Les moteurs du développement de la métropole Nantes Saint-Nazaire - Par Laurent DAVEZIES

 
Les moteurs du développement de la métropole Nantes Saint-Nazaire - Par Laurent DAVEZIES
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       Les moteurs du développement de la métropole
                   Nantes Saint-Nazaire
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                        Par Laurent DAVEZIES
Les moteurs du développement de la métropole Nantes Saint-Nazaire - Par Laurent DAVEZIES
Stratégie métropolitaine

L’analyse par Laurent Davezies des moteurs du développement
économique de la métropole Nantes Saint-Nazaire

Dans le cadre de la mission qui lui a été confiée par le Syndicat Mixte du SCOT, la SAMOA conduit
une réflexion sur la stratégie de la métropole Nantes Saint-Nazaire en privilégiant une démarche de
projets qui doit concourir à la constitution d’une culture partagée sur les enjeux métropolitains. Dans le
champ du développement économique, la SAMOA a décidé de faire appel à l’économiste Laurent
Davezies, Professeur à l’Université Paris Val de Marne, en poste à l’institut d’urbanisme de Paris et
expert reconnu auprès d’institutions nationales et internationales.

Auteur de diagnostics territoriaux pour des collectivités territoriales françaises, ses travaux de
recherche portent essentiellement sur les politiques régionales, les politiques urbaines et de
développement économique local ainsi que les politiques financières publiques. Fin connaisseur des
territoires français, c’est également un observateur avisé des réalités locales de notre territoire, pour
avoir mené, en février 2004, une étude sur les moteurs de la CARENE intitulée « Le développement
de la CARENE dans son environnement».

Il revient ici, à notre demande, pour dresser une analyse des moteurs du développement économique
de la métropole Nantes Saint-Nazaire. Une métropole qui, comme nous le verrons, ne peut se limiter
à ses seules limites institutionnelles et que nous nous sommes, dès lors, efforcés d’exprimer le plus
conformément possible à la réalité vécue de ce territoire.

L’expertise qui procède d’une nouvelle approche de l’économie territoriale de Nantes Saint-Nazaire
permet là aussi de resituer le rôle et la particularité de chaque sous ensemble, mais autorise avant
tout à comprendre le fonctionnement général de cette réalité métropolitaine et à saisir la pertinence de
raisonner à une échelle élargie. Un regard comparatif sur les autres aires métropolitaines françaises
permet par ailleurs d’éclairer la singularité de son développement.

Cette expertise a fait l’objet d’une restitution au cours d’un atelier (23 février 2005) auprès d’élus et de
techniciens du SCOT et sera soumis au débat lors de la conférence métropolitaine du 10 juin 2005.

La diffusion de ces données nous paraît être un enjeu pour les acteurs de ce territoire. La SAMOA se
propose dans ce document d’en faciliter la lecture par une synthèse des analyses de Laurent
Davezies (I) avant la restitution de son étude (II) et l’explication du découpage retenu pour le territoire
d’étude. La SAMOA met également à disposition du lecteur intéressé le dossier complet de l’expertise
avec données chiffrées, cartes, graphiques à l’appui.

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Les moteurs du développement de la métropole Nantes Saint-Nazaire - Par Laurent DAVEZIES
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  I Synthèse SAMOA des analyses de Laurent DAVEZIES
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Laurent Davezies : agir pour maintenir la dynamique

Laurent Davezies fonde son analyse du développement local sur les revenus dont dispose un
territoire. Il nous éclaire sur la diversité des « moteurs économiques » de la métropole Nantes Saint-
Nazaire et la nécessité d’une action publique forte pour préserver les sources de ce développement
atypique.

2-1 Le périmètre d’étude de la métropole Nantes Saint-Nazaire (carte page 3)

Le territoire d’étude pour l’intervention de Laurent Davezies a été composé de la façon suivante :

       A la base, les aires urbaines de Nantes et de Saint-Nazaire, celles d’Ancenis et de Clisson ainsi
    que les communes multipolarisées s’y rattachant. Cet ensemble constitue pour l’INSEE
    l’ensemble urbain Nantes Saint-Nazaire.

     Ont été rajouté les territoires suivants :
    - Les pôles d’emploi de Pornic et Saint-Brévin ainsi que les communes de l’espace rural
      interstitiel entre ces pôles et l’aire urbaine de Nantes (le pays de Retz)
    - Le pôle d’emploi de Blain, constitué de la seule commune de Blain.

        Population (99)              : 1 024 075
        Nombre d’emplois (99)        : 408 447

Cet espace informel n’a d’autre vocation que de représenter une base d’étude, plus proche de la
réalité économique que le découpage institutionnel. Mais il est aussi discutable, en tout cas dans ses
marges, sans que cela ne remette en cause les grandes données économiques qui s’y rattachent.

   z Sources statistiques de Laurent Davezies

   INSEE
   UNEDIC
   DGI
   CNAF
   Ministère du Tourisme

Annexe 1 : Le découpage du territoire (à la fin de ce document)
Annexe 2 : les données statistiques de Laurent Davezies « les moteurs du développement de la
métropole Nantes Saint-Nazaire », éléments du rapport, janvier 2005 (communiqué sur
demande).

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Les territoires vécus de l’INSEE - Datar

   Périmètre d’étude de la métropole Nantes – St Nazaire

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2-2 L’équilibre des revenus de la MNSN explique sa dynamique

  z Chiffres à l’appui, Laurent Davezies s’écarte résolument des analyses traditionnelles :

         . Le développement d’un territoire local n’est pas seulement lié à l’efficacité de ses
         entreprises engagées dans la compétition économique mondiale. L’évolution de son produit
         intérieur brut, le rapport entre le PIB et le nombre d’habitants ne suffisent pas à éclairer sa
         situation économique. Pourquoi, sinon, l’Ile-de-France, qui est l’un des territoires les plus
         productifs au monde, connaît-elle les difficultés que l’on sait ?

