narrative permet de souligner l'urgence de la situation politique et logistique, et met d'autant plus
en exergue la brutalité de l'arrêt des événements, en septembre 1939.
C'est un jeu. Un jeu de rythme avec l'histoire.

Rythmes
Un des enjeux de l'écriture est celle du rythme : j'aimerai réussir à faire sentir que les époques
sont de véritables personnages, dictant leur tempo à la pièce, tout en maintenant le déploiement
de personnages sur la durée, afin de permettre la naissance d'émotions. Ainsi, si certains
personnages ont une trajectoire fulgurante (Jean Zay, Simone Silva), d'autres traversent toutes
les époques de la pièce (Philippe Erlanger, Federico Fellini).
Plus intimement, la question du temps et des générations, de notre positionnement dans l'époque
à laquelle nous vivons. A travers la traversée de cinquante années du Festival de Cannes, ce sont
ces questions-là que je veux indubitablement poser : « Que reste-t-il de l'époque dans laquelle
nous vivons ? », « L'histoire se répète-t-elle ? », « Que retiendrons-nous de nous-même ? »
Scénographie,
                                  musique et vidéos

Scénographie
A chaque époque (1939-1990), ses enjeux artistiques et politiques
et... son décor. Chaque « décor » évoquera une époque, une
technique, un graphisme, une mode vestimentaire, une manière
de parler qui sera chassée par l’arrivée d’une autre période. Une
manière de traverser l’histoire commune et d’interroger la rapidité
de nos vies.
Un élément important de la scénographie sera l’évolution des
techniques au sein du Festival de Cannes mais aussi de notre
société : invention de la télévision, de la caméra Super 8, du
Polaroïd, des magnétoscopes...
Et puis un élément central à partir des années 1980 : des marches d’escaliers. Symbole de Cannes, bien
sûr, mais aussi des rapports de pouvoir, de l’élévation comme de la chute, de la naissance et de la mort.

Aucune image de films...
mais un questionnement sur l’image
Grâce à l’utilisation de la vidéo live, l’envie est de creuser une réflexion sur l’image comme illusion ou
prolongement du rêve : la scène d’une jeune fille fan d’un acteur commencera au plateau et se terminera en
vidéo, une actrice éclatera en sanglots devant des gradins vides à l’image, alors que le public est là. L’idée
est de détourner l’attente du spectateur d’aujourd’hui (voir en gros plans ce qu’il se passe au plateau) pour
le piéger dans l’illusion, et donc l’interroger sur le pouvoir de l’image.
Distribution

Environ dix comédien(ne)s et :
Une bataille de fleurs                        Des micros
Des marches                                   Une caméra Super 8
Des bureaux                                   Un Polaroïd
Un banc public                                Un rail de travelling
Des drapeaux                                  Des affiches
Un costume intégral gonflable de Palme d’Or   Une table de restaurant...
PROLOGUE
AUTOMNE – HIVER - PRINTEMPS - HIVER
 AUTOMNE : L’IDEE

 Entrent JEAN ZAY (35 ANS), PHILIPPE ERLANGER (35 ANS)

 PHILIPPE ERLANGER : 			               Qu’en pensera-t-il ?

 JEAN ZAY : 				                       Il sera contre, évidemment.

 PHILIPPE ERLANGER : 			               Pourquoi ?

 JEAN ZAY :                            Nous avons le choix : soit nous ne faisons rien, et la
                                       situation empirera, j’en suis convaincu.
                                       Soit nous mettons sur pied votre idée, et au moins
                                       nous aurons agit.

 PHILIPPE ERLANGER : 			               ... au risque d’envenimer les choses.

 JEAN ZAY :                            Exactement. Il faut que vous mettiez en avant la
                                       situation.
                                       Comment vous êtes revenu de Venise en train,
                                       comment vous avez eu l’idée dans le train. Le train,
                                       c’est important.
                                       Romancez un peu la chose.

 Une porte claque. Entre GEORGES BONNET (50 ANS)

 GEORGE BONNET (furieux) :             (tenant le magazine La Cinématographie française à
                                       la main) Qu’est-ce que ç’est que ça : « Décidément,
                                       la manifestation de Venise semble passer un mauvais
                                       quart d’heure. Les milieux cinématographiques anglais
                                       et américains notamment lui adressent d’amers
                                       reproches et jurent qu’on ne les y reprendra plus.
                                       Nous croyons savoir que dans les milieux officiels, il est
                                       fortement question d’organiser dès l’année prochaine
                                       une manifestation cinématographique internationale
                                       en France » ? Quelqu’un peut-il m’expliquer ?

 JEAN ZAY : 				                       Bon. Philippe, expliquez à Georges votre idée.

 PHILIPPE ERLANGER :                   Merci Monsieur Le Ministre. Comme vous le savez,
                                       Leni Riefenstahl a reçu le Grand Prix avant-hier soir
GEORGES BONNET :          Je sais je suis au courant. Je sais que les Allemands
                          ont gagné la coupe de la Mostra avec les Dieux du
                          Stades, que c’est un film de propagande nazie sur
                          les jeux Olympiques de Berlin il y a deux ans et que
                          ce n’est donc ni un film de fiction ni un film neutre,
                          et donc une atteinte au règlement, je sais que les
                          Anglais et les Américains ont dénoncé cela et quitté
                          la Biennale de Venise, je sais que les membres du jury
                          ont démissionné, je sais tout ça je suis ministre. Je
                          sais même une chose que vous ne savez sans doute
                          pas : Joseph Goebbels, vous voyez qui c’est ?, le
                          ministre d’Hitler, c’est lui qui s’est arrangé pour que
                          les Allemands gagnent cette année. Oui je sais ça. Et je
                          suis d’accord pour dire que ce n’est sans doute pas un
                          palmarès qui restera dans l’histoire, comme on dit -

PHILIPPE ERLANGER : 			   Je –

JEAN ZAY : 				           Georges –

GEORGES BONNET :          - mais faire un festival contre la Mostra de Venise en
                          France cela je ne le savais pas et je peux vous dire que
                          je ne suis pas mais alors pas du tout d’accord.

