L'ESPRIT DE LA SKEENA - WWF-Canada
←
→
Transcription du contenu de la page
Si votre navigateur ne rend pas la page correctement, lisez s'il vous plaît le contenu de la page ci-dessous
MAGAZINE
AUTOMNE
2015
L’ESPRIT
DE LA SKEENA
À PROPOS DE POISSONS P. 4 HYDROPHONES ET P. 6 LA NATURE, UNE BEAUTÉ P. 10
À la découverte du saumon, RORQUALS À BOSSE À PRÉSERVER
l’un de nos poissons Les secrets du chant Les Bateman, un
les plus connus des baleines don de vie© CANDICE WARD / WWF-CANADA
TABLE DES MATIÈRES
vernement de la Colombie-Britannique et
les Premières Nations de la Côte ont mis
leurs efforts en commun pour soutenir
une culture et une économie florissantes et
2 DES GENS INSPIRANTS respectueuses des limites écologiques de la
Art Sterritt, en campagne sur la zone côtière de la province.
côte du Pacifique et dans la région « Nous voyions venir l’effondrement de
du Grand Ours, en Colombie- la pêche et la dévastation imminente des
Britannique forêts, alors il fallait agir pour maintenir
un certain équilibre, explique Art Sterritt.
2 LA SALLE DES NOUVELLES DES GENS INSPIRANTS
Il fallait penser plus loin que dans 5 ou
Ce lieu n’est pas un
Activités à venir, nouvelles et 10 ans et mettre au point un plan éternel. »
gazouillis percutants L’accord du nom de Great Bear Agree-
3 SUR LE TERRAIN
Rencontre avec Mike Ambach,
endroit pour un oléoduc ment a contribué à la mise en place d’un
mode de gestion durable de l’un des plus
spécialiste du WWF-Canada en LES PREMIÈRES NATIONS DE LA CÔTE grands trésors écologiques du Canada. À
la demande pressante des aînés, les efforts
planification marine ET LE WWF-CANADA S’ASSOCIENT se sont ensuite tournés de la terre ferme
4 PLEINS FEUX SUR UNE POUR UNE SAINE PLANIFICATION DES vers l’océan, et c’est ainsi qu’a été engagée
ESPÈCE VIVANTE MILIEUX MARINS la démarche de planification des milieux
D
Mettez à l’épreuve vos marins, inspirée de l’expérience fructueuse
connaissances sur le saumon es 15 années qu’il a consacrées à di- du modèle côtier.
riger le regroupement des Premières Soutenu en partie par de la recherche
6 EN PRIMEUR Nations de la Côte en Colombie- menée par le WWF-Canada et lancé of-
Le chant des baleines dans Britannique (CFN), Art Sterritt retient ficiellement au printemps 2015, le Marine
l’oreille du scientifique quelques bons coups. De fait, après avoir Planning Partnership propose un modèle
participé à une révision en profondeur des pour les communautés côtières désireuses
8 SCIENCES DE LA VIE pratiques de foresterie dans les forêts plu- de développer leur potentiel économique
Rapports sur les bassins viales côtières emblématiques de la Colom- (écotourisme, aquaculture et crédits carbone)
versants : La rivière Skeena bie-Britannique, Art Sterrit et le CFN ont en respectant les limites des ressources de
Cartographie de la trouvé un nouveau défi à relever : la gestion leur région.
conservation : Les espèces en de la côte du Pacifique Nord, que l’on ap- Le CFN poursuit son action en faveur de
péril de la région du Grand Ours pelle également la zone marine du Grand la préservation de la biodiversité de la zone
Ours. Grâce à leur leadership, des plans de côtière de la C.-B., ainsi que sa campagne
10 POUR CEUX QUI NOUS SONT CHERS gestion importants à l’échelle nationale ont d’opposition au projet d’oléoduc Northern
Les Bateman et l’importance de vu le jour, et l’opposition s’est organisée pour Gateway. Un seul accident pourrait suf-
préserver la beauté et la richesse contrer le développement irresponsable, fire à couvrir de pétrole toute la côte de la
de la nature notamment le projet d’oléoduc Northern Colombie-Britannique, de l’Alaska à l’état
10 PARLONS SCIENCE Gateway. de Washington. « Le risque est trop grand.
En 1999, face à des projets de foresterie On fera tout pour empêcher le transport
Qu’est-ce qu’un ours blanc fait
menaçant de décimer tous les arbres à du pétrole dans cette région », conclut Art
dans la forêt?
