Le cancer de la thyroïde - Ligue contre le cancer
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Le cancer de la thyroïde
SOMMAIRE
> L’EXAMEN DE LA THYROÏDE 4
> Comment fonctionne la thyroïde 4
> Les instruments du diagnostic 6
> LE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE 9
> Nodules et cancers thyroïdiens 9
> L’intervention chirurgicale 11
> Le traitement par la thyroxine 13
> Les multiples fonctions de l’iode 14
> Le contrôle de la guérison 16
> Le traitement des récidives 17
> DONNÉES STATISTIQUES 19
> Épidémiologie – Facteurs de risque 19
> Classification des cancers de la thyroïde 20
> Facteurs pronostiques 21
> Index 24
> Adresses utiles 25
> La Ligue contre le cancer 27
Ce livret a été préparé par le professeur Martin Schlumberger,
2
chef du Service de Médecine Nucléaire,
ainsi que le Dr Amandine Berdelou, médecin du réseau TUTHYREF à Gustave
Roussy, Cancer Campus, Grand Paris, à Villejuif (94).
> Des conférences récentes entre médecins spécialistes de la thyroïde en Europe et aux
États-Unis ont établi des recommandations pour la prise en charge des nodules et des
cancers thyroïdiens.
Le cancer de la > La rédaction de ce livret tient compte de ces nouvelles recommandations.
thyroïde
Coordination : Marie LANTAIntroduction
V
ous venez d’apprendre que vous avez un ou plusieurs nodules et
peut-être un cancer de la thyroïde. Ce livret, conçu pour vous et
pour vos proches, rassemble des informations qui doivent vous per-
mettre de mieux comprendre les examens utilisés pour le diagnostic initial,
la nature des traitements qui sont mis en œuvre en cas de cancer, de même
que les examens effectués lors de vos bilans de santé après traitement. Ces
examens permettront de réagir efficacement en cas de récidive.
L’incidence du cancer de la thyroïde augmente régulièrement depuis le dé-
but des années 80. Alors que l’on compte chaque année, en France, environ
40 000 cancers du sein et à peu près autant de cancers de la prostate, le
nombre de cancers de la thyroïde est en augmentation : environ 10 000
par an. Mais cette augmentation est liée à la découverte de micro-cancers
d’excellent pronostic, par le dépistage notamment par l’échographie. Ces
micro-cancers représentent actuellement plus de la moitié des cancers de la
thyroïde, et pourtant s’ils n’avaient pas été diagnostiqués, la plupart n’évo-
lueraient pas en cancer clinique.
Des progrès importants ont été accomplis, tant dans les techniques de dia-
gnostic, beaucoup plus sensibles et plus précises qu’auparavant, que dans
les techniques thérapeutiques. Il en est de même pour le suivi après le
traitement initial.
Le traitement implique l’ablation de la thyroïde par une intervention chirur-
gicale, parfois complétée par l’administration d’iode 131. Cette ablation
impose par la suite de prendre tous les jours un médicament qui remplace
la production naturelle des hormones thyroïdiennes.
Le taux de guérison dépasse 90 % et les récidives sont peu fréquentes.
3
Le cancer de la
thyroïdeL’EXAMEN DE LA THYROÏDE
COMMENT FONCTIONNE
LA THYROÏDE ?
LES TROIS ORGANES CONCERNÉS
Pour comprendre comment fonctionne
la thyroïde, il faut en fait décrire trois or-
ganes distincts qui travaillent en étroite
coordination: la thyroïde, l’hypophyse et
l’hypothalamus.
La thyroïde est située à la base du cou, La thyroïde et ses deux lobes
sous le larynx et en avant de la trachée.
Elle est formée par deux lobes, reliés
par une partie plus fine, appelée isthme.
Chez l’adulte son poids est de 15 à 20 L’hypothalamus, enfin, est la région
grammes. du cerveau, proche de l’hypophyse, qui
La thyroïde est une glande endocrine, commande le fonctionnement de cette
ce qui signifie qu’elle secrète des subs- glande.
tances particulières : les hormones. Les Dans un organisme en bonne santé,
hormones thyroïdiennes interviennent ces trois organes, thyroïde, hypophyse
chez l’embryon et le jeune enfant dans et hypothalamus, fonctionnent harmo-
le développement du système nerveux nieusement pour que la production hor-
et dans la croissance. À tous les âges de monale de la thyroïde soit parfaitement
la vie, elles contribuent au bon fonction- adaptée.
nement de nombreux organes.
L’hypophyse est également une LES QUATRE HORMONES DE BASE
glande endocrine, située dans une pe-
4
Quatre hormones interviennent dans
tite cavité osseuse de la base du crâne. le fonctionnement de la thyroïde. Pour
Elle secrète différentes hormones dont simplifier, nous les désignerons dans ce
une, la thyréostimuline ou TSH, agit di- livret par leur sigle : T4, T3, TRH et TSH.
rectement sur le fonctionnement de la
thyroïde. Les hormones T4 et T3 (leurs noms
complets sont thyroxine pour T4 et
Le cancer de la
thyroïde tri-iodothyronine pour T3) sont pro-L’EXAMEN DE LA THYROÏDE
duites par la thyroïde. Pour former ces LES DYSFONCTIONNEMENTS
hormones, qui sont riches en iode, la DE LA THYROÏDE
thyroïde concentre l’iode présent dans
le sang et l’incorpore dans une proté-
ine, la thyroglobuline. C’est dans cette
protéine que les hormones T4 et T3 sont
fabriquées. L’iode étant nécessaire à
leur formation, notre alimentation doit
apporter chaque jour plus d’un dixième
de milligramme d’iode.
L’hormone TRH, produite par l’hypotha-
lamus, agit sur l’hypophyse, qui secrète
à son tour la TSH, dont le rôle est fon-
damental : cette hormone, dont le nom
complet est thyréostimuline, règule le
taux de sécrétion des hormones thyroï-
diennes.
