Le paysage - Cité scolaire de Chantilly
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le paysage
Le paysage, qui s’est constitué en genre autonome au XVIIème siècle, est un
chapitre important de l’histoire des arts. Sa présence se manifeste de façon
variable selon les civilisations et les époques et évolue aux rythmes des
innovations techniques de représentation de l’espace. Selon la manière dont
le paysage est représenté ou évoqué, il traduit et évoque la contemplation,
l’admiration ou la curiosité.
Le genre ne cesse de susciter l’intérêt des artistes contemporains qui le
sollicitent et participent à la synthèse de nouvelles perceptions de l’espace,
du temps et de l’environnement.
définition : qu’est-ce-qu’un paysage ? références
littéraires
I - historique d’un genre
cinéma
les prémices : de l’antiquité au moyen âge
film d’artistes
la renaissance : vers une tendance réaliste
glossaire
affirmation d’un genre à part entière
II - révolution du paysage
une réalité modifiée, renversée
au contact direct de la nature
paysages utopiques
dossier de médiation
Les dossiers de médiation sont consacrés à des thématiques spécifiques en lien avec
l’histoire de l’art et d’autres disciplines, ainsi que les œuvres et les artistes acquis par le
fracpicardie. Ils réunissent des textes et des commentaires comme premiers moyens de
documenter et situer les pratiques artistiques contemporaines.
Des cartels développés sur les œuvres et les artistes ainsi que des propositions d’ateliers
de pratique artistique autour d’un thème précis sont également disponibles sur
demande. Ils constituent la base documentaire ou pédagogique à tout projet. Au centre de
documentation du fracpicardie, accessible à tous, des ressources complémentaires sont
consultables.
L’intégralité des œuvres du fonds sont consultables en ligne sur : www.frac-picardie.org
onglet œuvres et expositions.
fonds régional d’art contemporain de picardie
45 rue Pointin - 80000 Amiens - tél. 03 22 91 66 00
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service des Publics : Chloé Ducroq, Laure Marcou, Sophie Malivoir
centre de documentation : Christophe Le Guennec
www.frac-picardie.orgqu’est-ce-qu’un paysage ? I - historique d’un genre
Définition les prémices : de l’antiquité
Etymologiquement, le terme « paysage »,
qui apparaît dans la langue française au au moyen âge
XVIème siècle, signifie : étendue de pays.
La période hellénistique
C’est : Dans l’art de l’Orient ancien, le paysage
- « une étendue de pays que l’on n’apparaît que comme décor de scènes
peut embrasser dans son ensemble » de la vie civile ou militaire tandis que
(Larousse), l’être humain reste le sujet central de Renie SPOELSTRA, Misty Road, 2014.
- « l’étendue d’un pays que l’on voit l’art grec classique. L’intérêt porté au
d’un seul aspect » (Littré), paysage est peut-être la plus grande
- la « partie d’un pays que la nature nouveauté de la période hellénistique :
présente à l’œil qui la regarde » les peintres, à l’instar des poètes,
(Robert). s’essayent à l’évocation pour les
citadins des plaisirs de la campagne.
Le paysage est un chapitre important Ils composent leurs paysages en
de l’histoire de l’art. Sa présence se faisant varier l’intensité des couleurs
manifeste de façon variable selon pour créer des effets de perspective.
les civilisations et les époques. Il Les fresques retrouvées sur les murs
apparaît sous des formes diverses des maisons de Pompéi en constituent
dans des œuvres à thèmes historiques, un bel exemple.
Vincent VAN GOGH, Paysage avec cyprès et arbres en fleurs,
religieux, commémoratifs. Il s’est aussi 1889.
constitué en genre autonome, c’est-à- Paysages idylliques
dire comme forme d’art reconnaissable « Ces peintures ne représentent pas
à ses techniques et à son iconographie, de sites précis ; on y voit réunis tous
mais de façon tardive et en restant les éléments que comporte une idylle :
longtemps considéré comme mineur. des bergers, des troupeaux, un temple
rustique, des maisons de campagne et
Selon la manière dont le paysage est des montagnes lointaines. Tout, dans
représenté ou évoqué, il traduit et/ou ces peintures, est disposé d’une façon
suscite des sentiments aussi divers charmante, et le peintre tire le meilleur
que l’admiration, le plaisir de s’évader parti de chaque élément. Nous avons
ou de retrouver un lieu connu, le vraiment l’impression d’assister
désarroi, l’inquiétude. Il est en effet à une scène paisible. Et pourtant,
le lieu, à certaines époques plus que ces peintures sont beaucoup moins
d’autres, d’interrogations sur les liens réalistes qu’elles ne le paraissent à
qu’entretiennent l’humain et la nature. première vue. Nous ne savons pas à
quelle distance de la maison se trouve
Une histoire du paysage nécessite de le temple et si le pont en est proche ou
retracer l’évolution des techniques de éloigné. Nous serions incapables de
représentation de l’espace, celles qui, dessiner un relevé topographique de
notamment, permettent de suggérer l’endroit.
les différences de dimensions, En effet, les artistes hellénistiques Georg BASELITZ, La forêt sur la tête, 1969.
l’éloignement et qui atteignent un haut ignoraient les lois de la perspective. Ils
degré de perfectionnement en Europe ne savaient pas faire fuir vers l’horizon
au XVème siècle avec l’introduction une colonnade ou une allée d’arbres.
de la perspective géométrique. Elle Les artistes dessinaient les sujets
balaye aussi l’ensemble des formes lointains plus petits, plus grands les
sous lesquelles il est apparu et dont objets proches ou les plus importants,
on ne mentionnera ici que les plus mais la loi de la diminution progressive,
marquantes. à mesure que grandit la distance,
l’armature géographique où nous
installons nos tableaux, étaient choses
inconnues de l’Antiquité classique.
Un millénaire devait s’écouler encore Paysage, 1er siècle ap. J.C., peinture murale - Rome Villa Albani.
avant cette découverte. » (GOMBRICH, E. H.
Histoire de l’art. Paris : Gallimard, 1987, p. 114.)Le Moyen Âge ouvrages le fruit de l’observation.
