Bruxelles en mouvements - La Rue 30 ans sur la route de l'éducation permanente - La Rue asbl
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Bruxelles
Périodique édité par
Inter-Environnement Bruxelles
Rue du Midi, 165, 1000 Bruxelles
N°201 – 14 février 2008
en mouvements
La Rue 30 ans
sur la route
de l’éducation
permanente
BRUXELLES EN MOUVEMENTS N°201 • 14 FÉVRIER 2008sommaire 2
Bruxelles en mouvements
Inter-Environnement Bruxelles publie toutes les 3 semaines Bruxel-
les en mouvements, un journal pour tous les Bruxellois concernés
par leur cadre de vie. Il vous informe sur les actions des associations et
des comités de quartier, analyse l’actualité et explique les projets qui
transforment la ville. (Abonnement annuel — 16 numéros : 24 €)
DÉCOUVREZ AUSSI :
La Lettre électronique
d’IEB
Notre média électronique, diffusé gra-
En couverture
tuitement, La Lettre d’IEB cerne de
façon directe et pratique les enjeux de
La Ranfiesta en 2007 la semaine à venir. Elle vous propose les
pour fêter le renouveau enquêtes publiques, les actions et les
du quartier et de la rue événements où vous pouvez agir pour
Ransfort, berceau de défendre votre ville. (Inscription gra-
l’association La Rue. Photo tuite)
de Han Soete dans la
brochure « La Rue, 30 ans
d’actions ». L’Inventaire hebdomadaire
Infos : La Rue, rue Ransfort, des enquêtes publiques
61, à 1080 Bruxelles. IEB offre aussi aux abonnés à Bruxelles
Tél. : 02/410 33 03. en mouvements : L’Inventaire hebdoma-
Courriel : la-rue@skynet.be daire des enquêtes publiques. Grâce à
cet outil, vous serez au courant chaque
semaine des avis d’enquêtes publiques
sur les projets en urbanisme et en en-
vironnement dans les 19 communes de
Dans ce numéro la région. (Inscription gratuite pour les
lecteurs de BeM)
LIVRES
P.9 Ville libérale, ville durable ?
Saisir le temps de la mobilité
Le site Internet
ENVIRONNEMENT
www.ieb.be
P.10 Un nouvel outil pour une maison
Eco... logique ! Le site Internet des principales asso-
P.11 La sensibilisation au compostage ciations de défense de l’environnement
via les maîtres-composteurs urbain. Une fenêtre sur les activités
d’IEB et de ses membres face aux enjeux
MOBILITÉ
qui touchent Bruxelles. Le site vous offre
P.12 Faire sauter le point noir du
un aperçu des actions, publications et
« boulet Louise »
liens utiles pour suivre les grands dossiers
P.13 Fête du pain, pas des carburants !
d’actualité et participer à l’amélioration
URBANISME de la ville avec les habitants.
P.14 Galeries Louise : ProWinko devra
plancher sur un nouveau projet
P.15 Châssis : des cadres légaux à
Pour tous renseignements
respecter
Inter-Environnement Bruxelles, rue
Neerpede : des projets de
du Midi, 165, 1000 Bruxelles. Tél. :
lotissements prématurés
02/223 01 01. Courriel : info@ieb.be
ÉDITORIAL
P.16 Le retour des grands secrets...
BRUXELLES EN MOUVEMENTS N°201 • 14 FÉVRIER 2008dossier 3
La Rue : 30 ans sur la route en bref...
de l’éducation permanente A l’occasion de ses
30 ans d’existence,
l’association La Rue
a fait le point sur
ses expériences
d’éducation à la
citoyenneté.
Toujours infatigable,
cette organisation
envisage désormais
l’avenir.
En octobre dernier,
des fêtes et des
débats ont marqué cet
anniversaire.
Ce fut aussi l’occasion
d’inviter le monde
associatif à réfléchir
JEAN-CLAUDE GELTEMEYER
sur la pertinence
de l’éducation
permanente.
