Visages de l'intérim, en France et dans le monde - Ouvrage publié avec le concours de l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne et de l'université

 
Sous la direction de

          Rachid Belkacem, Cathel Kornig et François Michon

Visages de l’intérim, en France et dans le monde

Ouvrage publié avec le concours de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne et de l’université
                                      de Nancy 2

                                Éditions L’Harmattan

                                                                                     1
Sommaire

    Belkacem R., Kornig C. et Michon F., Introduction

1 Belkacem R., Kornig C. et Michon F., L’intérim, ses origines, son
institutionnalisation sur ses principaux marchés

    1ère partie – L’intérim en France
2 Michon F. et Belkacem R., L’intérim en France. Où en est-on ?
3 Gorgeu A. et Mathieu R., Intérim, conditions de travail et santé. Une étude de
cas dans la filière automobile en France
4 Kornig C., Intérim de masse versus intérim individualisé, une gestion
différenciée du personnel intérimaire
5 Papinot C., Le « chômage – intérim » des jeunes diplômés : une logique de
petit boulot en attendant
6 Puissant L., Intérim cadres et professions intermédiaires : nouvelles
conditions d’accès à l’emploi et nouvelles pratiques de travail
7 Arborio A.-M., Des professionnels en intérim, les infirmiers diplômés d’État
8 Belkacem R. et Clément F., L’intérim transfrontalier entre Lorraine, Sarre et
Luxembourg

    2ème partie – Les grands marchés nationaux de l’intérim
9 Sol E. et Engelsman S., L’intérim aux Pays-Bas
10 Mason G. et Osborne M., Des destins contrastés : rémunération et qualité
de l’emploi des salariés temporaires au Royaume-Uni
11 Carré F. et Valiorgue B., L’institutionnalisation de l’intérim aux États-
Unis : de l’agence privée autonome au partenaire du service public de l’emploi

2
12 Nakamichi A. et Sano Y., L’intérim au Japon
13 Weinkopf C., Les agences de travail temporaire en Allemagne. Les effets
des récentes déréglementations
14 Palmas L. et Poli S., Les transformations du travail intérimaire en Italie
15 Andreo-Tudela J. C., Le développement de l’intérim en Espagne

  3ème partie – Les stratégies des acteurs en France et en
Europe
16 Roux F., Développement de l’intérim et sécurisation des intérimaires : les
choix du PRISME
17 Fribourg B., Le travail intérimaire comme défi posé au syndicalisme.
L’exemple du SNSETT-CGT
18 Denys J., Une histoire de l’intérim belge
19 Rouyer R., La gestion des ressources humaines en intérim. L’exemple des
entreprises de travail temporaire luxembourgeoises
20 Arrowsmith J., L’intérim en Union Européenne. Les stratégies des acteurs
sociaux

   Conclusions
21 Belkacem R., Kornig C. et Michon F., Quel avenir pour l’intérim ?
L’agence d’emploi privée, intermédiaire ou employeur ?

                                                                            3
Introduction

                          Rachid Belkacem, Cathel Kornig,
                                 François Michon

    Dans la dernière décennie, le travail intérimaire a rapidement progressé. Il
restait encore modeste en terme de poids dans l’emploi et comparé à d’autres
statuts précaires. Mais son importance dans les flux de main-d’œuvre était
d’une toute autre ampleur, en particulier concernant les transferts entre chômage
et emploi et vice versa. Il n’échappe pas à la crise aujourd’hui, pas plus
d’ailleurs que les autres formes d’emploi temporaire ou surtout que l’emploi dit
« standard » ou « permanent », à temps plein et sur contrat à durée
indéterminée.
    En termes de chiffre d’affaires, les principaux marchés de l’intérim sont
connus. Par ordre d’importance : les États-Unis (28 % du chiffre d’affaires
mondial du secteur), le Royaume-Uni (16 %), le Japon (14 %), la France (9 %),
l’Allemagne (6 %), les Pays-Bas (5 %). Mais ceci mélange évidemment un effet
de taille du pays, et un effet de pénétration de l’intérim. Aux États-Unis,
l’intérim ne représente que 2 % de l’emploi. L’Allemagne reste encore assez
peu utilisatrice d’intérim (l’intérim n’y représente que 1,6 % de l’emploi),
comparée au Royaume-Uni (4,8 %), aux Pays-Bas (2,8 %), à la France (2,5 %)
ou encore à la Belgique (2,2 %)1.
   L’intérim était pratiquement absent de certains pays européens jusqu’en
1998. Il était même parfois très sévèrement limité à quelques activités ou
professions précises (Finlande) voire non reconnu par la loi (Italie, Espagne).
Ces marchés sont maintenant ouverts à l’intérim.
   La croissance du secteur se module selon les aléas conjoncturels de l’activité
économique et de l’emploi. Son histoire montre qu’il bénéficie aussitôt du
moindre frémissement favorable à tel point que ce sont peut être plus les
reprises de l’emploi que les situations de très forte croissance qui lui sont le plus
bénéfiques. Le patronat du secteur n’est pas le dernier à le signaler haut et fort,