         . La cohésion sociale d’un territoire est un facteur de développement économique, autant
         que la présence d’infrastructures ou d’ « emplois métropolitains supérieurs ». Elle n’est pas
         un effet mais une condition de la croissance économique locale. La cohésion donne à un
         territoire la « solidité » dont a besoin l’économie pour s’y développer.
         Les métropoles qui créent de la richesse au détriment de leur cohésion sociale et spatiale
         s’affaiblissent : le revenu y progresse moins vite que la valeur ajoutée, le cadre de vie s’y
         dégrade et une part croissante de leurs actifs les quittent. Les villes fragmentées, déchirées,
         ont de moins bonnes perspectives de développement.

         . Ce constat ne contredit pas l’analyse selon laquelle la création de richesse est un
         préalable à sa redistribution, mais il oblige à lui donner une perspective renouvelée, plus
         large : la richesse d’un territoire local n’est pas ce que produisent ses entreprises mais les
         revenus qu’il attire et leur transformation plus ou moins grande en activités domestiques.
         La base économique d’un territoire, constituée par ces revenus, est exposée à la
         concurrence avec les autres territoires. Le secteur domestique est moins directement
         soumis à cette concurrence.

         . Traduction de cette analyse ci-dessous à travers le cas de la métropole Nantes Saint-
         Nazaire, étudié par Laurent Davezies.

     Æ Les revenus captés forment la « base économique ». Ils ont quatre sources :

        . La production de biens et services vendus à l’extérieur, dite aussi base productive privée :

           Sur la métropole Nantes Saint-Nazaire, la base productive est formée des revenus de
           100 000 salariés, dirigeants d’entreprises, 7 000 agriculteurs et pêcheurs vivant et
           travaillant sur ce territoire. Elle s’élève à 2,4 milliards d’euros de revenus. Soit une base
           productive représentant 25 % du total des revenus formant la base économique
           locale.
           Trois territoires différents : la zone de Saint-Nazaire dont les spécialisations industrielles
           constituent un puissant moteur pour l’ensemble de la MNSN et dont l’emploi continue à
           se développer (+ 1 600 salariés entre 1993 et 2001) ; le cœur de l’aire urbaine de Nantes
           qui se spécialise dans les activités à haute valeur ajoutée et dont l’emploi croit
           rapidement (+ 6000) ; le reste de la MNSN qui, à l’exception des zones résidentielles
           littorales, se partage un spectre d’activités industrielles (à noter, dans ces territoires
           industriels périphériques , la croissance forte des dirigeants d’entreprises de plus de 10
           salariés)

        . Les salaires publics, dite base publique :

           Sur la métropole Nantes Saint-Nazaire, la base publique fait rentrer 1,8 milliards d’euros
           de revenus, issus des revenus de 96 000 salariés du secteur public. Soit une base

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publique représentant 19 % du total des revenus formant la base économique
     locale.
     Les deux tiers des emplois publics sont localisés sur l’unité urbaine de Nantes.
     Pas de sur-représentation par rapport aux autres emplois comparé à la moyenne
     nationale.

  . Les revenus de personnes résidant mais ne travaillant pas sur le territoire local, dite base
  résidentielle (ou présentielle, liée à la présence).

     Sur la métropole Nantes Saint-Nazaire, la base résidentielle fait rentrer 4,1 milliards
     d’euros de revenus, issus des revenus de 26 000 actifs travaillant en dehors de ce
     territoire (0,5 milliard d’euros), 171 000 retraités (2,3 milliards d’euros), et des dépenses
     des touristes (1,3 milliard d’euros). Soit une base résidentielle représentant 42 % de la
     base économique locale.

     La balance de la MNSN est négative avec les zones voisines de l’Ouest. Elle leur fournit
     des emplois et des revenus à plus d’actifs résidant sur ces zones qu’elles ne le font pour
     les siens. Mais elle est positive avec l’Ile-de-France (effet TGV)

     Spécialisation sur l’accueil résidentiel des cadres : 10 % des cadres vivant dans la MNSN
     n’y travaillent pas : 3 400 cadres vivant hors de la MNSN viennent y travailler, 5 100
     cadres vivent dans la MNSN et travaillent ailleurs. Soit un solde positif de 1 700 cadres
     dont le revenu est dépensé sur place alors qu’ils n’y travaillent pas (qui représentent
     aussi un potentiel d’emplois de haut niveau à capter ou développer sur place).

     Les retraités pèsent moins lourd parmi les titulaires de revenu qu’en moyenne en
     province (indice 100, MNSN 89), mais leur nombre progresse plus vite (23 % contre
     16%) : « entre 1990 et 1999, quand la MNSN enregistre un gain de 49 000 actifs
     occupés, elle enregistre 32 000 retraités supplémentaires ! ». De ces 32 000, 12 000 sont
     imputables aux retraités venus de l’extérieur de la MNSN. 37% de ces retraités venus de
     l’extérieur habitaient en Ile-de-France neuf ans plus tôt.

     L’emploi des secteurs touristiques progresse plus vite que la moyenne de la province (39
     % contre 33%), soit 2 700 créations nettes d’emplois entre 1993 et 2001.

     Forte spécialisation des territoires littoraux dans le tourisme et la présence de retraités

  . Les revenus issus des prestations sociales : c’est la base sociale

     Sur la métropole Nantes Saint-Nazaire, cette base sociale fait rentrer 1,2 milliards
     d’euros de revenus. Soit une base sociale représentant 14 % de la base économique
     locale.

Æ La base économique d’un territoire génère une activité domestique indispensable à sa
cohésion sociale:

  . Les biens et services produits et vendus localement pour répondre à la demande des
  habitants (boulangers, femmes de ménage, médecins, agents immobiliers, garagistes, etc.).

     Sur la métropole Nantes Saint-Nazaire, l’activité domestique représente
     la moitié des 410 000 emplois.

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. L’activité domestique est déterminante pour la cohésion sociale locale : ces emplois sont
     « largement abrités de la concurrence mondiale, peuvent maintenir une activité non
     technologique, à faible gain de productivité, donc plus ouverts aux actifs locaux les moins
     qualifiés ». Contrairement au secteur productif privé et à ses « emplois métropolitains
     supérieurs » l’activité domestique influe fortement sur le taux d’emploi et le taux de pauvreté
     d’un territoire local.

z La dynamique de Nantes Saint-Nazaire

    « L’avantage comparatif économique de la MNSN tient globalement à une capacité
    d’attraction liée à sa diversification fonctionnelle (productivo-résidentielle), elle-même
    génératrice d’une cohésion sociale et territoriale qui joue à son tour le rôle d’un turbo dans
    l’activité de ce territoire ».