Au Moyen Âge, le paysage n’apparaît Alors, paraît l’emploi du carnet de
dans la peinture et l’art, alors croquis réunissant des esquisses de
essentiellement religieux, que de façon plantes ou d’animaux choisis pour leur
accessoire, en arrière-plan : domaine beauté ou pour leur rareté. » (GOMBRICH,
E. H. Histoire de l’art. Paris : Gallimard, 1987, p. 218.)
féodal pour l’évocation des « travaux
et des mois », lieux de pèlerinage dans
les œuvres qui leur sont consacrées, la renaissance : vers une
ou encore jardins de fleurs. D’une tendance réaliste
manière générale, la végétation est
abondante mais avant tout symbolique La Renaissance
et ornementale, comme on le voit par La Renaissance innove en représentant
exemple dans les enluminures. l’espace terrestre selon les règles
d’une perspective construite
Episodes de la vie sacrée géométriquement. Cette méthode
« Il était courant au Moyen Âge rationnelle permet de traduire de
d’illustrer des calendriers par des façon réaliste l’espace tridimensionnel
représentations des travaux des mois : sur un support plat, en prenant l’œil
semailles, chasse, moisson. Un comme point de vue unique et dispositif
calendrier, annexé à un livre d’heures de cadrage. Le paysage, dont la
qu’un riche duc de Bourgogne avait représentation est ainsi profondément
commandé à l’atelier des frères modifiée, ne figure encore souvent
Limbourg, permet de mesurer tout ce qu’au second plan ; il témoigne dès lors
que les scènes de la vie réelle avaient d’une curiosité topographique accrue Les Frères de LIMBOURG, Très Riches Heures du Duc de Berry : le
gagné en vivacité et en justesse château de Saumur, vers 1412-1416, Chantilly, Musée Condé.
et d’un lien profond à la nature.
d’observation depuis le temps du
Psautier de la reine Mary. Diversité des paysages
« A l’aube du XVIème siècle, quelques
Car lorsque nous remarquons de courants d’idées ouvraient au paysage
quelle manière l’artiste a situé sa des voies nouvelles : le rêve de
scène devant une sorte de rideau contrées inconnues, lié aux grandes
d’arbres que dominent les toits d’un découvertes, le goût de la topographie,
grand château, nous nous apercevons encouragé par la gravure d’illustration,
que nous sommes en fait loin de la la littérature arcadienne en Italie. [...]
réalité. Cet art est si distant du récit Un peu avant que la théorie artistique
symbolique des peintres antérieurs reconnaisse dans le paysage un genre
qu’il nous faut faire un effort pour à part entière, différents styles de
nous apercevoir que l’artiste n’est paysages apparaissaient : le paysage
pas encore à même de représenter cosmique, évocateur des nouvelles
l’espace dans lequel se meuvent ses dimensions de la Terre, d’où son
figures et que, s’il obtient l’illusion de allure imaginaire. [...] Cette voie est
la vie réelle, c’est plutôt grâce à une frayée dès la fin du XVème siècle par
observation juste et minutieuse du [Jérôme] Bosch, dont les vues de
détail. Ses arbres ne sont pas de vrais la plaine hollandaise s’élargissent
arbres peints d’après nature, mais une en visions fantasmagoriques. Les
rangée d’arbres symboliques et ses Albrecht ALTDORFER, Paysage, vers 1526-1528.
pays germaniques contribuent
visages eux-mêmes ne sont guère que avec originalité à la naissance
des variantes aimables d’une formule du paysage autonome [...] : les
unique. Pourtant, cet intérêt qu’il paysages panoramiques offrent, au
porte à toute la splendeur joyeuse de lieu de la nature pittoresque mais
la vie qui l’entoure montre bien que domestiquée des Flamands, des plans
les idées de l’artiste concernant la d’eau solitaires. Mais cette attitude
peinture et ses buts n’étaient plus du préromantique, qui fait du paysage
tout celles du haut Moyen Age. Peu à le véhicule des émotions du peintre,
peu, le centre de gravité s’est déplacé ; loin de se traduire toujours par le
il ne s’agit plus de raconter un épisode paroxysme expressionniste, revêt
d’histoire sacrée avec le maximum aussi la forme d’une enquête patiente
de clarté et de puissance, mais de sur la configuration des arbres ou des
représenter une scène de la vie réelle rochers dans les paysages intimes de
aussi fidèlement que possible. Dès [Lucas] Cranach le Jeune et d’[Albrecht]
lors, le métier d’artiste comportera Altdorfer ou dans certains dessins
une tout autre science. Il faudra savoir et gravures de [Albrecht] Dürer et de
étudier la nature et appliquer à sesl’école du Danube. [...] Le rôle de l’Italie la rigueur intellectuelle de [Nicolas]
dans l’essor du paysage fut plutôt de Poussin, les paysages de 1648-1650,
concevoir la participation de celui-ci ordonnés par un système de relations
à la scène comme le reflet d’un monde quasi mathématiques et ennoblis
harmonieusement orchestré. Chez d’édifices antiques, apparaissent
Léonard de Vinci, les bases en sont à comme l’expression de cette fois en
la fois scientifiques, philosophiques et la raison qui confère au paysage la
artistiques, puisque écrits et dessins dignité des thèmes de l’Antiquité ou de
nous apprennent l’intérêt de celui-ci la fable. [...] A partir de 1655 environ,
pour les phénomènes optiques, son [...] Poussin y réintroduit les valeurs
acharnement à déchiffrer les secrets poétiques : celles de l’atmosphère,
Nicolas POUSSIN, Paysage avec Saint Matthieu, 1640.
