N 58 TENDANCES ÉCONOMIQUES - Analyse et prévisions conjoncturelles - Iweps

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N 58 TENDANCES ÉCONOMIQUES - Analyse et prévisions conjoncturelles - Iweps
L’Institut wallon de l’évaluation,
        de la prospective et de la statistique

TENDANCES ÉCONOMIQUES
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                                                   0
N° 58
            Analyse et prévisions                  2
            conjoncturelles
                                                   0
COLOPHON
Les Tendances économiques présentées ci-dessous ont
été élaborées par : Sébastien BRUNET
                    Frédéric CARUSO
                    Marc DEBUISSON
                    Didier HENRY
                    Evelyne ISTACE
                    Virginie LOUIS
                    Olivier MEUNIER
                    Régine PAQUE
                    Vincent SCOURNEAU

Sous le conseil scientifique de Vincent BODART, Institut de
recherches économiques et sociales (IRES-UCL)

Éditeur responsable : Sébastien BRUNET
                      (Administrateur général, IWEPS)

Création graphique : Déligraph

Mise en page :       Snel Grafics SA, Vottem
                     www.snel.be

Dépôt Légal :        D/2020/10158/5

Reproduction autorisée, sauf à des fins commerciales,
moyennant mention de la source.

                                                          IWEPS

                            Institut wallon de l’évaluation, de la
                                 prospective et de la statistique

                                 Route de Louvain-La-Neuve,2
                                    5001 BELGRADE - NAMUR

                                           Tél : 32 (0)81 46 84 11

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                                                  info@iweps.be

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La pandémie de Covid-19 est d’abord et avant tout une urgence de santé publique. La principale préoc-
cupation est d’ordre médical et doit le rester. Cependant, la crise sanitaire aura aussi une incidence
économique considérable, dont il importe de prendre rapidement la mesure. Des décisions de poli-
tiques publiques difficiles devront être encore prises pour alléger l’impact délétère de la pandémie sur
les ménages et les entreprises. Pour l’heure, l’ampleur inédite de la crise, mais aussi des mesures adop-
tées pour juguler la propagation du nouveau coronavirus, induit une complexité très inhabituelle à la
prévision économique. Notre exercice prévisionnel n’échappe évidemment pas à cet écueil, mais nous
espérons toutefois apporter des éléments utiles à l’analyse économique régionale en Wallonie.

                                                 Analyses terminées le 26 mars 2020

    L’économie en temps de Covid-19, l’impossible prévision

Arrêtées le 11 mars dernier, les perspectives                 s’est mué en une paralysie étendue de l’offre,
de croissance économique pour la Bel-                         en raison de l’immobilisation forcée d’une
gique établies par l’Institut des Comptes                     partie des forces de travail. Par ailleurs, les
Nationaux (ICN) ont été publiées le 20 mars,                  mesures de soutien qui sont en train d’être
dans la cadre de la projection pluriannuelle                  mises en place à tous les niveaux de pouvoir
destinée à l’établissement du Programme                       paraissent aussi devoir atteindre une am-
de Stabilité1. Elles tablent encore sur une                   pleur inégalée (cf. encadré 1).
croissance du PIB de +0,4% en Belgique en
                                                              Notre scénario, bien que soumis à une in-
2020, au sein d’une Zone euro où la crois-
                                                              certitude inhabituelle, fait l’hypothèse que
sance reculerait de -0,3%. Cette prévision
                                                              la crise sanitaire actuelle affectera la crois-
s’appuie sur les perspectives intermédiaires
                                                              sance économique wallonne de l’ensemble
de l’OCDE du début du mois de mars2.
                                                              de l’année 2020. La Wallonie, comme la
L’OCDE y développe le scénario, non pas
                                                              Belgique, devrait traverser une récession
« d’une épidémie circonscrite », mais déjà
                                                              marquée au premier semestre de l’année,
celui « d’une contagion plus large », consi-
                                                              la progression du PIB s’inscrivant en net
dérant toutefois que « des restrictions aux
                                                              recul au premier et surtout au deuxième tri-
déplacements appliquées actuellement en
                                                              mestre. Aux troisième et quatrième tri-
Chine ne seront peut-être pas reproduites
                                                              mestres, la croissance de l’activité écono-
partout dans les mêmes proportions ». En
                                                              mique devrait repartir à la hausse, grâce à
nous appuyant sur des hypothèses équiva-
                                                              des effets de rattrapage et aux mesures pu-
lentes, le scénario que nous nous apprê-
                                                              bliques de soutien. On devrait malgré tout
tions à établir pour la Wallonie aurait donné
                                                              observer un recul en moyenne sur l’en-
des résultats du même niveau que ceux de
                                                              semble de l’année 2020.
la Belgique pour 2020.
                                                              Typique d’un choc externe réel de grande
Ces perspectives constituent, comme le
                                                              ampleur, celui-ci affectera donc le premier
mentionne l’ICN, « davantage des pro-
                                                              semestre, laissant place à un rebond, sans
jections techniques que des prévisions » et
                                                              doute partiel, en seconde partie d’année.
sont déjà obsolètes. Depuis la mi-mars, le
                                                              Suivant ce scénario, la propagation du virus
choc sur l’activité économique en Belgique
                                                              est endiguée et les mesures de confine-
et en Wallonie ne provient plus uniquement
                                                              ment progressivement levées avant l’été,
de marchés potentiels extérieurs affaiblis et
                                                              selon un schéma proche de celui observé
de ruptures d’approvisionnement, ni même                      en Chine.
d’un affaissement de la demande intérieure
adressée à certains secteurs spécifiques                      La crise du Covid-19 constitue un événe-
(transport, commerce, Horeca, tourisme). Il                   ment à la fois évolutif et sans précédent.

1
     Institut des Comptes Nationaux, Perspectives économiques 2020-2025 – Version de mars 2020, 20 mars 2020.
2
     Organisation de Coopération et de Développement Économiques, Perspectives économiques de l'OCDE, Rapport intermédiaire, mars 2020.