valeur commerciale dans les dix ans, Sterritt. Ce lieu n’est pas un endroit pour
11 EN DIRECT DE VOTRE 18 groupes des Premières Nations, le gou- un oléoduc. l
PLANÈTE VIVANTE
Le retour du rorqual à bosse
À METTRE À L’AGENDA rapport annuel 2015 : wwf.ca/
rapportannuel
diale du don. Alors, donnez un
nouveau ton à la période des
Fêtes en soutenant l’action
21 NOVEMBRE Journée 30 NOVEMBRE AU 11 du WWF-Canada : wwf.ca/
© 1986 WWF-Fonds mondial pour
la nature (aussi connu sous le nom
mondiale des pêches. La DÉCEMBRE COP21. La donner
de World Wildlife Fund), symbole du surpêche a un effet dévasta- France accueillera à Paris la
panda. ® « WWF » et « Planète vivante teur sur nos océans. Faites 21e édition de la Conférence 5 DÉCEMBRE Journée in-
» («Living Planet ») sont des marques votre part pour les océans ternationale des bénévoles.
déposées du WWF.
des Nations unies sur les
en recherchant des produits changements climatiques. Des Vous voulez mettre à profit un
de la mer certifiés par le délégués du WWF viendront peu de votre temps, de votre
MSC : wwf.ca/merdurable du monde entier pour assister passion et de vos compéten-
à cette conférence, y compris ces au service de la protec-
Vous voulez recevoir notre infolettre? 26 NOVEMBRE Assem- deux du WWF-Canada. tion de la diversité de notre
Inscrivez-vous au wwf.ca/fr ou par téléphone blée annuelle publique du planète? Joignez-vous à notre
au 1-800-267-2632 WWF-Canada à Toronto, et 1er DÉCEMBRE Mardi je équipe de bénévoles :
présentation officielle de notre donne – une journée mon- wwf.ca/benevolat
Planète vivante, automne 2015 — Page 2SUR LE TERRAIN
© MIKE AMBACH / WWF-CANADA
collaborative –, ce qui donne au gouverne-
RENCONTRE ment fédéral la possibilité de s’engager de
manière constructive dans divers aspects
AVEC MIKE AMBACH du plan dont les bases ont été jetées par le
MaPP, comme c’est le cas du réseau d’aires
marines protégées qui a été dessiné.
Le pro de la
planification des Quels défis doivent encore être surmon-
milieux marins au
tés avant d’implanter les programmes
du MaPP?
WWF-Canada L’un des grands enjeux réside dans
l’engagement de ressources par les di-
vers paliers du gouvernement. C’est une
chose de signer un document, et bien sûr
M
cela exprime une bonne intention, mais,
ike Ambach a grandi dans les terres tivités et la protection entourant des zones tant que ces plans ne seront pas mis en
intérieures de la Colombie-Britan- marines clés dont la gestion est nécessaire œuvre par voie législative, ils ne seront
nique, et, depuis maintenant huit pour assurer une utilisation durable des rien d’autre que de belles intentions qui
ans, il travaille sur plusieurs projets menés ressources océaniques. n’engagent à rien. Pour concrétiser ce projet
par le bureau du WWF-Canada à Prince- d’envergure, il faudra plus que de la bonne
Rupert. Le lien très étroit qu’entretiennent Qu’est-ce qui distingue la démarche du volonté, soit un engagement réel de la part
les habitants avec la nature et ses richesses MaPP des autres approches? de tous, au gouvernement provincial et au
est l’une des raisons qui lui font tant aimer Les plans élaborés reflètent l’engagement sein des Premières Nations.
le nord de la Colombie-Britannique. réel des Premières Nations et autres parties Le hic, c’est l’absence du gouvernement
prenantes – organismes de conservation, fédéral dans cette affaire. Le gouvernement
En quoi consiste essentiellement votre entreprises des secteurs des pêcheries, de a le mandat de mettre en place des mesures
travail à Prince-Rupert? la foresterie et du tourisme – à élaborer comme les aires marines protégées, ce
La conservation, et plus précisément des plans de gestion qui couvrent tous qu’il s’est lui-même engagé à réaliser d’ici
la planification entourant les milieux les secteurs de l’activité humaine. Ce qui 2020. Le MaPP a fait une grande partie du
marins. Au jour le jour, mon travail con- est particulier dans ce cas, c’est que la travail de terrain et a cerné les zones clés
siste à mettre au point des stratégies qui démarche est une initiative des parties qui seraient de bonnes candidates au titre
aideront les gens, les collectivités et les concernées, et non le résultat d’une com- d’aires protégées. Ce qu’il faut maintenant,
entreprises à faire un usage plus respon- mande reçue du gouvernement fédéral. Le c’est un engagement constructif de la part
sable des océans afin d’en préserver la partenariat entre les Premières Nations et de tous les organismes du gouvernement
santé à long terme. le gouvernement provincial a déblayé le ter- fédéral, et un mandat clair en matière de
rain – recherche très pointue et approche protection des océans. l
Vous avez participé à la création du
Marine Planning Partnership pour la
région du Pacifique Nord au Canada. Zurbaines
Expliquez-nous en quoi cela a consisté.