UN RÉGLAGE SUBTIL POUR UN
BON FONCTIONNEMENT
La TSH agit de la façon suivante :
> si la production des hormones thyroï-
diennes (T4 et T3) est insuffisante, il y en Un mauvais fonctionnement de la thy-
a peu dans le sang : l’hypothalamus et roïde entraîne des troubles très variés,
l’hypophyse réagissent alors et l’hypo- étant donné les multiples fonctions des
physe secrète davantage de TSH, dont hormones thyroïdiennes.
le taux dans le sang sera élevé, ce qui
Les anomalies courantes dans la pro-
va stimuler la thyroïde pour qu’elle pro-
duction des hormones thyroïdiennes
duise une plus grande quantité d’hor-
sont :
mones thyroïdiennes ;
5
> si la production de T4 et T3 est trop > l’hypothyroïdie, si la production
forte, il y en a trop dans le sang : l’hypo- d’hormones thyroïdiennes est insuffi-
thalamus et l’hypophyse vont réagir pour sante ; elle se traduit par une sorte de
freiner la production de TSH, dont le taux mise au ralenti de certaines fonctions :
dans le sang sera bas, ce qui va ralentir la perte de mémoire, humeur dépressive,
formation des hormones thyroïdiennes. fatigue, frilosité, constipation, ralentis- Le cancer de la
sement du rythme cardiaque ; thyroïdeL’EXAMEN DE LA THYROÏDE
> l’hyperthyroïdie, si la production LES INSTRUMENTS
d’hormones thyroïdiennes est exces- DU DIAGNOSTIC
sive ; elle provoque des phénomènes
Les médecins peuvent faire appel à
inverses : nervosité, agressivité,
toute une série d’examens pour affiner
sueurs, diarrhées, palpitations et accé-
leur diagnostic et préciser les anomalies
lération du rythme cardiaque.
éventuelles observées dans votre thy-
Les anomalies dans les dimensions de roïde.
la thyroïde sont :
LA PALPATION DU COU
> le goitre, augmentation parfois
très prononcée du volume de la thy- C’est le premier examen, le plus simple,
roïde ; le plus direct. Le médecin va pouvoir, en
appliquant les doigts de ses deux mains
> le nodule, augmentation localisée sur la base de votre cou, apprécier les
du volume thyroïdien sous forme de caractéristiques de la thyroïde et déceler
petites boules plus fermes. un goitre ou la présence de nodules.
L’ANALYSE DU SANG
La prise de sang permet d’effectuer le
dosage des hormones thyroïdiennes
(T3 et T4) et de la TSH, afin de déceler
d’éventuelles anomalies dans la pro-
duction de ces hormones.
On dose parfois aussi d’autres subs-
tances, comme la calcitonine, hormone
secrétée par les cellules de la thyroïde
qui sont à l’origine du cancer médul-
laire (cf. p. 21). Le dosage de la thyro-
globuline n’est pratiqué qu’après le
traitement chirurgical initial d’un cancer
6
différencié de la thyroïde.
L’ÉCHOGRAPHIE
L’échographie cervicale est un examen
du cou qui utilise des ultrasons pour ob-
tenir des informations de première im-
Le cancer de la portance sur les nodules présents dans
thyroïdeL’EXAMEN DE LA THYROÏDE
Examen scintigraphique de la thyroïde
la thyroïde : nombre, dimensions, conte- douloureux et sans danger. Il se fait
nu solide ou liquide, et différentes autres sous contrôle échographique pour être
caractéristiques qui permettent d’éva- sûr de bien positionner l’aiguille dans le
luer le risque de cancer pour chaque nodule. Cet examen permet de s’assurer
nodule (c’est la classification TI-RADS) du caractère le plus souvent bénin d’un
et donc l’intérêt d’une cytoponction de nodule ou de diagnostiquer plus rare-
ce nodule. L’échographie permet égale- ment un cancer.
ment d’examiner les chaînes ganglion-
naires du cou. Les résultats sont notés LA SCINTIGRAPHIE THYROÏDIENNE
sur un schéma. Cet examen, indolore et Cet examen consiste à injecter par voie
sans danger, ne nécessite pas de pro- intraveineuse un produit radioactif (iso-
duit radioactif et peut être répété. tope du technétium ou de l’iode), qui se
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fixe préférentiellement dans la thyroïde.
LA PONCTION À L’AIGUILLE FINE
Le patient est ensuite allongé sur le dos
Il s’agit de prélever des cellules du et un instrument de détection (gam-
nodule à l’aide d’une aiguille fine. Le ma-caméra), placé au-dessus du cou,
produit de la ponction est étalé sur des détecte les rayonnements émis par le
lames de verre pour analyse au micros- produit radioactif. Le cancer de la
cope (cytologie). Cet examen est peu thyroïdeL’EXAMEN DE LA THYROÏDE
Sur l’image obtenue, on peut distinguer > cette scintigraphie limitée à la thy-
les nodules dits chauds ou froids, selon roïde ne doit pas être confondue avec
qu’ils fixent ou non l’isotope radioactif. l’examen scintigraphique du corps
Cet examen permet de rechercher un entier qui est souvent effectué après
nodule chaud qui fixe l’isotope radioac- le traitement chirurgical, comme on le
tif et qui est bénin. verra plus loin.
Ces nodules chauds sont hyperfonction-
nels, c’est-à-dire qu’ils fabriquent trop
d’hormones thyroïdiennes et sont donc
responsables d’une hyperthyroïdie dont
la première manifestation biologique
est la diminution du taux de TSH.
Par contre, les nodules froids sont les
plus fréquents et cet examen scintigra-
phique n’apporte alors aucune donnée
en faveur d’un nodule bénin ou d’un
cancer.
La scintigraphie n’est donc pratiquée Scintigraphie thyroïdienne normale
qu’en cas de suspicion de nodule hy-
perfonctionnel, suggéré par la baisse
du taux sanguin de la TSH. L’examen
est indolore et ne provoque ni allergie
ni malaise.
Quelques remarques cependant :
> un délai de 6 semaines est nécessaire
entre une exploration radiologique utili-
sant un produit de contraste iodé et cet
examen ;
> la dose d’irradiation délivrée à l’orga-
8
nisme est faible et sans danger ; toutefois,
les femmes doivent signaler au médecin Scintigraphie montrant (à gauche de
si elles sont enceintes, si elles ont un re- l’image) un nodule froid
tard de règles ou si elles allaitent, car par
prudence l’examen sera alors différé ;
Le cancer de la
thyroïdeLE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
NODULES ET CANCERS petite dimension lors d’un examen
THYROÏDIENS d’imagerie médicale pratiqué pour
La plupart des cancers de la thyroïde d’autres motifs (échographie cervi-
se manifestent sous forme de nodules, cale, examen Doppler) ;
mais plus de 95 % des nodules thy- > parfois, par la présence d’un
roïdiens sont bénins. Il faut donc bien ganglion dans le cou, par l’augmenta-
distinguer les nodules, qui sont fré- tion de volume d’un goitre connu ou
quents, et les cancers, beaucoup plus encore par la modification de la voix
rares. Parmi les cancers, plus de 90 % qui devient rauque.
sont des cancers différenciés parmi Il n’y a le plus souvent aucune altéra-
lesquels on distingue deux formes, le tion de l’état général.
