A l'abordage !!! Avec les amis du journal - Les Allumés du Jazz

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A l'abordage !!! Avec les amis du journal - Les Allumés du Jazz
A l’abordage !!!
                      Avec les amis du journal

Illustration de Pic
2         Le jour                                                                                                                     LES ALLUMÉS DU JAZZ       2EMETRIMESTRE 2010

                             À L’ABORD’ADADJLADJ
Texte de Pablo Cueco
Illustration de Rocco

Le poète et musicien grec Euripide pensait qu’« Aux vrais amis, tout est commun ». Ce qui fait la vérité
d’un journal, sa circulation, sa réalité d’échange, ce sont bien les parties communes avec ses lecteurs et
acteurs.

D
      epuis 26 numéros, et une bonne douzaine d’années, le journal Les Allumés            diffusion sont « militantes ».
      du Jazz rythme la vie musicale française largement au-delà des contours             La situation économique lamentable de l’édition phonographique, celle, déplorable,
      convenus des esthétiques définitivement établies. Nous fuyons depuis long-          de la presse, l’évolution abyssale de l’intervention de l’Etat, la crise cosmique de
temps le mundillo maudit, ce mal franco-français du jazz jazzo-jazzistique.               l’économie mondiale et celle, pénible, de la cinquantaine - sans Rollex - pour cer-
                                                                                          tains d’entre nous, celle, à peine moins difficile, bien que plus longue, de la sortie
Conçu au départ comme un outil de communication au service des labels de jazz             de l’adolescence, également nommée « crise de la quarantaine », celle de l’adoles-
indépendants, il s’est vite métamorphosé en journal atypique, au service de la            cence qui la précède de peu, et celle de la peur de la sénilité, par nature précoce…
musique et de ses amoureux, qu’ils soient platoniques, diatoniques, chromatiques          Toutes ces crises, aussi concomitantes que virulentes, posent à terme le problème
ou dodécaphoniques. On y parle de musique… Et donc de musiciens, d’histoire, de           de la pérennité de cette publication.
pensée musicale, de philosophie, de temps, de composition, de swing, de groove,
de son, de rap, de                                                                                                                                  Nous       sommes         donc
mood, de mode, de                                                                                                                                   aujourd’hui face à un
mad, de cinéma, de                                                                                                                                  dilemme. L’économie nous
polar, de production, de                                                                                                                            imposerait de basculer vers
politique, de journa-                                                                                                                               un journal payant - ou
lisme, de littérature, de                                                                                                                           financé en partie par de la
religion, de photogra-                                                                                                                              publicité - avec toutes les
phie, d’identités inter-                                                                                                                            contraintes, y compris édi-
nationales, des Amériques,                                                                                                                          toriales que cela comporte ;
Afriques, Asies, Australies,                                                                                                                        nos convictions exigent que
Europe (le seul conti-                                                                                                                              nous conservions la gra-
nent à ne pas commen-                                                                                                                               tuité et la liberté de ton que
cer par un A), d’arts                                                                                                                               nous aimons…
plastiques, des musiques                                                                                                                            Nous avons imaginé une
du Monde, des extra-                                                                                                                                possibilité : une démarche
terrestres, de nature, de                                                                                                                           associative, combinant - selon
jazz, de surnaturel, de                                                                                                                             les souhaits et possibilités
cuisine, d’improvisa-                                                                                                                               de chacun - soutien finan-
tion, de sciences, de                                                                                                                               cier, adhésion et affirma-
bandes dessinées, de                                                                                                                                tion d’un intérêt particu-
poésie… Et de tous                                                                                                                                  lier pour ce journal,
sujets pouvant éclairer,                                                                                                                            actions,         propositions,
édifier, surprendre… Et                                                                                                                             échanges d’idées, rencon-
se partager entre mélo-                                                                                                                             tres, et plus si affinités…
manes… Et aussi par-
fois juste pour le plaisir                                                                                                                          Nous vous proposons d’adhérer
d’écrire et de lire… En                                                                                                                             à « l’Association Des Amis Du
plus, il y a plein de                                                                                                                               Journal Les Allumés Du Jazz » :
beaux dessins et de                                                                                                                                 l’ADADJLADJ.
belles photos…
                                                                                          En adhérant à l’ADADJLADJ, amis lecteurs, vous pourrez soutenir notre démarche et per-
Le tirage s’est progressivement stabilisé autour de 18 000 exemplaires, dont 6 000        mettre à tous ceux qui le désirent de recevoir le journal gratuitement. Vous contri-
sont distribués sur des lieux de concerts et de pratique musicale.                        buerez, si vous le souhaitez, à la diffusion du journal dans votre entourage. Vous
                                                                                          pourrez aussi devenir un « lecteur actif » en vous associant à la rédaction, en pro-
Le journal est gratuit, et ce depuis le départ. Mieux encore, l’abonnement est offert !   posant des thèmes, des idées d’articles, des commentaires, en donnant des avis…
Cela n’est ni neutre, ni « gra-
tuit »… C’est une prise de posi-
tion assumée sur la diffusion
de la culture et du savoir, sur la
                                  ADHÉRONS À l’ADADJLADJ !                                                                                        De plus, en apprenant
                                                                                                                                                  simplement à prononcer
                                                                                                                                                  correctement notre nom,
liberté d’expression, sur la musique et sur l’art en général.                             vous perfectionnerez votre diction, prendrez de l’assurance dans toutes les situa-
                                                                                          tions difficiles de la vie (mariage, divorce, enterrements, entretien d’embauche,
Certes, tout a un coût et chaque chose a son prix… Et même ce journal, c’est cer-         interview…) et affirmerez avec nous et avec force votre refus permanent de toute
tain… Mais nous avons fait collectivement le choix de proposer un espace d’expres-        facilité gratuite.
sion aux musiciens, producteurs, mélomanes, diffuseurs, penseurs de la musique
et autres bavards impénitents, qui soit accessible à tout lecteur.                        SAUVONS notre journal commun AVANT qu’il ne soit menacé ! ADHÉRONS À
Le journal est financé par le budget propre des Allumés du jazz (pourcentage sur          l’ADADJLADJ !
les ventes de CD, adhésion des labels…) et aussi surtout par des subventions
diverses (Ministère de la Culture, Sacem, CNV…). La rédaction et une partie de la
LES ALLUMÉS DU JAZZ              2EME TRIMESTRE 2010                                                                                                                                        Le jour         3
Illustration de Johan de Moor

       Bulletin d’adhésion à l’Association Des Amis du Jour nal Les Allumés du Jazz
              Coupon à retourner, accompagné de votre règlement à L’ADADJLADJ
                                    128 rue du Bourg Belé
                                       72000 Le Mans                                                                              J’adhère à l’Association Des Amis du Journal Les Allumés et
                                                                                                                                  verse ma cotisation 2010

                                                                                                                                  Cotisation 2010 :              10€(étudiants, chômeurs)     15€(actifs)
              Madame                                   Mademoiselle                                Monsieur

     Nom : ................................................ Prénom :..............................................                Je désire faire un apport supplémentaire de : .................€

     Né(e) le :........................................... Profession : .........................................                 Total : ........................€

     Adresse : ..........................................................................................................

     ..........................................................................................................................

     Code postal : ..................................... Ville : ................................................

     Pays : .................................................

     Téléphone : ..................................... Fax : ..................................................

     Courrier électronique : ...............................................................................