Festival de fanfares organisé par La Rue en 1987.
1. LUTTES URBAINES
ET ÉDUCATION PERMANENTE
Une action volontariste A ce titre, de nombreux comités d’ha-
Q
ue des habitants se rencontrent bitants reconnaîtront des méthodes, des
et décident de créer un comité principes et des objectifs qu’ils partagent.
de quartier, c’est courant. C’est Mais dans le cadre urbain qui nous occupe,
même une spécialité bruxelloise. Ne disait- les leçons des 30 ans de La Rue trouve-
on pas de Bruxelles qu’elle est la ville aux ront certainement beaucoup de résonance
100 comités de quartier ? parmi ces comités qui défendent leur quar- La fondation
Plus rares sont les comités qui se sont tier et leur ville, soucieux de démocratie, Notre association était
inscrits dans la durée. L’association La Rue de solidarité et de justice. composée au départ d’une
est de celles qui ont dépassé la trentaine. Travailler dans les quartiers populai- dizaine d’habitants, de
Une longévité pleine d’intérêt et d’ensei- res n’est un gage ni de facilité, ni de quelques travailleurs
gnements sur les organisations militantes réussite. C’est pourquoi la genèse de sociaux, d’enseignants,
parties d’une utopie et pourtant bel et bien l’association est intéressante. Le Vieux d’employés, avec l’objectif
ancrées dans la réalité. Molenbeek était marqué par le déclin in- de mettre au service d’une
L’expérience de ce comité installé au dustriel, la pauvreté, la crise du logement, cause qu’on estimait
cœur de l’ancienne zone industrielle de la spéculation immobilière, la saignée du prioritaire et qui était
Molenbeek rappelle que, face aux muta- métro... Chez quelques citoyens, germe un projet de solidarité et
tions que traverse notre société, l’action en 1976, l’idée de créer dans ces quartiers d’émancipation, avec une
volontaire porte encore ses fruits. un lieu de rassemblement, de prise de volonté que les gens se
Partie de l’action locale, l’association parole et d’expression des besoins de la prennent en charge, créent
La Rue a poursuivi des objectifs basés sur population. eux-mêmes des initiatives
la solidarité et l’émancipation. Les idées Pour réaliser ces objectifs, La Rue veut et puissent avancer comme
qui ont animé ce mouvement peuvent être se mettre à la disposition des habitants ça. Aujourd’hui nous n’avons
appliquées dans bien d’autres endroits que tout en prenant l’initiative de démarches pas changé d’objectif.
le champ d’action de La Rue. associatives. (Guido Vanderhulst)
BRUXELLES EN MOUVEMENTS N°201 • 14 FÉVRIER 2008dossier 4
De l’éducation populaire à la participation critique et la transforma-
Le nom de La Rue l’éducation permanente tion sociale. « Dès ses premiers pas sur les
C’est Edmond qui a Le mot associatif est lâché et avec lui pavés molenbeekois, La Rue a inscrit son
inventé le nom. LA RUE une orientation précise est choisie : celle action dans une démarche qui se voulait
est à la fois le lieu de la de l’éducation populaire. Quoi de plus d’éveil à la citoyenneté par l’éducation
revendication et de la évident vu le milieu concerné ? C’est pro- permanente. Les objectifs sont clairement
colère populaire, mais pre à l’époque, comme le constate Guido de soutenir l’autonomie et la solidarité des
aussi le lieu de la fête Vanderhulst, « Des citoyens se sont réunis personnes par tous les moyens utiles... ou
et de la joie, toujours pour initier une démarche que l’on voulait demandés. »
un lieu d’expression inspirée par l’éducation populaire et d’un
collective. courant appelé, fin des années 60, l’auto- De la résistance innovante
(La Rue, 30 ans gestion. Certains intellectuels se sont mis La Rue se trouvait à l’aise dans cette dé-
d’actions, p. 3) à être solidaires de la classe ouvrière et marche. Ses initiatives commencèrent dans
des milieux populaires défavorisés. Ils en le champ socio-culturel par des actions
ont fait l’essentiel de leur engagement. de résistance innovante et d’invention
C’est cette philosophie qui a présidé à la démocratique pour attirer l’attention de
mise sur pied de l’association ». l’opinion publique et faire entendre les
Leurs initiatives s’inscrivent, en cohésion revendications par le pouvoir. Ce fut le cas
avec des fêtes sous chapi-
Action contre teaux, l’ouverture de lieux
les déchets
de rencontre et de convi-
en 1979.
