La schizophrénie dans la famille - Medtunes

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Supplément à Neurone 2012; Vol 17 (N° 6)

                                                                 La schizophrénie dans la famille
                                                                 O Pirson, B Delatte, AM Masson, AR De Nayer, MA Domken, V Dubois, B Gillain, M Floris, L Mallet,
                                                                 E Stillemans, J Detraux
Editeur responsable: V. Leclercq • Varenslaan 6, 1950 Kraainem
DIV1122F

ISSN 1372-4193
Table des matières

1.   Introduction                                                                                  4

2.   Historique des hypothèses étiologiques familiales                                             4

                                                                                                   5
3.   Facteurs familiaux incriminés

       3.1.   La communication déviante («communication deviance»)                                 5

       3.2.   Les émotions exprimées                                                               5

       3.3.   La tolérance de la famille                                                           6

4.   Prise en charge de la famille                                                                 7

       4.1.   Ses réactions: entre culpabilité et épuisement                                       7

       4.2.   Le travail avec la famille                                                           7

       4.3.   L’impact de la désinstitutionnalisation                                              7

       4.4.   Les groupes de support                                                               8

5.   Vignette clinique en guise de conclusion provisoire                                           8

                                                                            3
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1. Introduction                                         d’une tolérance importante de l’entourage, syno-       l’émergence des symptômes pathologiques à
                                                        nyme de longue durée de la psychose non traitée        la rigidité du système. Anzieu a développé en
Dans une perspective systémique, famille et             (DPNT).                                                1981 une modélisation psychodynamique avec
société sont indissociables. Différentes raisons        En cas de crise, la décision de l’admission volon-     sa théorie d’un appareil psychique familial (12).
nous ont cependant poussés à opter pour cette           taire, voire involontaire, du malade à l’hôpital est   En 1984, Haley (13) analyse le comportement
distinction qui paraît artificielle, tant la famille    un des dilemmes les plus difficiles qu’affronte la     des patients schizophrènes comme des stratégies
est inscrite dans la société d’une part, et tant elle   famille. La loi de protection de la personne du        destinées à faire échec à la communication avec
participe à l’évolution de celle-ci de l’autre. Par     malade mental (26 juin 1990) permet de pallier         sa famille puis avec toute autre personne. Selvini
ailleurs, vu le caractère éminemment clinique           de nombreuses imperfections de la loi de col-          –Palazzoli et al. (14) construisent en 1990 un
de notre propos, nous avons retenu l’option de          location, datant du 18 juin 1850, et introduit         modèle diachronique en six étapes et mettent en
donner la parole aux patients à travers deux            l’idée de post-cure. Elle peut cependant encore        lumière deux manoeuvres, l’imbroglio et l’insti-
vignettes cliniques, en guise de transition entre       être améliorée. Nous assistons par ailleurs à une      gation. Ultérieurement, Ausloos (15) a proposé
les deux thèmes. Il s’agira donc d’un diptyque,         évolution internationale vers la désinstitutionna-     de distinguer les familles à transactions rigides
plutôt que de deux articles indépendants, ce qui        lisation, qui poursuit une série d’objectifs, qui      des familles à transactions chaotiques.
implique des incursions réciproques. Nous avons         ne peuvent faire passer sous silence les carences      L’ensemble de ces théories ont eu en commun de
cependant tenté de respecter au mieux chacun            dont sont victimes ces patients, tant sur le plan      considérer la famille comme une unité suscep-
des thèmes: la famille dans le premier article, la      du statut social, qu’au niveau de structures adap-     tible de changer en fonction d’une implication
société dans le second.                                 tées. La considération d’autres systèmes de prise      directe des membres qui la constituent. Appli-
Mais venons-en à notre sujet central. La schizo-        en charge, peut-elle nous apporter des pistes en       quées à la lettre, elles s’avérèrent très culpabi-
phrénie est une pathologie universelle (dans            vue d’y pallier.                                       lisantes pour les familles: «le patient désigné est
le temps et l’espace) aux nombreux tenants et                                                                  victime du mal-être familial»; «c’est la famille
aboutissants sur les plans familial et social. Le                                                              qu’il faut soigner, pas le patient schizophrène».
contexte socio-familial s’avère fondamental dans        2. Historique des hypothèses étiolo-                   Vu ces écueils de honte et de culpabilisation, la
le quotidien du patient qui souffre de cette af-        giques familiales                                      thérapie de la famille cède la place à une thé-
fection, que ce soit dans la phase prémorbide,                                                                 rapie avec la famille, qui y participe activement