1
   Données 2007 citées par la CIETT (Confédération Internationale des Agences d’Emploi
Privées), fédération des organisations patronales du secteur. Cf. CIETT [2009]. « Agences
d’emploi privées » est la nouvelle dénomination des entreprises de travail temporaire adoptée par
l’organisation patronale du secteur depuis 2008.

4
l’intérim est un « indicateur avancé » de la situation de l’emploi, à la hausse
comme à la baisse.
    Ainsi en France en 2006 : après quelques années de stagnation, l’intérim
retrouve une croissance très rapide de + 10,5 %. Ainsi la crise économique
actuelle : elle a très rapidement et très fortement affecté l’activité du travail
temporaire. Sur l’année 2008, en France toujours, le nombre d’intérimaires en
mission a chuté de 8,3 %. Entre les 3è trimestres 2008 et 2009, il a baissé de
plus de 20 %1. En 2009 par rapport à l’année précédente, le chiffre d’affaires de
l’intérim a baissé de plus de 26 %. Par comparaison, le même chiffre était de
près de 22 % en Europe, d’environ 21 % aux États-Unis2.
    Cette crise n’est évidemment pas la première que traverse le secteur (on
pense notamment à 1993 en France, où le chiffre d’affaires du secteur avait
régressé de 16 %). Par son ampleur, elle est néanmoins sans précédent. Sur le
long terme pourtant, la tendance générale est indiscutablement à la hausse, à la
fois sans doute par intensification de l’appel à l’intérim et par généralisation de
son usage, à tous les secteurs, à tous les pays où le marché du travail est
structuré, soumis à des règles formalisées. Cela ne devrait pas changer. Fin
2009 en France, alors que la création d’emploi ne paraissait pas reprendre,
l’intérim paraissait déjà « rebondir nettement » [Domens, 2009]. S’il est vrai
que les agences d’emploi privées développent des activités d’intermédiation qui
favorisent la fluidité du marché du travail, on comprend facilement que
l’intérim est parmi les premiers à bénéficier des moindres rebonds de la
conjoncture économique. La sortie de crise devrait permettre aux agences
d’emploi privées de s’imposer encore plus qu’avant.
    Mais s’imposer sur quelles bases ? Quelles traces laissera la crise ? Un
nouveau développement de la précarité sous couvert de flexibilité, ou la
généralisation de nouvelles relations d’emploi plus flexibles en même temps
que plus sécurisées ? L’intérim restera-t-il l’activité principale des agences
d’emploi privées comme cela reste le cas en France, au moins statutairement, à
la suite de la réforme de 2005 qui leur autorise une activité de recrutement
direct pour le compte des entreprises clientes, mais à titre d’activité secondaire
seulement ? Verra-t-on se généraliser au contraire, autour des agences d’emploi
privées et pour le compte de leurs clients, une activité d’intermédiation sur le
marché du travail et de gestion externalisée des ressources en main-d’œuvre,
l’intérim proprement dit ne constituant plus pour ces agences privées qu’une
activité très secondaire ?
  Le secteur de l’intérim a déjà largement diversifié ses activités. En France
comme dans de nombreux autres pays, les entreprises de travail temporaire

1
    Source : UNEDIC.
2
    Données citées par le PRISME dans son rapport économique et social pour l’année 2009.

                                                                                            5
proposent aujourd’hui une palette d’activités qui dépassent largement leur rôle
initial d’intermédiaire de recrutement temporaire. Non seulement, l’activité de
placement permanent se développe dans les grandes entreprises d’intérim, mais
pour les plus grandes d’entre elles, il s’agit également et depuis longtemps de
proposer des services plus larges de gestion des ressources humaines pour les
entreprises utilisatrices. Par ailleurs, le secteur du travail intérimaire
s’institutionnalise dans le paysage de l’emploi pour devenir un partenaire
privilégié et reconnu du service public de l’emploi.