vialité comme par exemple
le Café de La Rue. Durant
les premières années, ce
fut un lieu de débats et de
mobilisation, pour devenir
l’un des 12 cafés-théâtres
que compte Bruxelles, où
les repas-spectacles per-
mettent la rencontre de
personnes de différents
quartiers et de cultures
différentes.
LA RUE
Au fil des ans, les in-
terventions de La Rue ont
But de l’éducation avec le contexte socio-culturel du quartier, transformé le Vieux Molenbeek. Par son
permanente dans les mouvements sociaux qui dans les rôle de coordination, elle est devenue la
Dans une logique années 70 visent à donner aux publics popu- plaque tournante de multiples actions et
d’inventivité démocratique, laires des moyens de sensibilisation et d’es- projets. Les rencontres du Vieux Molen-
l’éducation permanente se prit critique. L’éducation populaire a ses beek ont rassemblé les acteurs sociaux et
doit de s’interroger sur le origines dans l’éducation ouvrière. Cette culturels sur les enjeux du logement, de
droit des gens à se construire initiative était prise par la classe ouvrière l’immigration, sur le métro, les plaines de
une vision du monde, à elle-même « pour les travailleurs par les jeux,... Le Collectif Fonderie a rassemblé
l’exprimer, à avoir un projet travailleurs ». Après le décret pris par la habitants, travailleurs et de multiples or-
social et à le mettre en Communauté française en 1976, on parle ganisations concernées par la réparation du
oeuvre, à l’expérimenter et d’éducation permanente. La Communauté quartier autour de l’ancienne Compagnie
finalement avoir un projet française donne aux organisations recon- des Bronzes. Il en sortira : la réaffecta-
de changement de la vie et nues, des moyens de poursuivre un travail tion de la manufacture, la construction
du monde qui sont toujours de sensibilisation et de formation auprès du de l’auberge de jeunesse, le création du
à inventer. C’est le droit à public du milieu populaire. Cette action de parc de la Fonderie, le Musée de l’Histoire
l’utopie fondatrice. promotion socio-culturelle est collective. sociale et industrielle de la Région de
(J-P. Nossent, Education Elle commence par l’analyse de leurs con- Bruxelles, l’Espace Pierron, etc.
permanente et inventivité ditions de vie et des facteurs déterminant A l’occasion de son anniversaire, La Rue
démocratique, in Des particulièrement leur situation. a publié une brochure où l’on trouvera un
tambours sur l’oreille d’un La Rue sera reconnue comme organisme inventaire impressionnant des prises de
sourd, Plate-forme Bigoudis, d’éducation permanente et pour cause, elle participation de l’association dans la vie
2006, p. 190.) compte dans ses objectifs : la citoyenneté, du quartier.
BRUXELLES EN MOUVEMENTS N°201 • 14 FÉVRIER 2008dossier 5
Ont participé
au débat
• Jacques Hanon :
ancien administrateur
de La Rue.
• Irma Bozzo :
animatrice en travail
social de quartiers à
Schaerbeek.
• Camille Schmitz :
fondateur d’une
plateforme d’associations
altermondialistes à Liège.
• Marc Trullemans :
coordinateur de l’OOTB
(fédération d’insertion
socio-professionnelle de
CLAIRE VERHAEREN
la Région de Bruxelles-
Capitale), ancien
secrétaire général
du BRAL.
