ZIMBABWE: Les agriculteurs pratiquent l'agro-écologie pour surmonter les adversités du changement climatique - La Via Campesina

 
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ZIMBABWE: Les agriculteurs pratiquent l'agro-écologie pour surmonter les adversités du changement climatique - La Via Campesina
ZIMBABWE: Les agriculteurs pratiquent
l’agro-écologie pour surmonter les
adversités du changement climatique
Auteur principal: Boaventura Monjane*
Edité par: La Via Campesina Afrique australe et orientale et AfrikaKontakt

Introduction et vue d’ensemble                                     partir de ce qui était auparavant des fermes à
                                                                   grande échelle. La réforme agraire a entraîné
Situé au sud de l’Afrique et autrefois connu                       des changements significatifs dans le secteur
comme le grenier de l’Afrique, le Zimbabwe                         agraire, et les plus notables étant la produc-
est un pays non seulement à faible revenu                          tion agricole et les modes de commercialisa-
mais également enclavé. Au cours de la                             tion. Cette période a également correspondu
période de 2000 à 2008, le pays a connu une                        à des hausses de température, à des régimes
grave instabilité macroéconomique car-                             de précipitations irréguliers et à des sécher-
actérisée par une hyperinflation. Le PIB réel a                    esses récurrentes, qui ont tous exacerbé les
diminué de plus de 40% de même la produc-                          souffrances, en particulier pour les personnes
tion agricole a connu une baisse (FAO, 2016).                      vivant dans les zones rurales où résident envi-
                                                                   ron 62% de la population.
Cela a entraîné une crise économique et
sociale profonde, le pays est devenu par cette                     La période 2009-2012 a été marquée par un
occasion un net importateur de produits ali-                       rebond économique, avec des taux de crois-
mentaires et une grande partie de la popula-                       sance moyens de 10% par an. Cependant,
tion reste tributaire de l’aide alimentaire. Au                    après une stabilisation relative, la croissance
début de la période 2000, le Président a lancé                     économique a fortement diminué (de 10,6%
le Programme de réforme foncière accélérée                         en 2012 à 3,8% en 2014) en raison de la
(FTLRP), qui a permis la redistribution de                         détérioration des termes de l’échange, d’une
près de 20% de la superficie totale du pays                        grave sécheresse en 2012/13 et d’une incerti-
des terres confisqués aux fermiers blancs et a                     tude politique persistante (FAO, 2016).
créé des petites et moyennes entreprises à

* Nous aimerions remercier Haidee-Laure Giles pour ses précieuses contributions à la recherche documentaire, à la relecture et
aux commentaires

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ZIMBABWE: Les agriculteurs pratiquent l'agro-écologie pour surmonter les adversités du changement climatique - La Via Campesina
Le Zimbabwe reste l’un des pays les plus                                  vernement, ils prennent progressivement des
pauvres au monde, avec 72% de la population                               mesures concrètes pour renforcer la justice
vivant en dessous du seuil national de pau-                               climatique au sein de leurs communautés.
vreté. En plus du niveau élevé de pauvreté, le
Zimbabwe a également une population jeune                                 Le Secteur de l’Agriculture au
(avec 67% âgés de 24 ans et moins) et le pays
fait face à des niveaux persistants de malnu-
                                                                          Zimbabwe
trition chronique (FAO, 2016).
                                                                          L’agriculture est l’épine dorsale de l’économie
                                                                          zimbabwéenne dans la mesure où les Zimba-
Le Zimbabwe n’a pas été épargné par les
                                                                          bwéens sont dans leur grande majorité des
effets du réchauffement climatique. Le pays
                                                                          ruraux qui tirent leur subsistance de l’agricul-
se trouve dans une région semi-aride avec
                                                                          ture et d’autres activités économiques rurales
des régimes de précipitations limités et peu
                                                                          connexes. C’est le secteur pourvoyeur d’em-
fiables et des variations de température. Les
                                                                          ploi et les populations tirent 60-70% de leurs
précipitations présentent une variabilité spa-
                                                                          revenus de ce secteur qui fournit également
tiale et temporelle considérable caractérisée
                                                                          60% des matières premières requises par le
par des changements dans l’arrivée des
                                                                          secteur industriel et contribue à hauteur de
pluies, une augmentation de la fréquence
                                                                          40% aux recettes d’exportation totales. En
et de l’intensité des pluies abondantes, une
                                                                          dépit des nombreux emplois que ce secteur
augmentation de la proportion des années
                                                                          pourvoit, il ne contribue pourtant de manière
de faibles précipitations, une diminution des
                                                                          directe que de 15 à 19 pour cent au PIB an-
précipitations et une augmentation de la
                                                                          nuel, en fonction de la pluviométrie, et c’est
fréquence et de l’intensité des périodes de
                                                                          une statistique qui ne tient pas compte de
sécheresse de mi- saison (Unganai, 2009). Les
                                                                          l’importance et la domination de l’industrie
phénomènes météorologiques extrêmes, à
                                                                          agricole. Il est généralement admis que lor-
savoir les cyclones tropicaux et la sécheresse,
                                                                          sque l’agriculture fonctionne mal, le reste de
ont également augmenté en fréquence et en
                                                                          l’économie souffre1.
intensité (Mutasa, 2008).

                                                                          Les principaux produits agricoles produits par
Cette recherche se penche sur la façon dont
                                                                          les agriculteurs communaux sont le maïs (l’al-
les petits agriculteurs et les agriculteurs
                                                                          iment de base), l’arachide, les autres céréales,
familiaux réagissent aux effets du change-
                                                                          les haricots, les légumes, la viande, le lait et
ment climatique au Zimbabwe. L’étude sur
                                                                          le bois de chauffe. Les exploitants agricoles
le terrain a été menée dans les provinces de
                                                                          commerciaux se concentrent sur les cultures
Masvingo et de Manicaland où les agricul-
                                                                          commerciales telles que le tabac, les produits
teurs pratiquent l’agro- écologie en tant que
                                                                          horticoles, en particulier les fleurs coupées,
modèle de production de transformation tout
                                                                          le café, le maïs, les arachides, le sorgho, le
en «s’adaptant» aux changements clima-
                                                                          soja, le tournesol et les bovins, les porcs, les
tiques. En commanditant cette recherche,
                                                                          chèvres et les moutons.
La Via Campesina-région Afrique australe et
orientale (LVC-SEA), Africa Kontact (AK) et le
                                                                          Depuis 2001, le Zimbabwe connaît un défi-
Forum des Petits Producteurs du Zimbabwe
                                                                          cit structurel de maïs et cette situation de
(ZIMSOFF) cherchent à souligner que les pe-
                                                                          déficit a entrainé un changement de rôles.
tits agriculteurs familiaux ne sont pas restés
                                                                          Désormais le Zimbabwe passe du statut
des victimes passives. En dépit d’un accès
                                                                          d’exportateur net de produits alimentaires le
limité aux ressources et au soutien du gou-

