MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne

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MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne
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MCANADIENNE
  ILITAIR E
           Vol. 19, N o 1, hiver 2018
MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne
Vol. 19, no. 1, hiver 2018                 				TABLE DES MATIÈRES

                                                  3     LE COIN DU RÉDACTEUR EN CHEF

                                                  LE MONDE DANS LEQUEL NOUS VIVONS
                                                  4     L’offensive du charme : le maintien de la paix et la politique de la Chine
                                                            par Marissa Gibson

 Couverture                                       LE PERSONNEL
 Le NCSM Kingston passe près                      15    Les effets de la rotation et des mutations fréquentes des cadres
 des côtes montagneuses du                              intermédiaires des Forces armées canadiennes sur le rendement
 Groenland pendant l’opération                          de l’organisation
 Nanook 2018, le 19 août 2018.                              par David Larouche-Couture
 Photo HS88-2018-0300-009 du MDN
                                                  24    En chemin : le retour au Canada
                                                           par Ken Reynolds
                                                  32    « Le leadership inclusif » Si nous le bâtissons, servira-t-il?
                                                            par Necole Belanger

                                                  TECHNOLOGIE MILITAIRE
                                                  40    Les systèmes autonomes et sans pilote ont-ils fondamentalement
                                                        changé la guerre?
                                                           par Mitchell Binding

                                                  OPINIONS
                                                  46    L’essor des sociétés militaires privées : conséquences, considérations
 L’offensive du charme :                                et implications pour les Forces armées canadiennes
 le maintien de la paix et                                  par Nicholas Kaempffer
 la politique de la Chine                         52    Améliorer le soutien aux familles dans les Forces armées canadiennes :
                                                        une étude qualitative
                                                           par John Zwicewicz
                                                  58    Pourquoi étudier l’histoire?
                                                           par Jonathan Cox

                                                  COMMENTAIRES
                                                  60    Le renouveau de la recherche et sauvetage
                                                            par Martin Shadwick
                                                  66    Critiques de livres

Les effets de la
rotation et des
mutations fréquentes
des cadres intermé-
diaires des Forces
armées canadiennes
sur le rendement
de l’organisation

   La Revue militaire canadienne/Canadian Military Journal est la revue professionnelle officielle des Forces armées canadiennes et du ministère
   de la Défense nationale. Elle est publiée quatre fois par année avec l’autorisation du ministre de la Défense nationale. Les opinions exprimées
   dans cette publication sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du ministère de la Défense nationale, des Forces armées
   canadiennes, de la Revue militaire canadienne ou de tout organisme du gouvernement du Canada. La Couronne détient le droit d’auteur. La
   reproduction des articles doit être autorisée par le rédacteur en chef et la Revue militaire canadienne doit être indiquée comme source. La Revue
   est publiée en copie papier et en version électronique, cette dernière à www.journal.forces.gc.ca.

           ISSN 1492-465X

  Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018                                                                                        1
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 E-mail: :cmj.rmc@forces.gc.ca
           cmj.rmc@forces.gc.ca
                                             Rédacteur en chef                                                    Traduction
                                                    David L. Bashow                                           Bureau de la traduction,
                                                (613) 541-5010 poste 6148                          Services publics et Approvisionnement Canada
                                                    bashow-d@rmc.ca

                                    Directrice de la publication                                               Commentaire
                                                     Claire Chartrand                                              Martin Shadwick
                                                (613) 541-5010 poste 6837
                                                 claire.chartrand@rmc.ca

En chemin : le retour                                                  Conseiller en rédaction
au Canada                                                                             Michael Boire
Text
                                                                            Comité consultatif
                                                                                    Président

                                                 Contre-amiral L. Cassivi, Commandant, Académie canadienne de la Défense (ACD)

                                                                                     Membres

                                           David L. Bashow, Rédacteur en chef,                      Brigadier-général S. Bouchard, Commandant,
                                            Revue militaire canadienne (RMC)                         Collège militaire royal du Canada (CMR)