Intervenants au débat du 19 octobre 2007. De gauche à droite : René Schoonbrodt, Jacques Hanon et • René Schoonbrodt :
Irma Bozzo. docteur en sociologie,
ancien président de
l’ARAU et d’Inter-
Environnement Bruxelles.
2. UN DÉBAT POUR ENVISAGER • Georges Liénard :
docteur en sociologie,
L’AVENIR professeur à l’UCL-FOPES.
• Moritz Lennert :
L
administrateur de La Rue.
a Rue ne s’est pas contentée d’un de l’association se base sur un engagement • Guido Vanderhulst :
bilan pour célébrer ses 30 ans. Le pour une cause prioritaire : un projet de ancien président de l’asbl
public était invité à participer à la solidarité et d’émancipation. » Cela repose La Rue. Il a transmis,
ce 16 janvier 2008, le
fête avec le théâtre-action des habitants, sur des convictions fortes de la part de flambeau à la nouvelle
l’exposition, des concerts (Mousta Largo). militants et de bénévoles qui veulent ré- présidente Madame
Et pour réfléchir au futur, La Rue a invité pondre à des besoins et des demandes de la Anne Six.
quelques figures amies du monde associatif population et souhaitent des changements • Tom Goldschmidt :
journaliste à la RTBF.
pour évaluer la pertinence de son action. pour une société plus égalitaire. Ce qui
Les problèmes soulevés ont amené des ré- n’est possible qu’à condition que les per-
ponses qui seront utiles au monde associatif sonnes deviennent des citoyens conscients,
en général. responsables et acteurs de leur vie.
• Une volonté de démocratie. Autre point
LES MOTEURS DE LA RUE fort, une organisation interne démocrati-
que décrite par Guido Vanderhulst en ces
Pour durer termes : « Aujourd’hui les militants de La
Au débat du 19 octobre, véritable mo- Rue ce sont 15 salariés mais aussi 40 per-
ment de retrouvailles, Tom Goldschmidt sonnes de l’Assemblée générale dont la
rappelait que ce « boulevard du temps, majorité sont des habitants du quartier. Les statuts
qui de la fondation de La Rue nous relie à Aujourd’hui, on propose et organise des « L’objet de l’association
aujourd’hui, est jonché des cadavres des emplois en fonction des objectifs définis est d’encourager et de
associations qui n’ont pas tenu toutes les par l’association. Nous avons été chercher soutenir, dans une démarche
promesses que leurs fondateurs voulaient les moyens pour suivre nos objectifs et pas fondamentalement
voir dans leurs yeux ». Sous ces termes ly- ceux qu’on nous imposait. » associative, tout ce qui
riques se pose la question de la durée. La La Rue insiste fortement sur la place peut favoriser la prise de
Rue est mue par des moteurs puissants pour des bénévoles qui sont présents dans les parole et de conscience,
résister ainsi aux injures du temps. différentes activités et dans le Conseil l’expression, l’organisation
d’Administration et l’Assemblée générale. solidaire et l’exercice
• Des convictions fortes. Comme le dit Cette présence est le garant de la trans- des droits et devoirs des
Jacques Hanon, administrateur et militant parence et des possibilités d’une véritable personnes, habitants,
de la première heure : « La mise sur pied évaluation. usagers et travailleurs. »
BRUXELLES EN MOUVEMENTS N°201 • 14 FÉVRIER 2008dossier 6
Transversalité • Considérer l’humain dans sa globalité. et c’est aussi un acquis d’une action de
Pour atteindre ses objectifs En évoluant, La Rue a traité un nombre type transversal : c’est le fait d’avoir des
d’éducation « populaire », croissant de domaines qui touchent à la points d’appui pour faire face à des creux
l’association agit dans une vie des gens. La personne forme un tout. de vagues dans un domaine en continuant
démarche transversale, La Rue prend donc en compte la globalité à s’appuyer sur d’autres domaines. Et
au travers de différents sociale des problèmes rencontrés. Pour à partir de là, pouvoir relancer le type
axes : l’urbanisme, la fête, Jacques Hanon, « L’action doit être an- d’action que l’on mène ».