1
    Government of Zimbabwe. 2001. The agricultural sector of Zimbabwe, statistical bulletin. Harare.

                                                                      2
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plus important d’Afrique australe à celui de          du Zimbabwe 2013-2017 (ZAIP) pour aligner
pays en déficit alimentaire. Pour couvrir les         les investissements dans le secteur agricole
besoins alimentaires du pays qui se chiffrent         sur les principes du PDDAA. Cependant, ce
autour 1,8 million de tonnes (consomma-               Plan n’a pas encore été mis en œuvre en
tion humaine et animale), le Zimbabwe doit            raison du manque d’adhésion des principaux
compter sur les importations régionales (prin-        partenaires multilatéraux et bilatéraux (FAO,
cipalement d’Afrique du Sud, de Zambie et             2016). Actuellement, le Zimbabwe n’a pas de
du Malawi), qui ont augmenté ces dernières            politique agricole à long terme à cause des
années. Cependant, les partenaires commer-            changements intervenus dans le secteur agri-
ciaux régionaux font également face, de               cole du fait du programme de réforme agrai-
nos jours, à un déficit céréalier en maïs et le       re adopté en 2000, le Cadre stratégique pour
Zimbabwe a été contraint de se tourner vers           l’agriculture 1995-2020 n’est plus valable. Un
l’Amérique du Sud. Les faibles disponibilités         nouveau cadre stratégique global pour l’ag-
régionales de maïs font également grimper             riculture (2012-2032) a été élaboré en 2012
les prix, exacerbant ainsi l’insécurité ali-          avec l’aide de la FAO, mais il reste un projet et
mentaire. La production de blé a également            doit encore être adopté (FAO, 2016).
diminué depuis 2001 et le pays importe
actuellement environ 95% de ses besoins               Changement Climatique
estimés à 450 000 tonnes par an. En termes
d’exportations, le pays continue de s’appuyer         Selon le Service météorologique du Zim-
sur une base d’exportation limitée dominée            babwe, les températures minimales quo-
principalement par les minéraux (or, nickel et        tidiennes ont augmenté de près de 2,6 °
diamants) et le tabac (de loin la culture d’ex-       C au cours du siècle dernier tandis que les
portation la plus importante). Le Zimbabwe            températures maximales quotidiennes ont
est actuellement le 6ème plus grand exporta-          augmenté de 2 ° C au cours de la même
teur de tabac au monde (FAO, 2016).                   période (Brown et al, 2012). Le pays a connu
                                                      des conditions météorologiques extrêmes
Le Programme de transformation so-                    au cours des deux dernières décennies, no-
cioéconomique durable du Zimbabwe (Zim As-            tamment 10 sécheresses, une diminution de
set, 2013-2018) a été adopté en 2013 comme            l’eau douce et la destruction de la biodiversité
nouveau plan de développement économique.             (Chakwana, 2015).
Ce programme a pour objectif de stimuler la
reprise économique du Zimbabwe jusqu’en               Selon La Compagnie d’Energie du Zimbabwe,
2018. Dans ce Programme de transforma-                les niveaux d’eau dans le lac principal du
tion socioéconomique durable du Zimbabwe,             pays, le lac Kariba, ont chuté à moins de 30%,
le secteur agricole est identifié comme l’un          ce qui affecte sérieusement la production
des principaux moteurs de la croissance               d’électricité dans le pays. L’hydroélectricité
et de la création d’emplois. La politique du          contribue de manière significative à la pro-
programme sur l’agriculture vise à assurer            duction d’électricité du pays. Les épisodes de
la sécurité alimentaire et nutritionnelle au          sécheresse au cours des dernières années,
niveau des ménages et au niveau national,             combinés à l’évolution des régimes de précip-
ainsi qu’à accroître la production agricole, la       itations dans le pays, ont entraîné une dimi-
productivité et la qualité.                           nution des niveaux d’eau de Kariba. Les pluies
                                                      sont devenues si irrégulières dans certaines
En novembre 2013, le Zimbabwe a signé                 zones du pays que le Programme des Nations
le Programme intégré pour le développe-               Unies pour le développement prédit que la
ment de l’agriculture en Afrique (PDDAA) et           production agricole - principale source de rev-
a élaboré le Plan d’investissement agricole           enus du Zimbabwe pour près des trois quarts