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                                                           Tendances économiques no 58
Aucune observation économique tangible                de croissance de 2020. Afin d’étayer notre
ne permet encore d’appréhender l’ampleur              scénario de croissance pour l’année 2020, il
du recul attendu de la valeur ajoutée à la fin        est utile de revenir sur la situation écono-
du premier trimestre et au deuxième tri-              mique dans laquelle évoluait la Wallonie en
mestre en Wallonie, ni même en Belgique.              2019 et lors des premières semaines de
Les premières informations relatives aux              2020, qui ont précédé le développement de
chiffres d’affaires, à la production ou même          la pandémie. En l’absence de données de
à l’emploi ne seront disponibles que dans             comptabilité régionale pour 2019, ces
les prochains mois. Les indices de la                 observations récentes permettent d’abord
confiance sont par ailleurs insuffisants à cet        d’asseoir la première partie de notre
égard, même s’ils sont marqués en mars                scénario prévisionnel. Cette analyse permet
par une chute inhabituelle.                           ensuite de déceler des déterminants de
                                                      l’évolution économique attendue à plus
À ce stade, l’impact économique de la crise           long terme. Ainsi, certains facteurs positifs,
sanitaire ne peut être précisément                    notamment la bonne tenue de l’emploi et
déterminé ni quantifié de façon fiable. Il est        de la situation financière des ménages en
de notre rôle de donner des éléments                  Wallonie, sont sans doute susceptibles
d’analyse, mais ce numéro des « Tendances             d’atténuer le recul attendu de l’activité et de
économiques » ne propose – exception-                 soutenir la reprise de la production une fois
nellement – aucun chiffrage de la prévision           l’épidémie endiguée.

    Encadré 1 : Quelle réponse publique pour lutter contre les conséquences
    économiques de la pandémie ?
    Face à la pandémie, l’action des autorités        précisent progressivement et évolueront
    publiques s’est orientée prioritairement          encore dans les prochaines semaines,
    sur la gestion de la crise sanitaire. Les me-     mais leur caractère exceptionnel ne fait
    sures prises visent à endiguer l’épidémie,        aucun doute et leur ampleur égalera au
    dans un souci de santé publique. Elles            moins celle des mesures prises lors de la
    sont aussi le premier rempart de protec-          crise financière internationale de 2008.
    tion de l’économie. Plus vite la propagation
    du virus sera arrêtée et les mesures de           La Commission européenne (CE) a décla-
    confinement levées, en prenant les                ré qu’elle mettrait tout en œuvre pour
    mesures nécessaires pour éviter toute             soutenir au mieux les efforts consentis
    recrudescence de l’épidémie, plus vite            par les États de l’Union européenne (UE),
    l’économie pourra se relancer, comme              en utilisant toute la flexibilité des cadres
    nous l’envisageons dans notre scénario.           instaurés par les aides d’état et le pacte
    Focalisées sur l’urgence sanitaire, les au-       de stabilité et de croissance. Les 27 mi-
    torités n’en sont pas moins conscientes           nistres de l’Économie et des Finances de
    des répercussions économiques majeures            l’UE se sont ainsi accordés sur une action
    de la pandémie. Tous les niveaux de déci-         inédite : activer la clause dérogatoire gé-
    sion, européen, fédéral ou régional, se           nérale du pacte. Cette activation permet-
    veulent les plus réactifs possible et les an-     tra aux États membres de prendre des
    nonces de mesures de soutien à l’écono-           mesures de réponse à la crise, tout en
    mie se multiplient. Il va sans dire que tous      dérogeant aux obligations budgétaires
    les instruments de politique économique           du cadre européen. Si la principale ré-
    (politique monétaire et politique budgé-          ponse budgétaire au coronavirus pro-
    taire) seront mobilisés pour juguler les ef-      viendra des budgets nationaux des États
    fets de la crise et redémarrer au plus vite       membres, l’Union européenne mobilisera
    le moteur économique. Les actions se              également son propre budget. Elle re-

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                                                    Tendances économiques no 58
nonce notamment à l’obligation s’appli-            des contraintes opérationnelles pour les
quant cette année de réclamer le rem-              banques a aussi été décidé.
boursement des préfinancements non
dépensés au titre de la politique de cohé-         À l’échelle de la Belgique, pour lutter
sion (fonds FEDER et FSE, principale-              contre la fragilité financière des acteurs
ment). Les États membres pourront utili-           économiques, plusieurs actions ont éga-
ser ces montants non récupérés pour                lement été annoncées. Le gouvernement
accélérer leurs investissements liés à             fédéral prévoit des modalités d’étalement
l’épidémie. Au total, 37 milliards d’euros         ou de dispense de paiement de cotisa-
pourront ainsi être investis (8 milliards du       tions sociales, de précomptes, d’impôts
budget européen et 29 milliards de cofi-           de nature sociale et fiscale, pour les entre-
nancement des États membres). Quant à              prises et les indépendants. Il a également
la Banque européenne d’investissement              négocié un accord avec le secteur ban-
(BEI), au travers du Fonds européen d’in-          caire, accordant un report de paiement
vestissement, elle veillera à alléger au           aux entreprises et aux ménages (pour les
maximum les contraintes en matière de              emprunts hypothécaires), qui connaissent
liquidités et de fonds de roulement pour           des problèmes de remboursement en rai-
les petites et moyennes entreprises (PME)          son de la crise du coronavirus. En outre,
et les entreprises de taille intermédiaire         l’État fédéral apportera sa garantie à hau-
(ETI), en partenariat avec les acteurs fi-         teur de 50 milliards d’euros pour tous les
nanciers des États. Une enveloppe de 40            nouveaux crédits de court terme octroyés
milliards d’euros a déjà été réservée dé-          par les banques aux entreprises et aux in-
but mars ; mais au vu de la gravité de la          dépendants jusqu’au 30 septembre 2020.
crise, des pourparlers sont déjà en cours
pour aller bien plus loin (création d’un           Au niveau wallon, entre autres mesures,
fonds de garantie paneuropéen, notam-              233 millions d’euros sont prévus pour ver-
ment).                                             ser une indemnité forfaitaire aux petites
                                                   entreprises et aux indépendants forcés
Sur le plan monétaire, la Banque centrale          d’arrêter leur activité. Tous les acteurs fi-
européenne (BCE) sera en première ligne            nanciers wallons (SRIW, SOGEPA, SOWAL-
pour maintenir la liquidité du secteur fi-         FIN, Invests) sont aussi mobilisés pour
nancier et veiller ainsi à ce que tous les ac-     combler au mieux, avec leurs instruments
teurs de l’économie (ménages, entreprises          respectifs, les besoins financiers urgents
et gouvernements) bénéficient de condi-            des entreprises.
tions de financement favorables. Pour ce
faire, elle va renforcer ses opérations de         Parmi les mesures fédérales et régionales,
quantitative easing et mobiliser d’ici la fin      figurent également des actions visant à at-
de l’année plus de 1 000 milliards d’euros         ténuer l’impact de la crise sur l’emploi :
pour acheter des titres des secteurs pu-           chômage temporaire étendu et majoré au
blics et privés. Elle va également mener           niveau fédéral, subventionnement main-
des opérations supplémentaires de refi-            tenu pour le secteur subsidié mis à l’arrêt
nancement à plus long terme à destination          au niveau régional, etc. De manière directe
des banques. Toujours pour assurer un              ou indirecte, ces différentes mesures de-
soutien solide au système financier et             vraient permettre de préserver au maxi-
assurer la liquidité, un allègement tempo-         mum l’emploi et de limiter la baisse du
raire des exigences de fonds propres et            pouvoir d’achat des consommateurs.