de la nature, considérée comme un celles de l’exubérance d’une nature à
être animé, et sa revendication de la laquelle l’homme se soumet. Affranchis
liberté imaginative du peintre. de toutes théories artistiques, les
Vers 1560-1570 apparaît aussi le Hollandais jettent sur la nature un
paysage dit « maniériste ». A la vie qui regard neuf, sans mépriser ses aspects
animait les paysages « héroïques » les plus humbles, la campagne ou le
de Titien ou de [Pieter] Bruegel tend ciel gris, dont ils notent les moindres
à se substituer un paysage décoratif. nuances ; les panoramas eux-mêmes
Ainsi, dans la composition, on note ont pour source les plaines de Hollande
une préférence pour le schéma en [...] comme dans les gravures de
« V », qui encadre d’un premier plan Rembrandt. [...] La figure humaine, non
souvent sombre une perspective plus image mythologique ou sacrée,
claire... Simultanément, un autre mais image du peuple hollandais saisi Jacob VAN RUYSDAEL, Etang entouré d’arbres, 1665-1670.
type de paysage reflète les tendances dans sa vie quotidienne, se fond dans
intellectualistes du moment : les ruines. le paysage. De 1680 à 1790, la veine
Dans la suite du dessin néerlandais paysagiste s’épuise, prolongeant
des environs de 1530, surgissent les dans une manière idyllique et factice
« fabriques » semées dans les paysages les grandes tendances de l’époque
de Véronèse [...] » (LAURIOL, Claude. « Paysage ». précédente. L’Italie oscille entre un
In Dictionnaire des courants picturaux, tendances,
mouvements, écoles, genres du Moyen Âge à nos jours. Classicisme « en mineur » et le goût
Paris : Larousse, 1990.) théâtral de Rosa. » (LAURIOL, Claude.
« Paysage ». In Dictionnaire des courants picturaux,
tendances, mouvements, écoles, genres du Moyen Âge
Autonomie du genre à nos jours. Paris : Larousse, 1990.)
C’est au XVIIème siècle que le paysage
devient, d’abord en Europe du nord, Peindre en atelier
Joseph MALLORD, William TURNER, Vapeur dans une tempête
un genre à part entière. En Hollande, Au XVIIIème siècle, la peinture du paysage de neige, 1842.
Jacob Van Ruysdael, Albert Cuyp innove peu, prolongeant les grandes
ou Jan Van Goyen, s’y consacrent tendances de la période précédente.
exclusivement, privilégiant les sites qui On citera néanmoins les nombreuses
leurs sont familiers et se spécialisant productions des Vedutistes italiens
dans les vues de campagne, de dunes, (Canaletto, Francesco Guardi, Bernardo
de canaux, de marines ou dans les vues Belloto, etc.), liées à la demande des
de ville. voyageurs venus de toute l’Europe et
Une conception différente du paysage qui associent un goût du détail précis à
se développe bientôt en Italie. Les des effets d’atmosphère et de coloris.
paysages d’Annibal Carrache puis de Leurs tableaux sont peints en atelier
Claude Gellée dit le Lorrain et Nicolas à partir de notes prises à l’extérieur,
Poussin, grandes figures de la tradition parfois à l’aide de camera obscura, et
classique française, se caractérisent donnent à voir sites et vues réels ou
par l’ordonnancement élégant et imaginaires.
rigoureux des éléments du tableau et En France notamment, la vogue des
par la présence d’édifices ou de ruines « fêtes galantes » et des spectacles en
antiques. plein air favorise par ailleurs les scènes
champêtres. Elles sont pourtant jugées
Pluralité des styles inférieures par l’Académie de peinture
« Au XVIIème siècle, le foisonnement car elles ne requièrent ni maîtrise
du siècle précédent fait place à une poussée des lois de la composition ni
situation clarifiée selon trois lignes de connaissances historiques.
force : le paysage idéal italo-français,
le naturalisme hollandais et le baroque,
représenté presque exclusivement par
[Pierre Paul] Rubens. En accord avecInfluence italienne Le romantisme
« Dans un genre seulement, l’art italien « [...] Il ne semble pas excessif
s’est montré vraiment novateur au d’attacher à la période 1790-1860 le
cours du XVIIIème siècle. Il s’agit, et le nom de Romantisme, dans le sens d’une
fait est assez caractéristique, de la conscience commune de la nature
peinture et de la gravure de vedute, qui domine l’homme [...] sous forme
de vues. Les voyageurs, qui, de tous de paysages dramatiques, souvent
les coins du monde, affluaient en Italie hostiles, nés des rêves passionnés de
pour en admirer les beautés, désiraient l’artiste. [...] L’aquarelle, technique
souvent emporter des souvenirs de de la spontanéité, fait également son
leur séjour. apparition. En Angleterre, Constable
A Venise qui, plus que toute autre ville et son contemporain Turner vont Gustave COURBET, La falaise d’Étretat après l’orage, 1870.
italienne, offre au peintre des thèmes travailler à partir d’une couleur pure
incomparables, se développa toute appliquée par touches discontinues
une école susceptible de répondre et seront plus préoccupés de rendre
à cette demande. [...] Comme les l’atmosphère du paysage qu’une
fresques de [Giovanni Battista] Tiepolo, représentation strictement réaliste.
les peintures de [Francesco] Guardi Les représentants de la veine
montrent que l’art vénitien n’avait tourmentée sont [Eugène] Delacroix,
rien perdu ni de son sens du spectacle mais surtout Paul Huet qui affectionne
ni de sa maîtrise dans le traitement la mer déchaînée dans ses grands
de la lumière et de la couleur. [...] Il tableaux. [...] Entre le romantisme le
a compris que l’impression générale plus pathétique et le naturalisme de
d’une vue d’ensemble est essentielle Courbet se situent les paysagistes de
et que le spectateur ne demande qu’à Barbizon. La forêt de Fontainebleau, Paul CÉZANNE, Sainte-Victoire vue de la route du Tholonet,
1895-1900.
laisser jouer son imagination pour en qui les réunit vers 1827-1829, répond à
préciser le détail. » (GOMBRICH, E. H. Histoire la fois à leur amour pour les Néerlandais
de l’art. Paris : Gallimard, 1987, pp. 444-445.)
du XVIIème siècle et à celui des motifs «
sublimes » - landes sauvages, arbres
affirmation d’un genre à gigantesques, étangs mélancoliques
- mais que ces artistes traitent avec
part entière un extrême souci de vérité, exécutant
leurs esquisses à l’huile en plein air.