    Cet ouvrage fait le choix de s’intéresser à divers visages de l’intérim : non
seulement à l’intérim comme figure de proue de la précarité mais aussi à ses
facettes moins connues, en tout cas en France (l’intérim infirmier, l’intérim
professionnel, l’intérim transfrontalier, etc.) ; ainsi qu’à la situation de l’intérim
dans les différents pays industriels qui constituent jusqu’à aujourd’hui les
principaux marchés du travail intérimaire (on le sait, la configuration type de
l’intérim peut énormément varier d’un pays à l’autre). Il propose un état des
connaissances sur le sujet. Des résultats de recherche sont présentés. La parole
est également donnée à quelques acteurs patronaux.
    Trois dimensions sont ainsi valorisées :
    -    une approche pluridisciplinaire d’une part, faisant intervenir juristes,
         sociologues, économistes, gestionnaires, tous spécialistes de Relations
         Industrielles ;
    -    un regard plurisectoriel d’autre part, décrivant non seulement l’intérim
         de masse des gros utilisateurs industriels, mais aussi d’autres intérims,
         plus spécialisés, plus professionnels et qualifiés ;
    -    un regard international enfin, montrant à quel point les modes de
         régulation de l’intérim et de l’emploi temporaire varient d’un pays à
         l’autre, et quels effets sensibles cela ne manque pas d’engendrer sur la
         réalité économique et sociale de cette forme d’emploi et plus
         généralement sur les formes de la précarité et les modes de flexibilité
         qu’adoptent les entreprises.
    Sont abordés les aspects institutionnels (statut, protection sociale – à cet
égard l’approche comparative est indispensable), les populations concernées, les
modes d’usage de l’intérim et du travail temporaire par les entreprises clientes
et les orientations stratégiques qui s’offrent aujourd’hui aux principaux acteurs
du secteur (entreprises de travail temporaire et syndicats).

6
Le chapitre 1 préliminaire qui suit cette introduction, rappelle l’histoire du
secteur, l’élargissement de ses activités, commune à de nombreux pays
industrialisés, et dans le même temps l’extrême diversité de ses régulations
nationales.
    Rachid Belkacem, Cathel Kornig et François Michon montrent comment
l’intérim était cantonné au départ à un simple service d’intermédiation de
prestations temporaires ; comment il est devenu aujourd’hui un intermédiaire
central sur le marché de l’emploi, jusqu’à devenir, par exemple en France, un
partenaire incontournable du service public de l’emploi. Ils rappellent
cependant que les divers pays, soit ont réglementé l’intérim de façon très stricte
et très précoce et par la suite ont beaucoup assoupli leurs réglementations ; soit
ont fini par accepter l’intérim qu’ils avaient longtemps interdit, et tentent
aujourd’hui d’introduire un cadre réglementaire pour canaliser un phénomène
qui s’avère parfois « explosif ».

    Les contributions réunies dans cet ouvrage s’efforcent d’abord de montrer
la diversité des facettes de l’intérim en France (1ère partie).
    Rachid Belkacem et François Michon dressent un état des lieux de
l’intérim en France : qui sont les intérimaires et leurs utilisateurs, comment le
secteur de l’intérim est-il structuré ? Ils rappellent ensuite les principales
explications de la diffusion de l’intérim, tant du point de vue économique – le
besoin croissant de flexibilité – que du point de vue sociologique – l’intérim
choix de vie ou précarité subie. Enfin, ils abordent deux questions importantes :
d’une part la qualité de l’emploi intérimaire (l’équivalence de traitement
qu’impose la législation française assure-t-elle des emplois de qualité
acceptable ?) ; d’autre part la formation des intérimaires, un enjeu clé pour le
secteur et ses personnels (et l’on sait qu’en France, en ce domaine, la loi impose
aux entreprises de travail temporaire des obligations supérieures à celles des
entreprises ordinaires).
   Armelle Gorgeu et René Mathieu insistent sur toutes les dimensions de la
précarité que subissent les intérimaires dans le secteur automobile, le premier
secteur utilisateur d’intérim en France. Précarité des emplois et des revenus
certes, mais également des conditions de travail difficiles, aux effets
dommageables sur la santé des intérimaires.
   Cathel Kornig met en évidence quelques autres facettes de l’intérim. Elle
montre que les intérimaires ne gravitent pas tous dans cet univers de haute
précarité. Une partie minoritaire est fidélisée par les agences de travail
temporaire et bénéficie de conditions de travail et d’emploi bien différentes de
celles de la grande majorité des intérimaires non fidélisés. L’intérim n’est pas
uniforme.