cancer papillaire et le cancer follicu-
laire, qui peuvent être traités de façon LE NODULE SANS RISQUE
très efficace. C’est le diagnostic et le Les premiers examens comportent
traitement de ces cancers différenciés l’examen clinique, avec palpation
qui seront d’abord évoqués. On re- du cou et recherche des éléments
viendra plus loin sur le traitement des de suspicion (tels que antécédents
autres formes plus rares de cancers familiaux de cancer thyroïdien ou trai-
thyroïdiens. tement avec des rayonnements pen-
dant l’enfance), puis le dosage de
LA DÉCOUVERTE D’UN NODULE la TSH et l’échographie cervicale
C’est la détection d’un nodule qui qui permettent une première caracté-
conduit presque toujours à un exa- risation du nodule.
men plus approfondi de la thyroïde Si le nodule mesure moins de 1 cm de
pour rechercher s’il s’agit ou non d’un diamètre, et en l’absence d’éléments
cancer. Un nodule peut être découvert cliniques défavorables, aucun exa-
de diverses façons :
9
men supplémentaire n’est à envisa-
> par la présence à la partie inférieure ger. On sait aujourd’hui que le risque
du cou d’une « boule » qui est mobile de cancer est alors faible et que
pendant la déglutition mais ne pro- même s’il s’agit d’une forme maligne,
voque aucune gêne et paraît banale ; les risques d’évolution à long terme
> de plus en plus souvent par la sont faibles, notamment chez les per-
découverte fortuite d’un nodule de sonnes âgées de plus de 65 ans. Il Le cancer de la
suffira de prévoir un nouvel examen thyroïdeLE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
faible, et une surveillance est suffi-
sante ;
> indéterminé : le risque de cancer est
de 20 % environ ;
> malin : le risque de cancer est élevé,
supérieur à 95 %.
La terminologie de Bethesda permet
de classé le résultat de l’analyse cy-
tologique en fonction du risque de
cancer.
Environ 5% à 20 % des cytologies
ne permettent pas de conclure sur
la nature du nodule, car la quantité
de cellules prélevées est insuffisante
Sonde d’échographie appliquée sur le pour un diagnostic, ce qui conduit à
cou du patient répéter la ponction et en cas de nou-
vel échec à considérer, par prudence,
échographique 12 à 24 mois plus tard l’exérèse chirurgicale du nodule. La
pour vérifier l’absence d’évolution du même attitude est préconisée en cas
nodule. de cytologie indéterminée.
Il faut noter que l’on fait aujourd’hui
LA DÉTECTION D’UN CANCER moins souvent appel à la scintigra-
THYROÏDIEN phie thyroïdienne car cet examen
apporte peu d’informations complé-
Si l’on juge utile de poursuivre les
mentaires, sauf dans deux cas :
investigations, l’étape suivante est la
ponction à l’aide d’une aiguille > si le taux de TSH est bas, une scin-
fine (cytoponction). Elle s’adresse tigraphie est effectuée, car le nodule
aux nodules qui sont solides et me- peut être « chaud » ; les nodules
surent plus de 1cm de diamètre. Les chauds sont presque toujours bénins,
aiguilles utilisées sont très fines et mais ils peuvent provoquer une hy-
10
l’effet ressenti lors de cet examen est perthyroïdie et justifient donc un trai-
analogue à celui qui est provoqué par tement ;
une prise de sang. L’examen au mi- > en cas de goitre multinodulaire, la
croscope des cellules prélevées par scintigraphie précise quels nodules
cette ponction (cytologie) peut abou- sont chauds et quels nodules sont
tir à trois résultats : froids et peut ainsi guider les autres
Le cancer de la > bénin : le risque de cancer est très explorations (cytoponction).
thyroïdeLE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
En cas de nodules de grandes dimen- TSH, celle-ci étant obtenue après une
sions, d’augmentation progressive du hypothyroïdie prolongée ou après in-
volume d’un nodule, ou bien entendu jections de rhTSH «TSH recombinante
quand le résultat de la cytologie est humaine»(cf. p. 14).
suspect d’être « malin », il faut procé-
der à son traitement.
LE TRAITEMENT DU CANCER L’INTERVENTION
DE LA THYROÏDE CHIRURGICALE
Le traitement du cancer de la thyroïde LES GESTES CHIRURGICAUX
avéré implique plusieurs étapes suc-
cessives. La thyroïdectomie totale, c’est-
à-dire l’ablation de toute la glande
La chirurgie constitue la première
thyroïde est aujourd’hui l’intervention
étape. Le chirurgien procède à une
chirurgicale recommandée pour les
thyroïdectomie totale, c’est-à-dire à
tumeurs malignes avérées de plus
l’ablation de toute la glande thyroïde
de 1cm de diamètre, l’objectif étant
lorsque la tumeur mesure plus de 1cm
l’élimination de tous les tissus thyroï-
de diamètre. C’est en effet le moyen le
diens. On minimise ainsi le risque de
plus sûr d’éviter toute extension de la
rechute de la tumeur et l’on facilite
tumeur et de faciliter les traitements
les traitements complémentaires et le
complémentaires et le suivi ultérieur.
suivi ultérieur.
La prise de thyroxine (T4) est en-
suite nécessaire pour compenser l’ab- Il y a 2 exceptions :
sence de thyroïde. > En cas de cancer thyroïdien de
L’utilisation de l’iode 131 après moins d’un centimètre, en l’absence
l’intervention chirurgicale est par- de critères péjoratifs, une surveillance
fois utile, pour les raisons suivantes : peut être proposée sans chirurgie.
l’iode 131 permet de voir s’il persiste > En cas de cancer thyroïdien de
quelques résidus thyroïdiens nor- moins d’un centimètre, si une inter-
maux et surtout si des tissus thyroï- vention chirurgicale est pratiquée,
diens cancéreux, appelés métastases, une lobectomie (exérèse d’un seul
11
n’ont pas migré en dehors de la thy- lobe) est suffisante.
roïde vers d’autres parties du corps. L’intervention chirurgicale se déroule
L’iode 131 est un isotope radioactif sous anesthésie générale avec intuba-
de l’iode, qui est à la fois un moyen tion pour permettre la respiration du
d’observation et un moyen de trai- patient. Elle n’entraîne pas de perte
tement de ces tissus. L’iode 131 est sanguine notable et n’exige donc pas
Le cancer de la
administré après stimulation par la de transfusion de sang. L’incision se thyroïdeLE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
fait à la base du cou, horizontale- peut comprendre une nouvelle inter-
ment. La durée de l’intervention est vention chirurgicale.
de une à deux heures.
