L'ATTENTAT DOSSIER PEDAGOGIQUE - au Théâtre d'Auxerre

 
L'ATTENTAT DOSSIER PEDAGOGIQUE - au Théâtre d'Auxerre
DOSSIER PEDAGOGIQUE
L’ATTENTAT
à partir de 12 ans

De Franck Berthier / D’après Yasmina Khadra
Par la compagnie Dont Acte

Les 4 et 5 avril 2018 au Théâtre d’Auxerre

Fiche réalisée par Véronique Poinsot,
professeure missionnée au service éducatif du Théâtre - scène conventionnée d’Auxerre
veronique.poinsot@ac-dijon.fr

Le Théâtre – Scène conventionnée d’Auxerre
54 rue Joubert – 89000 Auxerre
téléphone 03 86 72 24 24
accueil@auxerreletheatre.com / www.auxerreletheatre.com / février 2018

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L'ATTENTAT DOSSIER PEDAGOGIQUE - au Théâtre d'Auxerre
D'après le roman de          Yasmina Khadra
Adaptation pour la scène      Amandine Klep et Franck Berthier
Mise en scène                Franck Berthier
Avec                         Bruno Putzulu (Amine), Jean‐Marie Galey (Naveed, Zeev), Magali
                             Genoud (Kim), Danielle Lopès (Leila, l’infirmière), Arben Bajraktaraj
                             (Mosché) et Jean de Coninck (Yehuda)
Décor                        Franck Berthier, Gérard Bourgey
Costumes                     Elvire Le Garrec
Son, régie générale, musique Eric Dutriévoz
Régie lumière                Mireille Dutriévoz

SOMMAIRE

INTRODUCTION
Yasmina Khadra                                                            page 3
Le roman Khadra, la guerre et l’écriture                                  page 3

QUEL SPECTACLE ?
Le texte                                                                  page 4
Les principaux personnages                                                page 10
L’intention du metteur en scène                                           page 11

POUR PREPARER LES ELEVES EN UNE SEANCE
Chuchoter le conflit                                                      page 12
Éclairer le contexte                                                      page 13
Fournir du vocabulaire                                                    page 13

SI ON A UN PEU PLUS DE TEMPS...
Observer les photos du spectacle                                          page 14
Décrire l’autre                                                           page 16
Être étranger                                                             page 16
Adapter un roman                                                          page 17

APRES LA REPRESENTATION
Décrire l’autre                                                           page 20

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INTRODUCTION
Pour nos jeunes élèves, nés au début des années 2000, le terrorisme est lié à l’actualité depuis le 13
novembre 2015. Nombreux sont ceux qui ont été frappés par les attentats de Paris, puis de Nice. Par
conséquent, ils ont tendance à assimiler les attentats suicides à l’État islamique.
Or, le roman de Yasmina Khadra, ainsi que l’adaptation qu’en ont faite Amandine Klep et Franck Berthier
se déroule entre Israël et la Cisjordanie, de Tel-Aviv à Janin (Jénine) en passant par Bethléem, au moment
de la Seconde Intifada (2000-2005). C’est de l’histoire pour nos élèves. C’est pourquoi, même s’il est
impossible que le spectacle n’entre pas en résonance avec les événements récents, nous devrons être
vigilants, nous les enseignants, à ce que nos élèves soient d’abord attentifs à ce que Franck Berthier a
voulu y mettre, en reprenant le roman de Yasmina Khadra.

YASMINA KHADRA
Mohammed Moulessehoul, né en Algérie en 1955, est envoyé par son père an 1964 à l’école Nationale
des Cadets de la Révolution et sert l’armée algérienne jusqu’en 2000. Il se découvre très jeune une
passion pour l’écriture (voir son roman autobiographique L’ Écrivain), publie d’abord sous son nom puis
sous le pseudonyme de Yasmina Khadra (les noms de sa femme) pour échapper à la censure. Après avoir
quitté l’armée, il séjourne au Mexique puis s’installe en France. Son œuvre, traduite dans de nombreuses
langues, connaît une diffusion mondiale et elle est traversée par son questionnement sur la religion,
l’islam et le choc des cultures.
Publié en 2005 aux éditions Julliard, L’Attentat est le centre d’une trilogie comprenant Les Hirondelles de
Kaboul (2002) et Les Sirènes de Bagdad (2006) dans laquelle Khadra traite de la guerre, du terrorisme et du
dialogue de sourds qui oppose l’Orient et l’Occident, à travers le destin de ses personnages.

LE ROMAN : KHADRA, LA GUERRE ET L’ECRITURE
Présentation par Jean-Marie Perret1, dans la revue Publics de mars 2018, journal des Amis du Théâtre
d’Auxerre.
Ce roman de Yasmina Khadra (Julliard, 2005) a été beaucoup lu, en français et dans ses différentes
traductions. Rend-il moins opaque à nos yeux l’horreur absolue d’un massacre de civils ? A première
lecture, rien n’est moins sûr. Le ressort dramatique est central dans ce livre, et la tension du narrateur
Amine Jaafari, chirurgien d’origine bédouine dans un hôpital de Tel Aviv, vers la vérité que lui a
dissimulée sa propre femme – auteure d’un attentat suicide en pleine ville - semble d’abord le ressort
unique du roman.
L’action pourtant n’exclut pas quelques visées documentaires, le récit nous menant à Jérusalem, à
Bethléhem et à Jénine, au moment des tragiques affrontements de 2002. Cela dit, il est difficile de juger
si l’auteur ne nous renseigne pas davantage sur les tensions qui traversent la société algérienne, qui le
préoccupent et qu’il connaît admirablement, que sur Israël et la Palestine, cette région n’étant pour lui,
au mieux, qu’un terrain d’enquête.
Quoi qu’il en soit, le romancier invite ses lecteurs, au fil de l’intrigue, à distinguer parmi les violents
trois types d’acteurs : les fondamentalistes, qui rêvent d’un califat universel ; les islamistes, dont le but
est d’instaurer dans leur pays un régime de «charia», et les activistes mus par un désespoir intime,
humiliés dans leur personne ou celle de leurs proches, et pour qui choisir sa mort est la seule option
qui reste. C’est clairement à ces derniers que l’auteur réserve sinon sa compassion, du moins son
attention.
Reste un dernier point qu’il importe de souligner. On a reproché non sans raison au roman de Yasmina
Khadra d’éluder la dimension politique du conflit israélo-palestinien. Or c’est peut-être ce choix,
précisément, qui oblige à approfondir. «Le bâtard, écrit Khadra, n’est pas celui qui ne connaît pas son
père, c’est celui qui ne connaît pas ses racines». On reconnaît là le malaise de Yasmina Khadra lui-même,
Algérien en mal d’un pays. Mais au-delà, l’auteur pointe un besoin fondamental en chacun
d’«enracinement» : lorsque le tissu de la communauté de destin se déchire, violenté par l’histoire,
l’individu renvoyé à lui-même n’est plus qu’un être vide, près de se jeter dans la violence aux dépens
de soi et d’autrui. [...]