au moment de la décompensation, ou dans ses             Tant la psychanalyse que les théories systémiques
suites. C’est le point de vue adopté dans ces           familiales se sont interrogées sur la question du
deux articles, qui ne se veulent pas exhaustifs.        sens et des mécanismes psychopathologiques              Si les théories psychanalytiques
Ils visent à développer quelques thèmes capi-           sous-tendant la schizophrénie. Si, dans un pre-          et systémiques familiales ont
taux dans la prise en charge quotidienne des            mier temps, les difficultés rencontrées étaient at-
                                                                                                                eu le mérite de mettre l’accent
patients atteints de psychose (de schizophrénie).       tribuées au patient lui-même, les années 1940-50
Tout d’abord, la place de la famille dans ces trois     ont vu apparaître les concepts de la mère patho-        sur l’importance de la famille,
temps a fait couler beaucoup d’encre. Le déve-          gène («la mère schizophrénogène» de Fromm-               leur caractère peu spécifique
loppement des bases théoriques des thérapies fa-        Reichmann en 1948) (2) et du père inadéquat (la
                                                                                                                    et culpabilisant a suscité
miliales apparaît plus clairement dans les années       «forclusion du nom du père» de Lacan en 1956)
1950, aux USA, lors des programmes d’étude              (3). Ensuite, un système de plusieurs membres            la transition d’un travail sur à
consacrés spécifiquement aux patients atteints          impliqués dans des interactions pathologiques a              un travail avec celle-ci.
de schizophrénie. La schizophrénie, n’est-elle          été incriminé, avec les notions de «double lien»
à la thérapie familiale et systémique ce que la         (4), de «pseudo-mutualité» et de «pseudo-hos-
névrose fut à la psychanalyse?                          tilité», puis de «metabinding» (5). Dans les an-       (16).
Bien qu’il soit incontournable, le traitement mé-       nées 1955-1960, les thèses de l’antipsychiatrie
dicamenteux n’est pas suffisant pour faire face         imputaient la responsabilité de cette maladie à la     Par ailleurs, Kannas (17) relève le paradoxe
à la schizophrénie. Un contexte socio-familial          société: «la folie n’est rien d’autre qu’une réac-     d’une théorie qui s’est focalisée sur les facteurs
apaisé est indispensable pour améliorer la situa-       tion rationnelle de l’homme face à un monde            familiaux sans inclure les autres, marquant la
tion du malade et pour favoriser le suivi du trai-      ayant perdu la raison» (6). Bowen (7) a, en 1959,      suprématie du linéaire sur le circulaire. Il pointe
tement. Les patients qui connaissent le meilleur        mis en évidence la nécessité de l’étude de trois       également le double lien existant dans le fait
pronostic sont en effet ceux qui sont entourés par      générations pour rendre compte du dévelop-             d’affirmer que les interactions dans la famille
leur famille. Le rôle causal des facteurs sociaux       pement du processus schizophrénique. Watz-             d’origine rendent fou, tout en sollicitant une aide
et familiaux favorisant et/ou exacerbant la surve-      lawick (8) développait en 1966 les cinq axiomes        de celle-ci. Les perturbations tant dans les rela-
nue d’une schizophrénie (ex. migration, milieu          de la communication, bases de la systémique            tions intrafamiliales que dans les relations entre
urbain) ou une rechute (ex. émotions expri-             encore aujourd’hui. En 1974, Minuchin propo-           la famille et son environnement social sont alors
mées) reste délicat à évaluer. Leur contribution à      sait sa version structurale, une dialectique entre     considérées comme secondaires à la maladie. Le
l’émergence ou au cours de la maladie reste, en-        appartenance et individuation, selon laquelle          but de la thérapie est d’offrir une possibilité de
core à l’heure actuelle, relativement peu étudiée.      les relations seraient caractérisées par des coa-      changement, d’apprendre à la famille à s’adapter
Plus spécifiquement, il est délicat de distinguer       litions ou des rejets, des engrenages (psychose)       aux troubles et à les gérer. Le risque thérapeu-
causes et conséquences de la maladie dans ces           ou des délitements (délinquance) liés à l’aspect       tique est l’inverse du modèle communicationnel:
observations (1). A cette confusion vient s’ajouter     poreux ou imperméable des frontières intra- ou         celui de figer le patient dans la définition de la
une gamme d’émotions intenses chez le patient           intergénérationnelles (9). En 1978, Bowen défi-        maladie qu’en donnent les thérapeutes. Les mo-
mais aussi dans sa famille. Plusieurs réactions         nissait le symptôme schizophrénique comme le           délisations humanistes et narratives, telles que
négatives s’avèrent très fréquentes au début des        produit d’une amplification de l’indifférenciation     définies par Miermont (18), relativisent, elles, la
symptômes de schizophrénie ou en réaction à ce          des selfs. Il postulera ensuite un modèle com-         notion de vérité objective, de même que celle de
diagnostic, y compris les notions de culpabilité,       plexe reliant angoisse aiguë et chronique, dif-        compétence ou de spécialiste: chaque vision du
de honte, de désespoir. Le déni ou une mécon-           férenciation du soi et triangulation (10). Andolfi     monde est relative à ses contextes relationnels de
naissance de la maladie peuvent être à l’origine        et al. (11) s’inspireront de ces théories pour lier    production. Il développera dans ce même livre,