    Æ La démographie

        . Deuxième croissance des métropoles millionnaires derrière Toulouse entre 1990 et
        1999. Idem pour le solde migratoire.

    Æ L’équilibre des bases économiques

        . La base résidentielle apporte autant que la base productive privée et la base publique
        réunie.

        . Parmi les métropoles millionnaires françaises, la MNSN est la seule à avoir trois
        sources de revenus, productif, public, résidentiel fonctionnant de manière conjointe :
        « Trois moteurs poussent mieux que deux. La dynamique de la MNSN comparée aux
        autres villes millionnaires est, en dépit de son profil plus modeste, remarquable, et en
        accélération ».

        « Aucune des composantes du développement territorial ne l’emporte parce qu’elles y
        sont toutes présentes… et s’épaulent mutuellement ».

        « Le modèle qui apparaît, à l’examen, le plus dynamique, par comparaison entre les
        territoires français est celui de l’équilibre, associant créations de richesses par la
        production et revenus résidentiels et publics. C’est ce que l’on trouve dans la MNSN ».

        . « L’aire urbaine de Paris, celles de Lyon et de Toulouse, dépendent plutôt de bases
        productives et publiques, celles d’Aix-Marseille et de Lille de bases publiques, celle de
        Nice de base résidentielle. L’aire urbaine de Rennes, beaucoup plus petite, ne dispose
        pas de base résidentielle significative ».

        . Attention : cet équilibre tient à « l’intégration d’une aire urbaine publique (Nantes) et
        d’une aire urbaine productivo-résidentielle (Saint-Nazaire) ». A bien y regarder, la MNSN
        « est encore un agrégat faisant interagir des territoires de natures et de fonctions très
        diverses et dont l’ensemble est assez différent de ce que l’on trouve aujourd’hui dans les
        grandes métropoles françaises ».

    Æ La très bonne transformation en emplois domestiques grâce à la forte « présentialité »

        . Progression de 32 % entre 1993 et 2002 des emplois domestiques « purs », ne se
        développant qu’en fonction de la demande locale des ménages. La plus forte progression
        des métropoles millionnaires.

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. Les interactions positives entre des composantes territoriales très différentes se lit dans
        le fait que la circulation monétaire y semble très élevée.

        . Cette forte dynamique tient aussi au niveau élevé de « présentialité ». La « présence »
        mesure la population réellement présente sur un territoire un jour donné, soit l’équation :

        Population habitante – population habitante absente + population non habitante résidante
        = population présente

        La « présentialité » est le fruit des aménités que développe un territoire, de l’envie que
        l’on a ou non d’y résider lorsque l’on a le choix.

        . Cette « présentialité » a une conséquence directe sur la demande locale. Dans les
        Yvelines, 70 % de la population est là le jour le moins présent et 103 % le jour le plus
        présent. En Loire-Atlantique, l’écart est très faible : 97 % le jour le moins présent, 106 %
        le jour le plus présent. Ceci garantit un niveau élevé et soutenu de consommation, donc
        d’activités domestiques, tout au long de l’année sur le territoire.

    Æ La croissance de l’emploi

        . Emploi total :

        Seconde position, derrière Toulouse, pour la croissance de la population active occupée
        (1990-1999), loin devant les autres métropoles millionnaires : 13,6 % pour la MNSN, 14,6
        % pour Toulouse, 4 % pour Lyon, 3 % pour Aix-Marseille, 4 % pour Lille-R-T, 2 % pour
        Nice.

        . Emploi salarié privé :

        Seconde position, derrière Toulouse, pour la croissance des emplois salariés privés et la
        croissance des emplois de cadres d’entreprise entre 1993 et 2002. Première place pour
        la croissance des professions libérales.
        « Toulouse et la MNSN ont en commun d’avoir connu une croissance régulière de leur
        emploi salarié privé qui suggère un mécanisme structurel plus fort que les turbulences
        conjoncturelles ainsi qu’une base économique moins élastique aux variations
        conjoncturelles (revenus publics et résidentiels) ».
-
        . Faible poids des cadres d’entreprise et professions intellectuelles supérieures dans ses
        actifs occupés : Sixième position des métropoles millionnaires (13,4 % contre 17 % à
        Lyon, 20 % à Toulouse), mais seconde position pour leur croissance (derrière Toulouse).

    Æ Le revenu des ménages

        . Situation modeste : quatrième rang des métropoles millionnaires : 8 089 euros / hab,
        contre 8 540 à Toulouse, 8 976 à Lyon et 9 540 à Nice. Plus élevé qu’à Aix-Marseille et
        Lille-R-T.
        Impôt sur le revenu par foyer égal à la moyenne de province, ce qui est peu pour une
        métropole millionnaire (MNSN 99, province 100, France 118, Ile-de-France 176).

    Æ La cohésion territoriale

        . Le modèle classique de la « polarisation-fracture » métropolitaine ne semble pas
        s’appliquer, au contraire : toutes les composantes territoriales y gagnent ».

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. Les emplois des secteurs basiques productifs se sont développés dans presque toute la
    MNSN, et plutôt plus rapidement hors des unités urbaines de Nantes et de Saint-Nazaire
    (qui représentent toutefois 9 500 des 15 000 créations nettes d’emplois salariés privés
    entre 1993 et 2001).

    . Les 14 zones d’études de la MNSN ont eu, entre 1993 et 2002, une croissance de
    l’emploi salarié privé supérieure (de 27% à 75%) à la moyenne de la Province (21%), à
    celle de la France (18%) et a fortiori à celle de l’Ile-de-France (12%). Dans les 14 zones,
    on constate la corrélation entre croissance des cadres et croissance des ouvriers-
    employés qui singularise la MNSN.
    . « L’unité urbaine de Saint-Nazaire, qui est la plus pénalisée en termes sociaux, est la
    grande gagnante au jeu de la création nette d’emplois induits (activités domestiques),
    avec une croissance de 37 % de ce type d’emplois entre 1993 et 2002 ! ».

