Le magazine suisse de l'incitation créative

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le magazine suisse de l’incitation créative n°1 automne 2012 - semestriel - www.whats-magazine.ch art • littérature • mode • sciences • formation • technologies • économie • horlogerie • gastronomie • loisirs LUMINAIRES nitescences rares Daniel Schlaepfer GENETIQUE le génie Duboule ESPACES le Flux laboratory

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Un triomphe pour denis duboule Le poinçon de genève fait peau neuve Douna Loup a les dents longues |sommaire 03 > 12 13 > 14 15 > 18 19 > 25 La fabuleuse aventure de l’horlogerie genevoise Entreprendre ensemble Direction éditoriale Serge Bimpage Administration bimpagecommunication Comité de création Christian Bernard, Christian Robert-Tissot, Titan Lacroix, Reynald Aubert, Catherine Graf Articles Jean Cordey, Catherine Graf, Antonin Moeri, Pascal Bourgier Correction Isabelle Sbrissa Direction artistique La Fonderie Mise en page Ludovic Pilot Publicité bimpagecommunication Photolitho et impression Imprimerie Genevoise SA Tirage 20’000 exemplaires Parutions What’s, magazine de l’incitation créatrice, paraît deux fois l’an, au printemps et en automne 02 | edito |Impressum Contact What’s magazine 9 ch. des Lilas-Blancs CH-1225 Chêne-Bourg/Genève T +4178 680 49 53 www.what’smagazine.ch bimpage@hotmail.ch What’s magazine a une double ambition. D’une part, offrir une meilleure visibilité de se qui se crée, s’innove et s’entreprend dans notre pays et dans tous les domaines. D’autre part, What’s se veut un acteur de mise en relation des créateurs avec les investisseurs et les institutions de soutien à la création, l’entreprise et l’innovation.

Notre monde change, et les arcanes de la création de même. Les barrières tombent, qui ont longtemps séparé les mondes de la création et du business. Favoriser le rapprochement de ces derniers revient à répondre à un nou- veau besoin: celui d’une compréhen- sion mutuelle et d’une solidarité désor- mais nécessaires au succès. Léger mais crédible de par son équipe solide et son comité de parrainage, What’s prend ses distances avec les sirènes de la morosité. Pour apporter du rêve, de belles histoires de réussites et les clés qui les ont favorisées. Respirez, rêvez, lisez! Laissez-vous sur- prendre par What’s deux fois par an, au printemps et en automne. Entrez dans notre réseau. Parce que la Suisse est l’un des pays les plus innovants au monde. Et parce que seul, on n’entre- prend jamais rien.

SERGE BIMPAGE Editeur

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Sorties innovantes LES VESTIGES CONTEMPORAINS DE SALLY MARSLAND INSPIRATION SCANDINAVE DESIGN PO! GOOD DESIGN, GOOD BUSINESS DESIGN GRAPHIQUE ET PUBLICITÉ PAR GEIGY RED DOT DESIGN AWARD 2008 LE TABOURET PLOPP D’OSKAR ZIETA 04 | AGENDA À chaque édition, des idées pas comme les autres! Découvrez notre agenda exclusivité.

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«On ne peut pas jouer en première ligue en étant dépourvu d’ambition. Ceux qui disent le contraire mentent.» Un triomphe pour Denis Duboule vec ses yeux noirs pétillants d’intelligence, son aisance à discuter de n’importe quel sujet, Denis Duboule semble fait pour... tout! Au reste, comme il le dit lui- même, sa carrière n’était pas marquée dans l’agenda. «J’aurais pu être prof de sport. Je passais mon temps à faire du tennis, du ski et de la planche à voile dans la rade. Tout simplement, j’adorais la nature.» A l’âge de dix ans, il partait de Genève à vélo avec son pic-nique et pédalait jusqu’à La Plaine. «En face de la gare, il y avait cette vigne qui grimpait. J’arrivais en haut, au soleil, et j’étais bien ! J’ai toujours aimé les ani- maux. Aujourd’hui encore, la première chose que je fais, en arrivant dans une ville, c’est de me rendre au jardin zoologique ou à l’aquarium. C’est une passion. Avant-hier, j’étais au Jardin des Plantes à Paris. Je suis tombé en extase devant une famille de wallabys, des kangourous de petite taille. J’aurais pu rester des heures à les contempler, bien davantage que des graphiques scientifiques!» Naturel, franc de collier, direct. Au milieu de sa thèse de doc- torat en biologie, il dénonce son pro- fesseur pour cause de fraude scienti- A 06 | SCIENCES PRIX DE LA FONDATION POUR GENÈVE Dans un Victoria Hall archi comble s’est déroulée le 12 septembre la remise du Prix de la Fondation pour Genève. Destiné à récompenser une personnalité œuvrant pour le rayonnement de Genève au plan international, le Prix a désigné cette année le généticien de renommée mondiale. Par SERGE BIMPAGE fique. L’affaire provoque un scandale international. Il n’empêche qu’on prie Denis Duboule d’aller voir ailleurs et il se retrouve sans superviseur. Dix ans plus tard, le succès revenu, l’Université de Genève le priera de revenir. Il ne cache pas que la recherche n’est qu’un concours de circonstances.

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Sa thèse en poche, il collabore dans un laboratoire de pointe à Strasbourg. «J’ai eu la chance d’arriver à une époque où on faisait des découvertes remar- quables. On doit notamment à ce labo- ratoire l’explication du fonctionnement des hormones. Il y régnait une dyna- mique de succès extraordinaire! C’était un peu comme si vous entriez dans le vestiaire du Barcelone FC: Vous vous dites, j’ai envie de faire du foot, d’avoir mon armoire, mes maillots. Quand vous parvenez à combiner le côté ludique de la recherche à la passion des animaux, c’est formidable. Je n’ai jamais l’impres- sion de travailler. J’ai la chance d’avoir un hobby qui me fait vivre.» Curieux, joueur et critique. A Genève, dans son bureau du quai Ernest-An- sermet, à Sciences III, trône une ar- moire vitrée. Remplie de curiosités zoo- logiques et de bocaux aux créatures étranges. Ce sont des échantillons d’une partie des collections de l’Institut de géologie, récupérés à Uni-Bastions. «C’est un grand luxe d’évoluer dans un environnement qui garde les traces du passé. » Contre le mur, une installa- tion en mobile attire l’attention. Il s’agit d’une encyclopédie créationniste qu’il a sciée à la circulaire. «Un acte fort: on ne scie pas des livres impunément. En plus, ils sont vissés, on ne peut pas les ouvrir!» Plus loin, encore, une reproduction de L’Homme sauvage, de Paul Klee. Il lui est arrivé de l’uti- liser dans ses conférences aux Etats- Unis. Ce qui lui valut quelques sèches lettres anonymes. L’humour en plus. Or, l’humain, tout autant que les animaux, l’intéresse.

Denis Duboule aime enseigner. «J’aime déceler, dans les yeux de l’élève, l’étin- celle de la compréhension. Tout peut s’expliquer. » Il ne recule pas devant la vulgarisation mais il avertit malicieuse- ment: «La vulgarisation pose un pro- blème: celui du mensonge du raccourci pour bien se faire comprendre.» 08 | SCIENCES Non, jamais Denis Duboule ne se serait douté qu’il serait mondialement connu un jour. Pour autant, il affiche son ambi- tion sans détour. « On ne peut pas jouer en première ligue en étant dépourvu d’ambition. Ceux qui disent le contraire mentent. Après, il faut que celui-ci ne s’enfle pas trop. Cela dit, quelle joie, quelle fierté quand les petits Suisses que nous sommes parviennent à pu- blier un article scientifique aux Etats- Unis! La concurrence est rude. Pour un article publié, quinze de refusés. Il faut avoir la pêche.» Equilibré. Le Nobel? «On ne peut pas construire une carrière heureuse si on recherche la récompense. Et puis, chaque année, une cinquantaine de chercheurs, au moins, le méritent. Certains le reçoivent, d’autres pas. Qu’importe. L’un de mes étudiants a été engagé pour un poste prestigieux, tandis que j’en préférais un autre. Il y a beaucoup de d’aléas, dans tout cela. » «Notre découverte la plus importante est que le système génétique de la mouche est applicable à tous les animaux.»