                                                  3
de la population - pourrait diminuer jusqu’à                         La recherche a découvert que d’autres effets
30%, ce qui pourrait accentuer la faim et la                         négatifs incluent des tempêtes violentes et
pauvreté (Chakwana, 2015). Les régions de                            des inondations entraînant la destruction
l’ouest et du sud du Zimbabwe devraient con-                         des abris, des kraals d’élevage, des écoles,
naître un assèchement, laissant des millions                         des hôpitaux, mais surtout des champs et les
de Zimbabwéens dans la faim et la pauvreté                           riziéres emportés par les rivières et les bar-
qui sont une résultante de cette situation.                          rages. L’impact négatif du changement clima-
                                                                     tique au Zimbabwe est susceptible d’entraver
En termes d’agriculture, en général, selon les                       le développement du pays, de poser un risque
projections du Groupe intergouvernemental                            sérieux pour la sécurité alimentaire, la nutri-
sur l’évolution du climat (GIEC 2007), les                           tion et la capacité d’adaptation. À cet égard,
surfaces appropriées pour la culture du maïs                         il est nécessaire d’intégrer l’adaptation au cli-
diminueront d’ici 2080, tandis que les zones                         mat dans tous les projets de développement
appropriées pour le coton et le sorgho aug-                          nationaux et régionaux axés sur l’agriculture3.
menteront d’ici 2080. Dans le sud-ouest du
pays, sorgho et maïs deviendront vulnérables                         L’une des pratiques importantes en matière
au changement climatique, tandis que le                              d’atténuation du changement climatique
coton deviendra moins vulnérable. Dans le                            consiste à mettre en œuvre des pratiques
nord et le centre du pays, le maïs, le sorgho                        résilientes que les petits exploitants agricoles
et le coton deviendront moins vulnérables                            (SHF) ont utilisées au fil des ans. Ceux-ci
(Brown et al, 2012).                                                 comprennent l’agro écologie, l’agriculture de
                                                                     conservation et l’utilisation durable des terres
 Les petits exploitants agricoles et leurs                           et la gestion de l’eau. Les faits ont clairement
familles sont particulièrement vulnérables                           démontré que la population rurale comprend
parce qu’ils ont peu d’atouts sur lesquels                           les petits exploitants agricoles (SHF) les pay-
s’appuyer et une capacité limitée à se                               sans sont les plus affectés par les conditions
remettre des extrêmes climatiques. Augment-                          climatiques difficiles parce qu’ils n’ont pas les
er la résilience des petits exploitants agricoles                    ressources adéquates pour l’adaptation et les
(SHF), en particulier des femmes, est donc                           mécanismes résilients.
une question urgente. Le changement clima-
tique compromet la réduction de la pauvreté                          Les petits exploitants agricoles (SHF) au Zim-
et les progrès en matière de développement,                          babwe ont mis en œuvre des pratiques visant
tout en menaçant la sécurité alimentaire, la                         à atténuer les changements climatiques dans
souveraineté et les moyens de subsistance                            la région avec pour objectifs de promouvoir la
des femmes. Des problèmes liés aux régimes                           sécurité alimentaire et nutritionnelle, pro-
pluviométriques caractérisés par de faibles                          mouvoir la résilience, augmenter la stabilité,
précipitations et des sécheresses affectant                          faire face aux impacts négatifs du change-
la productivité des cultures, tuant le bétail                        ment climatique et encourager une gestion
par manque d’eau potable et de pâturages                             rationnelle des ressources naturelles (c’est-à-
et affectant les moyens de subsistance des                           dire la terre et l’eau) principalement dans les
populations qui dépendent de l’agriculture                           communautés rurales. Les pratiques les plus
pour leur survie, leur emploi et leurs revenus,                      remarquables qui ont été mises en œuvre
la souveraineté et l’état nutritionnel. Il est                       comprennent l’agro écologie, l’agriculture de
nécessaire d’intégrer l’adaptation au climat                         conservation, l’aquiculture, le reboisement et
dans tous les projets de développement na-                           la production animale.
tionaux et régionaux ciblant l’agriculture2.

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    Olushola Fadairo; Climate change projects aren’t working because communities are left out; Thursday 20 April 2017
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    Olushola Fadairo; Climate change projects aren’t working because communities are left out; Thursday 20 April 2017

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Une étude du Fonds international de dével-             il existe diverses politiques environnemental-
oppement agricole (FIDA) intitulée Petites             es qui traitent également des questions de
exploitations, impacts importants: intégration         changement climatique. Ces politiques com-
du changement climatique pour la résilience            prennent: la Politique d’évaluation de l’impact
et la sécurité alimentaire a montré que le             sur l’environnement (1997), les politiques et
changement climatique menace la base de                stratégies nationales d’éducation environne-
ressources naturelles dans une grande partie           mentale (2003) et la Stratégie nationale de
du monde en développement. Le changement               lutte contre les incendies et le plan de mise
climatique accélère la dégradation de l’éco-           en œuvre (2006). Les autres politiques liées à
système et rend l’agriculture plus risquée,            la stabilisation des GES comprennent: La poli-
ce qui rend les petits exploitants agricoles si        tique énergétique nationale (2009), le Cadre
importants dans le cadre de la lutte pour la           stratégique pour l’agriculture du Zimbabwe
souveraineté alimentaire mondiale, la nutri-           (CSA), qui s’étend sur un horizon de 25 ans
tion et la sécurité alimentaire, confrontés à          (1995-2020), la politique de l’eau et la poli-
des conditions climatiques plus extrêmes. Les          tique scientifique et technologique.
petits paysans, en particulier les femmes et
les jeunes, sont plus touchés par les sécher-          Cependant, bien que ces politiques renvoient
esses, les inondations et les tempêtes, en             collectivement aux mesures d’atténuation et
même temps qu’ils subissent les effets gra-            d’adaptation, elles manquent de référence
duels du changement climatique, tels que               spécifique au changement climatique et rest-
le stress hydrique des cultures et du bétail,          ent donc insuffisantes à la lumière des im-
l’érosion côtière infestations de ravageurs            pacts prévus du changement climatique et de
imprévisibles.                                         l’ampleur et de la portée de la vulnérabilité.

Stratégie nationale et cadre                           Le changement climatique est largement
                                                       considéré comme un problème secondaire
politique                                              dans les politiques et ne bénéficie donc pas
                                                       d’une attention suffisante en termes d’orien-
Le Zimbabwe a été parmi les premiers pays à
                                                       tation politique ou d’allocation des ressourc-
ratifier la Convention-cadre des Nations Unies
                                                       es. En vue de combler cette lacune politique,
sur les changements climatiques (CCNUCC)
                                                       le Gouvernement du Zimbabwe a commencé
en 1992. Il est également signataire d’autres
                                                       à élaborer la stratégie nationale de réponse
lois environnementales majeures régissant le
                                                       au changement climatique (NCCRS) en 2011,
changement climatique, à savoir le Protocole
                                                       promulguée en 2014. La stratégie nationale
de Kyoto ratifié en 2009 et l’accord de Paris
                                                       de réaction au changement climatique édicte
récemment ratifié en Août 2017.
                                                       un plan d’action national pour l’atténuation
                                                       et l’adaptation, fournissant un cadre pour
Les questions de changement climatique ont
                                                       une approche globale et stratégique sur
également été largement intégrées dans la
                                                       les aspects d’atténuation, d’adaptation, de
législation nationale en 2009 et dans la poli-
                                                       technologie, de financement, ainsi que d’édu-
tique de l’environnement (NPE) comme con-
                                                       cation et de sensibilisation du public. Il vise à
tribution à la stabilisation des Gas à Effets de
                                                       «intégrer le changement climatique dans tous
Serre (GES). La NPE, cependant, ne traite pas
                                                       les secteurs de l’économie» (NCCRS, 2014) et
le changement climatique comme un prob-
                                                       à ouvrir un dialogue politique sur la nécessité
lème autonome. Au contraire, il est impliqué
                                                       d’une politique indépendante sur le change-
dans les stratégies et les activités qui entraî-
                                                       ment climatique.
nent des émissions de GES. Parallèlement à la
nouvelle politique de l’environnement (NPE),