JEAN ZAY : 				Georges –

GEORGES BONNET :          Il est hors de question de heurter les Italiens en
                          créant un festival en France. Ce serait un scandale
                          diplomatique et nous n’avons pas besoin de ça en ce
                          moment. Les accords de Munich -

JEAN ZAY :                Ah non !

GEORGES BONNET :          Les accords de Munich ont été signés entre l’Allemagne,
                          l’Italie, L’Angleterre et le Président, Hitler s’engage à
                          n’avoir plus aucune revendication territoriale.

PHILIPPE ERLANGER :       Un sondage montre que les Français ne sont pas
                          convaincus par les accords de Munich.

GEORGES BONNET :          Pardon ?

JEAN ZAY :                Un sondage. C’est nouveau. C’est la première fois
                          que ça se fait en France. Par des américains. Ils ont
                          demandé aux Français ce qu’ils pensaient de l’accord
                          de Munich. 37% les désapprouvent.

GEORGES BONNET :          Ça n’est pas la question, ils ont été signés. Vous n’allez
                          pas me dire que ces accords ne sont pas un rempart à
                          la guerre ?
JEAN ZAY :             Georges vous savez très bien que si le Président Daladier
                       a signé ces accords c’est parce que nous devons gagner
                       du temps : notre armée n’est pas prête pour aller à la
                       guerre.

GEORGES BONNET :       Raison de plus pour ne pas la déclencher dès demain en
                       annonçant une contre-Mostra ! (A Philippe Erlanger) :
                       Tout ce que vous entendez ne sort pas de cette pièce.

(silence)

JEAN ZAY :             « Après mille ans et plus de Guerre déclarée
                       Les Loups firent la Paix avecque les Brebis.
                       C’était apparemment le bien des deux partis :
                       Car, si les Loups mangeaient mainte bête égarée,
                       Les Bergers de leur peau se faisaient maints habits
                       Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
                       Ni d’autre part pour les carnages :
                       Ils ne pouvaient jouir qu’en tremblant de leurs biens.
                       La Paix se conclut donc ; on donne des otages :
                       Les Loups leurs Louveteaux, et les Brebis leurs Chiens.
                       L’Échange en étant fait aux formes ordinaires,
                       Et réglé par des Commissaires,
                       Au bout de quelque temps que Messieurs les Louvats
                       Se virent Loups parfaits et friands de tuerie,
                       Ils vous prennent le temps que dans la Bergerie
                       Messieurs les Bergers n’étaient pas,
                       Étranglent la moitié des Agneaux les plus gras,
                       Les emportent aux dents, dans les Bois se retirent.
                       Ils avaient averti leurs gens secrètement.
                       Les Chiens, qui sur leur foi reposaient sûrement,
                       Furent étranglés en dormant.
                       Cela fut si tôt fait qu’à peine ils le sentirent.
                       Tout fut mis en morceaux ; un seul n’en échappa.
                       Nous pouvons conclure de là
                       Qu’il faut faire aux méchants guerre continuelle.
                       La Paix est fort bonne de soi :
                       J’en conviens ; mais de quoi sert-elle
                       Avec des ennemis sans foi ? »

GEORGES BONNET :       De la politique avec La Fontaine ? Vous êtes sérieux ?

JEAN ZAY :             Si nous ne faisons rien, nous allons nous faire dévorer
                       par les loups !
GEORGES BONNET :       Les loups ont fait la guerre il y a vingt-cinq ans et ils
                       l’ont perdue ! Ils ne recommenceront pas.

JEAN ZAY :             Comment osez-vous croire que la guerre ne reviendra
                       pas ?

GEORGES BONNET : 			   J’ai foi en la diplomatie.
JEAN ZAY :                Mussolini a inauguré l’année dernière des studios de
                          cinéma à Rome : « Cinecitta » vous en avez entendu
                          parler ? Et vous savez ce qui est écrit au-dessus
                          du portail d’entrée ? « Le cinéma est l’arme la plus
                          puissante » ! N’allez pas me dire que c’est une
                          déclaration de paix !

GEORGES BONNET :          (moqueur) Et vous pensez arrêter cela avec un Festival
                          de Cinéma ?

JEAN ZAY : 				           Georges, ne soyez pas réducteur.

GEORGES BONNET : 			      C’est quoi votre idée précisément ?

PHILIPPE ERLANGER :       Créer un festival des nations libres en France. Avec
                          les Américains. Et les Anglais. Je sais qu’ils nous
                          suivraient. Ils nous l’ont dit. J’ai eu l’idée dans le train-

GEORGES BONNET : 			      Et vous invitez qui ?

PHILIPPE ERLANGER : 			   Tous les pays

GEORGES BONNET : 			      Même l’Allemagne et l’Italie ?

PHILIPPE ERLANGER : 			…

GEORGES BONNET : 			L’URSS ?

JEAN ZAY :                L’idée est d’inviter tout le monde. A eux de voir s’ils
                          acceptent. L’organisation se ferait avec Huysmans
                          : le ministère de la Culture saurait organiser un tel
                          événement.

GEORGES BONNET : 			Où ?

JEAN ZAY :                Plusieurs possibilités. Biarritz probablement. Cannes.
                          Alger. Deauville. Tout est sur la table.