10 | SCIENCES En raison de sa facilité d'élevage, la mouche drosophile est l'espèce modèle dans la recherche en génétique.

...encouragée interview de DENIS DUBOULE En Suisse la science n’est pas suffisamment ue vous inspire la réception du Prix de la Fondation pour Genève? Je n’ai jamais eu de prix quand j’étais jeune. Alors, vous pensez si je suis content! Lorsque la Fondation me l’a annoncé, on demandé si j’acceptais. Je ne me voyais tout de même pas dire non! Plus sérieusement, quand je me suis retrouvé devant la salle comble du Victoria Hall, j’étais plus qu’ému: jamais je n’ai vécu pareille qualité de partage lors de mes conférences de par le monde. Cela dit, je souligne que ce prix récompense une équipe. Q 12 | SCIENCES Vos découvertes nous apprennent que les mam- mifères sont composés… des mêmes gènes quasiment que ceux la mouche!

En effet, notre découverte la plus importante est que le système géné- tique de la mouche est applicable à tous les animaux. Par ailleurs, nous nous sommes aperçus que les mêmes gènes fabriquent des parties diffé- rentes du corps.

Le latin, c’est bien, mais je regrette le peu d’engouement de beaucoup d’enseignants pour les sciences. Plus globalement, au niveau fédéral, je ne comprends pas pourquoi on place les sciences dans le département de l’éco- nomie. Dans notre pays, personne n’est en charge actuellement de l’éducation, de la recherche et de l’innovation. Si vous demandez aux gens de quoi s’oc- cupe monsieur Burckalter, ils vous ré- pondront: des assurances sociales. Et ils auront raison. C’est 85% de son job. Quand s’occupe-t-il donc du reste ? Le Conseil fédéral considère sans doute que l’éducation, la recherche et les universités sont du ressort cantonal. Une telle affirmation est totalement dépassée. On voit par là qu’en Suisse la science n’est pas suffisamment en- couragée. Elle mériterait mieux. Propos recueillis par SERGE BIMPAGE 14 | SCIENCES A savoir, par exemple, que les gènes qui organisent votre colonne vertébrale sont les mêmes que ceux qui struc- turent votre tube digestif. Cela signifie qui si vous modifiez un gène, cela entrai- nera des changements dans d’autres parties du corps. La chose est d’impor- tance du point de vue de la théorie de l’évolution. Car, contrairement à ce que disait Darwin, les différentes parties des individus n’évoluent pas de façon totale- ment autonome. L’environnement n’est là que pour sélectionner une variation qui s’est déjà produite. Sur quoi porteront vos prochaines recherches ?

L’un de nos grands projets concerne précisément l’évolution. Nous aimerions comprendre comment l’être humain est passé des nageoires aux membres. Pour cela, il nous faut d’abord com- prendre comment les gènes fabriquent nos mains. A partir de quoi, à l’aide de certaines manipulations géné- Par exemple, que les gènes qui orga- nisent exemple, que les gènes qui organisent tiques, nous tenterons de comprendre pourquoi le poisson n’a pas fabriqué de mains. Cela nous prendra une dizaine d’années.

Vous déplorez volontiers que la science est mal défendue en Suisse. Nos quatre enfants ont accompli leur maturité. Or, nous avons entendu le mêmediscours: «pourquoi ne les mettez-vous pas en latin?» «Nous aimerions comprendre comment l’être humain est passé des nageoires aux membres.»

Par exemple, que les gènes qui organisent exemple, que les gènes qui organisent payé d’un changement d’identité son immigration perçoit combien la décou- verte macabre de son ami n’est peut- être pas un hasard, en tout cas un signe. C’est elle qui va le lui faire com- prendre, l’encourager, au travers d’une enquête sur le mort, lui-même victime de son passé, à se plonger dans le sien et envisager sa vie sous un tout autre jour. Tels ces faits-divers où tout un chacun peut se trouver confronter au détour d’une promenade en forêt, ce récit de Douna Loup fait mouche par sa charge émotionnelle. Impeccable- ment maîtrisé, inventif, remodelant les expressions courantes, il touche mine de rien à des considérations graves comme l’amour, la mort et l’identité. Se glisser dans la peau d’un garçon aux prises avec ses aspirations et ses désirs n’est pas le moindre des tours de force de cette embrasure ouvrant sur le meilleur des écrivains du crû. Douna Loup a les dents longues 16 | LITTERATURE C’est à une belle, fraiche et confondante légèreté que nous convie Douna Loup dans son premier roman L’embrasure paru au Mercure de France.

Pour cette jeune auteure genevoise née en 1982, voilà un bien un coup de maître annonçant une authentique écrivaine. NAISSANCE D’UNE JEUNE ÉCRIVAINE GENEVOISE D ès les premières lignes d’une simplicité convaincante, voilà le lecteur embarqué dans la vie d’un ouvrier qui n’est autre que le narrateur de l’histoire. Le jeune homme, entre le boulot et les stations au bar du coin, adore se promener en forêt. C’est un chasseur amoureux de précision et de permanence quo- tidienne tout autant que de nature. Rien que de très banal, dans cette vie d’usine. Si ce n’est la rencontre parmi les fougères avec la mort. Du cadavre qu’il découvre, il n’a que faire. Pas plus que du carnet noir qu’il ne rend pas tout de suite à la police à qui il fait part de sa découverte. C’est précisément ce carnet qui constituera la bombe à rebours de son existence. Encouragé par son amie Eva, une fille rencontrée au bar et qu’il héberge à contre cœur, le narrateur se remettra totalement en question. Avant de quitter son pays en guerre, Eva s’appelait Zora. Celle qui a «Le récit de Douna Loup fait mouche par sa charge émotionnelle»

18 | LITTÉRATURE « écrivain» ? Z’ PAR ANTONIN MOERI ’avez dit L orsque j’avais seize ans, mon père m’emmena pour quelques jours à Paris. Nous avons assisté à un spectacle monté par Grotowski. J’étais as- sis à côté d’un vieil homme encore alerte, Jean-Louis Barrault. Ce petit homme frisé me fit forte impression, pas aussi forte ce- pendant que celle exercée par Roger Blin qui me reçut, quelques années plus tard, dans son appartement Rue Saint Honoré. Blin me montra le portrait que fit de lui Antonin Artaud en disant: Vous avez des lèvres sensuelles. En quoi Artaud avait rai- son. Les lèvres de Blin étaient celles d’un sybarite, mais rien à voir avec celles du jouisseur invétéré qu’on croise ici et là et qui sont plutôt repoussantes.

Lors de ce même séjour à Paris en com- pagnie du padre, je fus comme tétanisé lorsque j’entendis cette phrase T’as vu, là-bas, c’est Sartre et que, levant le nez, je vis effectivement Jean-Paul Sartre, assis à La Rotonde et lisant Le Temps retrouvé. La figure de l’écrivain avait sur moi un pouvoir de fascination que je ne saurais décrire avec exactitude. C’était la fin de l’année, il faisait froid, j’avais cet âge magnifique où l’individu ignore presque tout, a des désirs, se croit ceci et cela, imagine des déserts de cendres et de lave, a quelques talents, admire les forçats intraitables sur qui se referme le bagne, étouffe dans un vêtement trop étroit, rêve croisades, voyages de découvertes dont on n’a pas de relations. Je marchais le long des grands boulevards parisiens en compagnie d’un homme qui voyait grandir son fiston et qui se demandait ce qu’il ferait de sa vie. L’image de Sartre lisant Proust à La Rotonde est gravée dans ma mémoire. J’ai souvent mangé avec Georges Haldas au Domingo, au Café des Banques, chez Saïd, enfin au Café de La Paix et je garde de ces soirées un souvenir ému: questions, considérations philosophiques, éclats de rire, discussions à bâtons rompus. C’était un vrai échange, à l’ancienne, où chacun était censé pouvoir apprendre autant l’un de l’autre. On pouvait aborder avec lui tous les sujets, mais aux littératures russe et américaine allaient nos préférences. Hal- das ne donnait jamais l’impression d’être un professeur installé dans ses certitudes ou un écrivain officiel. Il s’inquiétait de ce que vous faisiez, de vos difficultés, de vos projets, de vos amours. Pour traduire sa pensée, il cherchait et trouvait le mot juste, parce que sa pensée allait à l’essentiel. Hal- das versait un peu d’eau dans son vin rouge car, disait-il, je me lève à cinq heures et, si j’ai trop bu la veille, mes mains tremblent, ma tête reste dans la brume.