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plusieurs métamodélisations: morphogenèse et                adverses. Chacun des deux parents sape la          3. Facteurs familiaux incriminés
modèles mathématiques du changement, théo-                  valeur de l’autre aux yeux de l’enfant, tout
ries de la complexité, éco-étho-anthropologie de            en lui demandant son appui (25). La mère,          3.1. La communication déviante («com-
la famille.                                                 ici la plus passive, trouve peu de sens à          munication deviance»)
                                                            la vie et n’a pas été désirée en tant que          Singer et Wynne (1965) (27) ont mis en évidence
Théories psychanalytiques                                   fille. Elle ne parvient donc pas à garantir        le concept de communication déviante (CD)
La popularité des théories de Freud et ses suc-             à sa propre fille un minimum d’estime de           et développé des outils pour mesurer celle-ci.
cesseurs sur les expériences précoces de l’enfant           soi. Quant au père, il est dominateur mais         La CD est définie comme une communication
en milieu familial, et sur la façon dont elles              doute de sa virilité et enseigne la méfiance       vague, ambiguë, illogique et idiosyncrétique,
déterminent son développement, a grandement                 à son enfant. Selon eux, c’est habituelle-         une incapacité mutuelle des partenaires de la
contribué à diriger l’intérêt des chercheurs sur le         ment le cadre dont proviennent les femmes          communication de partager et de développer
comportement des parents (19). Dans un article              schizophrènes.                                     ensemble un focus d’attention (une attention
(2) publié en 1948, Fromm-Reichmann avance                  Dans le biais conjugal, les parents sont rare-     conjointe) dans le temps (27, 30-39).
timidement le concept de «mère schizophré-                  ment en désaccord ouvert et le climat familial     Certaines études ont démontré que dans les fa-
nogène» pour qualifier les mères de patients                est plutôt calme. C’est une famille apparem-       milles de patients atteints de schizophrénie, on
atteints de schizophrénie, en traitement analy-             ment harmonieuse, mais l’un des conjoints          peut observer des perturbations de l’aptitude à
tique. La «mère schizophrénogène» est décrite               adhère passivement aux conceptions singu-          focaliser une attention conjointe, suggérant que
dominatrice, rigide, froide, sadique, hostile et            lières, voire étranges et bizarres ou délirantes   la CD pourrait avoir été présente avant le premier
agressive, n’aime pas ses enfants et transmet l’an-         de l’autre, en particulier sur la façon dont on    épisode et dès lors jouer un rôle dans l’étiologie
goisse, tandis que le père serait doux, indifférent         doit élever les enfants et conduire la vie de      de la schizophrénie (33). Bien que la CD ne soit
et passif, voire absent (19-22).                            famille (23). Quand les idées bizarres de l’un     pas un marqueur spécifique dans les familles de
                                                            des partenaires sont acceptées ou assumées         patients atteints de schizophrénie (36), diverses
Exemples de théories familiales systé-                      par l’autre, il peut même être légitime de         études ont démontré qu’elle se produit plus
miques                                                      parler d’une atmosphère de folie à deux. Cet       fréquemment dans ces familles que dans celles
•   La théorie de la «double contrainte» ou                 accord est cependant plus apparent que réel,       avec des enfants normaux (40-43) ou dépressifs
    «double lien» («double bind») a été intro-              et des indications de désaccord, de même           (44). Il semble aussi que les niveaux de CD pa-
    duite par Bateson en 1956 dans «Toward                  que des messages discordants, sont donnés à        rentale augmentent avec le degré de sévérité de
    a theory of schizophrenia» (4). Selon Bate-             l’enfant de façon plus ou moins occulte (26).      la maladie et le niveau concomitant des troubles
    son, toute crise résulte d’un problème dans             Dans le type biaisé, la mère est très intru-       de la pensée.
    les relations familiales. Cette théorie définit         sive et la venue d’un fils comble chez elle        Le niveau de la CD semble également jouer un
    essentiellement la schizophrénie comme un               un vide; le père, très passif, fournit un mo-      rôle dans le déclenchement des rechutes. Cer-
    mode de communication. Le «double lien»                 dèle médiocre à son fils et ne s’oppose pas        taines études (39) ont montré une fréquence de
    est une expérience répétée, impliquant deux             à l’éducation aberrante de sa femme (25). Ce       rechutes plus élevée lorsque le niveau de la CD
    personnes ou plus, au sein de laquelle une de           type de couple parental se retrouverait plus       est trop haut. Velligan et al. (39) ont examiné la
    ces personnes est confrontée aux messages               souvent parmi les schizophrènes de sexe            valeur prédictive de la CD chez les parents sur
    de niveaux différents qui se contredisent l’un          masculin (23).                                     le taux de rechute de patients schizophrènes
    l’autre. Une interaction affective importante       •   Singer et Wynne parlent de la pseudo-mu-           dans l’année suivant la fin de l’hospitalisation.
    entre les personnes qui émettent ce message             tualité ou pseudo-accord parental. Dans ces        Les données indiquaient que le niveau de CD
    est nécessaire. Le premier message comprend             familles «fusionnelles», les membres de la         mesuré chez les parents, immédiatement avant
    une injonction négative primaire, exprimée              famille sont plus préoccupés par leur adap-        la sortie de l’hôpital, était modérément corrélé
    au niveau verbal («ne fais pas ceci ou je te            tation réciproque que par la différenciation       (r = 0,49, p < 0,05) avec le taux de rechute un
    punirai» ou «si tu ne fais pas ceci, je te puni-        de leur propre identité. Ils sacrifient leur       an plus tard.
    rai»). Le deuxième message comprend une                 développement personnel pour satisfaire            Les niveaux de CD parentale ne sont pas indé-
    injonction secondaire contredisant la pre-              au mythe de l’existence de liens unissant          pendants d’autres mesures des dysfonctionne-
    mière et transmise à l’enfant par des moyens            les membres de la famille (27). Par contre,        ments familiaux. La recherche indique que les
    non verbaux (attitudes, gestes, ton de la voix,         dans la pseudo-hostilité, l’hostilité affichée     parents ayant un haut niveau d’émotions expri-
    etc.). Le troisième message comprend une in-            au sein du couple parental consiste en un          mées avaient de fait aussi un score CD plus élevé
    jonction négative tertiaire qui interdit au sujet       substitut à une relation intime et authentique     que les parents ayant un bas niveau d’émotions
    d’échapper à la situation (23).                         qui fait défaut.                                   exprimées (33, 34, 45).
•   Lidz et al. (24) proposaient une hypothèse
    selon laquelle la schizophrénie serait le           Il s’agit ici de différents exemples dont le carac-    3.2. Les émotions exprimées
    comportement acquis et inadéquat d’un               tère univoque peut les faire paraître désuets.         Les travaux de Vaughn et Leff (28) ont démontré
    individu évoluant dans un environnement             Par ailleurs, Kannas, en 2000, indique que les         l’importance du contexte émotionnel familial.
    anormal où le malade devient le bouc émis-          aspects communicationnels n’ont pas été validés        La notion d’«émotions exprimées» (EE) est un
    saire de conflits entre ses parents. Ils distin-    ou se sont révélés non-spécifiques de la schizo-       concept psychologique renvoyant à la nature et
    guaient, dans l’environnement intrafamilial,        phrénie, à l’exception des notions de commu-           à l’intensité des interactions entre un patient et les
    deux types de mariage parental pouvant              nication déviante (27) et d’émotions exprimées         membres de sa famille. Le contenu verbal et le
    induire la schizophrénie chez un enfant: le         (28, 29). D’une considération des systèmes pa-         ton peuvent se mesurer au moyen du CFI (Cam-
    schisme conjugal («marital schism») et le           thologiques de communication comme étiologie           berwell Family Interview). On parle de fortes EE
    biais conjugal («marital skew»).                    prédisposant à la schizophrénie, on passe à une        si l’environnement présente, de façon verbale ou
    Dans le schisme conjugal, il s’agit d’une           théorie selon laquelle les interactions familiales     non verbale, une exagération des tendances à la
    famille déchirée par un conflit perma-              sont des facteurs précipitants de la rechute chez      critique, à l’hostilité, à la surimplication (attitude
    nent entre les deux parents, qui laisse la          un patient schizophrène (modes de coping et            d’hyperprotection, sacrifice personnel d’un des
    famille chroniquement divisée en factions           d’émotions exprimées).                                 membres de la famille, identification au patient), à