Le Marine Planning Partnership, ou
LES GAZOUILLIS @Zurbaines 8 juillet 2015
“Canada Souper aux ingrédients de mer
MaPP pour les intimes, est un nouveau LES PLUS POPULAIRES durables au @leLaurieRaphael avec
@wwfcanadafr @canada_MSC #merdurable
plan de l’utilisation des milieux marins et #choisissezMSC
son accord corollaire. Le partenariat est Suivez-nous sur Twitter : @WWFCanadafr
codirigé par 18 Premières Nations dont le
territoire marin traditionnel couvre plus
Gaz Métro
de 100 000 km2 le long du centre et du @GazMétro 3 juin 2015
nord de la côte de la C.-B., en collabora- Étude du @WWFCanadaFR démontre
tion avec le gouvernement provincial. Les la nécessité de remplacer mazout lourd pour
la navigation dans l’Arctique par du GNL
plans issus de ces travaux ont été terminés ow.ly/NPEi8
en avril dernier et couvrent quatre sous-
régions : Haida Gwaii, la côte nord, la côte Gaz Métro est une entreprise québécoise,
du centre de la province et le nord de l’île leader en énergie : gaz naturel, éolien,
électricité, biométhane. Discutons de
de Vancouver. développement économique durable
Zurbaines est un magazine en ligne féminin
Les plans mis au point par le MaPP sont pour découvrir les nouveautés restos,
importants, car ils contiennent une série de boutiques, beauté, culture, spa et sorties
de Montréal. In English too!
recommandations sur l’utilisation, les ac-
Planète vivante, automne 2015 — Page 3PLEINS FEUX SUR UNE ESPÈCE VIVANTE
© FLORIAN SCHULZ/VISIONSOFTHEWILD.COM
Le saumon en bref
LE SAUMON JOUE UN RÔLE TRÈS IMPORTANT DANS
L’ÉCOSYSTÈME DE LA RÉGION DU GRAND OURS. QU’A-T-IL
DE SI SPÉCIAL? NOUS VOUS LE RÉVÉLONS ICI!
1 Le saumon vit en
eau douce comme
calement de couleur : son corps
devient rouge vif et sa tête
en eau salée passe au vert.
Six espèces
Le saumon naît en eau douce,
puis il passe plusieurs années 4 différentes de saumon
dans l’océan. Lorsque le mo-
vivent dans les eaux
côtières du Pacifique
ment est venu pour le saumon
adulte d’aller frayer, il parcourt
d’énormes distances pour re- Le chinook, le kéta, le coho,
tourner à la rivière qui l’a vu le rose, le rouge et l’arc-en-
naître. Très peu de variétés de ciel sont tous résidents de la
poissons peuvent survivre dans Colombie-Britannique.
des eaux à degrés si variables
Le saumon est
de salinité.
5 considéré comme
2 Le saumon a un
odorat extrêmement
une espèce clé
développé
Le saumon a effectivement
un impact de taille sur son
Le saumon de l’Atlantique, écosystème, qui serait totale-
par exemple, peut déceler une ment chamboulé si l’espèce
odeur très diluée – l’équivalent devait disparaître. Ainsi
d’une goutte dans une zone de les carcasses de saumon en
la taille de dix piscines de di- décomposition libèrent de
mension olympique. précieux nutriments qui sont
transférés de l’océan à la terre
Le saumon change
3 de couleur
ferme – les scientifiques ont
retracé ces nutriments dans
Le même saumon peut arbo- des mousses, de l’herbe, des
rer trois couleurs différentes arbres, des insectes, des oi-
au cours de sa vie. Prenons seaux et des ours!
Plusieurs menaces
6
l’exemple du saumon rouge
pèsent sur le saumon
(également appelé sockeye), qui
est de couleur claire et tacheté
durant sa période juvénile, puis Les populations de saumons
© ANDREW S. WRIGHT / WWF-CANA DA
passe au bleu argenté lorsqu’il au Canada sont menacées par
arrive à l’âge adulte. Lorsqu’il des parasites, des maladies, la
atteint la maturité sexuelle et surpêche, les changements cli- Chaque printemps, les cours d’eau
que le moment est venu pour matiques et la fragmentation et de la forêt pluviale du Grand Ours
lui d’aller frayer, il change radi- la perte des habitats. semblent d’émeraude – c’est que
tous les nutriments issus de la
saison de fraye précédente font
Le WWF-Canada mène des projets dans certains habitats littéralement exploser la nature.
cruciaux des saumons afin d’atténuer les menaces qui pèsent
sur cette espèce clé. Pour en apprendre davantage, allez faire
un tour au : wwf.ca/riviere_skeena
Planète vivante, automne 2015 — Page 4Saumon coho
remontant un
cours d’eau
en Colombie-
Britannique.