Avec Peter Handke, j’ai passé de longs mo- ments sur la terrasse du Café Apollinaire et sur celle du Flore, à Saint Germain-des- Prés. Nous parlions de Pavese, de Goethe, de Beckett avec qui il s’était promené dans la banlieue de Paris, évoquant des matchs de rugby. Là aussi, j’étais en présence d’un être singulièrement présent, écoutant l’autre au moins autant, sinon plus, qu’il ne parlait, l’écoutant avec une attention soutenue qui n’est pas altruisme coeur sur la main, mais autre chose. C’est cette autre chose que j’aimerais interroger. Elle a sans doute à voir avec le mystère qui entoure ces figures, peut-être altières. Des figures qui ont, me semble-t-il, cherché à se hisser au-dessus des autres et dont le souci premier n’était pas de vivre des moments «sympa», sans hauteur, dans un environnement détendu où Narcisse se sent très à l’aise, parce que l’autre est comme lui, nourrit les mêmes rêves, aspire aux mêmes honneurs, songe aux mêmes stratégies, déguste les mêmes sorbets, cet environnement où le culte du relationnel vous donne le sentiment d’exister. Rien de nostalgique dans mon petit voyage à Saint Germain-des-Prés et au Domingo mais une évidence. Le style cool, chaleu- reux et communicationnel qu’adoptent les hordes d’écrivains qu’on croise dans les salons et les journées consacrées à La Lit- térature est moins iksaiting que le retrait privilégié par l’écrivain d’un autre temps. Et pourtant, comme ces milliers d’écrivains au sourire point com, je rêve d’écrire un livre qui retienne l’attention des lecteurs et des journalistes, je rêve d’avoir ma photo dans le journal des consommatrices et de recevoir un mail de l’université de Salamanca, de celle du Québec, de celle de Pékin. Et quand je croise l’un de ces auteurs, nous allons boire un chocolat en évoquant la jeune romancière qui vient de recevoir 100.000 francs, celui qui aura cer- tainement le Prix Anémone, celle qui eut la chance d’être invitée à l’émission Champ Libre. Nous nous quittons avec cette pe- tite satisfaction de celui qui en fait partie, de celui qui est connecté. C’est un léger frisson qui court le long de nos nuques, un frisson qui nous sert de viatique dans notre longue quête de reconnaissance. Recherche qui n’est pas sans rappeler le cheminement du saint.

Par exemple, que les gènes qui organisent exemple, que les gènes qui organisent Le poinçon de Genève fait peau neuve LABEL DE QUALITÉ éritable symbole de qua- lité de la Haute Horlogerie Genevoise, le «Poinçon de Genève» représente ainsi un standard d’excellence reconnu au niveau inter- national. Après avoir géré l’activité du «Poinçon de Genève» pendant 123 ans, l’Ecole d’horlogerie de Genève a passé le flambeau à TIMELAB - Fon- dation du Laboratoire d’horlogerie et de microtechnique de Genève - en 2009. Dès à présent, un logo et un certificat d’origine «anniversaire» sou- ligne cette année particulière. Par ailleurs, afin de marquer le 125ème anniversaire de cette référence horlo- gère, TIMELAB travaille activement à la modernisation du règlement qui pré- side à l’attribution de ce label de quali- té unique en son genre. Ses tenants et aboutissants seront révélés lors d’une conférence de presse le 9 novembre.

L’aventure du Poinçon remonte au XVIIème siècle, époque où l’horlogerie devient une industrie prospère à Ge- nève. Les horlogers décident alors de se regrouper, de mettre au point des statuts, bref d’organiser le métier et de lui fournir un label de qualité. Les règlements de maîtrise sont sévères. Le seul nom de Genève, gravé sur le mouvement d’une montre, suffit à ga- rantir qu’il s’agit d’une pièce de qualité supérieure. Or, la qualité se protège. Surtout quand elle fait l’objet d’abus de la part de fabricants non Genevois usant du nom de Genève, voire de journaux l’exploitant pour leur publi- V Le 9 novembre 2011, le fameux «Poinçon de Genève» fêtera ses 125 ans d’existence au BFM (Bâtiment des forces motrices) de Genève. Comme par le passé, le «Poinçon de Genève» exige des fabricants une perfection de l’ensemble des pièces qui composent les calibres de base. Et revisite ses critères à la hausse. 20 | horlogerie

cité. Fondée en 1873, la Société des horlogers chercha les moyens de remédier à cette situation. Ils abou- tirent en 1886 à l’adoption par le Grand conseil d’une loi établissant le «Poinçon de Genève». Caractérisé par douze critères rigoureux réaménagés au cours des décennies pour répondre à l’évolution du métier, le «Poinçon de Genève» est octroyé uniquement mou- vements assemblées et réglés sur le territoire genevois. Et ce, par des mai- sons horlogères ayant leur siège social dans le canton. Autant de conditions qui expliquent que seules quelques marques bénéficient actuellement du prestigieux label. On le voit, le Poinçon de Genève correspond à une véritable philosophie qui préside à la production des mouvements mécaniques dès leur conception. Elle nécessite bon nombre d’interventions manuelles dans la pure tradition des professionnels qui les ont mises au point voici plus d’un siècle. «Timelab travaille activement à la modernisation du règlement qui préside à l’attribution de ce label de qualité unique en son genre.» 22 | HORLOGERIE

l’horlogerie genevoise Le «Poinçon de Genève», pas plus que Paris, ne s’est fait en un jour! Il est le fruit d’une longue et passionnante histoire horlogère genevoise. Qui remonte au XVIème siècle. noter qu’au moment où apparaissent, venus de France, les premiers horlogers à Genève, la montre n’existe que depuis quarante ans en Europe. L’horloge est mieux connue, ne serait-ce que par sa visibilité sur les églises et les édifices publics. Il en existe une sur le «Pont d’Isle» à Saint-Gervais, une autre sur le clocheton en face de l’ancienne façade de Saint-Pierre.Pour que les Genevois découvrent la montre, il faut attendre 1554 que débarque à Genève le pre- mier horloger signalé: Thomas Bayard, qualifié d’orfèvre et «orologeur» par le registre des habitants. Les réfugiés, pour cause de religion, affluent comme lui par milliers dans la ville. Calvin, dans le but d’accroître le nombre de ses par- tisans, leur ouvre les portes de la bour- geoisie, la population double en trois décennies. Les réfugiés, qui font partie d’une élite intellectuelle et profession- nelle, apportent de nouvelles industries, parmi lesquelles l’horlogerie. Et c’est un grand soulagement de constater que l’activité économique redémarre. Le dé- clin des foires, de même que la rupture des relations avec la cour de Savoie, à l’époque de la Réforme, avait en effet failli précipiter la disparition complète du travail des métaux pré- cieux dans la cité. Ce d’au- tant plus que le Réformateur, en même temps que l’abolition de la messe, a fait un sort aux joyaux, ornements liturgiques et autres objets ostentatoires. Or, l’alliance de la traditionnelle orfèvrerie avec la toute récente horlogerie, fait des mi- racles. Durant près d’un siècle, montres et horloges constitueront le fruit d’une étroite collaboration de ces deux corps d’artisans qui se regrouperont en maî- trises, respectivement en 1566 et en 1601. Celles-ci, surtout pour les hor- logers, sont dotées de règlements sé- vères assurant la qualité des montres et l’accès au métier est restreint en nombre. La collaboration des deux pro- fessions est à l’origine de la Fabrique, nom qui désigne l’ensemble des arts et métiers qui concourent à la fabrication des montres et bijoux à Genève. Col- laboration qui présidera à la lente mais irrésistible montée de l’horlogerie qui se soldera par une place croissante dans l’économie genevoise entre le XVIème et le XVIIIème siècle. En chiffres: plus de deux hommes sur dix y trouvent un em- ploi à partir de 1725 et près de quatre sur dix en 1788.