GEORGES BONNET :          Personne ne vous suivra. La Mostra de Venise existe
                          depuis déjà six ans. (A Zay) Vous savez j’ai lu votre
                          livre. J’ai noté un passage : « la France est gouvernée
                          par des vieux ».

JEAN ZAY : 				           J’étais jeune. J’avais vingt ans.

GEORGES BONNET : 			Et maintenant?

JEAN ZAY : 				Trente-cinq.

GEORGES BONNET :          Je comprends que vous soyez jeunes tous les deux,
                          que vous ayez des idées un peu décalées. C’est
                          normal. Simplement vous devez comprendre que
                          créer un festival en France sera perçu comme un acte
                          politique d’opposition.
JEAN ZAY :                                Georges, nous ne pouvons pas continuer de se laisser
                                          marcher sur les pieds. Nous devons montrer que nous
                                          nous opposons à Hitler et à Mussolini.

                                          Nous proposons un festival qui défend la liberté
                                          artistique. Soutenir la liberté artistique, ce n’est pas
                                          faire de la politique. Et sans liberté artistique, il n’y a
                                          pas de créativité.

                                          Si nous continuons de -

GEORGES BONNET :                          Tout ce que vous allez réussir à faire c’est énerver
                                          Mussolini. Le gouvernement ne vous suivra pas. Je ne
                                          vous soutiendrai pas.

Il s’apprête à sortir.

PHILIPPE ERLANGER :                       Alors cela voudrait dire que le gouvernement n’a pas
                                          encore compris que le cinéma était une arme politique
                                          … alors que Mussolini et Hitler l’ont déjà compris.

Georges Bonnet sort et rentre à nouveau

GEORGES BONNET : 			                      Si cela devait se faire, je propose Vichy.

Il sort
HIVER : REVUE DE PRESSE

UN JOURNALISTE :          (tenant un exemplaire de Ciné-miroir) « Ciné-miroir »
                          : « Nous croyons véritablement que la Biennale de
                          Venise suffit à tous les besoins parce que, en vérité,
                          elle ne fait preuve d'aucun parti pris. Ce n'est pas
                          parce que telle nation est sortie vainqueur d'un tournoi
                          qu'il faut considérer les autres comme vaincues. La
                          bataille des images est assez inoffensive. Souhaitons
                          que l'Exposition biennale du cinéma demeure à
                          Venise ».

UN AUTRE JOURNALISTE :    (tenant un exemplaire de La cinématographie
                          française) « La Cinématographie française » :
                          « J'entends raconter qu'on veut instituer à Deauville,
                          à Cannes, à La Baule ou à Biarritz, une autre
                          Biennale ». L'idée m'en paraît enfantine. On ne refait
                          pas la Biennale. Que ce ne serait que par politesse, il
                          convient de laisser à la manifestation de Venise son
                          rôle international »

UN AUTRE JOURNALISTE :    (tenant un exemplaire de Cinémonde) : « Cinémonde » :
                          « C'est une rigolade, tout simplement. La meilleure
                          preuve, du reste, c'est qu'on a mis à la tête de cette
                          manifestation celui de nos ministres qui peut, avec M.
                          Jean Zay, passer le plus justement pour un fumiste,
                          savoir M. Albert Sarrault. Alors on donnera des prix à
                          tout le monde, on récompensera tout le monde. On
                          n'osera pas décider pour le meilleur. On ne fera que
                          de la diplomatie et de l'hôtellerie ».

UN AUTRE JOURNALSTE :     (entre en courant) Hitler vient d'envahir la
                          Tchécoslovaquie ! Et Mussolini revendique les
                          territoires de l'Algérie, de la Savoie et de la Provence...

GEORGES BONNET : 			      Ça, ça ne va pas plaire au Président. Il est né à Car-
pentras.
                          Je ne sais pas si votre festival arrivera à arrêter quoi
                          que ce soit. Quoi qu'il en soit, vous avez l'aval du
                          Président et du gouvernement.
PRINTEMPS : ORGANISATION

PHILIPPE ERLANGER :                     La Biennale de Venise est attendue début septembre.
                                        Je propose qu'on organise le festival à la même
                                        période.
                                        Ouverture le 1 er septembre.

JEAN ZAY :                              Dans quatre mois !

LE VENDEUR DE JOURNAUX :                (à la criée) La France fait savoir qu'elle ne participera
                                        pas à la Biennale de Venise cette année.

JEAN ZAY : 				                         Pour la ville ?

PHILIPPE ERLANGER : 			                 Deux représentants sont allés à Biarritz. Je suis allé à
Cannes.

JEAN ZAY : 				                         Et ?

PHILIPPE ERLANGER : 			                 Le comité supérieur se prononce en faveur de Biarritz.

JEAN ZAY : 				                         Le comité supérieur de quoi ?

PHILIPPE ERLANGER : 			                 Du tourisme...

JEAN ZAY : 				                         Très bien. Ce sera donc -

LE VENDEUR DE JOURNAUX :                (à la criée) La presse vient d’annoncer que le festival
                                        sera à Biarritz

PHILIPPE ERLANGER : 			                 Mais pas du tout !

JEAN ZAY : 				                         Attendez !

Entre en courant le LOBBY de CANNES

JEAN ZAY : 				                         Ah !

LE LOBBY DE CANNES :                    Monsieur le Ministre. Nous aimerions discuter avec
                                        vous de l’annonce publique qui a été faite récemment
                                        par le gouvernement concernant l’attribution du
                                        nouveau projet du gouvernement -

JEAN ZAY : 				                         Dites

LE LOBBY DE CANNES :                    Nous proposons un investissement plus important que
                                        la ville de Biarritz.