                                                                                                   5
                                                 Tendances économiques no 58
En 2019, les tensions commerciales ont exacerbé une dichotomie
    inhabituelle entre industrie et services
En 2019, l’économie mondiale a enregistré          cessé de diminuer depuis le premier tri-
un taux de croissance médiocre de +2,9%,           mestre de 2018. Ces facteurs, conjugués à
bien inférieur à sa moyenne de longue pé-          la baisse de confiance des entreprises, ont
riode et constituant la plus faible perfor-        freiné les investissements industriels euro-
mance depuis la Grande récession de 2009.          péens en 2019.
Les causes de cette détérioration de l’acti-
                                                   Par ailleurs, au sein des économies avan-
vité internationale étaient à rechercher sur-
                                                   cées, les dépenses des ménages ont
tout dans les tensions commerciales entre
                                                   constitué un soutien précieux à la croissance
les grands acteurs du commerce internatio-
                                                   de l’activité économique en 2019. Que ce
nal, États-Unis et Chine en tête, qui ont ra-
                                                   soit aux États-Unis ou en Zone euro, la
lenti les échanges et ont miné la confiance
                                                   consommation privée a été portée par la
des entreprises, essentiellement dans le
                                                   confiance des ménages, se maintenant à
secteur industriel. D’autres facteurs sont
                                                   des niveaux élevés, et par l’évolution du
venus intensifier le climat d’incertitude : la
                                                   marché du travail, qui est demeurée très
faiblesse de l’activité en Chine et en Inde,
                                                   bien orientée jusqu’en début d’année 2020.
mais aussi, singulièrement pour les écono-
                                                   Aux États-Unis, la consommation, tradition-
mies européennes, l’absence d’accord sur
                                                   nel moteur de croissance du PIB américain,
le Brexit. Les signes de ce ralentissement se
                                                   a ainsi affiché une croissance soutenue sur
sont manifestés, tant dans les économies           l’ensemble de l’année (+2,6%), tandis que le
émergentes, qui avaient porté la croissance        taux de chômage atteignait un niveau histo-
mondiale ces dernières années, que dans            riquement faible en février de cette année
les économies avancées. La Zone euro,              (+3,5%). En Zone euro, la consommation a
dépendant largement de ses exportations,           également été portée par un marché du
a affiché au dernier trimestre l’évolution la      travail toujours très dynamique ; la crois-
plus faible depuis 2013. L’industrie alle-         sance de l’emploi était encore de +0,3% en
mande a notamment subi un coup d’arrêt             rythme trimestriel au dernier trimestre 2019,
inédit en fin d’année en raison du recul de la     tandis que le taux de chômage a continué
production dans l’industrie manufacturière,        sa baisse entamée en 2013 pour se fixer à
en particulier automobile. Ce secteur, pâtis-      7,4% en janvier 2020. Globalement, la
sant de la langueur de la demande à                confiance des ménages européens (ce rai-
l’échelle mondiale, a été en outre confronté       sonnement tient aussi pour les États-Unis),
à des difficultés pour adapter ses modèles         ainsi que celle des entreprises actives dans
aux nouvelles normes environnementales.            le secteur des services, sont demeurées à
Mais ce n’est pas seulement cette industrie        des niveaux très élevés sur l’ensemble de
qui a été responsable de la réduction de           l’année 2019. Dans le même temps, dans
l’activité manufacturière européenne :             l’industrie, les indicateurs se sont repliés
l’ensemble de l’industrie y a contribué. Le        sensiblement en cours d’année (cf. gra-
ralentissement des échanges mondiaux a             phique 1). Une dichotomie est ainsi apparue
provoqué la baisse globale des exporta-            entre les secteurs plus ouverts, souffrant de
tions européennes. Dans ce contexte, le ni-        la situation internationale, et les secteurs
veau d’utilisation des capacités de produc-        moins exposés, bénéficiant de conditions
tion des industries manufacturières n’a            plus clémentes de la demande interne.