A 24 | HORLOGERIE La fabuleuse aventure de Par exemple, que les gènes qui organisent exemple, que les gènes qui organisent

Dans la mesure où les règles calvinistes limitent le port des bijoux et autres ob- jets ostentatoires, les orfèvres et horlo- gers genevois travaillent dès le début surtout pour l’exportation. «En même temps que des livres, des velours, des passements et des draperies, Genève envoyait donc ses montres et ses bijoux aux grandes foires de France, d’Italie, d’Allemagne ou de Suisse», note Anto- ny Babel dans Histoire économique de Genève. Certains vont jusqu’à s’établir à Constantinople, d’autres entrent en relations d’affaires avec les Turcs, les Arméniens, les ports grecs de l’Asie mi- neure et même avec la cour du «Roy de Perse». Durant le XVIIème siècle et une bonne partie du XVIIIème siècle, l’horlo- gerie genevoise domine ainsi le marché européen. Dans les pays d’outre-mer et en Orient, les produits de la Fabrique sont connus jusqu’aux Indes, en Chine, au Japon et dans les colonies espa- gnoles et portugaises de l’Amérique. A leur indépendance, même les Etats- Unis deviennent clients de Genève. Pour autant, nous l’avons dit plus haut, la montée en puissance ne sera pas un jardin de roses. Rapidement, Genève se voit confrontée à une rude concur- rence. A commencer par celle des hor- logers de la campagne avoisinante. A cette dernière date, pour une popu- lation de 27’000 habitants, 3000 per- sonnes sont occupées dans l’horloge- rie et 5000 dans la Fabrique. Ce qui signifie que les orfèvres, longtemps majoritaires, se voient largement dé- passés par les horlogers dès le XVIIIème siècle. De surcroît, les femmes font peu à peu leur entrée dans la profes- sion.

Ce brillant essor du plus élevé des métiers manuels de l’époque aura une double conséquence: d’une part, une très forte division du travail ; le premier recensement professionnel enregistre plus de trente corps de métiers au sein de la Fabrique; la boîte, le mou- vement, le cadran, les aiguilles sont fabriqués par des artisans différents. D’autre part, une âpre lutte commence contre la concurrence horlogère des villages et territoires avoisinants. Elle se poursuivra plus tard contre celle des montres françaises. Arrêtons-nous un instant sur cette division du travail. D’un côté, les maîtres orfèvres, orga- nisés déjà depuis le XVIème siècle, de l’autre, les horlogers, répartis en deux catégories principales: les «maîtres- marchands» horlogers, qui travaillent en boutique, et les «maîtres-horlo- gers» qui travaillent en chambre pour les maîtres-marchands. Jusque là, tous capables de monter toutes les parties d’une montre ou d’une hor- loge mais avec un accent plus commercial chez les pre- miers et plus artisanal chez les seconds. Cela dit, le succès des succès des montres venant, les mouvements et les boîtiers de- viennent de plus en plus complexes. De sorte que la fabrication des res- sorts, des aiguilles, des clés, des chaî- nettes ou des timbres de montres sont confiés à des artisans n’exécutant plus qu’une seule pièce.

26 | HORLOGERIE «A leur indépendance, même les Etats-Unis deviennent clients de Genève.»

Le «Poinçon de Genève» unique au monde l faut dire que la fin du siècle précédent fut un vrai désastre. A Genève, la crise était générale. Les débouchés se fermaient les uns après les autres. La ville se dépeu- plait et le nombre d’employés de la Fabrique (association des horlogers et des orfèvres) diminuait de manière inquiétante. Ce n’est qu’au début du XIXème que les perfectionnements apportés à l’horlogerie commencent à porter leurs fruits. Ils entraînent la création de l’Ecole de « blanc », ancêtre de l’actuelle Ecole d’horlogerie qui per- met aux apprentis en ébauches de se former à Genève même. Vers 1830, les positions perdues sont reconquises I La création du «Poinçon de Genève», en 1886, constitue une réponse directe aux préoccupations des horlogers genevois vers la fin du XIXème siècle.

Il s’agit en un mot de redonner lustre et crédibilité à une industrie soumise à la rude concurrence des pays étrangers. peu à peu. Un nombre croissant d’ou- vriers travaillent. Pour la ville de 30’000 habitants, un sixième de la population vit de la Fabrique. Une invention fera faire un bond en avant à la Fabrique, en 1839 : l’inventeur Georges Auguste Leschot, à la demande de la maison Vacheron Constantin, met au point un outillage complet permettant la fabri- cation mécanique de toutes les pièces d’une montre.Vacheron Constantin est la première à utiliser ces nouveaux procédés. Quant à la maison Patek Philippe, elle inaugure la fabrication de quantités importantes d’une montre à remontoir inventée par Adrien Philippe en 1842.

Elle débouchera sur une longue série d’arrêtés du Conseil à la fin du XVIIème siècle et jusqu’au XVIIIème visant à pro- téger les horlogers de la ville. Puis cette concurrence s’étend à celle du Pays de Gex, du Faucigny, du Jura vaudois, de Neuchâtel ou de la Vallée de Joux. Le but visé est de contraindre ces régions à ne produire pour les hor- logers genevois que les ébauches dont ils ont besoin, et d’empêcher qu’elles continuent d’attirer à elles des arti- sans genevois capables de terminer les montres. A quoi il faudra bientôt ajouter la concurrence française (Vol- taire fit construire une quarantaine de maisons pour débaucher et loger des horlogers genevois travaillant dans sa «Manufacture royale de montres de Ferney» avant de faire faillite) puis anglaise et autrichienne, disposant de puissants réseaux commerciaux. Les vagues d’émigration (notamment celle provenant de la révolution genevoise de 1792), ainsi que le déplacement de la demande vers d’autres régions étrangères afin de produire à moindre coût, constitueront les deux causes principales de la crise de l’horlogerie à la fin du XVIIIème siècle. Les débou- chés se fermeront les uns après les autres. La ville commencera dès lors à se dépeupler. En dépit de toutes les mesures de redressement, il faudra attendre le premier quart du siècle sui- vant pour qu’une reprise se produise enfin dans la Fabrique qui retrouvera son apogée.

28 | HORLOGERIE Une caste à part : les cabinotiers Dans le quartier du faubourg de Saint-Gervais, là où l’on dénombre le plus grand nombre d’artisans et d’horlogers au XVIIIème siècle, fleu- rit une caste à part : les cabinotiers. Appelés ainsi en raison de leurs ateliers « cabinets » situés sous les toits, ils composent une sorte d’aristocratie ouvrière. Outre leur savoir-faire remarquable, ils se distinguent non seulement par leur salaire relativement élevé mais tout autant par leur engagement politique. On les voit regroupés dans des cercles qui jouent un rôle important dans la vie sociale des ouvriers de la Fabrique. Marqués par un grand désir de s’instruire (Rousseau affirmait avoir puisé sa passion des livres dans le cabinet d’horloger de son père), ils prennent part à tous les conflits du siècle et constitueront l’un des foyers d’agitation politique de la Révolution genevoise. On sait l’admiration de Stendhal, qui avait constaté qu’à Genève il n’était pas rare de voir le moindre horloger un peu ins- truit publier une brochure politique pour faire savoir ses vues. Plus généralement, par cabinotiers, il faut entendre tous les métiers liés à l’horlogerie qui se spécialisent en monteurs de boîte, guillocheurs, ciseleurs, emboîteurs, doreurs, émailleurs. Le réseau haute pression de l’usine de la Coulouvrenière promet de permettre le développement de petits moteurs à pistons qui concurrecent ainsi les moteurs à vapeur. Ils sont promptement installés chez les cabinotiers. L’art des cabinotiers de Saint-Gervais, conjuguant minutie, préci- sion technique et innovation a contribué à la renommée de Genève tout autant que la Réforme. Des femmes même se mettent à faire des chaînettes, à polir les pièces des mouvements ou des boîtes. Peintres sur émail, miniaturistes de talent inaugurent la tradition des montres de luxe. En 1800, la Fabrique fait vivre 5’000 des 26’000 habitants de la cité. Les «cabinotiers» se sont ainsi forgés une solide réputation par la qualité de leur travail, leur minutie et leur précision.