                                        Colonel Marty Cournoyer, représentant du                         Major Chris Young, représentant du
                                     Chef d’état-major de la Force aérienne (CEMFA)                      Chef d’état-major – Stratégie armée
« Le leadership inclusif »                    H.J. Kowal, Ph.D., Recteur du                      Lieutenant-colonel Brent Clute, Directeur, Centre
Si nous le bâtissons,                    Collège militaire royal du Canada (CMR)                de droit militaire des Forces canadiennes (CDMFC),
servira-t-il?                                                                                       Académie canadienne de la Défense (ACD)
                                    Capitaine de vaisseau David Patchell, représentant
Text                                  du Chef d’état-major de la Marine (CEMM)                        Hanya Soliman, représentante du Chef du
                                                                                                        renseignement de la Défense (CRD)

                                                                            Comité de lecture

                                              Adjudant-chef Necole Belanger                                        Phillippe Lagassé
                                                   Douglas Bland, Ph.D.                          Lieutenant-colonel (à la retraite) David Last, Ph.D.
                                            Major (à la retraite) Michael Boire                                  Chris Madsen, Ph.D.
                                    Lieutenant-colonel (à la retraite) Douglas Delaney                           Sean Maloney, Ph.D.
                                                   Rocky J. Dwyer, Ph.D.                                       Brian McKercher, Ph.D.
Les systèmes autonomes             Lieutenant-colonel (à la retraite) Michael Goodspeed                          Paul Mitchell, Ph.D.
et sans pilote ont-ils                 Major-général (à la retraite) Daniel Gosselin                              Nezih Mrad, Ph.D.
fondamentalement                                  Major Tanya Grodzinski                                        Scot Robertson, Ph.D.
changé la guerre?                                    David Hall, Ph.D.                                         Stéphane Roussel, Ph.D.
Text                                             Michael Hennessy, Ph.D.                                          Elinor Sloan, Ph.D.
                                                    Colonel Bernd Horn                                 Colonel (à la retraite) Randall Wakelam
                                                     Hamish Ion, Ph.D.

                                                 NOT E A UX L EC T EUR S ET L EC T R I C ES

                                   La Revue militaire canadienne étant bilingue, lorsqu’une citation originale a été traduite, le sigle [TCO] après
                                   l’appel de note, qui signifie “traduction de la citation originale”, indique que le lecteur trouvera le texte original
                                   de la citation dans la version de la Revue rédigée dans l’autre langue officielle du Canada. Afin de faciliter la
                                   lecture, le masculin sert de genre neutre pour désigner aussi bien les femmes que les hommes.

2                                                  Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018
MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne
LE COIN DU RÉDACTEUR EN CHEF