                                                                                  5
                                                                 Suppl. Neurone • Vol 17 • N° 6 • 2012
l’intrusion et au rejet de l’expression d’autrui (46).   type prospectif et naturalistique concernant les        Need Help! How to Help Someone with Mental
Le niveau d’EE joue un grand rôle dans le déclen-        troubles psychotiques dans 36 hôpitaux psychia-         Illness Accept Treatment», un mythe fréquem-
chement des rechutes. De nombreuses études               triques belges, cette phase psychotique initiale        ment partagé par les familles était: «quand on
ont montré une fréquence de rechutes plus éle-           dure environ 1 an pour la première consultation         est malade à ce point, la prise de conscience
vée lorsque ces critiques étaient trop intenses          et 2,3 ans pour la première hospitalisation (67).       peut tuer». Beaucoup pensent qu’il vaudrait
(47-52). Bentsen et al. (53) ont relevé l’associa-       La figure 1 laisse entrevoir les différences selon      sans doute mieux «laisser dormir les chiens».
tion entre les critiques des proches et le fait que      le sexe dans l’âge moyen d’apparition des pre-          Les deux membres du couple ne réagissent pas
les patients n’avaient pas d’emploi, avaient été         miers symptômes, de la première consultation et         toujours de la même manière, parfois l’un des
hospitalisés plus de trois fois, et présentaient des     de la première hospitalisation.                         deux s’informe, agit, tandis que l’autre pratique
troubles du comportement. Weisman et al. (54)                                                                    le déni, ou se met à l’écart se sentant dépassé et
ont mis en évidence que des EE élevées étaient           Reconnaître ces symptômes peut s’avérer parti-          impuissant (indifférence ou rejet).
associées au fait de considérer les symptômes des        culièrement difficile vu que la maladie se déve-        L’incapacité de la famille de reconnaître le pa-
patients comme intentionnels. Ainsi, les symp-           loppe pendant l’adolescence, voire au début de          tient comme malade, de reconnaître les consé-
tômes négatifs étaient plus susceptibles d’être          l’âge adulte. Il peut être compliqué de différen-       quences sociales de sa maladie et d’accepter
critiqués que les symptômes positifs, ces derniers       cier les symptômes de schizophrénie des difficul-       d’avoir besoin de soins, peut être décrit comme
étant plus volontiers attribués à des phénomènes         tés habituelles liées à l’adolescence. Par ailleurs,    une non-conscience de la maladie ou «anoso-
morbides. Van Os et al. (55) ont pu mettre en            au-delà des critères retenus pour baliser le pro-       gnosie» de la famille. Pourtant, dans la plupart
évidence, chez des familles caractérisées par un         cessus adolescentaire, il est généralement admis        des cas, les membres de la famille savent, d’une
niveau élevé d’EE, que la surimplication émo-            que celui-ci prend toujours plus de temps et des        façon ou d’une autre, que quelque chose ne
tionnelle était en relation avec l’implication de        formes différentes, avec un certain isolement           va pas. Ils sentaient que leur fils, leur fille, leur
la famille par rapport aux soins du patient (OR          social (au lieu de la contestation, de la révolte).     frère ou leur soeur ne vivait pas seulement une
= 9,1, 95%; IC = 2,0-42,2), alors qu’un taux de          Les phénomènes liés aux écrans et au virtuel            période difficile. Avec le temps et sa lourdeur, les
critiques élevé était retrouvé chez des familles         génèrent des néologismes («geek», «nerd», «no           familles en sont arrivées à ne plus être capables
dont le patient présentait une évolution défavo-         life»…), qui renvoient aussi aux symptômes de           de tolérer plus longtemps les écarts de conduite
rable en termes de rechutes (OR = 20,6, 95%; IC          la phase prodromale. La famille peut également          du malade. Nombre d’entre elles ont indiqué
= 2,8-149,3). De même, Scazufca et Kuipers (56,          nier la gravité des problèmes et couver, surpro-        qu’une grande confusion régnait à la maison et
57) ont mis en évidence la relation entre EE et la       téger le malade. Des jeunes intelligents, doués         que le malade, par ses comportements bizarres,
charge portée par les parents.                           et créatifs deviennent malades à un moment              s’était attiré la rancune et la colère des autres
L’interprétation la plus répandue de cette décou-        crucial de leur épanouissement, lorsqu’ils créent       membres de la famille (70).
verte a toujours été que les parents avec des EE         des relations avec des partenaires sexuels, pen-        Faire accepter la maladie par le patient et par
élevées provoquent un stress chez les patients,          dant leur formation, alors qu’ils deviennent assez      son entourage est primordial pour la réussite
aggravant ainsi les symptômes schizophréniques           mûrs pour utiliser leurs qualités d’une manière         du traitement. Les recherches récentes montrent
jusqu’à la rechute. Une critique émise à l’égard         productive, qu’ils acquièrent une autonomie             l’effet très positif que tant un traitement précoce
de ces résultats est que les EE observées pour-          croissante. Ceci peut être dévastateur pour les         et soutenu (71) qu’une réponse précoce aux anti-
raient être la résultante d’une aggravation de           parents, qui ont alors facilement tendance à nier       psychotiques (72-75) peut avoir sur le cours de
la symptomatologie. Les symptômes du patient             qu’un problème existe. De plus, de nombreux             la maladie. Les proches peuvent donc jouer un
peuvent entraîner un stress chez les parents, qui        malades eux-mêmes (jusqu’à 50-75% d’entre               rôle crucial en détectant les premiers signes de
à leur tour adoptent des attitudes intrusives ou         eux) semblent croire ou sont même persuadés             la psychose, en s’informant sur les traitements
un comportement critique à l’égard du patient.           qu’ils se portent bien et qu’ils n’ont besoin d’au-     disponibles et en facilitant le processus de réta-
Ces attitudes peuvent générer une fragilisation          cun traitement (68). Selon Amador et Johanson           blissement.
du patient, amenant une rechute ou une réhospi-          (69), auteurs du livre: «I Am Not Sick, I Don’t         La durée de la psychose non traitée ou DPNT
talisation. King (58) a en effet montré que ce ne
sont pas les EE de la mère qui causent les exacer-
                                                           Figure 1: Différences selon le sexe dans l’âge moyen d’apparition des premiers symptômes, de
bations symptomatiques du jeune adulte. C’est              la première consultation et de la première hospitalisation (67).1
plutôt la non-coopération hostile et la sévérité
des symptômes négatifs du patient qui sont cor-
rélées avec une augmentation des commentaires                    30
critiques et des attitudes intrusives de la mère,
qui vont diminuer à nouveau quand ces symp-
tômes vont s’atténuer. Ce concept de circularité                 25
des EE a grandement contribué à faire régresser
la vision de la famille comme cause de la schi-
                                                                 20
                                                          âge