                                                                            7
Christian Papinot s’intéresse aux jeunes diplômés contraints de recourir à
l’intérim pour rentrer dans le monde du travail. Il analyse l’ambivalence de cette
forme de mise au travail. La socialisation au travail par le biais de l’intérim
permet en effet l’amorce d’un processus de construction d’identité d’actif, mais
engendre aussi l’intériorisation de nouvelles dispositions d’allégeance salariale.
Les modes d’usage de l’emploi intérimaire témoignent bien qu’existent
quelques « retournements » de la précarité, dont certains peuvent bénéficier. Le
plus souvent pourtant, l’intérim compose la forme paroxystique de l’emploi
précaire par la fragilité du lien salarial qui le caractérise, le manque de sécurité
et de perspectives.
    En s’intéressant à l’intérim des cadres et professions intermédiaires,
Laurence Puissant poursuit l’analyse de la diversité des facettes de l’intérim.
Elle montre comment les grandes entreprises françaises se sont adaptées à
l’utilisation de cet intérim qualifié, comment un certain nombre de cadres et
professions intermédiaires s’organisent, comment ils adoptent différentes
stratégies face à ces nouvelles conditions d’accès à l’emploi et à cette
transformation de leur carrière.
   Anne-Marie Arborio observe le développement de l’intermittence au sein
de la profession des infirmier(e)s. Les raisons en sont simples. Elles tiennent
aux contraintes d’un marché du travail très tendu, d’une activité hautement
marquée par les urgences et par l’impératif absolu de remplacer les absences.
L’intérim s’y développe rapidement, mais n’est pourtant qu’une figure de
précaire parmi d’autres formes de travail temporaire. C’est aussi vrai au sein
des établissements publics du secteur de la santé que dans le privé.
   Rachid Belkacem et Franz Clément s’intéressent enfin à l’intérim
transfrontalier, aux intérimaires lorrains travaillant pour le compte d’entreprises
de travail temporaire luxembourgeoises au sein d’entreprises belges
luxembourgeoises ou allemandes. Ils montrent comment les détachements
frontaliers sont devenus pour la région Lorraine un véritable phénomène
économique, social et humain Ils en décrivent les diverses réalités : secteurs
d’activité des entreprises utilisatrices, types d’emploi concernés, qualifications
des travailleurs détachés.

    Les expériences étrangères sont ensuite abordées (2ème partie).
   Ce qui frappe ici, c’est bien l’extrême diversité des réglementations et des
figures de l’intérim d’un pays à l’autre.
   Aux Pays-Bas, l’intérim est une activité ancienne, très implantée, qui a
maintes fois changé de règles. C’est aujourd’hui une activité qu’Els Sol et
Suzanne Engelsman jugent mature, placée au cœur d’une stratégie de
flexibilité largement diffusée au sein des entreprises. Les auteures discutent
d’abord du rôle du secteur du travail temporaire comme baromètre de la

