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Vie des arts

Lectures

Volume 23, Number 92, Fall 1978

URI: https://id.erudit.org/iderudit/54807ac

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Publisher(s)
La Société La Vie des Arts

ISSN
0042-5435 (print)
1923-3183 (digital)

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(1978). Review of [Lectures]. Vie des arts, 23 (92), 88–92.

Tous droits réservés © La Société La Vie des Arts, 1978       This document is protected by copyright law. Use of the services of Érudit
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lectures                       LA FIN DE L'ART GOTHIQUE
                               F.W. FISCHER, J.J.M. TIMMERS et J.A.
                               SCHMOLL, Le Gothique tardif - Entre le
                                                                                 plaquée une éblouissante décoration, où
                                                                                 aux éléments provenant de différentes
                                                                                 traditions locales, se mêlent des motifs
                                                                                 décoratifs venus d'Italie, annonciateurs
                               mysticisme et la Réforme, Paris, Albin            des temps modernes. Le gothique est,
                               Michel, 1976. 287 p., 73 ills en noir et blanc     par ailleurs, le premier style européen à
                               et 54 en couleur.                                 être exporté outre-mer, en Inde, en Amé-
                                                                                  rique et en Méditerranée orientale (Dou-
                                  Cet ouvrage passe en revue les arts de          brovnik et Rhodes), ce qui demeure d'ail-
                               la deuxième moitié du 14e siècle et du 15e         leurs insuffisamment étudié.
                               siècle, dans un certain nombre de pays                F.W. Fischer est l'auteur de la section
                               européens. Un autre volume de la même             consacrée à l'architecture, tandis que
                               collection fut consacré à la seule Italie,        J.J.M. Timmers a écrit sur les arts figurés
                               qui connaissait alors les débuts de la Re-        la deuxième partie de l'ouvrage. Elle com-
                               naissance. Ce siècle et demi constitue,           prend des chapitres sur la sculpture, la
                               bien entendu, une trop vaste période pour         peinture, la tapisserie, l'orfèvrerie et la
                               les quelque 237 pages qui lui sont consa-         gravure. L'estampe, qui fait son apparition
                               crées. Le livre reste par conséquent ce           à cette époque, sera appelée à jouer un
                               qu'il prétend être: une introduction à l'art      rôle de premier plan dans la diffusion des
                               d'une époque passionnante de l'histoire           formes et des styles. Cet art nouveau,
                               de l'Occident, adressée à un public amou-         bientôt associé à l'imprimerie, dévelop-
                               reux de beaux livres. J.A. Schmoll écrit,         pera un public spécialisé.
                               en manière d'introduction, un essai dont              Le livre s'achève avec quelques pages
                               le sujet sert de sous-titre au livre: Entre       sur l'orfèvrerie et les illustrations de deux
                               le mysticisme et la Réforme.                      merveilleux objets: le Petit cheval d'or
                                   Organisé en deux grandes parties —            d'Altotting (1403) et un collier (vers 1470)
                               architecture et arts figurés — le texte est       de corail, or et pierres précieuses du
                               agrémenté d'une cinquantaine de très              château de Hohenlohe-Langenburg.
          LE GOTHIQUE TARDIF   belles reproductions en couleur. Une sec-
                               tion documentaire a été regroupée à la fin                           Luis de MOURA SOBRAL
                               du volume et comprend: un supplément
                               illustré avec des photos en noir et blanc;
                               un tableau synoptique des phénomènes
                               artistiques les plus importants, ordonnés         L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE
                               par nations (le sentiment national connaît        AU QUÉBEC
                               de nouvelles impulsions à cette époque,
                               ce qui justifie l'emploi du concept); la          Nicole TARDIF-PAINCHAUD. Dom Bellot.
                               bibliographie, qui gagnerait dans certains        Québec, Les Presses de l'Université Laval,
                               cas à être mise à jour; un glossaire et un        1978. 262 pages; 191 pi. en noir et blanc.
                               index des œuvres, des noms de personne               Bien que l'histoire de l'architecture reli-
                               et de lieu, à quoi s'ajoutent une carte géo-      gieuse québécoise au 20e siècle ne soit
                               graphique, la table des planches et l'index       pas encore écrite, Marie Tardif-Painchaud
                               général.