Planète vivante, automne 2015 — Page 5EN PRIMEUR
Les secrets du chant
des baleines
LES HYDROPHONES AU SECOURS
DES RORQUALS À BOSSE
Planète vivante, automne 2015 — Page 6© FORWHALES.ORG P
erché sur un escarpement rocheux sur- qual à bosse, comme bien des espèces marines,
plombant les denses forêts de cèdres dépend des sons pour trouver sa nourriture ou un
et de pins bordant les chenaux Squally compagnon, pour s’orienter et communiquer avec
et Whale, le Cetacea Lab, petit labora- ses congénères, par exemple par le chant. »
toire dirigé par deux chercheurs pas- Le Cetacea Lab a récemment, et avec l’appui
sionnés, au regard aiguisé, toujours à l’affût du WWF-Canada et de la communauté de la na-
d’une nageoire, d’un jet ou autre manifestation tion Gitga’at, ajouté à son réseau d’hydrophones
de baleines, et à l’oreille tendue dans l’espoir un nouvel élément hyper technologique qui
d’entendre le chant envoûtant de ces grands permettra de procéder par triangulation à la lo-
mammifères. Janie Wray et Hermann Meuter, calisation précise d’un cétacé en plein chant. Cet
les deux fondateurs du laboratoire, ont crée, il y outil permettra également de mieux expliquer
a près de 15 ans, ce poste de recherche en plein l’effet perturbateur du bruit sous-marin issu de
territoire Gitga’at, au cœur de la région du Grand l’activité humaine – le trafic maritime, par exem-
Ours. L’objectif de leurs recherches est de mieux ple – sur les cétacés.
comprendre et plus précisément ce qui attire tant « Avec le temps, nous pourrons localiser les
les cétacés dans cette région, et de déterminer zones les plus accueillantes pour les rorquals et
comment les protéger le mieux possible contre déterminer plus précisément où ils se réunissent
les menaces que pose une ac- pour chanter et pour se nourrir,
tivité humaine croissante.
« Nous pourrons ainsi raconte Janie Wray. Je ne serais
déterminer avec plus
« Cette région est essenti- pas étonnée, ajoute-t-elle, de
elle aux baleines, affirme Her- constater au fil du temps que
mann Meuter. Au cours des
13 dernières années, nous de précision quelles ces zones très fréquentées sont
les mêmes d’année en année.
avons assisté à une hausse très zones constituent Nous pourrons ainsi déterminer
des habitats essentiels
nette du nombre de baleines avec plus de précision quelles
à fanons dans cette région. zones constituent des habitats
Le rorqual n’a pas de dents,
mais une série de plaques ap-
et devraient être essentiels et devraient être pro-
tégées au titre de zones à faible
pelées fanons de chaque côté protégées au titre circulation pour assurer la tran-
de zones à faible
de sa mâchoire supérieure, quillité des baleines. »
qui filtrent la nourriture ab- Il y a eu une vague de nou-
sorbée dans l’eau qu’il avale
circulation pour veaux projets d’exploitation
assurer la tranquillité
en grandes quantités. Lorsque récemment, ce qui pourrait en-
nous avons commencé nos re- traîner une croissance énorme
cherches ici, il y avait
45 rorquals à bosse résidents, des baleines. » du trafic de pétroliers dans
cette région sensible. Le projet
et ils sont maintenant plus de d’oléoduc Northern Gateway se
300. Nous pensons que deux choses les attirent propose de faire passer jusqu’à 240 pétroliers par
ici principalement. D’abord l’abondance de année dans le chenal Squally, et des projets de
nourriture, bien sûr, mais aussi la tranquillité gaz naturel liquéfié pourraient ajouter à ce trafic
de la région. » jusqu’à 300 gros navires dans ces eaux.