                                                                                                                                                                                              Muybridge
4         Cours du temps du journal                                                                                                                         LES ALLUMÉS DU JAZZ    2EME TRIMESTRE 2010

                                  LA                   VIE                       DES                          ALLUMÉS :

Texte du fantôme de la rédaction, illustration de Ouin

                              LES ALLUMÉS DU JAZZ À DEUX PAS DU SOLEX
                                                                                                      des maisons de disques de l’association pour les vendre (mais oui

                              F
                                    évrier 2001, la nuit mouillée vient tout juste de tomber, le
 1                                  vrombissement d’une moto résonne dans une cour d’immeu-           les vendre) par correspondance. Quelques plumes excitées se sont
                                    bles anciens pas loin de la Bastille où sont garés moultes        emparées des espaces restant pour donner la parole à chacun. La          8
                              vélocipèdes, vélomoteurs ou antiques solex. L’engin se gare et          première Question : « Avez-vous une bonne raison de produire ? »
                              l’homme descend. Il vérifie scrupuleusement avoir tout éteint, s’in-    met la barre juste (on en a encore la gueule de bois et la galette de
                              quiète de bien avoir les précieuses images dans son sac de cuir, et     vinyl). Le dessinateur Jiho, futur héros de Siné Hebdo, se charge
                              se dirige vers le seul lieu éclairé de la cour, celui des Allumés du    des images, instaurant ce rapport particulier des Allumés à l’uni-
                              Jazz. À l’intérieur, ça rit, ça discute, ça court, ça tape, ça met en   vers du cartoon. Mais cette bande d’Allumés ne va pas en rester là.
                              page, ça griffonne, ça chiffonne, ça chante, ça chahute. On dirait      Les voilà en train de bousculer l’ordre mal établi du premier opus-
                              des enfants. C’est l’effervescence du bouclage du numéro 5 du           cule pour en ajouter bien plus d’une couche, le fanzine tonne wop-
                              journal de l’association du même nom. L’ouvrage vient de passer         bop-a-loom-bop-a-boom-bam-boom et la parole s’allonge. Les
                              de 18 à 24 pages. Le journal Les Allumés du Jazz (que certains          musiciens font leur entrée, le dessinateur Cattanéo aussi (respon-
                              s’évertuent à prononcer Journal des Allumés du Jazz) vit au rythme      sable du dessin du titre du n°1 au n°22), les trois brunes libres
                              de 3 parutions annuelles depuis le 4ème trimestre 1999. Il s’agit       s’éclatent et voici l’ambitieuse « Critique de la critique » offrant
                              alors d’un 12 pages destiné à mettre en relief les disques nouveaux     la possibilité de critiquer les critiques ; en prime un jeu de société

 2                        3                              4                              5                              6                               7                       9
LES ALLUMÉS DU JAZZ   2EME TRIMESTRE 2010                                                                                                    Cours du temps du journal                           5
           U N E A F FA I R E DE PAT T E S À PA P I E R
 10                                                                                                                                                                                         21

                           en encart. Numéro 3, le comité éditorial tanne le Conseil                  nal cette fois-ci Les Allumés parlent d’eux-mêmes. Le n°15, un
                           d’Administration pour passer de 12 pages à 16 pages. Il vaut               spécial photo du camarade de Magnum, affirme sa solidarité avec
                           mieux lâcher du lest à ces enflammés car les Allumés du Jazz ont           Gérard Terronès et le n° 16 répond avec un spécial dessin. Une
                           d’autres chats infouettables. L’objectif de Christian Ducasse renou-       floppée de dessinateurs plus talentueux les uns que les autres font
                           velle sa prouesse du numéro précédent et Slim devient héros du             irruption (Johan de Moor, Jérôme Bourdellon, Laurel, Carlos
                           journal, sa queue dressée indique le bon moral de l’équipe qui rend        Zingaro, Chantal Montellier, Andy Singer, Zou, Annestay, Ouin,
                           à Philippe Carles ce qui est à Philippe Carles en proposant une des        Vercors, Sylvie Fontaine, Efix, Jeanne Puchol, Laurent Percelay,
                           rares interview du co-auteur de Free Jazz Black Power et rédac chef        Pic, Nathalie Ferlut, Chloé Cruchaudet, Sangram Majumdar,
                           de Jazz Magazine depuis des lustres. Aux Allumés aussi on parle            Stéphane Courvoisier, Jonathan Thunder, Marianne Trintzius,
                           d’actualité et d’histoire avec le Cours du Temps qui fait le point sur     Muzo, Rocco, Ramuntcho Matta et bien sûr toujours Cattanéo)
                           quelques passeurs et fondateurs influents. François Tusques,               autour de Siné qui fait une pause pour le Cours du Temps. La
 11                        inventeur du Free Jazz à la française inaugure.                            musique grise l’illustration qui s’affiche en nouvelle signature du                   22
                                                                                                      journal aux côtés des photographies de GLQ qui garde sa page. Le
                           ÉRECTIONS SANS PIÈGE                                                       monde de la bande dessinée reconnaît Les Allumés du Jazz qui se
                           Le courrier des lecteurs et les réactions diverses s’amplifient large-     trouvent cités ci-et-là. N°17, la crise du disque est sur toutes les
                           ment avec ce quatrième numéro. Le journal prend alors sa place à           bouches et dans tous les éditos, alors Les Allumés du Jazz font le
                           la marge éclatée de ce fameux « mundillo » du jazz (qui parfois            point, non mais ! Une lectrice de Clermont-Ferrand n’apprécie pas
                           s’en inquiète). Et voilà que tout éléctrisé par les réactions              le CD crucifié de la couverture et crie au blasphème. La rédaction
                           ambiantes, le comité éditorial implore le Conseil d’Administration         nomme un émissaire afin de calmer ce soulèvement des régions
                           qui en réfère à l’Assemblée Générale de passer à 24 pages. Ils ne          volcaniques. Si Les Allumés donnent toujours la parole aux nou-
                           savent pas très bien quoi, mais ont fermement l’impression de tenir        veaux et nouvelles venues et s’appliquent à « penser la musique
                           un truc. Arrive donc ce fameux numéro 5 où l’on commence à avoir           aujourd’hui », ils n’oublient jamais les grands aînés d’où qu’ils
                           envie de parler de tout avec la musique comme nécessité totale. Le         soient, en témoignent le Cours du temps bien sûr et cette couver-
                           journal Les Allumés du Jazz (et non pas Le Journal… oui oui on             ture de Daniel Cacouault dédiée à James Brown (18). Mais dans
                           sait !) est un ouvrage de situation, un journal très « Poule sur un        les grands aînés, on se passerait du retour de Napoléon III, on fait
                                                                                                      avec, on se serre les coudes. La supposée crise du disque (« sans
 12                        mur » comme l’annonce si précisément le n°6. Steve Lacy refait la
                                                                                                      le latin, la messe nous emmerde ») trouve un écho dans celle de la
                                                                                                                                                                                            23
                           une après être apparu sur le numéro 2. Les photographies du
                           motard Guy Le Querrec dansent avec les goûts des uns et des                presse musicale (19) ou encore plus fort encore dans celle de la
                           autres. Le nouveau siècle n’est pas si facile à vivre et le journal        crise tout court (20). Du grain à moudre et de l’encre à pisser. La
                           marque une pause entre le 2ème trimestre 2001 et le quatrième              musique vaut-elle le dérangement (21) et Allumette fracasse la
                           trimestre 2002. Le n°7 annonce un journal « très musical et un             porte et devient la mascotte du journal. Pas trop de suspense pour
                           peu sexuel » avec en note de bas de page : « Enfin de retour, mal-         la réponse, mais un sacré grattage de tête, on en parle, on se réu-
                           gré et suite aux difficultés économiques qui décidément n’épargne          nit ailleurs qu’en salle de rédaction, à Vitry par exemple à l’invita-
                           personne, les Allumés reprennent la route, le sourire au fusil et la       tion de Sons d’Hiver. On cherche ! ( et les questions … oui oui,
                           fleur aux lèvres ». Plus que jamais les questions fusent (le jazz est      c’est déjà dit plus haut !). Un point sur les rapports du jazz avec la
                           une musique qui a souvent plus besoin de questions que de                  trop ( ?) oubliée musique contemporaine en numéro 22 et pour
                           réponses) (1). Le journal est gratuit (free). Arrive la salle guerre       fêter le numéro 23 (ça se fête un numéro 23 !), la « parution à
                           d’Irak et Les Allumés du Jazz (le journal) ouvrent les colonnes du         périodicité diablement aléatoire » se fend d’un 48 pages qui pré-
                           n°8 à l’historien activiste américain Howard Zinn. Les musiciens           sente une sélection large de leur production commentée par toute
                           et gens de musique sont aussi êtres responsables. Joseph Jarman            sorte de plumes et largement illustrée (la couverture est de Jean-
                           rejoint l’univers d’un Slim en érection. La question des droits d’au-      Claude Claeys, expert en polars si chers à l’Inspecteur Depaul). Le                   24
13                         teurs et du téléchargement (gratuit ou payant) commence à enva-            n°24 « Jazz et luttes » sort dans la rue pour le défilé du premier
                           hir (polluer) l’espace et les Allumés n’ont pas l’intention de les trai-   mai 2009, objet de bien des rencontres et des débats et le 25
                           ter comme le nuage de Tchernobyl si scrupuleux des frontières, le          revient sur les étapes du disque et cette question déjà posée dans
                           n° 9 fait aussi bonne place à l’intermittence du spectacle et bien         le premier numéro continue d’occuper : « pourquoi produire de la
                           sûr toujours au cinéma, à la littérature, à la politique, et autres        musique ? ».
                           positions non stagnantes. Le n° 10 est pour Les Allumés l’occasion
                                                                                                      (1) Si vous n’êtes pas d’accord, écrivez au journal à qui ça fait toujours plaisir.
                           d’une rencontre avec le journaliste-activiste-producteur            Nat
                           Hentoff et le printemps résonne. Notre confrère Le Monde
                                                                                                      Pour le détail des sommaires des numéros avec tous ceux (trop
                           Diplomatique salue cette rencontre.
                                                                                                      nombreux pour être cités ici) qui s’y sont exprimés : www.allumes-
                                                                                                      dujazz.com à la rubrique Journal
                           DES MOTS D’ALLUMETTES
                           Nous sommes en 2004. La même année, Les Allumés – qui ont                  Membres historiques du comité éditorial : Jean-Jacques Birgé, Valérie
                           déménagé au Mans (Sarthe) - réclament « Un forum sinon rien ! »,           Crinière, Pablo Cueco, Mathieu Immer, Jacques Oger, Jean-Paul Ricard,

