Bien placés font mots Quelques Queneau - une poésie - Le Petit Journal des Profs
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Ecole Saint-Jean
59 place de l’Abbé Meffray
49410 Le Marillais
02–41–72–61–28
Poèmes et création poétique
Bien placés
Bien choisis
Quelques
mots
font
une poésie.
Queneau
Un poète c’est le monde
dans un homme.
Victor Hugo
1Sommaire
Introduction 3
Activité autour de la poésie 4
Objectifs 6
Quelques définitions 7
Comptines 8
A.B.C.D... 1.2.3.4... 10
Humour 11
Famille 12
Calendrier 13
Saisons 14
Nature 15
Bestiaire 17
Nourriture 18
Ville 19
Objets 20
Verlaine 21
A propos des fiches séquentielles 22
La ronde des prénoms 23
Des mots qui s’emboîtent 24
Pourquoi…, parce que… 25
Des milliers 26
J’ai geigné la pirafe 27
La cimaise et la fraction 28
Associations fantaisistes 29
Ca n’existe pas 30
Le hareng saur 32
J’aimerais être 34
Si j’étais, si j’avais 35
Imagination 36
Comparaisons 38
Se familiariser avec les rimes 39
2Introduction
Le musicien se sert des sons, le sculpteur de la pierre, du bois
et du fer, le peintre des couleurs et des traits et le poète du langage et
des mots. La poésie est une production artistique qui permet,
à travers un dimension esthétique, de s’exprimer :
exprimer des émotions, des sensations...
Comme toute « œuvre d’art », elle communique un message à un destinataire.
Mais ce message est perçu différemment suivant le vécu et la sensibilité de la personne qui le
reçoit. Dans tous les cas, le poème ne laisse pas indifférent. Il va nous attirer, nous déplaire,
nous inciter à rêver, nous attrister, nous rendre mélancolique ou nous sourire.
A travers la poésie le lecteur accède à un univers différent, celui du poète et partage sa
vie intérieure. Tout l’art du poète, sera donc de sélectionner, d’agencer les mots pour
créer l’effet voulu, pour traduire ses pensées, ses impressions, ses sentiments, ses
réflexions, ses préoccupations, ses rêveries, ses divagations...
La poésie, grâce aux mots, est un concentré d’images de sonorités, de rythmes. Ils
servent de matériau pour évoquer des pensées graves (poètes engagés) universelles (l’amour,
l’isolement, la mort...) fantasques, humoristiques ou fantaisistes.
L’idée principale de ce livret n’est pas de proposer des « recettes » pour rendre les enfants
poètes mais de les aider à prendre possession, du langage et à développer leur pouvoir de
création.
Ecrire des poésies c’est d’abord jouer, manipuler des mots, des sons, créer des
images exprimer sa personnalité et ses émotions pour découvrir et désacraliser le
pouvoir du langage (pouvoir qui devient accessible). L’enfant agit sur les mots, ils
deviennent outils et non plus contraintes.
3Activités autour de la poésie
Ecouter des poèmes au milieu d’autres poèmes sur les même
Mettre en place un rituel de lecture de thème.
poèmes par l’adulte ou l’enfant, à un
moment précis de la journée (par exemple • Quand la poésie est la même pour tous,
pour terminer la demi-journée) : afin il est possible d’organiser des moments
d’établir un moment de calme (se laisser d’apprentissage collectif grâce à la
porter, bercer...), de s’imprégner de poésies technique de la reconstitution de
de s’ouvrir à d’autres sensibilités, texte : On écrit le texte au tableau, on le
d’illustrer le thème de vie de la classe. lit deux ou trois fois, on efface quelques
mots, on le relit malgré les trous...
Enregistrer des poésies jusqu'à ce qu’il n’y ait plus rien.
Ce travail d’enregistrement (de poésies
d’auteur ou créées par les enfants) vise à :
• travailler la diction, l’articulation, • le moment de récitation peut être
• jouer avec sa voix pour exprimer une envisagé de différentes façons : un
émotion (poème triste, gai, farfelu, enfant vient réciter sa poésie à l’adulte
sonore, comique...) qui évalue la mémorisation et la
• valoriser les créations enfantines, restitution ; un enfant vient réciter la
• stocker les poésies pour les réutiliser poésie devant le « public classe » pour
(notamment lors d’un moment de travailler la prestance et l’aisance ; deux
calme, d’écoute) enfants récitent la poésie en cascade
(exercice à caractère ludique mais
Réaliser l’anthologie de la classe difficile).
Il s’agit de présenter sou forme d’un livre
les poésies (apprises et inventées). Les
poésies seront manuscrites, Poésie et séquences de Français
dactylographiées à l’ordinateur ou à la Certaines poésies ou créations poétiques
machine, calligraphiées, disposées en peuvent servir de pont de départ pour des
calligrammes, décorées... Cette anthologie « leçons » de grammaire, de
peut faire l’objet d’une exposition ou d’un conjugaison, de vocabulaire...
travail individuel à offrir pour la fête des
parents.
• Reconstitution de texte (de poème)
➱ Replacer en ordre les différents vers
Mémoriser pour réciter d’un poème déjà lu.
➱ Redisposer en vers un poème présenté
• Proposer des poèmes les plus variés en texte (grâce aux rimes et groupes de
possibles (structure, époque, longueur, souffle, à la ponctuation, aux mots-clés en
thème, rythme, auteur...) débuts de vers). En composant les
différentes dispositions trouvées par les
Le poème peut-être : apporté par élèves, on s’aperçoit que celles-ci
l’enseignant ou par l’élève. Il peut être conditionnent la façon de lire (aidant la
choisi dans un fichier ou élu par la classe compréhension, modifiant les groupes de
4souffle, permettant d’accentuer certains • Sur les temps libres, illustration de la
mots, créant donc des émotions poésie copiées sur le cahier (petit
différentes). format).
La disposition d’une poésie est • En séquence d’arts plastiques, en grand
signifiante ( dimension spatiale du format (éventuellement accompagné
poème). d’une musique) créer un décor pour la
➱ Supprimer la plupart des fins de vers poésie. A l’aide de peinture, pastels,
d’un poème et les cacher dans une liste collages, encres... réaliser soit un fond
parmi d’autre fins de vers (de sens, de soit une illustration.
rimes, de nombre de syllabes identiques ou • Réécrire le poème à partir de lettres
différents). différentes, découpées dans des
journaux et magazines.