1
auteur et poète icaunais : Que nous fait l’eau éblouissante, Grande liberté de l’air au-dessus du fleuve, éditions Obsidiane
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QUEL SPECTACLE ?
LE TEXTE
Le roman de Khadra est un récit à la première personne dont le narrateur est le docteur Amine Jaafari.
Mais au gré de son périple, Amine croise de nombreux personnages, le personnel de l’hôpital, les
policiers, la famille de Kim, la sienne qu’il a oubliée et qui vit dans les territoires palestiniens.
L’un des premiers problèmes de l’adaptation a été de faire la part du « je », Amine racontant son
histoire, et la part de la théâtralité : des scènes rassemblant plusieurs personnages étant jouées et non
racontées. En fait, les monologues d’Amine sont rares dans la pièce (tableaux 1, 4, 16 et 18) et les récits
des nombreuses actions qui se déroulent hors espace scénique sont inclus dans les dialogues des
personnages.
Par ailleurs, économie du théâtre oblige, il a fallu réduire le nombre de personnages à huit joués par six
comédiens (voir la distribution).
Les enseignants sont sans doute nombreux à avoir lu, plus ou moins récemment, le roman de Yasmina
Khadra. Le tableau suivant a été construit à partir du texte d’Amandine Klep et Franck Berthier, divisé
en trois parties et en dix-huit tableaux. En regard, le résumé du roman de Khadra. La comparaison des
deux permet de voir comment la galerie de personnes croisées dans les territoires palestiniens par le
narrateur du roman est assumée soit par la seule Leila, soit par les récits des uns aux autres. Par ailleurs,
ce qui se joue entre Kim et Amine est représenté dans les tableaux 10 et 11 alors que c’est plus diffus
dans le roman, même si le personnage de Kim y est central.

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L'ATTENTAT DOSSIER PEDAGOGIQUE - au Théâtre d'Auxerre
LE ROMAN DE YASMINA KHADRA                             L’ADAPTATION THEATRALE D’
                                                       AMANDINE KLEP ET FRANCK BERTHIER

prologue : le narrateur est pris dans un attentat  Première partie : Tel-Aviv
contre le cheikh ; Amine, c’est son nom, se revoit
enfant avec sa mère et son père, avant de mourir. tableau 1 : bureau Amine ; on entend une
                                                   explosion ; Amine, en décalage avec l’agitation,
chapitre 1. Pause déjeuner à l’hôpital pour le     semble mourir en revoyant son enfance ; alerte
chirurgien Amine Jaafari, un arabe naturalisé      rouge à l’hôpital ; Kim et Amine sont sur tous les
israélien, lorsqu’on entend la déflagration d’une fronts.
bombe. Aussitôt tout l’hôpital se met en alerte
pour accueillir les victimes. Un blessé insulte
Amine parce qu’il ne veut pas se faire soigner
par un Arabe.

chapitre 2. Le soir, Amine, sortant de l’hôpital       tableau 2 : Hôpital – bureau Amine // chambre
épuisé, est retardé en chemin par un barrage de        Amine ; Naveed appelle Amine en pleine nuit
police, méfiant à cause de son type arabe. Sa          pour lui demander de revenir à l’hôpital ; le
femme n’est pas rentrée de chez sa grand-mère.         docteur lui demande de signaler son passage aux
Il est réveillé en pleine nuit au téléphone par un     check-points car sa tête et son nom arabes
ami, haut fonctionnaire de police, Naveed              provoquent la méfiance après un attentat.
Ronnen, qui lui demande de revenir à l’hôpital.
                                                       tableau 3 : Hôpital – bureau Amine ; Naveed
Il s’agit de reconnaître le cadavre de sa femme :
                                                       demande à Amine si sa femme est chez lui ; mais
c’est bien elle, le corps déchiqueté.
                                                       elle a sans doute prolongé son séjour ;
                                                       interruption du capitaine Mosché qui demande à
                                                       Amine de reconnaître le corps de sa femme.

chapitre 3. Le capitaine de police Mosché et           tableau 4 : Hôpital – bureau Amine ;
Ronnen reviennent le chercher pour une                 effondrement d’Amine après la mort de sa femme
perquisition de son appartement car tout porte à
croire que sa femme est la kamikaze.

Mosché commence à interroger Amine sur les       tableau 5 : maison Amine ; Mosché interroge
liens de sa femme avec le terrorisme. Mais Amine Amine qui refuse d’admettre que Sihem est la
refuse d’admettre que sa femme, Sihem, est la    kamikaze.
kamikaze.

chapitre 4. Amine subit un interrogatoire              tableau 6 : hall prison ; Amine sort assommé d’un
épuisant. Il apprend que la grand-mère de Sihem        interrogatoire. Naveed lui répète que Sihem est
ne l’a pas vue depuis neuf mois. Le capitaine          coupable mais qu’ils n’ont pas à l’enfermer.
Moshé reconnaît la réputation des Jaafari mais il
                                                       tableau 7 : projections ; bord de mer et souvenirs
voudrait comprendre comment Sihem en est
                                                       d’Amine.
arrivée là. Amine est libéré au bout de trois jours,
son ami Naveed vient le chercher : lui aussi
affirme que Sihem est coupable, mais que son
ami n’y est pour rien. Amine le fuit et s’endort au
bord de la mer.

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chapitre 5. Amine retourne dans son appartement        tableau 8 : maison Amine ; Kim s’occupe
dévasté par la perquisition. Le lendemain matin        d’Amine depuis quatre jours, elle lui refait son
Kim, sa collègue, s’occupe de lui avant de partir      bandage, il s’est remis à fumer, mais ils ne
opérer un patient. Plus tard il est tabassé dans son   peuvent pas parler de la mort de Sihem. Kim lui
jardin par une meute de juifs furieux. Kim             propose d’aller voir son grand-père. Amine
l’emmène se faire soigner et l’héberge chez elle       raconte qu’il a enterré Sihem. Naveed passe et a
où il demeure cloîtré. Puis il récupère le corps de    une conversation discrète avec Kim, il ne
sa femme grâce à Naveed et l’enterre à Tel-Aviv.       comprend pas comment Sihem a pu en arriver là.
En rentrant chez Kim, il surprend une                  Amine découvre alors la lettre d’adieu de Sihem,
conversation sur l’escalade de violence entre les      postée de Bethléem, et la montre à Kim.
Palestiniens et les Israéliens. Il s’enfuit.
chapitre 6. Après avoir erré, Amine rentre chez lui
et trouve une lettre de Sihem, postée de
Bethléem. Il comprend qu’elle est la kamikaze et
s’effondre.