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Dans ce contexte, le Gouvernement du Zim-                        les pays en développement étant plus vul-
babwe s’est engagé à élaborer une politique                      nérables en raison de leur faible capacité
de lutte contre le changement climatique au                      d’adaptation. La stratégie nationale d’adap-
début de 2015. La politique adopte une tra-                      tation à l’évolution du climat du Zimbabwe
jectoire pour atténuer les effets néfastes du                    (NCCRS guidera les mesures nationales de
changement climatique en ciblant principale-                     réponse aux impacts du changement clima-
ment le secteur de l’énergie et vise à protéger                  tique et fournira des conseils sur l’intégration
le climat des secteurs sensibles du développe-                   des questions de changement climatique
ment socio-économique.                                           dans les processus nationaux de planifica-
                                                                 tion du développement aux niveaux national,
Le gouvernement fait pression pour ce qu’il                      provincial, de district et local et assurera des
appelle l’agriculture adaptée au changement                      activités coordonnées4.
climatique (CSA). Cependant, se rendant
compte des impacts du changement clima-                          Le Gouvernement du Zimbabwe considère
tique chez les populations indigènes pauvres                     le changement climatique comme l’une des
du fait de leur faible capacité d’adaptation                     menaces pour le pays et sa population, et es-
mais également du manque de financement                          time également qu’il pourrait compromettre
pour mettre en œuvre des programmes                              une grande partie des réalisations positives
adaptatifs, le gouvernement du Zimbabwe a                        enregistrées au cours de ces dernières années
mis en œuvre une stratégie nationale d’ad-                       dans le pays dans le cadre de la poursuite
aptation à l’évolution du climat (NCCRS)                         des objectifs de développement. Le change-
pour guider la mesure de réponse nationale                       ment climatique et les politiques visant à mi-
face aux impacts du changement climatique.                       nimiser ses effets ont d’énormes implications
Les rapports du Groupe d’experts intergou-                       socio-économiques et environnementales5.
vernemental sur l’évolution du climat (GIEC)                     Le défi pour le pays est de savoir comment
indiquent que l’Afrique souffrira le plus des                    développer des stratégies d’adaptation qui
impacts du changement climatique. La nature                      peuvent réduire et atténuer les impacts divers
mondiale des changements climatiques exige                       et complexes du changement climatique. La
la coopération et la participation les plus larg-                stratégie nationale d’adaptation à l’évolu-
es à une réponse internationale efficace et ap-                  tion du climat (NCCRS) est une réponse à
propriée comprenant des mesures d’atténua-                       ce défi et vise également à contribuer à la
tion et d’adaptation fondées sur les principes                   réalisation du Programme de transformation
de la Convention sur les changements clima-                      socioéconomique durable du Zimbabwe (Zim
tiques (CCC).                                                    Asset) 2013-2018 et au-delà.

La stratégie nationale d’adaptation à l’évo-                     Le Programme de transformation so-
lution du climat du Zimbabwe (NCCRS) a été                       cioéconomique durable du Zimbabwe (Zim
lancée en 2011 et reconnaît que les impacts                      Asset) reconnaît que le pays est vulnérable
du changement et de la variabilité clima-                        aux sécheresses chroniques et aux inonda-
tiques deviennent plus évidents avec la per-                     tions causées par le changement climatique
sistance des années de sécheresses, des inon-                    résultant du réchauffement climatique. Il note
dations, des tempêtes de grêle, des journées                     également que le changement climatique
chaudes et des vagues de chaleur. Le change-                     affecte l’économie agricole du pays dont les
ment climatique est l’une des plus grandes                       moyens de subsistance dépendent largement
menaces pour le développement mondial,                           de l’agriculture pluviale, de l’élevage et des

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    Zimbabwe’s National Climate Change Response Strategy, GOV, 2011
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    Zimbabwe’s National Climate Change Response Strategy, GOV, 2011

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ressources naturelles. Ainsi, le gouvernement                      nécessité d’accroître les investissements dans
a créé un ministère de l’Environnement, de                         l’irrigation, en particulier dans la réhabilita-
l’Eau et du Climat en reconnaissance de l’im-                      tion des installations existantes.
portance du climat et du changement clima-                         Cependant, même si le budget alloué à l’irri-
tique pour le développement du pays.                               gation a augmenté au fil des années, il reste
Cela a été suivi par l’élaboration du projet de                    très faible (moins de 3% du budget agricole
politique du Zimbabwe sur les changements                          total) et insuffisant (FAO, 2016). Il existe
climatiques de 2013 qui devrait encore être                        actuellement un certain nombre de projets
finalisé.                                                          en cours pour réhabiliter les infrastructures
                                                                   d’irrigation, avec un financement principale-
La Convention-cadre des Nations Unies sur                          ment du gouvernement ainsi que des dona-
les changements climatiques a lancé les pro-                       teurs multilatéraux et bilatéraux. En 2015/16,
jets du Fonds spécial pour les changements                         le gouvernement a alloué 7 millions de dollars
climatiques (FSCC) concernant: l’adaptation;                       au développement de l’irrigation, ce qui com-
le transfert de technologie et le renforce-                        plète les 8,6 millions de dollars alloués par
ment des capacités; l’énergie, les transports,                     les partenaires au développement. En outre,
l’industrie, l’agriculture, la foresterie et la                    le gouvernement met actuellement en œuvre
gestion des déchets; et la diversification                         le Plan directeur national sur les ressources
économique. Ce fonds devrait compléter                             en eau et l’irrigation résilient au changement
d’autres mécanismes de financement pour la                         climatique, qui vise à intégrer la modélisation
mise en œuvre de la Convention.                                    du changement climatique au développement
                                                                   et à la gestion des ressources en eau et des
Infrastructure, genre et                                           infrastructures d’irrigation.