6
                                                 Tendances économiques no 58
Graphique 1 : Évolution des indicateurs conjoncturels sur la confiance des ménages
 et des entreprises de la Zone euro avant l’épidémie du coronavirus

           2,0

            1,5

            1,0

           0,5

           0,0

          -0,5

           -1,0

           -1,5

          -2,0                                                                    Confiance des chefs d'entreprises dans l'industrie

                                                                                  Confiance des ménages
           -2,5
              2013.01           2014.01            2015.01           2016.01            2017.01           2018.01            2019.01           2020.01

Source : Commission européenne – Calculs : IWEPS

 L'industrie wallonne partiellement épargnée par le ralentissement
 mondial en 2019
Paradoxalement, dans le contexte interna-                         graphique 2). C’est le cas notamment des
tional très peu porteur caractérisant l’année                     matériaux de construction divers et des
2019, les exportations wallonnes de mar-                          produits issus de l’industrie alimentaire, bé-
chandises ont connu une accélération no-                          néficiant de l’évolution favorable de la de-
table en cours d’année, si bien qu’au cours                       mande interne au sein des pays de la Zone
des trois derniers mois les exportations                          euro, mais également de produits tels que
wallonnes affichent en moyenne une crois-                         les matières plastiques et en caoutchouc
sance en volume supérieure à 10% sur un                           ou encore le matériel de transport 4 . Même
an. Si cette performance remarquable re-                          si l’économie wallonne semble avoir été
flète en grande partie l’évolution des expor-                     relativement épargnée en 2019 par le
tations de produits pharmaceutiques3, une                         manque d’allant du commerce mondial,
série de catégories de biens plus cycliques                       certaines catégories de produits, davantage
ont également apporté une contribution                            liées aux secteurs de production les plus
substantielle à la croissance des exporta-                        affectés par la faiblesse des échanges (les
tions en deuxième partie d’année 2019 (cf.                        biens d’équipements et de consommation

3
   Les exportations de ces produits enregistrent au dernier trimestre de 2019 une croissance sur un an de près de plus de 30% (en valeur), soit plus de 1 milliard
d’euros supplémentaires. Notons que cette vive progression des exportations de produits pharmaceutiques s’est accompagnée d’un rebond tout aussi specta-
culaire des importations wallonnes de ce type de produits, si bien qu’au total les importations wallonnes de marchandises enregistrent une croissance en
volume de plus de 15% sur un an au cours du dernier trimestre de 2019.
4
   L’évolution vigoureuse des exportations de la catégorie intitulée « matériel de transport » au cours des mois récents reflète essentiellement le résultat d’un
contrat commercial conclu par une firme wallonne d’armement visant à fournir des composants à une entreprise d’armement canadienne. Étant donné l’am-
pleur du contrat en question (de l’ordre de plusieurs milliards d’euros), cet effet devrait continuer à gonfler la croissance des exportations wallonnes au cours
des trimestres à venir.

                                                                                                                                                                7
                                                               Tendances économiques no 58
durable) semblent bel et bien avoir souffert                     Au total, la croissance des exportations
de la conjoncture internationale morose.                         wallonnes aurait affiché en 2019 un rythme
Les exportations wallonnes de produits                           relativement élevé (+3,6%), traduisant en
métalliques et de machines-outils se sont                        partie la progression spectaculaire des ex-
notamment repliées sur l’ensemble de l’an-                       portations de produits pharmaceutiques en
née 2019, tandis que les attentes des indus-                     cours d’année.
triels se sont dégradées progressivement
en cours d’année.

    Graphique 2 : Contribution des secteurs à la croissance des exportations wallonnes
    de marchandises

            20,0

                                           Produits pharmaceutiques             Autres produits

             15,0

             10,0

              5,0

             0,0

             -5,0

            -10,0
                    2015.I      2015.III      2016.I      2016.III     2017.I       2017.III      2018.I      2018.III     2019.I       2019.III

Source : BNB – Calculs IWEPS

En revanche, selon nos estimations5, l’inves-                    Ce repli serait toutefois resté contenu. Une
tissement des entreprises, qui aurait main-                      partie des entrepreneurs ont probablement
tenu un rythme d’expansion soutenu en 2018                       adopté des stratégies attentistes face à l’in-
(+5,7%), devrait avoir marqué le pas au cours                    certitude. À l’inverse, la persistance de
de l’année 2019 (+2,9%). Dans un contexte                        faibles taux d’intérêt et de conditions de cré-
empreint de fortes incertitudes, le net ralen-                   dits avantageuses, ainsi que le relèvement
tissement des échanges commerciaux inter-                        de la déduction fiscale pour investissement
nationaux au cours de l’année dernière aurait                    des PME et des indépendants (une mesure
érodé les perspectives de débouchés des                          temporaire d’application en 2018 et 2019)
entreprises et contribué à abaisser les taux                     devraient avoir soutenu la formation brute
d’utilisation de l’appareil productif industriel.                de capital fixe en Wallonie.

5
    Les dernières statistiques des comptes régionaux (février 2020) concernant les investissements des entreprises ne vont pas au-delà de l’année 2017. Ceux-ci
se sont montrés relativement dynamiques, avec une croissance de +5,2%. Pour tenter d’approcher l’évolution récente des investissements, il convient de se
référer aux données issues des déclarations des entreprises auprès de la TVA.

8
                                                              Tendances économiques no 58
Le principal soutien autonome de la crois-                         d’emplois (+1,2%). L’octroi des derniers allè-
sance économique de la Wallonie en 2019                            gements fiscaux prévus dans le cadre du
serait dès lors à nouveau venu de la                               tax shift fédéral et la croissance toujours
consommation privée. Selon nos estima-                             vigoureuse des prestations sociales, en
tions, la progression des dépenses de                              particulier de pensions et de maladie et
consommation des ménages aurait atteint                            invalidité, contribuent aussi à cette aug-
+1,5% l’an dernier, un rythme plus rapide                          mentation du pouvoir d’achat.
qu’en Belgique pour la troisième année
consécutive.                                                       La forte hausse du pouvoir d’achat devrait
                                                                   aussi avoir permis aux ménages wallons de
La dynamique des dépenses de consom-                               redresser un peu leur taux d’épargne (de
mation privée est, en Wallonie, largement                          8,3% à 9,0%), mais dans une proportion
déterminée par les développements en                               moindre que la moyenne belge. D’une part,
termes de revenus. La proportion de reve-                          les ménages wallons semblent avoir été
nus du travail – généralement davantage                            gagnés par une morosité croissante au
dédiés à la consommation – y est plus éle-                         cours de l’année dernière. De plus en plus
vée, la part de l’épargne, plus basse, et le                       pessimistes quant à l’orientation attendue
niveau moyen de revenus des Wallons plus                           de la situation économique générale, les
faible qu’en Belgique dans son ensemble.                           ménages ont probablement été enclins à
Le lien entre consommation et revenus ap-                          constituer une épargne de précaution. La
paraît dès lors généralement plus étroit en                        dégradation du moral des consommateurs
Wallonie. En 2019, le revenu disponible des                        s’est estompée en fin d’année, mais l’indica-
ménages wallons aurait, selon nos estima-                          teur de confiance ne dépassait plus guère
tions, augmenté de +2,3% en termes réels, à                        sa moyenne de long terme, début de 2020.
la faveur d’un net reflux de l’inflation (de                       D’autre part, les ménages semblent s’être
2,1% à 1,4%), soit la progression la plus                          également davantage tournés vers les dé-
franche enregistrée depuis la crise finan-                         penses d’investissement résidentiel en 2019
cière de 2008. Les revenus des ménages                             (+6,3%), dans un contexte propice à leur fi-
ont été soutenus par la hausse des salaires                        nancement, par fonds propres ou par le re-
(+1,8% par tête) et la poursuite des créations                     cours au crédit.