    . Tous les territoires internes de la MNSN enregistrent une croissance du revenu des
    ménages, et ce ne sont pas les territoires les plus riches dont le revenu augmente le plus
    vite : le revenu des ménages a augmenté moins vite dans l’unité urbaine de Nantes que
    dans les 13 autres zones d’études. De ce fait, la croissance des emplois domestiques,
    liés à la demande locale, se fait sur toute la MNSN.

Æ La cohésion sociale

    . Le plus faible taux de population vivant en dessous du seuil de pauvreté, avec Lyon,
    des métropoles millionnaires, et le plus fort taux de réduction de ce taux dans les années
    de croissance 1996-2000 (11 % parmi les moins de 65 ans, - 7,9 %), contre 20 % à Aix-
    Marseille, 17 % à Lille-R-T, 15,7 % à Nice, 12,7 % à Toulouse.

    . La forte croissance des actifs cadres va de pair avec une forte croissance des actifs
    ouvriers et employés, contrairement au « modèle » métropolitain habituel (Ile-de-France,
    Lyon). La MNSN partage cette caractéristique avec Toulouse.

    . « La MNSN a cette particularité de bénéficier à la fois de l’effet « richesse
    métropolitaine » et de la diversité de la structure de sa base économique lui permettant
    une réduction plus rapide du nombre de ses pauvres en période d’embellie macro-
    économique ».

Æ L’intercommunalité favorable à cette cohésion

    . La comparaison entre les inégalités de potentiel fiscal entre les 14 zones statistico-
    géographiques et entre les 22 EPCI concernées par le territoire d’étude de la MNSN ne
    révèle pas de divergence entre les deux, au contraire.
    Ceci montre que l’organisation politique des intercommunalités a plus été dans le sens
    des gains de cohésion que l’inverse, à la différence de ce qui est souvent observé dans
    les aires urbaines à cause de « mariages endogamiques » de communes riches entre
    elles.

Æ Une forme « non métropolitaine » de développement ?

    « Sous pratiquement tous ses aspects économiques et sociaux, la MNSN apparaît
    différente de ce qu’est aujourd’hui une métropole française ». Sa forte dynamique
    n’entraîne pas de fragmentation sociale et territoriale, mais au contraire la solidarité
    croissante de ses composantes, « son renforcement comme un ensemble socio-
    économique »

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. Diffusion territoriale des emplois et des revenus au lieu de la concentration
            caractéristique des métropoles.

            . Croissance conjointe des emplois supérieurs et ouvriers-employés au lieu du
            découplage habituellement constaté.

            . Moindre taux de pauvreté que dans les métropoles millionnaires françaises.

            . Modestie du revenu des ménages par rapport aux métropoles millionnaires françaises.

            . Services supérieurs aux entreprises (conseil en gestion, publicité, etc.) moins présents
            que dans la moyenne de province, avec une croissance également moindre : 3,6 % des
            emplois en 2002 contre 4,1% à Toulouse, 4,3 % à Bordeaux, 5,1 % à Lyon. « La MNSN
            apparaît à cet égard comme un territoire dont la base productive est plus technique que
            tournée vers le business management ».

2-3 Les risques et les enjeux que souligne Laurent Davezies

« La question est maintenant de savoir si la MNSN a aujourd’hui mangé son pain blanc ou si les
résultats d’aujourd’hui prédisent ceux de demain…Sommes-nous face à une forme de développement
« pré-métropolitaine » ou « alter-métropolitaine » ? »

  z Un risque : avoir mangé son pain blanc

     Æ La diffusion territoriale des activités et la cohésion sociale moins mise à mal qu’ailleurs ne
     seraient que les signes du retard de la « métropolisation » en cours de NSN. Le rythme de
     développement étant bien de type métropolitain, la concentration des activités et la ségrégation
     sociale ne seraient qu’une question de temps.

  z Un enjeu : Maintenir un développement sur ces bases

     Æ « Les acteurs locaux français ont souvent tendance à penser que la mondialisation de la
     production les réduit au statut de « badaud » de l’évolution, voire de la fracture de leur territoire.
     Les éléments réunis ici visent à monter qu’il n’en est rien ».
     « Les moteurs actuels – et plus encore futurs – de la croissance locale résident dans la
     préservation et la fabrication d’un environnement permettant à la fois d’attirer des facteurs de
     production modernes (capital et travail), de retenir et de porter les projets productifs locaux,
     mais aussi de préserver le véritable capital que constituent les équilibres sociaux et territoriaux
     eux-mêmes dépendant de la diversité des spécialisations territoriales et de la qualité du cadre
     de vie ».

     Æ La chance d’avoir trois moteurs de développement économique est aussi une « injonction à
     maintenir et à gérer cet équilibre (..) en inscrivant dans les politiques et les choix
     d’aménagement les mesures permettant de limiter les risques de surchauffe (urbanisation,
     coûts fonciers/immobiliers..), d’arbitrer dans les concurrences d’usage du sol entre
     spécialisations territoriales, de développer des infrastructures permettant une meilleure
     intégration/fluidité du modèle de développement de la MNSN, d’assurer un équilibre entre
     fonctions productives et « reproductives » simples et élargies (culture, service public
     d’éducation…), et de ménager la rente résidentielle, qui comme toutes les rentes se consomme
     plus qu’elle ne se reproduit ».

                                                                                                         9
__________________________________________________________________________

                 II L’étude de Laurent DAVEZIES
__________________________________________________________________________
Les moteurs du développement de la métropole Nantes – St Nazaire
                            Laurent davezies- Université Paris 12- Février 2005

L’étude commandée par la Samoa1 visait à identifier, localiser et évaluer les moteurs du
développement de l’ensemble de la Métropole Nantes-Saint Nazaire et à en mesurer les effets
sur son développement. Pour aller directement aux conclusions, il s’est agi de comprendre en
quoi son fonctionnement métropolitain –ou plutôt peut-être « alter-métropolitain »-, fondé sur
un équilibre entre différents moteurs, permettait d’expliquer l’étonnant succès économique et
social actuel de ce territoire en même temps que le partage de ce succès ente ses différentes
composantes. La présente note vise à synthétiser l’ensemble des analyses qui ont été menées.
Le lecteur voulant en savoir plus sur tout ou partie de ces analyses trouvera en annexe leur
présentation détaillée sous forme de fiches/diapos thématiques.