Entre en courant le LOBBY de Biarritz

JEAN ZAY : 				                         Ah !
LE LOBBY DE BIARRITZ :               Monsieur le Ministre. Nous sommes très honorés de
                                     l’annonce qui a été faite récemment et venons d’apprendre
                                     que la Ville de Cannes a fait une contre-propro -

JEAN ZAY : 				                      Dites

LE LOBBY DE BIARRITZ :                Nous proposons un investissement plus important que la
                                      ville de Cannes.

LE LOBBY DE CANNES :                  Nous mettons à disposition les salles et équipements de
                                      la ville.

LE LOBBY DE BIARRITZ : 		            Nous aussi

LE LOBBY DE CANNES : 		Nous proposons de loger gratuitement les délégués,
                       invités et journalistes.

LE LOBBY DE BIARRITZ :               (sort une calculatrice. Fais la grimace). Nous avons des
                                     surfeurs !

JEAN ZAY :                           Très bien. Ce sera donc le Festival International du Film de
                                     Cannes.

LE VENDEUR DE JOURNAUX :              17 JUIN 1939 : « La radio annonce la création d’un
                                      nouveau festival du film à Cannes » !

JEAN ZAY :                            Très bien ! Huysmans ?

HUYSMANS :                            (Entre, les mains pleines de dossiers) Heureusement que
                                      nous avons organisé l’exposition universelle l’an passé
                                      les amis ! Sinon nous serions « dans les choux », comme
                                      on dit. Bien.

JEAN ZAY :                            Toutes les invitations doivent se faire par voies
                                      diplomatiques avec le Ministère des Affaires Étrangères.
                                      Ça représente combien d’invitations ?

HUYSMANS :                            Deux milles. Voici le plan du casino de Cannes pour la
                                      projection.

JEAN ZAY :                            Combien de salles de cinéma à Cannes ?

HUYSMANS :                            Sept. A ce propos il y a déjà un petit problème :

UN DIRECTEUR DE CINEMA DE CANNES : « Monsieur le Directeur général. Nous avons été les
                                   premiers à nous réjouir de la décision de créer en
                                   France un Festival international du Film. Spontanément,
                                   nous avons offert notre collaboration, en vue d’assurer
                                   par l’écran la propagande de cette manifestation, en
                                   particulier le passage gracieux dans nos salles du film
                                   qui doit être édité à cette occasion.

                                      (silence)
Nous étions loin de penser que le Festival n’aurait
                             d’autres résultats que de créer une véritable
                             concurrence pour nous ! Nos droits imprescriptibles
                             seront-ils caduques du fait que le gouvernement
                             organise dans une ville sur le territoire national
                             quarante projections publiques et payantes !

                             De toute façon, nous sommes réservés sur ce qui
                             résultera pour les grands établissements de cette
                             concurrence imprévue du Festival.

                             Avec nos regrets amers, nous vous prions d’agréer
                             l’expression de notre haute considération ».

JEAN ZAY :                   Je ne comprends pas.

PHILIPPE ERLANGER :          Les directeurs de salles n’auront plus l’exclusivité
                             des films projetés, puisque ce sera les Festival qui
                             projettera les films. Et du coup ils vont perdre leur
                             clientèle...

HUYSMANS :                   Donc on ne peut utiliser aucune des sept salles de
                             Cannes ? Mais c’est la catastrophe !

JEAN ZAY :                   Ne paniquons pas. Y a-t-il un autre bâtiment que
                             nous pourrions utiliser ?

HUYSMANS :                   Il y a le Casino Municipal qui a un grand hall...

PHILIPPE ERLANGER :          Un hall ?

JEAN ZAY :                   Parfait.

HUYSMANS :                   Et sur le règlement ?

JEAN ZAY :                   Internationalité impartiale : Chaque pays choisit
                             ses films. Pas de préférence pour la France. Jury
                             international. Chaque pays recevra un « Grand Prix »
                             pour sa participation. Il faut que tout le monde soit
                             gagnant.

On lui amène un télégramme   (lisant un télégramme) Les Américains confirment leur
                             présence. Ils envoient « M r Smith au Sénat », « Seul
                             les Anges ont des ailes » et « Le magicien...d’Uz ? »
                             Je ne sais pas : d’Uz ? D’Az ?

PHILIPPE ERLANGER :          « D’Y ? »

JEAN ZAY :                   Je ne sais pas l’encre a coulé. Bref. Ils envisagent
                             d’envoyer un paquebot avec des vedettes.

HUYSMANS :                   814 fauteuils et 140 strapontins possibles dans le
                             hall du casino. Par contre ça veut dire qu’il faudra
                             une tenue de soirée pour pouvoir rentrer.
LE VENDEUR DE JOURNAUX :                 Le Japon ne pourra pas envoyer de films : les délais
                                         sont trop courts. L’Allemagne et l’Italie n’ont toujours
                                         pas confirmé leur participation.

                                         M. Louis Lumière déclare « J’adorerais accepter cet
                                         honneur, je n’ai simplement pas les moyens de loger
                                         dans un palace... » (il sort puis revient) Le directeur du
                                         Carlton propose à M. Lumière de lui offrir un séjour dans
                                         son hôtel (il sort puis revient) M. Louis Lumière accepte
                                         la présidence d’honneur du festival (Il sort)

HUYSMANS :                               Il nous faut un partenariat avec la SNCF et Air France
                                         pour affréter les vedettes sur place au moindre coût

JEAN ZAY :                               Le Ministère des Finances propose l’émission d’un
                                         timbre spécial

LE VENDEUR DE JOURNAUX :                 La Belgique et la Hollande confirment leur présence.
                                         Le Mexique et la Pologne ne peuvent envoyer de
                                         films. L’Allemagne et l’Italie n’ont pas confirmé leur
                                         participation.