Traduire le monde
Tous excellent dans l’étude des effets
Au XIXème siècle, c’est au romantisme
momentanés de lumière […]. Les
que revient de libérer le paysage de
impressionnistes se réclameront aussi
l’idéalisation propre aux réalisations Pierre BURAGLIO, Les Sainte-Victoire de Z, 1986.
de [Gustave] Courbet, associé par le
antérieures. Empreint d’une forte
public aux artistes de Barbizon, bien
tension émotionnelle, celui-ci devient
qu’il ait surtout travaillé isolément.
le véhicule des sentiments de l’artiste.
L’originalité des paysages de ce peintre
Alors que l’introduction de la technique
est le refus de toute effusion comme
de l’aquarelle permet aux artistes de
de toute référence à la tradition ; plus
travailler en extérieur et favorise la
qu’à l’atmosphère, Courbet s’intéresse
spontanéité, les Anglais explorent des
à la matérialité des choses. [...] En
voies différentes : rendu « réaliste »
marge de tous ces mouvements,
des vues de campagne chez John
Corot a su concilier une immédiateté
Constable, visions « cosmiques » du
de vision par laquelle il s’apparente à
paysage chez William Turner. Dans
ses contemporains. Dans les études
leur peinture, le sujet s’efface devant
de petits tableaux exécutés pour lui-
la recherche technique, mais aussi
même et ses amis, il ne retient que
devant la volonté de traduire par des
l’essentiel. » (LAURIOL, Claude. « Paysage ».
couleurs le monde des idées et des In Dictionnaire des courants picturaux, tendances,
sentiments. mouvements, écoles, genres du Moyen Age à nos jours.
Paris : Larousse, 1990.)
Avec Jean-Baptiste Camille Corot en
France, les études d’après nature,
auparavant modèles destinés à
composer dans l’atelier de vrais
paysages, acquièrent le statut
d’œuvres à part entière. Quant aux
paysages des peintres de l’école de
Barbizon, ils gardent une part de
la spontanéité des esquisses qu’ils
réalisent en plein air dans la forêt de
Fontainebleau.pittoresques auxquels il arrivait firent
II - révolution du paysage qu’on lui pardonna assez rapidement
la manière dont il avait dissous la
forme sculpturale. Par ailleurs, les
une réalité modifiée, renversée nuages, la vapeur, le brouillard,
l’eau et l’atmosphère n’étaient pas
Les impressionnistes
supposés avoir de forme définie et
Avec les Impressionnistes, l’approche
par conséquent, ce que nous prenons
du paysage est profondément
maintenant pour une démarche
modifiée. Quittant leurs ateliers, ils
audacieuse vers l’abstraction n’était à
saisissent dans l’immédiateté des
l’époque qu’un fait de naturalisme.
heures et des saisons les vibrations Piet MONDRIAN, Pommier en fleurs, 1912.
La même remarque s’applique à
des couleurs, s’intéressant avant tout
la dernière période de Monet. Les
à la fragmentation de l’image par la
couleurs chatoyantes satisferont
lumière.
toujours le goût commun et seront
Plusieurs artistes participeront du
donc toujours plus ou moins acceptées
dépassement de ce courant : Paul
comme substitut à la vraisemblance. »
Cézanne qui, en géométrisant les (FERRIER, Jean-Louis. « Greenberg : le tableau en tant
phénomènes et formes de la nature en que champ ». In L’aventure de l’art au XXème siècle. Paris :
Chêne, Hachette, 1988, p. 519.)
facettes, annonce les développements
cubistes, Georges Seurat par le
S’émanciper du réel Olivier DEBRÉ, Signe Paysage, 1974.
divisionnisme des couleurs, Vincent
Si l’abstraction fournit ensuite les
Van Gogh et son expressionnisme
expressions les plus originales du
coloré ou encore Paul Gauguin puis
genre paysage – Wassily Kandinsky,
les fauves qui utilisent les couleurs de
Piet Mondrian et d’autres encore –,
façon arbitraire.
la veine figurative ne tarit pas pour
autant. En témoignent notamment les
Traduction instantanée
paysages naïfs et surréalistes.
« La première conquête des
impressionnistes est la spontanéité
L’abstraction géométrique
de la sensation dans la clarté du
« [...] Seul Mondrian, prenant pour
plein air. Entre 1864 et 1870, [Claude]
point de départ de sa théorie des
Monet, [Camille] Pissarro et [Alfred]
relations pures les horizontales et les
Sisley observent les variations des
verticales du paysage, accomplit entre
couleurs locales selon l’environnement
1912 et 1914 la logique du Cubisme. Mais
et découvrent le principe des ombres
l’abstraction géométrique abandonne
colorées, qu’ils appliquent, entre
vite toute référence à la nature [...]
autres, aux effets de neige. [...] C’est
grâce aux théories et à l’exemple
entre 1869 et 1875 que Monet et
de Kandinsky dès 1909. [...] [C]hez
Pissarro, notant les reflets sur la Seine,
les « paysagistes non figuratifs »,
en particulier à Bougival, parviennent à
la dislocation ultime de l’espace
une dissociation vibrante de la touche chantalpetit, Sans titre de la série Hölder Nil, 1998.
(croisements de lignes de force chez
- en virgules ou en points de plus en
[Maria Helena] Vieira da Silva, nœud de
plus menus - qui décompose la lumière
rythmes chez [Alfred] Manessier, chaos
solaire selon les couleurs pures du
primordial chez [Jean] Dubuffet). D’où
prisme, mais qui permet, par l’accord
le lyrisme de plus en plus intense de la
des complémentaires, la reconstitution
couleur, si remarquable en particulier
à distance de l’impression première. En
chez [Nicolas] De Staël, le plus grand
1873, Sisley et Cézanne adhèrent à ce
paysagiste récent.
mode révolutionnaire. » (LAURIOL, Claude.