zophrénie. Mais on doit être conscient du risque                                                                                                       28,7
                                                                                           26,5                         27,5
de stigmatisation des «familles étiquetées EE».
                                                                                                                                            25,3
Certains parents se sentent à nouveau culpabili-                               22,9                             24
sés par cette conceptualisation (59). Par ailleurs,              15
de hauts niveaux d’EE sont également retrouvés
dans la manie/hypomanie (60-63) et la dépres-
                                                                 10
sion bipolaire (60, 62-66).
                                                                                Premiers                     Première                      Première
                                                                               symptômes                    consultation                 hospitalisation
3.3. La tolérance de la famille
Le moment de la prise en charge dépend de
la tolérance de la famille aux symptômes psy-                                                     Homme              Femme
chotiques. Selon une vaste étude de suivi de

                                                                                    6
                                                                   Suppl. Neurone • Vol 17 • N° 6 • 2012
est définie comme le temps écoulé entre les pre-
                                                        Tableau 1: Impact émotionnel de la schizophrénie sur la famille (86, 87).
miers symptômes psychotiques et le début du
traitement antipsychotique. Plus elle est longue,       -    ambivalence extrême vis-à-vis de la personne atteinte («Nous l’aimons beaucoup mais
plus long sera le temps nécessaire à l’obtention             lorsque sa maladie le rend cruel, nous souhaiterions aussi son départ»)
                                                        -    amertume («C’est injuste: pourquoi nous?», «Pourquoi cela nous arrive-t-il?»)
de la rémission; moins importante sera cette ré-        -    anxiété/peur («Nous avons peur de le laisser seul ou de l’offenser», «La personne malade
mission, plus grand sera le risque de récidive, et           va-t-elle se faire du mal ou en faire à d’autres?»)
plus délétère sera la progression des symptômes         -    chagrin («C’est comme si nous avions perdu notre enfant»)
                                                        -    colère et jalousie («L’attention portée à la personne atteinte irrite ses frères et soeurs»)
négatifs graves… (72, 76-84). Selon De Haan             -    consommation accrue d’alcool, ou dépendance à l’égard des tranquillisants («Notre petit
(2003) (85), le fait de différer une intervention            verre en soirée s’est multiplié par trois ou quatre»)
intensive totale intégrée serait plus corrélé au        -    déni total de la gravité de la maladie («Il/elle traverse simplement une période difficile»)
                                                        -    déni total de la maladie («Cela ne peut se produire dans notre famille»)
devenir que la DPNT. En effet, une intervention         -    dépression («Nous ne pouvons même pas parler sans pleurer»)
intensive précoce a un effet favorable sur le fonc-     -    dissension dans le couple et divorce éventuel («Notre famille a été déchirée»)
tionnement social, sur la réduction des récidives       -    honte et culpabilité («Qu’avons-nous fait de mal?», «Avons-nous eu tort?», «Qu’est-ce que
                                                             les gens vont penser?», «Tu aurais dû rester à la maison avec les enfants», «Si tu avais été un
psychotiques, ainsi que sur le taux de suicide.              meilleur parent…»)
                                                        -    incapacité de penser à autre chose ou de parler d’autre chose que de la maladie («Toute
                                                             notre vie est centrée sur le problème.»)
                                                        -    inquiétude pour l’avenir («Que va-t-il arriver lorsque nous ne serons plus là? Qui va prendre
4. Prise en charge de la famille                             soin de notre enfant?»)
                                                        -    problèmes conjugaux («Notre relation de couple s’est refroidie. Elle semblait comme mor-
4.1. Ses réactions: entre culpabilité et                     te.»)
                                                        -    problèmes organiques («J’ai vieilli deux fois plus vite au cours des sept dernières années»,
épuisement                                                   «Nous en avons vu de toutes les couleurs, ce qui s’est répercuté sur notre santé»)
Lorsque des parents apprennent que leur enfant          -    recherche poussée à l’excès pour trouver des explications («Avons-nous fait quelque chose
est atteint de schizophrénie, ils ressentent toute           de mal?», «Peut-être avons-nous été trop durs avec elle»)
                                                        -    refus de discuter de ses craintes
une gamme d’émotions intenses (Tableau 1).              -    retrait des activités sociales habituelles («Nous ne participons plus aux reunions de famille»)
                                                        -    sentiment d’isolement («Personne n’a une idée de ce que je vis», «Personne ne peut com-
La famille, et plus particulièrement le membre le            prendre»)
                                                        -    souci ou envie de «déménager» («Peut-être que si nous vivions ailleurs, les choses