14
                           l’assemblée aura lieu à Avignon avec mieux que des papes comme             Jean Rochard, Jean-Paul Rodrigue, Jean-Louis Wiart, et les membres des                25
                           invités. Elle fera l’objet d’un numéro hors série mais pas hors            Allumés du Jazz...
                           sérieux. Les occasions manquées font un détour par le divan du
                           n°12 où la musique s’écrit avec un grand M et où le ministre de
                                                                                                      Remerciements à Catherine Cristofari, Joëlle Dechanet, Farida, Tina
                           l’intérieur (futur candidat gagnant à la présidence de la république)      Hurtis, Nicolas Jorio, Clarisse Julcour, Marie Jo Marchand, Nicolas
                           en prend pour son grade. Il fallait bien que le n°13 imprime sa            Oppenot, Daphné Postacioglu, Bomessé Pounembetti, Christelle Raffaëlli,
                           papatte. Outre qu’il se gonfle jusqu’à 40 pages l’espace d’un              Cécile Salle, et toutes celles et ceux qui ont contribué à faire du Journal ce
                           numéro, il fait aussi l’objet d’une maquette nouvelle plus discipli-       qu’il est et de lui avoir évité d’être ce qu’il n’est pas.
                           née (vraiment ?). Retour au 24 pages pour le numéro suivant (14,
                           vous suivez …) accompagnant un disque où comme dans le jour-

15                    16                              17                              18                                   19                                      20                       26
6         Lieux intimes                                                                                                                                                LES ALLUMÉS DU JAZZ               2EME TRIMESTRE 2010

                                                                                                                                                                                          Texte de Marc Péridot
 PORTRAIT IMMÉDIAT DE DENIS LAVANT                                                                                                                                                Illustration de Nathalie Ferlut

KASSAP / LAVANT / LOPEZ                                                                                                                                                                          DECLARED ENEMY
MEDIONI / TCHAMITCHIAN/                                                                                                                                                                   SALUTE TO 100001 STARS
ASCENSION,TOMBEAUDEJOHN                                                                                                                                                                   A TRIBUTE TO JEAN GENET
        COLTRANE                                                                                                                                                                                  Rogue Art ROG-0004
       RogueArt ROG-0022                                                                                                                                                                          Matthew Shipp (piano),
    Sylvain Kassap (clarinettes),    « Il est des entreprises pour lesquelles la vraie méthode est un désor-   Matthew Shipp, Sabir Mateen, William Parker et Gerald                       Sabir Mateen (saxophone alto, flûte,
     Ramon Lopez (batterie),         dre intentionnel. » Herman Melville                                       Cleaver). Il n’est nul besoin de s’approcher de Denis Lavant                 clarinette), William Parker (contre-
Claude Tchamitchian (contrebasse),                                                                                                                                                           basse), Gerald Cleaver (batterie),
                                                                                                               car il se charge de s’approcher de nous, on pourrait même
        Denis Lavant (voix),                                                                                                                                                                      Denis Lavant (lectures)
   Franck Médioni (jazz poème)
                                                                                                               dire que l’approche est son instinct décisif. La nature a ses

                                     L
                                            a vie immédiate, c’est la voix pleine d’étendue d’être.            symboles, ses cruautés, ses procédés mais aussi ses capacités
                                            Elle veut les mots libres et audacieux. La vie immé-               visionnaires que Lavant sait figurer. Impossible autrement
                                            diate, celle qui « tombe dans un mot et t’y voit à l’envers        d’apostropher Coltrane en pleine ascension (il le fait en
                                     (1) » cherche ses interprètes. « Le hasard fait sortir le plus            compagnie de Sylvain Kassap, Claude Tchamitchian, Ramon
                                     grand des hasards (1) ». Dans les grands métrages de cinéma               Lopez par les mots de Franck Médioni) et, comme pour
                                     Mauvais Sang de Léos Carax, Beau Travail de Claire Denis ou               taquiner Oscar Wilde, de garder les couleurs de la vie en se
                                     Capitaine Achab de Philippe Ramos, la vie immédiate a son                 souvenant des détails.
                                     exégète : Denis Lavant. Elle a aussi ses diseurs chercheurs de
                                     bonne aventure, le comédien les épaule et les prolonge :
                                     Attila József (avec Serge Teyssot-Gay de Noir Désir), Arthur
                                     Rimbaud (avec Raphaël Didjaman) ou Jean Genet (avec                       (1) Jean Genet : « Marche funèbre » in Declared Enemy (Rogueart)
LES ALLUMÉS DU JAZZ        2EME TRIMESTRE 2010
                                                                                                                                                             Lieux intimes                  7
Texte de Christian Tarting
Illustration de Zou                              LETTRE À ANNICK NOZATI SUR NOS ENFANCES