participation                                                      Genre et questions transversales

Absence d’infrastructures servant à
                                                                   Les interventions liées au changement clima-
l’irrigation
                                                                   tique peuvent être un point d’entrée essentiel
                                                                   pour promouvoir l’égalité des femmes en ter-
Le Zimbabwe est un pays semi-aride et son
                                                                   mes de droits fonciers, de droits économiques
agriculture est pluviale virile. Parce que la
                                                                   et culturels, d’accès aux processus de prise
majeure partie du pays reçoit des précipita-
                                                                   de décision et de participation politique6.
tions limitées et erratiques, l’irrigation est
                                                                   Les femmes ont moins accès aux connais-
une condition préalable à la réussite de la
                                                                   sances et aux processus de prise de décision.
production agricole. Le pays dispose d’un
                                                                   Les hommes dominent les décisions sur le
potentiel d’irrigation inexploité de près de
                                                                   changement climatique, l’élaboration des
1,5 million d’hectares, alors que la superficie
                                                                   politiques et la planification locale qui affect-
équipée pour l’irrigation est estimée environ
                                                                   ent la vie immédiate des femmes. Lorsque
à 200 000 ha (Zawe, 2015). Le Zimbabwe a
                                                                   les femmes se battent pour la santé et le
un grand nombre de petits et moyens barrag-
                                                                   bien-être de leurs familles et de leurs com-
es sous-utilisés et de petits périmètres d’ir-
                                                                   munautés, elles se battent également pour la
rigation délabrés. De même, de nombreuses
                                                                   santé de la Terre. C’est parce que les femmes
installations d’irrigation sur les anciennes
                                                                   dépendent de la terre pour leurs activités
exploitations commerciales à grande échelle
                                                                   agricoles.
sont dans un état de délabrement avancé.
Le gouvernement a clairement souligné la

6
    www.worldbank.org/ Women in Agriculture: The Agents of Change for the Global Food System; March 7, 2017

                                                               7
Bien que les femmes (et les enfants) devraient                    l’environnement» (EMA, 2002). Selon Dodman
être touchées de manière disproportionnée                         & Mitlin D (2015), la société civile participe
par le changement climatique, elles restent                       activement à la question du changement
largement absentes des processus de prise                         climatique: le groupe de travail zimbabwéen
de décision sur l’adaptation au changement                        sur le changement climatique compte plus
climatique et la réduction des risques de                         de 30 organisations de la société civile parmi
catastrophe. Chagutah (2010) souligne que                         ses membres et se réunit régulièrement; et
le genre a été absent des cadres politiques                       la coalition du Zimbabwe pour le change-
impliquant la gestion et la protection de                         ment climatique a été créée en 2009 en vue
l’environnement et des ressources naturelles                      de sensibiliser les jeunes aux changements
au Zimbabwe. En plus de favoriser les inégal-                     climatiques et d’accroître leur participation
ités persistantes entre les sexes, cela affecte                   aux programmes nationaux, régionaux et
l’efficacité de la politique, étant donné que                     internationaux de lutte contre le changement
les femmes jouent souvent un rôle central                         climatique. La rédaction du SNCE de 2014
dans l’adaptation et le relèvement après une                      a mené à de vastes consultations publiques
catastrophe. Il est heureux de noter que le                       pour contribuer au processus d’élaboration
NCCRS s’est efforcé de remédier à cette omis-                     d’un plan d’action complet sur les questions
sion en appelant à l’intégration du genre. On                     de changement climatique. Cependant, ce
dit que le changement climatique «exacerbe                        processus a été long et il reste à évaluer com-
les inégalités existantes» (NCCRS, 2014);                         bien les paysans, par opposition à certaines
le genre est ainsi réduit aux problèmes des                       ONG, ont été consultés. Il existe un risque que
femmes. De plus, dans le même document,                           les stratégies d’adaptation nationales for-
le gouvernement admet que «les données                            mulées sans la participation de ceux qui sont
désagrégées par sexe sur le changement                            destinés à adopter les pratiques limiteront
climatique, ses impacts et ses stratégies d’ad-                   plutôt qu’elles ne faciliteront l’adaptation et
aptation sont encore limitées au Zimbabwe»                        risquent de provoquer une inadaptation.
(NCCRS, 2014), ce qui tend à impliquer un
travail plus approfondi pour voir la stratégie                    Manque de reconnaissance des pratiques
pleinement mise en œuvre dans cet aspect.                         locales existantes

Absence de participation significative des                        Les chercheurs ont également découvert que
paysans à l’élaboration des politiques                            les petits exploitants agricoles (SHF) ont
                                                                  également développé leurs propres pratiques
L’Association zimbabwéenne du droit de                            de résilience aux changements climatiques,
l’environnement (ZELA) souligne l’importance                      notamment la production de cultures résis-
fondamentale de la participation du public et                     tant à la sécheresse telles que le sorgho,
de la participation des parties prenantes dans                    le millet, les arachides, les pois chiches, le
le développement de la future législation sur                     sésame et les noix rondes ainsi que le manioc.
le changement climatique (Brown et al, 2012).                     Les agriculteurs se sont également tournés
La loi sur la gestion de l’environnement stip-                    vers le petit bétail, comme les chèvres, les
ule que toute personne «a le droit d’accéder à                    moutons, les cochons, les «poules villa-
l’information environnementale et de partic-                      geoises7», ’ les pintades, en période de pré-
iper à la promulgation et à la mise en œuvre                      cipitations irrégulières. Les petits exploitants
de mesures législatives, politiques et autres                     agricoles (SHF) pratiquent maintenant une
prévenant la pollution et la dégradation de                       gestion durable de l’eau, telle que la collecte

7
 Village chickens are the type of chickens that are bred through being fed of produce from the unprocessed farm produce and
allowed to roam around the homestead in search of food.