plus impliqué, doit assumer chaque jour énor-                s’arrangeraient», «Peut-être devrions-nous quitter la ville, aller vivre à la campagne»)
mément de stress. La personne malade devient
une priorité, et l’on a tendance à s’oublier soi-
même. Avec le temps, un sentiment d’épuise-            pouvoir et de l’autorité de la famille. Les profes-   proche individuelle et la médication obtiennent
ment (burn-out) risque de s’installer, donnant         sionnels sont donc amenés à renforcer, voire à        de bien meilleurs résultats que chaque approche
prise à des réactions telles qu’un sentiment de        prendre en charge des fonctions traditionnelle-       prise isolément, que ce soit en termes de préven-
fatigue chronique et d’épuisement total, une           ment assumées par la famille.                         tion des rechutes, de fréquence des hospitalisa-
perte d’intérêt, d’estime de soi et d’empathie à       Ce travail avec la famille est essentiel, voire       tions, de durée de celles-ci, de satisfaction et de
l’égard de la personne atteinte de schizophrénie.      incontournable, et ce pour différentes raisons.       qualité de vie du patient et de sa famille.
Il est capital d’être attentif au ressentiment qui     Tout d’abord, les familles elles-mêmes en sont        Dans le cadre de l’hospitalisation et ses suites,
peut se manifester chez les autres enfants. En         demandeuses et revendiquent une implication           trois temps du travail avec la famille sont idéale-
effet, lorsqu’on consacre tout son temps et toute      dans chaque étape. L’âge auquel apparaissent          ment relevés. Il s’agit d’abord de permettre à la
son énergie à l’enfant malade, il est très risqué de   classiquement les premiers symptômes la rend          famille l’expression de ses sentiments de colère,
négliger les autres. Il faudra peut-être accepter      d’ailleurs concernée au premier chef. La pre-         de honte, de culpabilité et de désespoir. Ce pre-
l’idée qu’un frère ou une soeur n’éprouve jamais       mière crise psychotique constitue un véritable        mier temps permet de constituer une alliance,
d’affection pour le malade. Beaucoup de parents        choc pour le patient et sa famille (comparable        avant de se pencher sur le recueil des données
ne comprennent pas ce manque d’empathie et             à une réaction de stress post-traumatique): «au-      hétéroanamnestiques (deuxième temps). Enfin,
en veulent à leurs autres enfants de ne pas avoir      jourd’hui ne sera jamais plus comme hier, et une      les réunions de psychoéducation se penchent
le même attachement qu’eux pour la personne            menace plane sur demain» (96).                        sur la maladie, son traitement, la reconnaissance
malade (87).                                           Ensuite, l’hospitalisation est synonyme de sépa-      des prodromes et la diminution des tensions au
                                                       ration, de baisse des tensions y ayant présidé.       sein de la famille (maintien d’un niveau émotion-
4.2. Le travail avec la famille                        Progressivement, la famille va pouvoir se réor-       nel bas, simplification de la communication…).
En guise d’introduction, dans une perspective          ganiser sans le patient et risque d’avoir recours à   Des groupes de parents peuvent également être
internationale, une étude prospective (88) a           l’hôpital à chaque émergence de tensions. Pour        constitués, afin de permettre un partage des ex-
démontré que le devenir en termes d’adaptation         éviter la répétition de ce mécanisme, et l’institu-   périences et des émotions (97).
sociale et de handicap à deux ans des patients         tionnalisation du patient, il s’agit d’accompagner    S’il s’agit de déterminer quelle est la meilleure
était meilleur dans les pays en voie de dévelop-       la famille tout au long du processus, et de l’aider   méthode, de la thérapie familiale ou de la psy-
pement (Nigeria, Inde, Colombie) que dans les          à gérer ces tensions par d’autres moyens.             choéducation familiale, les opposer n’a pas
pays industrialisés (USA, Danemark, Angleterre).       Troisièmement, l’essentiel du traitement des pa-      beaucoup de sens, tant elles sont complémen-
Les moyens investis dans les soins aux patients        tients schizophrènes se déroule aujourd’hui dans      taires et intriquées dans la pratique. Par ailleurs,
schizophrènes n’ont pourtant aucune commune            le réseau ambulatoire, et donc dans un lien serré     les modes de détermination de l’efficacité de
mesure. D’autres études (89-95) menées dans            avec la famille. Celle-ci devra être considérée       l’une ne conviennent pas nécessairement à
les pays en voie de développement ont confirmé         comme un partenaire dans la réinsertion du pa-        l’autre.
l’effet protecteur d’une famille entourante et du      tient, la minimisation des rechutes, et l’obtention
soutien social d’une part et les dommages sou-         du niveau d’adaptation sociale et profession-         4.3. L’impact de la désinstitutionnalisation
vent irréversibles en cas de marginalisation et de     nelle le plus élevé. La famille représente la seule   Nous assistons, comme évoqué plus haut, à une
perte de repères de l’autre part. Notre société se     influence sociale qui dispose d’un levier suffi-      évolution internationale vers la désinstitutionnali-
caractérise comparativement par peu d’espace           sant. Enfin, toutes les études (17) confirment que    sation. Les moteurs en sont l’amélioration du sort
à la personne handicapée et une limitation du          l’approche familiale et sociale combinée à l’ap-      du patient, la diminution des effets potentielle-