                                                                                 nous présente ici le dom-bellotisme (1935
                                   L'époque traitée a connu des change-          à1955)'.
                               ments profonds. Depuis l'étonnant élar-              Né en Europe, l'Art Chrétien Nouveau
                               gissement des horizons géographiques,             s'inspire de l'esprit médiéval. Après main-
                               jusqu'à la montée de la bourgeoisie qui           tes critiques, le désir et le goût d'un art
                               prend progressivement le pas sur la no-           nouveau se font sentir, et plusieurs grou-
                               blesse et le clergé; depuis la nouveauté          pes de travail prennent naissance, dont
                               de la théorie héliocentrique de Copernic,         trois: L'Arche (1918), les Artisans de l'Au-
                               jusqu'à l'invention de l'imprimerie; depuis       tel (1919) et les Ateliers d'Art Sacré (fin
                               toute une série de découvertes techniques         1919). Tous ont pour principe «qu'il n'y a
                               et scientifiques, jusqu'aux écrits des an-        pas de formule spéciale d'art chrétien».
                               nonciateurs de la Rélorme, c'est effective-       La revue d'art en est la première messa-
                               ment tout un monde qui est progressive-           gère au Québec. Le nouvel art arrive en
                               ment remplacé par un autre. Tout l'art de         même temps que dom Paul Bellot, mem-
                               cette période nous parle, d'une façon ou          bre du Groupe de l'Arche. Le moine a ses
                               d'une autre, de ces changements, de ces           propres principes esthétiques et architec-
                               idées nouvelles, de ces espaces soudaine-
DCM BELLOT                     ment dégagés. Ce sont alors les immenses
                                                                                 turaux et une conception de l'église à la
                                                                                 fois logique et mystique. Son style, la
et l'architecture religieuse   cathédrales construites plutôt «en am-
                               pleur» (celle de Seville, commencée en
                                                                                 brique, la polychromie, les arcs paraboli-
                                                                                 ques et polygonaux, la lumière sont les
au Québec                      1402, est, en superficie, la plus grande          éléments essentiels du dom-bellotisme.
                               qui ait été élevée à l'époque gothique) et        C'est en 1934 que dom Bellot devient
                               les églises en forme de halles; c'est l'es-       conférencier à l'Institut Scientifique Fran-
                               pace qui envahit également les tableaux           co-canadien et qu'il enseigne à l'École
                               des peintres du Nord (comme de ceux de            des Beaux-Arts de Montréal. Vite, il se fait
                               l'Italie); ce sera, à Barcelone, ville mar-       des adeptes (le jeune clergé tout entier)
                               chande, la prépondérance, en architec-            et inculque à ses auditeurs le désir du
                               ture, des bourses, symboles orgueilleux           travail, de l'unique et des nouvelles for-
                               (au même titre que les hôtels de ville des        mes. Mais peu avant sa mort, la polémique
                               cités des Flandres) de l'importance de la         s'engage: dom Bellot nuit par trop à la
                               nouvelle classe; ce sont les arts industriels     concurrence car, étant religieux, il obtient
                               qui, petit à petit, se sécularisent. A la toute   plus que sa part de contrats de construc-
                               fin du 15e siècle et pendant les deux pre-        tion d'églises.
                               mières décennies du 16e siècle, l'explo-
                               sion isabéline en Castille et manuéline au          C'est à Adrien Dufresne, Edgar Cour-
                               Portugal, apparaît comme le chant du              chesne et dom Claude-Marie Côté, aux
                               cygne de l'époque: des structures archi-          adeptes et au mouvement dom-bellotisme
                               tecturales gothiques sur lesquelles est           que Marie Tardif-Painchaud consacre son
                                                                                 dernier chapitre.