la formation (programme crée dans la réalité des gens. Si on essaie
d’alphabétisation, le groupe d’être attentif à l’expression des gens Pour défendre ses enjeux
ados), les animations et (les concernés, les habitants, le public La recherche de valeurs démocratiques
ateliers créatifs, les ateliers cible) qui s’expriment dans la totalité ou est l’un des objectifs principaux de La
scientifiques, les jardins la globalité de leur situation, on entre Rue. Elle se traduit dans les rapports entre
urbains, l’école des devoirs dans ce qui est transversal. Cela privilégie l’association et le public concerné. 15 ans
et le rattrapage scolaire, le l’action intégrée qui répond à la globalité d’expérience à l’École des devoirs font dire
logement, la cohésion sociale des problèmes ». à Naïma Otman que « Toutes les initiatives
dans les logements sociaux, André Lumpukiva, travailleur à La Rue, de La Rue ont été prises à partir de de-
le conseil en rénovation. relève que « Les demandes expriment sou- mandes et d’attentes des habitants. Par
vent une addition de besoins et de diffi- manque de moyens, nous sommes obligés
cultés. Le saucissonnage des problèmes de refuser des inscriptions pour les dif-
et des réponses mène à la multiplication férents cours. Il nous manque également
des services sans toujours les résoudre car du personnel et des locaux pour pouvoir
souvent un problème en cache un autre ». encadrer ces personnes. Mais les gens ne
comprennent pas les rai-
sons de ce refus. On essaie
de répondre au maximum
aux attentes et aux priori-
tés mais on est limité ».
Pour Irma Bozzo, le tra-
vail est assez simple quand
les habitants demandent
eux-mêmes à l’association
d’aider à atteindre leur
objectif. « C’est plus com-
pliqué et il y a des tensions
quand l’objectif de l’asso-
ciation n’est pas le même
que celui des personnes qui
s’adressent à l’association.
CLAIRE VERHAEREN
Dans ce cas-là, l’association
doit respecter ses valeurs.
Je constate qu’il y a des
Au débat du 19 octobre. De gauche à droite : Tom Goldschmidt, Mark Trullemans, Camille Schmitz,
travailleurs sociaux, des
Georges Liénard et Guido Vanderhulst. associations, qui font des
choses qui ne correspondent
pas à ce qu’ils ont vraiment
Par exemple, derrière un problème de envie de faire pour être en phase avec les
santé se trouve un problème de logement gens, parce qu’il faut répondre aux besoins
auquel peuvent être liés des problèmes de des gens. L’association n’est pas neutre,
scolarité. C’est pourquoi La Rue a veillé elle se crée toujours pour défendre les
à tourner le dos au cloisonnement des intérêts des uns ou des autres, elle a donc
actions et des services. Cette polyvalence un objet social à remplir. Il y a un moment
explique aussi la capacité de toujours res- où il faut dire que ce n’est pas possible en
ter dans l’action. Comme l’a noté Geor- fonction des options fondamentales dé-
ges Liénard, « Il faut savoir gérer parfois fendues et qu’on ne peut pas défendre les
l’incertitude et les creux dans l’action. A intérêts de personnes qui sont socialement
ces moments-là, il faut pouvoir continuer dans des situations différentes même si
à durer et retrouver des points de levier elles habitent la même rue. »
BRUXELLES EN MOUVEMENTS N°201 • 14 FÉVRIER 2008dossier 7
Les priorités définies (démocratie, solida- Pour s’engager dans le futur L’engagement collectif
rité, justice), le chemin de la participation Comme le note Tom Goldschmidt : « Il y a Comment favoriser
passe par la prise de parole. L’association 30 ans, les actions comme celle de La Rue l’implication des gens ?