                                                              8
de l’eau, qui consiste à creuser des barrages           tion des agriculteurs ruraux dans le processus
en terre et des trous dans les puits pour cap-          d’élaboration des politiques pour faire face
turer l’eau rare.                                       aux problèmes de changement climatique, en
                                                        particulier les femmes et les jeunes des zones
La zone de Shashe est une étude de cas clas-            rurales; la pauvreté, les inégalités, les taux de
sique sur la capacité des petits agriculteurs à         chômage élevés et la menace du changement
s’adapter et à résister à l’impact du change-           climatique sont toujours présents.
ment climatique, comme la récolte de l’eau,
la diversification des cultures et du bétail et         Les décideurs politiques continuent à faire
la production de petites céréales telles que            pression pour des politiques qui ne répondent
le mil, le rapoko. , sorgho, arachides, pois de         pas de manière adéquate aux besoins en
vache pour n’en nommer que quelques-uns.                matière de changement climatique des petits
                                                        exploitants agricoles (SSFs) et des paysans
La recherche a mis au jour le fait que les              dans les zones rurales, en particulier les
processus politiques et les programmes                  femmes et les jeunes. Des organisations telles
pour faire face au changement climatique au             que ZIMSOFF avec leur adhésion à LVC et
Zimbabwe ne sont pas en accord avec ce que              d’autres organisations partageant les mêmes
les petits exploitants agricoles (SHF) et les           idées ont milité pour des pratiques agricoles
paysans qui sont membres de ZIMSOFF et de               qui répondent aux besoins des agriculteurs
LVC font la promotion. Le gouvernement et               pauvres tels que l’agro-écologie, la souver-
les organes décisionnels n’ont pas reconnu le           aineté alimentaire, la diversification des
rôle important joué par les petits exploitants          cultures, la rotation des cultures, l’agrofores-
agricoles (SHF) et les paysans dans l’atténu-           terie, l’agriculture et les pratiques de récolte
ation des changements climatiques et les pra-           de l’eau, y compris des pratiques durables
tiques résilientes.                                     de gestion de l’eau et des sols, la promotion
                                                        des semences indigènes et la promotion des
Ces pratiques vont de l’agro-écologie en                petites céréales (légumineuses).
passant pat la souveraineté alimentaire, la
diversification des cultures, la rotation des           Le Gouvernement du Zimbabwe et les or-
cultures, l’agroforesterie, l’agriculture de con-       ganes de décision n’ont pas reconnu le rôle
servation et les pratiques de collecte de l’eau,        important joué par les petits exploitants agri-
y compris des pratiques durables de gestion             coles (SHF) et les paysans dans l’atténuation
des eaux et des sols. Le Gouvernement du                des changements climatiques et les pratiques
Zimbabwe et les institutions mondiales ont              résilientes, comme souligné ci-dessus. Ces
également échoué à reconnaître l’importance             pratiques allant du Gouvernement du Zimba-
des semences indigènes et la production de              bwe à la culture des graines locales et à la
petites céréales (légumineuses) comme une               production de petites graines (légumineuses)
autre façon de faire face aux changements               constituent une autre façon de résister aux
climatiques. Le Gouvernement du Zimbabwe                changements climatiques, mais continuent
continue de pressuriser les petits exploitants          à pressuriser les petits exploitants agricoles
agricoles (SHF) et les paysans pour qu’ils              (SSF) et encouragent les paysans à utiliser
mettent en place des formes d’agriculture               des semences hybrides, en particulier le maïs.
conventionnelles basées sur l’agriculture
adaptée au changement climatique (CSA),                 Resultats, debat et conclusion
utilisent des semences hybrides en particulier
le maïs et les engrais synthétiques.                    Le mouvement politique d’agro écologie
                                                        approuvé par La Via Campesina a permis
Ce qui est décourageant, c’est la marginalisa-          aux agriculteurs du monde entier d’étendre

                                                    9
leurs réseaux grâce au partage d’expériences             esse sévères pendant la saison des pluies»
entre agriculteurs (Rosset et al., 2011). Cela           à «précipitations très irrégulières» (ibid). Il
permet aux paysans d’apprendre entre eux                 y a cinq régions naturelles au Zimbabwe. La
et d’adopter les pratiques qu’ils jugent utiles,         qualité de la terre est meilleure dans la région
plutôt que d’avoir des politiques imposées               1 avec une qualité décroissante jusqu’à la
par le haut qui ne tiennent pas compte du                région 5. La région 4 est une région agricole
contexte environnemental, social ou politique            semi-extensive et la région 5 est une région
local. Le mouvement met en avant un dis-                 agricole extensive. Bien que la zone soit trop
cours politique sur le changement climatique,            sèche pour la production agricole, les agri-
encourageant les agriculteurs à voir au-delà             culteurs cultivent des céréales pour assurer
des aspects purement naturels du change-                 leur sécurité alimentaire et certaines cultures
ment climatique, et diffusant une com-                   de rente telles que le coton. Le maïs à lui seul
préhension des facteurs socio-économiques                représente 40 à 50% des surfaces cultivées
qui contribuent à leur vulnérabilité.                    dans les deux régions. Dans ces deux-là, les
                                                         rendements des cultures sont extrêmement
Un objectif important pour LVC est d’aug-                faibles et les risques associés à l’agriculture
menter la capacité des constituants à identifi-          sont élevés.
er les acteurs et les pratiques préjudiciables à
la justice climatique et la capacité des agricul-        Expériences avec le changement climatique
teurs à faire face aux effets du changement
climatique, ainsi que l’apprentissage concom-            Un point important de toutes les entrev-
itant de pratiques qui améliorent la capacité            ues était l’imprévisibilité des conditions
d’adaptation et la résilience, spécifiquement            météorologiques. Le problème était que les
l’agro écologie. La mesure dans laquelle les             pluies arrivaient tardivement, ne duraient
constituants des organisations membres de                pas assez, ou arrivaient avant les dates
LVC incarnent le mouvement politique de                  prévues, ce qui signifiait que les habitudes
l’agro écologie est –il de savoir que ce travail         de plantation traditionnelles étaient minées.
de terrain était orienté vers la découverte.             Sur une année moyenne, la fréquence de la
                                                         sécheresse a augmenté dans toute la région,
Sites de recherche                                       avec pour conséquence commune une baisse
                                                         significative des rendements. La plupart des
Le travail de terrain qui a servi de base à cet          personnes interrogées pensent que cette
article est réalisé en collaboration avec ZIM-           situation a commencé il y a de cela une
SOFF - Forum des petits producteurs bio du               dizaine d’années, même si certains souti-
Zimbabwe, une organisation qui compte 10                 ennent que ça remonte au-delà. L’un des
400 membres. Les résultats détaillés ci-des-             administrateurs des sites visités a déclaré
sous ont été obtenus à travers une série                 que «les précipitations ne sont plus fiables. Et
d’entretiens semi-structurés, ainsi que des              cette situation a pris départ depuis environ
entretiens thématiques avec un total de 12               2000. Parfois, vous plantez tôt et les plantes
agriculteurs, membres de ZIMSOFF, sur une                échouent. Parfois en retard et les cultures
période de quatre jours. Il a été réalisé en             n’atteignent pas la maturité. Voilà ce qui nous
mai 2017, dans les deux provinces de Mani-               amène à dire que les précipitions sont de plus
caland et Masvingo, situées dans le centre /             en plus peu fiable. » Il a rappelé que les habi-
sud-est du Zimbabwe. Masvingo se situe dans              tants de son quartier feraient face à la faim
la région 4-5 et Manicaland dans la région 5             et qu’ils devraient compter sur l’aide alimen-
(FAO) et les deux régions varient entre «pré-            taire. De plus, il a mentionné les conséquenc-
cipitations sujettes à des sécheresses saison-           es sévères de la sécheresse en une année
nières fréquentes et des périodes de sécher-             entrainant une perte énorme du bétail. Ils