J
      e ne retrouve pas les photos mais les images sont toujours là, celles de ce printemps.      un peu plus tard. Après je te lis. Presque apeuré de : je te lis. Comme moi tu n’es pas sor-
      L’arrivée discrète dans la cour, midi ou tout comme, il n’y avait pas grand-monde.          tie de la cour. Et : je chante ce temps de toute urgence pour vivre. Et : tu me disais c’est
      Furtive un peu, disons embarrassée ; et le gros homme avec toi ne l’était pas moins :       une aventure extêmement urgente et pourtant très lente. (Un peu plus tard me le disais
vous vous comportiez comme deux intrus, des forceurs ratés de coffres-forts. Dans la cour,        mais dans la cour je le savais déjà dans la cour tu le disais déjà.) J’avais, tout de suite, là
au fond de la cour, deux godotiens, un peu branques c’est la logique, prêts à s’excuser en        dans ce midi, ta lenteur impeccable avec, contre, moi. Festina lente et ton visage Momo.
aggravant leur cas : lui manque de tomber le joue évidemment, agite en tout drame les             J’avais ça t’ai perdue rattrapée dans la cour ne savais pas que : j’allais te perdre et rattra-
bras, d’un rétablissement gloussé présente son soprano au public ; toi tu le suis voilà, à        per, et te perdre, que trop vite j’allais te perdre que nos moments premiers, histoires
grand renfort de manches et mousseline, lances ta voix, t’arrêtes, grimaces, te figes en          petites lumineuses et fatrasies, se perdraient. Mais : tu l’as dit l’as chanté entre la chute
masque Momo ma sarcastique. Le ton est donné, posé devant le petit nombre dans ce                 et l’espoir.
bout de cour d’école dépavé, il fait beau, pas de micro, ni toi ni le gros homme n’en avez
besoin en l’occurrence, dans le principe vous n’y êtes pas attachés, dans le principe vous
                                                                                                                                      ANNICK NOZATI
                                                                                                                                   LA PEAU DES ANGES
n’êtes pas attachés. Of Being Numerous : j’avais quelques années auparavant découvert                                                Vandœuvre VDO9712
George Oppen – les objectivistes américains mais lui d’abord, Oppen –, j’avais de lui un                                             Annick Nozati (chant)
livre avec moi pour les jours de ce festival et alors là tout de suite j’ai pensé par anti-
phrase à son titre. Nous ne sommes pas nombreux – je me suis dit l’évidence.
(Aujourd’hui encore aujourd’hui bien sûr hélas je peux y penser par antiphrase nous ne
sommes pas nombreux oui.) (Et puis certains ne sont plus là tu le sais bien plusieurs
presque beaucoup ne sont plus là je ne dresserai pas la liste tu la connais l’as signée le 7
juillet 2000.) (Et je revois la cour il me suffit d’entendre ton essai de voix je me dis quel
est aujourd’hui le petit nombre qui a remplacé ?) Et j’ai pensé quelle, en regardant les
touffes très vertes qui bouffaient au soleil les pavés déjà flingués joliment, quelle, alors,
quelle autre voix pour : dire le nombre appelé, rêvé, nos impatiences, foucades, refus ;
dire aussi nos moments d’innocence tous les désirs de transformation. Une clarté.
(« Clarté // au sens de transparence, / et je ne veux pas dire qu’on peut beaucoup expli-
quer. // clarté au sens de silence. ») Claire à ton seul essai de voix mon écoute. Claire à
ton seul essai de voix mon attention, et : plus encore – très vite je prends de plein fouet ta
voix pas que. Très vite le gros homme et toi, ton Lolimericker et toi, vous mettez tout en
pas que, balancez tout hors du cadre, d’abord
mental, hors de la cour pourrie d’école, hors de     « ... dire le nombre appelé, rêvé,
la scène pauvre à qui soudain vous donnez l’or
d’être scène, l’amour d’un espace affirmé, du        nos impatiences, foucades,
chant lié, de l’entrelacé périlleux, ouvert, déli-
cat, deux langues lacées l’une l’autre tenues        refus ; dire aussi nos moments
du désir d’être voix. Parfaitement d’être et le
Coxman te pousse de toute sa belle douceur           d’innocence tous les désirs de
d’estragon (mais ne restez pas debout comme
ça, vous allez attraper la crève), taraude genti-
                                                     transformation. »
ment, souligne, gentiment agace, refait-insiste,
te dit là rappelle tes propres premiers jours. Collinée sa voix tu la reçois une ondulation
satienne, learienne, un sautillement du stay with me, tu la reprends la provoques, mon iro-
nique, comme décidée d’une stupeur, dirais-je une candeur jamais jouée. Masque blanc
du corps. Déprotection. Toi-même un Auguste dans ta mousseline, un Auguste crié. Toi-
même, déprotégée démunie, tu l’écriras un an plus tard. Violence de ton texte le seul un
an plus tard. (Alors, le cul sur les pavés foutraqués de la cour je ne sais pas que j’en suis,
en partie, fautif...) J’entends. Je ne t’ai pas encore lue. Le gros homme, le gros fool-on-
the-hill qui du soprano explique tant, prosodie, parlexpliquetant t’explique tant, je sens
bien qu’il est là plus que là, t’empêche de trop donner. (Plus tard, bien plus tard que ce
midi dépavé, dans la circonstance terrible le pur terrible de ma vie, je me répéterai ça je
t’ai protégée je te protège, je me répéterai ça un peu pensant à toi, héliotropique, et au
gros homme avec toi, un peu te revivant toi ; moi : creusant la tombe dans le sol de
février.) Ballerinant, titillant te défendant, il voit de tout près le mouvement des doigts sur
ta gorge tes seins le gros homme, les erres et tentatives, les butées, de tout près la danse
et l’inquiétude, de tout près il sait que. Oui mais oui je ne t’ai pas encore lue, ma mesu-
rée qui fous ta voix dans la voix. Oui : ma mesurée ; car tout de suite je sais (au sens de
transparence) que dans le drame rien ne t’échappe. Que dans le drame tu noues, alors
oui, perinde ac, le privatif : ta protection et ta mort. Comme dans nos chansons vieilles de
petits, nos petites conjurations. Comme à ce moment de pousser la voix dans le noir. (Je
chante, envoie au large, chante, reviens ; le noir n’est pas pour moi le noir le sait puisque
je suis le noir.) Oui ma mesurée ma déchantante. Dans le discantare que je reçois là de
force et plaisir, de toi ma diva, dans le déchant, fine, dure, fine affaire de toi contre toi
j’ai toutes les images. Tous les moments du chant instauré. Tous les moments du chant
instaurés-foutus. Tout le temps ta voix se sera dit aura dit pour moi I’m late, I’m late !
(Mon retard ma vie glissée déjà morte.) (Ta vie oui, late.) Ce que réfutait le gros homme,
l’Hillman, tu le sais – l’as su peut-être trop tard. Là je ne, non, sais plus rien des images
mais seulement la main, elle sur tes seins la main chorégraphiée d’évidence. La disposi-
tion d’air, théâtre excusé presque : d’extraversion. Et je vois la main sur tes seins, ballet à
peine crispé. Ta main disposant c’est un texte. Et : avec toi je continue c’est une évidence
presque morte têtes-mortes. (Maintenant.) Et : j’ai ton visage ; tu vois j’ai ton visage. Je
n’ai pas quitté la vieille cour. Je continue de voir farouchement en esprit le gros homme et
toi vous vois-écoute de si longtemps vois-écoute j’ai les traces ai bien sûr les traces les ai
toujours rien du temps n’y aura fait. Je continue. Je n’ai pas retrouvé les photos mais :
comme toi je sais comme toi la cour dépavée avec toi a tout dit. Après je prends les mots,
8           Directions                                                                                                                                                         LES ALLUMÉS DU JAZZ              2EME TRIMESTRE 2010