 En 2019, le PIB wallon aurait progressé de +1,6%, soutenu en partie par
 un acquis de croissance positif
En 20196, l’activité économique en Wallonie                        mestres) et les indices de la production in-
devrait donc avoir en partie résisté au ralen-                     dustrielle (publiés pour l’ensemble de
tissement de la conjoncture économique                             l’année 2019) ont globalement adopté un
internationale. L’amélioration sensible des                        profil baissier au cours de l’année passée.
données de chiffres d’affaires à la TVA, en                        Toutefois, en particulier dans l’industrie et la
net rebond en fin d’année 2018 à la fois dans                      construction, les ventes ont continué de
l’industrie, la construction, le commerce et                       progresser sensiblement à un an d’écart.
les services aux entreprises, a vraisembla-                        Un net regain de la production manufactu-
blement procuré un acquis de croissance                            rière wallonne est observé en fin d’année
positif non négligeable pour l’année 2019.                         dernière, soutenu par le relatif maintien de
                                                                   la demande intérieure en Europe. C’est par-
Par rapport au haut niveau de la fin 20187,                        ticulièrement le cas pour la production de
les ventes enregistrées dans les déclara-                          biens de consommation, bien que d’autres
tions à la TVA (pour les trois premiers tri-                       branches industrielles, servant davantage

6
     Les derniers comptes régionaux de l’Institut des Comptes Nationaux (ICN) permettent de donner une estimation définitive de la croissance du PIB wallon
pour l’année 2017 qui s’élève à +2,3%. La situation commerciale internationale était alors encore porteuse et l’industrie a notamment pu compter sur une forte
contribution de l’industrie pharmaceutique. En 2018, selon l’estimation provisoire de l’ICN, la croissance du PIB régional se serait établie à +1,3%, une progression
annuelle moyenne plus faible que dans le reste du pays en raison d’une contribution une nouvelle fois plus faible des services marchands.
7
     L’amélioration sensible des données de chiffres d’affaires à la TVA laisse penser que les ventes des entreprises wallonnes ont enregistré un net rebond en
fin d’année 2018 à la fois dans l’industrie, la construction, le commerce et les services aux entreprises.

                                                                                                                                                                   9
                                                                Tendances économiques no 58
une production intermédiaire, n’aient pas         consommation privée en 2019, ainsi qu’avec
été en reste. Globalement, les données re-        le baromètre conjoncturel très positif du
latives à l’activité récente sont confortées      secteur de la construction, utilisateur de
par les statistiques wallonnes d’exporta-         produits intermédiaires. Bénéficiant d’un
tions de marchandises (cf. supra) et sont         acquis de croissance favorable, la hausse
également en adéquation avec notre esti-          du PIB pourrait dès lors s’être établie à +1,6%
mation de contribution importante de la           en 2019.

 Début 2020, le climat conjoncturel international semblait s’éclaircir

À partir de la fin d’année 2019, le climat de     Une inflexion du marché du travail s’est en
confiance au niveau international a com-          effet vraisemblablement amorcée en deu-
mencé à se rétablir et les perspectives           xième partie de 2019. Le recours des entre-
s’amélioraient progressivement (cf. gra-          prises au chômage temporaire a ainsi rebon-
phique 1). Une reprise conjoncturelle au ni-      di depuis la fin de l’été dernier. Le volume
veau mondial semblait en effet s’être amor-       d’heures prestées par les intérimaires, dont
cée, à la faveur de l’apaisement des tensions     l’évolution est généralement un bon précur-
commerciales sino-américaines et de la            seur de celle de l’emploi, s’est replié de ma-
conclusion d’un accord de sortie du               nière continue et le rythme de baisse du
Royaume-Uni de l’Union européenne au 31           chômage a globalement faibli, avec un relè-
janvier 2020. Le FMI entrevoyait en janvier       vement notable du nombre de chômeurs de
de cette année un raffermissement de la           courte durée (depuis moins d’un an) dont
croissance à +3,3% pour 2020. Un raffermis-       l’évolution reflète le plus fidèlement l’état de
sement progressif des échanges internatio-        la conjoncture. Le repli des prévisions d’em-
naux était escompté, porté notamment par          ploi dans les enquêtes mensuelles auprès
un rebond au sein des économies émer-             des entreprises, qui s’inscrivaient en février
gentes, qui avaient connu les plus grandes        2020 bien en deçà des sommets atteints un
difficultés précédemment, et un redresse-         an plus tôt, nous confortait dans un scénario
ment de l’activité industrielle en Europe, ce     de croissance de l’emploi pour 2020 à un
qui aurait pu bénéficier au développement         rythme plus lent que précédemment, tout
du commerce extérieur de la Wallonie. Ce          en demeurant largement positif. En l’ab-
scénario était confirmé jusqu’en février dans     sence de nouvelles mesures générales vi-
les enquêtes de conjoncture menées au-            sant à baisser le coût du travail, une modéra-
près des industriels wallons, ceux-ci ju-         tion     progressive     de     l’intensité   en
geant plus favorablement l’état de leur car-      main-d’œuvre de la croissance était atten-
net de commandes étrangères et anticipant         due pour 2020. Nous considérions notam-
un relatif maintien de la demande pour les        ment que les entreprises auraient désiré ré-
mois à venir (cf. graphique 3).                   cupérer des gains de productivité horaire ;
                                                  ce mécanisme constituant une réponse ap-
Jusqu’en février, nous anticipions également      propriée des employeurs à la fois au rebond
une progression soutenue des dépenses             constaté du coût du travail depuis 2018 et
de consommation des particuliers. Les             aux pénuries qui pourraient caractériser cer-
perspectives d’évolution du revenu dispo-         tains segments du marché du travail wallon
nible des ménages s’annonçaient encore            après plusieurs années consécutives de
favorables, dans un contexte marqué par           croissance solide de l’emploi.
un nouveau ralentissement de l’inflation et
une croissance toujours positive de l’em-         Par ailleurs, nous nous attendions aussi à
ploi, malgré le tassement attendu des créa-       une progression des dépenses d’investis-
tions d’emplois.                                  sement des entreprises, mais sans grande