Kim vient pour l’emmèner chez son grand-père           tableau 9 : terrasse // chambre d’amis Yehuda ;
qui ne sait rien, au bord de la mer. Conversation      Yehuda, le grand-père de Kim, déjeune avec
au petit matin : le vieux regarde la mer pour ne       Amine et sa petite-fille. Amine, taciturne, est
plus remuer ses souvenirs de la Shoah, il exprime      obsédé par Sihem alors que le grand-père ne sait
sa douleur d’avoir survécu.                            rien de l’attentat. Il explique à Amine comment il
                                                       a fini par contempler la mer pour tourner le dos à
                                                       ses souvenirs de la Shoah.

                                                       tableau 10 : chambre d’amis Yehuda // terrasse ;
                                                       Amine vient se coucher, il explique à Kim
                                                       combien il la connaît. Elle lui rappelle comme ils
                                                       se sont aimés autrefois, avant qu’il aille chercher
                                                       Sihem

                                                       tableau 11 : terrasse Yehuda ; le vieil homme
                                                       regrette que Kim ne soit pas heureuse.

chapitre 7. Amine est devenu indésirable à             tableau 12 : terrasse Yehuda ; Amine discute avec
l’hôpital. Kim envoie Amine au dispensaire se          Kim, il est déçu par Naveed. Kim lui conseille de
faire soigner. Naveed les rejoint, Amine ne peut       parler de la lettre de Sihem. Amine continue de
s’empêcher d’être agressif avec lui. Mais ils          s’interroger sur les motifs de sa femme. Kim lui
finissent par aller boire un verre et par discuter     apprend que l’opinion est partagée sur son
tranquillement des raisons qui poussent au             compte à l’hôpital. Amine pense à son père,
terrorisme. Amine ne révèle pas à Naveed               tellement fier qu’il soit médecin. Il fait part à Kim
l’existence de la lettre de Sihem.                     de son désir d’aller à Bethléem.
chapitre 8. Amine réfléchit à son parcours de
médecin arabe, fils de bédouin ; il évoque son
grand-père, paysan qui a fini complètement
spolié, et son père, qui voulait être peintre et a
tout fait pour que son fils soit médecin. Amine
fait part à Kim de son envie d’aller à Bethléem
savoir qui a endoctriné sa femme mais la jeune
femme pense qu’il ferait mieux de remettre la
lettre de Sihem à la police. Le soir, dînant au
restaurant, Amine explique à son directeur qu’il
se sent responsable de n’avoir pas compris sa
femme.

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chapitre 9. Kim prend une semaine de congé               Deuxième partie : Bethléem
pour accompagner Amine. Ils font étape à
Jérusalem. Puis Amine prend un taxi pour aller           tableau 12 : chez Leila ; la radio fait entendre le
voir sa sœur de lait à Bethléem. Leila est au            prêche du cheikh Marwan. Amine arrive chez sa
courant de l’attentat, elle est désolée pour Amine,      sœur de lait, Leila. Après avoir échangé de brèves
mais elle n’a pas vu Sihem ce jour-là ; elle craint      nouvelles, il l’interroge sur le passage de Sihem à
d’en avoir trop dit. Elle lui donne l’adresse du         Bethléem, la veille de l’attentat mais Leila ne sait
pressoir où travaille son mari. Un taxi emmène           rien. Son mari Yasser est au pressoir, il n’est pas
Amine en lui faisant écouter un prêche du cheikh         un héros comme Sihem. Leila pense qu’Amine
Marwan. Comme Amine, agacé, éjecte la cassette           devrait être fier d’elle.
de l’autoradio, le chauffeur de taxi le jette dehors.
Plus tard Yasser lui apprend qu’ils ont à peine vu
Sihem le jour de l’attentat : elle voulait seulement
se faire bénir à la grande Mosquée par cheikh
Marwann, mais ils n’ont compris pourquoi qu’en
lisant les journaux. Yasser dit à Amine qu’il est fier
de sa femme.

chapitre 10. Yasser se gare dans un entrepôt             tableau 13 : chez Leila ; Kim arrive chez Leila,
acheté par son fils Adel pour faire un garage, mais      inquiète de n’avoir pas vu revenir Amine la veille.
qui sert de parking ; Amine voit une Mercedes            Amine rentre et interroge Leila sur une Mercedes
crème qui ressemble à celle dans laquelle le             crème aperçue dans un garage : elle lui apprend
chauffeur du car a vu monter Sihem : c’est la            qu’elle est à Abdel. Le matin même il s’est fait
Mercedes d’Adel. Amine se souvient qu’Adel               chasser de la Grande Mosquée par les sbires du
venait souvent les voir à Tel-Aviv. Il interroge         Cheikh Marwan. Leila finit par avouer que la
Issam, le petit-fils de Yasser qui lui dit seulement     veille de l’attentat Sihem a juste vu Issam, son
que Sihem voulait écrire une lettre. Ensuite Amine       petit-fils, et a écrit une lettre que le garçon a
cherche à voir l’imam de la mosquée, mais en             postée. Elle fait l’éloge de Sihem et reproche à
vain. Plus tard, on le coince dans une impasse et        Amine d’avoir oublié sa famille depuis treize ans.
un homme lui explique qu’il les met en danger            Le téléphone sonne : des hommes viennent
par sa présence.                                         chercher Amine.
chapitre 11. Amine retrouve Kim à Jérusalem. La
police, alertée par un voisin, vient vérifier leurs
identités. Le lendemain matin, Amine pénètre en
force dans la mosquée de Bethléem et parle à
l’imam : celui-ci, outré par son attitude, lui
explique qu’il le considère comme quelqu’un qui
a renié ses origines et sa foi ; plus tard Kim le
retrouve chez Leila; le soir Amine qui a tenté de
retourner à la mosquée se fait lyncher. Mais le
lendemain, on appelle chez Yasser pour proposer
un rendez-vous à Amine.

Toutes les précautions sont prises, fouilles, yeux       tableau 14 : No man’s land // Tel-Aviv ; Amine
bandés car Amine pourrait être un agent du Shin          s’est fait lyncher, il a rencontré un faiseur de
Beth. Amine est reçu par un jeune homme qui lui          kamikazes. Kim lui annonce qu’elle renonce à le
explique qu’ils ne sont ni islamistes, ni                sauver, qu’elle a perdu quinze années de sa vie à
djihadistes, mais seulement les membres d’un             l’attendre.
peuple spolié et bafoué. Le débat est impossible
entre les deux hommes.