• Manipulation d’images poétiques • Disposer le poème sous forme de
➱ Extraire des images poétiques d’un calligramme. Outre le fait de renforcer
poème pour en chercher une définition la signification du poème, le
ou pour y associer des définitions de sens calligramme a un aspect esthétique,
équivalent (mais moins poétiques). typographique, créatif. Il permet aux
➱ Créer des définitions imagées, enfants, placés en situation de
insolites, pour faire deviner des mots qui recherche, d’exprimer leur sensibilité
seront à placer dans une grille de mots (un poème inspire différents
croisés. calligrammes).
Poésie et arts plastiques
5OBJECTIFS extrait des instructions officielles (1991)
CYCLE 1 CYCLE 2 CYCLE 3
Attitudes
Construction de la personnalité
Acquisition de l’autonomie
• imaginer des histoires • manifeste son besoin de créer • développe sa créativité
• se situe délibérément dans le réel • développe son sens esthétique • se montre inventif, curieux de
ou l’imaginaire toute forme d’Art
• est sensible à des valeurs • affirme ses choix et ses goûts
esthétiques et exprime ses esthétiques, les explique et les
préférences y compris dans ses fait partager
productions.
Langue orale
• prend la parole et s’exprime de • prend sa place dans un dialogue • utilise à bon escient les
manière compréhensible (ex : lecture à deux d’une variations de la langue que les
(prononciation, articulation) poésie) situations rencontrées suggèrent
• fait varier les temps des mots de • ose s’exprimer (ex : lire à voix en maîtrisant la syntaxe
liaison entre deux propositions haute ou réciter une ou sa poésie • mémorise et dit de mémoire un
• accède à la conscience des devant la classe) texte en prose ou en vers
éléments phoniques • utilise une syntaxe plus complète
• identifie les éléments de la (recours au conditionnel)
langue parlée, isole et reproduit • résume et invente la suite d’une
les sons (jeux de mots) histoire (oralement et
• dit et mémorise des textes courts collectivement)
(comptines, poèmes) • continue une poésie
• dit un poème de mémoire
Langue écrite
• produit des textes variés dictés à • écrit un texte bref répondant à • écrit un texte en tenant compte
l’adulte une consigne claire (en tenant des contraintes orthographiques
compte du vocabulaire, de la et syntaxiques (compléter,
syntaxe et de la présentation) construire un récit de fiction,
structurer un texte par sa
présentation.
Constituer l’anthologie poétique de la classe (recueil témoignant du vécu poétique de la
classe : poèmes d’auteurs et d’enfants)
Lecture
• Identifie à l’oreille et à l’écrit • utilise une bibliothèque : repère, • lit en situation de
des éléments simples composant identifie, choisit et consulte des communication un texte (une
un mot (syllabe, phonème) ouvrages en fonction du but poésie) de façon expressive
• participe à l’élaboration d’une recherché (recherche de poésies témoignant qu’il a compris ce
bibliothèque (sonore) de la sur un thème précis) qu’il a lu
classe en enregistrant au • lit oralement un texte en
magnétophone ou en dictant au articulant correctement et ne
maître un court texte comprenant le sens de ce qui est
lu
Arts
• considère des objet, des images (des mots comme des matériaux d’expression
• découvre puis utilise un procédé d’expression en fonction du but recherché
• réalise une production en fonction d’une intention, d’un désir
• trouve des règles d’organisation des formes, des couleurs, des images (des mots)
• s’initie à l’édition de textes
(activités de calligraphie, écriture
soignée pour un destinataire, mise
en page)
6Quelques définitions poétiques
règles. Selon le nombre de sons
La mesure du vers répétés à la fin des vers, la rime peut
La longueur d’un vers se mesure par le être :
nombre de syllabes (ou pieds) qui le • pauvre : une voyelle finale
composent. • riche : une syllabe finale
Toutes les syllabes se prononcent et sont • très riche : deux syllabe moins la
comptabilisées sauf pour le cas de la consonne
syllabe terminée par « e » : • léonine : deux syllabes homophones
• quand elle est placée à la fin d’un vers, Tout au long d’une poésie ces rimes
elle n’est pas comptée, c’est donc une alternent et s’appellent suivant leur
syllabe « muette ». disposition :
• quand elle se trouve à l’intérieur d’un • rimes croisées : ABAB
vers, elle n’est comptabilisée que si elle • embrassées : ABBA
est suivie d’une consonne ou d’un « h »
aspiré. Allitération : répétition voulue d’un même
phonème dans un vers.
Selon le nombre de leurs syllabes, les Calligramme : poème dont la disposition
vers peuvent s’appeler : typographique est en rapport avec le thème
• octosyllabe : 8 syllabes du texte. Les calligrammes sont nés avec
• décasyllabe : 10 syllabes Apollinaire.
• alexandrin : 12 syllabes Cadavres exquis : « jeu de papier plié qui
Mais les formes de compositions poétiques consiste à faire composer une phrase ou un
dont la mesure et les rimes sont régulières dessin par plusieurs personnes, sans
appartiennent au répertoire de la poésie qu’aucune d’elle puisse tenir compte de la
« Classique ». collaboration ou des collaborations
La poésie contemporaine avec l’apparition précédentes.
du mouvement Symboliste a opéré un Métaphore, image : rapprochement de
éclatement de ces règles pour donner deux réalités très distinctes entre lesquelles
naissance aux vers blancs (libres) sans on a tissé des liens de comparaison,
régularité de longueur ni de rime. d’équivalence.
La rime
Ce retour du même son à la fin de deux
ou plusieurs vers, obéit également à des
7Comptines
La tradition orale populaire constituait une véritable littérature pour enfant à une
époque où elle n’existait pas dans le domaine de l’Art savant et de l’imprimé et en un temps
où la pédagogie n’avait pas encore reconnu l’enfant comme un public distinct.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six,
A l’origine, des formulettes (petites sept, huit,
phrases) ponctuaient le début, la Mademoiselle, retirez-vous.
progression, les péripéties et la fin des
contes. Les comptines au texte altéré par des
Ainsi répond la galette dans l’histoire jeux phonétiques, des allitérations, des
« Roule galette » aux différents animaux mots ou des idiomes empruntés à des
qui veulent la croquer : langues étrangères, pouvant devenir
incompréhensibles. Elles servent à
Je suis la galette, s’approprier le langage, à développer et
je suis faite avec du blé à améliorer l’articulation.
ramassé dans le grenier.