10
                                                Tendances économiques no 58
envolée. Les enquêtes de conjoncture au                           pacités productives étaient retombés l’an
cours des derniers mois de l’an passé et                          passé, cette amélioration paraissait insuffi-
jusqu’en février dernier révélaient bien une                      sante pour stimuler significativement l’effort
timide amélioration du sentiment écono-                           d’investissement sur l’horizon de la projec-
mique des entrepreneurs. Néanmoins, dans                          tion et, ce, en dépit de conditions finan-
un contexte où les taux d’utilisation des ca-                     cières toujours favorables.

    « La pandémie amène la troisième et plus grave crise économique,
    financière et sociale du XXIe siècle »8
La fin du mois de février, marquant le début                      sans précédent, lié aux effets néfastes du
de la diffusion du virus à l’échelle mondiale                     confinement sur les dépenses des mé-
et l’instauration progressive de mesures de                       nages ainsi que des répercussions néga-
confinement dans bon nombre d’écono-                              tives de l’épidémie sur la confiance des
mies occidentales, a ouvert une phase de                          agents économiques et sur leurs investis-
révisions successives des perspectives de                         sements.
croissance pour le reste de l’année 2020. Il
                                                                  Les premières répercussions palpables du
est devenu de plus en plus évident au fil
                                                                  virus sur l’activité économique ont été
des jours que l’économie mondiale est
                                                                  décelées en Chine, où les indicateurs
confrontée à court terme à un double choc                         conjoncturels ont plongé à partir du mois
d’une ampleur inédite, mettant à mal le                           de février de cette année à des niveaux ex-
scénario de reprise escompté jusqu’alors.                         trêmement bas. Au mois de mars, c’est au
D’une part, il s’agit d’un choc d’offre, maté-                    tour des indices européens et américains
rialisé dans un premier temps par l’allonge-                      d’enregistrer un recul historique. L’indice
ment des délais de livraison des entreprises                      composite Markit pour la Zone euro est
se fournissant en composants en prove-                            ainsi passé de 51,6 points en février à 31,4
nance de la Chine et ensuite progressive-                         en mars, avec une chute plus marquée en-
ment par le recul des activités productives                       core dans les services que dans l’industrie.
engendré par la mise à l’arrêt forcée d’une                       Les indices de la confiance des consom-
partie de la force de travail. D’autre part, les                  mateurs et des entrepreneurs ont égale-
économies subissent un choc de demande                            ment plongé en Wallonie (cf. graphique 3).

8
     OCDE (2020), Coronavirus (Covid-19): des actions conjointes pour gagner la guerre.

                                                                                                                   11
                                                               Tendances économiques no 58
Graphique 3 : Évolution des indicateurs conjoncturels sur la confiance des ménages
                                       Graphique 3-Confiance Wallonie_entrep_menag.xlsx (28/03/20)
     et des entreprises en Wallonie

              3,0
                          Confiance des chefs d'entreprises dans l'industrie
              2,5

              2,0         Confiance des ménages

               1,5

              1,0

              0,5

              0,0

             -0,5

             -1,0

              -1,5

             -2,0

             -2,5

             -3,0
                2013.01       2014.01        2015.01         2016.01           2017.01   2018.01       2019.01   2020.01

Source : BNB et IWEPS.
                                                                   Graph

     Une épidémie progressivement endiguée et une reprise économique
     en deuxième partie d’année
L’émergence du COVID-19 a postposé le                    d’année. La dynamique industrielle euro-
scénario d’amélioration du contexte inter-               péenne montrait en effet seulement les
national de plusieurs mois. Nous tablons en              premiers signes de stabilisation et celle-ci
effet à présent sur un véritable trou d’air de           devrait pâtir du nouveau coup de frein sur le
l’économie mondiale à partir de ce mois de               commerce international. Ce serait en parti-
mars, qui impactera la croissance écono-                 culier le cas de l’Allemagne, le deuxième
mique qui sera enregistrée sur l’ensemble                partenaire commercial de la Wallonie, qui
du premier semestre de 2020. En particu-                 voyait ses principaux indicateurs conjonc-
lier, nous anticipons à présent que l’activité           turels s’établir en ce début d’année 2020 à
économique en Zone euro devrait se                       des niveaux très faibles et qui entretient
contracter sensiblement au cours du deu-                 d’importantes relations commerciales avec
xième trimestre, en raison des mesures de                la Chine. Les exportations wallonnes de-
confinement de plus en plus drastiques qui               vraient dès lors reculer sensiblement sur
ont été imposées dans le courant du mois                 l’ensemble du premier semestre de cette
de mars. L’industrie européenne devrait                  année.
être particulièrement à la peine, étant don-
né que l’émergence de ce nouveau choc                    Néanmoins, il apparaît que la reprise éco-
économique intervient alors que son état                 nomique a maintenant démarré en Chine,
de santé demeurait précaire en ce début                  après l’arrêt forcé dû à l’épidémie, et d’autres