ne veut pas prendre la parole à la place des étaient fondées sur la conviction que l’ac- D’abord écouter et entendre
gens ni même les représenter tous et ne tion collective était porteuse de beaucoup l’expression des besoins. Le
peut répondre à toutes les demandes. Mais de fruits. Aujourd’hui, l’œil n’est plus fixé rôle des travailleurs sociaux
son rôle est de veiller à ce que la légitimité sur l’horizon d’un avenir meilleur mais est de soutenir les habitants
de leur parole, de leur action soit reconnue plutôt sur son écran de PC, de playstation, pour expliciter la demande.
et que leurs questions soient entendues par etc. Le rassemblement de personnes est Essayer de comprendre.
les interlocuteurs et qu’elles soient suivies plus difficile que par le passé. Comment et construire la confiance
de réponses concrètes. Ainsi, La Rue a un faire monter la relève pour demain ? » petit à petit. Rassembler et
rôle d’instigateur à la démocratie, d’ap- débroussailler avec le groupe
prentissage au débat. Une œuvre qui est NOUVELLES UTOPIES les traits d’union, les enjeux
plus compliquée aujourd’hui qu’il y a 30 ans La Rue a commencé avec des utopistes communs ou... les différents
car on travaille avec des populations qui dont les idées ont fini par s’intégrer dans chemins à prendre.
n’ont pas la même facilité de s’exprimer, la réalité. Pour Guido Vanderhulst, qui a Laisser de la place à chacun,
de s’organiser, ni les mêmes traditions. vu les projets de militants partir de rien et avec ses ressources et son
rassembler de plus en plus de gens, « Il n’y rôle, et à la dynamique.
a pas de différence entre les militants du Que les professionnels ne
début et les professionnels de l’associa- prennent pas trop de place
tion ». L’explication repose sans doute dans sous prétexte de savoir
les propos de Camille Schmitz qui dans sa comment faire et vouloir
vie a déjà participé à de nombreux projets aller trop vite, au contraire
utopistes dont le réseau altermondialiste de laisser l’occasion de
D’Autres Mondes à Liège. « Les gens qui créer, apprivoiser l’objet
font ça comme des fonctionnaires, leur commun.
aventure ne les enchante pas, tandis qu’il (Claire Verhaeren, La Rue)
LIEVEN SOETE — WWW.BRUXEL.ORG
CHRISTIAN LEDOCQ
Animation au jardin urbain. Le spectacle « Le Chameau », création d’ateliers-théâtre de La Rue
avec des habitants de Molenbeek, sur le thème de la réalisation
des rêves.
René Schoonbrodt souligne que prendre faut pouvoir dire que nous allons créer
la parole c’est se politiser. « On n’en sortira des lieux de réenchantement du monde. »
qu’en politisant, en apprenant à parler, à Comme pour construire un réseau, « le
intervenir dans le débat, en faisant con- projet d’une association c’est une aven-
naître les institutions, la justice. C’est ture basée sur des rencontres qui forment
l’essentiel du rôle associatif à condition les premières mailles. Il y a souvent des
qu’il soit libre. C’est-à-dire de développer détours. On ne va pas directement au but
par rapport à la société une parole criti- en disant qu’on sait où on va. On part à
que, une parole qui se veut conquérante l’aventure comme un exportateur décou-
de justice, qui réclame le droit de vivre vre un écosystème. Ça met du tonus dans
décemment, de parler d’être entendu dans la démarche de celui qui doit trouver les
de bonnes conditions. » chemins d’implication ».
BRUXELLES EN MOUVEMENTS N°201 • 14 FÉVRIER 2008dossier 8
QUESTIONS POUR DEMAIN
Le travail de La Rue se place dans une
approche transversale. Etant donné que
les problèmes des gens ne sont pas issus
du quartier, La Rue doit-elle changer
d’échelle ? Soit elle devient un service
public avec une certaine exhaustivité...
soit elle doit garder un rôle plus militant
mais qui ne peut répondre aux besoins de
l’ensemble de la population (par exemple,
l’École de devoirs) ?