LES COMPLICATIONS
L’exérèse par robot chirurgical est en ÉVENTUELLES
cours d’évaluation et n’est pas recom-
Les risques de complications sont
mandée en routine.
d’abord ceux qui sont liés à toute in-
En cas de cancer papillaire avéré, on tervention chirurgicale (infection, hé-
procède, le plus souvent, en même morragie). S’y ajoutent des complica-
temps à un curage ganglionnaire : les tions spécifiques dues à la présence,
ganglions situés autour de la glande derrière chaque lobe de la thyroïde,
thyroïde et qui constituent le compar- du nerf récurrent et des glandes pa-
timent central du cou sont enlevés par rathyroïdes.
l’incision horizontale de la thyroïdec-
Le nerf récurrent est le nerf mo-
tomie. Dans certains cas, le curage
teur de la corde vocale. L’intervention
doit être étendu à la partie latérale
peut parfois entraîner une paralysie
du cou, ce qui implique de prolonger
inflammatoire, liée au traumatisme de
l’incision.
la dissection et la voix peut devenir
Au cours de l’acte chirurgical, on peut rauque et faible pendant quelques se-
procéder à une analyse au micros- maines. Les atteintes définitives sont
cope des tissus suspects pour confor- rares.
ter ou compléter le diagnostic initial
Les glandes parathyroïdes, qui
qui a motivé la décision d’interven-
contrôlent le métabolisme du calcium,
tion (analyse extemporanée). Dans
sont également exposées. En cas de
tous les cas, les tissus prélevés feront
perturbation de leur fonctionnement,
l’objet d’une analyse plus poussée qui
il peut devenir nécessaire de prendre
prendra quelques jours.
du calcium et des analogues de la vi-
La durée d’hospitalisation est de 1 à tamine D (traitement le plus souvent
3 jours. limité à quelques mois).
Il faut noter qu’en cas de nodule dont Du point de vue esthétique, la cica-
la cytologie est suspecte ou bénigne, trisation se fait en général dans de
12
la chirurgie initiale peut consister en bonnes conditions.
une lobectomie, c’est-à-dire qu’elle se
L’aspect définitif est obtenu le plus
limite à l’ablation d’un seul lobe de la
souvent au bout d’environ 6 mois.
thyroïde. Si par la suite le diagnostic
de cancer est établi lors de l’analyse
des tissus enlevés, le protocole expo-
Le cancer de la sé précédemment est appliqué, ce qui
thyroïdeLE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
LE TRAITEMENT adaptée avant le début de la gros-
PAR LA THYROXINE sesse. La dose de thyroxine devra être
augmentée dès le diagnostic de gros-
LES HORMONES THYROÏDIENNES sesse.
DE SYNTHÈSE
LA SURVEILLANCE DU TAUX
Après l’ablation de la thyroïde, il faut DE TSH
faire face à une situation nouvelle où
Puisqu’il s’agit de rétablir un équi-
l’organisme n’est plus alimenté de
libre hormonal satisfaisant, on doit le
façon naturelle en hormones thyroï-
contrôler par le dosage dans le sang
diennes. Les hormones thyroïdiennes
de la TSH car l’hypophyse, qui secrète
sont au nombre de deux, la thyroxine
cette hormone, continue à fonction-
(T4) et la tri-iodothyronine (T3). Il suf-
ner comme si la glande thyroïde était
fit en général de prendre la T4, car
encore en place, et le dosage de la
celle-ci est normalement transformée
TSH reflète l’équilibre hormonal. On
par l’organisme en T3.
distingue alors deux situations :
La thyroxine agit très progressivement
et sa durée d’action est suffisamment > si l’on estime qu’il persiste un
longue pour qu’on puisse se conten- risque de récidive de la maladie, il
ter d’une seule prise quotidienne, le faut maintenir la TSH à un niveau très
matin, à jeun avec un verre d’eau, bas, car la TSH a pour vocation de dé-
au moins 20 minutes avant le petit velopper l’activité et la croissance des
déjeuner. En effet, l’absorption de tissus thyroïdiens, ce qu’il faut éviter ;
la thyroxine par le tube digestif est ceci implique donc des doses plus éle-
diminuée d’un tiers par la présence vées de T4 pour réduire l’activité de
d’aliments. l’hypophyse (il s’agit d’un traitement
« frénateur ») ;
Le médicament le plus couramment
prescrit se présente sous forme de > s’il n’y a pas de risque particulier,
comprimés permettant de choisir le on peut, après s’être assuré de la
dosage nécessaire, de 25 à 200 mi- guérison, utiliser des doses de T4 plus
crogrammes, par palier de 25 micro- faibles pour maintenir le taux de TSH à
grammes. La dose dépend essentielle- un niveau considéré comme normal (il
13
ment de l’âge et du poids du patient. s’agit d’une traitement « substitutif »).
Il faut parfois quelques tâtonnements L’équilibre hormonal s’établit lente-
avant de trouver le bon dosage mais, ment, et la TSH est dosée 2 à 3 mois
une fois ajusté, il peut rester fixe pen- environ après le début du traitement
dant des années. par thyroxine ou après chaque modi-
En cas de grossesse, si possible, il faut fication de dose. Lorsque l’équilibre Le cancer de la
s’assurer que la dose de thyroxine est hormonal est obtenu, un contrôle thyroïdeLE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
annuel de la TSH est suffisant. chirurgie : c’est l’ablation ;
En cas de grossesse, le bilan hormo- > détruire les cellules cancéreuses
nal doit être surveillé de façon rap- restantes, qui peuvent se trouver au
prochée. niveau du cou ou dans d’autres par-
ties du corps ; on diminue ainsi le
LES MULTIPLES FONCTIONS risque de récidive ;
DE L’IODE 131
> permettre de pratiquer 2 à 5 jours
L’ADMINISTRATION plus tard un examen scintigraphique
POST-OPÉRATOIRE DE L’IODE 131 du corps entier de haute sensibilité,
pour contrôler l’absence de foyer tu-
L’iode 131 est un isotope radioactif moral résiduel.
qui émet des rayonnements en se
désintégrant. À l’intérieur de l’or- Ce traitement n’est pas effectué
ganisme, il se comporte de la même lorsque le risque de récidive est faible
façon que l’iode stable qui se trouve après chirurgie complète.