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L'ATTENTAT DOSSIER PEDAGOGIQUE - au Théâtre d'Auxerre
chapitre 12. Amine décide de rentrer à Tel-Aviv au      tableau 15 : prison ; Moshé vient d’interroger
grand soulagement de Kim. Lui songe dans la             Amine de façon musclée. Ils sont tous deux ivres
voiture qu’il a toujours vécu complètement à            et évoquent leurs femmes. Naveed arrive et Amine
l’écart du conflit israélo-palestinien, seulement       lui apprend qu’il a passé une semaine à boire
préoccupé de sa carrière de chirurgien. Il              après avoir découvert la liaison de sa femme et de
demande à Kim de le ramener chez lui. Sa maison         son neveu. Ensuite il a été arrêté pour avoir fait
est pleine du souvenir de sa femme, il la remet en      scandale dans un restaurant. Naveed, provoqué
ordre, fait venir un vitrier et un menuisier, refuse    par Amine, lui renouvelle son amitié et insiste
une invitation à dîner de Naveed. En feuilletant        pour récupérer la lettre de Sihem. Mais Amine lui
un album photo, il trouve deux photos prises à          déclare qu’il veut passer en Palestine, à Janin
Nazareth le même jour, l’une de Sihem et l’autre        (Jénine).
d’Adel. Il se souvient de la Mercedes crème. Le
lendemain matin, il prend sa voiture et met le cap
sur Kafr Kanna, pour voir la grand-mère de
Sihem, mais elle a été évacuée sur l’hôpital de
Nazareth, où Amine retrouve son neveu Abbas,
qui reconnaît avoir souvent vu Sihem avec Adel. Il
pense qu’ils avaient une liaison, cela ne lui
plaisait pas et il n’a plus revu Sihem depuis qu’il a
corrigé Adel. Amine repart.
chapitre 13. Amine se réveille dans un hôtel de la
banlieue de Tel-Aviv où il s’est écroulé après avoir
roulé comme un fou ; il appelle Yasser, qui finit
par lui avouer qu’Adel est à Janin, une ville à feu
et à sang. Plus tard Amine provoque un esclandre
dans un restaurant, est emmené au poste, où
Naveed, qui était à sa recherche depuis que Kim
lui avait annoncé sa disparition, vient le chercher.
Amine lui demande de l’aider à se rendre en
Palestine, à Janin.

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chapitre 14. A Janin, Amine tente de retrouver         Troisième partie : Janin
Adel avec l’aide de son cousin. Un jeune homme,
qui dit répondre au nom de guerre d’Abu Damar,     tableau 16 : chambre d’hôtel Amine / Cave ;
vient chercher Amine pour soi-disant l’aider. Mais monologue d’Amine qui se souvient de la ville de
il tombe dans un traquenard : des chefs de guerre  son enfance. Il a été pris et a subi un simulacre
le prennent encore pour un espion du Shin Beth     d’exécution à Janin. Leila entre en braquant un
et lui explique que sa femme avait choisi son      revolver sur lui et lui annonce la mort d’Abdel,
camp. Il est jeté dans un coffre de voiture.       tué dans une embuscade. Amine lui dit que son
                                                   fils a eu une liaison avec Sihem, ce que Leila
chapitre 15. Deux fois, Amine est soumis à un      récuse avec force. Elle explique à Amine ce qu’est
simulacre d’exécution. Au bout d’une semaine un vivre dans l’humiliation perpétuelle. Elle lui
homme vient lui expliquer qu’il a voulu qu’il      révèle qu’ Abdel et le cheikh Marwan voulaient
comprenne ce qu’est une vie d’affronts. Il lui     empêcher Sihem de commettre cet attentat car
annonce qu’il est libre. Puis survient Adel qui    elle était plus utile à Tel-Aviv. Leila affirme que
explique à Amine, qu’il ne voulait pas que Sihem Sihem, orpheline et arabe, ne pouvait pas
se fasse exploser, que c’était sa décision à elle, ressembler à son mari. Leila et Amine se quittent.
qu’elle leur était plus utile en ouvrant sa maison
de Tel-Aviv pour leurs réunions. Amine tient à     changement de décor ; on entend la voix
savoir si Sihem l’a trompé avec Adel, mais le      d’Amine qui laisse un message sur le répondeur
jeune homme repousse cette idée avec horreur. Il de Naveed. Il les remercie, Kim et lui, annonce
lui raconte qu’il venait à Tel-Aviv pour alimenter qu’il arrête les recherches, qu’il va retourner à
la cellule locale de l’Intifada et que Sihem a     l’hôpital mais qu’avant il passe voir sa famille au
épousé leur cause. En partant, Amine croise        domaine de son grand-oncle.
Wissam, le petit-fils de son grand-oncle Omr qui
l’emmène retrouver sa famille.

chapitre 16. Amine retrouve Omr, le doyen de la        tableau 17 : Janin / vergers ; Amine rencontre
tribu, et sa petite-fille, Faten, une célibataire de   Zeev, qui a reconnu en lui le fils du peintre
trente-cinq ans. Le lendemain, il part se promener     Redouane. Au cours de leur discussion, Amine
et retrouve l’atelier de son père en ruines. Il est    voit des soldats israéliens s’approcher de la
accosté par Shlomi Hirsh, dit Zeev l’ermite, un        maison où toute la famille s’est réunie pour le
vieil ami de son père. Le vieux Zeev s’insurge         fêter. Ils viennent détruire la maison car la veille
contre le Mur. Tous deux récitent ensemble des         Wissam a commis un attentat suicide contre un
versets d’Isaïe et s’étonnent de la haine de           poste de contrôle israélien. Zeev révèle à Amine
peuples cousins. De retour chez Omr, Amine             que sa cousine Faten est partie à son tour à Janin.
retrouve toute la famille réunie. La fête bat son      Amine veut la retrouver mais Zeev lui explique
plein pendant plusieurs jours. Amine pense à son       que Janin est survolée par des drones piégés
père et aux raisons qui l’ont poussé à tourner le      israéliens. Amine s’enfuit. Kim arrive mais Zeev
dos à sa famille. Puis chacun repart, Wissam s’en      lui dit qu’il n’a rien pu faire pour le retenir : on
va à Janin. Amine va parfois rencontrer le vieux       entend une explosion au loin.
Zeev dont il apprécie l’humour et la sagesse. Un
soir, il apprend que Wissam a bourré sa voiture
d’explosifs et qu’il a foncé sur un poste de
contrôle israélien. Le lendemain, des soldats
investissent le verger et laissent une demi-heure
aux habitants avant de raser la maison. Chacun
trouve un refuge mais Faten est partie pour Janin.
Amine la suit et apprend que le cheikh Marwann
donne un prêche dans la mosquée.

A la fin du prêche, la rue s’agite, il y a une alerte. tableau 18 : final ; Zeev raconte la mort d’Amine
Le cheikh s’engouffre dans sa voiture qui explose, devant la mosquée pendant que celui-ci meurt en
Amine est blessé mortellement.                         revoyant son enfance.