On m’a mise à refroidir
mais j’ai mieux aimé courir. Am stram gram
Attrape-moi si tu peux. Pic et pic et colégram
Bour et bour et ratatam
Ces formulettes servaient de schéma Am stram gram
conducteur pour le scénario ainsi que de Pic dam !
mise en condition de bonne réceptivité de
l’auditoire. Ces comptines sont riches en jeux de mots,
L’ensemble des formulettes enfantines en rimes, en assonances, véritables
accompagne l’enfant tout au long de son fantasmagories de vocables et de sonorités
développement (bercement, premiers étranges.
gestes, jeux de doigts...) et a des rôles
sécurisant, affectif et pédagogique. Ca un, ça deux, ça trois,
Les comptines, simple sous-ensemble des ça quatre, ça six (cassis)
formulettes, étaient à l’origine des petites
chansons enfantines qui servaient à Les comptines narratives
désigner un joueur au hasard en comptant, d’événements historiques ou religieux
prélude rituel pour le jeu. au fil d’une histoire cocasse.
On distingue plusieurs sortes de
comptines : Alexandre le grand,
les comptines numériques (servant à Roi de Macédoine,
concevoir les mots-nombres comme avait un cheval
désignants de quantités) avec souvent Nommé Bucéphale.
une injonction de sortie à la fin, pour
éliminer un joueur. Les comptines anthropomorphistes
mettant en scène des animaux qui
Pique pique la bourrique deviennent fantastiques et qui parlent.
Compte bien s’il y en a huit.
Au clair de la lune
8Trois petits lapins Certaines sont assorties de gestes et
Qui mangeaient des prunes comme les jeux de doigts, elles permettent
Comme trois coquins un affinement des gestes (vers la pince
La pipe à la bouche pouce-index) pour une plus grande
Le verre à la main précision.
Ils disaient : Mesdames Les comptines permettent :
Versez-nous du vin l’acquisition de structures
Jusqu'à demain matin syntaxiques, de vocabulaire (par
imprégnation),
Les mélodies élémentaires (mélopées qui une approche de l’étude des sons
soutiennent les comptines sont facilement grâce aux rimes et aux assonances,
reproductibles par les enfants car elles sont un support « idéal » pour inciter les
adaptées à leur tessiture. enfants à la création puisqu’ils
Les comptines sont souvent rythmées s’approprient facilement le
par une cadence régulière qui conduit mécanisme.
naturellement à les accompagner en tapant
des mains.
9A.B.C.D...1.2.3.4....
Cinq mésanges vertes 1 nez, Mais qui est-ce
Font des pirouettes 2 nez cette drôle de princesse,
L’une se casse la patte 3 nez, cette forme enchanteresse,
Y’ en a plus que quatre. 4 nez, qui se dresse
Quatre mésanges vertes 5 nez, et qui s’empresse
Sur une brouette 6 nez, entre le R et le T ?
L’une s’envola 7 nez, Cette drôlesse
Y’ en a plus que trois 8 nez, qui paresse,
Trois mésanges vertes 9 nez, qui caresse ?
S’en vont à la fête Dîner ! C’est le S, votre Altesse !
L’une se pince la queue J. Cayeux
Y’ en a plus que deux
Deux mésanges vertes
Chantent à tue-tête
Vient le clair de lune 1 et 1, 2 10 boules sur mon boulier
Il n’en reste plus qu’une un lapin sans queue, 9 ruisseaux à traverser
Une mésange verte 2 et 2, 4 8 chansons à chanter
Triste et bien seulette un lapin sans pattes. 7 baisers à donner
Mais voilà le loup Quel programme, quel programme
Y’ en a plus du tout ! vite, vite il faut me lever !
6 serviettes à plier
5 tulipes à arroser
J’ai une main 4 pêches à manger
Le petit Benoît compte jusqu'à trois J’ai dix doigts 3 histoires à raconter
La petit Alice compte jusqu'à six En voici deux Quel programme, quel programme
Mon frère Vincent compte jusqu'à cent En voici trois Vite, vite il faut me lever !
Mon cousin Emile compte jusqu'à mille 2 chaussettes à repriser
Pour compte jusqu’au million, une seule lettre à en voyer
Il faut s’appeler Marion ! Quel programme, quel programme !
Mais je le ferai !
Dans mon jardin
deux jolis nains
La cravate à petits pois pour le roi jouent au jongleur
La chaussette à trous trous pour le fou avec des fleurs. Un - je vais faire du pain
La machine à laver pour les pieds Quand il les voit Deux - je vais faire du feu
Et la boîte à bisous pour vous. sauter de joie Trois - je vais cuire mes pois
A. Serres le jardinier Quatre - je vais éplucher mes patates
ouvre un d’eau Cinq - je vais cuire ma dinde
et arrose les deux jumeaux. Six - je vais cuire mes saucisses
P. Coran Sept - je vais faire ma galette
Le bébé baobab obéit au boa Huit - c’est cuit !
Deux dindes aident un dodu dindon Neuf - je vais cuire un bœuf
Le jars est jaloux des jolis jarrets Dix - c’est fini !
A l’île au lilas le loup lit la loi
La pie pond sans piper 1,
Le paon pompeux papote je connais quelqu’un,
A. Rosenthiel 2, Le premier a mis ses chaussette,
qui a de jolis yeux, Le second a chaussé ses souliers,
1, 2, 3, Le troisième les a lacés,
qui aime le nougat, Le quatrième les a cirés,
Kokoriko 1, 2, 3, 4, Le cinquième les a fait briller,
il est huit heures à la radio qui habite à Chartres, Et zoup !... Il s’est sauvé...
Kirikiki 1, 2, 3, 4, 5, On n’a retrouvé
il est midi à Tahiti qui cuit des coloquintes, Que ses souliers usés !
Kouroukoukou 1, 2, 3, 4, 5, 6,
il est minuit à Katmandou. qui s’appelle Clarisse !
10Humour
Les hiboux Tigres Conseils donnés par une sorcière
Ce sont les mères de hiboux Tigre et sa tigresse Retenez-vous de rire
Qui désiraient chercher des poux vont à la kermesse Dans le petit matin !
De leurs enfants, leurs petits choux, danser la jabadao
En les tenant sur leurs genoux avec des gens comme il faut font des N’écoutez pas les arbres
politesses Qui gardent le chemin !
Leurs yeux d’or valent des bijoux Tigre et sa tigresse
Leur bec est dur comme des cailloux, Puis en deux coups de museaux Ne dites votre nom
Ils sont doux comme des joujoux, croquent les gens comme il faut ! A la terre endormie
Mais aux hiboux points de genoux ! J.J. Kérourédan Qu’après minuit sonné !