12
                                                       Tendances économiques no 58
pays devraient également suivre progressi-         tuelle, tendent à montrer que la reprise
vement la voie du redressement dans les            peut être particulièrement rapide et vigou-
prochains mois. Ainsi, dans l’hypothèse où         reuse (cf. encadré 2), une grande partie de
l’épidémie pourra être combattue progres-          l’activité non réalisée durant la période af-
sivement dans les économies avancées, il           fectée étant reportée sur les trimestres
est supposé qu’un rebond global de l’activi-       ultérieurs.
té économique mondiale et des échanges
                                                   Selon ce scénario, les exportations wal-
commerciaux pourra se mettre en place
                                                   lonnes devraient rebondir sensiblement en
d’ici l’été. Une fois que les effets délétères
                                                   deuxième partie d’année 2020.
de la diffusion du virus sur l’activité écono-
mique se seront dissipés, les facteurs sous-       Le degré élevé d’incertitude quant à l’évolu-
jacents favorables à la croissance écono-          tion de la pandémie, l’arrêt partiel de la pro-
mique mondiale, qui demeureront latents            duction et l’assèchement soudain de la de-
pendant un laps de temps de quelques               mande auront des effets considérables sur
mois, permettront à celle-ci de rebondir. En       la formation brute de capital fixe des entre-
particulier, si les mesures des autorités pu-      prises en Wallonie. Réviser ou postposer
bliques pour soutenir les entreprises et les       des plans d’investissement pouvant néces-
ménages portent leurs fruits, le marché de         siter un peu de temps, ces effets se maté-
l’emploi, véritable pilier de la croissance        rialiseront graduellement dans les se-
économique dans les économies avancées             maines à venir et impacteront négativement
au cours des dernières années, ne serait           le deuxième trimestre et vraisemblable-
que légèrement affecté par ce choc, sen-           ment une partie du troisième trimestre de
sible certes, mais demeurant de nature             l’année 2020.
passagère (par hypothèse). Le niveau très
faible de l’inflation qui devrait être observé     Tablant sur la possibilité de contenir l’évolu-
globalement dans les mois à venir, reflétant       tion de l’épidémie avant l’été, la reconstitu-
les faibles pressions inflationnistes qui          tion des stocks et une certaine demande
étaient observées avant l’émergence du             postposée pourraient soutenir l’activité et
                                                   permettre d’envisager une reprise progres-
COVID-19 et les effets négatifs du choc pé-
                                                   sive de l’investissement au cours du second
trolier observé depuis la fin février, permet-
                                                   semestre. Un rebond automatique est ce-
tra au pouvoir d’achat des ménages de se
                                                   pendant difficilement imaginable. La fragili-
maintenir en 2020. Les politiques budgé-
                                                   sation de la situation financière de nom-
taires et monétaires expansionnistes qui se
                                                   breuses PME et d’un large pan du secteur
mettent en place pour contrer les effets du
                                                   des services nécessitera des actions fortes
COVID-19 devraient favoriser une reprise
                                                   de soutien public (cf. encadré 1) pour tenter
assez vive des dépenses de consommation
                                                   de relancer progressivement la dynamique
et des investissements des agents écono-
                                                   d’investissement des entreprises.
miques en deuxième partie d’année 2020.
Étant donné le rattrapage de production            L’accentuation de la crise sanitaire au cours
qu’il y aura à effectuer, notamment par la         des dernières semaines et l’adoption des
Chine, la plus affectée jusqu’à présent, nous      mesures de restrictions de l’activité et de
considérons que la reprise mondiale en             déplacement devraient considérablement
deuxième partie d’année 2020 pourrait être         réduire les dépenses des ménages à court
relativement soutenue, ce qui augure d’une         terme. La consommation privée est en effet
perspective de croissance très favorable           le principal canal par lequel les effets des
pour l’année 2021. Le pic de l’épidémie            mesures d’endiguement affecteront l’éco-
semble avoir été dépassé récemment en              nomie. Les ménages sont empêchés, en
Chine et il faudra voir à quel rythme la pro-      raison de la fermeture des commerces, et/
duction s’y rétablit dans les semaines à ve-       ou très réticents à procéder aux achats que
nir. Mais les expériences passées de crise         leur permettrait en principe leur situation
sanitaire, moins globales certes que l’ac-         financière, comme le montre le fort reflux