                                                                                                              9
LES PRINCIPAUX PERSONNAGES
En gras, les personnages qui apparaissent dans la pièce.
Tel-Aviv
       Amine Jaafari : fils de bédouin, éminent chirurgien, naturalisé israélien
       Sihem Jaafari : orpheline et arabe, mariée à Amine, naturalisée elle aussi
       Kim Yehuda : israélienne, chirurgienne, camarade d’université, collègue et amie d’Amine
       Le vieux Yehuda : le grand-père de Kim, un survivant de la Shoah
       Naveed Ronnen : commissaire de police, ami d’Amine qui lui a sauvé la vie
       Mosché : capitaine de police, subalterne de Ronnen
Bethléem
       Leila : la sœur de lait d’Amine
       Yasser : son mari qui travaille au pressoir
       Abdel (Adel dans le roman) : le fils de Leila et Yasser, l’homme à la Mercedes crème, le
       complice de Sihem
       Issam : un petit-fils de Leila, celui qui a posté la lettre de Sihem, la veille de l’attentat
       le Cheikh Marwan, confondu avec l’imam de la mosquée dans la pièce, qui refuse de voir
       Amine avant qu’il n’entre de force dans la mosquée.
       le chef de guerre, appelé par Amine « faiseur de kamikaze » qui finit par le recevoir

Kafr Kanna, à côté de Nazareth
       la grand-mère de Sihem : sa petite-fille partait en car pour la voir la dernière fois que son
       mari l’a vue ; dans le roman c’est en s’y rendant et en rencontrant Abbas, un neveu,
       qu’Amine devient convaincu de la liaison de Sihem et Adel
Janin (Jénine), la ville natale d’Amine
       le chef de guerre Abu Damar : il enlève Amine et le soumet deux fois à des simulacres
       d’exécution
       Adel : Amine le rencontre à Janin dans le roman et apprend ainsi la vérité sur Sihem ; dans
       la pièce c’est Leila qui vient tout révéler à Amine, car Abdel s’est fait tuer
       Omr : le grand-oncle d’Amine
       Wissam : son petit-fils, il commet l’attentat suicide qui provoque la destruction de la maison
       familiale par l’armée
       Faten : petite-fille d’Omr ; après la destruction de la maison, elle part à Janin et Amine la suit
       pour l’empêcher de commettre l’irréparable
       Shlomi Hirsh, dit Zeev l’ermite : juif qui vit dans les territoires palestiniens, il a bien
       connu le père d’Amine ; dans la pièce c’est par lui que le spectateur connaît les événements
       sur le domaine de la famille d’Amine

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L’INTENTION DU METTEUR EN SCENE
Franck Berthier a dit clairement lors de la présentation de saison en septembre 2017 au Théâtre
d’Auxerre qu’il ne souhaite pas qu’on fasse des amalgames entre sa pièce et les événements actuels. Il a
été touché par le personnage d’Amine qui voit sa vie s’effondrer alors qu’il l’avait patiemment
construite. Né dans les territoires palestiniens, il a fait ses études de médecine, est devenu un chirurgien
reconnu, s’est marié avec Sihem, une jeune palestinienne orpheline et tous deux ont été naturalisés
israéliens. Ils forment un couple bien intégré dans la bonne société de Tel-Aviv. Et puis, sa femme
commet un attentat suicide.
Comment a-t-il pu vivre à côté de quelqu’un qu’il ne connaissait pas vraiment ? Le spectateur assiste à
sa quête de la vérité.
Dans cette recherche de la véritable personnalité de Sihem, il est accompagné de Kim Yehuda et retrouve
sa sœur de lait Leila.
Dans l’esprit de Franck Berthier2 Kim est la voix d’Israël, une voix de femme indépendante,
chirurgienne, divorcée, une femme de Tel-Aviv, la grande ville moderne. Amine et Kim se connaissent
depuis l’université. Mais pour le metteur en scène, elle représente l’amour impossible entre une juive
et un arabe.
Au contraire, Leila est, à elle seule, la voix de la Palestine détruite : dans son discours, on retrouve des
phrases dites par d’autres personnages dans le roman, comme son fils qui se fait tuer.
Les personnages masculins représentent différents visages d’Israël : le grand-père de Kim a passé sa vie
à culpabiliser d’avoir survécu à la Shoah ; le Capitaine Mosché déteste les Arabes et souhaite leur rendre
coup pour coup ; Jean-Marie Galey joue à la fois Naveed, l’ami indéfectible d’Amine, tolérant et
pacifiste, autant qu’on peut l’être en luttant contre le terrorisme, et Zeev l’ermite, un Juif des territoires
palestiniens que le metteur en scène voit comme « un vieux sage qui vend du rêve à ceux qui veulent
rêver. »
Mais la pièce raconte avant tout la tragédie d’Amine. Elle contient une critique de ces hommes qui
cherchent surtout la reconnaissance en construisant leur vie sociale : Amine est riche, il habite un
quartier chic, il faisait des voyages avec sa femme. Il n’a pas vu que Sihem n’adhérait pas à son projet
de bonheur, pourtant le drame était en place depuis des années, depuis que la jeune femme servait de
boîte aux lettres et de compte en banque à la Cause. Malgré le temps, il n’a rien deviné de l’attachement
de sa femme à la terre de ses ancêtres. Il le découvre à la toute fin de son parcours, à Janin, mais c’est
une vérité invivable et Amine ne peut que devenir son propre kamikaze.

« Au-delà de la question politique, le récit nous renvoie à nos faiblesses
et à l’intuition de ce que nous pouvons devenir en pareil cas, lorsque
notre univers disparaît. […] Il me plaît de raconter cette histoire telle
une enquête policière au plus près d’une réalité qui nous échappe. […]
Je veux donner matière à comprendre comment l’homme peut ne pas
voir, ne pas entendre et passer si loin de la vérité. »3

La prise de conscience, la quête de la vérité, la difficulté à connaître l’autre sont des pistes de recherche
aussi importantes dans le spectacle que l’escalade de la violence, l’esprit de vengeance, la souffrance de
l’humiliation ; ces thèmes universels dépassent de loin le seul problème du conflit israélo-palestinien.

2
    ce qui suit provient d’une conversation avec le metteur en scène.
3
    Franck Berthier, extrait du dossier de presse. On peut aussi montrer aux élèves l’une des bandes-annonces du
       spectacle : version courte (3’31’’), http://www.theatredeshalles.com/pieces/lattentat/ ; version longue (10’35’’),
       http://auxerreletheatre.com/spectacle/lattentat/ Elles contiennent une interview de Franck Berthier entrecoupée de
       courts passages de la pièce.
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POUR PREPARER LES ELEVES EN UNE SEANCE
CHUCHOTER LE CONFLIT
Le texte est tellement riche de phrases clefs pour comprendre le comportement des uns et des autres
qu’il paraît intéressant de commencer par là.
Consignes :
le groupe est divisé en chuchoteurs et spectateurs ; les spectateurs en cercle, assis par terre ou sur une
chaise, les yeux fermés dans la semi-obscurité ; les chuchoteurs piochent une réplique qu’ils vont
chuchoter à l’oreille de chacun des spectateurs (en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre),
puis on inverse les rôles.