dans la nature et se fixe dans les tis- NÉCESSITÉ D’UNE PRÉPARATION
sus thyroïdiens normaux et du cancer. AVANT LA PRISE D’IODE 131
Les rayonnements émis permettent à
Pour que l’administration d’iode 131
la fois de localiser les tissus thyroï-
diens et d’agir localement pour les soit efficace, il faut veiller à obtenir
détruire. une fixation importante de l’iode ra-
Ainsi, l’administration d’iode 131 dioactif par le tissu thyroïdien grâce
après chirurgie de la thyroïde a trois à sa stimulation intense par la TSH,
objectifs : réalisée par l’une des deux méthodes
suivantes :
> détruire les tissus thyroïdiens nor-
maux qui peuvent subsister après la > ou bien l’on met l’organisme en
état de manque d’hormone thyroï-
14
Le cancer de la
thyroïde Examen scintigraphique du corps entier avec l’iode 131LE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
dienne en maintenant une hypo- la concentration de l’iode radioactif
thyroïdie pendant un mois après par les cellules thyroïdiennes res-
la chirurgie : le patient ne doit alors tantes.
prendre aucun traitement hormonal
MESURES DE RADIOPROTECTION
thyroïdien et le taux sanguin de TSH
va s’élever (c’est la défrénation) ; cette Comme pour tous les produits ra-
période d’attente peut être mal vécue, dioactifs, l’utilisation de l’iode 131
les symptômes de l’hypothyroïdie se nécessite des précautions. Pour le
manifestant de façon désagréable traitement par l’iode 131, ces pré-
(par exemple frilosité, constipation, cautions doivent être renforcées car
prise de poids, ralentissement psy- la quantité de radioactivité utilisée
chomoteur pouvant conduire à l’inca- est importante, et il est nécessaire de
pacité de travailler ou de conduire un veiller à la protection du personnel et
véhicule) ; de vos proches, ainsi qu’au respect de
> ou bien on utilise un médicament, l’environnement*.
la rhTSH ou « TSH recombinante hu- Pendant quelques jours, vous serez
maine » ; ce médicament, issu de la hospitalisé seul dans une chambre
biotechnologie, permet d’obtenir le équipée d’installations sanitaires
même effet sans interrompre le trai- particulières pour recueillir les urines
tement par la thyroxine ; l’utilisation radioactives. Vous ne pourrez pas
de ce produit, qui est administré par recevoir de visites de vos proches,
injections intramusculaires, deux jours mais le personnel passera dans votre
consécutifs, permet d’éviter une hy- chambre plusieurs fois par jour. Cet
pothyroïdie et ainsi d’améliorer la isolement est destiné à protéger votre
qualité de vie des patients. entourage d’une irradiation inutile.
Pendant les 15 jours qui précèdent Lorsque vous quitterez l’hôpital, il n’y
l’administration de l’iode 131, il est aura plus de risque d’exposition de
recommandé de limiter l’introduction vos proches et des mesures de radio-
d’iode dans l’organisme en renonçant protection adaptées à votre situation
par exemple aux fruits de mer ou au vous seront indiquées (notamment,
sel iodé dans la nourriture ou en évi- éviter les contacts rapprochés avec
15
tant certains médicaments (antisep- les jeunes enfants et les femmes en-
tiques à base d’iode) ou produits de ceintes).
contraste iodés ou cosmétiques, afin Au départ, la gélule d’iode radioactif
de favoriser au moment de l’examen est apportée dans un récipient proté-
* L’activité d’iode 131 administrée est de 1100 à 3700 MBq. Le mégabecquerel (MBq) corres- Le cancer de la
pond à un million de becquerels, un million de désintégrations par seconde. thyroïdeLE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
gé par du plomb. Il faut être à jeun LE CONTRÔLE
trois heures avant la prise. Une bois- DE LA GUÉRISON
son chaude non laiteuse est alors pro-
posée pour favoriser l’absorption du LA SURVEILLANCE INITIALE
produit radioactif, puis vous resterez à La surveillance est indispensable. Elle
jeun pendant 3 heures. présente d’abord l’avantage, quand
Par la suite, il vous sera conseillé de tous les signaux sont positifs, de ras-
boire abondamment pour favoriser surer le patient, de permettre une
l’élimination urinaire et limiter la ré- diminution de la dose de thyroxine
tention d’iode radioactif par les tissus et d’alléger la surveillance ultérieure.
sains, et de mâcher chewing-gum et Mais surtout, la précocité de détection
bonbons acidulés tout en buvant de d’une récidive éventuelle augmente
l’eau citronnée pour entretenir la sa- très fortement l’efficacité des traite-
livation et protéger les glandes sali- ments à venir et donc les chances de
vaires. La perte de goût est fréquente guérison définitive.
mais transitoire.
Après 2 à 5 jours, un examen scin- Le premier examen de contrôle est
tigraphique du corps entier sera ré- celui qui a été décrit à la page précé-
alisé après une douche avec lavage dente. C’est l’examen scintigraphique
minutieux des cheveux et un chan- du corps entier auquel on procède
gement de vêtements. L’examen dure 2 à 5 jours après l’administration
environ une heure pour permettre de post-opératoire d’iode 131. Il a pour
balayer lentement tout le corps de la but de vérifier l’absence de foyers de
tête aux pieds. fixation en dehors de l’aire thyroï-
dienne.
Les études effectuées n’ont pas mon-
tré de risque cancérigène ni génétique LE CONTRÔLE APRÈS UN AN
associé à un traitement par l’iode ra-
En l’absence de foyer tumoral connu,
dioactif. Cependant, l’iode 131, rap-
un bilan de guérison est pratiqué 9 à
pelons-le, ne doit pas être administré
12 mois après le traitement initial. Il
aux femmes enceintes. De même, un
comprend une échographie cervicale
délai d’au moins 6 mois après traite-
qui examine la loge thyroïdienne et
16
ment doit être respecté avant d’enga-
les chaines ganglionnaires cervicales
ger une grossesse.
et un dosage de la thyroglobuline
et des anticorps anti-thyroglobuline
sous thyroxine.