Au surplus, le bureau délivrera ou léga- lisera des certificats d’origine. Seront poinçonnées les montres qui, après exa- men, possèderont toutes les qualités ga- rantissant «une marche régulière et du- rable». Et afin d’assurer une surveillance irréprochable, le bureau de contrôle est placé sous la direction d’une commission composée d’un Conseiller d’Etat, qui en est le président, et de douze membres dont six nommés par le Conseil d’Etat et six par le Grand Conseil.

Ces douze membres sont (ré)élus tous les deux ans. Cette commission est char- gée de déterminer le degré de qualité des différentes parties techniques de la montre, ainsi que le minimum de celles qui doivent être réalisées par des ou- vriers habitant le canton de Genève. Bref, à l’effort et à l’exigence de qualité vient enfin s’ajouter une protection stricte et sérieuse des horlogers genevois. Et gare à ceux qui auront imité, contrefait ou falsifié les poinçons ou les certificats: ils seront punis des peines prévues à l’article du Code pénal. On le voit, l’horlo- gerie est prête à conquérir le XXème sicle, et à le faire savoir. Les maisons Vache- ron Constantin et Patek Philippe seront les premières à bénéficier du prestigieux label.

L’Ecole d’horlogerie de Genève : une pépinière de jeunes talents Que de chemin parcouru entre l’Ecole d’horlogerie de Genève des tous débuts (1824) et maintenant ! Ima- ginez. A la place Longemalle, anciennement place de la Grenette, chaque élève, exclusivement genevois, devait payer lui-même son écolage, réunir et apporter ses propres outils et faire preuve de zèle pendant trois mois avant d’être certain de son admission. Les cours, qui débutaient à cinq heures du matin l’été et à six heures en hiver, du lundi au samedi inclus, étaient dispensés à la lueur de la lampe à huile… Au cours du temps, et en fonction des besoins, l’Ecole a déménagé souvent. En 1879, un bâtiment ad hoc fut construit à la rue Necker, où les filles, de plus en plus nombreuses, y firent leurs classes. Après la crise, en 1933, décision fut prise de l’intégrer à l’Ecole des arts et métiers avant de l’installer en 1966 au Petit-Lancy aux côtés de l’Ecole d’électricité.Aujourd’hui, l’Ecole d’horlogerie, d’électronique et d’informatique de la rue du Pont-Butin accueille 238 élèves par année, accompagnés de 26 enseignants-métier sans compter les enseignants généralistes et les maîtres d’ateliers. Au travers de trois filières spécifiques, ils seront conduits au fameux certificat de maturité professionnelle CFC. Son directeur Pierre Amstutz en assure tout autant l’administration que les relations avec les entreprises (Rolex, Vacheron, Chopard et Patek) où les élèves effectuent des stages. Dans des conditions plus enviables qu’au XIXème siècle, le parcours n’en demeure pas moins exigeant. Au fil de leurs études, les élèves seront amenés à réaliser entièrement une « montre école » compliquée, propre à recevoir la certification du « Poinçon de Genève » et du Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC). Près d’une quarantaine deviendront ainsi horlogers chaque année.

De surcroît, les établisseurs genevois construisent des boîtes luxueuses destinées aux Indes et à la Turquie, où s’active sur place une importante colo- nie d’horlogers genevois. Innovation et machine-outil, incontestablement, constituent une belle alliance. On aurait tort de croire, cependant, que le bond en avant fut rapide. L’horlogerie étant par nature une industrie hétérogène, impliquant de nombreux processus disparates, les progrès ne se font que graduellement. Cela d’autant plus que les mentalités très individualistes des cabinotiers de Saint-Gervais jouent un rôle non négligeable dans la résistance à la machine. Qui plus est, toutes ces transformations et innovations se font dans un climat atteint par les redou- tables retombées des crises et des guerres du XIXème siècle.

Elles s’effectuent en dents de scie. Si, en 1843, le recense- ment cantonal de la population enregistre que l’horlogerie oc- cupe 3207 personnes et que son effectif passe en 1860 à 5821, elle ne fournit de postes qu’à 3324 personnes en 1870 pour passer à seulement 1022 en 1880. Un événement, tou- tefois, constituera un aiguillon bienvenu pour le dynamisme des horlogers genevois: l’ex- position de Philadelphie de 1876. Car cette manifestation révèle brutalement aux Genevois l’avance prise par les Etats-Unis en matière de machines-outils. De quoi doper, dans la ville du bout du lac, la fabrication méca- nique de la montre. L’industrialisation se met ainsi définitivement en marche. Il n’en reste pas moins, en cette fin de XIXème siècle, que Genève a conscience qu’elle ne domine plus comme aupa- ravant le marché jusque dans les pays lointains. «La concurrence des montres anglaises et neuchâteloises, puis bientôt américaines, obligera plus que jamais les marchands-fabricants à améliorer sans cesse leurs modèles et à en faire des objets recherchés pour leur perfections, leur précision et leur beauté», note Antony Babel dans Histoire économique de Genève. Afin de se protéger tout autant que pour démontrer leur excellence, les horlo- gers genevois décident de graver le nom de Genève sur le mouvement des montres, signe de qualité supérieure. Or, difficulté supplémentaire, certains fabricants peu scrupuleux abusent du nom de la ville sur des montres confec- tionnées hors de ses murs. Même les journaux exploitent le filon en publiant des réclames frauduleuses. C’est sur cette toile de fond que se constitue d’abord la Société des horlogers, en 1873. Ses efforts sont appuyés par les horlogers qui souhaitent que le nom de Genève constitue une preuve de l’au- thenticité des montres du crû. Mieux, ils font pression afin que les acquéreurs bénéficient de garanties établies par la loi. La mobilisation des horlogers s’avè- rera payante. Elle aboutit à une loi qui établit un label de certification qui fera date: le «Poinçon de Genève»! Propo- sée le 6 novembre 1886 par le Conseil d’Etat, et promulguée au mois de dé- cembre suivant, la Loi sur le contrôle facultatif des montres dans le canton de Genève ne fait pas dans la demi- mesure. Elle établit tout d’abord l’ins- tauration d’un bureau de contrôle des montres genevoises. En substance, ce bureau est chargé d’apposer sur les montres présentées par des fabricants établis à Genève le poinçon officiel de l’Etat. Ce dernier sera alors apposé sur une pièce du mouvement (sur la platine et un pont), le plus en vue possible. 30 | HORLOGERIE «Afin de se protéger tout autant que pour démontrer leur excel- lence, les horlogers genevois décident de graver le nom de Genève sur le mouvement des montres, signe de qualité supérieure»

32 | APARTÉ PAR XAVIER COMTESSE AVENIR SUISSE Où va l’innovation en Suisse? Le 9 novembre dernier, le Conseil fédéral par la voix de Didier Burkhalter annonçait sa volonté de créer à terme un parc d’innovation national en mettant à disposition des terrains de la Confédération, annonce précédée le 24 octobre par le Conseiller d’Etat fribourgeois, Beat Vonlanthen de transformer 55’000 m2 de l’ancienne brasserie Cardinal en parc technologique et d’innovation. Il semblerait donc que le principal enjeu de l’innovation en Suisse soit réduit au «mètre carré» disponible! C ela paraît pas visionaire du tout puisque qu’il existe déjà près de 40 parcs technologiques et scientifiques en Suisse dont les deux plus important de l’ETHZ à Zurich et celui de l’EPFL à Ecublens, ce qui nous permet d’affirmer que l’implantation de ce concept des années 90 a fort bien marché. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la Suisse se classe dans les premières nations au monde en ce qui concerne l’innovation. Le problème est donc ailleurs! Dans une étude parue déjà en 2009, Ave- nir Suisse avait identifié comme nouveau challenge celui de la «qualité» des projets innovants et en aucun cas la question de la quantité, de l’argent ou encore moins la mise à disposition de «mètres carrés». Revenons quelques instants sur ces conclusions. L’étude montrait que sous la pression du transferts technologiques, des prix à l’innovation, du coaching, des cours entrepreneurials, etc. bon nombre de jeunes scientifiques, ou simplement des innovateurs, avaient été incités à se lancer dans l’aventure des «start- ups» sans avoir pris le temps d’avoir un projet solide, bien pensé en terme de design, de commercia- lisation ou de réponse aux changements sociétaux. En d’autres termes, le chemine- ment linéaire classique se faisait à partir d’une idée originale, suivi de l’installation dans un parc technologique de la start- up avec recherche de fonds sans savoir grosso modo si le client allait suivre. C’est exactement cette démarche linéaire qu’il faut briser .