                                                                                                                                                                                                   Texte de Jean-Paul Ricard
                                                FEMMES DE JAZZ
 Dans son édition du 17 avril 2010, notre confrère citizenjazz.com revient, dans un article intitulé « Les musiciennes du jazz relèvent la tête », sur la
 situation présente des femmes dans le milieu trop masculin du jazz. Comme une sorte de complément, en ces temps de retour du stéréotype quasi
 publicitaire de la chanteuse de jazz, les Allumés revisitent l’histoire de ces femmes instrumentistes qui ne date pas d’aujourd’hui, mais des sources
 mêmes du jazz, à l’instar des femmes pirates d’antan qui continuent à interroger la trop assurée solitude des mâles.
PETITE HISTOIRE DES                     Hardin Armstrong. Les divers         Hutton « and his Melodears »           Pat Moran.                             Les musiciennes qui ont                 augmentation et, de plus en
                                        témoignages les concernant           (musiciennes blanches), les « Harlem      Sur les autres instruments se       émergé depuis les années                plus, sur tous les instruments.
FEMMES (INSTRUMEN-                                                                                                                                                                                 Parallèlement, le mouvement
                                        font état de caractères bien         Playgirls » (musiciennes noires)       sont distinguées : Norma Carson,       soixante présentent une grande
TISTES) DANS LE JAZZ                    trempés dans la mesure où,           et, surtout, «The International        Jean Starr, Clora Bryant (trom-        diversité de styles et d'ap-            vers une plus grande reconnais-
                                        outre la difficulté à s'intégrer à   Sweethearts of Rhythm », sans          pette) ; Willene Barton, Kathleen      proches. Certaines vont utiliser        sance des strictes qualités créa-
                                                                                                                                                                                                   tives des musiciennes de jazz se