Votre histoire se passait où, A la neige, à la pluie
Chez les Zoulous, Les Andalous ? Ecureuil curieux Ne tendez pas la main !
Ou dans la cabane de bambou ? Un écureuil des écurieux
A Moscou ? Ou à Tombouctou ? On dit bien l’œil N’ouvrez votre fenêtre
En Anjou ou dans le Poitou ? et les deux yeux. qu’aux petites planètes
Au Pérou ou chez les Mandchous ? Un écureuil qui ouvre l’œil, Que vous connaissez bien !
c’est très curieux,
Hou ! Hou ! ça suit des yeux, et ça épie Confidence pour confidence
Pas du tout, c’était chez les fous. toute la vie Vous qui venez me consulter,
R. Desnos de la forêt. Méfiance, méfiance !
Quel indiscret ! On ne sait pas ce qui peut arriver !
J. Tardieu
Attention travaux
C’est une honte s’exclama Pomme et Poire
l’inspecteur des travaux infinis dans l’armoire Le pélican
devant le chantier silencieux : Fraise et noix Le capitaine Jonathan
le serrurier est assoupi ; dans le bois Etant âgé de dix-huit ans,
les menuisiers somnolent ; Sucre et pain Capture un jour un pélican
les peintres reposent ; dans la main Dans une île d’Extrême Orient.
les plombiers roupillent ; Plume et colle Le pélican de Jonathan,
les carreleurs rêvent ; dans l’école Au matin pond un œuf tout blanc
les sanitaires ronflent. Et le faiseur de bêtises Et il en sort un pélican
Il n’y a que vous mon cher, bien au chaud dans ma chemise Lui ressemblant étonnamment.
que vous à rester debout ; L. Bérimont Et ce deuxième pélican
Votre zèle est honorable ! Pond, à son tour, un œuf tout blanc
Quelle est votre affectation ? D’où sort, inévitablement
- Je suis marchand de sable ! La puce Un autre qui en fait autant.
P. Ferran Je suis chez moi Cela peut durer pendant très longtemps
Chez tout le monde. Si l’on ne fait pas d’omelette avant.
Mais j’ai l’humeur R. Desnos
Trois microbes Vagabonde.
Trois microbes, sur mon lit, Je saute d’une hôte Pour apprendre aux enfants l’usage
se consultent, bien assis. A l’autre. des gros mots
L’un s’appelle Scarlatine Ma spécialité Prenez un gros mot : éléphant
Il parle d’une voix fine. Est la couture. et découpez-le en rondelles
L’autre s’appelle Rougeole Je pique regardez ce qu’il y a dedans
Et prend souvent la parole. Sur mesure Il y a l’aile, il y a le faon
Et le troisième, Oreillons, ressemble à Et sans rature. et le total c’est l’aile et faon
un champignon. D’ailleurs dans les grands magasins Mais direz-vous c’est étonnant
Ils discutent pour savoir Toujours je me tiens les éléphants ont-ils des faons ?
Lequel dormira ce soir Au rayon confection Non les éléphants n’ont pas d’ailes
Dans mon beau lit blanc Section « Prêt-à-porter ». puisqu’ils voyagent en avion
Mais fuyons tant qu’il est temps ! J. Sadeler et ils n’ont pas non plus de faons
Ces trois microbes ma foi, Mais ils ont des petits éléphanteaux
Dormiront très biens sans moi. Ils ne vont jamais à l’école
J.L. Vanham mais ils vont parfois au zoo...
C. Guillot
11Famille
Un enfant Naître Aux feuillantines
Mes deux frères et moi, nous étions tous enfants,
Un enfant Naître, c’est oser, Notre mère disait : Jouez, mais je défends
Est assis sur un banc, c’est prendre le risque, Qu’on marche dans les fleurs et qu’on monte aux échelles.
Des pigeons confiants c’est quitter la terre ferme,
Roucoulent près du banc. c’est ne pas savoir à l’avance Abel était l’aîné, j’étais le plus petit
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
L’enfant ce qu’il y a devant, Que les femmes riaient quand nous passions près d’elles.
Aux yeux clairs c’est accepter l’inconnu,
Rêve au milieu d’eux l’inattendu, Nous montions pour jouer au grenier du couvent
Et les pigeons merveilleux l’imprévu, Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d’une armoire un livre inaccessible.
Roucoulent, joyeux. et la rencontre. Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir,
Jeune garçon, Naître, c’est quitter son abri, c’est Je ne sais pas comment nous fîmes pour l’avoir,
Joue avec la vie, essuyer le vent de face Mais je me souviens bien que c’était une Bible.
Jeune garçon, et porter le soleil sur son dos. Ce vieux livre sentait une odeur d’encensoir.
Tu en as envie. Naître, c’est avoir trop froid Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Jeune garçon et trop chaud. Des estampes partout ! Quel bonheur ! Quel délire !
Joue avec le vent, Naître, c’est n’avoir plus
Nous l’ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Jeune garçon d’autre maison Et dès le premier mot il nous parut si doux
Il est encore temps. que le paysage. Qu’oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.
S. Ramant J. Debruyne V. Hugo
Grand-mère Noces
La réunion de famille Grand-mère a perdu la tête Pas avant des jours et des jours mais
Ma tante Agathe Elle raconte à ses enfants je te le promets
Vient des Carpates Des histoire pleines de vent je t’épouserai toi
A quatre pattes de garde barrière, de sornettes ta sœur
Et papa n’était pas content. tes trois cousines
Mon oncle André Quand papa était enfant la cuisinière
Vient de Niamey Ensemble, ils faisaient la fête, et la fille du chauffeur
A cloche-pied Ils riaient, cassaient des assiettes de la limousine
Grand-mère a perdu la tête, Pas avant des jours et des jours
Mon frère Tchou Salue la poêle, caresse la banc mais c’est un secret.
Vient de Moscou Chante quand souffle la tempête, J. Zacharezuk
Sur les genoux Dit qu’il faut inventer le temps.
Les enfants sont très contents.
Ma sœur Loulou D. Thivolet Familiale
Vient de Padoue La mère fait du tricot
A pas de loup Le fils fait la guerre
Mon enfant Elle trouve ça tout naturel la mère
Grand-mère Ursule J’aime tes yeux bleus qui s’étonnent, Et le père qu’est-ce qu’il fait le père ?