Avec l’aide des membres de la nation Gitga’at, « L’augmentation envisagée du trafic de pé-
Janie Wray et Hermann Meuter ont installé en troliers dans cette région de la côte est bien
2002un véritable réseau d’hydrophones – des réelle, et pose une menace tout aussi réelle pour
microphones allant sous l’eau – pour pouvoir les baleines, craint Hermann Meuter. La hausse
écouter épaulards, rorquals à bosse et rorquals du niveau du bruit sous-marin découlant de
communs 24 heures sur 24. L’audiothèque que l’intensification du trafic maritime nuira à la ca-
les deux chercheurs ont constituée au fil du pacité des baleines de communiquer et de trouver
temps les a aidés à mieux comprendre comment leur nourriture. Le risque de collisions avec des
Un rorqual résident, les cétacés utilisent les sons pour survivre. bateaux s’accroîtra également, particulièrement
appelé Jazz, bondit à
« Les cétacés dépendent de leur ouïe comme en ce qui concerne les baleines à fanons. Les don-
la surface après avoir
réalisé une série de nous dépendons de notre vision. L’espèce a évolué nées obtenues au moyen des hydrophones nous
claquements de queue dans un environnement aquatique où il y a très aideront à mieux cerner l’impact du bruit sur les
dans le chenal Squally, peu de lumière, et a exploité la capacité de l’eau cétacés. Il nous faut trouver des moyens de con-
près de l’île Gil. de transmettre les sons très rapidement et sur de server la tranquillité de ces lieux pour assurer aux
longues distances, explique Janie Wray. Le ror- baleines le meilleur milieu de vie possible. » l
Planète vivante, automne 2015 — Page 7Colombie-
Britannique
11 Vancouver
3
P
VD 12
2 P
Haida Gwaii
VD 15
9 P 8
4 M 6 M
VD 14 M 1
M
SCIENCES DE LA VIE 5 P
Le Grand
7 M
P
Ours en chiffres 16
13
P
Voici quelques-unes des espèces menacées qu’abrite 17
M
la région du Grand Ours, et leur statut selon les
M
listes du COSEPAC et de la Colombie-Britannique.
10
1 CARIBOU 10 TORTUE LUTH VD
Rangifer tarandus Dermochelys coriacea
Île de Vancouver
2 RORQUAL BLEU
Balaenoptera musculus
11 GRENOUILLE-À-QUEUE
Ascaphus truei
CÔTIÈRE
LES STATUTS SELON LE COSEPAC
3 BALEINE NOIRE DU 12 EULAKANE COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada)
PACIFIQUE NORD Thaleichthys pacificus DP DISPARUE DU PAYS Espèce sauvage qu’on ne
Eubalaena japonica trouve plus à l’état sauvage au Canada, mais qu’on
13 ESTURGEON VERT trouve ailleurs.
4 RORQUAL BORÉAL Acipenser medirostris VD EN VOIE DE DISPARITION Espèce sauvage
Balaenoptera borealis exposée à une disparition de la planète ou à une
14 AUTOUR DES PALOMBES disparition du pays imminente.
5 RORQUAL COMMUN Accipiter gentilis laingi M MENACÉE Espèce sauvage susceptible de devenir
Balaenoptera physalus « en voie de disparition » si rien n’est fait pour
ÉPAULARD
15 RORQUAL À BOSSE contrer les facteurs menaçant de la faire disparaître.
6 Orcinus orca
Megaptera novaeangliae P PRÉOCCUPANTE Espèce sauvage qui peut devenir
« menacée » ou « en voie de disparition » en raison de
OTARIE DE STELLER
16 ALBATROS À QUEUE COURTE l’effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et
7
des menaces reconnues qui pèsent sur elle.
Phoebastria albatrus
Eumetopias jubatus
17 PUFFIN À PIEDS ROSES CATÉGORIES DE STATUT SELON LA LISTE DE LA C.-B.
8 GUILLEMOT MARBRÉ
Brachyramphus marmoratus
Puffinus creatopus
ROUGE Désigne les espèces qui ont le statut DP,
VD ou M en Colombie-Britannique.
9 PETITE NYCTALE
Aegolius acadicus brooksi
BLEU Désigne les espèces qui ont le statut P
en Colombie-Britannique.
Planète vivante, automne 2015 — Page 8© MIKE AMBACH / WWF-CANADA
Ce qui menace principalement la Skeena est la
fragmentation des habitats et les changements climatiques.
Chacune de ses menaces a été évaluée “modérée” selon La rivière Skeena près
rapportsbassinsversants.wwf.ca. de Prince-Rupert,
Colombie-Britannique.
Péril en la Skeena
changement climatique. De fait, les boule-
versements climatiques et la fragmentation
causée par les infrastructures ferroviaires
RIVIÈRE SKEENA - ÉTAT DE SANTÉ ET MENACES et routières risquent de réduire la capacité
L
de la Skeena de supporter les pressions
a Skeena est l’un des derniers cours d’eau La Skeena offre une image que l’on as- supplémentaires qu’engendreraient de nou-
intacts de la Colombie-Britannique. socie couramment à la côte Ouest – un lieu veaux projets de développement industriel.