P
       arallèlement au déferle-         un milieu d'hommes, ces              doute le meilleur. Il doit beau-       Stobart, Vi Redd (saxophone) ;         et accompagner la montée en
       ment régulier de chan-           femmes-là étaient généralement       coup au talent d'arrangeuse de         Melba Liston (trombone) ;              puissance du féminisme et des           concrétise par une écoute un
       teuses dans les bacs de ce       désavouées par leurs familles        la trompettiste Edna Williams,         Marjorie Hyams, Terry Pollard          mouvements de libération de la          petit peu moins machiste et un
qui subsiste de rayons jazz, on         pour manque évident de respec-       puis à Anna Mae Winburn qui            (vibraphone) ; Mary Osborne            femme. D'autres prennent en             jugement de valeur de plus en
assiste à l'apparition tout aussi       tabilité.                            lui succède à la tête de la forma-     (guitare) ; Corky Hale, Dorothy        charge l'organisation de festi-         plus en lien avec le projet musi-
régulière de musiciennes accé-          Il n'était pas rare pourtant que     tion et bénéficie des arrange-         Ashby (harpe) ; Vivian Garry,          vals ou de concerts, investissent       cal proposé. Ce qui devrait d'ail-
dant à une réelle notoriété. Le         le jazz se joue en famille : Irma,   ments de Eddie Durham.                 June Rotenberc, Lucile Dixon           les lieux dévolus aux musiciens.        leurs être la seule règle et non
relais médiatique du phéno-             soeur aînée de Lester Young          L'orchestre, mixte au plan             (contrebasse) ; Bridget O'Flynn,       Davantage que dans le passé,            une affaire de sexe (ou de mar-
mène par les revues spécialisées        jouait du saxophone avec ses         racial, connaîtra de sérieux pro-      Rose Gottesman, Elaine Leighton        elles vont faire leur place au          keting). Pas plus que de couleur
(ou non) laisse ainsi penser            frères ; tout comme Léontine         blèmes lors de ses déplacements        (batterie).                            sein de diverses formations             de peau.
que, addition faite des vocalistes      (piano) et Marjorie (saxo-           dans le Sud mais se produira              La fin de la seconde guerre         grâce à leurs seules qualités                Moyennant quoi, la scène
et des instrumentistes, le jazz se      phone) Pettiford ; ou encore         jusqu'en 1948, époque où,              mondiale renvoie les femmes au         musicales et acquérir une plus          contemporaine du jazz et des
féminise. Or, c'est un fait, qu'un      Norma Teagarden (piano).             comme l'ensemble des grands            foyer et aux tâches domes-             large reconnaissance, même si           musiques improvisées nous
survol de la littérature, des dic-                                                                                  tiques. Nombre de musiciennes          les résistances restent très            offre un nombre conséquent
                                                                             orchestres, les Sweethearts
tionnaires et autres encyclopé-         LA SWING ERA ET                                                             se « sacrifient » pour élever les      importantes.                            d'instrumentistes de talent dont
                                                                             subissent le changement de
dies qui jalonnent l'histoire du                                                                                    enfants et stoppent leur car-            Les plus en vue restent les pia-      il serait parfaitement idiot de se
                                        LES ORCHESTRES                       mode et le contrecoup de la fin
jazz, prouve à l'évidence qu'à                                                                                      rière. Certaines choisissent de la     nistes : Patti Bown (pianiste de        priver. Et puis cela présente
                                                                             de la guerre au plan écono-
l'exception      de     quelques        DE FEMMES                            mique.                                 poursuivre et, pour pallier à l'in-    Quincy Jones durant les années          l'avantage de rompre avec la
grandes voix le panthéon du                                                      De ces ensembles féminins          suffisance de sollicitations de la     soixante, jouée par Count Basie,        tendance globalisante actuelle
jazz n'affiche qu'une très pauvre          Avec la « swing era » et dans     émergent quelques personnali-          part de leurs confrères mâles,         J.J. Johnson), Alice McLeod             du marché qui cristallise sur
représentation féminine. En             les années qui précèdent la          tés solistes : Dolly Jones,            renouent avec l'alternative des        Coltrane (remarquée chez                une dizaine de noms la repré-
témoigne aussi la récente antho-        grande dépression (1930) va se       Ernestin « Tiny » Davis, Estella       orchestres de femmes. Mais             Terry Gibbs avant son mariage           sentativité totale du champ du
logie « Les Géants du Jazz », pro-      développer un grand nombre           Slavin, Valaida Snow (« Queen          cette fois, plutôt en petites for-     avec John Coltrane), Valérie            jazz. Osons la diversité, bien
posée à ses lecteurs par le jour-       d'orchestres entièrement fémi-       of the trumpet »), Jane Sager          mations. C'est le cas de Vi            Capers        (pianiste     aveugle,    plus riche que l'uniformité, la
nal Le Monde : sur quarante élus,       nins. Ils se produisent dans les     (trompette) ; Irma Young,              Burnside, Flo Dreyer et de Beryl       disques rares sur le label              curiosité reste la source la plus
quatre chanteuses (Bessie               théâtres, les dancings et sont,      L'Ana Webster, Viola Burnside          Booker qui joue, sur la 52ème          Atlantic), Joanne Brackeen              sûre du bonheur de la décou-
Smith, Billie Holiday, Ella             pour la plupart, dévolus à la        (saxophone) ; Edythe Turham,           Rue à New York, avec un excel-         (joue et enregistre avec Joe            verte (non prescrite).
Fitzgerald, Sarah Vaughan). A           danse. Si leurs qualités musi-       Mary Colston Kirk, Doris Peavey        lent trio complété par Bonnie          Henderson, Stan Getz), Jessica              A écouter donc (liste non
ce niveau (les grands, les incon-       cales sont indéniables, il n'est     (piano).                               Wetzel (contrebasse) et Elaine         Williams (pianiste attitrée             exhaustive) : Sophie Agnel,
tournables), la seule absence           pas certain qu'elles soient le                                              Leighton (batterie). Mary Lou          du « Keystone Korner » de San           Lynne Aryale, Sylvie Courvoisier,
d'une Mary Lou Williams est             seul critère de leur engage-                                                Williams dirige ses « Girls Stars »    Francisco à la fin des années           Marilyn       Crispell,    Sophia
                                                                             DE L'APRÈS-GUERRE                                                                                                     Domancich,         Bettina    Kee,
proprement scandaleuse et               ment. Les employeurs y voient                                               avec notamment Marjorie Hyams          soixante-dix, abondante et remar-
montre bien comment, au fil du          un côté attractif et tiennent lar-   AUX SIXTIES                            (vibraphone) et Mary Osborne           quable discographie). Pianistes         Nathalie      Loriers,     Perrine
temps, silence et indifférence se       gement compte du physique                                                   (guitare). Marian McPartland et        encore, mais surtout chef d'or-         Mansuy, Rita Marcotuli, Myra
sont ligués pour conserver au           des musiciennes (cf. le film de         Avec l'avènement du « be bop »      Vi Redd font de même.                  chestres, Carla Bley et Toshiko         Melford, Amina Claudine
jazz sa suprématie masculine.           Billy Wilder, Some Like It Hot).     une nouvelle génération de                  Mais ces tentatives restent       Akiyoshi ont su progressive-            Myers, Junko Onishi, Michèle
Il suffit pourtant de remonter              Progressivement, et la crise     musiciennes se manifeste. A ce         marginales et, trop souvent            ment imposer leur musique.              Rosewoman, Renée Rosnes,
honnêtement le temps jusqu'aux          économique n'arrange pas les         stade, il convient de s'attarder       pour les musiciennes, à qualités           Sur d'autres instruments se         Ellyn Rucker, Irene Schweizer,
plus lointaines origines du jazz        choses, les musiciennes sont         sur l'une des figures essentielles     égales, la notoriété reste moin-       singularisent les organistes            Aki Takase, Christine Wodrascka,
pour y rencontrer nombre d'es-          partagées entre faire de la          de ce survol de l'histoire du jazz     dre. Critique bien connu,              Shirley       Scott      (nombreux      Rachel Z (piano) ; Myriam
timables et talentueuses instru-        musique et gagner de l'argent.       au féminin : Mary Lou Williams.        Leonard Feather produit en             albums sur les labels Prestige et       Alter, Carine Bonnefoy, Maria
mentistes. Suivez le guide...           Elles deviennent une concur-         Depuis l'enregistrement de son         1954 une séance pour le label          BlueNote), Rhoda Scott et               Schneider, Magali Souriau, Sylvia
                                        rence pour les musiciens. Dans       solo de piano (Night Life, 1930)       MGM qu'il intitule « Cats vs           Barbara Dennerlein ; les saxo-          Versini (composition, chef d'or-
LES PIONNIÈRES                          ce contexte, la ségrégation          et sa participation active à           Chicks, a jazz battle of the sexes »   phonistes Barbara Donald, Jane          chestres) ; Airelle Besson,
                                        noir/blanc se double de celle        l'orchestre d'Andy Kirk (les           et qui oppose (et mêle, pour           Bunnett, Virginie Mayhew et             Laurie Frink, Ingrid Jensen
                                        homme/femme. C'est ainsi que         « Twelve Clouds of Joy »,              une face) deux septettes : celui       Jane Ira Bloom (méconnue                (trompette) ; Sophie Alour, Lisa
   S'il est vrai que c'est au travers
                                                                             d o n t e l l e signe les plus beaux   de Clark Terry (Lucky Thompson,        alors qu'elle est une des rares         Cat-Berro,        Claire     Daly,
du chant (berceuses pour les            Blanche Calloway est délaissée,
                                                                             arrangements), elle bénéficie          Urbie Green, Horace Silver, Tal        spécialiste, originale, du soprano) ;   Alexandra Grimal, Christine
enfants, chants religieux à             au profit de son frère Cab, par
                                                                             du plus grand respect des musi-        Farlow, Percy Heath, Kenny             la tromboniste Janice Robinson          Jensen, Géraldine Laurent, Jessica
l'église, chants de travail dans        Irving Mills alors impresario du
                                                                             ciens (Duke Ellington) et en           Clarke) et celui de Terry              (active au sein des orchestres de       Lurie, Véronique Magdelenat,
les plantations) que la musique         Cotton Club. Elle constituera
                                                                             particulier des jeunes boppers         Pollard (Norma Carson, Corky           Thad Jones/Mel Lewis, Clark             Tineke Postma, Maguelonne
est portée, dès la fin du XIX ème       cependant un orchestre remar-
                                                                             (Thelonious         Monk,      Dizzy   Hale, Beryl Booker, Mary               Terry et Gil Evans, elle co-dirige      Vidal (saxophones) ; Regina Carter,
siècle, par les femmes noires et        quable avec des musiciens
                                                                             Gillespie, Herbie Nichols).            Osborne, Bonnie Wetzel, Elaine         un quintet avec la corniste             Deborah Seffer (violon) ; Irene
esclaves, c'est avec l'investisse-      comme Ben Webster, Vic
                                                                             Attentive à toutes les évolutions      Leighton). La proposition est          Sharon Freeman), Lindsay                Aebi, Peggy Lee, Diedre
ment du « minstrel » par les            Dickenson, Clyde Hart et Cozy
                                                                             du jazz, qu'elle encourage, elle       limite bon goût (hommes                Cooper (hautbois, basson) ; les         Murray(violoncelle):
Noirs qu'apparaissent les pre-          Cole, mais le succès restera
                                                                             n'hésitera pas (en 1977) à se          contre femmes) et il faut atten-       guitaristes       Emily      Remler,    Dominique         Bouzon,     Gail
mières instrumentistes (violon,         moindre.                             produire aux côtés de Cecil            dre 1958 pour que, toujours            Monette Sudler et Leni Stern;           Thompson(flûte) ; Loren Mazzacane
banjo, tambourin). Dès les                A noter que le développement       Taylor. Musicienne de tout pre-        dans Down Beat, un autre cri-          les flûtistes Holly Hoffmann et         Connors, Mary Halvorson (gui-
débuts du jazz à La Nouvelle-           de ces orchestres de femmes ne       mier plan, égale des plus              tique (Barry Ulanov) pose la           Ali Ryerson ; les percussionnistes      tare) ; Hélène Labarrière, Joëlle
Orléans sont évoquées les per-          se fait pas sans débat. Un cri-      grands, elle aurait eu 100 ans         question du jugement des musi-         Cindy Blackman, Terry Lynne             Léandre, Sarah Murcia, Giulia
sonnalités de Mamie Desdoumes,          tique écrit dans la revue Down       cette année (comme Django!).           ciennes en fonction de leurs           Carrington et Marilyn Mazur.            Valle (contrebasse) ; Béatrice
pianiste et chanteuse de blues,         Beat que les femmes ne dispo-        Son écoute est indispensable et        qualités musicales et non de           La plupart d'entre elles sont,          Graf, Susie Ibarra, Sherrie
ainsi que d'Antonia Gonzales            sent pas d'un certain nombre de      pas seulement dans la perspec-         leur sexe. Rejoignant ainsi une        aujourd'hui encore, en activité.        Maricle, Anne Paceo, Micheline
qui jouait du cornet. Mais les          qualités indispensables au jazz,     tive de réévaluation de cet arti-      déclaration de Mary Lou                                                        Pelzer, Julie Saury (batterie) ;
premières musiciennes à émer-           notamment qu'elles ne swin-          cle.                                   Williams : « vous devez jouer,         LA SITUATION                            Hélène Breschand, Isabelle
ger sont des pianistes : Emma           guent pas. Ce qui lui vaut              De ces années d'après-guerre,       c'est tout. Ils ne doivent pas                                                 Ollivier (harpe).
Barrett (la première à enregis-         quelques répliques cinglantes                                                                                      AUJOURD'HUI
                                                                             on se doit de retenir quelques         penser à vous comme à une                                                         Et que les oubliées veuillent
trer, avec Papa Celestin),              de musiciennes dans le numéro        autres pianistes exception-            femme si vous jouez vraiment ».                                                bien me pardonner. Comme
Jeannette Salvant Kimball, Billie       suivant.                                                                                                             Il semble (bénéfice de la mise
                                                                             nelles. D'abord, toujours en                                                                                          Jean Ferrat, je proclame avec le
Pierce (aux côtés de Bessie                Au-delà de ces difficultés, un                                                                                  en place, depuis les années 80,
                                                                             activité, Marian McPartland et         ENROUTEVERSL'ÉGALITÉ,                                                          poète, que la femme est l'avenir
smith, d'Alphonse Picou), Dolly         certain nombre d'orchestres de                                                                                     de structures de formations
                                                                             Barbara Carroll. Puis aussi Jutta                                                                                     du jazz.
Adams, Lovie Austin (chef d'or-                                                                                     DE LA FRATERNITÉ À LA                  nombreuses et efficaces) que le
                                        femmes connaissent leur part         Hipp (3 albums sur Blue Note),
chestre et arrangeuse), Cléo                                                                                                                               nombre de musiciennes soit en
Brown, Dorothy Donegan et Lil
                                        de succès : celui d'Ina Ray          Lorraine Geller, Bertha Hope et        COMMUNAUTÉ (1960-1990)
LES ALLUMÉS DU JAZZ        2EME TRIMESTRE 2010                                                                                                                  Directions                9
Texte de Jean Rochard 1/58
Illustration de Sylvie Fontaine
                                                                LE PIANISTE, LA TOUX ET LA FEMME PIRATE