88
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L'ouvrage, hautement fouillé, riche en                    C'est indirectement un hommage à A.
renseignements et en illustrations, trans-                Y. Jackson que ce livre consacré à Anne
porte le lecteur au second tiers du siècle.               Savage. Il en devient le personnage dyna-
A cette époque, on se demande avec                        mique, et Anne McDougall nous montre
anxiété si, en France, cet art nouveau                    la place qu'il a occupée dans la vie de
percera ou non la membrane conservatri-                   l'arrière-petite-fille de John Galt. Présent
ce de l'après-guerre et, au Québec, celle                 aux premiers jours du Groupe de Beaver
du stoïcisme. Marie Tardif-Painchaud dé-                  Hall Hill, il tient Anne Savage au courant
crit ces deux sociétés sans ne jamais                     de ses déplacements, de sa production,
perdre le fil de son objectif: le dom-bello-              de ses activités dans le monde artistique.
tisme.                                                    Il offre des encouragements à l'enseignan-
                                                          te, des conseils à sa collègue de quatorze
1. Il y a peut-être lieu de rappeler que, dans l'esprit   ans plus jeune et fait exposer ses œuvres.
   de ses détracteurs, le terme dom-bellotisme était      Ces rapports, extrêmement bien documen-
   préjoratif. Les professeurs de la Section d'Archi-
   tecture de l'École des Beaux-Arts de Montréal,         tés par la lecture des quelque trois cent
   entre autres, reprochaient particulièrement à          soixante lettres échangées entre A. S. et
   dom Bellot de donner à croire qu'il avait Inventé      A.Y.J., devaient se développer dans cette
   l'architecture de brique alors que l'utilisation de    double passion platonique qui semble la
   ce matériau remontait à l'Antiquité, sans parler
   des nombreuses cathédrales et grandes églises          raison d'être du livre.
   gothiques du nord de l'Europe. — J. B.
                                                             C'est un ouvrage tout de suggestions
                               Isabelle LELARGE           ou de détails trop fortement appuyés. Les
                                                          citations, nombreuses, ne sont pas utili-
                                                          sées pour une analyse des rapports entre
                                                          Anne Savage, A. Y. Jackson et le milieu
                                                          artistique, non plus que l'art et les princi-
                                                          pes pédagogiques d'Anne Savage ne sont
UN DRÔLE DE PIONNIER DANS                                 clairement présentés. Bien documenté,
L'ENSEIGNEMENT DE L'ART                                   semble-t-il, en ce qui concerne la généa-
Anne McDOUGALL, Anne Savage: The                          logie et la vie familiale d'Anne Savage, ce
Story of a Canadian Painter, Montréal,                    livre trop rapide, nostalgique, lisez-le si
Harvest House Limited, 1977. 215 p.                       vous voulez prendre un premier contact
                                                          avec «these days (which) have vanished
    Pour bien des Montréalais, la figure                  into a canyon of useful high-rises» quand
d'Anne Savage (1896-1971) restera encore                  «the art community of Montreal (...)
 longtemps bien vivante. Non pas tant                     French and English, was small enough for
 comme peintre que comme pédagogue.                       painters to know and contact each
 De 1922 à 1948, elle a développé à l'école               other...»
secondaire Baron Byng, rue Saint-Urbain,                                            Laurier LACROIX
 un type d'enseignement artistique fondé
essentiellement sur la spontanéité créa-
trice des adolescents. En ce sens, elle
                                                          UN MOYEN D'EXPRESSION
occupe un rôle de pionnier dans l'ensei-
gnement artistique montréalais, bientôt                   La Photo d'Amateur. Sherbrooke, Éditions
suivie par le travail d'Irène Senécal, d'Ar-              Premières Oeuvres, 1977. 284 p.; photos
thur Lismer, avec qui elle avait travaillé,               en noir.