Deuxième rivière en importance de où les montagnes se jettent dans la mer et Les scores attribués aux diverses menaces
cette province, la Skeena abrite 28 espèces où les arbres aux cimes élevées jettent leur s’appuient sur sept indicateurs scienti-
de poissons, dont l’emblématique saumon ombre sur des rivières aux flots tumultueux fiques : pollution, perte d’habitats, frag-
du Pacifique – kéta, chinook, coho, rose, où les grizzlys se gorgent de saumons. Quoi mentation des habitats, usage excessif de
rouge et arc-en-ciel. De fait, la Skeena est de plus évocateur! l’eau, espèces envahissantes, changement
la deuxième rivière à saumon en importance Le WWF-Canada a mis en ligne récem- climatique et altération des débits.
au Canada, après le fleuve Fraser, et des ment un nouveau site Web interactif : À l’échelle locale, les résidents de la
millions de poissons reviennent frayer rapportsbassinsversants.wwf.ca qui région de la rivière Skeena s’inquiètent des
dans ses eaux année après année. présente un bilan de santé de l’eau douce impacts cumulatifs des projets intensifs
Le cours supérieur de la Skeena se au Canada et un portrait des menaces qui de développement dans l’estuaire. Le
trouve au nord de la Colombie-Britannique, pèsent sur cette ressource. Les rapports WWF-Canada a réalisé une évaluation
en direction de l’océan Pacifique et de sur les bassins versants du WWF-Canada des effets cumulatifs – fondée sur des
l’estuaire Skeena, près de Prince-Rupert. se penchent sur divers aspects de la santé examens d’experts – sur l’eulakane, la
L’estuaire est une zone écologiquement de l’écosystème global de la Skeena – débit zostère marine et le saumon chinook, afin
très riche et productive, ce qui en fait un et qualité de l’eau, poissons, invertébrés de déterminer l’impact sur ces importantes
habitat important pour les jeunes saumons, benthiques. La Skeena affiche pour ces espèces du développement actuel et futur.
l’eulakane et le hareng, et une grande paramètres des scores variant de bon à très Fort de dix ans de travail entourant la
source de nourriture pour la sauvagine. bon. Néanmoins, l’avenir de cette rivière rivière Skeena, le WWF-Canada poursuit
Plusieurs communautés des Premières pourrait être menacé. son action afin que l’avenir de la Skeena en
Nations habitent le long de la Skeena, où L’évaluation des menaces pesant sur la soit un d’un habitat en santé et d’un bassin
se pratiquent également la foresterie et rivière Skeena a produit un score moyen versant résilient dont les communautés ré-
l’écotourisme, activités économiques et cul- pour les catégories sidentes pourront continuer de bénéficier
turelles cruciales pour ces communautés. de la fragmentation des habitats et du de l’abondante richesse. l
Planète vivante, automne 2015 — Page 9© NORM LIGHTFOOT
POUR CEUX QUI NOUS SONT CHERS ers la planète. Et nous savons
Les Bateman et l’importance de préserver
que l’argent que nous laissons
sera utilisé avec soin pour la
la beauté et la richesse de la nature
protection de l’environnement.
Le legs testamentaire
C
est une manière d’affirmer
hacune de nos photos et que nous avons observée sem- notre passion commune
de nos peintures rend blait cependant avoir compris pour l’environnement. Et il
hommage à notre planète que la présence d’humains tenait nous semble que cela donne
telle que nous la connaissons les mâles à distance, ce qui lui Grand Ours. D’ailleurs, nous l’exemple à notre famille et aux
aujourd’hui. Lorsque nous som- permettait de baisser sa garde avons également visité la com- générations futures. C’est le
mes allés dans la forêt pluviale et laisser ses oursons jouer en munauté de Hartley Bay, et il don ultime aux gens que nous
du Grand Ours en juin 2014, toute tranquillité. Nous avons y avait partout des affiches de aimons, en quelque sorte. l
nous avons eu l’incroyable passé des heures à observer pétroliers barrés d’un trait et la
bonheur de pouvoir admirer, à ces ours. Ce fut une expérience mention « Non aux pétroliers ». Peu importe le montant, tout
tout juste 100 mètres de nous, inoubliable. Nous sommes tous, en tant legs peut servir à changer les
une maman grizzly et ses trois Nous avons assisté à la qu’habitants de cette planète, choses en faveur de la nature
oursons venus se nourrir au dégradation de tant de lieux interconnectés à l’air, aux et de la faune sauvage. Un legs
bord d’une rivière. Nous avons précieux comme la région du arbres, à la terre. Aussi est-il dans votre testament, voilà
appris que l’une des principales Grand Ours au cours de notre évident pour nous qu’il faut une des diverses manières
sources d’inquiétude pour une vie, et il en reste si peu, main- protéger la nature. Nous avons d’exprimer concrètement votre
ourse, c’est le risque qu’un tenant. S’il n’en tenait qu’à décidé de faire un legs testa- désir que la nature soit protégée
mâle tente de tuer ses oursons, nous, les pétroliers ne seraient mentaire au WWF-Canada, au fil des ans. Pour en savoir
probablement pour éliminer jamais autorisés à s’aventurer car nous apprécions le fait que plus, rendez-vous au wwf.ca/
toute concurrence future. Celle dans les eaux de la région du l’organisme est présent à trav- don_testamentaire.