 L
        ors d’un récent concert solo du pianiste                                                                                         déjà si réduite de citoyenneté américaine, ou
        Keith Jarrett à San Francisco, un ingrat         La femme pirate fait mieux que tousser,                                         encore un siècle plus tard qui affranchit Ching
        spectateur a osé tousser. Conformément à                                                                                         Shih. Pour donner naissance à l’inespéré, il faut
 son habitude, le pianiste s’interrompt, puis            elle bouscule, féconde l’impossible,                                            des ports libres, des zones d’utopie. Les femmes
 reprend jusqu’à une seconde toux : « Eh                                                                                                 l’ont toujours su mieux que personne lorsque s’of-
 bien, ça va maintenant être la contagion ! ». L’artiste
                                                         s’élance à la quête éperdue de la fin de la                                     fre l’occasion de quitter l’esclavage marital, de
 se lève et s’en prend à l’auditoire lui reprochant
 cette incapacité de concentration qu’il estime
                                                         nuit...                                                                         mettre en péril les pouvoirs royaux ou impériaux,
                                                                                                                                         de perturber l’ordre colonial, de vivre autrement
 généralisée : « Même les Japonais se mettent à tous-                                                                                    qu’en exclues ou d’échapper à la toute puissance
 ser ! » peste-t-il. L’ornemaniste martyr fait face à ses       téméraire jamais faite à la star mondiale du piano, la plus      écrasante d’une église, honteuse que son héros désigné
 bourreaux-tousseurs à 90 dollars la place. Après la sen-       signifiante aussi.                                               (Jésus de Nazareth) aima tant les femmes.
 suelle éclipse du plus féminin de ses disques The
 Melody at night with you (le plus vrai, le plus humain),       La recherche du trésor et celle de la liberté d’un artiste       La femme pirate fait mieux que tousser, elle bouscule,
 Jarrett est revenu à cette approche précieuse et               capricieux sont à des encablures de celles des pirates           féconde l’impossible, s’élance à la quête éperdue de la fin
 machiste de l’homme seul que le monde ne mérite pas.           véritables, rompant avec les règles de la société pour           de la nuit, fait claquer la fureur et le mystère en inventant
 Il parle au public, mais n’entend pas la signification         prendre l’océan. La toux n’est alors qu’un bruit bénin           un monde égalitaire. La femme pirate n’a cure des tous-
 possible de la toux. Pause, entracte, il revient. La toux      devant l’immensité de la tâche, l’espace gigantesque,            seurs, elle sait ce qu’elle dit de la douleur et du sacrifice,
 reprend. Le voilà qui se lève furieux « OK, j’abandonne ! »,   cette chose nommée amour. Cette chose qui pousse, au             rien ne l’interrompt sauf la violence de la mort et le bruit
 puis explique qu’il a fait venir son ingénieur de Suisse :     17ème siècle, Jacquotte Delahaye, après que son père fut         des combats comme terrible roulement ; roulement loin-
 « La toux est sur la bande enregistrée ». Quelqu’un            tué, à devenir boucanière, qui entraîne la déportée Anne         tainement évoqué par les tambours de Ron Bushy dans
 s’énerve : « mais joue ! ». Il finit par revenir pour ce       Dieu-Le-Veut à se saisir, avec Laurens de Graff, du très         « In-A-Gadda-Da-Vida », roulement qui prononce la dégé-
 qu’il annonce comme un rappel et interprète « What Is          large, qui porte Anne Bonny à quitter son collaborateur de       nérescence des jardins de l’Eden, roulement qui rou-tou-
 This Thing Called Love ». Un spectateur demande alors          mari et la vie qui allait avec pour toutes les ruptures à cor-   toux kopf kopf.
 « In-A-Gadda-Da-Vida», au-delà du gag et de la vision          dage, qui met Mary Read sur la route des pirates et de           Allez Keith, encore un effort …
 surréelle d’imaginer Jarrett interpréter l’interminable        l’amour d’Anne Bonny, qui conduit Rachel Wall, toujours
 mais musclé tube d’Iron Butterfly, la demande la plus          à la même époque, à réfuter l’invention toute récente et
10              Platine                                                                                                                                LES ALLUMÉS DU JAZZ          2EME TRIMESTRE 2010

              S O L I D E J E N N Y- C L A R K E T T C H A M I T C H I A N : L’ A V I S D E B R I A N
Texte de Brian Roessler, traduit par Delia Morris
Photos de Guy Le Querrec

Parler grave est la condition sine qua non de nos libertés. Le disque de basse seule en est toujours l’assurance. Brian Roessler, contrebassiste de Fantastic
Merlins a écouté l’unique album en solitaire de Jean-François Jenny-Clark et le second opus solo de Claude Tchamitchian.