8
situation économique dans le contexte de la crise financière et économique
actuelle. Elles s’intéressent ensuite à la place de l’intérim au sein des outils de
flexibilité dont disposent les entreprises, ainsi qu’aux stratégies que développent
les entreprises de travail temporaire auprès de leurs clients utilisateurs. Enfin
elles proposent un aperçu du cadre réglementaire néerlandais et des innovations
récentes qui l’ont considérablement modifié.
   Par rapport aux standards internationaux, l’emploi temporaire (sous toutes
ses formes) ne constitue au Royaume-Uni qu’une relativement faible proportion
de l’emploi total. Matthew Osborne et Geoff Mason montrent que c’est en
partie parce que la protection de l’emploi des travailleurs permanents est
comparativement faible. De ce fait, les employeurs ont moins besoin d’utiliser
des contrats temporaires pour obtenir une flexibilité numérique satisfaisante.
Dans les années 1990, l’intérim a pris rapidement de l’importance, par rapport
aux contrats à durée déterminée, à l’emploi saisonnier et aux autres types
d’emploi temporaire. Mais dans les années 2000, la croissance des effectifs
d’intérimaires s’est arrêtée. En revanche les possibilités de promotion sur
emploi permanent se sont accrues. Cela pèse manifestement sur les
rémunérations et les conditions d’emploi, de façon très défavorable dans
certaines professions.
    À partir des années 1970, les États-Unis ont connu un développement
important de l’emploi temporaire et plus particulièrement de l’intérim.
Françoise Carré et Bertrand Valiorgue rappellent que les vives critiques dont
l’intérim fait l’objet n’ont pas empêché que cette forme d’emploi parvienne à
une « relative » institutionnalisation. Ils décrivent les spécificités de ce cadre
institutionnel de l’emploi, bien éloigné ce de que l’on connaît en France. Ils
positionnent l’intérim au sein de ce cadre, et retracent les différentes phases de
l’institutionnalisation du secteur. Ils identifient les différentes pistes sur
lesquelles le secteur peut s’appuyer afin de renforcer son institutionnalisation.
   Au Japon, l’intérim s’est développé tardivement, à partir de la fin des années
1990 seulement, mais à vitesse accélérée. Asako Nakamichi et Yoshihide
Sano retracent les changements subis par le cadre réglementaire auquel est
soumise cette forme d’emploi. Ils rappellent les principales questions
aujourd’hui en débat. Les grandes caractéristiques de l’intérim sont analysées :
entreprises utilisatrices, profil des personnes en intérim, raisons et motifs du
recours à l’intérim. Sur cette base, les auteurs s’efforcent de tracer quelles
directions pourrait suivre dans l’avenir l’intérim japonais.
    On connaît l’importance des relations professionnelles au sein du modèle
d’emploi allemand. Claudia Weinkopf montre comment l’intérim s’est
pourtant développé hors système des relations professionnelles. Les syndicats
allemands ont longtemps plaidé pour une interdiction générale de l’intérim. Il a
fallu attendre les années 1990 pour qu’ils s’intéressent sérieusement à

                                                                             9
l’amélioration des conditions de travail et d’emploi des travailleurs intérimaires.
Ce chapitre décrit d’abord les modalités et les structures de l’intérim allemand
puis les profonds changements qui ont récemment modifié la réglementation du
travail intérimaire : en particulier l’introduction des principes d’« égalité de
traitement » qui s’avèrent avoir eu peu d’effets puisque la possibilité était
offerte d’y déroger par accords collectifs au sein du secteur de l’intérim.
L’auteure se demande enfin si le rôle de l’intérim au sein du modèle d’emploi
allemand peut changer significativement après de telles réformes.
    L’Italie et l’Espagne n’ont admis l’intérim que relativement récemment,
1997 pour l’Italie, 1994 pour l’Espagne. Le premier cadre juridique italien, très
restrictif a ensuite été assoupli, engendrant une forte progression de l’intérim.
Luca Palmas et Stephano Poli décrivent ces changements réglementaires, les
principales dimensions socio-économiques et géographiques de l’intérim italien
et constatent alors la faible efficacité de l’intérim comme outil de lutte contre le
chômage. Juan Carlos Andreo-Tudela rappelle le contexte réglementaire de
l’intérim espagnol. Il retrace le développement de cette forme d’emploi et ses
principales dimensions socio-économiques.

  Enfin (3ème partie), les stratégies des acteurs en Europe et en France, sont
analysées sous divers angles.
    Au nom du PRISME, l’organisation patronale française des « Professionnels
de l’intérim, services et métiers de l’emploi », François Roux montre comment
les entreprises de travail temporaire ont été force de proposition pour construire
en France les fondements d’un statut social de l’intérim qui permette tout à la
fois plus de flexibilité pour les entreprises utilisatrices et une couverture sociale
meilleure pour les salariés intérimaires, en particulier parce que transférable
d’un contrat à l’autre. Il souligne en particulier l’enjeu stratégique que constitue
la formation des intérimaires, dans la perspective d’une sécurisation des
trajectoires professionnelles. Le chapitre détaille les points saillants du long
chemin parcouru par les entreprises de travail temporaire pour développer les
services proposés aux entreprises utilisatrices comme aux intérimaires, et en
particulier les nouvelles compétences que leur donne la loi de cohésion sociale
de janvier 2005. François Roux trace enfin quelles perspectives de
développement sont aujourd’hui envisagées par le PRISME afin que les
entreprises de travail temporaire deviennent, comme il le formule, « des
plateformes d’expertise globale dans les domaines de l’emploi ».
    Bertrand Fribourg interroge les difficultés de l’action syndicale concernant
l’intérim et les questions que se pose la CGT française. Comment un
syndicalisme se réclamant de la lutte des classes peut-il trouver des appuis dans
une forme nomadisée d’emploi ? Ou encore, le combat contre la précarité passe-
t-il par une lutte pied à pied pour le retour à l’emploi sur contrat à durée
indéterminée ou faut-il sécuriser socialement le travail temporaire au risque