PARLONS SCIENCE LE SAVIEZ-
© NATUREPL.COM / SHATTIL & ROZINSKI / WWF
Le gène respon-
VOUS?
Qu’est-ce qu’un ours
sable de la couleur
du pelage de l’ours
Esprit est semblable
blanc fait dans la forêt?
à celui qui donne
sa couleur au chien
golden retriever.
Le grizzly lui aussi
Question de Sparkes, âgé de arbore plusieurs variations
de couleurs - les grizzlys
5 ans, élève de l’école primaire proches de la côte sont plutôt
Eagle Harbour à Vancouver. brunâtres, tandis que ceux de
la région de l’intérieur ont un
B
poil aux extrémités argentées,
et ceux de la forêt pluviale de
onne question, Sparkes! Le fait est que
l’arrière-pays sont presque
plusieurs chercheurs se sont demandé entièrement blancs.
comment un ours blanc-crème pou-
vait bien survivre dans une forêt pluviale côte de la C.-B.), il est plus difficile pour le
sombre et touffue. Ces chercheurs pen- saumon qui est sous l’eau de distinguer un Le gène qui donne à l’ours Esprit
saient que ce pelage crème devait rendre ours pâle du ciel que ne l’est l’ours noir. son pelage blond est un gène récessif
notre ours trop visible et que cela devait lui Cet avantage permet à l’ours Esprit de double, affirme le Dr Kermit Ritland de
être plus difficile d’attraper des saumons, s’approcher davantage de sa proie, et il a l’Université de la Colombie-Britannique.
sans compter que cela devait faire de ses donc plus de facilité à attraper sa proie pré- Autrement dit, l’ours Esprit peut donner
oursons des proies faciles pour les grands férée à l’automne. naissance à des oursons noirs, et l’ours noir
prédateurs comme le grizzly. Or, une étude L’ours Esprit est en fait de la même peut donner naissance à un ours blond. l
récente du professeur Tom Reimchen de famille que l’ours noir, dont il est une sous-
l’Université de Victoria a révélé qu’au con- espèce; il ne s’en distingue que par la muta-
traire, l’ours au pelage crème est avantagé tion génétique qu’a subie la couleur de son Merci à Wayne McCrory, vice-président
à l’heure de pêcher le saumon! pelage. La nature s’amuse à produire de la et directeur de la recherche de
Selon cette étude, lorsque le ciel est variété... c’est ce qu’on appelle les muta- l’organisme BearSmart, qui a répondu à
gris et nuageux (ce qui est fréquent sur la tions. la question de Sparkes.
Planète vivante, automne 2015 — Page 10FICHE TECHNIQUE
NOM SCIENTIFIQUE :
Megaptera novaeangliae
• En 2003, la population du
rorqual à bosse du Paci-
fique Nord était déclarée
« menacée » par le Comité
sur la situation des es-
pèces en péril au Canada
(COSEPAC).
• En 2005, cette population
était classée dans la caté-
gorie « menacée » en vertu
de la Loi sur les espèces en
EN DIRECT DE NOTRE PLANÈTE VIVANTE péril au Canada, et obtenait
Le retour du rorqual à bosse
ainsi la protection de la loi.
• Réévaluée par le
COSEPAC en 2011, la
population a été désignée
« préoccupante ».
C
© WWF-CANADA / CHAD GRAHAM
e géant des profondeurs se déplace lentement, à bosse sous toutes ses formes. • Le rorqual à bosse évolue
ce qui en a fait une proie facile pour les balei- Diverses menaces pèsent néanmoins sur en troupeaux et atteint la
niers de la première moitié du 20e siècle. On a l’espèce – collisions avec des navires, empêtre- maturité sexuelle à l’âge
tué au cours de cette période des milliers de ror- ment dans du matériel de pêche, déversements de neuf ans. Les femelles
quals à bosse pour leur graisse. L’espèce est main- de produits toxiques, diminution du nombre de adultes portent un petit à
tenant protégée et ses populations se rétablissent proies, et perturbations d’ordre acoustique. des intervalles variant d’un
progressivement. On en compte aujourd’hui Si l’on se réjouit du retour du rorqual à bosse, à cinq ans.