                                                                                                     gnateur, en passant par
J   ean-François Jenny-Clark disparut
    beaucoup trop tôt, en 1998 à l’âge de
54 ans. Son disque Solo sort en 2003 sur
                                                      Solo est constitué de deux morceaux,
                                                      tous les deux des improvisations solo. Le
                                                      premier, le principal de cette œuvre,
                                                                                                     leader de divers ensem-
                                                                                                     bles, compositeur de
l’insistance de Barre Phillips, une des               développe plusieurs thèmes sur 37              musique de scène et de
figures de proue de la contrebasse et de              minutes. La deuxième partie est un bis         danse, jusqu’à créateur
la musique improvisée en général. Il                  beaucoup plus bref (à vrai dire d’une          du label émouvance.
s’agit de l’enregistrement live d’un réci-            durée parfaite) de quatre minutes.             Sur son nouveau disque,
tal donné par Jenny-Clark lors d’un festi-            Comme c’est un enregistrement réalisé          Another Childhood,
val de contrebasse à Avignon en 1994. A               devant un public, on entend tousser            Tchamitchian joue neuf
ma connaissance, c’est le seul enregistre-            bruyamment, ce qui risque de ne pas            compositions originales
ment de contrebasse solo que nous ait                 plaire aux vrais amateurs ; mais ces           en solo. On a l’impres-
légué ce maître musicien, et ne serait-ce             interférences sont rares et n’enlèvent         sion que tous les mor-
que pour ça, il est d’une valeur inestima-            rien au plaisir de l’écoute du disque.         ceaux, répartis de façon
ble.                                                  Une des premières choses qui m’a               quasi égale entre arco et
Jenny-Clark s’inscrit dans la lignée des              frappé en l’écoutant, c’est la fluidité du     pizzicato, ont été compo-
bassistes de jazz virtuoses tels Jimmy                pizzicato de Jenny-Clark. Les notes de         sés d’emblée avec l’im-
Blanton, Oscar Pettiford, Ray Brown et                chaque ligne se lient les unes aux autres,     provisation comme élé-
Charles Mingus, parmi beaucoup d’au-                  créant ainsi une continuité sonore,            ment constitutif de com-
tres. Outre son travail d’improvisateur et            comme le déferlement des vagues l’une          position. Globalement,
de musicien de jazz, Jenny Clark est                  après l’autre. Ce qui ne veut pas dire         la musique de cet             Jean-François Jenny-Clark, Festival International d’Amiens, 1987
aussi réputé en musique classique du                  que l’interprétation manque de cou-            album crée des univers
XXe siècle (si on doit faire cette distinc-           leurs, loin de là. Alors qu’il joue exclusi-   sonores tour à tour sombres, éthérés,                nique créée avec l’archet, en modifiant
tion fort douteuse). Ce qu’on entend                  vement pizzicato sur ce disque, il tire        ouverts, qui envahissent l’auditeur, l’in-           sa vitesse ou en le déplaçant. « Rire de
avant tout sur ce disque, c’est un prolon-            parti de chaque registre de son instru-        citant progressivement à des explora-                soie » se distingue par ses longues lignes
gement du style génial, magistral et si               ment en déployant une large gamme              tions plus profondes.                                élégantes      et par la volupté de sa large
fluide d’un autre maître de l’instru-                 dynamique et une palette de sons allant        Par la diversité des sons et des composi-            palette sonore tirée du registre grave de
ment, qui lui aussi nous a quittés bien               du legato lisse jusqu’à l’agression per-       tions, ce disque ne ressemble à aucun                l’instrument.
trop prématurément : Scott LaFaro. Que                cussive.                                       autre de contrebasse solo que je                     Outre la technique superbe d’archet de
Jenny-Clark fasse preuve d’emblée d’une               Sur le plan thématique, Jenny-Clark tra-       connaisse. Autre innovation : au lieu                Tchamitchian,          son jeu pizzicato fait
grande maîtrise technique dans son                    verse plusieurs environnements diffé-          d’être porté sur la virtuosité de l’instru-          preuve d’une grande diversité sonore
interprétation semble une évidence,                   rents au cours du morceau. Dans les dix        mentiste, il est centré sur la création              expressive. Un exemple particulière-
mais en réalité, cela importe peu ici, car            premières minutes, il fait allusion plu-       musicale accessible (bien que la virtuo-             ment étonnant : « Raining Words », où
ce qui nous est proposé est un aperçu –               sieurs fois à « Nardis », un thème de          sité y soit présente aussi). L’influence de          une    cascade de notes successives pen-
une fenêtre ouverte – sur l’intelligence              Miles Davis. Le thème principal de             deux grands maîtres contemporains de                 dant quatre minutes donne vraiment
musicale d’un vrai génie.                             « Eine Kleine Nachtmusik » de Mozart y         la contrebasse, Stefano Scodanibbio et               l’impression d’une forte pluie continue.
                                                                  fait quelques apparitions          François Rabbath, se révèle par                      La plupart des albums de contrebasse
                                                                  joyeuses aussi. L’impression       moments dans le jeu et dans l’écriture               solo    semble ne cibler voire n’intéresser
                                                                  générale est celle d’un grand      arco.                                                qu’une toute petite poignée d’auditeurs,
                                                                  maître qui explore la palette      Les trois pièces « Haute enfance »,                  en grande partie contrebassistes eux-
                                                                  sonore et musicale de son ins-     « Désir d’ailes » et « Rire de soie » en             mêmes, ou amateurs particulièrement
                                                                  trument avec une liberté           particulier, développent une technique               attirés    par cet instrument. Le portrait
                                                                  totale, tout en prenant plaisir    dite ponticello arco qui fait appel à des            riche    et  complet de l’instrument que
                                                                  à examiner chaque idée qui         harmoniques et des couleurs très                     peint ce disque lui confère des atouts
                                                                  se présente, un peu comme          diverses. « Désir d’ailes » s’ouvre avec un majeurs qui devraient parler à un public
                                                                  un dialogue interne entre des      effet remarquable de sitar (évoquant                 dépassant de loin les seuls spécialistes
                                                                  personnalités artistiques          précisément Rabbath) et termine par                  toujours      en quête de disques de contre-
                                                                  toutes différentes mais com-       une vaste exploration des glissando,                 basse solo.
                                                                  plémentaires.                      d’intonations et de la gamme harmo-
                                                                  Ce disque d’un haut niveau
                                                                  d’excellence se prêtera géné-
                                                                  reusement à des écoutes mul-                              CLAUDE TCHAMITCHIAN                 JEAN-FRANÇOIS JENNY-CLARK
                                                                  tiples. En tant que témoi-                               ANOTHER CHILDHOOD                                SOLO
                                                                  gnage précieux de l’art et de                               Emouvance EMV 1031                    La Buissonne RJA397002
                                                                  la personnalité musicale de                                 Claude Tchamitchian                  Jean-François Jenny-Clark
                                                                                                                                 (contrebasse)                           (contrebasse)
                                                                  Jean-François Jenny-Clark, je
                                                                  le trouve incontournable.

                                                                 Né en 1960, le bassiste et
                                                                 compositeur Claude
                                                                 Tchamitchian passe sa vie
                                                                 entière dans un véritable
                                                                 tourbillon d’activités artis-
                                                                 tiques multiples. Il est bassiste
                                                                 dans plusieurs contextes dif-
                                                                 férents, de soliste à accompa-
Claude Tchamitchian, Europa Jazz Festival, mai 2009
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