Vient d’Ashtabule Tes joues rouges comme des pommes Il fait des affaires
Et tes cheveux qui volent, volent Sa femme fait di tricot
Sur les rotules
Au vent d’automne. Son fils fait la guerre
J’aime ton délicieux babil Lui fait des affaires
Grand-père Armand Le chant d’avril Il trouve ça tout naturel le père
Vient de Ceylan De ton rire. Et le fils et le fils
En sautillant O mon enfant Qu’est-ce qu’il trouve le fils ?
J’aime redire Il ne trouve rien absolument rien le fils
Ma nièce Ada Lorsque s’écoule l’or du soir Le fils, sa mère fait du tricot
Vient de Java Le belle histoire Son père fait des affaires lui la guerre
A petits pas qui t’endort. Quand il aura fini la guerre
J’aime à te prendre dans mes bras Il fera des affaires avec son père
Et te bercer d’une voix tendre La guerre continue la mère continue elle tricote
Mon neveu Jean Tout bas, très bas... Le père continue il fait des affaires
Vient d’Abidjan Et quand tes yeux se sont fermés Le fils est tué il ne continue plus
Clopin-clopant Lorsque ton front sur mon épaule Le père et la mère vont au cimetière
A roulé comme une fleur d’or, Ils trouvent ça tout naturel le père et la mère
Oncle Firmin Vient de Pékin J’écoute des voix étranges Et je sens La vie continue la vie avec
Sur les deux mains des ailes d’archanges le tricot la guerre avec les affaires
Mais tante Henriette Qui me frôlent Les affaires la guerre le tricot la guerre
Vient à la fête Lentes, lentes... Les affaires les affaires et les affaires
Tu dors. La vie avec le cimetière.
En bicyclette
R. Richard J. Prévert
J. Charpentreau
12Calendrier
Au pays du lundi Le roi Novembre
Au pays du lundi, on démarre plein d’énergie Le Roi de carreau a dit Quand les fleurs rougiront
Au pays du mardi, on continue comme lundi A la reine de cœur les capuches s’en iront
Au pays du mercredi, on dors jusqu'à midi - Venez danser dans le trèfle capuches et capuchons
Au pays du jeudi, on recommence c’est la vie Le valets de pique vers l’école des garçons.
Au pays du vendredi, on a beaucoup d’amis Feront la haie d’honneur Tombe la pluie de novembre
Au pays du samedi, la semaine est presque finie Et vous ferez mon bonheur les marrons sont sous le cendre.
Au pays du dimanche, on s’embrasse, on C’en est fini de l’été
mange, on rit ! La Reine de cœur a dit L’oiseau est tout étonné
Au roi de carreau Capuchon capuchonné
La nouvelle année Ne dansons pas dans le trèfle On te voit le bout du nez
Nouvelle année, année nouvelle, Les valets de pique Souffle le vent de Novembre
Dis-nous, qu’as-tu sous ton bonnet ? Feraient notre malheur Les averses vont descendre.
J’ai quatre demoiselles Car ce sont des tricheurs Vers l’école des capuchons
La plus jeune est en dentelles, G. Calmy et capuche s’en iront
La seconde en épis, s’en iront tous les garçons
La cadette est en fruits quand les feuilles voleront
Et la dernière est en neige. Les marrons sont sous la cendre.
Voyez le beau cortège ! La source Fouette la pluie de novembre.
Nous chantons, nous dansons Tout au long de l’année B. Clavel
La ronde des saisons. Me parle cette source
L. Paulin En janvier enneigé,
En février gelée, Souhaits
Le roi Carnaval En mars encor’ boueuse, Dans l’ombre de l’hiver glacé,
Le roi Carnaval En avril chuchotante, Un an tout neuf a commencé.
Qui a un faux nez de carton rose En mai garnie de fleurs, Petit Papa, Maman chérie,
Est à cheval En juin toute tiédeur, Je n’ai pas de gerbe fleurie
Sur un bœuf gras couronné de roses. En juillet endormie, A vous offrir en ce beau jour,
En août presque tarie, Mais permettez qu’avec amour,
Il a des grelots argentins En septembre chantante, Au seuil de la nouvelle année,
A son chapeau crevé de papier trop mince En octobre dorée, Comme une offrande enrubannée,
Et porte habit brodé de satin En novembre frileuse, Je vous souhaite de tout cœur
Comme le plus mirobolant des princes. En décembre glacée. Beaucoup de joie et de bonheur !
C’est toi, petite source, R. Richard
Les collets montés et les arlequins Le cœur de la forêt !
Lui font une royale cour L. Guillaume
Et mènent du bout des doigts comme faquins Février
Des fées aux masques de velours. « Moi, je suis le second, le mois
T. Klingsor Du mardi gras » chantonne Février.
Noël « Confettis, mirlitons, masque rose
Le comte de la Mi-Carême Trois petits sapins De chat, nous voici déguisés !
Venant d’Espagne ou de Bohème, se donnaient la main Allons nous amuser ! »
Au trot de son lent cheval blanc, car c’était Noël
Passe dans les villes de Brabant de la terre au ciel.
Le comte de la Mi-Carême. Prirent le chemin Juin
menant au village Dans la meute de foin,
Ceux qui ne l’ont pas aperçu jusqu'à l’étalage S’est caché, aujourd’hui,
Quand vers le soir sonnent les cloches, d’un grand magasin. Le gentil mois de Juin,
C’est qu’ils eurent les yeux en poche. Là ils se couvrirent Il dit à la souris :
Mais tous les enfants, eux, tous l’ont vu. de tout ce qui brille : « C’est l’été, il fait bon,
De sa main gauche, il tient des fouets boules et bougies, Viens rentrer la moisson ! »
Et de sa main droite, un lot de jouets guirlandes pour luire,
En bois léger, en carton, en pierre. et s’en retournèrent
Il en a plein trente paniers. la main dans la main Octobre
Il en a plein vingt sacs de toile, par le beau chemin Je suis le mois des vendanges,
Et l’on prétend qu’en chaque étoile de l’étoile claire Dit Octobre en souriant.
Il en a plein trois cents greniers. jusqu'à la forêt J’ai peut-être l’air étrange Mais avec tous
où minuit sonnait, mes pieds,
Ainsi lesté, ainsi chargé, car c’était Noël J’écrase les raisins
S’en va d’un pas toujours le même, de la terre au ciel. Pour faire du bon vin !