                                                                                 7
                                                                Suppl. Neurone • Vol 17 • N° 6 • 2012
ment négatifs de l’hospitalisation, des considéra-          et s’entraider psychologiquement (p.ex. Ypsi-      sa scolarité. Vers 18 ans, il coupe tout contact,
tions idéologiques et politiques (antipsychiatrie et        lon Pays-Bas5, Similes Wallonie6);                 s’isole dans sa chambre (devant ses écrans),
concept italien de psychiatrie démocratique), de        •   un système de parrainage ou «buddy sys-            y mange (engloutit) seul, ne se lave plus… Sa
considérations diffuses, d’une opposition générale          tem»7: il s’agit des associations ou des ini-      mère, toute à la prise en charge de ses 4 autres
aux institutions (par ex. en Australie), sans oublier       tiatives où on forme des équipes de deux,          enfants, aux difficultés financières importantes,
les considérations financières. Les soins sont cen-         un volontaire (le «buddy») et un patient,          et aux conflits avec son ex-mari, ne s’alarme pas.
trés sur la communauté, fonctionnent sept jours             afin que le premier aide le second à briser la     Elle interprète ces comportements comme la
sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et        solitude de la maladie et faire ensemble des       manifestation d’une crise d’adolescence et d’une
supposent l’implication active et systématique de           choses agréables (p.ex. asbl Psychiatrisme8);      opposition par loyauté au père. Selon ce dernier,
la famille. L’intervention familiale permettrait une    •   les groupes de soutien: groupes où le but est      le décrochage scolaire est progressif et consé-
amélioration significative dans le fonctionnement           d’offrir un soutien émotif et de l’information     cutif à un certain chaos (échecs, conflits…). Il
social du patient, une augmentation de la capa-             à des personnes partageant un problème.            faudra l’attention d’un médecin de garde appelé
cité à résoudre un problème, une réduction de la            Elles sont souvent animées par des profes-         pour un autre enfant, et son interpellation de la
charge de soins, une diminution du taux de re-              sionnels, associés à une institution. Les ob-      mère, pour qu’un rapport médical circonstancié
chute, une plus grande satisfaction de l’ensemble           jectifs de soutien émotif et d’éducation sont      soit rédigé. A son admission, il présente halluci-
du système, une meilleure réhabilitation, et un             primordiaux et la recherche de changement          nations et délire plus ou moins structurés, avec
meilleur rapport efficacité/coûts (96).                     personnel ou social est subordonnée à ceux-        des thèmes de contrats passés avec les membres
                                                            ci (p.ex. Similes Flandre9).                       de Poltergeist et des OVNI, de vol de pensée
En Belgique, le «projet 107», en implémentation,                                                               par les extraterrestres… La prise en charge sera
semble s’inspirer de ce modèle. Dans le cadre           Nous nous attarderons sur ces derniers.                intensive, pluridisciplinaire, et de longue durée,
des soins aux patients psychotiques, il paraît utile    Etant donné que la diversité des rapports à l’in-      à l’instar de la gravité et de l’enkystement de
à trois niveaux. Premièrement, les familles en dif-     térieur d’une famille est parfois soumise à rude       la symptomatologie, de l’intrication complexe
ficulté peuvent avoir recours à des professionnels      épreuve, la nécessité d’adhérer à un groupe de         d’une problématique sociale, et de l’anosognosie
qui se déplacent si nécessaire chez eux. Ensuite,       soutien dès que le diagnostic a été posé peut          totale du patient.
il promeut le développement des possibilités am-        s’imposer. Le témoignage d’autres personnes
bulatoires (insuffisantes actuellement) de prise        qui ont vécu la même expérience peut aider les         Notes