10
d’institutionnaliser toujours plus l’intérim ? Une enquête menée auprès de
militants du Syndicat national des salariés des entreprises de travail temporaire
(SNSETT-CGT) met à jour des expériences syndicales capables de donner
quelques éléments de réponse.
    Jan Denys mobilise sa double expérience d’expert et de cadre responsable
au sein d’un des majors mondiaux de l’intérim pour témoigner qu’en Belgique,
aux yeux des professionnels de l’intérim et de la majorité des acteurs politiques,
l’« émancipation » de l’intérim est presqu’achevée. Dans ce pays, une
réglementation stricte de l’activité des entreprises de travail temporaire ne paraît
pas avoir nui à son développement. L’intérim y serait aujourd’hui clairement
positionné comme un outil de politique d’emploi utilisé par les pouvoirs publics
et comme une activité socialement utile. L’auteur souligne alors deux
limitations que la profession de l’intérim essaie de réduire : la fermeture de
l’emploi public à l’intérim ; l’interdiction faite aux entreprises de travail
temporaire de procéder à des opérations de recrutement sur emploi standard.
    Régis Rouyer souligne combien la Gestion des Ressources Humaines est un
levier stratégique de communication des entreprises de travail temporaire.
Travaillant leur image sociale et la confiance, cette intégration du discours de la
GRH est censée accompagner de façon naturelle les enjeux stratégiques du
développement de ces sociétés. Ce chapitre analyse les pratiques des entreprises
de travail temporaire luxembourgeoises sur les différents axes classiques de la
Gestion des Ressources humaines. De fait, ces pratiques répondent d’abord à
une logique de constitution et de fidélisation d’un vivier de personnels
intérimaires, plus qu’à des logiques plus sociales de construction de carrières,
de développement de la formation, de politiques de rémunération très
sophistiquées.
    Jim Arrowsmith dresse enfin le tableau de la croissance et des
réglementations de l’intérim en Europe, de son émergence comme secteur
autonome et des implications que cela a sur les stratégies des acteurs sociaux. Il
décrit brièvement les points de vue des employeurs et des syndicats. Il examine
les réglementations du secteur dans les États membres, qu’il s’agisse de
législation ou de négociation collective, ainsi que les développements qui ont eu
lieu au niveau européen, dans le cadre des mécanismes de dialogue social et des
discussions sur le projet de Directive européenne sur l’intérim.

   En conclusion de cet ouvrage Rachid Belkacem, Cathel Kornig et
François Michon esquissent très brièvement l’avenir, ou plus exactement les
avenirs possibles de l’intérim.

   Ces avenirs se dessinent dans les évolutions d’aujourd’hui. Celles-ci
modifient en effet l’image classique qui en France, reste attachée à l’intérim :
un intérim toujours majoritairement peu qualifié, soit limité aux missions de