« Paysage ». In Dictionnaire des courants picturaux, [...] Négation brutale des recherches
tendances, mouvements, écoles, genres du Moyen Age de profondeur et de reproduction
à nos jours. Paris : Larousse, 1990.)
des apparences au profit d’un
jeu de signes synthétisant les
La lumière de William Turner
rapports entre esprit et nature,
« Ce fut en fait William Turner qui, le
telle semble l’ultime conséquence
premier, rompit de manière significative
de l’Abstraction, qu’elle soit de
les conventions d’ombre et de lumière.
nuance expressionniste ou de nuance
Dans la première période, il groupait
géométrique, comme si le paysage
les intervalles de valeur à l’extrémité
devenait « l’espace du dedans ». »
claire de la gamme de couleurs pour (LAURIOL, Claude. « Paysage ». In Dictionnaire des
montrer comment la lumière du ciel, courants picturaux, tendances, mouvements, écoles,
genres du Moyen Age à nos jours. Paris : Larousse,
ou tout autre phénomène lumineux, 1990.)
tendait à estomper les demi-teintes
et les nuances d’ombre. Les effetsL’abstraction lyrique Ce qui est détruit ici, c’est la notion
« [L’abstraction lyrique est immémoriale, reprise par le cubisme,
l’] expression employée pour du bord du tableau comme limite :
désigner, en opposition à l’abstraction avec Newman, le bord du tableau est
géométrique ou constructiviste, répété à l’intérieur, il fait le tableau
la tendance à l’expression directe au lieu d’être simplement redoublé.
de l’émotion individuelle. […] C’est Les bords des plus grandes toiles
vers 1947, dans la jeune génération fonctionnent exactement comme les
de l’école de Paris d’après-guerre, lignes à l’intérieur : diviser mais non pas
que l’opposition aux contraintes séparer, enfermer ou borner ; délimiter
géométriques s’est généralisée et qu’un et non limiter. Les tableaux ne se Richard LONG, Four Days and Four Circles (Quatre jours et quatre
fort courant d’Abstraction lyrique s’est fondent pas dans l’espace environnant ; cercles), 1994.
développé sous des aspects divers. » ils gardent - lorsqu’ils sont réussis -
(BREUILLE, Jean-Philippe, Dictionnaire de peinture et
sculpture, l’art du XXème siècle, Larousse, 1991, p. 16). leur intégrité et leur unité propre. Mais
ils ne se dégagent pas non plus de
La nature ressentie chez Olivier l’espace comme autant d’objets isolés ;
Debré en bref, ce ne sont pratiquement pas
Olivier Debré, un des représentants des peintures de chevalet - et pour
français de l’abstraction lyrique - aussi cette raison, ils échappent à la notion
appelé par ce dernier « abstraction d’ « objet » (et d’objet de luxe)
fervente » -, réalise au sein même du qui s’attache de plus en plus à ce
paysage de grands formats peints où la type de peinture. En définitive, les
couleur et la matière s’expriment dans tableaux de Newman doivent être
de grands champs monochromes. vus comme champs. » (FERRIER, Jean-
Sensible à l’atmosphère, la lumière, les Louis. « Greenberg : le tableau en tant que champ ».
In L’aventure de l’art au XXème siècle. Paris :
couleurs et aux saisons qui rythment Chêne, Hachette, 1988, p. 519.)
la nature, l’artiste matérialise les
émotions suscitées au contact des pays au contact direct de la nature
qu’il traverse ou des bords de Loire.
Dès 1953 c’est ces « signes paysages » Les Land artistes
qui rendent comptent de cela. « En français [« Land Art » signifie]
« L’espace ouvert est structuré en approximativement « art du paysage »
couleurs comme il l’était en formes. ou « art de plein air ». Dans les
Libéré, il se prolonge au-delà de la déserts américains ou dans d’autres
toile, poussant les couleurs vers les lieux abandonnés, des artistes
bords où elles s’y accumulent en prennent, dans les années 60, le parti
ponctuations. Ces empattements d’interventions sur la nature elle-
sont comme des signes. […] Le voyage même ou d’installations en plein air.
mêle impressions physiques, culture De grandes dimensions, en osmose
et esprit du lieu. Au-delà du folklore avec le site, voulant transformer
il subit l’endroit. Chaque œuvre est la celui-ci par l’art contemporain. Les
transposition du lieu où elle est créée, artistes sortent de leur atelier, comme
elle incarne sa propre émotion. » l’avaient fait un siècle plus tôt, les
(MOZZICONACCI, Jean-François, Olivier Debré,
rétrospective 1943-1993. Editeurs : musées de impressionnistes, ou, un siècle et demi
Montbéliard/Valence/Ajaccio/Théâtre de Saint-
Quentin en Yvelines, 1993, pp.13-14.) auparavant, les nomades du Far West ;
comme eux, les land artistes partent
Le Color field américain à la conquête de terres vierges.
Du côté de la peinture américaine les Leurs constructions minérales, voire
grandes surfaces colorées se déploient végétales, sont souvent des traces
sous le terme du critique Clément éphémères, dans la neige par exemple.
Greenberg par Color field. « La chaleur Et autant en emporte le vent, mis
sombre de la couleur dans les peintures à part la pérennité des matériaux
de [Barnett] Newman, [Mark] Rothko préparatoires et des photographies
et [Clyfford] Still estompe les valeurs postérieures. L’arrière-pensée est
et donne à la surface une planéité souvent conceptuelle. La première
nouvelle, qui vibre et respire. Rompues exposition a lieu à New York en 1967. »
(DELARGE, Jean-Pierre, Dictionnaire des arts
par relativement peu d’accidents plastiques modernes et contemporains. Editions
de dessin ou de composition, les Gründ, Paris, 2001, p. 701.)
surfaces exhalent la couleur avec un
effet enveloppant accru par le format
même du tableau. On réagit à un
environnement autant qu’on réagit
à un tableau accroché au mur. […]Modifier le paysage pittoresque. La Spiral Jetty (1970) vous
« Le rapport que les artistes du Land entraîne en spirale dans le paysage,
Art entretiennent avec le paysage en encadrant des perspectives sur le
est complexe. […] Mais, négatif ou paysage, et vous amène aussi à vous
positif, ce rapport au paysage est de concentrer sur sa structure interne, à
toute façon privilégié dans la mesure mesure qu’elle se love sur elle-même. »
(TIBERGHEIN, Gilles, « Paysages, de près, de loin ». In
où ces artistes interviennent dans Land Art. Paris : Editions Carré, 1993, pp. 199-208.)