LE VENDEUR DE JOURNAUX :                 La Tchécoslovaquie confirme sa présence

JEAN ZAY :                               Mais la Tchécoslovaquie n’existe plus ! Hitler l’a envahie
                                         il y a deux mois !

LE VENDEUR DE JOURNAUX :                 (hésitant) Elle envoie un film intitulé « Si demain c’est
                                         la guerre en compétition ». (Haussement d’épaules)
                                         L’Allemagne et l’Italie n’ont pas confirmé leur
                                         participation.

HUYSMANS :                               En terme de communication ?

JEAN ZAY :                               Il nous faut une affiche. Pourquoi ne pas demander à
                                         Domergue ?

PHILIPPE ERLANGER :                      Le peintre ? C’est une bonne idée.

LE VENDEUR DE JOURNAUX :                 Les Anglais confirment leur présence à Cannes...et à
                                         Venise.

PHILIPPE ERLANGER :                      Quoi ?

HUYSMANS :                               Je propose une soirée d’ouverture qu’on appellerait « Le
                                         bal des petits lits blancs ». On pourrait demander à
                                         Fernandel de venir chanter.

On commence à installer des tables de dîner.
LE VENDEUR DE JOURNAUX :   (tenant un article de Cinémonde) : « Cinémonde »
                           : « Cannes, 15 juillet. Les réserves que j’avais cru
                           devoir faire étaient injustifiées. En trois semaines un
                           travail énorme a été accompli, la propagande jette
                           partout ses antennes, les chancelleries sont alertées.
                           En même temps les concours financiers affluent. Et
                           c’est ainsi qu’on annonce aujourd’hui -

JEAN ZAY :                 (au public) Que d’énergie faut-il pour traverser une
                           jungle avec une seule idée. Que d’énergie faut-
                           il pour inventer, simplement inventer, au service
                           de nos idéaux. Nous avions mis un an, un an pour
                           convaincre le gouvernement, trouver les partenaires,
                           organiser l’événement, retourner l’opinion de la
                           presse. Bien sûr, nous avions les moyen. Mais si peu
                           de temps. A la mi-août, les festivités commencèrent,
                           les personnalités affluèrent. La Metro Goldwyn Meyer
                           – l’un des plus gros studios américains – amena
                           Douglas Fairbanks, Gary Cooper, Mae West. Les
                           trains et les avions avaient doublé la cadence entre
                           New-York, Londres, Paris, Nice et Cannes.

JEAN ZAY :                 Et surtout : La Tchécoslovaquie, l’Angleterre, la Suède,
                           la Pologne, les Pays-Bas, le Luxembourg, les Etats-
                           Unis et l’URSS ! Trente-huit films internationaux pour
                           prouver qu’un lieu de rencontre et de paix universelle
                           existait

PHILIPPE ERLANGER :        (au public) Le 21 août s’ouvrit la soirée « le Bal
                           des Petits Lits Blancs ». 1000 invités. Spectacle
                           de l’Opéra de Paris. Cinq orchestres. Le dernier
                           événement de la soirée devait être Fernandel.

JEAN ZAY :                 Et puis soudain. Un orage. Terrible.

PHILIPPE ERLANGER :        La soirée fut interrompue. Fernandel ne chanta pas.

JEAN ZAY :                 Le surlendemain, le 22 août, un ordre de mobilisation
                           nationale fut imprimé et collé sur les murs de France.
                           On appelait les réservistes.

PHILIPPE ERLANGER :        On projeta tout de même Quasimodo

JEAN ZAY :                 Les gens commencèrent à quitter la ville.

PHILIPPE ERLANGER :        Le 1 er septembre, date d’ouverture du festival,
                           l’Allemagne envahit la Pologne. Puis le 3, la France
                           et l’Angleterre déclarèrent la guerre à l’Allemagne.
HIVER : DANS LA BRUME

Sous les obus, Philippe Erlanger erre.

PHILIPPE ERLANGER :                      J'ai essayé. Je vous jure que j'ai essayé. D'abord le
                                         festival a été repoussé d'une semaine. Puis de deux.
                                         Puis on parla de Noël. Et à Noël, on parla de février 1940.
                                         Je pensais que c'était toujours possible, je voulais que
                                         ce soit toujours possible, qu'il n'y ait ne serait-ce que
                                         quelques jours d'un festival où l'on baisserait les armes
                                         pour regarder un film, un terrain neutre au service de
                                         l'art, une parenthèse inespérée. Au printemps, et contre
                                         toute attente, Mussolini accepta de participer à un festival
                                         à Cannes. Je travaillais d'arrache-pied « pour un festival
                                         en temps de guerre », comme je disais. Mais tout était
                                         mobilisé, réquisitionné, rationné, ravitaillé. Les trains
                                         réservés aux militaires, les étrangers repartis dans leurs
                                         pays. Plus nous nous enfoncions dans la guerre, plus la
                                         possibilité d'un festival devenait chimérique. Et à l'été,
                                         je baissais les armes définitivement. L'Allemagne avait
                                         envahi la France, l'Italie nous avait déclaré la guerre. Il
                                         n'y aura jamais de festival à Cannes. L'idée deviendra
                                         un souvenir. La décision une archive. L'envie une note
                                         de bas de page.

Entrent Jean Zay et la Mort/Wikipédia.

LA MORT/WIKIPEDIA :                      M. Jean Zay ?

JEAN ZAY :                               Oui ?