En effet, la thyroglobuline n’est pro-
Le cancer de la duite que par le tissu thyroïdien qu’il
thyroïdeLE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
soit normal ou tumoral. Lorsque le examen cytologique et du dosage de
tissu thyroïdien normal a été détruit la thyroglobuline dans le produit de
entièrement après traitement par ponction. Cet examen permettra de
l’iode 131, le taux de thyroglobuline connaître la nature du ganglion.
est indétectable s’il n’y a pas de foyer
Pour les patients qui n’ont pas eu
tumoral. Pour s’en assurer et en cas
de traitement par l’iode 131 après
de doute, on peut augmenter sa sen-
la chirurgie parce que leur pronostic
sibilité de détection en stimulant la
était très favorable, la surveillance
production de thyroglobuline par la
comprend, sous thyroxine, 9 à 12
rhTSH.
mois après l’intervention initiale, la
Lorsque ces deux examens sont nor- pratique d’une échographie cervicale
maux, le risque de récidive est très et d’un dosage de thyroglobuline,
faible, même si les facteurs pronos- sans préparation particulière. En l’ab-
tiques initiaux n’étaient pas tous fa- sence d’anomalie, la surveillance ulté-
vorables. On contrôle le traitement rieure se limite à un dosage annuel de
par thyroxine, l’objectif étant alors la thyroglobuline, sous thyroxine.
l’obtention d’un taux de TSH situé
dans la zone normale classique. La LE TRAITEMENT
surveillance ultérieure est annuelle, DES RÉCIDIVES
mais doit par prudence être mainte-
nue toute la vie. La réapparition de tumeurs cancé-
reuses peut se produire dans la région
Si au contraire l’examen révèle une du cou – on parle alors de récidives
anomalie échographique ou une élé- cervicales – ou dans des régions
vation du taux de la thyroglobuline, éloignées – on parle alors de métas-
d’autres explorations sont pratiquées tases à distance.
pour localiser les foyers tumoraux et
les traiter de manière appropriée. LES RÉCIDIVES CERVICALES
Les dilatations ganglionnaires bé- Les récidives cervicales se produisent
nignes (hyperplasies) sont fréquentes surtout en cas de maladie initiale
dans le cou et doivent être distin- étendue avec tumeur thyroïdienne de
17
guées des ganglions dits métasta- volume important ou de métastases
tiques. Le diagnostic repose sur plu- ganglionnaires multiples, ou encore si
sieurs arguments, tels que leur siège, l’intervention chirurgicale initiale n’a
leur taille, leurs caractéristiques écho- pas pu éliminer totalement les tissus
graphiques, leur persistance. En cas thyroïdiens.
de suspicion, on procède à une ponc-
tion à l’aiguille fine, effectuée sous Les récidives cervicales siègent en gé- Le cancer de la
contrôle échographique suivie d’un néral au niveau des ganglions du cou thyroïdeLE TRAITEMENT DU CANCER DE LA THYROÏDE
et sont mises en évidence par palpa- des os. Les autres sites sont rares. En
tion ou par échographie. cas de fixation de l’iode 131 par ces
métastases, le traitement consiste
Le traitement repose sur l’iode 131, si
à administrer de fortes quantités
celui-ci se fixe efficacement au niveau
d’iode 131 tous les 6 à 12 mois. Ce
de la récidive, et sur la chirurgie en
traitement est très efficace en cas de
cas de récidive de grande dimension
métastases de petites dimensions sur-
ou qui persiste après traitement par
venant chez les sujets âgés de moins
l’iode 131.
de 45 ans et atteints de cancer bien
différencié. En cas de métastases os-
LES MÉTASTASES À DISTANCE seuses, le traitement par l’iode 131
est associé à la chirurgie, lorsqu’elle
est possible, à la radiothérapie ex-
terne ou à des traitements locaux par
voie trans-cutanée et radioguidés.
La chimiothérapie cytotoxique est ra-
rement indiquée. En cas de résistance
au traitement par l’iode 131, d’autres
techniques peuvent être utilisées
(thérapeutiques moléculaires ciblées).
Ces nouvelles molécules sont admi-
nistrées par voie orale et bloquent
une anomalie spécifique à la cellule
cancéreuse.
18
Examen scintigraphique du corps entier
montrant des métastases dans les deux
poumons qui fixent l’iode 131
Les métastases à distance de can-
cer de la thyroïde siègent presque
Le cancer de la toujours au niveau des poumons ou
thyroïdeDONNÉES STATISTIQUES
ÉPIDÉMIOLOGIE – en cas de progression comme alterna-
FACTEURS DE RISQUE tive à une chirurgie immédiate.
LA FRÉQUENCE DES NODULES LIEN AVEC UNE EXPOSITION
Les nodules de la thyroïde sont très AUX RAYONNEMENTS
fréquents. Ils sont 2 à 3 fois plus Dans la plupart des cas, et comme
fréquents chez les femmes que chez pour la majorité des cancers, on
les hommes. Ainsi, dans la popula- ignore ce qui a provoqué l’apparition
tion féminine adulte, ils sont mis en d’un cancer de thyroïde. Le seul cas
évidence par la palpation chez 4 à 7 où une origine peut être clairement
% des sujets, mais l’échographie, qui établie est celui d’une irradiation du
permet de déceler des nodules de cou pendant l’enfance, soit acciden-
petites dimensions, de diamètre infé- telle, soit pour soigner une autre ma-
rieur à 5 mm, permet d’en observer ladie.
chez plus de 50 % des femmes de Seuls les enfants âgés de moins de 15
plus de 50 ans. ans lors de l’irradiation de la thyroïde
Parmi ces nodules, environ 95 % sont sont sensibles à l’action cancérigène
bénins et 5 % sont des cancers. L’ex- des radiations, et chez ces enfants le
ploration de ces nodules doit sélec- risque est d’autant plus grand que la
tionner ceux pour lesquels un traite- dose de radiations a été plus forte et
ment est justifié. que l’enfant est plus jeune lors de
Le nombre des cancers de la thyroïde l’exposition. Les nodules apparaissent
découverts chaque année en France une dizaine d’années après l’irradia-
est d’environ 10 000. Ce nombre tion, mais parfois beaucoup plus tard.
augmente régulièrement depuis Ce risque n’est démontré que pour
1970. Cette augmentation, observée des doses d’irradiation supérieures à
dans de nombreux pays, notamment 100 mGy (le milligray est une unité
aux États-Unis, est liée essentielle- qui permet de mesurer les doses de
ment à l’amélioration des pratiques radiations reçues par les tissus), ce
médicales qui permet le dépistage qui est bien supérieur à la dose d’ir-
de petites tumeurs. La plupart de ces radiation délivrée par des examens
19
petits cancers ne vont pas évoluer radiologiques ou scintigraphiques
s’ils ne sont pas traités, et ceci doit classiques.
amener à ne pas explorer les nodules LES ACCIDENTS DE TCHERNOBYL
de moins de 1cm de diamètre et, en ET DE FUKUSHIMA
cas de cancer papillaire à proposer
La contamination liée à l’accident de
une surveillance active avec contrôle
Tchernobyl en 1986 a provoqué une Le cancer de la
échographique régulier avec chirurgie thyroïde
augmentation importante du nombreLES DONNEES STATISTIQUES
de cancers de la thyroïde chez les membres de la famille d’un patient
enfants contaminés de Biélorussie, atteint d’un cancer de la thyroïde
d’Ukraine et de Russie. Sur les 2 mil- peuvent faire vérifier l’état de leur
lions d’enfants dont la thyroïde a été thyroïde par un examen clinique ou
irradiée à la suite de l’accident, on a échographique.
observé jusqu’en 2015 environ 7 000
cancers. Chez ces enfants, dont 80 % CLASSIFICATION DES
avaient moins de 5 ans lors de l’acci- CANCERS DE LA THYROÏDE
dent, la thyroïde avait reçu des doses
de plusieurs centaines de mGy. En La grande majorité des tumeurs de la
France, la contamination a été beau- thyroïde se développe à partir des cel-
coup plus faible, la dose d’irradiation lules folliculaires. Environ 95 % de ces
à la thyroïde des enfants ayant très tumeurs sont bénignes et sont soit
rarement dépassé une dizaine de des kystes liquides soit des tumeurs
mGy, aucun effet sanitaire ne lui est solides appelées adénomes.
attribué.