Le cadre d’analyse : la « théorie de la base économique »

En préambule, que le lecteur pressé pardonne l’auteur, il est nécessaire de dire deux mots du
contexte théorique de l’étude. Le cadre analytique de cette étude s’écarte en effet résolument
des analyses traditionnelles –et dominantes- du développement territorial qui postulent que les
qualités des systèmes productifs des territoires, dans un univers de compétition mondialisée,
suffisent à leur garantir un développement soutenu. Ces analyses, pourtant, échouent à
comprendre pourquoi les territoires les mieux adaptés à cette compétition connaissent
aujourd’hui de graves difficultés économiques et sociales (à commencer par l’Ile de France)
et négligent les cadres environnemental, social, en bref territorial, dont on peut voir qu’ils
constituent pourtant le premier facteur d’un développement productif durable. La notion de
« métropole » qui fait aujourd’hui l’objet d’une forme de fétichisme, est, on le sait, à la fois le
lieu des gains de compétitivité productive et de déstabilisation sociale et territoriale : le « tout
productif » exclut des parts croissantes de la population active la plus vulnérable, alimente la
pauvreté, génère la ségrégation socio-spatiale, mine la cohésion des territoires. La
« métropole » serait aujourd’hui le seul destin de la grande ville, hors le déclin, et cela à un
coût social qui serait inévitable. Le dilemme « métropolisation »-« cohésion » se poserait dans
les termes de la tragédie grecque !

La « cohésion » est généralement traitée comme une problématique sociale ou politique
n’ayant que peu à voir avec la « vraie économie ». Les économistes, du reste, laissent cette
question aux bons soins des sociologues et des géographes et ne l’intègrent pas dans leurs
modèles… Elle est cantonnée dans le registre des effets ou des retombées, voulus ou non
voulus, et peu ou pas dans celui des facteurs premiers de la croissance locale. Le vocabulaire
de la cohésion est chargé de connotations humanistes ou affectives (solidarité, équité, égalité,
redistribution,…), alors que si l’on revient à son sens premier, elle évoque d’abord la question
de la solidité du corps social (et c’est encore plus vrai du terme solidarité qui dérive
directement de solidus). Revenir à cette définition première place la cohésion non pas en aval
mais en amont des conditions de développement économique : elle constitue un véritable bien

1
  Cette étude a été réalisée à la suite d’une première analyse menée à la demande de la CARENE (Davezies L.
(2004) « Le développement de la Carene dans son environnement ». Rapport à la Communauté
d’Agglomération de Saint-Nazaire. Œil-CRETEIL-Université Paris 12. Créteil. Polygraphié 45 pages + annexes)

                                                                                                        10
public et un facteur de développement autrement plus stratégique que la dotation en
infrastructures ou la présence d’ « EMS » (emplois métropolitains supérieurs).

Les territoires « métropolitains » qui se développent rapidement en termes de création de
richesses au détriment de la cohésion socio-spatiale apparaissent aujourd’hui affaiblis2 : leur
revenu progresse moins vite que leur valeur ajoutée, le cadre de vie s’y dégrade et finalement
une part croissante de leurs actifs les quittent comme en témoigne le solde migratoire négatif
des villes françaises les plus spécialisées dans la production. Dans un contexte, nouveau à
l’échelle séculaire, dans lequel la population active française va commencer à décroître en
nombre absolu (« Le choc de 2006 » de Michel Godet), la capacité des territoires à retenir et
capter les populations de jeunes actifs constituera le principal enjeu de leur développement
productif. Mais on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre : ce sont les villes les plus
attractives sur le plan résidentiel –et leur « cohésion » fait partie de ces facteurs d’attractivité-,
dotées, on le verra, des meilleurs « coefficients de présentialité», qui auront à l’avenir les
meilleures perspectives de développement productif. Les villes « solides » ont aujourd’hui de
meilleures perspectives économiques que les villes fragmentées, déchirées, duales ou éclatées
(pour reprendre les adjectifs accompagnant généralement l’analyse des métropoles).

La métropole Nantes-Saint Nazaire (MNSN) constitue d’ores et déjà une illustration de ce
nouveau modèle de développement territorial et particulièrement urbain qui est en train
d’émerger en France.

Par ailleurs, de la même façon que l’on a discuté ce que sont les nouveaux facteurs du
développement territorial, il convient d’avoir une définition de ce qu’est ce développement
territorial en tant que tel, et, pour les acteurs locaux, de se doter d’un objectif clair et cohérent
sur ce qu’ils entendent que soit le futur de leur territoire. La littérature académique ou
politico-administrative n’offre pourtant aucune définition explicite du contenu de ce qu’est le
développement local ou régional. Les facteurs du développement productif (la compétitivité
productive, le PIB par emploi ou habitant,…) ont fini par occuper l’ensemble du champ du
développement et sont généralement confondus avec ses effets attendus (l’amélioration
durable du bien-être de la population). Le développement comme processus fait l’objet d’une
abondante littérature (des fonctions de production des économistes aux analyses
sociologiques de la « gouvernance »), mais on ne trouve rien d’articulé sur le contenu du
développement. D’où le désarroi analytique et politique face à des situations locales associant
système productif brillant et crise sociale et démographique ou, à l’inverse, sous-
développement productif et bonne santé sociale…

Ce qui apparaît aujourd’hui comme la seule approche analytique rendant compte de la nature
et des facteurs du développement d’un territoire est l’ancienne « théorie de la base
économique », datant de plus d’un siècle et généralement oubliée (mais maintenue et
transmise par quelques auteurs comme Loeiz Laurent, l’ancien directeur de l’Insee Bretagne).