Comment dès lors procéder ? En premier lieu, il est bon de se souvenir que le processus d’innovation n’est pas li- néaire - de l’idée au marché -. L’installation d’un processus interactif est primordial. Ce qui est dans cette perspective néces- saire, c’est de faire remonter les usagers potentiels dans la chaîne de la valeur de l’innovation tels que le font les living labs ou encore les fablabs. Puis, il est essentiel d’associer dès la génèse d’une idée, des compétences diverses allant du design à la commercia- lisation, des réseaux sociaux à la sociolo- gie, du story telling à la communication, etc. Pour ce faire, il est souhaitable d’avoir des lieux, des plateformes pour l’échange de compétences. En faite, ces lieux émer- gent depuis quelques années, ils portent tantôt le nom de «think tank» tantôt celui de «centre créatif». La «Muse» à Genève, l’ECAL/EPFL à Lausanne, le «Swiss Crea- tive Center» à Neuchâtel sont de tels lieux d’expérimentation.

Ces nouvelles structures sont la forme publique de ce que les grandes entre- prises ont déjà mis sur pied ces dernières années. Le «Invent Center» de HP à Meyrin ou le «Think Tank» de Cartier à la Chaux- de-Fonds sont en quelque sorte des pré- curseurs de ce mouvement. Toutes ces plateformes répondent, avec leurs spécifi- cités propres, à la question d’améliorer la qualité des projets innovants soit en fai- sant appel en priorité aux réseaux sociaux (Muse), soit au client (Invent Center), soit au design (ECAL/EPFL) soit encore aux créatifs (Swiss Creative Center). C’est donc bien au niveau de la créativité - comme source première de l’innovation – que désormais se joue l’avenir de l’inno- vation en Suisse. La politique politicienne en matière d’innovation devrait se rendre sur le terrain plutôt que de dupliquer de vieilles recettes qui certes fonctionnent bien mais qui répondaient à un besoin spé- cifique aujourd’hui largement couvert.

Mais pour demain, de nouvelles énergies doivent être initiées et canalisées dans des lieux qui feront la différence pour notre avenir dans un monde de plus en plus globalisé et hautement compétitif. L’argent étatique va se fait rare et il serait judicieux de le mettre là où les forces et les syner- gies se regroupent au sein d’approches innovantes afin de maintenir la capacité d’innovation du pays.

On ne peut plus créer seul, affirme la directrice du FLUX Laboratory. Qui marie les mondes du business et de l’art. ntuition, ambition, passion. Tels sont les mots qui viennent peu à peu à l’esprit en rencontrant Cyn- thia Odier. Et qui expliquent le succès du FLUX Laboratory. Tout a l’air si simple pour la maîtresse des lieux, qui plante ses yeux bleus des mers du sud dans les vôtres, vous reçoit à l’orien- tale, généreuse de tout son temps et curieuse de vous tout autant ! Or sa réussite repose sur une discipline remontant à son plus jeune âge. Elle s’autorise un bref coup d’œil satisfait I sur la beauté du lieu. Aussitôt voilé par les souvenirs. «Je suis une Grecque de l’Egypte où mon père, employé de banque, avait émigré. Il a dû en repartir en 1962, embarquant sa femme, ma sœur et moi par le bateau, puis la voi- ture puis le train pour la Suisse. Nous étions une famille très ambitieuse. Qui voulait se faire valoir avec une richesse dont elle était dépourvue : mon père sa sacrifiait pour que nous vivions dans un quartier huppé, que nous fréquentions les meilleures écoles… » Cynthia Odier Propos recueillis par SERGE BIMPAGE 34 | ESPACES Cynthia Odier, grande prêtresse de la création À Carouge, le FLUX Laboratory conduit une expérience unique en son genre: rassembler sous un même toit cher- cheurs universitaires, académiciens, artistes et hommes d’affaire. Histoire de secouer les idées et les pratiques reçues en vue d’une nouvelle création.

Cynthia Odier prend alors conscience de son talent d’intermédiaire entre le monde des arts et celui des affaires. C’est ainsi qu’elle crée en 2002 la fon- dation Fluxum, à l’origine de la produc- tion de plusieurs ballets. Mais, forte de l’intuition que le monde change, elle cherche à franchir un pas de plus. Ce sera la création du FLUX Laboratory à Carouge. Elle rachète une ancienne serrurerie qu’elle transforme en espace créatif ultra contemporain dont elle veut faire un «centre de réflexion innovante»: Le FLUX cherche à faire interagir danse, video, photographie, sciences, technologies, marketing, médias, sty- lisme, économie et business. «On se sent seul, quand on innove, sourit –elle. Je ne me sentais pas comprise. D’au- tant moins qu’ainsi fonctionne l’intuition: l’idée est difficile à formaliser. Vous savez ce que vous ne voulez pas, sans toutefois parvenir à expliciter ce que vous voulez. » A présent que les choses fonctionnent, la maîtresse des lieux peut clairement affirmer que le FLUX est un outil de travail. Qui consiste à susciter des «échanges détonants» entre chercheurs universitaires, acadé- miciens, artistes et hommes d’affaire. «On ne fait jamais rien de bon tout seul», conclut Cynthia Odier.

Quand avez-vous eu le déclic de créer la Fondation Fluxum? - Par coïncidence! C’était peu avant l’an 2000. César Menz, directeur du Musée d’art et d’histoire, me faisait part d’un projet d’exposition sur les arts primitifs et modernes. Il manque à cet événe- ment un élément important, me suis- je exclamée spontanément: la danse! C’est ainsi que nous avons créé le spectacle La création du monde. Ce fut la première fois que le ballet du Grand Théâtre travaillait avec le Musée. J’ai appris à nouer des contacts, à établir des contrats, à engager des choré- graphes, à faire exécuter des costumes et des décors. Bref, je touchais un peu à tout et me suis aperçue qu’il fallait une structure pour ce genre d’entreprise. - Or, la Fondation vous est apparue rapidement insuffisante… - Mon grand projet consistait à faire se rencontrer les différents milieux. Il fallait un espace pour cela. Par hasard (si vous saviez le nombre de hasards et de coïn- 36 | ESPACES Accomplissant ses études supé- rieures, Cynthia Odier suit parallèle- ment une formation professionnelle en danse classique, obtient un diplôme au Conservatoire de musique de Genève et suit des cours particuliers avec Serge Golovine. Sa ténacité la conduit à deve- nir membre du corps de ballet du Grand Théâtre. C’est alors qu’elle épouse un étudiant en médecine, avec qui elle aura deux enfants et qu’elle aidera par son travail à accomplir ses études. De cette époque date le grand tournant dans sa carrière. Aux Etats-Unis où s’expatrie pour un temps la famille, son éclectisme et son enthousiasme la conduisent à contribuer à la recherche de fonds et à l’organisation d’événements pour le Chicago City Ballet. «C’était dûr de trouver du travail, j’ai même connu le chômage.» De retour à Genève, après s’être remariée et avoir eu deux autres enfants, son naturel créatif déploie tous ses effets. Membre de la Fondation du Prix de Lausanne, elle décide de pro- duire plusieurs ballets. Notamment La Bayadère, en 1999, au Grand Théâtre de Genève et à Olympie ainsi que Face to Face à l’occasion du cinquantenaire des Nations Unies. «La grande chance de ma vie, c’est de m’adapter à tous les milieux, quel que soit le pays. Je suis entrée facilement dans la culture genevoise.» Autant de qualités qui lui permettront de monter l’audacieux et remarqué ballet La Création du Monde, en collaboration avec le Musée d’art et d’histoire et le Ballet du Grand Théâtre. cidences qui ont concouru à cette aven- ture !), je suis tombée sur cette usine de clés, assortie d’une maison d’habitation. Les clés, quel symbole! L’architecte, ins- tallé là juste en face, a très bien compris ma démarche. Je voulais que ce lieu soit conçu comme un théâtre. Avec des tapis, des rideaux, un salon noir pour la video, les expos, les conférences et les événements, la cuisine servant de d’es- pace de communication, une chambre blanche pour travailler le corps… L’année 2012 est dévolue au thème de la précarité.