un environnement naturel qu’ils
modifient, si peu que ce soit, de façon Habitué au déplacement d’immense
délibérée. masse de terre pour ses réalisations,
Robert SMITHSON, Spiral Jetty, 1970.
en 1970, Robert Smithson construit
Le premier paysage est celui que l’on cette spirale de 450 mètres à l’aide de
voit d’une fenêtre, celui qu’un cadre galet de roche balsamique noire. Dans
découpe, prélève sur le pays. […] le grand lac salé de l’Utah aux Etats-
Comment alors les artistes du Land Unis, la terre est comme une extension
Art, avant de modifier cette vision, se qui témoigne de la croissance
confrontent-ils au paysage lui-même ? organique, d’un caractère intemporel.
L’une des fonctions primordiales de Les photos qui rendent comptent
l’art fut de « schématiser » notre de la scène originale de ce « site-
regard, de lui fournir une forme de sculpture » témoignent du façonnage
représentation de la nature variable du paysage qui détermine une nouvelle
selon les époques et les cultures, qui définition du lieu. Le paysage est rendu
détermine notre jugement esthétique. pittoresque par son prolongement qui
On peut, de ce point de vue, considérer renforce la puissance de la nature.
les jardins comme une « application »
de ces schèmes, qu’un certain nombre Faire l’expérience d’un lieu
d’artistes du Land Art n’ont fait que « Pour les autres, le paysage est devenu
reconduire sous d’autres formes, mais le lieu d’une expérience, intellectuelle,
dans une perspective toute classique. perceptible et sensible. Plus qu’un
Et c’est vrai que Nancy Holt, Christo, objet de contemplation, il fut un
Walter De Maria, des premiers travaux simple partenaire esthétique. Plus les
éphémères de [Michael] Heizer et de œuvres des artistes ont un caractère
Jan Dibbets ou des photographies de durable, moins compte pour elles
Richard Long. On a parlé de ce dernier leur inscription dans le paysage. Cela
comme d’un « paysagiste », c’est-à-dire ne signifie pas pour autant qu’elles
un artiste qui construit une vision du ne s’y intègrent pas avec harmonie,
paysage. Et c’est bien de construction puisque tout, au contraire, contribue
qu’il s’agit en effet, puisque les à les mettre en valeur, le chemin qui
photographies des lieux où prennent y conduit, l’horizon sur lequel elles se
place ses cercles ou ses alignements découpent, la couleur de la terre ou de
sont accompagnées d’un ensemble l’eau, ou la position du soleil dans le
d’informations, toponymes, mesures ciel. En retour, elles fixent ces espaces
indiquant l’altitude ou la distance, qui qui cessent d’être des étendues
en constituent en quelque sorte les traversées, pour devenir des paysages
instruments, en permettent en tout œuvrés. […].
cas la « lecture » […].
On a pu considérer la démarche Parfois, devant l’immensité des
des artistes du Land Art comme la espaces, la grandeur des œuvres,
manifestation d’un intérêt renouvelé on se prend à songer au sublime. Le
pour le pittoresque et pour la « mise pittoresque, intermédiaire entre beau
en scène », déjà d’ailleurs cultivée par et sublime, peut-être associé tantôt
le minimalisme. Richard Serra, quand à l’un, tantôt à l’autre, de sorte que
on lui demande si l’objet sculpturale l’on peut aussi bien parler d’un beau
dans le paysage ne joue pas vis-à- pittoresque que d’un pittoresque
vis de celui-ci le rôle de cadre ou de sublime. Ce n’est pas des objets
socle, répond qu’en effet il devient cependant que naît ce sentiment
un élément de définition du paysage, de sublime, mais des idées qu’ils
mais pas un cadre : »Si vous utilisez évoquent. Le jugement par lequel
le mot « cadre » par rapport au nous déclarons un paysage sublime
paysage, vous introduisez une notion constitue une manière de penser et non
de pittoresque », ce qui, ajoute-t-il, d’appréhender […] » (Ibid., pp. 217-219.)
ne l’a jamais préoccupé. Il poursuit :
« [Robert] Smithson s’intéressait auChristo et Jeanne-Claude du monde de l’art. Ces avancées
Christo et Jeanne-Claude, couple technologiques ont permis aux artistes
d’artistes rendu célèbre pour leurs d’exploiter les nouveaux médias et d’en
projets paysagés d’empaquetages, faire les outils de leurs réalisations.
réalisent des œuvres éphémères Le genre du paysage n’échappe pas
notamment au sein d’environnements à cette nouvelle forme d’expression
naturels comme l’illustre l’œuvre artistique et vit aussi une expansion.
Surrounded Islands, réalisée en 1980- Les paysages numériques deviennent
1983. Onze îles, qui s’étendent sur onze le reflet de nouveaux questionnements
kilomètres de la baie de Biscayne à et d’utopies.
Miami, sont entourées d’un plastique
rose fuchsia. L’intervention à l’échelle Images numériques
de la nature est pour ces artistes un « Les premières expériences de création
moyen de redéfinir le paysage par un d’images numériques, notamment
changement radical. Le paysage et les celles de l’artiste américain Charles
éléments le constituant sont mis en Csuri, illustrent parfaitement certaines
scène pour en révéler la structure, la des caractéristiques fondamentales du
forme et la grandeur. médium informatique, en particulier
la possibilité de répéter une forme
Atteindre le sublime grâce à une fonction mathématique.