2
  Davezies L. (2003) La diversité du développement local dans les villes françaises. Rapport à la DATAR. Œil-
CRETEIL-Université Paris 12. Créteil. Polygraphié 60 pages + annexes. (on trouvera dans le Premier Rapport de
l’Observatoire des Territoires, a paraître à la Documentation Française à l’été 2005, l’essentiel des analyses et
cartes développées dans ce rapport non publié).

                                                                                                              11
Dans cette approche, le développement d’un territoire repose sur deux facteurs : (i) sa
capacité à maximiser les flux de revenus –appelé « base économique »- en provenance du
reste du monde (y compris de la France) et (ii) l’intensité de la circulation monétaire interne
(i.e. la propension des ménages du territoire à consommer localement). Le développement, en
tant que résultat, est exprimé en termes d’emplois, de revenus et de croissance démographique
du territoire. Cette approche par les revenus permet de rendre compte de ce qu’est la réalité du
développement de la population locale et de ses enjeux3.

Le "secteur basique" est celui qui apporte toutes sortes de revenus captés hors de la ville.
L’autre secteur de la ville est le "secteur domestique" dont le développement est induit par la
base économique par des mécanismes multiplicateurs d'emploi et de revenu. Il s'agit de
secteurs d'activité produisant des biens et des services vendus localement (boulangers,
médecins, commerçants, aides ménagères…). Ces secteurs, et la population qu'ils font vivre,
dépendent de la demande locale et du revenu local eux-mêmes déterminés par la base et par la
propension à consommer localement de la population. Il y a donc deux secteurs économiques
locaux : l’un exposé à la concurrence avec les autres territoires et le reste du monde, l’autre
protégé de la concurrence et qui permet aux actifs les plus vulnérables d’être employés, inclus
dans la société locale, par le biais d’activité à faible productivité et à ajustement structurel
lent. L’excellence et la vulnérabilité peuvent ainsi cohabiter d’autant plus positivement (et par
des mécanismes de solidarité d’abord marchands) que les flux de revenus basiques et leur
propension à stimuler les dépenses locales sont élevées.

La métropole Nantes Saint Nazaire, singulière par la structure moyenne de ses bases.

Le territoire de la MNSN regroupe un million d’habitants et permet de hisser ce territoire dans
le cercle restreint des villes millionnaires de la province française (aires urbaines de Lyon,
Aix-Marseille, Lille, Toulouse et Nice). À l’examen, ce qui apparaît frappant est le fait que,
dans ce club, –y compris si on y ajoute l’aire urbaine de Paris- la MNSN est celle dont les
bases du développement économique sont les plus équilibrées. Les revenus qui viennent
irriguer son économie proviennent à la fois (i) de la contrepartie des ventes de biens et
services produits dans la MNSN et vendus à l’extérieur (base productive privée), (ii) des
salaires publics (base publique), (iii) ainsi que des revenus apportés par des agents qui ne
travaillent pas dans la MNSN (base résidentielle) : retraités, touristes et actifs y vivant et
travaillant hors de la MNSN).

L’aire urbaine de Paris, comme celles de Lyon et de Toulouse, dépend plutôt de bases
productives et publiques, celles de Marseille-Aix et de Lille de bases publiques, celle de Nice
de bases résidentielles. La MNSN est la seule, dans ce club, à disposer, à la fois, des trois
moteurs (un peu à la façon de ce que l’on retrouve dans quelques rares territoires comme
l’aire urbaine d’Annecy). L’aire urbaine de Rennes, beaucoup plus petite, ne dispose pas non
plus de bases résidentielles significatives. La MNSN est un territoire qui n’est pas industriel
mais qui a de l’industrie, qui n’est pas résidentiel mais qui a des atouts résidentiels, qui n’est

3
  Pour des développements conceptuels et méthodologiques, voir : Davezies L. (2004) "Temps de la production
et temps de la consommation: les nouveaux aménageurs du territoire?" n° 295 Futuribles. Mars 2004. Davezies
Laurent (2000) "Revenu et territoires" in Le développement local, Rapport du Conseil d'Analyse Economique
n°31 ,Paris. La Documentation Française. 15 pages

                                                                                                        12
pas public mais qui a de l’emploi public… elle est donc mue par trois moteurs, ce qui
constitue une chance –la MNSN « en a sous le pied »-, on le verra, en même temps qu’une
injonction à maintenir et gérer cet équilibre en opérant plus qu’ailleurs des arbitrages dans
leurs concurrences dans l’usage du sol.

Tableau 1 : Estimation des revenus basiques de la métropole Nantes-Saint Nazaire- 1999

     Note : les montants sont exprimés en francs, pour des évaluations datant d’avant le passage à l’Euro
                      Source : Calculs de l’auteur d’après Dgi, Insee, Unedic, Cnaf,…

Tableau 2 : La structure des bases économiques des grandes villes françaises comparée à
                   celles des aires urbaines de Nantes et Saint-Nazaire

                                                                                                            13
Une des leçons d’un exercice d’évaluation des bases économiques territoriales réside dans le
fait que la part des revenus basiques directement issus d’une activité productive marchande
locale est partout largement inférieure à ce que constituent la somme des revenus publics
(salaires publics) et des revenus résidentiels (retraites, touristes et salaires d’actifs employés
ailleurs). Le « tout-productif », ne garantit donc pas une maximisation du revenu basique (tout
en ayant, on l’a dit, une forte propension à exclure les actifs peu ou pas qualifiés). Le « tout-
résidentiel » a ses limites également : il se traduit par la consommation d’une rente
résidentielle non-renouvelable et qui peut atteindre assez rapidement ses limites, quand le
résidentiel n’est pas utilisé comme levier du développement productif, comme on l’observe
actuellement par exemple sur la Côte d’Azur. Le modèle qui apparaît, à l’examen4, le plus
dynamique, par comparaison entre les territoires français est celui de l’équilibre, associant
créations de richesses par la production et revenus résidentiels et publics. C’est ce que l’on
trouve par exemple à Annecy. Mais aussi dans la MNSN.