en 1925, à {'Ontario College of Art, du
Frère Jérôme, de Paul-Émile B o r d u a s . . .              Cet album de photographies contient les
   L'auteur énonce les qualités pédagogi-                 sujets suivants: portraits, portraits d'en-
ques de sa tante: une personnalité origi-                 fants, natures mortes, animaux, paysages,
nale qui puisait dans son charme, son                     mouvement, photogrammes, effets spé-
corps, sa voix, les ressources susceptibles               ciaux, humour, l'insolite. L'album est le
d'inspirer ses élèves. Elle n'hésitait pas à              résultat des travaux en photographie ac-
amener dessiner ses grands adolescents                    complis par les étudiants du cours de
dans le quartier juif montréalais environ-                photographie de l'École Montcalm de
nant l'école, reprenant l'exemple de son                  Sherbrooke. L'organisation de cette publi-
professeur à l'Art Association, Maurice                   cation a été confiée à une vingtaine d'étu-
Cullen. Par des entrevues avec les an-                    diants finissants: sélection des meilleures
ciens étudiants, la biographe arrive à re-                images, page couverture, etc. Un texte
créer succinctement le milieu pédagogi-                   important par la forme et le fond, rédigé
que dans lequel Anne Savage a évolué.                     par les étudiants, accompagne parfois
Mais quand il s'agit d'analyser son œuvre                 l'image et prouve, comme le dit avec
d'artiste des difficultés se présentent. L'au-            humour Claude Choquette, professeur de
teur n'arrive à prendre aucune distance                   photographie, que contrairement à l'opi-
avec son sujet. Anne Savage reste ce per-                 nion généralement admise, les jeunes sa-
sonnage merveilleux qui l'a éveillée au                   vent encore écrire. Ces travaux revalori-
monde des arts visuels. On aimerait trou-                 sent donc la photographie d'amateur, avec
ver, même en filigrane, des éléments d'une                un grand A, en ce sens que l'Amateur, tel
analyse formelle, au lieu de remarques                    qu'il se définit aujourd'hui, conçoit et
trop fréquentes du type: «Her best pic-                   exécute dans toutes ses phases le travail
tures are a cry for beauty.» (p. 45) qui,                 qui consiste non seulement à prendre des
pour être ressenties par l'auteur ne nous                 photos, mais comprend aussi l'exécution
permettent pas d'entrer dans «cette                       technique de l'impression sur pellicule.
beauté».                                                  Une liste des étudiants qui ont réalisé les
                                                          photos de ce volumineux album se trouve
   Anne Savage s'est surtout concentrée                   à la fin du volume. Ainsi comprise, la
sur le paysage: lac Wonish dans les Lau-                  photographie devient un moyen d'expres-
rentides, où la famille avait un chalet et                sion qui permet à l'artiste de cerner l'es-
où elle construira son studio; les Cantons                sentiel et élève la photographie au niveau
de l'Est; Métis; ou encore le comté de                    de l'art.
Charlevoix et la baie Géorgienne, sur les
traces d'A. Y. Jackson.                                                                 Lucile OUIMET

                                                                                                          89
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ft                                     VISAGES URBAINS                                  pitre trois, l'un des plus intéressants, étu-
                                                                                        die la réaction fantaisiste et néo-classique
                                       L'Art et la Ville. Secrétariat Général du        qui, à partir de 1920, frappe maints artistes
               L'zAKT ET LA VILLE      Groupe Central des Villes Nouvelles, 1976.       d'avant-garde comme Stravinsky, Proko-
                                       116 p.; 119 photos en couleur et en noir         fiev, Picasso, Paul Valéry et Cocteau. Le
                                       et blanc.                                        problème posé est celui, riche de possibi-
                                       Robert-Guy SCULLY, Morceau du Grand              lités de recherche, des rapports entre les
                                       Montréal, Édition du Noroît, 1978. 143 p.;       avant-gardistes et la tradition culturelle de
                                       32 photos en noir et blanc.                       laquelle ils essayent de s'échapper. Le
                                                                                        chapitre sur René Crevel nous montre cet
                                          Ce premier ouvrage reconcilie la ville        enfant du siècle se débattant entre un
                                       avec notre temps. Ainsi, neuf villes nou-        dandysme désarmant et un militantisme
                                       velles françaises, de l'est à l'ouest du         politique qui le mènera dans les rangs du
                                       pays, deviennent un tout autre univers.           Parti Communiste; entre une frénésie de
                                       On y travaille pour un meilleur urbanisme        vivre et une obsession suicidaire qui l'em-
                                       et un cadre de vie plus humain. Pour ce          portera, en 1935. Le surréalisme belge,
                                       faire, on y installe l'art dans la rue et on     étudié dans le chapitre sept, peut réserver
                                       investit dans un problème tout autre que         d'heureuses découvertes. Effectivement, si
                                       celui de l'architecture, celui des espaces       les images d'un Magritte ou d'un Delvaux
                                       publics. Le rôle des arts plastiques y est       font partie de notre environnement cultu-
     s"^S?s*       morceaux
                 morceaux morceaux     donc considérable. Les ateliers d'urbanis-       rel depuis longtemps, les écrits et les
      morceaux morceaux morceaux       me des Villes Nouvelles, préoccupés par          idées d'un Paul Nougé, d'un Marcel Le-
       morceaux morceaux morceaux      la qualité des espaces urbains ont tout          comte, d'un Camille Goemans ou d'un