Environ 5 % des tumeurs de la thy-
L’accident de Fukushima en mars roïde sont des cancers. La plupart des
2011 n’a provoqué qu’une faible ir- cancers conservent au microscope un
radiation de la thyroïde, en raison de aspect qui ressemble à celui du tissu
l’apport alimentaire en iode élevé thyroïdien normal et certaines pro-
et grâce aux mesures prises lors de priétés des cellules folliculaires nor-
l’accident pour la protection des po- males, notamment la production de la
pulations : confinement, restrictions thyroglobuline et la fixation de l’iode
alimentaires et évacuation. Aucune radioactif, et pour ces raisons sont ap-
augmentation des cancers cliniques pelés cancers différenciés. L’examen
de la thyroïde n’a été observée dans au microscope permet de distinguer
les populations contaminées à un âge deux types principaux de cancers dif-
inférieur à 18 ans. férenciés : les cancers papillaires et
LE CONTEXTE FAMILIAL les cancers folliculaires.
Entre 3 et 5 % des patients atteints LES CANCERS PAPILLAIRES
20
d’un cancer de la thyroïde ont un
parent qui est lui-même atteint d’un Les cancers papillaires sont de loin
cancer de la thyroïde. La survenue de les plus fréquents. Les cellules ont des
plusieurs cancers de la thyroïde dans noyaux dont les caractéristiques per-
une même famille peut être liée à des mettent de les reconnaître sur la cy-
facteurs génétiques de prédisposi- tologie. Ils sont souvent multifocaux.
tion ou à des facteurs d’environne- Les métastases sont essentiellement
Le cancer de la
thyroïde ment, par exemple alimentaires. Les ganglionnaires et se développentLES DONNEES STATISTIQUES
d’abord dans les ganglions proches on parle de cancer indifférencié ou
de la thyroïde puis dans les ganglions anaplasique. Ces cancers surviennent
plus éloignés. Les métastases à dis- souvent chez des sujets âgés et sont
tance sont rares et siègent au niveau graves. Ils sont heureusement très
des poumons. Les cancers papillaires rares. Leur traitement repose sur
de sous types vésiculaires bien limités la chirurgie et sur l’association de
sans signe d’invasion qui ont long- chimiothérapie et de radiothérapie.
temps été traités comme des cancers
thyroïdiens sont considérés actuelle- LES CANCERS MÉDULLAIRES
ment comme des tumeurs bénignes. Il s’agit d’un cancer rare développé
à partir de cellules particulières de la
LES CANCERS FOLLICULAIRES
thyroïde, les cellules C. Ces cancers
Les cancers folliculaires (également produisent la calcitonine et ne fixent
appelés cancers vésiculaires) sont pas l’iode 131. Ils sont héréditaires
moins fréquents. Il peut être difficile, dans un quart des cas. Leur traitement
même à l’examen au microscope de repose sur la chirurgie.
les différencier des adénomes follicu-
laires. Les métastases ganglionnaires FACTEURS PRONOSTIQUES
sont rares. Les métastases à distance
Le pronostic des cancers de la thyroïde
sont peu fréquentes et siègent au ni-
est globalement excellent. Il dépend
veau du squelette et des poumons.
des facteurs suivants :
Le traitement des cancers papillaires
> l’âge lors du traitement initial, la
et folliculaires repose sur la chirurgie
maladie étant souvent plus sérieuse
et l’iode radioactif, comme cela a été
lorsque le sujet est âgé de plus de 45
indiqué dans ce livret. Ces cancers,
ans lors du diagnostic ;
généralement peu agressifs, ont une
évolution lente. > le type de cancer, la maladie étant
moins grave pour les cancers différen-
LES CANCERS PEU DIFFÉRENCIÉS ciés, papillaires et folliculaires, et au
ET CANCERS ANAPLASIQUES contraire plus grave pour les cancers
Un cancer peu différencié conserve peu différenciés ;
21
peu de caractéristiques fonction- > le développement plus ou moins
nelles, la fixation de l’iode radioactif avancé de la maladie, qui se mani-
étant absente et la production de feste par la taille de la tumeur, par
thyroglobuline faible. Ils ont souvent son extension éventuelle au-delà de la
une évolution peu favorable avec des thyroïde et par l’existence ou non de
rechutes fréquentes. métastases ganglionnaires et de mé- Le cancer de la
Lorsque cette perte est complète, tastases à distance. thyroïdeLES DONNEES STATISTIQUES
Schématiquement, le pronostic est ex- qu’ils sont jeunes et porteurs d’une
cellent pour les tumeurs de moins de maladie peu étendue, ont une espé-
1 cm ou micro-cancers, il est le plus rance de vie identique à celle de la
souvent favorable pour les tumeurs de population générale. Leur surveillance
1 à 4 cm, mais il est plus sérieux pour régulière doit toutefois être maintenue
les tumeurs volumineuses de plus de 4 toute la vie pour contrôler le traite-
cm. On comprend que la maladie soit ment hormonal. À l’opposé, mais c’est
plus grave quand elle est plus étendue. plus rare, si les patients sont âgés, por-
Cependant, si l’existence de métas- teurs d’une tumeur volumineuse avec
tases ganglionnaires en cas de cancer extension locale, et si le cancer est du
papillaire augmente le risque de réci- type peu différencié, le risque d’évolu-
dive, elle n’altère pas l’espérance de tion ultérieure est plus important et les
vie. récidives lorsqu’elles surviennent sont
plus graves.
Ces facteurs pronostiques initiaux
permettent lors du traitement initial Ces éléments statistiques sont donnés
d’estimer la probabilité de guérison à titre indicatif, chaque cas étant par-
définitive et le risque de récidive. Le ticulier. Retenons que le pronostic du
pronostic peut être modifié en fonction cancer de la thyroïde est globalement
des constatations ultérieures. excellent.