LA MORT/WIKIPEDIA :                      Elle lit sur un téléphone : Au début de la seconde guerre
                                         mondiale, Jean Zay démissionne le 2 septembre 1939
                                         pour rejoindre l'armée française et suivre le sort de
                                         sa génération. En juin 1940, il rejoint Bordeaux pour
                                         participer à la dernière session du Parlement qui s'y est
                                         replié avec le gouvernement et qui débat de la question
                                         d'un abandon de la métropole aux troupes allemandes et
                                         d'un transfert du gouvernement français en Afrique du
                                         Nord. Aucune décision n'est prise, mais, le 21 juin 1940
                                         en fin d'après-midi, les présidents des deux chambres,
                                         Jean Zay et Pierre Mendès France, ainsi que vingt-cinq
                                         autres parlementaires embarquent pour Casablanca,
                                         au Maroc. En raison d’une grève de l’équipage puis
                                         de l’attente d’une demande d’asile au gouvernement
                                         britannique, les passagers du paquebot sont d’abord
                                         consignés dans un grand hôtel, puis quatre d’entre
                                         eux, dont Jean Zay, sont arrêtés, pour désertion devant
                                         l’ennemi. Jean Zay est interné à la prison militaire de
                                         Clermont-Ferrand.
Pendant des mois, Jean Zay devient « la cible notoire
                      de la campagne antisémite » et une violente campagne
                      de presse réclame la condamnation à mort du « juif,
                      Jean Zay » comme juif, franc-maçon, anti-munichois,
                      anti-hitlérien et ministre du Front Populaire.

                      Le 4 octobre 1940, le tribunal militaire le condamne
                      en tant qu’officier pour désertion en présence de
                      l’ennemi à la déportation à vie et à la dégradation
                      militaire.

                      Le 20 juin 1944, trois miliciens viennent le chercher
                      à la prison de Riom. Les trois miliciens présentent un
                      ordre de transfert pour Melun. Les trois miliciens lui
                      laissent entendre qu’ils sont des résistants déguisés
                      qui ont pour mission de lui faire rejoindre le maquis,
                      et l’assassinent dans un bois, près d’une carrière
                      abandonnée, au lieu-dit Les Malavaux, dans la faille
                      du Puits du diable, à Molles, dans l’Allier.

                      Jean Zay est abattu. Puis, afin qu’il ne soit pas
                      identifié, les tueurs le déshabillent, lui ôtent son
                      alliance, jettent sa dépouille dans la crevasse du
                      Puits-du-Diable et y lancent quelques grenades pour
                      cacher le corps par des éboulis.

                      Son corps et ceux de deux autres personnes sont
                      retrouvés trois mois plus tard, enfouis sous un tas
                      de pierres, par des chasseurs et enterrés dans une
                      même fosse du cimetière communal.

                      Pendant ses quarante-quatre mois au gouvernement
                      du Front Populaire, Jean Zay a institué, au
                      titre de l’Éducation nationale : les trois degrés
                      d’enseignement, l’unification des programmes, la
                      prolongation de l’obligation scolaire à quatorze ans,
                      les classes d’orientation, les activités dirigées, les
                      enseignements interdisciplinaires, la reconnaissance
                      de l’apprentissage, le sport à l’école, les œuvres
                      universitaires ; et au titre des Beaux-Arts : le CNRS,
                      le Musée national des arts et traditions populaires,
                      le musée d’Art moderne, la Réunion de théâtres
                      lyriques nationaux, le festival de Cannes.

                      Jean Zay meurt.

PHILIPPE ERLANGER :   Il n’y aurait jamais d’art libre.

                      Nous avions tout gâché.
La Compagnie Y
Y est la 25 ème lettre et 6 ème voyelle de l’alphabet latin. Elle se prononce « i-grec ».
La génération Y désigne la génération sociologique des personnes nées entre 1980 et 1990.
Le Y se dit prononce « Why » en anglais.
Le Y était le symbole de la secte pythagoricienne. Il représente symboliquement la croisée des chemins.
La Compagnie Y est une compagnie de théâtre créée en janvier 2014.
Pale Blue Dot (une histoire de Wikileaks) est son premier projet.
Utoya, île norvégienne sur laquelle furent tuées 77 jeunes gens le 22 Juillet 2011, son deuxième projet.
Cannes est son troisième projet.
La compagnie Y résonne avec l’actualité.

                                       Saison 2017-2018
                                                          Pale Blue Dot (une histoire de Wikileaks)
                                                             5 décembre 2017 La Mouche (Saint-Genis-Laval)
                                                             27 février 2018 Théâtre du Vellein (Villefontaine)
L’équipe

                                       Etienne Gaudillère          metteur en scène

                                       Après une classe préparatoire au lycée du Parc, il mène des études
                                       littéraires (Lyon 2, Paris VII) et des études théâtrales. Après le
                                       Conservatoire du XVI ème arrondissement de Paris sous la direction
                                       d’Eric Jakobiak, il intègre le compagnonnage-théâtre (GEIQ) de Lyon.
                                      En 2013, il fait partie du Polyptique Escalante, mis en scène par
                                      Sylvie Mongin-Algan, dans les pièces Electre se réveille et Phèdre
                                      et autres Grecques (Ximena Escalante) jouées au Festival de la Ville
                                      de Mexico (FMX). Il travaille avec Yves Charreton sur Au Bois Lacté
                                      (Dylan Thomas), avec la compagnie Microserfs sur La Chevauchée
                                      sur le Lac de Constance (Peter Handke), avec Nicolas Zlatoff sur Les
                                      Noces de Sisyphe (Albert Camus), avec la compagnie DimancheMidi
© Rebecca Diaz
                                      sur Un Lac (d’après Marguerite Duras), avec le Théâtre du Verseau
sur Neuf Petites Filles (Sandrine Roche).
En 2015, il créé la Compagnie Y avec laquelle il monte Pale Blue Dot (une histoire de Wikileaks) (2016),
texte qu’il a lui-même écrit, puis Utoya de Laurent Obertone, à Bruxelles (2016). De Pale Blue Dot, il tire
un spectacle plus léger qui met en avant certains éléments de l’histoire de Wikileaks : Conversation Privée.
En 2017/2018, il jouera dans Merlin ou la terre dévastée (Tankred Dorst/Guillaume Bailliart), ainsi que
dans Neuf Petites Filles (Sandrine Roche/Philippe Labaune). Il mettra en scène Pourquoi les Riches ? avec
Stéphane Gornikowski, d’après les travaux de Monique et Michel Pinçon-Charlot.
Il est aussi co-réalisateur d’une installation artistique téléphonique, réalisée pour Le Printemps des Poètes
et pour la Biennale d’Art Contemporain de Lyon, le co-scénariste de la série A Billion To One (2017), série
télévisée internationale produite par CollabFeature Group.