en charge d’un premier épisode psychotique;             membres de la famille à accepter leurs sentiments      1.   Au moment de la présentation des données, 1.211 patients

il permet de ce fait la diminution de la DPNT.          de colère, de confusion, de culpabilité, de honte,          psychotiques hospitalisés ont été suivis au moyen de

Enfin, le suivi post-hospitalier peut davantage se      etc. et de se rendre compte qu’il est parfaitement          la PECC (Psychosis Evaluation tool for Common use by

concentrer sur des prises en charges adaptées           normal d’éprouver ce genre de sentiments, qui               Caregivers). PECC est un instrument qui a été récemment

à la réalité globale du patient. Cependant, les         peuvent s’exacerber lorsque les membres de la               mis au point pour l’évaluation et le suivi de patients psy-

conséquences d’une telle politique sur la famille       famille sont tenus dans l’ignorance des événe-              chotiques tant ambulatoires qu’hospitalisés. Cet instrument

pourraient s’avérer très lourdes. A cause de l’ar-      ments et ne bénéficient d’aucun soutien. Plus tôt           permet d’évaluer précisément et longitudinalement diffé-

ticle 107, la famille jouera un rôle plus important     la famille parvient à comprendre la maladie et à            rents domaines pertinents pour le patient et pour l’évalua-

dans la prise en charge et le soutien de personnes      établir des rapports appropriés avec la personne            tion d’interventions.

ayant des problèmes de santé mentale (p.ex. une         malade, plus elle a de chances de demeurer une         2.   Vereniging en vertegenwoordiging van psycho- en schi-

augmentation du nombre de tâches à partager et          cellule équilibrée et harmonieuse (87). Une autre           zofreniepatiënten en hun zelfhulpgroepen, http://www.

accroissement des responsabilités, une limitation       raison pour laquelle on devrait adhérer tôt à un            psychepax.be

des activités sociales et les loisirs…) perturbant      groupe de soutien est que ce dernier permet de         3.   http://www.asblreflexions.be

potentiellement l’équilibre émotionnel de la fa-        trouver des moyens d’éviter l’épuisement qui ac-       4.   http://www.uilenspiegel.net

mille. De plus, le fardeau peut aussi se traduire       compagne souvent la responsabilité de prendre          5.   Vereniging van familieleden en naasten van mensen met

par des pertes économiques et financières. Les          soin d’une personne atteinte de schizophrénie.              een verhoogde psychotische kwetsbaarheid.

familles craignent donc un «dumping» de la part         Des sentiments de fatigue chronique et d’épui-         6.   http://www.similes.org/fr/wallonie.php

des institutions.                                       sement total, une perte d’intérêt pour la vie, un      7.   http://www.compeer.org, http://www.ikwordmaatje.nl,

                                                        manque d’estime de soi et une perte d’empathie              http://www.mezzo.nl

4.4. Les groupes de support                             à l’égard de la personne malade, voilà les carac-      8.   http://www.sperans.net/r/psychiatrisme

Ils prennent une importance grandissante, d’au-         téristiques que l’on peut retrouver chez les per-      9.   http://nl.similes.be

tant plus que la tendance actuelle est à la désin-      sonnes qui se débattent seules, depuis un certain
stitutionnalisation (projet 107).                       nombre d’années, avec un membre de la famille          Références

Quatre types de support se distinguent:                 qui souffre de schizophrénie (87). Dans d’autres       1.      Veling W, Susser E. Migration and psychotic disorders.

• les groupes d’entraide: groupes de per-               familles, émergera à bas bruit la question de                  Expert Rev Neurother 2011;11(1):65-76.

     sonnes qui partagent des expériences, des          l’autonomie du patient et celle du maintien de         2.      Fromm-Reichmann F. Notes on the development of treat-

     situations ou des problèmes communs et qui         l’homéostasie.                                                 ment of schizophrenics by psychoanalytic psychothe-

     veulent mettre leurs ressources en commun.                                                                        rapy. Psychiatry 1948;11(3):63-273.

     Les groupes d’entraide sont dirigés par les                                                               3.      Lacan J (Miller JA, ed.). Le séminaire, livre 3, Les Psy-

     participants eux-mêmes et l’objectif princi-       5. Vignette clinique en guise de                               choses, 1955-1956. New York: Norton; 1993.

     pal de l’entraide est le soutien émotionnel,       conclusion provisoire                                  4.      Bateson G, Jackson DD, Haley J, Weakland J. To-

     le soutien pratique, ainsi que l’échange                                                                          ward a Theory of Schizophrenia. Behavioral Science

     d’informations (p.ex. les groupes régionaux        Lorsque nous rencontrons ce patient de 22 ans,                 1956;1:251-64.

     de Psychepax2, asbl Réflexion3 et asbl.            que nous appellerons Pierre, il nie                    5.      Wynne LC, Ryckoff IM, Day J, Hirsch SI. Pseudo-mutua-

     Uilenspiegel4);                                    toute problématique. Il vit avec sa mère depuis la             lity in the family relations of schizophrenics. Psychiatry

• les groupes multifamiliaux: groupes pour les          séparation de ses parents il y a 16 ans. D’un ca-              1958;21(2):205-20.

     proches de personnes souffrant de troubles         ractère introverti et secret, il n’a plus voulu voir   6.      Roudinesco E, Plon M. Dictionnaire de la psychanalyse.

     psychiques qui souhaitent partager leur vécu       personne à 15-16 ans, refusant de poursuivre                   Fayard, Paris; 1997.

                                                                                   8
                                                                  Suppl. Neurone • Vol 17 • N° 6 • 2012
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