La MNSN en tête du peloton des villes millionnaires

Trois moteurs poussent mieux que deux ou un : la dynamique de la MNSN comparée aux
autres villes millionnaires est, en dépit de son profil plus modeste, remarquable (et en
accélération par rapport aux années 1980). Elle opère, dans la roue de Toulouse, un
échappée : seconde pour la croissance de la population (1990-99), pour le solde migratoire (la
MNSN accélère alors que les championnes des années 1980, Nice et Toulouse, ralentissent),
pour la croissance de la population active (et première pour celle des actifs masculins), pour
celle de l’emploi total et de l’emploi salarié privé –et l’écart se creuse largement entre
Toulouse et la MNSN et les autres villes millionnaires-, pour celle de l’emploi des cadres
d’entreprise, première pour la croissance des professions libérales et pour celle des chefs
d’entreprise de plus de 10 salariés…

Pour autant, la MNSN présente un profil plus modeste que les autres grandes villes, avec un
revenu moyen par habitant qui reste inférieur à celui des autres métropoles de Province, à

4
    Davezies (2003), déjà cité

                                                                                               14
l’exception de Aix-Marseille et Lille. De même, la MNSN a, des cinq métropoles, le plus
faible taux de cadres dans ses actifs occupés. Ce retard, en dépit d’une très forte croissance de
leur nombre, est très marqué : 13,5% dans la MNSN contre 20% à Toulouse ou 17% à Aix-
Marseille.

Métropole peu « métropolisée » (avec ce que la métropolisation comporte de fractures), la
MNSN est encore un agrégat faisant interagir des territoires de natures et de fonctions très
diverses et dont l’ensemble est assez différent de ce que l’on trouve aujourd’hui dans le
« modèle » des grandes métropoles françaises. Modeste, on l’a dit notamment pour le revenu,
mais avec moins de pauvres que les autres : elle est, des métropoles millionnaires françaises,
celle dans laquelle la part de la population en dessous du seuil de pauvreté est la plus faible et
une de celles dans lesquelles cette population s’est le plus réduite dans les années de
prospérité 1996-2000. Cette « modestie » associée à une faible présence de populations
pauvres signe le caractère « pré-métropolitain » de la MNSN et reflète, on le verra, la
diversité des moteurs de son développement qui, plus qu’ailleurs, offre des opportunités de
développement personnels à un large spectre d’actifs y compris peu ou pas qualifiés (à
l’inverse, parmi d’autres exemples, de l’Ile de France dans laquelle les succès productifs
passent par une exclusion croissante d’actifs vulnérables que la faiblesse des bases
présentielles francilienne ne permet pas de réintégrer dans l’activité… d’où les contre-
performances sociales spectaculaires de la région parisienne).

L’équilibre des bases de la MNSN : une co-production de ses différents territoires…

Comment ces différents moteurs se combinent-ils entre les territoires de la MNSN ? On peut
d’abord donner quelques ordres de grandeur pour l’ensemble de son territoire: (i) la base
productive permet de faire rentrer de l’ordre de 16 milliards de francs (en 2000), grâce au
travail de 100 000 salariés et chefs d’entreprises et 7000 agriculteurs/pêcheurs. (ii) La base
publique amène de l’ordre de 12 milliards de francs sous forme de rémunération des 96 000
salariés publics. (iii) La base présentielle apporte autant que les deux premières réunies : de
l’ordre de 27 milliards de francs par le truchement des 171 000 retraités, des 25 000 actifs de
la MNSN qui travaillent ailleurs, des touristes présents dans les 60 000 résidences
secondaires et des 25 000 hébergements marchands.

On peut estimer que la moitié des 410 000 emplois de la MNSN sont consacrés à des activités
tournées vers la demande locale des ménages. Ce sont ces emplois qui dépendent de la
demande locale (la propension à consommer localement) et qui, largement abrités de la
concurrence mondiale, peuvent maintenir une activité souvent « low-tech », à faible gains de
productivité et donc largement ouverte aux actifs locaux les moins qualifiés. Soulignons
encore que l’emploi de la MNSN (comme du reste en gros dans la France entière) se partage
en un quart exposé à la concurrence des marchés (et évoluant en fonction de la position
compétitive du territoire), un quart public (qui évolue avec le peuplement) et une moitié
produisant des biens et des services vendus localement (et qui évolue avec la demande, i.e. la
présence des populations, leur revenu et leur propension à consommer localement).

Dotée de bases diverses et équilibrées, la MNSN est le fait de territoires eux-mêmes
diversifiés et complémentaires :

                                                                                               15
-   La base productive se partage entre trois types de territoires : (i) la zone de Saint
     Nazaire, d’abord, dont les spécialisations industrielles (notamment navales et
     aéronautiques) constituent un puissant moteur pour l’ensemble de la MNSN. Les
     emplois continuent à s’y développer en dépit des inquiétudes récurrentes sur l’avenir
     du secteur naval (+ 1600 salariés entre 1993 et 2001). Y travaillent près de 3 000 actifs
     résidants dans l’aire urbaine de Nantes et ce sont au total près de 16 000 actifs de la
     MNSN qui rentrent quotidiennement dans l’unité urbaine de St Nazaire pour y
     travailler ; (ii) le cœur de l’aire urbaine de Nantes, qui se spécialise dans les activités à
     haute valeur ajoutée (conseil en systèmes informatiques, réalisation de logiciels,
     ingénierie,…) dont l’emploi croît très rapidement (au total près de 6 000 créations
     nettes d’emploi entre 1993 et 2001). Ce sont près de 46 000 actifs de la MNSN qui
     vont travailler dans l’unité urbaine de Nantes… De façon générale, avec une forte
     concentration nantaise des services supérieurs aux entreprises, l’unité urbaine de
     Nantes constitue le pôle de services supérieurs de l’ensemble de la zone (et au delà) ;
     (iii) le reste de la MNSN, à l’exception des zones résidentielles littorales, qui se
     partagent un spectre d’activités industrielles (agro-alimentaire, matières plastiques,
     …). Ces activités progressent globalement et pour la plupart, en termes d’emplois,
     même si certaines enregistrent actuellement des difficultés (textiles, équipements
     automobiles, papiers cartons,…). C’est dans ces territoires industrieux, non littoraux et
     « périphériques » des deux grandes aires urbaines que se situe la croissance –on l’a vu,
     plus rapide que dans les autres métropoles millionnaires- des chefs d’entreprises de
     plus de 10 salariés. La zone littorale de la Turbale, peu industrielle, parvient à
     maintenir son emploi dans le domaine de la pêche.