Arthur Vandepoel          collaborateur artistique et comédien

Arthur Vandepoel est originaire de Clermont-Ferrand, dans le Puy de Dome - Auvergne-Rhônes-Alpes.
Il a fait plusieurs spectacles depuis 2009 avec la compagnie Le Souffleur de Verre - direction artistique
Julien Rocha et Cédric Veschambre - à Saint-Étienne. Il a fait le GEIQ Théâtre Compagnonnage de Lyon de
2010 à 1012. Depuis, il a travaillé entre autres avec Guillaume Bailliart, Gilles Chabrier, Muriel Coadou,
Marion Aubert, Émilie Beauvais, Lancelot Hamelin, Maïanne Barthès, Sabine Revillet, Tony Gatlif, Ilène
Grange, Sylvie Mongin-Algan, Anne de Boissy. Il travaille avec la Compagnie Y depuis sa création en 2015.
Marion Aeschlimann             comédienne
Après avoir effectué ses études au Conservatoire de Nancy, Marion Aeschlimann est recrutée à Lyon en
mars 2010 par le G.E.I.Q. Théâtre compagnonnage. Durant son parcours, elle a l’occasion de se former et
de travailler auprès de Nicolas Ramond, Les Trois-Huit Cie de Théâtre, Philippe Labaune, Guillaume Bailliart,
Santiago Loza, Maryse Gautier et le collectif berlinois Gob squad.
Actuellement basée entre Lyon et Berlin, elle travaille en tant que comédienne sous la direction, entre
autres, de Guillaume Baillart (Groupe Fantômas) dans Merlin ou la terre dévastée de Tankred Dorst, et
d’Etienne Gaudillère (Cie Y) dans Pale Blue Dot. En 2018, elle travaillera aux côtés de Sébastien Valignat
(Compagnie Cassandre) dans sa nouvelle création. Elle codirige également la compagnie NATURTRANE avec
Nicole Mersey.

Fabien Grenon         comédien
Ancien élève de la Comédie de Saint-Etienne, il a notamment travaillé sous la direction d’Anatoli Vassiliev,
Richard Brunel, Éric Massé, Jean-Claude Berruti, Simon Delétang, Laurent Meininger, Vladimir Steyaert,
Thierry Roisin, Gilles Granouillet, Thierry Bordereau, Frédéric de Goldfiem, Béatrice Bompas, Cédric
Veschambre, Julien Rocha, Gilles Chabrier, Frédéric Laforgue, Philippe Zarch, Gaële Boghossian, Thomas
Fourneau…

Florent Hamon         comédien et danseur
Florent Hamon commence la pratique du cirque à l’âge de 10 ans. Après des études d’audiovisuel, il obtient
un Master 1 Métiers de la culture à la Sorbonne et continue l’aventure circassienne auprès des Zampanos
et du Cirque Electrique.
Il intègre ex.e.r.ce 07 co-dirigée par Mathilde Monnier et Xavier Le Roy au CCN de Montpellier puis travaille
en tant que danseur (Yann Lheureux, Olivier Dohin, Laure Bonicel, Anne Lopez, Mathieu Hoquemiller). Il
a créé le concert performance MontÂgne en 2006, la pièce de danse Ball en 2008 puis collabore avec
la compagnie de cirque Les Choses de Rien et crée la pièce chorégraphique Bienheureux sont ceux qui
rêvent debout sans marcher sur leur vie, spectacle puisant son inspiration dans les films de l’exposition
Mouvinsitu. Il apporte aussi régulièrement un regard vidéo et chorégraphique à différentes compagnies.
Actuellement, il travaille en tant qu’interprète pour le Théâtre Dromesko et la chorégraphe Tania Carvahlo
tout en développant un travail personnel.
Loic Rescanière           comédien
Il joue dans Pale Blue Dot mis en scène par Etienne Gaudillère avec la Compagie Y et travaille
avec la Compagnie Cassandre (compagnie associée à La Passerelle, scène nationale de Gap) sur
une création pour 2019. Depuis 2011, il fait partie de la compagnie Le Fil avec laquelle il joue
La Fête de Spiro Scimone, Et la vie n’était réelle que si elle était belle de R.Garcia.
Actuellement, il travaille sur G O N Z E S S E un projet qu’il écrit et co-met en scène avec Elsa
Rocher ainsi que sur Notre Belle Famille (accueilli en résidence aux Subsistances-Lyon), création
collective avec Marion Aeschlimann et Bertrand Nodet. Pendant 3 ans, il a travaillé en prison
pour mineurs sur l’écriture et la mise en scène de pièces jouées par les détenus. Depuis 14 ans,
il est comédien et assistant au sein de l’association Transmission en Loire Atlantique qui créée
des spectacles historiques. Il a travaillé avec la Compagnie Les particules dans Ymoleg (You Me
Our Love and the Electronic Guy) et dans Le Cabaret de Solitudes, avec la Compagnie Ampoule
théâtre dans L’étranger et dans Les noces de Sisyphe.
A la télévision il a tourné avec Orso Miret dans Mon ami Pierrot et dans La vie des bêtes.