Phrases extraites du texte de la pièce

         C’était trop de bonheur pour un seul homme… qui va me sauver aujourd’hui ?
         Tu ne vas pas essayer de me faire croire à moi que tu ne te doutais de rien.
         Mais tu n’a pas oublié un instant que tu avais un arabe en face de toi.
         « Regarde le château que tu occupes, sale bougnoule. »
         Ils foncent, tête baissée, et se font exploser comme si c’était une solution !
         Aucun enfant n’est tout à fait à l’abri s’il n’a pas de patrie…
         Il y a dû avoir des signes, forcément elle a dû m’en faire…
         Ce que je veux c’est trouver l’ordure qui lui a retourné le cerveau.
         Il disait qu’aucune guerre n’est justifiable car rien n’est au-dessus de notre propre vie.
         Les bombes qui tombent sur ton village d’enfance tu les vois à la télé.
         Tu n’es qu’un bulldozer qui fait payer aux autres ses propres faiblesses.
         Aujourd’hui il n’y a plus qu’une odeur de souffre au milieu des maisons défigurées par
         l’armée israélienne.
         Cette haine que tu ressens, elle nous ronge depuis des siècles.
         Vous vous faites une gloire de la mort, mais ma vocation à moi c’est de préserver la vie !

Reprise : les élèves mettent ensuite en commun ce qu’ils ont entendu et ressenti. Des thèmes violents
apparaissent comme la guerre, la mort et la haine cristallisée avec « arabe » et « armée israélienne ».
Mais aussi l’enfance, le bonheur, la vie. Et la quête du sens avec le doute et le signe.

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ÉCLAIRER LE CONTEXTE
Le plus simple est de montrer aux élèves des cartes de l’évolution de cette région du monde.
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000055-israel-soixante-ans-apres-entre-
normalite-et-singularite/cartes-l-evolution-des-frontieres-d-israel-1947-2007
La première carte (1947) illustre la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies qui
prévoit un État juif sur 56 % de la terre de Palestine (qui était sous mandat britannique depuis la
Première Guerre mondiale) et un État arabe sur les 44 % restants.
La deuxième carte (1949) montre d’une part qu’Israël a étendu son territoire au Nord et au Sud à
l’issue de la guerre israélo-arabe, d’autre part que la Jordanie a annexé la Cisjordanie.
Les troisième (1967) et quatrième cartes (1973) marquent l’extension d’Israël après la guerre des Six
jours, puis son retrait du Sinaï après celle du Kippour.
On précisera aux élèves que la ville natale d’Amine, Jénine, se situe non loin de Naplouse, et que
Bethléem est proche de Jérusalem, dans la Cisjordanie. Ils verront immédiatement que les terres de sa
famille, qui devaient faire partie d’un état arabe, se sont retrouvées conquises par Israël.

http://services.lacroix.com/webdocs/pages/longform_plan_kerry/images/carte_1967_2016_less.jpg
Ces deux cartes ont l’avantage d’indiquer les villes qui nous intéressent. Sans rentrer les complexités des
différents conflits et accords, on peut expliquer aux élèves que l’Organisation de Libération de la
Palestine, créée en 1964, revendique, parfois de façon violente, la création d’un état palestinien.
La deuxième carte rend compte des accords d’Oslo qui permettent aux Palestiniens de reprendre la
main sur une partie de leurs terres. Mais en avril 2002, suite à une vague d’attentats qui a fait près d’un
millier de victimes, le gouvernement d’Ariel Sharon a décidé de construire un mur continu le long de
la Ligne verte, ligne d’armistice de 1949 et "frontière" établie en juin 1967. Sur la carte on a l’état du
mur en 2014, c’est-à-dire bien après les événements de L’Attentat, mais il est question de sa construction
dans la pièce : « Tu te dis, Dieu du Ciel, quelle horreur cette muraille », dit Zeev à Amine.

On peut aussi montrer aux élèves une vidéo du journal le Monde :
https://www.youtube.com/watch?v=oy9lO1CBoeY
Les trois premières minutes reprennent ce qui est expliqué ci-dessus ; la suite déborde de notre sujet
puisqu’il est question de la politique récente de colonisation d’Israël.

FOURNIR DU VOCABULAIRE
cheikh : sage ; titre donné par les musulmans à un homme respecté pour son âge et ses connaissances
imam : musulman capable de diriger la prière communautaire dans une mosquée, d’où, par
extension, le chef de cette communauté
bédouin : arabe nomade vivant d’élevage ; Amine est petit-fils de bédouin
les brigades d’al-Aqsa : branche armée du Fatah (parti politique palestinien) ; le Hamas : mouvement
islamiste palestinien ; le Jihad islamique (palestinien) : organisation armée palestinienne. Il est
question de tous ces mouvements à propos de Sihem, quand il s’agit de savoir qui l’a poussée à
commettre un attentat.
le Shin Beth : service de sécurité intérieure israélien, son rôle est de déjouer les attaques terroristes ;
quand Amine se rend à Bethléem ou à Janin, les Palestiniens craignent qu’il soit un envoyé du Shin
Beth
les soldats de (Ariel) Sharon : les Palestiniens désignent ainsi l’armée israélienne. Ariel Sharon était
premier ministre de 2001 à 2006.

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SI ON A UN PEU PLUS DE TEMPS...
OBSERVER LES PHOTOS DU SPECTACLE

Pour les faire observer aux élèves, le plus simple est de les télécharger sur le site du Théâtre d’Auxerre.
Ce sont des photos de Grégoire Zibell.

On peut demander aux élèves de décrire la photo : le sol, l’attitude du personnage, l’arrière-plan.
On notera sur cette photo l’utilisation de la vidéo. Franck Berthier a voulu des images à la fois très
réalistes, mais volontairement floutées de manière à suggérer l’ambiance de guerre sans tout à fait la
montrer.

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Les deux photos suivantes méritent d’être comparées : l’opposition des deux figures féminines, Kim et
Leila, entre tradition et modernité, Orient et Occident ; mais aussi les couleurs froides de Tel-Aviv, les
couleurs chaudes de Bethléem ; les lignes droites pour Tel-Aviv, les motifs découpés du moucharabieh
pour Bethléem. Quelle image la scénographie donne-t-elle des deux univers d’Amine ? Lequel vous
semble le plus attirant ? La pièce est très critique vis-à-vis d’Amine qui a tourné le dos à sa famille,
comme Leila le lui reproche violemment, pour préférer le confort moderne, la réussite sociale et un
bonheur finalement assez matériel.

La dernière photo est assez mystérieuse et il me paraît intéressant de laisser la parole des élèves
s’exprimer sans leur donner d’indications. A moins d’avoir étudié le roman avec eux avant d’aller voir
la pièce, il ne risque pas de reconnaître qui est avec Amine, et encore…
Ils auront la réponse quand ils auront vu le spectacle.

A ce moment-là, il sera temps de leur dire que le fond bleu et noir est la projection d’un tableau de
Pierre Soulages.
Par ailleurs, si Zeev et Amine joue avec des sacs en plastique, c’est parce que Franck Berthier, quand il a
visité les territoires palestiniens, a été frappé par le nombre de sacs en plastique qui jonchent le désert.