     morceaux morceaux morceau \       d'abord étudié le problème de la couleur.        E.L.T. Mesens, restent encore aujourd'hui
          morceaux morceaux morceaux   Il fallait donc, compte tenu des identités
      morceaux morecaux morceaux                                                        ignorés du public. Relégués dans l'ombre
                                       géographiques paysagères, définir les            par l'éclat du surréalisme français? Pro-
          morceaux morceau v s
     morecaux morceaux, morceaux       grandes orientations des ambiances de            bablement. Faucherau avance, avec rai-
       morecaux morceaux morceaux      couleur des sites, pour en arriver à un          son, une autre explication qui vient lancer
                   du grand            système de la couleur et de son effet dans       une lumière toute particulière sur ces au-
                   monlréal            l'aménagement. On s'intéressa, enfin, aux        teurs. C'est que ces écrivains ont mené
                                       réalisations d'artistes liés à la Construc-      leur refus de jouer le jeu des convenances
                                       tion d'Équipements Publics et à l'Aména-         littéraires jusqu'au point d'un presque non
                                       gement d'Espaces Urbains, tels que ter-          retour. Nougé écrit à Breton en 1929:
                                       rains de jeux, places de quartiers et au-        «J'aimerais assez que ceux d'entre nous
                                       tres. L'ouvrage est bien fait, fertile en        dont le nom commence à marquer un peu
                                       documents, en maquettes et en photogra-          l'effacent.» On dirait que les écrivains sur-
                                       phies. Bien réparti, il laisse toute place à     réalistes belges ont tout fait pour y parve-
                                       l'artiste, dont l'intervention est nécessaire    nir: souvent les écrits les plus importants
                                       à la création urbaine.                           du groupe ont été réunis après la mort de
                                          Quant au second ouvrage, il est consa-        leurs auteurs, ou dans leur plus complète
                                       cré à Montréal. Montréal est vivant. Il          indifférence. Ce chapitre reste ainsi une
                                       grouille sous la plume de nos écrivains          bonne introduction à ces auteurs surréa-
                                       avant même d'aller se coucher sur le             listes.
                                       papier d'un bon ouvrage. En effet, les des-
                                       criptions y sont amusantes, intéressantes,         Un index des deux volumes se retrouve
                                       variées, voire même surprenantes. Cer-           à la fin de ce deuxième tome.
                                       taines poésies, intimes complices du sou-                                      L. de M. S.
                                       venir, teintent la ville de couleurs un peu
                                       trop oubliées. On ne pourra parcourir les
                                       textes sans y laisser quelques sourires,
                                       et Montréal sera peut-être différent.            LES PETITES ETUDES

                                                                                I. L.   John R. PORTER, Antoine Plamondon —
                                                                                        Sœur Saint-Alphonse. Ottawa, Galerie Na-
                                                                                        tionale du Canada (Chefs-d'œuvre de la
                                                                                        Galerie Nationale, N° 4), 1975. 10 reprod.
                                                                                        en noir et 2 en couleur.
                                       DADAÏSME ET SURRÉALISME
                                       FRANÇAIS
                                                                                           La Galerie Nationale a fait paraître, en
                                       Serge FAUCHERAU, Expressionnisme,                1975, dans cette excellente série, une
                                       Dada, Surréalisme et autres ismes. (Vol. 2.      étude de John R. Porter sur un des trois
                                       Domaine français). Paris, Denoel, 1976,          portraits de religieuses de l'Hôpital géné-
                                       286 p.                                           ral de Québec peints par Antoine Pla-
                                                                                        mondon. Ce tableau, qui se trouve à Ot-
                                          Ayant consacré un premier tome de             tawa depuis 1937, représente la Sœur
                                       son ouvrage au domaine étranger, Serge           Saint-Alphonse, et l'artiste y déploie ses
                                       Fauchereau étudie ici le domaine fran-           rares qualités de portraitiste. Porter,
                                       çais. Divisé en sept grands chapitres, le        après une analyse très poussée du ta-
                                       livre est avant tout une étude portant sur       bleau lui-même, fait sa description et son
                                       un certain nombre d'écrivains dadaïstes          histoire et montre ses qualités sur le plan
                                       et surréalistes.                                 pictural. Il consacre ensuite une large
                                           Le premier chapitre est consacré au          part de l'ouvrage à Antoine Plamondon et
                                       dadaïsme parisien. Quatre chapitres cons-        au sujet du tableau: Sœur Saint-Alphon-
                                       tituent autant de monographies sur Tzara,        se, jeune femme de la bourgeoisie qué-
                                       Soupault, Péret et Crevel, «romantique et        bécoise, Marie-Louise-Émilie Pelletier, née
                                       pamphlétaire». Fauchereau analyse les            à Québec, en 1816, et morte en 1843.