- Oui. Tout semble mélangé, au FLUX. Tout semble en mouvement mais en réalité il y a une vraie structure. Celle-ci se matérialise dans un thème qui nous inspire pour la saison de septembre en juin, comme au théâtre. Puis, à partir du thème surgissent les coïncidences, des coups de cœur et des imprévus artis- tiques que nous accueillons avec plaisir. La précarité, oui. Nous avons invité un homme d’affaires reconverti dans les arts plastiques. Son travail portait sur la précarité, le pouvoir des marques sur l’être humain. Puis poursuivrons avec diverses collaborations avec le Festival des droits humains.

Tout repose sur l’expérimentation... - En effet. Je suis convaincue que le monde des arts et du business doivent mieux s’emboiter. Qu’ils sont suscep- tibles d’engendrer une émotion supplé- mentaire et d’une nature nouvelle. La culture permet l’expérience. Elle devient medium, vecteur de communication. « Culture et business peuvent engendrer une émotion nouvelle. »

38 | ESPACES Des actes et des dates 2002: Cynthia Odier remporte un retentissant succès pour son ballet La création du monde. En collaboration avec le ballet du Grand Théâtre et le Musée d’art et d’histoire, elle fait évoluer les danseurs au cour de l’exposition « Fernand Léger et l’art africain ». 2002: Création de la Fondation Fluxum. Son but : concevoir, réaliser, promouvoir et encou- rager des projets artistiques et culturels en Suisse, avec la danse comme mode d’expres- sion privilégié. La Fondation a ainsi produit une dizaine de ballets. 2003: Création du FLUX Laboratory. Son but : proposer une interaction fertile entre des domaines variés et des compétences complémentaires. Provoquer une réflexion innovante en bousculant des disciplines diverses.

2007: Production du solo Equilibri présenté à la Biennale de Venise, chorégraphié et interprété par Giorgio Mancini. 2009: Accueil, en collaboration avec l’Association pour la danse contemporaine, la Merce Cunningham et son spectacle Constellation. 2010: Conception et production de Tell Me Swiss au pavillon suisse de l’exposition uni- verselle de Shangaï. Chorégraphie par Cisco Aznar. Reprise à l’Alhambra la même année. Soutien la présence du Ballet Junior au Festival international de danse d’Athènes. FLUX Laboratory 10, rue Jacques-Dalphin 1227 Carouge T + 41 22 308 14 50 F + 41 22 308 14 51 www.fluxlaboratory.com www. fluxumfoundation.com

40 | ART ET DESIGN de Daniel Schlaepfer P James Turrell qui, par exemple, immerge ses visiteurs dans des salles de lumière. La fascination qu’engendrent ses pro- ductions repose sur de solides bases. Derrière cette émanation d’une lumière de qualité sont tapies des heures de réflexion, d’expérimentations, de tra- vaux, ceux de l’artiste, et ceux élaborés et étayés en collaboration avec le très sérieux Laboratoire d’optoélectronique des matériaux moléculaires de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. énétrer un espace mis en lumière par l’artiste Daniel Schlaepfer est une expérience qu’on n’oublie pas. La lumière diffusée nous enveloppe avec une grande dou- ceur, on la contemple sans être ébloui, on est envoûté par ses couleurs et son rayonnement, un plaisir pur, simple, contemporain, un peu comme lorsqu’on est autour d’un feu. Dans sa récente exposition à la galerie Lucy Mackintosh de Lausanne, Schlaepfer est parvenu à donner forme à la lumière, qui, naturel- lement, est fluide comme l’eau. Formes simples, semi-cubes, sphères aux lumi- nosités changeantes. Nitescences rares, absentes du spectre de Newton: lu- mières marron, vert bronze, bleu lavande foncé. Et au sous-sol, ampoules de rêve aux fluorescences orangées, jaunes, ro- sées, mauves, bleu ciel ou vertes... Cela fait plus de quinze ans que Schlaepfer met en lumière la beauté ; ses créations sont diverses, que ce soit celle des stèles lumineuses de Bursins, d’un abribus, d’un plan d’eau ou d’une école, comme celle de Cressy dans le canton de Genève ou encore l’étoile d’Aï qui change de cou- leur sur demande téléphonique.D’autres artistes de par le monde travaillent avec l’élément lumineux, comme l’Américain Une lumière de qualité pour la santé de tous Mais y a-t-il un lien entre la lumière sculptée par des artistes, les espaces dont la mise en lumière a fait l’objet d’un travail de spécialistes, et l’utilisa- tion quotidienne de l’éclairage que fait le citoyen ordinaire ? Oui, indubitable- ment, et la question est d’importance: actuellement les consommateurs se voient imposer l’éclairage des leds, à la fois par les compagnies multinationales de l’éclairage et par des législations étatiques contraignantes qui, sous cou- leur d’économies d’énergie, nous for- cent à utiliser des lumières blafardes et agressives qui nuisent à notre santé et péjorent notre confort visuel.

Les nitescences rares Cela fait plus de quinze ans que l’artiste met en lumière la beauté. Et tort le cou de la mode blafarde des leds envahissant nos chaumières.

poules, il est à craindre que le marché soit bientôt envahi pas des lumières à bas coût de très mauvaise qualité. Car qu’est-ce qui fait la qualité d’un éclairage? C’est son spectre, c’est-à- dire un mélange de composantes de couleurs différentes dont on mesure la longueur d’onde. A chaque lon- gueur d’onde correspond une couleur du spectre lumineux: le bleu vers 450 nanomètres(nm) d’un côté du spectre, le jaune vers 570 nm au centre du spectre, etc. La mesure du spectre de la plupart des éclairages donne une courbe assez régulière, alors que celle des leds n’est qu’un pic hérissé: il y a un trou vers les ondes bleu/vert et rouges, ce qui fait disparaître ou blafar- dise au regard les rouges, rosés, cou- leurs chair. En d’autres termes, les leds sont monochromatiques, c’est-à-dire qu’ils n’émettent que dans un nombre restreint de longueur d’ondes. Il faut faire le test: prendre une photo de ses proches et la regarder sous votre lampe led: si les protagonistes ont un teint cadavérique, c’est que votre led 42 | ART ET DESIGN Les faces cachées des leds actuels Le développement des leds a d’abord été lié à celui des feux de signalisation, dont la fonction est bien différente de celle d’un éclairage. Dans la foulée de la vague environnementale, le principal argument qui a poussé à adopter les leds est qu’ils économisent de l’éner- gie. En Suisse, l’éclairage utilise 15% de l’électricité. Dans les ménages, il ne représente que 2,5% face aux 97,5% du reste, soit eau chaude, chauffage, électroménager, cuisson, lavage, séchage et réfrigération. On se rend compte finalement que la part de l’éclairage est minime, et que c’est dans des postes plus conséquents qu’il faudrait économiser. Le grand public ignore en général que la technologie des leds n’est pas au point, qu’il n’est pas possible actuellement de pro- grammer industriellement la qualité d’un led dans la chaîne de fabrication; des spécialistes les sélectionnent à la sortie et les classent en catégories. Etant donné le coût des nouvelles am- a un spectre très pauvre. Et vous allez garder ces teintes déplaisantes long- temps, 50’000 heures annoncées par les marchands, soit, pour une utilisation de 3 heures par jour, 40 ans de vie ! Il faut se rendre à l’évidence, actuelle- ment le rendu des couleurs sous éclai- rage led est insatisfaisant. Si l’on vou- lait fabriquer des leds qui atteignent la courbe des autres éclairages, ils atteindraient des prix astronomiques et ne seraient donc pas compétitifs – il en existe quelques-uns-. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de profes- sionnels déplorent le déclin de l’incan- descence, bientôt ou déjà interdite de commerce et d’exportation dans la zone européenne. Sachons enfin que les gisements des terres rares qui permettent de colorer les leds sont situés principalement en Chine. Le ressenti des couleurs est un fait de civilisation: les Occidentaux préfèrent les lumières dites chaudes (à la tem- pérature jusqu’à 3200° Kelvin), alors que les Orientaux prisent plutôt les lumières froides (audessusde4700°K). Doit-on laisser brader l’industrie élec- tronique européenne, elle qui a de grandes compagnies d’éclairage comme Regent Lighting ou Philips et Osram? « Le grand public ignore que la technologie des leds n’est pas au point. » Installation dsns le cadre du blabla blab bla bala bla