« D’ailleurs, et plus généralement, SineScape (1967) est un dessin au trait
l’échelle et l’immensité des paysages d’un paysage que Csuri a numérisé Christo et Jeanne-Claude, Surrounded Islands, 1980-1983.
américains dans lesquels se trouvent puis modifié à l’aide d’une fonction
les œuvres de [Michael] Heizer, d’onde selon une procédure répétée
[Robert] Smithson, [Walter] De une dizaine de fois. A l’issue de ce
Maria ou Nancy Holt les associent processus d’abstraction, le paysage
immédiatement au sublime et cela apparaît comme une notation de
en raison du rapport qui peut exister ses propres caractéristiques. » (PAUL,
Christine. L’art numérique. Editions Thames & Hudson,
entre l’œuvre et le paysage, dont collection l’univers de l’art, 2004, pp. 27-28.)
l’immensité, pour reprendre la formule
de Kant, nous donne le sentiment de Révolution technologique
ce qui est « grand absolument ». C’est « Les années 1990 ont connu une
quand la nature est transformée en accélération sans précédent du Walter DE MARIA, The lightning field, 1974.
théâtre que le sublime peut s’imposer développement technologique du
à nous en désorganisant tout à coup ce médium numérique au point que l’on
que l’art avait réussi à stabiliser dans a parlé de « révolution numérique ».
un équilibre tendu avec elle. Entre […] Les artistes ont toujours été parmi
la forme et ce qui la produit, il s’agit les premiers à réfléchir sur la culture
d’une inadéquation qui concerne au et la technologie de leur époque, et
premier chef la représentation elle- ils n’ont pas attendu la proclamation
même. » (Ibid., p. 224.) officielle de la révolution numérique
pour utiliser ce nouveau médium. […]
Walter De Maria La véritable nouveauté réside dans le
La notion contemporaine du sublime degré de développement auquel la Charles CSURI, SineScape, 1967.
est illustrée dans l’œuvre The lightning technologie numérique est parvenue,
fiel (1974) de Walter De Maria. Dans ouvrant ainsi des perspectives
un champ isolé du Nouveau Mexique, radicalement nouvelles à la création et
quatre cents poteaux d’acier sont à l’expérience de l’art. » (Ibid., p. 7.)
dressés dans un rituel géométrique « Publié pour la première fois dans la
mesuré pour attirer la foudre. Par la revue New Landscape Architecture en
mise en scène de la dangerosité et 2016, « Lanscape Without Design ! »
des intempéries de la nature, l’artiste est le manifeste de la révolution
théâtralise le paysage. La puissance, paysagiste numérique du XXIème
l’immensité et l’obscurité participent siècle […]. [Mais il ne faut] pas nous
de cet effet. Par expansion de l’art, les faire oublier que l’essentiel de sa
artistes cherchent une harmonie entre doctrine pour un renouveau radical
leurs interventions et l’environnement, de la conception paysagiste trouve
entre l’art et la nature. son origine dans la contestation, au
nom des outils informatiques, de la
paysages utopiques pratique du dessin telle qu’enseignée
encore à cette époque dans les écoles
L’apparition au début des années d’art, d’architecture et du paysage.
1960 et la diffusion croissante de […] Le projet de paysage porte sur
l’informatique a provoqué une véritable un site donné. Il faut commencer
révolution dans l’épanouissement par représenter ce site pour pouvoirdessiner le projet. Or aucune carte découpage horizontal du site et surtout
ne peut prétendre représenter par une approche plurielle du temps et
parfaitement un site, puisque toute de l’espace. […] Comment comprendre
carte est une abstraction de la réalité le paysage immersif de Michel Paysant ?
spatiale. » (MAC GOOGLE, Philip-C. « Le paysage Nous sommes là devant et dedans.
sans le dessin ». In Du dessin, Les carnets du paysage,
actes sud et l’école nationale supérieure de paysage, Par son échelle dont il se présente
2013, pp. 65-67.) à nous, il semble pensé pour être
parcouru aisément d’un regard,
Paysage graphique de Kristina du moins il ne s’y soustrait pas. » Kristina SOLOMOUKHA, Paysage économique, 2001.
Solomoukha (BEAUD, Marie-Claude et MINIGHETTI, Clément,
Nusquam, « Michel Paysant », Mudam Luxembourg,
C’est par l’étude du territoire que 2009, pp. 9-13.
s’amorce la création de Paysage
Economique (2001) de Kristina A l’aide d’un oculomètre, qui enregistre
Solomoukha. Le paysage, au cœur de le mouvement de ses yeux, il redessine
ses réflexions artistiques, traité avec les lignes et les contours de paysages
l’emploi d’outils informatiques tend ou de sujets. Dans ses réalisations …
vers une nouvelle dimension. et après (2011) il soumet à son regard
« Telle une cartographe elle échafaude, des œuvres de maîtres (dessins et
détaille et décortiques le paysage peintures), comme celle de Caspar
urbain et tout ce qui constitue ses David Friedrich, afin d’en tirer un dessin
marges, ses espaces abandonnés, vectoriel retranscrivant les lignes du Caspar David FRIEDRICH, Souvenir dans le massif des géants, 1835.
ses friches, privilégiant toujours la parcours de ses yeux sur le tableau.
représentation du territoire à celle de
l’architecture. Comme l’indiques son Paysages éveillés
titre, Paysage Economique, ce dessin se Si le paysage est changeant
manifeste par sa simplicité apparente, dans le temps, au rythme de ses
son emploi répétitif et machinal de transformations ou des saisons, son
ligne et du trait. Paysage Economique image, sa représentation reste figée sur
a pour origine un graphique le moment de sa captation. Au sein des
représentant les courbes économiques arts numériques qui se développent au
en relation avec un territoire début des années 1960, la vidéo occupe
Michel PAYSANT, FRIEDRICH et après, 2013.
géographique donné, selon une source une place importante et permet de
précise et scientifique réalisée par déjouer cet aspect. Les artistes s’en
ordinateur que l’artiste redessine, de saisissent alors pour animer, explorer,
mémoire et à la main, brouillant les décortiquer les environnements qui
différentes lectures possibles entre retiennent leur attention et donner
le graphique et la représentation naissance à de véritables paysages
d’un paysage montagneux. […] éveillés.
Inspiré des cartographies et autres
relevés topographiques, Paysage Les jardins de Hans Op de Beeck
Economique plagie le tracé mécanique Par le biais de la vidéo, l’artiste belge
de l’ordinateur pour finalement créer Hans Op de Beeck crée un panorama
une image en trois dimensions toute en en mouvement de différents jardins
courbes, en relief quasi-géographique. dans son œuvre Garden of Loss (2004).