Tableau 3 : La base productive privée en 2001. Nombre et indice de spécialisation de
               l’emploi salarié privé des zones d’étude de la MNSN.
                                                                                                                      HORS
                                                                                                                      AU POLE
                                                           in UU      in UU St                                        EMPLOI
                                                           Nantes     Nazaire                                         ESPACE
                                                           in AU      in AU St Nantais- Nantais- in AU     Nantais-   RURAL
                                               MNSN        Nantes     Nazaire Sud       Nord     Ancenis Est          (Sud)
 industries agro alimentaires                      9 095         66         53     236       151        40     365         263
 industries textiles-maroquinerie-chaussures       2 062         34         71     424       640        13        0          0
 industries bois papiers cartons                   3 230         69         49     372         8       284     150          49
 edition                                             733        117         75     200        18        43       27        151
 imprimerie                                        2 091        114         36     161       178        72     175          18
 raffinage de pétrole                                975         46        435        0        0         0        0          0
 petrole-chimie-pharmacie                          2 345         81        240     115        12       170        0          2
 industrie du caoutchouc                           1 128        146           2      29        9         0        0          0
 transformation des matières plastiques            2 600         75         88       59      289       118     420         316
 industries verre-ceramique-beton-pierre           1 251         97         47       67      194        63     114         215
 travail des metaux-fonderie-chaudronnerie         8 728         72        130     124       120       248     125          95
 fabrication appareils-machines                   17 493         95         67     120       171       365       90         28
 construction navale                               6 468          3        586        0       25         0        0         12
 construction aéronautique et spatiale             5 029         63        369        0        0         0        0          0
 fabrication de meubles                            1 076         61         54     613       379        11     137          39
 industries diverses                               1 943        118         19       31       92        12        0          5
 informatique-recherche                            8 394        145         18     113        20         8        8          3
 jurid-compta-gestion-pub                          9 895        126         71       41       45        45       67         54
 archi-ingénierie-contrôle techn.                  6 124        124         80       62       44        30       34         32
 Total emploi concerné (indice de présence)          100         85        135     130       116       138     105          68
 Total emploi concerné (nbre d'emplois 2001)      80 765     42 823     17 884   4 147     3 578     2 821   2 143       1 039

                                                                                                                      16
HORS
                                                           MULTIPO     hors UU                             AU POLE
                                                           LARISÉE     St                      MULTIPO     EMPLOI     MULTIPO
                                                           ARRDT       Nazaire                 LARISÉE     ESPACE     LARISÉE
                                              in AU        St          in AU St HORS AU RURAL UU de la     RURAL      ARRDT
                                              Clisson      Nazaire     Nazaire ENCLAVE         Turbale     (Nord)     Cholet
industries agro alimentaires                          43        573          308           730     110          129          64
industries textiles-maroquinerie-chaussures         1051        190            0           314       12         608           0
industries bois papiers cartons                     1153         40           13            33       54         246           0
edition                                               64           0           0             0       68           0           0
imprimerie                                            23        105           74            13         0         49          56
raffinage de pétrole                                   0           0           0             0         0          0           0
petrole-chimie-pharmacie                               5         15            0             0         0          0           0
industrie du caoutchouc                              387           0           0             0         0          0           0
transformation des matières plastiques               320           0          25             0         0          0           0
industries verre-ceramique-beton-pierre                0         27          261          1174         0          0          93
travail des metaux-fonderie-chaudronnerie             82        102          500           385         9        188          31
fabrication appareils-machines                        59        195           69           161       19           4          20
construction navale                                    0           0           1             0     128            0           0
construction aéronautique et spatiale                  0           0           0            13         0          0           0
fabrication de meubles                               219         64          341            86         0          0           0
industries diverses                                  957           4           8            48       26           0        421
informatique-recherche                                23         20            0             2         6          0           0
jurid-compta-gestion-pub                              38         48           36            48         0         16          75
archi-ingénierie-contrôle techn.                      34         52           52             2       29          71          25
Total emploi concerné (indice de présence)           147        135          120           190       34          68          30
Total emploi concerné (nbre d'emplois 2001)        2 015      1 582        1 187         1 160     110          214          62

                                                                Source : calcul d’après Unedic

-   La base publique fondée sur le quart de l’emploi total de la MNSN est concentrée
    dans l’unité urbaine de Nantes (dans laquelle 30% de l’emploi est public). La forte
    croissance démographique de la MNSN explique les performances de création nette
    d’emplois des secteurs éducation/sanitaire/social : avec 31,3% (contre 18,4% en
    France), soit 11 000 emplois entre 1990 et 1999. La croissance des employés de la
    fonction publique est moyenne (15,6% contre 15,5% en France), avec 6 700 créations
    nettes, et celle des cadres publics et professions intellectuelles supérieure, également
    moyenne (24,5% , comme pour la France) avec 4 500 créations nettes. Ces emplois,
    fortement centrés sur Nantes bénéficient à de nombreux secteurs de la MNSN dans
    lesquels résident ces actifs. De façon générale, cependant et en dépit de leur forte
    croissance, les emplois publics ne sont pas surreprésentés (par rapport aux autres
    emplois) dans la MNSN par rapport à la moyenne nationale.

-   La base résidentielle est constituée des pensions de retraites (près de 16 milliards de
    francs), les dépenses des touristes (8,5 milliards de francs) et les revenus d’actifs
    résidants dans la MNSN et travaillant ailleurs (près de 3 milliards de francs).

         (i)       La part la plus importante de la base résidentielle est constituée des
                   revenus des 171 000 retraités qui vivent dans la MNSN. Ils constituent de
                   plus, là comme ailleurs en France, le gros de l’augmentation des titulaires
                   de revenu de ces dernières années : dans le même temps où la MNSN voit
                   ses actifs occupés croître de 49 000 unités entre 1990 et 1999, elle
                   enregistre près de 32 000 retraités supplémentaires ! Nombre d’entre eux
                   proviennent de l’extérieur de la MNSN. On peut calculer que l’apport de

                                                                                                                      17
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