                                       œuvres les plus significatives de chaque           La dernière partie de l'ouvrage est con-
                                       écrivain, et, en outre, ce que les premiers      sacrée à la place que les portraits ont
                                       écrits de certains de ces auteurs devaient       tenue dans l'œuvre de Plamondon, parti-
                                       aux symbolistes, aux unanimistes, ou au          culièrement le portrait de Sœur Saint-
                                       fantaisisme d'un Paul-Jean Toulet. Le cha-       Alphonse où l'artiste fait preuve de ses
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remarquables qualités de coloriste et
d'analyste des caractères. En appendice,                                                                       Antoine Plamondon
se trouve une lettre signée «un ami de la
                                                                                                 Sccur Saint-Alphonse               Sister Saint-Alphonse
peinture», parue dans Le Canadien du
20 août 1841, qui donne une idée juste de
l'appréciation qu'avaient les gens de l'é-
poque pour les portraits de religieuses de
Plamondon. Une bibliographie générale et
une bibliographie relative au portrait de
Sœur Saint-Alphonse, une liste des expo-
sitions d'Antoine Plamondon et une chro-
nologie comparée de la vie de l'artiste et
des événements historiques qui se sont
déroulés à la même époque au Canada
et en Europe complètent cette étude.

                                       L.O.
                                                MISE EN VALEUR
                                                DE L'ART ANCIEN
                                                DU QUÉBEC À DÉTROIT
UNE MÉDITATION TROUBLANTE
                                                Ross Allan C. FOX, Quebec and Related
André CHABOT, Le petit monde d'outre-           Silver at the Detroit Institute of Arts, Wayne                     par/byjohn R. Porter
tombe, Paris, Éditions Cheval d'Attaque.        State University Press, Detroit, 1978, 174
                                                p., 109 ill., $12.00.
    La vie ne tire pas un trait définitif sur
la mort. Les mots et les signes ne man-            Le directeur du Musée du Québec, M.
quent pas pour maintenir le mort (et sa         Laurent Bouchard, évoquait, dans les pa-
mort) dans la vie. Le mort est un savant        ges du dernier numéro de Vie des Arts\
dosage d'imaginaire et de réalité qui dis-      le problème des collections d'œuvres
pose d'un environnement propre à quel-          d'art ancien qui quittent le Québec pour
ques pas de notre quotidien. Le cimetière       des collections publiques américaines.
se présente comme un lieu à part, une           Dans ces musées, elles semblent recevoir
crique de silence, où la vie ne s'oppose        une meilleure attention que dans les nô-
nullement à la mort mais l'entretient dans      tres. Son propos trouve une illustration
des limites très strictes. Le mort possède      dans le magnifique catalogue préparé par
aussi son discours sculpté dans le vif de       Monsieur Ross Fox pour le compte du
la pierre qui, à l'abri du temps, implique      Detroit Institute of Arts. L'exemple de
une lecture religieuse et pratiquement dé-      Detroit peut servir de modèle sur tous les
tachée de toutes les préoccupations de          plans.