[…] La réflexion sur le paysage Les aquarelles ou photographies Hans OP DE BEECK, Garden of loss, 2004.
romantique et sublime s’estompe de l’artiste qui représentent des
au profit d’une recherche active et jardins à la française, à l’italienne ou
sociologique du territoire. » (STAEBLER, à l’anglaise, s’enchainent par plans
Claire, « Kristina Solomoukla ». In Landscope, le
paysage et le dessin contemporain, Black Jack éditions, successifs. L’outil numérique permet
2008, p. 70.) aussi à Hans Op de Beeck de jouer
avec la modulation des contrastes
Les paysages immersifs de Michel et de luminosité de chaque plan afin
Paysant d’accentuer planéité et profondeur,
Chez Michel Paysant, seules les lignes noir et blanc et rappeler la présence
de force composent ses paysages et et l’intervention humaines au sein de
décontextualisent l’environnement vers la nature.
une autre lisibilité.
« Michel Paysant interroge les lieux Catharina Van Eetvelde :
et les choses. Il s’y emploie avec un Cartographier le paysage
véritable sens scientifique de l’art. Sa Le support vidéo est également
pratique révèle de l’archéologie mais une possibilité pour faire dérouler
aussi de la science […]. Il progresse par le paysage chez Catharina Van
prélèvements et nomenclatures, par Eetvelde. La vidéo Slice (2005-2007)présente en partie supérieure la par les régions françaises comme la
coupe longitudinale d’un territoire Bretagne. Et pourtant les paysages
indéterminé sur lequel progresse un qui se succèdent sont plausibles
curseur. En partie inférieure plusieurs et tendent vers un environnement
vues plus détaillées de cette frise se global. Par l’image, grâce au réseau
développe. Comme une géomètre, internet et à ses applications de plus
par le dessin vectoriel, elle dresse en plus sophistiquées, Julien Lévesque
la cartographie d’un environnement propose un constat des territoires
impersonnel où la neutralité du à l’échelle du monde, un paysage
traitement technique en fait un universel.
continent ou un microcosme inexploré. « Cette œuvre, lorsqu’elle est projetée Catharina VAN EETVELDE, Slice, 2005-2007.
en divers endroits de la planète est
Paysages connectés un paysage partagé. Sans omettre
Les nouvelles technologies sont que nous visitons, bien souvent
aussi un moyen pour les artistes de simultanément les mêmes lieux qui
se connecter davantage au monde pourtant nous apparaissent déserts
dans lequel ils évoluent. L’invention au sein de nos navigateurs. Inabrités,
d’internet dans les années 1960, puis sa comme le sont les citées idéales
popularisation dans les années 1990, a autrefois commanditées par les
largement touché le champ artistique. humanistes en quête d’utopie » (MOULON,
Dominique. « Les pratiques numériques d’un art
Le réseau informatique qui permet contemporain ». In L’art dans le tout numérique,
une connexion à l’échelle mondiale artpress 2, trimestriel n°29, juillet 2013, p. 19.)
Julien LEVESQUE, Street Views Patchwork, 2009.
en temps réel donne naissance à de
véritables œuvres partagées, comme Avec les nouveaux-médias, les
des paysages connectés. créateurs ont le pouvoir de se
« Peut-on imaginer qu’en regardant un réapproprier l’image issue de la réalité
paysage, nous voyions simultanément, et de l’emmener ailleurs. L’intervention
en palimpseste, toutes les visions de numérique fait basculer le paysage
ceux qui l’on traversé - comme c’est le vers une vision fantastique et utopique
cas aujourd’hui dans Google Maps, une pour une réorientation totale de
fois que l’on active le mode « photo » ? l’image.
La perception n’est pas immuable, elle
est soumise à l’histoire, elle aussi : références
Walter Benjamin nous l’a rappelé,
peut-être avec plus d’insistance que
quiconque. Mais avant même d’engager
littéraires
une historicité des appareils de la
Lord BYRON, Elle marche dans la
sensibilité, cette historicité engage
beauté, écrit en 1814
la temporalité de toute perception :
ce que nous voyons dans le temps et
Extrait
c’est grâce au renouvellement continu
« I. Elle marche dans sa beauté,
du relief sensible que celui-ci gagne
semblable à la nuit des climats
en champ ; dans la perception, ce qui
sans nuages et des cieux étoilés ;
fut à l’instant s’efface pour mieux faire
tout ce qu’ont de plus beau la lumière et
place à ce qui vient. » (MAC GOOGLE, Philip-C.
« Le paysage sans le dessin ». In Du dessin, Les carnets l’ombre est réuni dans ses traits et dans ses
du paysage, actes sud et l’école nationale supérieure de yeux,brillantdecesmollesettendresclartés
paysage, 2013, p. 53.)
que refuse le ciel à la splendeur du jour.
L’environnement universel chez
II. Une ombre de plus, un rayon de
Julien Lévesque
moins diminuerait de moitié cette grâce
Julien Lévesque convoque l’outil
ineffable qui ondoie dans les tresses de
internet pour la réalisation de son
sa noire chevelure, ou éclaire doucement
œuvre Street Views Patchwork réalisées
ce visage où des pensées d’une sérénité
en 2009. Elle se déploie sur onze
suave disent combien est pure cette
tableaux et chacun d’entre se compose
demeure, combien elle leur est chère.
de quatre bandes horizontales
superposées les unes sur les autres
III. Et sur cette joue, et sur ce front si doux,
pour offrir une vue spécifique. A
si calme, si éloquent, ce sourire séduisant,
l’aide de l’outil google street view, il
ces teintes animées, annoncent des jours
présente l’état des lieux en temps réel
passés dans la vertu, une âme en paix avec
de quatre paysages du monde entier :
tous, un cœur dont l’amour est innocent ! »
de l’état américain de l’Utah, jusqu’à
la Finlande ou le Japon en passantVous pouvez aussi lire