Par les chemins des soirs légers J.L. Vanham Et, pendant ce temps-là,
Le comte de la Mi-Carême. La petite souris
E. Verhaeren Croque une pomme d’api !
13Saisons
Le bel automne est revenu Quand s’annonce l’automne Le printemps
A pas menus, menus, La marmotte marmonne Le Temps a laissé son manteau
Le bel automne est revenu, Rentre dans sa maison De vent, de froidure et de pluie,
Dans le brouillard, sans qu’on s’en doute. Et dit : « C’est la saison Et s’est vêtu de broderie
Il est venu par la grand-route, Où mon lit a du bon De soleil luisant, clair et beau
Habillé d’or et de carmin Dormons ». Il n’y a bête ni oiseau
Et, tout le long de son chemin, Et elle attend le temps Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le vent bondi, les pommes roulent, Du soleil, le printemps, « Le temps a laissé son manteau
Il pleut des noix, les feuilles croulent... En dormant. De vent, de froidure et de pluie. »
Ne l’avez-vous pas reconnu ? G. Jean Rivière, fontaine et ruisseau
Le bel automne est revenu. portent en livrée jolie
R. Richard Gouttes d’argent d’orfèvrerie ;
Hiver Chacun s’habille de nouveau :
Chaleur Hiver, vous n’êtes qu’un vilain ! Le Temps a laissé son manteau.
L’air est pesant comme du plomb. Eté est si plaisant et gentil... C. D’Orléans
Tombant d’aplomb, Eté revêt champs, bois et fleurs
Le soleil grille les feuillages. De sa livrée de verdure
Pas un frisson, Et de maintes autres couleurs...
Pas un nuage.
Les maisons dorment volets clos. Mais vous, hiver, vous êtes plein Météorologie
Les bœufs se couchent dans l’enclos. De neige, vent, pluie et grésil... L’oiseau vêtu de noir et de vert
Signe d’orage : Hiver, vous n’êtes qu’un vilain. m’a apporté un papier vert
Les hirondelles rasent l’eau, C. D’Orléans Qui prévoit le temps qu’il va faire
Les mouches vous piquent la peau... Le printemps a de belles manières.
Ah ! qu’il fait chaud ! L’oiseau vêtu de noir et de blond
R. Richard Oiseaux qui portez les saisons M’a apporté un papier blond
L’oiseau de l’été Qui fait bourdonner les frelons.
Chaleur L’oiseau doré des courses folles, L’été sera brûlant et long.
Tout luit, tout bleuit, tout bruit. d’aventures qui rient L’oiseau vêtu de noir et de jaune
Le jour est brûlant comme un fruit en grappes de raisin... M’a apporté un papier jaune
Que le soleil fendille et cuit. Personne n’aime voir Qui sent bon la forêt d’automne.
Chaque petite feuille est chaude l’oiseau gris de l’automne, L’oiseau vêtu de noir et de blanc
Et miroite dans l’air où rode la lumière cassée, M’a apporté un flocon blanc.
Comme un parfum de reine-claude. les soirées monotones... L’oiseau couleur de temps,
Du soleil comme de l’eau pleut Oiseaux blancs de l’hiver que m’apportera-t-il ?
Sur tout le pays jaune et bleu grands oiseaux éclatants C. Roy
Qui grésille et oscille un peu. faites venir le temps
A. De Noailles des fenêtres qui s’ouvrent,
du soleil qui joue du piano
L’arc en ciel dans les cheveux, sur les rideaux.
De sa cage de nuages et de pluie Faites monter de l’horizon Printemps
Un bel oiseau s’est évadé l’oiseau du printemps, l’oiseau fou L’oiseau vert vient de passer
Pour se poser sur les doigts du soleil pour les premiers bonheurs de l’herbe, vole, vole bel oiseau vole,
Bleu indigo violet pour la joie dorée des coucous, L’oiseau vert vient de passer
Vert jaune orangé rouge pour le grand rire des poumons... Nous irons après l’école
Plus un enfant ne bouge A. Mondo Nous irons en bande folle,
Le bel oiseau a déployé Dans les chemins verts danser
Les plumes sur le ciel Vole, vole bel oiseau vole,
R. Besse Rêve d’hiver Le printemps va commencer.
Sur le prunier blanc X. Privas
Automne le rossignol dort,
Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux transi,
Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne rêvant au printemps
Qui cache le hameaux pauvres et vergogneux et d’un genêt d’or
Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
fleuri. Quand Automne en saison revient
Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on Tanaka Quand automne en saison revient,
brise La forêt met sa robe rousse
Oh ! l’automne a fait mourir l’été Et les glands tombent sur la mousse
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes Où dansent en rond les lapins.
grises Les souris font de grands festins
G. Apollinaire Pendant que les champignons poussent.
Oh ! Que la vie est douce, douce,
Quand automne en saison revient.
Samivel
14Nature
Dame la pluie Rébus élémentaire Ordre cosmique
Que faites-vous dame la pluie Ma première Le vent s’enroule autour des pins,
Sur mes carreaux frappant ainsi ? C’est la terre Souffle tout au long de la plaine,
Pour la labourer. Sème des fleurs dans le jardin,
Le ciel a donc tant de chagrin
Mon second Joue avec l’eau de la fontaine.
Qu’il pleure depuis ce matin ? L’air profond La terre s’ouvre autour du grain,
Que faites-vous dame la pluie Pour le respirer. Eternelle mère porteuse,
Sur mes carreaux frappant ainsi ? Ma troisième Jamais sollicitée en vain,
Lavez-vous le joli jardin L’eau bohème Elles est nourrice, elle est vieillesse.
La maison, le toit, le chemin ? Pour la savourer. Le soleil jette son reflet
Que faites-vous dame la pluie Mon dernier Sur l’écume de l’onde amère,
Sur mes carreaux frappant ainsi ? Feu sorcier Et va finir son tour complet
Pour nous éclairer. Aux portes de l’autres hémisphère.
B. Lorraine La nuit proche hésite un instant,
Le brouillard
Heure bleue où la mer s’apaise,
Le brouillard a tout mis Devient murmure en chuchotant
Dans son sac de coton ; Il prend une boule de neige
Il prend une boule de neige Berçant le sable et la falaise.
Le brouillard a tout pris Le monde, ici, peut s’endormir,
Autour de ma maison. La serre très fort sur son cœur
Chacun fera ce qu’il doit faire,
Plus de fleurs au jardin, Et fond tout entier avec elle L’aurore va redécouvrir
Plus d’arbres dans l’allée ; Ne laissant ici-bas le Soleil, l’Eau, l’Air et la Terre.
La serre du voisin Qu’une paire de bretelles C. De La Soujeole
Semble s’être envolée. Dans une flaque d’eau.