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DECRIRE L’AUTRE
Dans L’Attentat, Amine commence par nier l’évidence : la femme qu’il connaît, avec laquelle il a vécu
heureux, ne peut pas être l’auteure d’un attentat suicide. Après avoir lu la lettre qu’elle lui a envoyée de
Bethléem, il est obligée d’admettre sa culpabilité mais il est persuadée qu’elle a été manipulée. A partir
de là, il cherche à comprendre qui était vraiment Sihem.
Consignes :
On part de photos représentant une personne dans une attitude précise, au bureau, entrain de
téléphoner, de pratiquer un sport, de faire la cuisine ; on évite les portraits posés. On peut soit les
découper dans des revues, soit en choisir dans des banques d’images libres de droit et gratuites. On
distribue la même photo plusieurs fois, mais avec des consignes d’écriture différentes, par exemple avec
une photo de femme :
        « c’est ma mère, elle m’agace. »
        « c’est la femme que j’aime »
        « c’est ma meilleure amie, je l’admire »
        « c’est ma patronne que je déteste »
        « c’est une collègue que j’envie »
On demande à chaque élève d’écrire un texte pour présenter la personne en la décrivant telle qu’elle
est sur la photo et avec le point de vue indiqué par la consigne.
Le but de cet exercice est de montrer aux élèves les multiples facettes que peut prendre une personne
aux yeux des autres.

ÊTRE ETRANGER
Le drame d’Amine est le déracinement. A Tel-Aviv, alors que l’hôpital est en effervescence après l’attentat,
un malade refuse qu’Amine s’occupe de lui parce qu’il ne veut pas être soigné par un Arabe. Mais quand
il retourne dans les territoires palestiniens, il est celui qui a renié ses origines.
Consignes :
Selon l’espace dont on dispose, on demande à un tiers ou à la moitié de la classe d’aller sur le plateau.
Les élèves commencent par marcher tranquillement, en silence, sans communiquer et en occupant tout
l’espace. Toujours sans parler et sans geste significatif, on leur demande de se regrouper en choisissant
un signe distinctif commun : ceux qui portent un jean, ceux qui ont des lunettes, ceux qui ont une
écharpe…
L’exercice n’est pas toujours facile à réaliser puisque les élèves n’ont pas le droit de parler. Mais il peut
justement leur permettre d’expérimenter de manière concrète et ludique l’appartenance à un groupe.

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ADAPTER UN ROMAN
Le roman de Khadra est écrit à la première personne : Amine raconte son histoire. Amandine Klep et
Franck Berthier ont choisi de garder parfois cette première personne et de théâtraliser la plupart des
scènes. Dans certains passages les deux procédés se superposent. En voici un exemple.
Tableau 8 : Maison Amine
Amine, face public, un bandage autour du poignet.
AMINE, en aparté.
Quand je me suis levé, Kim m’a dit...
KIM
J'ai fait un peu de ménage aujourd'hui. Le plus gros est fait.
AMINE, même jeu.
Cela fait quatre jours qu'elle est là. En arrivant dans le salon ce matin, la première chose que j’ai vue
c'est Sihem. Sur la table, en première page des plus gros quotidiens de Tel-Aviv... Les journalistes se sont
jetés sur son cas comme des chiens. (Kim se précipite sur les journaux. Il s’adresse à elle.) Ce n’est pas grave. (Elle
jette les journaux, confuse.) Cent fois j’ai voulu demander à Kim ce qu’elle pensait de cette histoire... Si elle
la croit coupable.
KIM
Je prépare à manger, je suis affamée.
AMINE, aparté.
On mange en silence. Elle me scrute à chaque bouchée... Comme pour anticiper mon explosion.
KIM, lui tend une cigarette, sévère.
C’est ce que tu veux ?
Amine prend la cigarette.
AMINE, aparté.
Cela fait sept ans que j’ai arrêté.
KIM
Je ne t’ai pas vu toucher une cigarette depuis que vous avez emménagé à Tel-Aviv...
AMINE, aparté, se tourne vers elle qui ne l’entend pas.
Tu penses vraiment que Sihem aurait pu se faire exploser au milieu d'un restaurant rempli de gamins ?…
Impossible de lui demander cela. Je voudrais qu’elle se taise... Je ne supporte plus sa pitié.
KIM
Je sors faire des courses.
Consignes :
On met les élèves par groupe de deux (acteurs) ou trois (deux acteurs et un metteur en scène) et on
leur demande de jouer et de mettre en scène ce passage. C’est une scène qui pose le problème de
l’adresse au théâtre. Kim parle à Amine, mais elle ne lui dit rien d’important. Amine parle en aparté
(adresse au spectateur ?) pour exprimer ce qu’il aimerait dire à Kim mais qu’il n’ose pas.
Comment suggérer « un mur de silence » comme il est dit quelques répliques plus loin ? Quel rythme
de la parole ? Quels déplacements des personnages ? Quels regards ? Quelle gestuelle pour chacun des
deux acteurs ?

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Après avoir fait ce travail, on peut comparer avec le passage correspondant du roman de Khadra.
Au chapitre 5, Kim vient d’emmener Amine chez elle après qu’il a été attaqué dans sa maison. (pages
67-68, édition Julliard, 2005)
       Sur le guéridon en fer forgé, découvert dans une brocante où Kim adore se rendre le week-end,
parmi les bibelots en terre cuite et un cendrier plein comme une urne, un journal à grand tirage… Il
est ouvert sur la photo de ma femme.
        Kim se précipite dessus.
        Je la retiens par la main.
        - Ce n’est pas grave.
        Confuse, elle ramasse quand même le journal et va le jeter dans le panier à ordures.
       Je prends place dans le fauteuil, près de la porte-fenêtre qui donne sur un balcon encombré de
pots de fleurs. L’appartement offre une vue dégagée sur l’avenue. Une circulation intense engrosse la
chaussée. Le soir tombe la chemise, et la nuit s’annonce fébrile.
        Nous dînons dans la cuisine, Kim et moi ; elle à petites dents, moi, sans conviction. La photo
sur le journal me colle aux paupières. Cent fois, j’ai voulu demander à Kim ce qu’elle pense de cette
histoire que les journalistes peaufinent au gré de leurs délires ; cent fois, j’ai voulu lui prendre le menton
à deux mains, la fixer droit dans les yeux et exiger d’elle qu’elle me dise exactement si elle croyait, en
son âme et conscience, Sihem Jaafari, mon épouse, la femme avec qui elle a partagé tant de choses,
capable de se bourrer d’explosifs et d’aller se faire exploser au milieu d’une fête. Je n’ai pas osé abuser
de sa prévenance… En même temps, en mon for intérieur, je prie pour qu’elle ne dise rien, non plus,
pour qu’elle ne me prenne pas la main en signe de compassion ; je ne survivrai pas au geste de trop…
Nous sommes très bien ainsi ; le silence nous préserve de nous-mêmes.
        Elle débarrasse sans trop de bruit, me propose un café. Je lui demande une cigarette. elle fronce
les sourcils. Ça fait des années que j’ai arrêté de fumer.
        - Tu es sûr que c’est ce que tu veux ?
        Je ne lui réponds pas.
        Elle me tends le paquet, ensuite le briquet.