                                                    10
avaient besoin de conduire leur bétail vers              les agriculteurs, le processus de restauration
des sources d’eau lointaines, voyage au cours            pour obtenir de bons rendements peut pren-
duquel le bétail ne pouvait pas survivre. Cela           dre jusqu’à trois ans.
a également conduit à une baisse significative
du prix du bétail, selon l’administrateur.               Tous les agriculteurs interrogés ont souligné
                                                         l’importance de la diversification des cultures
Adaptation                                               contre la monoculture du maïs, la culture
                                                         de base dans la région. On a noté que les
En raison de la pénurie d’eau importante face            différentes cultures présentaient des avan-
au changement climatique, la rétention d’eau             tages différents, l’avantage de la diversifica-
est devenue essentielle. À ce titre, les agricul-        tion étant d’éviter le risque d’une mauvaise
teurs interrogés ont souligné l’importance               année. Le mil rouge a l’avantage de pouvoir
d’utiliser des cultures à courtes saisons qui            être conservé jusqu’à 9 ans. En outre, il faut
nécessitent moins d’eau et développer des                un peu de temps pour mûrir ce qui signifie
pratiques de conservation. Une de ces pra-               qu’il n’est pas aussi sensible aux périodes de
tiques consistait à éviter de brûler de l’herbe,         pluies raccourcies. Certains agriculteurs ont
comme cela se fait traditionnellement, car               explicitement mentionné la culture du mil à
l’herbe dans les champs aide à retenir l’hu-             élaguer comme adaptation au changement
midité dans le sol et réduit le ruissellement.           climatique: “Nous faisons face au change-
L’utilisation de la culture intercalaire en agro         ment climatique en cultivant plus de millet,
écologie était une autre technique utilisée              car cela peut durer quelques années.” Les
pour conserver l’eau.                                    autres cultures qui ont été cultivées en raison
                                                         de leur plus grande résistance à la baisse
Un agriculteur a choisi d’adopter une im-                des précipitations comprennent le sorgho et
portante recommandation de ZIMSOFF                       le mil perlé. Un agriculteur a déclaré que «la
concernant le bétail. Les pauvres agricul-               première ligne de défense consiste à cultiver
teurs détiennent souvent un capital finan-               un large éventail de cultures vivrières» et «le
cier dans l’élevage de sorte que la mort du              maïs est très sensible à la sécheresse».
bétail est très souvent perçue comme étant
économiquement destructrice. Un des fer-                 Il montre comment la diversification est
miers dit avoir expérimenté tout cela avec               utilisée pour accroître la résilience. Ce senti-
d’autres fermiers en acquérant collective-               ment a été réitéré à maintes reprises par les
ment des chèvres, qui exigent moins d’eau                agriculteurs avec un inconvénient supplémen-
pour leur survie et résistent plus à la sécher-          taire noté pour le maïs, à savoir qu’il avait le
esse. De plus, ces deux animaux fournissent              moins de temps de stockage sur toutes les
du fumier, qui peut être utilisé pour fertiliser         cultures; environ 1 an, sans utiliser de “pro-
leurs champs. Ceci est important car les                 duits chimiques” coûteux. De plus, il a été
engrais chimiques achetés dans les magasins              noté qu’il était plus sensible aux ravageurs.
sont chers et doivent être utilisés année après          Les avantages du maïs ont également été
année si les agriculteurs doivent éviter la              mentionnés. Dans les années où les condi-
dégradation des sols. Selon un agriculteur:              tions météorologiques n’étaient pas aussi im-
«Si j’utilise de l’engrais aujourd’hui et que je         prévisibles, il était possible et souhaitable de
n’ai pas d’argent, je ne serai pas en mesure             cultiver du maïs car c’est la culture la moins
d’utiliser les champs demain. Le sol dégradé             intensive en main-d’œuvre à traiter.
par l’utilisation d’engrais chimiques peut être
inversé si du fumier est utilisé, mais selon

                                                    11
$

      Upenyu Ivhu innovation de récolte de l’eau

      18 membres de l’organisation paysanne Upenyu Ivhu ont participé à l’enquête (12 femmes et 6
      hommes). L’enquête a eu lieu dans la région de Murowa au niveau de la circonscription de Runde où
      ces ménages qui composent cette communauté pratiquent la récolte de l’eau, l’agriculture bio et le
      maintien d’une diversité de bétail. Les membres ont travaillé avec le regretté Zephaniah Phiri, un autre
      fermier innovant bien connu sous le nom de «Water Harvester», pour créer le groupe des agriculteurs
      innovateurs Hupenyu Ivhu (Life is Soil) en 1989.