Les récidives cervicales surviennent THÉRAPIES CIBLÉES
chez environ 15 % des patients, plus
souvent en cas de grosse tumeur ou Les thérapies ciblées sont récentes.
d’envahissement ganglionnaire impor- Deux molécules, le sorafenib et le
tant. Dans leur grande majorité, les ré- lenvatinib ont l’autorisation de mise
cidives peuvent être traitées et guéries. sur le marché. Il s’agit de traitements
oraux, pris chaque jour à domicile, et
Les métastases à distance surviennent dont les cibles sont à la fois les cellules
chez 5 à 10 % des patients. Les résul- tumorales et celles des vaisseaux de la
tats du traitement par l’iode 131 sont tumeur. Leur efficacité parait meilleure
favorables chez les patients âgés de que celle de la chimiothérapie cyto-
moins de 45 ans atteints de métas- toxique et leur prescription est recom-
22
tases de petites dimensions qui fixent mandée en première intention chez
l’iode 131. Les autres patients peuvent les patients atteints de métastases
être traités par la chirurgie, la radiothé- progressives de cancer de la thyroïde
rapie externe et depuis peu par les thé- et dans deux circonstances : soit mé-
rapeutiques moléculaires ciblées. tastases d’un cancer différencié ou peu
Plus de 85 % des patients atteints de différencié de la thyroïde et qui est ré-
Le cancer de la fractaire au traitement par l’iode 131;
thyroïde cancer papillaire ou folliculaire, lors-LES DONNEES STATISTIQUES
soit métastases d’un cancer médullaire
de la thyroïde. Dans ces deux cas, l’in-
dication d’un traitement est posée en
cas de métastases volumineuses et
progressives. Leur toxicité est notable,
mais elle peut être contrôlée par des
traitements symptomatiques ou par
la diminution des doses. D’autres mo-
lécules sont prescrites de préférence
dans le cadre de protocoles prospec-
tifs (thérapies ciblées, chimiothérapie,
immunothérapie…). Plusieurs essais
sont en cours en France dans le cadre
du réseau TUTHYREF.
RÉSEAU TUTHYREF
Réseau de 29 centres qui prennent en
charge les cancers de la thyroïde ré-
fractaires et qui sont répartis sur tout
le territoire. Leur but est d’améliorer
la prise en charge de ces cancers sur
place et de faciliter leur accès à l’in-
novation. Ce réseau a été labellisé par
l’Institut National du Cancer (INCa) en
2007, en 2009, puis en 2015. Tous les
centres français participants aux essais
prospectifs font partie de ce réseau.
Une RCP (Réunion de Concertation
Pluridisciplinaire) de recours nationale
est organisée 2 fois par mois par web
conférence et permet les décisions col-
23
légiales. De plus, ce réseau organise
des recherches multicentriques sur
cette pathologie.
Le cancer de la
thyroïdeIndex
Calcitonine, page 6 Nerf récurrent, page 12
Cancer folliculaire, page 21 Nodule, page 9
Cancer papillaire, page 9 Nodules chauds
Cancer anaplasique, page 21 ou froids, page 8
Cancer différencié, page 9 Palpation du cou, page 6
Cancer vésiculaire, page 21 Ponction à l’aiguille fine, page 7
Cancer Médullaire, page 21 Prise de sang, page 6
Chirurgie, page 11 Radioprotection, page 15
Contrôle de guérison, page 16 Récidives, page 17
Curage ganglionnaire, page 11 Récidives cervicales, page 17
Cytologie, page 7 rhTSH, page 14
Défréination, page 14 Scintigraphie
Échographie, page 6 thyroïdienne, page 7
Échographie cervicale, page 10 T3, page 4
Facteurs de risque, page 18 T4, page 4
Facteurs pronostiques, page 21 Tchernobyl, page 19
Ganglions, page 11 Thyréostimuline (TSH), page 5
Ganglions métastatiques, page 17 Thyroglobuline, page 5
Glandes parathyroïdes, page 12 Thyroïde, page 4
Goitre, page 6 Thyroïdectomie, page 11
Hormones thyroïdiennes, pages 4 - 12 Thyroxine (T4), page 11
Hyperthyroïdie, page 6 Tri-iodothyronine (T3), pages 4 -12
Hypophyse, page 4 TRH, page 4
24
Hypothalamus, page 4 TSH, pages 4 - 5 -13
Hypothyroïdie, page 6 TSH recombinante
Iode 131, page 11 humaine, page 11
Lobectomie, page 12
Métastases, page 11
Le cancer de la
thyroïde Métastases à distance, page 17Les adresses utiles
POUR EN SAVOIR PLUS SUR LES DIFFERENTS SITES INTERNET VE-
NANT EN AIDE AUX PERSONNES ATTEINTES DE CANCER DE LA
THYROÏDE ET A LEUR FAMILLE.
L’Institut National du Cancer (INCa), www.e-cancer.fr
Le forum « Vivre sans thyroïde » www.forum-thyroide.net est
un site internet original, fait par et pour les patients. Il est consa-
cré aux affections thyroïdiennes et au cancer de la thyroïde.
On peut en parcourir librement les différentes rubriques ou y
participer activement en s’enregistrant. Ceci permet de poser
toutes sortes de questions et de partager informations et im-
pressions avec d’autres patients.
25
Le cancer de la
thyroïdeLa Ligue contre le cancer
1er financeur associatif indépendant de la recherche contre le
cancer, la Ligue est une organisation non gouvernementale in-
dépendante reposant sur la générosité du public et sur l’enga-
gement de ses militants.
Forte de près de 64 000 adhérents et 13000 bénévoles, la Ligue
est un mouvement populaire organisé en une fédération de 103
comités départementaux.
Ensemble, ils luttent dans trois directions complémentaires:
chercher pour guérir, prévenir pour protéger, accompagner pour
aider, mobiliser pour agir.
Aujourd’hui, la Ligue fait de la lutte contre le cancer un enjeu
sociétal rassemblant le plus grand nombre possible d’acteurs sa-
nitaires, mais aussi économiques, sociaux ou politiques, sur tous
les territoires.
En brisant les tabous et les peurs, la Ligue contribue au change-
ment de l’image du cancer et de ceux qui en sont atteints.
TOUT CE QU’IL EST POSSIBLE DE FAIRE CONTRE LE CANCER,
LA LIGUE LE FAIT.
26
Le cancer de la
thyroïdeNotes
27
Le cancer de la
thyroïdeChercher pour guérir,
prévenir pour protéger,
accompagner pour aider,
mobiliser pour agir
Votre comité départemental
design original C. Privat
La Ligue contre le cancer :
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