près de 54 000 à travers le monde. Dans le Paci-
fique Nord, on estimait autrefois la population
on doit néanmoins craindre le revers de la situ-
ation. En effet, l’espèce est plus présente sur les
• Le plus vieux rorqual docu-
menté était âgé d’environ
à quelque 6 000 à 8 000 individus, mais la plus côtes, et donc davantage exposée aux bateaux de 48 ans, mais on pense que
récente estimation – fondée sur des données de pêche, au matériel de pêche, aux embarcations l’espèce a une espérance
2004 à 2006 – indique qu’elle serait légèrement de toutes sortes et autres activités humaines en de vie beaucoup plus
supérieure à 18 000 individus. En dépit de cette croissance, ce qui se traduit par un nombre accru longue.
croissance remarquable, le nombre d’individus d’empêtrements dans du matériel de pêche et de
demeure bien en deçà des populations estimées collisions avec des navires. • Le rorqual a le dos noir et
avant l’époque des baleiniers. Nombre d’activités humaines sont suscep- le ventre blanc, une gorge
Le rorqual à bosse est protégé par la Commis- tibles de détériorer, voire de détruire, l’habitat aux profondes rainures, de
sion baleinière internationale, qui en a interdit essentiel du rorqual à bosse – trafic maritime, longues nageoires pecto-
la chasse à des fins commerciales dès 1955 en déversements de produits toxiques, surpêche, rales et une énorme queue,
Atlantique Nord, et en 1966 dans le Pacifique exploration sismique, sonars et battage de pieux appelée nageoire caudale.
Nord. L’espèce est également protégée en vertu – autant activités qui perturbent l’acoustique à Le dessous de la queue
de la Convention sur le commerce international des niveaux qui peuvent nuire à la capacité des est noir et blanc; chaque
des espèces de faune et de flore sauvages mena- rorquals de communiquer et de trouver leur nageoire caudale – qui peut
cées d’extinction (CITES) – dont le Canada est nourriture, et même les pousser à se déplacer atteindre 80 cm – affiche un
signataire – qui interdit le commerce du rorqual vers d’autres régions. l dessin qui lui est propre et
qui est aussi unique qu’une
empreinte digitale.
Le rorqual à bosse est le plus bruyant et le plus créatif des cétacés en matière de chant. Il chante
de belles ballades complexes et mélodieuses que l’on peut entendre à plus de 30 km à la ronde. Le • L’adulte moyen mesure de
WWF-Canada travaille en collaboration avec le Cetacea Lab à la documentation du chant du rorqual 13 à 14 mètres et pèse entre
à bosse, dans le but de mieux protéger ce ménestrel des mers. Rendez-vous en page 6 pour en ap- 34 000 et 45 000 kilos.
prendre davantage sur le travail du Cetacea Lab.
Planète vivante, automne 2015 — Page 11OFFREZ UN CADEAU
D’UNE RARE BEAUTÉ
PLANÈTE VIVANTE • AUTOMNE 2015
POUR LES FÊTES
Adoptez un ours esprit dès aujourd’hui!
Deux façons faciles de commander :
PAGE COUVERTURE © NATALIE BOWES / WWF-CANADA
boutique.wwf.ca OU 1-800-267-2632
CAN
Président du conseil : Alex Himelfarb • Président et chef de la direction : David
Miller • Directrice pour le Québec : Sophie Paradis • Éditrice : Tammy Thorne •
WWF.CA/FR
Rédactrice adjointe : Chelsea White • Adresse : WWF-Canada, 410-245, avenue
Eglinton Est, Toronto (Ontario) M4P 3J1 • Sans frais : 1-800-267-2632 • Courriel :
ca-panda@wwfcanada.org • Site Web : wwf.ca/fr • Dons : wwf.ca/donner
Le WWF-Canada, organisme national officiel du WWF (Fonds mondial pour la nature), est enregistré au Canada comme
organisme de bienfaisance (no 11930 4954 RR 0001). Le siège social du WWF est situé à Gland, en Suisse. Le WWF est
wwf.ca/fr connu sous le nom World Wildlife Fund au Canada et aux États-Unis. Publié en automne 2015 par le WWF-Canada, Toronto
(ON), Canada. Toute reproduction totale ou partielle de ce rapport doit mentionner le titre, ainsi que le nom de l’éditeur
cité ci-dessus et la propriété du droit d’auteur. Droit d’auteur sur le texte (2015) : WWF-Canada. © La reproduction des
photos de cette publication est interdite. Tous droits réservés.Vous pouvez aussi lire