l'ici-bas. Ces inscriptions disent tout du         La collection est pourtant récente, la
mort, de son histoire et du rôle qu'il tenait   pièce cataloguée la plus ancienne a été
parmi les vivants mais elles annulent aussi     acquise en 1946 (no 35) à l'occasion de la
son essentiel, c'est-à-dire son corps. Du       célèbre exposition «The Arts of French
«Souvenir à mon ouvrier regretté» au            Canada». A l'aide d'un personnel compé-
«Ci-gît personne et peut être rien», se         tent (la bibliographie de chacune des piè-
dénoue le bref (mais combien éloquent)          ces permet de voir qu'elles ont fait l'objet
langage que nous échangeons avec la             de nombreuses études), de fonds spé-
mort. Il trahit cette peur extrême que nous     ciaux destinés à cette partie des acquisi-
en avons, et même si nous mâchons du            tions (principalement fournis par la famille
mort — à tort et à travers —, c'est tou-        Shelden) et avec la collaboration des col-
jours avec un arrière-goût de profonde          lectionneurs québécois (Gouin, Carrier,
amertune. Ce superbe livre d'André Cha-         Baron, Octeau), de marchands (Breitman,
bot nous entraîne dans une troublante           John L. Russell), et de nos fabriques, le
visite de ce «petit monde d'outre-tombe»        Musée de Détroit possède maintenant une
qui suscite en nous à la fois l'effroi et la    collection qui représente un excellent
fascination. Les photographies, accompa-        échantillonnage de l'orfèvrerie produite
gnées de légendes, restituent l'atmos-          au Québec (religieuse, domestique ou de
phère silencieuse et sèche de la mort et        traite) par vingt orfèvres au XVIIIe siècle
de ses lieux. En tant qu'artiste, André         et au début du XIXe siècle.
Chabot réalise, depuis plusieurs années,
des phantasmobjets et des environne-               Le texte d'introduction rappelle à un
ments autour du thème de la mort. Ce            public non canadien les faits socio-histo-
livre est la somme d'un long travail mais       riques importants, retrace certaines fili-
c'est aussi et surtout une profonde et en-      ations dans l'évolution de la corporation
voûtante méditation sur la mort.                des orfèvres et propose une analyse sty-
                                                listique du développement de l'orfèvrerie
                                                jusqu'au XIXe siècle. Le catalogue des
                         Didier ARNAUDET        quarante-sept pièces étudiées est suivie
                                                de deux appendices. Le plus généreux
                                                fournit la liste des éléments de chacun
                                                des objets analysés. C'est ainsi que l'on
                                                peut se rendre compte de la très haute
                                                teneur en argent de ces pièces et com-
                                                prendre le judicieux alliage nécessaire
                                                pour façonner ces pièces d'argenterie.
                                                Une bibliographie, un lexique et un index
                                                complètent cet ouvrage qui se présente
                                                sous la classique jaquette couleur argent.

                                                1. Vol. XXIII, N° 9 1 , p. 15.

                                                                                         L. L.
                                                                                                                                                            91
UN ÉVÉNEMENT DANS L'ÉDITION                     Mechanical Automatism:
     CANADIENNE: TRADUCTION ANGLAISE                    Produced by strictly physical means
     DES ÉCRITS DE PAUL-ÉMILE BORDUAS                such as folding, scratching, rubbing,
                                                     depositing, smoking, gravitation, rotation,
     Écrits de Paul-Emile Borduas. Sous la di-       etc.
     rection de Dennis Young, du Nova Scotia            Objets so made possess universal plas-
     College of Art and Design, et de François-      tic qualities (the same physical laws
     Marc Gagnon, de l'Université de Montréal.       fashion the matter).
     New York University Press/Presses du               These objects reveal little of the person-
     Nova Scotia College of Art and Design.          ality of their author.
        Pour donner une idée aux lecteurs de            On the other hand, they are excellent
     Vie des Arts de cette traduction, avec          paranoiac screens.
     texte français en regard, nous publions         Psychic Automatism:
     ici, à l'avance, quelques passages des             In literature: writing, without restraint on
     Commentaires sur des mots courants qui,         the movement of the mind. In particular
     comme on le sait, faisaient partie du Refus     states of sensitivity, has permitted the
     global (1948) et constituaient une sorte        hallucinatory prophecies of modern times:
     de lexique essentiel de l'automatisme.          surrealism. Has greatly stimulated in-
     Rédigé par Borduas, ce petit lexique se         creased interest in the process of artistic
     présentait comme un dictionnaire où cha-        creation.
     que terme était suivi de sa définition.            In painting: has mainly used the mem-
     Nous reproduisons le texte et la traduction     ory. Oneiric memory: Dali; memory of mild
     de quelques définitions.                        hallucinations: Tanguy, Dali; memory of
                                                     chance events of many kinds: Duchamp,
                                                     etc. Because of the use of memory, inter-
                                                     est attaches more to the theme treated
     AUTOMATIQUE                                     (idea, similarity, image, unforeseen asso-
                                                     ciation of objects, mental association)
       Adj. Caractère de tout geste, de toute        than to the real subject (plastic object,
     œuvre non prémédités.                           springing from the physical properties of
     Automatisme:                                    the material used).