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Comme beaucoup de succès littéraire, le roman de Khadra a été adapté en bande dessinée, par Loic
Dauvillier et Glen Chapron, Glénat, 2012.

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Évidemment, le roman est le plus propre à traduire le monologue intérieur et le silence, mais
l’adaptation théâtrale, avec ce dialogue de sourds entre un homme qui ne parle qu’en apartés et une
femme qui évite de dire autre chose que des banalités, traduit bien ce malaise. Par contre la bande
dessinée permet des raccourcis temporels intéressants ; le journal puis la corbeille à papier dans la
première bande, les jours et les nuits qui se succèdent dans les deux dernières. Mais les pensées d’Amine
ne sont pas du tout évoquées, pas plus que la cigarette d’ailleurs ! Est-ce parce que ce genre de bande
dessinée est destinée aux jeunes ?

APRES LA REPRESENTATION
DECRIRE L’AUTRE
Cet exercice prolonge bien sûr le court exercice d’écriture qui a été proposé avant la représentation.
Mais il peut être fait indépendamment de lui.
Consignes :
On demande à cinq élèves de venir sur le plateau, chacun est un personnage de la pièce : Amine, Kim,
Leila, Naveed, Mosché. Chacun doit dire comment il voit Sihem.
On recommence l’exercice autant de fois qu’il est nécessaire pour que chaque élève soit passé avant
d’en tirer les conclusions : en effet certains élèves ont pu ne pas bien comprendre la pièce ou ne pas
savoir exprimer la pensée d’un personnage, mais les suivants vont pouvoir infléchir ou corriger
naturellement ce qui a été dit. Ce qui me paraît important, c’est de reconstruire collectivement cette
appréciation d’une femme qui a surpris tout le monde.
Il me semble possible de faire le même exercice sur Amine, vu par Kim, Naveed, Leila, Mosché et Zeev.
Afin de nourrir votre réflexion sur cet exercice, voici l’extrait d’une thèse4 qui aborde cette question
des regards croisés sur Sihem dans le roman de Khadra.
Chloé Tazartez, Après l’attentat : fictions de l’événement terroriste dans les littératures arabe et états-unienne
contemporaines, 2015. Université Rennes 2
Sihem a vécu en tant que Palestinienne en Israël, se trouvant entre deux identités en conflit. Elle était
même invisible aux yeux de son propre mari qui n’avait pas perçu sa détresse ni son engagement dans
des activités terroristes. Sihem est une obsession pour son mari qui ne parvient pas à saisir les raisons
de son geste, et elle est portée en icône par les Palestiniens qui choisissent d’investir sa figure comme
un signe d’espoir et d’engagement contre l’occupation et l’oppression. De par son absence dès le début
du roman, Sihem n’a d’existence que narrative, elle est le fruit des discours qui sont tenus sur elle :
celui des policiers israéliens qui la présentent comme une terroriste sans cœur, celui des activistes
palestiniens qui en font une martyre, un ange, presque un mythe, et celui d’Amine qui dépeint
notamment au commissaire qui l’interroge la femme aimante et attentionnée qu’elle était pour lui.
Chacun de ces récits élabore [...] une image différente de Sihem, lui confère un sens particulier.

4
    disponible sur le site https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01261447/document
                                                                                                                     20
1.
[...] il faut impérativement que je sache comment une femme appréciée par son entourage, belle et
intelligente, moderne, bien intégrée, choyée par son mari et adulée par ses amies en majorité juives, a
pu, du jour au lendemain, se bourrer d’explosifs et se rendre dans un lieu public remettre en question
tout ce que l’État d’Israël a confié aux Arabes qu’il a accueillis en son sein. [...] On s’attendait à des
félonies, mais pas de cette nature5.
2.
Je n’oublierai jamais la joie de Sihem lorsque je lui ai retiré le bandeau des yeux pour lui faire découvrir
notre maison. Elle a sauté si haut sur son siège que sa tête a fissuré le plafonnier de la voiture. Et la
regarder éperdument heureuse comme une gamine dont on réalise le vœu le plus cher le jour de son
anniversaire était, pour moi, un total enchantement. Combien de fois m’avait-elle sauté au cou pour
m’embrasser sur la bouche, au vu et au su des badauds, elle qui rougissait comme une pivoine quand
j’osais la pincer dans la rue ?... Elle a poussé la grille et foncé sur la porte en chêne massif. Son impatience
était telle que je ne parvenais pas à mettre le grappin sur la bonne clef. Ses cris de joie résonnent encore
dans mes tempes. Je la revois, les bras déployés, tournoyer au milieu du salon, semblable à une ballerine
ivre de son art6.
3.
Sihem était une femme pieuse. Et on ne peut pas tromper son mari sans offenser le Seigneur. Ça n’a pas
de sens. Quand on a choisi de donner sa vie au bon Dieu, c’est qu’on a renoncé aux choses de la vie, à
toutes les choses d’ici-bas sans exception. Sihem était une sainte. Un ange. J’aurai été damné rien qu’en
levant trop longtemps les yeux sur elle7.

Le premier extrait correspond aux propos tenus par le commissaire à Amine juste après l’attentat. Il
considère Sihem comme une traîtresse qui a été capable de tromper volontairement son entourage. Le
deuxième correspond à des pensées d’Amine alors qu’il n’a pas encore lu la lettre de Sihem lui avouant
sa responsabilité, il souhaite encore la croire innocente. Ce n’est plus le portrait global effectué par le
commissaire mais la peinture d’un instant de bonheur, de l’expression de l’insouciance et du caractère
enfantin attribuée à une femme vue par l’homme qui l’aime. Enfin, le dernier passage reprend les propos
d’Adel, le neveu d’Amine qui a permis à Sihem d’entrer dans le réseau d’activistes. Il la voit comme une
compatriote capable du plus grand sacrifice pour le bien de la communauté. Seul le caractère politique
et religieux est mis en avant ici, alors qu’Amine sélectionne un moment émotionnel et que le
commissaire tente d’esquisser le profil d’une terroriste. Chacun de ses récits donne lieu à une certaine
fascination, écœurante pour le commissaire, douloureuse pour Amine et admirative pour Adel.

On pourra comparer avec le film de Ziad Doueiri, L’Attentat, 2012, dans lequel l’actrice Reymond
Amsalem incarne Sihem dont les photos s’arrachent, à la grande surprise d’Amine, dans tout le territoire
palestinien depuis sa mort. A défaut de se procurer le DVD, la bande annonce, ainsi que deux courts
extraits du film, sont visibles sur le site Allociné.

5
  Khadra, L’Attentat, Julliard, 2005, pages 55-56
6
  idem page 74
7
  idem pages 234-235
                                                                                                             21
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