                                                                                                     13
                                                 Tendances économiques no 58
de la confiance des consommateurs en                  segments du marché du travail avant l’émer-
mars. Ce double blocage devrait ainsi en-             gence du coronavirus. En deuxième partie
traîner une forte progression du taux                 d’année, la reprise économique se matériali-
d’épargne des ménages.                                sant, les besoins en main-d’œuvre rebondi-
                                                      ront sensiblement en Wallonie. Toutefois, les
La baisse d’activité inhérente au régime de           créations d’emplois devraient demeurer très
confinement, en raison d’une double                   maigres, étant donné que les employeurs
contrainte d’offre et de demande, induirait           disposeront dans un premier temps d’une
une baisse prononcée, mais temporaire, des            importante réserve de main-d’œuvre à re-
besoins de main-d’œuvre, ce qui aura inévi-           mobiliser. Selon ce scénario, la durée
tablement un impact sur notre scénario ini-           moyenne du travail reculera sensiblement
tial de croissance de l’emploi (cf. supra), ainsi     en première partie d’année, avant de
que sur l’évolution du revenu des ménages.            rebondir ensuite.
Dans ce contexte, le rebond des dépenses
des ménages que l’on peut escompter en                Quant aux investissements des ménages,
seconde partie d’année ne rattraperait vrai-          leur redressement devrait globalement se
semblablement pas l’ensemble des achats               poursuivre au cours de cette année 2020,
annulés au premier semestre.                          en partie favorisé par un acquis de crois-
                                                      sance positif. On constate en effet un net
Les besoins en main-d’œuvre devraient se              rebond des autorisations de bâtir à l’au-
contracter sensiblement sur l’ensemble du             tomne dernier en Wallonie, qui accentue
premier semestre. Néanmoins, en misant sur            une orientation déjà haussière depuis le
le fait que les mesures publiques de soutien          deuxième trimestre de 2019. Ce regain a
aux entreprises et plus spécifiquement                conduit le nombre mensuel de permis
celles portant sur le maintien de l’emploi            au-delà du millier en novembre dernier, un
(chômage économique – cf. encadré 1) por-             niveau (tendanciel) inégalé depuis 2012.
teront leurs fruits, nous considérons que l’on        Ces observations sont confirmées par une
ne devrait pas observer, en fin de compte, de         demande de crédits hypothécaires en
trop lourdes pertes nettes d’emplois. En ef-          croissance régulière en seconde partie
fet, la rétention de l’emploi est un phéno-           d’année dans la région.
mène habituel de la part des entreprises en
temps de crise, a fortiori lorsqu’il s’agit d’une     Au cours des prochains mois, les investisse-
crise, sévère certes, mais dont la cause est          ments résidentiels qui découleront de ces
bien identifiée (sanitaire) et jugée comme            demandes pourraient être partiellement re-
passagère. Ce type de mécanisme avait per-            portés en raison de difficultés d’approvi-
mis de préserver en grande partie l’emploi            sionnement ou de contraintes sur la main-
durant la précédente crise économique et              d’œuvre,     mais     l’investissement    des
financière mondiale. Ainsi, pour rappel, en           ménages ne devrait pas être durablement
2009, lorsque le PIB wallon avait reculé très         impacté. Le contexte financier bénéficie
nettement (-2,5%), le niveau de l’emploi s’était      toujours de la faiblesse des taux d’intérêt et
globalement maintenu (affichant un repli de           les attentes très favorables du secteur de la
-0,1% seulement), tandis qu’en 2010, le re-           construction (architectes ou entrepreneurs)
bond spectaculaire de l’activité économique           jusqu’en février attestent de la robustesse
(+3,3%) s’était accompagné d’une progression          de la demande en projets immobiliers. Par-
beaucoup plus lente de l’emploi (+1%). Une            tiellement entravée au cours du deuxième
volonté de rétention de l’emploi est d’autant         trimestre de cette année, la croissance de
plus justifiée dans le cas présent que des            l’investissement résidentiel reprendrait dès
pénuries semblaient caractériser certains             lors au second semestre.

14
                                                    Tendances économiques no 58
Un scénario empreint d’une incertitude inhabituelle

Dans cet environnement actuellement ex-            ment pour soutenir le système bancaire et
trêmement incertain, le scénario écono-            financier, ce qui n’avait pas été automati-
mique que nous décrivons ci-avant s’ex-            quement le cas lors de la crise de 2008-
pose à d’importants risques. Le principal          2009. Pour rappel en effet, il avait fallu at-
d’entre eux concerne la durée attendue de          tendre l’accentuation de l’épisode de la
l’épidémie et des mesures exceptionnelles          crise des dettes souveraines durant l’été
de confinement destinées à l’endiguer. Si          2012 pour véritablement prendre la mesure
les fortes perturbations économiques qui           de la présence de la BCE en tant que « prê-
en découlent se prolongent au deuxième             teur en dernier ressort » du système ban-
semestre, elles pourraient affecter plus du-       caire, ce qui avait permis aux acteurs éco-
rablement la situation financière des entre-       nomiques et financiers d’être pleinement
prises, les contraignant alors à réduire, plu-     rassurés et à la reprise économique de
tôt qu’à reporter, leurs embauches et leurs        s’amorcer en Zone euro.
investissements. Les pertes de revenus
pour les ménages pourraient aussi s’avérer         Signalons par ailleurs qu’à plus long terme,
plus conséquentes et plus difficiles à com-        cette pandémie du COVID-19 pourrait néan-
penser par des revenus de remplacement,            moins avoir des effets durables sur le com-
même renforcés. Sur le plan international,         portement des ménages et des entreprises,
la diffusion géographique du virus pourrait        amorçant des modifications structurelles de
également se prolonger, affectant les mar-         nos économies. En effet, la crise pourrait no-
chés potentiels pour une durée plus longue         tamment mettre en lumière le risque, pour
que prévu et freinant la reconstitution de         nos systèmes économiques, inhérent à la
chaînes d’approvisionnement stabilisées.           dépendance extrême par rapport à une
                                                   seule économie (la Chine), qui est par ailleurs
Notons que ce scénario repose en outre sur         éloignée géographiquement. Cette prise de
l’hypothèse que les mesures publiques de           conscience pourrait remettre en cause la
soutien parviendront à éviter une nouvelle         manière de fonctionner de l’économie mon-
crise bancaire et financière en Europe, no-        diale, avec un certain degré de relocalisation
tamment en assurant la disponibilité de            de la production, ce qui était déjà un peu
crédits aux entreprises affectées par la           dans l’air du temps ces dernières années,
chute de leurs ventes. Si tel n’était pas le       notamment dans un contexte où les effets
cas, la récession pourrait de toute évidence       du réchauffement climatique deviennent de
s’avérer plus sévère et plus durable pour les      plus en plus visibles.
économies européennes, avec des réper-
cussions analogues à celles observées lors         En outre, dans la mesure où les taux de
de la crise de 2008-2009 sur le système            chômage devraient inévitablement rebon-
bancaire. Signalons néanmoins que depuis           dir pendant l’épisode de crise dans cer-
lors le système bancaire européen a été re-        taines grandes économies mondiales, de
lativement assaini, les institutions bancaires     nouvelles mesures protectionnistes ne sont
étant notamment à présent mieux capitali-          pas à exclure dans la phase de redémar-
sées. En outre, au cours des dernières se-         rage, ce qui pourrait également entraver le
maines, la Banque centrale européenne              rythme de la reprise du commerce interna-
s’est montrée prête à intervenir prompte-          tional à l’avenir.

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