Dans la définition des priorités, comment
éviter que les actions ne produisent des
CHRISTIAN LEDOCQ
effets pervers ? Par exemple à qui profite
la rénovation du quartier, comment évi-
ter d’exclure une partie de la population
La défense du logement,
puisqu’il n’y a aucun contrôle ni du foncier
une activité majeure à La Rue. L’avenir de La Rue reste à écrire. Les ni des loyers ? Qui sont les gens qu’on in-
acquis sont tangibles, les habitants se sont terroge et qui s’expriment ? Quelle est la
mobilisés, les autorités publiques les en- responsabilité de l’association par rapport
tendent, la demande de culture augmente. à l’ensemble des habitants et donc, sa
Le travail de militance a arraché le droit responsabilité de protéger aussi la part de
d’expression mais les problèmes changent la population qui est silencieuse ?
et la vigilance reste de mise pour que les Comment une association qui s’insti-
solutions d’hier bénéficient aux habitants tutionnalise doit-elle se positionner par
d’aujourd’hui. Ainsi, dans ses conclusions rapport à la recherche de subsides car elle
A lire: « La Rue, 30 ans
Moritz Lennert, administrateur de l’asso- a la responsabilité de rémunérer des tra-
d’actions » (40 pages). ciation, a osé poser les questions déran- vailleurs ? Comment garder le côté militant
Infos : La Rue, 02/410 33 03. geantes qui suivent. et son indépendance ?
Vers l’extérieur, La Rue témoigne-t-elle
assez de son travail et de l’évolution gé-
Faut-il être utopiste ? nérale du quartier ? Quelle part de moyens
consacrer au travail de témoignage par
L
a Rue ne s’occupe pas de tout, même si elle le voudrait comme rapport au travail quotidien ?
elle a tenté de le faire avec un atelier de formation par le
travail. Faut-il être utopiste ou idéaliste, a demandé Émile INDÉPENDANCE CRÉATIVE
Van Kerckhove de La Rue, à vouloir aussi porter une revendication Ces questions révèlent les balises entre
qui touche directement les habitants : l’emploi et la formation ? lesquelles cheminera La Rue dans les pro-
La réponse de Mark Trullemans rappelle les conditions pour traiter chaines années. L’un des principes en point
ce problème. La réponse cite aussi les atouts que possède La Rue en de mire est l’indépendance de l’association.
général grâce à sa connaissance du tissu du quartier. Comme l’a évoqué Carine Barthélemy : « La
• Témoigner. Les associations peuvent organiser le témoignage et Rue a démarré de rien et il a fallu se battre
faire entendre la voix des quartiers populaires pour qu’elle soit en- pour obtenir une certaine reconnaissance
tendue dans les milieux qui s’occupent de l’emploi où on n’entend des pouvoirs publics au niveau local et
plus comment se vit dans les quartiers la situation de sans-emploi. régional. Mais on ne peut pas se reposer
• Éduquer et former. Tisser un lien entre les quartiers et l’école et sur ses acquis. Par exemple, par rapport
les enseignants est aussi crucial. Former par le travail c’est aussi de au politique, l’asbl ne comporte pas de
l’éducation permanente. mandataires politiques dans son conseil
• Organiser. Les techniques de proximité pour organiser la demande d’administration. Cette indépendance est
peuvent servir pour les projets d’économie sociale pour les popula- un gage de cohérence par rapport à nos
tions locales. objectifs et aussi en termes de gestion et
• Structurer. Le rôle de porte-parole et de trait d’union est impor- de fonctionnement.»
tant par la structuration des employeurs locaux qui reflètent la vie Avec son désir d’autonomie, propre aux
quotidienne et le développement économique du quartier associations, La Rue va poursuivre son
• Tisser des liens aussi avec d’autres acteurs de proximité et des objectif de créer de la liberté pour les
associations dans d’autres quartiers similaires. autres.
Almos Mihaly
BRUXELLES EN MOUVEMENTS N°201 • 14 FÉVRIER 2008Vous pouvez aussi lire