Bertrand Nodet           scénographie
Formé à la scénographie à l’Ensatt à Lyon, ses projets le mènent à l’Opéra Comique de Paris, l’Opéra de
Lyon, au théâtre de Sartrouville, à Bonlieu Scène Nationale d’Annecy, au Théâtre de Liège... mais aussi hors
les murs où il performe, avec le Collectif bim, afin de révéler la théâtralité de nos lieux quotidiens.
Il a notamment l’opportunité de travailler avec Dominique Pitoiset, Alain Françon, Guillaume Vincent, Anne
Théron, Claire Lasne-Darcueil, Stéphanie Mathieu et aussi le danseur et chorégraphe Daniel Larrieu qu’il
assiste sur Nuits en 2015. Bertrand poursuit son investissement dans différentes compagnies lyonnaises
(La Cie Y, le Collectif bim et la Cie Cassandre) mais aussi des compagnies belges (Cie Pietro Marullo et Cie
Renards Effet Mer).

Romain de Lagarde              création lumières
Diplômé d’un DMA de régie de spectacle option lumière, il suit le parcourt du département réalisation
lumière de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre à Lyon (ENSATT) d’où il sort
diplômé en 2009. Depuis, il participe à de nombreux projets en tant qu’éclairagiste en particulier au
théâtre, avec Mauser mise en scène par Mathias Langhoff, Pale Blue Dot de la Cie Y, J’ai fait une belle
croisière avec Jean-Pierre de la Cie le Bruit des Couverts, La Chambre rouge de la Cie Esquimots, et Radio
Paradize de l’Ensemble Epik Hotel. Par ailleurs, il travaille également pour l’opéra avec la Cie Manque pas
d’Airs pour laquelle il conçoit la lumière de trois opéras ou pour la danse avec Ballets russes et Nuits d’été
de L’Ensemble Carpe Diem, Dust Park 2 de Yuta Ishikawa ou Clank’s de la Cie ALS.
D’autre part, pour le cirque contemporain, il collabore avec la Cie Galapiat sur Risques Zéro, MAD in
FINLAND, et Château Descartes où il crée la lumière ainsi qu’avec la Cie Anomalie pour Dans le ventre de
la Ballerine et la Cie Jupon pour Ensemble.
Antoine Richard         création et réalisation sonore

Formé aux arts et techniques du son à l’Ensatt (Ecole Nationale des Arts et Techniques du Théâtre) après
un cursus musical, il s’associe au travail de metteurs en scènes tels que Matthias Langhoff avec qui il crée
Mauser puis Hamlet-Cabaret, Jean-Louis Hourdin pour Je suis en colère mais ça me fait rire et Jean la chance
ou encore Richard Brunel pour les créations de Les criminels, En finir avec Eddy Bellegueule et prochainement
Certaines n’avaient jamais vu la mer.
Il fait partie de la Compagnie des Hommes Approximatifs dirigée par Caroline Guiela Nguyen (Gertrud, Se
souvenir de Violetta, Ses mains, Le bal d’Emma, Elle Brûle, Peut-être une nuit, Le Chagrin, Mon grand amour,
Saïgon) et travaille par ailleurs avec la Compagnie des Lumas (Angélique Clairand), la Compagnie Ostinato
(Olivier Maurin), La Maison jaune, Le Théâtre des turbulences, la Compagnie D’un instant à l’autre, le Théâtre
du Rivage, le Théâtre de l’Homme...
Il s’associe également à des projets chorégraphiques (Compagnie Le Grand Jeté, de Frédéric Cellé),
radiophoniques ou musicaux dans lesquels il développe un univers « du réel » proche de la photographie
sonore, et s’attachant avant tout à la musicalité des mots et l’écriture des sons. Il travaille notamment avec
Alexandre Plank et Laure Egoroff pour France Culture et intervient comme formateur aux universités d’été de
Phonurgia Nova à Arles aux côtés de la réalisatrice Kaye Mortley. En 2010, il fonde Le Sillon, un collectif de
création radiophonique et poursuit depuis l’élaboration de ses propres créations sonores. Il reçoit en 2016 le
Prix Italia (prix international de création radiophonique) ainsi que le Grand Prix de la fiction radiophonique de
la SGDL pour Le Chagrin, Julie et Vincent coréalisé avec Caroline Guiela Nguyen et Alexandre Plank.
Calendrier

                                Planning prévisionnel de création

                                                                         Juin 2018
                                    Résidence de 4 jours de lecture (lieu à définir)

                                                             Septembre 2018
   Résidence du 17 au 22 septembre 2018 au NTH8 - Nouveau Théâtre du 8 ème, Lyon

                                                     Octobre / Novembre 2018
             Résidence du 22 au 27 octobre 2018 à La Mouche, Saint-Genis-Laval

                                                                     Février 2019
                                   Résidence de 15 jours de travail (lieu à définir)

                                                                        Avril 2019
                                    Résidence de 7 jours de travail (lieu à définir)

                                                                        Mai 2019
Résidence du 29 avril au 12 mai à la Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau

                                        Diffusion saison 2018-2019

                                                               14 et 15 mai 2019
                       Création à la Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau

                                                         22, 23 et 24 mai 2019
                         La Comédie de Saint-Etienne, Centre dramatique national

                                                                      28 mai 2019
                                            Théâtre du Vellein - CAPI - Villefontaine

                                        Diffusion saison 2019-2020
                                                   Montage de la tournée en cours
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