        Un des moyens suggérés par André
     Breton pour l'étude du mouvement de la
     pensée. On distingue trois modes d'auto-
     matisme: mécanique, psychique, surra-
     tionnel.
     Automatisme mécanique:
        Produit par des moyens strictement phy-      QUELQUES CATALOGUES REÇUS
     siques, plissage, grattage, frottements,
     dépôts, fumage, gravitation, rotation, etc.        Catalogue de La nouvelle tapisserie
     Les objets ainsi obtenus possèdent les          québécoise. Gouvernement du Québec,
     qualités plastiques universelles (les mê-       Ministère des Affaires Culturelles, Musée
     mes nécessités physiques façonnent la           d'Art Contemporain, 1978. Reprod. en
     matière). Ces objets sont peu révélateurs       noir.
     de la personnalité de leur auteur. En re-          Catalogue de Veillez comme Québécois
     vanche ils constituent d'excellents écrans      au bord d'un feu de bois. Pierre-Léon
     paranoïaques.                                   Tétreault et Réal Lauzon. Gouvernement
                                                     du Québec, Ministère des Affaires Cultu-
     Automatisme psychique:                          relles, Musée d'Art Contemporain, 1978.
        En littérature: écriture sans critique du    Reprod. en noir.
     mouvement de la pensée. Dans des états             Catalogue The Artists Jazz Band. Paris,
     sensibles particuliers a permis les hallu-      Centre Culturel Canadien, 1978. Reprod.
     cinantes prophéties des temps modernes:         en noir.
     surréalisme. Contribua largement au bond           Catalogue Jean McEwen. Paris, Centre
     en avant de l'observation du processus de       Culturel Canadien, 1978. Reprod. en noir
     la création artistique.                         et en coul.
        En peinture: a surtout utilisé la mémoi-        Catalogue Jiri Kolar — Transforma-
     re. Mémoire onirique: Dali; mémoire d'une       tions. Buffalo, Albright-Knox Art Gallery,
     légère hallucination: Tanguy; Dali; mé-         1978. Reprod. en noir.
     moire des hasards de toute espèce: Du-             Catalogue Duchamp's Readymades.
     champ, etc. A cause de la mémoire utili-        Vancouver, Musée des Beaux-Arts, 1978.
     sée, l'intérêt se porte davantage sur le        Reprod. en noir.
     sujet traité (idée, similitude, image, asso-       Catalogue Claude Breeze. Owens Art
     ciation imprévue d'objets, relation men-        Gallery, s.d. Reprod. en noir et en coul.
     tale) que sur le sujet réel (objet plastique,      Catalogue de L'Art du serrurier et du
     propre aux relations sensibles de la ma-        ferronnier — Serrurerie t r a d i t i o n n e l l e
     tière employée).                                européenne. Montréal, Musée des Beaux-
                                                     Arts de Montréal, 1978. Reprod. en noir.
                                                        Catalogue S. Guité — Sculptures et ta-
                                                     pisseries. Ministère des Affaires Culturel-
     AUTOMATIC                                       les, Musée du Québec, 1978. Reprod. en
                                                     noir et en coul.
       Adj. Character of any unpremeditated             Catalogue R. Fish. Vancouver, Musée
     gesture or work.                                des Beaux-Arts, 1978. Reprod. en noir.
     Automatism:                                        Catalogue Sheerin. Madrid, Galeria
       One means of studying the dynamics of         Kreisler Dos, 1978. Reprod. en noir et en
     thought proposed by André Breton. Three         coul.
     methods of automatism should be distin-            Catalogue A. J. Casson. Toronto, The
     guished: mechanical, psychic and super-         Canada Council et The Ontario Arts Coun-
     rational.                                       cil, 1978. Reprod. en noir et en coul.
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