                                                                             11
courte durée, en remplacement ou en complément du personnel permanent, soit
au contraire en présence quasi permanente au sein de l’entreprise, malgré les
limites réglementaires des durées de mission.
    Cet ouvrage suggère d’autres images. Sur l’une, les agences d’emploi
privées assurent une fonction d’intermédiaire de référence sur le marché du
travail. Elles en améliorent la transparence. Elles en assurent ainsi un meilleur
fonctionnement. C’est pratiquement tout le recrutement, temporaire ou
permanent, qui passe entre leurs mains. Sur l’autre, l’intérim devient en quelque
sorte la forme suprême du travail salarié. L’agence d’emploi privée se fait
employeur d’une main-d’œuvre, temporaire ou permanente pour l’utilisateur,
selon les besoins. Elle en assure toute la gestion, de la recherche du candidat à
la fin du contrat de travail. Elle en organise le travail pour le compte des
utilisateurs. Elle est en charge de la trajectoire professionnelle des travailleurs.
   Ces deux images peuvent-elles fonder deux scénarios alternatifs, tout aussi
vraisemblables l’un que l’autre, même si le second est sans doute plus radical ?
Pour l’un comme pour l’autre, on en observe d’ores et déjà plus que des traces,
en France ou à l’international. Les lignes ultimes de cet ouvrage soulignent
alors d’une part que rien n’est jamais joué, que la conjoncture économique n’est
jamais maîtresse du jeu, et que les choix socio politiques seront déterminants ;
et d’autre part que les deux scénarios risquent de coexister, chacun sur ses
propres marchés, par exemple l’un sur les marchés excédentaires des basses
qualifications, et l’autre sur les marchés tendus des hautes qualifications.

12
Liste des auteurs

   ANDREO-TUDELA Juan Carlos, Chercheur, Université Pablo de Olavide,
(Espagne)
  ARBORIO Anne-Marie, Maître de conférences, Université de Provence et
Laboratoire d’Economie et de Sociologie du Travail (LEST-CNRS)
   ARROWSMITH James, Professeur, Department of Management and
International Business, Massey University (New Zealand)
   BELKACEM Rachid, Maître de conférences, Université Henri Poincaré de
Nancy, IUT Henri Poincaré de Longwy, chercheur au GREE-2L2S, Université
de Nancy 2
  CARRE Françoise, Directrice de recherche, Center for Social Policy, J. W.
McCormack, Graduate School of Policy Studies, Université du Massachusetts,
Boston (USA)
   CLEMENT Franz, Conseiller scientifique à l’institut CEPS-INSTEAD
(Luxembourg)
   DENYS Jan, Responsable corporate communication and public affairs et
spécialiste du marché du travail chez Randstad (Belgique)
   ENGELSMAN Suzanne, Hugo Sinzheimer Institute, University of Amsterdam
(Pays-Bas)
  FRIBOURG Bertrand, Docteur en sociologie, chargé de mission, Conseil
Régional PACA
  GORGEU Armelle, Chercheure associée, Genre Travail et Mobilité,
Université de Paris X – Nanterre
  KORNIG Cathel, Sociologue indépendante, Chercheure associée au
Laboratoire d’Economie et de Sociologie du Travail (LEST-CNRS)
   MASON Geoff, National Institute of Economic and Social Research, London
(Royaume-Uni)
   MATHIEU René, Chercheur associé, Genre Travail et Mobilité, Université de
Paris X - Nanterre
   MICHON François, Directeur de recherches émérite, Centre d’Économie de la
Sorbonne, CNRS - Université de Paris 1

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NAKAMICHI Asako, Chercheure associée, Institut de Recherche en
Administration des Entreprises, Université de Waseda, Tokyo (Japon)
  OSBORNE Matthew, National Institute of Economic and Social Research,
London (Royaume-Uni)
   PALMAS Luca, Chercheur, Dipartimento di Scienze Antropologiche, Facoltà
di Scienze della Formazione, Università degli Studi di Genova (Italie)
   PAPINOT Christian, Maître de conférences, ARS, Université de Bretagne
occidentale
   POLI Stephano, Dipartimento di Scienze Antropologiche, Facoltà di Scienze
della Formazione, Università degli Studi di Genova (Italie)
     PUISSANT Laurence, Sociologue, Chercheure au GRIS, Université de Rouen
   ROUX François, Délégué général du PRISME (Professionnels de l'intérim,
services et métiers de l'emploi)
  ROUYER Régis, Maître de conférences, Université Henri Poincaré de Nancy,
IUT Henri Poincaré de Longwy, Chercheur au GREE-2L2S, Université de
Nancy 2
   SANO Yoshihide, Professeur associé, Faculté d’Administration des
Entreprises, Université de Hosei (Japon)
  SOL C.C.A.M. (Els), Professeure associée, Hugo Sinzheimer Institute,
University of Amsterdam (Pays-Bas)
    VALIORGUE Bertrand, ESC Clermont – CRCGM, chercheur associé à
l’Institut Français de Gouvernement des Entreprises – Lab’Ho (ADECCO)
  WEINKOPF Claudia, Directrice de recherche, IAQ, Duisburg-Essen
University (Allemagne)

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