* Coach en création d’entreprise, GENILEM Vaud/Genève ** Paul Millier est professeur de marketing de l’innovation à l’E.M.LYON. Il a développé une méthode rigoureuse et simple pour étudier le marché de produits qui n’existent pas. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’innovation. 44 | ENTREPRISE PAR PASCAL BOURGIER* GENILEM Marketing de l’innovation: comment étudier la viabilité d’un produit qui n’existe pas encore La clef du succès consiste à s’intéresser à la demande - et non à l’offre existante sur le marché… «A llo, tu es où?» «Dans le bus, et toi?» Savez-vous que vous auriez pu ne jamais entendre ce genre de conversation. Pour- quoi ? Tout simplement parce que les prin- cipaux fabricants de téléphones portables ont failli ne jamais couper le cordon car toutes les études de marché s’intéressant au téléphone portable ont assuré qu’il n’y avait pas de marché pour cette applica- tion ! Que le public utilisait son téléphone filaire et en était pleinement satisfait. L’être humain a une réticence viscérale au changement. Celui-ci l’effraie, mais force est de constater, dans ce cas, qu’il s’est «très vite habitué. Peut-être même trop vite, car on voit affluer de plus en plus de gens dans les services de psychiatrie pour des addictions à leur Smartphone. Vous comprendrez qu’il ne s’agit ici que d’un exemple. De nos jours, selon les théo- riciens, 70% à 90% des innovations ne ver- ront jamais le jour faute de compétences adaptées au lancement d’un nouveau pro- duit sur le marché. Le marketing «tradition- nel» ne suffit pas à investiguer le potentiel d’un produit ou service qui n’existe pas, car s’il n’existe pas, comment le matériali- ser? La philosophie, la théologie, Madame Soleil? Orienter une étude de marché pour téléphones portables en partant de ce qui existait à cette époque n’avait aucun sens, cela serait revenu à étudier le marché du téléphone tel qu’on le trouvait et cela au- rait permis, au mieux, de tourner en rond mais avec grâce et beauté. Sans vouloir généraliser sur les principales causes d’échec des études de marché, on peut dire qu’elles ont très souvent une explication. A savoir que les gens ont une fâcheuse et piégeuse tendance à s’intéres- ser beaucoup plus à la concurrence qu’aux applications nouvelles apportées par le produit en question.

Innombrables sont les exemples d’inno- vations qui se sont avéré des bides com- merciaux. Ou, inversement, de théoriques catastrophes qui sont devenues de réels succès commerciaux. Qu’est ce qui a valu au franco-allemand Rudolph Diesel, l’inventeur du moteur diesel de préférer la mort à la vie ? Il n’a pas réussi à trou- ver son marché alors que tous les spécia- listes s’accordent aujourd’hui à dire que le moteur diesel est le meilleur moteur du monde et le plus écologique (70% des moteurs de véhicules en Europe) ? Ana- lyse faite, on peut comprendre qu’il s’est intéressé à la concurrence de l’époque et que son innovation n’avait guère d’intérêt, puisque réaliser des économies d’énergie à une époque où l’on découvrait de nou- veaux gisements de pétrole tous les jours n’était pas réellement intéressant ; cela ne nécessitait en tout cas, pas de payer plus cher son véhicule.

Pour s’intéresser à un nouveau produit ou service, il faut se poser cette question: «Qu’est ce qui rend mon produit si unique et qui fait qu’avec ce produit, j’ouvre un nouveau marché?» Je ne connais donc pas mes clients, puisqu’il n’y en a pas encore. Il va falloir étudier soigneusement toutes les fonctions «techniques» remplies par ce nouveau produit ou service afin d’examiner qui il est susceptible d’intéresser. Il ne faut pas, à ce stade, se contenter de découvrir des produits ou services «concurrents» ou se rapprochant de notre innovation, car on risque de tomber dans l’écueil dans lequel notre pauvre Rudolph Diesel s’est trouvé… Cependant, aujourd’hui encore, trop de responsables marketing préfèrent utiliser les bonnes vieilles méthodes de marketing «classique», indéniablement pertinentes, pour étudier le marché d’un produit exis- tant plutôt que de se risquer à étudier leur innovation avec des méthodes nouvelles. «C’est aussi le meilleur moyen d’envoyer leur innovation dans un mur mais ouf, l’honneur est sauf, avec méthode, rigueur et systématisme», écrit Paul Millier.** La clef du succès pour lancer une innova- tion sur le marché? Elle consiste à s’inté- resser à la demande et non à l’offre exis- tante sur le marché. Faute de quoi on est condamné à innover en «suiveur», en ne rajoutant que de petites fonctions visant à simplement améliorer par petits pas des produits ou services existants.

Afin d’exprimer sa reconnaissance à la Suisse, la petite ville de Nam Dinh, 300’000 habitants, a organisé des événements culturels en son honneur. C’est ainsi qu’un concert eu lieu avec le Vietnam National Symphony Orchestra. Au programme : le Concerto No 3 pour piano et orchestre de Beethoven. Mais où diable trouver un piano de concert à Nam Dinh ? Mission quasi impos- sible. L’unique propriétaire d’un piano est à Hanoï et en demande un million et demi de dollars US. L’ambassadeur est intervenu personnellement en of- frant son propre piano. Bel exemple de solidarité. Pour lequel le Vietnam National Symphony Orchestra s’est montré reconnaissant en réservant à l’ambassadrice un concert surprise en sa résidence pour son cinquantième anniversaire.

Par Jean Cordey 46 | ARTS LYRIQUES Comment la Suisse vient en aide des musiciens vietnamiens Non seulement des fonds mais aussi des musiciens helvétiques ont apporté leur soutien à l’Orchestre Symphonique du Vietnam. Dont le niveau a été boosté. L a prise de contact avec l’Or- chestre Symphonique du Viet- nam est tout-à-fait agréable. Et surprenante. Ouverture des Maîtres Chanteurs de Wagner, suivie de O Sole Mio interprété par un baryton ! Plus sé- rieux ensuite, un poème symphonique en l’honneur de Ho Chi Minh, Ici il vient et nous conduit. Voilà un orchestre sympathique. Doté de jeunes musi- ciens motivés mais pauvres, au niveau quelque peu discutable. Le Vietnam National Symphony Orchestra (VNSO) a été fondé il y a quarante ans. Faute d’argent, les musiciens ne répétaient que le lundi matin. Pour survivre, ils jouaient le soir dans les bistrots ou les hôtels et donnaient des leçons. Or, grâce à un organisme de promo- tion de la culture suisse, il a été pos- sible de hausser considérablement le niveau. Cela, au travers de stages de perfectionnement avec des musiciens suisses professionnels. Les tuteurs suisses se rendent quatre à cinq fois à Hanoi. Les concerts se multiplient, la salle est bondée et la télévision em- boîte le pas. Une vraie vie de musique classique existe désormais au Vietnam. Dans la foulée, un CD est produit, un documentaire tourné, diffusé pour les passagers de Swissair pendant leur vol en direction du Vietnam. Les Semaines culturelles suisses sont également l’occasion de fructueux échanges. Tout débute à Hanoï, avec le Chœur du Delta du Mékong, et s’achève à Hanoï, à l’Ambassade. L’événement de clô- ture est un concert de gala du VNSO, avec notamment, six chants populaires suisses orchestrés par Rolf Lieber- mann.

«Une vraie vie de mu- sique existe aujourd’hui au Vietnam»

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