      Pendant ces périodes de précipitations irrégulières, les petits exploitants pratiquent des techniques
      de gestion de l’eau telles que la collecte de l’eau qui consiste à creuser des barrages en terre et des
      contours de niveaux de profondeur égaux pour capturer l’eau rare. “Nous collectons les eaux de
      ruissellements qui traversent nos champs; nous gardons chaque goutte d’eau. Nous récoltons l’eau
      de pluie qui dégouline des rochers, de la route et aussi, comme il pleut, dans les contours que nous
      avons construits », a déclaré un fermier.

      Les barrages en terre ont également permis aux agriculteurs de se lancer dans la pisciculture qui
      contribue aux régimes alimentaires et aux revenus des ménages, améliorant ainsi leurs économies
      locales et leurs moyens de subsistance. C’est une initiative agricole qui n’était auparavant pas possible
      dans la région qui reçoit des précipitations faibles et peu fréquentes mais dans ce cas les solutions
      locales ont eu la réponse en voyant simplement une menace comme une opportunité.

      Selon un agriculteur, le processus de construction des contours se fait progressivement et un cette
      construction de contour peut durer jusqu’à un an en fonction de la taille, mais le processus vaut la
      peine d’offrir aux agriculteurs des solutions alternatives pour contrer les effets d’une pluviométrie
      irrégulière comme moyen de subsistance.

      L’eau retenue et endiguée assure que les terres sous-jacentes restent humides et retiennent
      l’humidité, de sorte que les cultures dans les champs environnants peuvent atteindre leur pleine
      maturité malgré le manque de pluie constante dans la région. L’eau récoltée permet également aux
      agriculteurs de cultiver leurs potagers tout au long de l’année, ce qui aggrave la diversité de leur
      système alimentaire.

    Cultiver exclusivement pour la vente au                   cultivent le tabac et le coton ce qui ne peut
    marché était généralement considéré                       pas garantir la survie lorsqu’on est dans
    comme un mouvement de renforcement                        une mauvaise année de récolte. «Dans les
    de la vulnérabilité, exprimé en termes de                 zones à forte pluviométrie, les gens ont
    dépendance au marché. La monoculture est                  tendance à être orientés vers les cultures
    considérée comme financièrement risquée                   commerciales, ils n’ont pas d’autres cultures
    par un agriculteur qui dit: «L’agriculteur                comme les arachides, le mile perlé, le mile,
    devient un travailleur pour l’industrie,                  le niébé, pour e citer que ceux-là. Faire de
    seulement les fermes pour payer les prêts.»               la monoculture, c’est une menace pour la
    Selon nos interviewés, la plupart des                     souveraineté alimentaire des ménages. “
    agriculteurs qui cultivent pour le marché

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Le point important relevé par les agriculteurs             encouragent la culture du maïs depuis
est qu’en période d’incertitude sur les                    les années 1960, selon un agriculteur. Le
conditions météorologiques et les niveaux                  même agriculteur a cependant noté qu’avec
de précipitations, la subsistance doit être la             les impacts croissants du changement
priorité, car l’agriculture pour l’exportation             climatique, cela semble être en train
utilisant des cultures commerciales est                    de changer. Interviewer un agent de
trop risquée. L’aversion pour le marché due                vulgarisation a confirmé ceci; il a dit que
à l’éviction des produits qui devaient être                le maïs était important mais que vous
achetés chaque année, comme les engrais                    deviez cultiver une variété de cultures. Il a
chimiques et les semences hybrides, était                  également souligné l’importance de cultiver
également évidente dans la mesure où                       des variétés de saison courte et que le maïs
de nombreux agriculteurs choisissaient                     prend moins de temps à mûrir. Incorporant
de conserver leurs récoltes excédentaires                  la diversification dans son enseignement,
plutôt que de les vendre. Quelques fermiers                l’agent de vulgarisation démontre
ont aussi expliqué comment ils allaient le                 comment les pratiques des agriculteurs
donner à des voisins qui avaient moins de                  peuvent influencer ce que le gouvernement
chance, démontrant un rejet de l’idée que                  recommande. Il était également clair que
la nourriture devait nécessairement être                   les petits agriculteurs expérimentent de
banalisée.                                                 nombreuses innovations visant à atteindre
                                                           la souveraineté alimentaire qui contribuent à
Se battre pour la souveraineté des semences                leur influence sur les agents de vulgarisation
                                                           et leur récit d’adaptation, comme un
L’état du maïs comme aliment de base ne                    agriculteur a précisé que: “actuellement les
peut s’expliquer en partie par le fait que les             agents de vulgarisation ont cet objectif parce
agents de vulgarisation gouvernementaux                    que nous sommes en train de les repousser. “

  La lutte du CHIEHA SFO pour la justice climatique

  L’Association de guérisseurs de la terre de Chibememe (CHIEHA) est située dans le quartier 1 sous le
  chef Gudo du district de Chiredzi Masvingo. La zone s’étend le long de la rive du fleuve Save River qui
  délimite Chiredzi de Checheche de Manicaland, d’où cette organisation de petits agriculteurs qui est
  devenue une partie de la grappe de l’Est pour ZIMSOFF. L’organisation paysanne est située à environ
  91 km à l’est de la ville de Chiredzi. Elle se situe dans la région agricole agro-écologique 5 (cinq) où les
  précipitations très faibles inférieures à 300 mm sont reçues par saison agricole. Le groupe compte 36
  membres dont 26 femmes.

  CHIEHA est une organisation communautaire de conservation et de développement fondée en 1998
  dans les zones rurales du sud-est du Zimbabwe. Le CHIEHA est un lauréat du Prix 2004 de l’Initiative
  des Nations Unies pour l’Équateur, reconnu pour ses efforts exceptionnels en faveur de la conservation
  simultanée de la biodiversité et de la réduction de la pauvreté: http://www.undp.org/equatorinitiative/
  secondary/2004-finalists.htm

  Les 36 agriculteurs (26 femmes et 10 hommes) interrogés dans le cadre de cette enquête font partie
  de CHIEHA et de différents quartiers environnants. Les agriculteurs ont détaillé leurs efforts pour éviter
  les effets du changement climatique en utilisant des semences indigènes qui peuvent résister aux

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