Et je ne sais vraiment P. Vincensini
La pluie
Où peut s’être posé
La rivière endormie La pluie n’a jamais froid
Le moineau que j’entends Même en automne grise
Dans son sommeil glissant l’eau suscite une songe
Si tristement crier. un chuchotis de joncs de roseaux d’herbes lentes Elle glisse sur le bord du toit
M. Carême et ne sais jamais bien dans son dormant mélange Joue aux balançoires des feuilles
où le bougeant de l’eau cède au calme des plantes Va sur l’étang
Pierres La rivière engourdie par l’odeur de la menthe A petits pas
dans les draps de son lit se retourne et se coule
Le ruisseau use Mêlant ses mortes eaux à sa chanson coulante
La pluie n’a pas peur de nous
Les pierres dures ; elle est celle qu’elle est surprise d’être une autre Elle attend nos yeux jusqu'à l’aube
Les pierres durent, L’eau qui dort se réveille absente de se flot Prend nos vitre pour un miroir
Le ruisseaux ruse. écarte de ses bras les lianes qui la lient Regarde
Et cela dure déjouant la verdure et l’incessant complot Et ne se reconnaît pas
Depuis longtemps. qu’ourdissent dans son flux les algues alanguies G. Bocheleir
Un jour pourtant, C. Roy
Le ruisseau dur
Elle est là dans le verre
Est triomphant : Au vent
Pour se désaltérer.
Les pierres s’usent, Monsieur le vent sauvage
Pour bouillir...
Elles s’amusent, Demande passage. Hou ! Hou !
Au robinet pour se laver...
Avec le temps. Monsieur le vent voyage
Dans l’arrosoir, pour arroser
Les pierres musent, Sans bagages partout.
Dans la rivière, pour rafraîchir
Elles s’amusent, Cher vent, as-tu une bouche ?
Dans le canal
Mais elles s’usent ; Saurais-tu au cours de ta ronde
Dans les nuages
Le temps abuse Porter un message ?
Elle est dans la fontaine
De ses patients. Alors je t’en prie,
pour décorer.
Le ruisseau dur, Dis bonjour et salue
Et dans la citerne pour éteindre le feu.
Avec le temps, Les enfants du monde,
Dans le barrage
Le ruisseau use Mes amis
pour nous donner de la lumière...
Les pierres dures. B. Tanaka
Et dans la mer, pour naviguer
Le ruisseau dure,
Et partout pour vivre !
Les pierres s’usent,
C’est l’eau !
Le temps attend. Des branches Des feuilles
C. Solé Vendrelle
J. Demeuzes Des pétioles Des folioles
Un monde ramifié
Pluie
Soliloque qui bouge, bruit et bondit.
Les doigts
Quand la pluie pique Un royaume de verdure
innombrables
son plic est réciproque : de vertiges et de vent,
de la pluie
un labyrinthe de souffles
le choc s’applique pianotent
et de murmures.
et réplique ploc ! aux fenêtres
Un arbre en somme.
A. Serres du ciel
L. Spède J. Lacarière
15Nature
Le petit nuage La chanson du brouillard Les étoiles filantes
Minuscule et blanc, un nuage J’ai une gomme dans la main A travers le ciel sonore,
dans le ciel traînait son ennui Et j’efface les canards Tandis que du haut des nuits,
quelle idée aussi à son âge Dans le ciel blanc du matin. Pleuvent, poussière d’aurore,
d’être amoureux fou de la nuit ! Je suis le brou, le brouillard. Les astres épanouis,
Tas de feux tombants qui perce
Elle ne se doutait de rien J’ai une gomme dans la main. Le zénith vaste et bruni
mais voyant toujours son air triste Les forêts au désespoir braise énorme qui disperse
et voulant calmer son chagrin, Ont perdu tous leurs sapins. L’encensoir de l’infini ;
lui dit un soir à l’improviste : Je suis le brou, le brouillard. En bas, parmi la rosée,
« Alors, qu’as-tu bébé nuage, Etalant l’arum, l’oeillet
Tu n’as jamais de compagnon, J’ai une gomme dans la main. La pervenche, la pensée,
Amuse-toi un peu, voyage ! » N’espérez plus vous revoir. Le lys la lueur de juillet,
Encore plus triste il lui dit « non » J’ai brouillé vos deux chemins. De brume à demi noyée,
Je suis le brou, le brouillard. Au centre de la forêt,
« Que voudrais tu que je te donne, La prairie est déployée,
Veux-tu un orage, un grand vent Mais quand le soleil revient Et frissonne, et l’on dirait
avec un ciel tout noir qui tonne Précédé par les fanfares. Que la terre sous les voiles
ou une brise de printemps ? Je lui rends c’que j’ai volé. Des grands bois mouillées de pleurs,
Aimes-tu mieux un alizé ? Je suis le brou, le brouillard. Pour recevoir les étoiles
un aquilon impétueux ? Tend son tablier de fleurs.
Je ne veux rien te refuser ! Je lui rends tous les sapins V. Hugo
La lune avait fermé les yeux. Où se posent les canards.
A l’amour fou ses lendemains.
Le petit nuage, pas bête, Je suis le frou, le froussard.
aussi rouge qu’une cerise, D. Scheinert
répondit en baissant la tête :
« Nuit, je voudrais bien ...une bise ! »
M. Beau
Paysage des Alpes La mer
Sure un des verts plateaux de Savoie, La mer roule indéfiniment
Oasis dont la roche a fermé toute voie, sa vague verte sur le sable de la plage
La nature étendit quelques étroites pentes
La mer murmure indéfiniment
Où le granit retient la terre entre les fentes
Et ne permet qu’à peine à l’arbre d’y germer,
le bruit des sternes et des mouettes
A l’homme de gratter la terre et d’y semer. et des grands oiseaux de l’océan
D’immenses châtaigniers aux branches étendues La mer chante indéfiniment
Y cramponnent leurs pieds dans les roches fendues, la chanson du vent et des coquillages
Et pendent en dehors sur des gouffres obscurs, et celles des pêcheurs ramants vers l’horizon
Comme la giroflée aux parois des vieux murs ; la mer roule indéfiniment
On voit à mille pieds au dessous de leurs branches, sa vague verte sur le sable de la plage.
La grande plaine bleue avec ses routes blanches ; M.F. Delarozière
Les moissons jaunes d’or, les bois comme un point noir,
Et les lacs renvoyant le ciel comme un miroir...
Un n’entend d’autres bruits dans cet isolement, Le silence du soir
Que quelques voix d’enfants ou quelque bêlement Ce silence du soir,
De génisses ou de chèvres au ravin descendues, Ce n’est pas le silence. Ecoute ! Tout est noir,
A. de Lamartine La nuit obscure fait toute chose pareille,
Le ciel verse un repos immense ; pour l’oreille
Le sentier Tout bruit a cessé. L’âme entend en ce moment
Il est un sentier creux dans la vallée étroite, Une foule de voix sortir confusément
Qui ne sait trop s’il marche à gauche ou bien à droite. De cette ombre en disant des choses inconnues.
C’est plaisir d’y passer lorsque Mai sur ses bords, Il semble que les eaux, les plaines et les nues
Comme un jeune prodigue, égrène ses trésors ;
Sont pleines de secrets qu’elles vont révéler,
l’aubépine fleurit ; les frêles pâquerettes,
Pour fêter le printemps, ont mis leurs collerettes. Et dès que tout se tait, tout commence à parler.
La pâle violette, en son réduit obscur, V. Hugo
Timide, essaie au jour son doux regard d’azur,
Le gai bouton d’or, lumineuse parcelle, Voilà
Pique le gazon vert de sa jaune étincelle. Voilà
Le muguet, tout joyeux, agite ses grelots, Les arbres avec du sucre sur le nez
Et les sureaux sont blancs de bouquets frais éclos ; La route toute poudrée
Les fossés ont des fleurs à remplir vingt corbeilles, Le ciel enfariné
A rendre riche en miel tout un peuple d’abeilles...
S. Gautier
La neige a tout changé
A.M. Chapouton
16Bestiaire
La maison de l’escargot Les larmes de crocodile
Un matin l’escargot gris Un gros père crocodile
Las de traîner son logis pleure dans son grand mouchoir
S’en vas chercher un maçon Dans larmes de crocodile
Pour construire une maison. parce qu’il a mangé hier soir
Il s’en va trouver le pivert trois jolis petits canards.
L’atelier n’est pas ouvert. Mais il a toujours très faim,
Il frappe chez le lièvre il recommencera demain.
Mais celui-ci a de la fièvre. Et tous les jours sur son île
Il sonne chez l’écureuil Le gros père crocodile
Mais celui-ci à mal à l’œil. Pleure dans son grand mouchoir
Il s’en va chez le serpent En plaisant les petits canards.
Celui-là a mal aux dents. R. Lichet
La grenouille
Elle reste si longtemps tranquille,
la grenouille de la marre, Le chat
avec son dos vert qui brille, Le chat qui marche l’air de rien
assise sur son nénuphar... Voudrait se mettre sous la dent
que j’ai cru qu’elle n’était pas vraie L’oiseau qui vit de l’air du temps
et que j’ai lancé dans l’eau sale Oiseau voyou oiseau vaurien
des cailloux pour la faire sauter. Faisant celui qui n’a pas l’air
Elle saute bien mais elle chante mal. Le chat prend l’air indifférent
L’oiseau s’estime bien content
La girafe Et se déguise en courant d’air.
J’ai lavé ma girafe C. Roy
Avec de l’eau de naffe.
Ah ! comme elle sent bon !
Avec ses belles taches Coccinelle
Sur son pelage blond, Une demoiselle
Elle s’admire en long Voulait s’envoler
Dans chaque flaque La fleur était si belle
Et son bonheur est si radieux Et le vent si léger
Que tout à coup, Que sa coccinelle changea d’idée
Elle fait un gros nœud Et rentra ses ailes dorées
Avec son cou. A.M. Chapouton
M. Carême
La jungle Deux dindons
Tapi dans l’herbe humide et sur soi reployé, Deux dindons
Le tigre au ventre blanc, au souple dos rayé, jouent aux dés
Dormait ; et par endroits, le long des vertes îles, sur le dos
Comme des troncs pesants flottaient les crocodiles ; d’un dromadaire.
Parfois un éléphant songeur, roi de forêts, Celui des deux qui perd
Passait et se perdait dans les sentiers secrets, Est privé de désert
Vaste contemporains des races terminées,
Triste, et se souvenant des antiques années.
L’inquiète gazelle, attentive à tout bruit, Le coq
Venait, disparaissait, comme le trait qui fuit ; Il sort du nid
Au-dessus des nopals bondissait l’antilope ; et plein de zèle
Et sous les noirs taillis dont l’ombre l’enveloppe, il bat des ailes.
L’œil dilaté, le corps nerveux et frémissant, Il se pavane,
La panthère à l’affût humait le jeune sang. tourne, s’arrête
Du somment des palmiers pendaient de grands reptiles ; lève la tête.
Des couleuvres glissaient en spirales subtiles ; Et peu à peu
Et sur les fleurs de pourpre et sur les lys d’argent, Il monte au sommet de l’arbre
Emplissant l’air d’un vol sonore et diligent, Et de là haut fièrement perché,
Dans la forêt touffue aux longues échappées Cou en avant queue étalée,
Les abeilles vibraient, d’un rayon d’or frappées. Poitrail brillant, crête dressée,
Leconte de Lisle Le coq, lyrique, coquerique.
B. Tanaka
17La panthère noire Zoo
Par les entiers perdus aux creux des forêt vierges, A la tombée de la nuit
Où l’herbe épaisse fume au soleil du matin, Quand se sont refermées les grilles
Le long des cours d’eau vive encaissés dans leurs berges L’éléphant rêve à son grand troupeau
Sous de verts arceaux de rotin. Le rhinocéros à des troncs d’arbres
La reine de Java, la noire chasseresse, L’hippopotame à des lacs clairs
Avec l’aube revient au gîte où ses petits, La girafe à des frondaisons de fougères
Parmi les os luisants, miaulent de détresse, Le dromadaire à un oasis tintantes
Les uns sous les autres blottis. Le bison à un océan d’herbes
Inquiète, les yeux aigus comme des flèches, Le lion à des craquements
Elle ondule, épiant l’ombre des rameaux lourds, dans les feuilles
Quelques taches de sang, éparses et toutes fraîches, Le tigre de Sibérie à des traces
Mouillent sa robe de velours. sur la neige
Sous la haute fougère elle glisse en silence, L’ours polaire à des cascades
Parmi les troncs moussus s’enfonce et disparaît, poissonneuses
Les bruits cessent, l’air brûle, et la lumière immense La panthère à des pelages
Endort le ciel et la forêt. passant dans des rayons de lune
Leconte de Lisle Le gorille à des bananiers
croulants de leurs fleurs violettes
L’aigle à des coups de vent
dans des canyons de nuages
Le phoque aux archipels mouvants
de la banquise disloquée
Les enfants des gardiens à la plage
M. Butor
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