V
                  oici un autre numéro hivernal vivifiant de la Revue            S’ensuit l’article du capitaine Mitchell Binding, pilote
                  militaire canadienne, le dernier à paraître avant         d’hélicoptère tactique, qui explore le monde des systèmes d’armes
                  que nous n’entamions notre dix-neuvième année             autonomes et sans pilote, avant d’en évaluer les utilisations actuelles,
                  de publication. Comme le temps s’envole… et,              de s’interroger sur la nature fondamentale de la guerre et de définir
                  en cette journée d’Halloween, c’est peut-être             le changement fondamental. « Enfin, [il] analyse l’avènement des
ce qui fait le plus peur…                                                   systèmes autonomes et sans pilote et en quoi ceux-ci constituent un
                                                                            changement fondamental de la guerre. »
      Prenant position dans ce numéro, la réserviste Marissa Gibson
présente aux lecteurs une introduction sur les opérations de maintien            Puis les lecteurs tomberont sur trois articles offrant diverses
de la paix des Nations Unies en lien avec l’évolution participative de      opinions. Dans le premier, le capitaine Nicholas Kaempffer, officier
la Chine en cette matière. De prime abord, la Chine était sceptique         d’artillerie, trace un bref historique du recours aux mercenaires (ou
et méfiante à l’égard de sa participation au maintien de la paix et         soldats privés combattant à des fins lucratives). Il s’exprime sur
« [c]ela s’expliquait en partie par la rigoureuse opinion que la Chine      l’essor des sociétés militaires privées en examinant surtout tant les
avait au sujet de la nature inviolable de la souveraineté des États et      arguments en faveur du recours aux forces de sécurité privées que
par sa crainte que les grandes puissances se servent du maintien de         ceux dénonçant leur utilisation; il conclut en abordant les notions
la paix comme d’un prétexte pour intervenir dans les affaires des           mentionnées dans le titre de l’article, soit les conséquences, les
petits pays ». Cependant, cette façon de voir allait changer au fil du      considérations et les implications pour les Forces armées canadiennes.
temps, parallèlement aux objectifs de la politique étrangère chinoise.      Ensuite, le major John Zwicewicz, officier d’artillerie, examine les
« Le maintien de la paix et la politique étrangère sont devenus de          sujets abordés par un questionnaire d’enquête de l’Université de
plus en plus liés depuis les années 1970, et nous ferons valoir ici que     Regina ainsi que les constatations obtenues à la fin de la recherche.
ces deux pôles ont influé sur l’évolution l’un de l’autre. »                Dans ce questionnaire, on cherche à savoir s’il y a lieu d’augmenter
                                                                            les mesures de soutien s’adressant aux familles des militaires partici-
      Par la suite, l’officier de la logistique David Larouche-Couture      pant à un déploiement à l’étranger. Au bout du compte, la recherche
examine, en se fondant sur plusieurs études, les effets de la rotation et   de Zwicewicz a permis de cerner de grandes incohérences dans le
des mutations fréquentes des cadres intermédiaires sur le rendement de      soutien fourni par les unités militaires à leurs membres en déploie-
l’organisation. Il soutient que même si les cadres intermédiaires sont      ment. « Certaines familles n’ont bénéficié d’aucun soutien, tandis
des « acteurs clés » et qu’ils sont « une ressource cruciale pour assu-     que d’autres unités ont consenti d’importants efforts pour aider leurs
rer le succès de toute organisation. […] Les changements constants          membres pendant le déploiement. » La recherche se concluait par
dans l’équipe de direction produisent un choc dans l’environnement          diverses recommandations d’améliorations. Dans le dernier article
de travail, qu’il soit positif ou négatif. » L’analyse de Larouche-         d’opinion, le major Jonathan Cox, officier d’infanterie, se demande
Couture est suivie d’un courageux témoignage plutôt différent. C’est        « Pourquoi étudier l’histoire? » Il conclut ainsi : « Il ne suffit pas
une expérience de trouble de stress post-traumatique vécue par un           d’appliquer tout simplement des exemples du passé directement à
employé civil du ministère de la Défense nationale, lequel était en         des problèmes émergents. La clé réside dans l’utilisation de l’histoire
poste dans une zone de guerre. Le protagoniste, M. Ken Reynolds,            pour établir des tendances et des relations de manière à compléter
Ph. D., de la Direction – Histoire et patrimoine, a rédigé cet article      l’expérience et à renforcer l’intuition. Il ne faut pas attendre qu’un
pour plusieurs raisons, notamment dans l’espoir que le récit de l’ex-       problème se manifeste pour chercher à comprendre l’histoire. L’étude
périence spéciale qu’il a vécue pourra encourager d’autres personnes        de l’histoire doit commencer maintenant si l’on veut réussir à bien
aux prises avec des troubles mentaux à demander l’aide dont elles           en mettre à profit les leçons dans l’avenir. »
ont besoin, et aussi car « si cela peut, d’une manière ou d’une autre,
servir à exprimer les peurs des personnes qui sont plus normalement               Ensuite, le Martin Shadwick que l’on connaît se penche sur le
associées aux problèmes de ce genre – les militaires, les premiers          renouveau de l’équipement et des politiques en matière de recherche
intervenants, les policiers, les victimes d’une agression – cela peut,      et sauvetage (SAR) au Canada. Bien qu’il applaudisse les récentes
peut-être, faire jusqu’à un certain point du bien, au-delà de l’univers     initiatives, Martin nous met en garde : « Nous devons en particulier
très limité de mon esprit. » L’article de M. Reynolds est suivi par         nous rappeler que nous devons encore nous attaquer aux enjeux plus
celui de l’adjudant-chef Necole Belanger, qui croit que même si             globaux de politique de SAR et de gouvernance de la SAR – et le
beaucoup de hauts dirigeants des Forces armées canadiennes (FAC)            faire de façon holistique et en priorité ».
ont travaillé extrêmement dur pour créer de la diversité au sein de
l’institution « nous ne sommes pas encore parvenus à bien com-                   Enfin, comme à notre habitude, nous terminons le numéro en
prendre, à épouser et à faciliter l’inclusivité parce que nous n’avons      offrant un trio de critiques de livres qui, nous le souhaitons, saura
pas encore dépassé l’étape de la simple rhétorique. » Il est vrai que       piquer la curiosité de notre lectorat en ces prochains mois d’hiver
l’organisation s’est engagée dans le « discours sur la diversité »,         froid, enfin… froid pour nous du moins qui sommes ici au nord, dans
mais l’adjudant-chef Belanger soutient néanmoins qu’« il nous               le pays de l’hiver blanc…
faut encore épouser totalement le «discours sur la diversité «, par
exemple en réseautant et en encadrant des groupes marginalisés                   Bonne lecture!
par les véritables «joueurs de puissance» des FAC, c’est-à-dire                                                                David L. Bashow
ceux qui profitent toujours du privilège d’être blancs et d’être                                                              Rédacteur en chef
des hommes ».                                                                                                         Revue militaire canadienne

Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018                                                                                         3
MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne
S a m i r B o l / R e u t e r s / RT X 3 D M BY

                                                  Des soldats chinois du maintien de la paix participant au défilé de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud durant la Journée internationale
                                                  des Casques bleus des Nations Unies à Juba, au Soudan du Sud, le 29 mai 2017.

                                                  L’offensive du charme : le maintien de la paix
                                                  et la politique de la Chine
                                                                                                           par Marissa Gibson

                                                       Le sous-lieutenant Marissa Gibson est réserviste dans le Princess     des mesures collectives afin de maintenir la paix et la sécurité
                                                  of Wales’ Own Regiment à Kingston (Ontario). Elle détient un               dans le monde, conformément aux chapitres VI et VII de la Charte
                                                  baccalauréat en études sociales (Spécialisation : études des conflits      de l’ONU. Ces mesures prennent la forme d’opérations de main-
                                                  et droits de la personne), que lui a décerné l’Université d’Ottawa,        tien de la paix auxquelles des États membres de l’Organisation
                                                  et une maîtrise ès arts (Études sur la guerre) qu’elle a obtenue au        fournissent des troupes qui sont dès lors placées sous le contrôle
                                                  Collège militaire royal du Canada.                                         opérationnel de l’ONU. Les opérations de maintien de la paix
                                                                                                                             ont commencé au début des années 1950 par suite des différends
                                                  Introduction                                                               frontaliers de plus en plus nombreux engendrés par les processus de

                                                  A
                                                                                                                             décolonisation et parce qu’il fallait un organisme de médiation pour
                                                                  u lendemain de la Seconde Guerre mondiale,                 aider à mettre en œuvre les accords de cessez-le-feu ou les ententes
                                                                  les pays du monde se sont engagés à empêcher               politiques conclues dans le contexte de ces conflits internationaux1.
                                                                  qu’une telle tragédie d’envergure planétaire ne
                                                                  se reproduise. Bien qu’un tel engagement ait été                La Chine a tout d’abord été représentée au Conseil de sécurité
                                                                  pris auparavant, l’Organisation des Nations Unies          de l’ONU par la République de Chine, soit de 1945 à 1970, mais
                                                  (ONU) a promis d’offrir un régime plus rigoureux que celui de              aux fins du présent article, nous mettrons l’accent sur la République
                                                  l’organisme l’ayant précédée, à savoir la Société des Nations.             populaire de Chine (la Chine), car la participation de ce pays aux
                                                  L’ONU a été fondée en 1945; c’est une tribune internationale qui           opérations de maintien de la paix n’a pas commencé avant qu’il
                                                  a été créée pour maintenir l’ordre international, et les pouvoirs          soit officiellement reconnu comme étant le représentant légitime
                                                  que sa Charte lui a conférés lui donnent un caractère international        de la Chine par l’Assemblée générale de l’ONU, dans sa résolution
                                                  sans pareil qui l’a aidée à maintenir et à protéger la paix et la          2758 en 1971. Après l’admission du pays au CSNU, la Chine s’est
                                                  sécurité internationales. C’est le Conseil de sécurité des Nations         désintéressée considérablement des missions de maintien de la paix
                                                  Unies (CSNU) qui assume cette responsabilité. Il se compose                pendant près de deux décennies. Elle percevait ces missions avec
                                                  de 15 membres, dont cinq permanents, soit les États-Unis, le               un certain scepticisme et elle a choisi de se faire discrète sur ce plan
                                                  Royaume-Uni, la France, la Russie et la Chine. Il peut prendre             tout en s’abstenant d’intervenir d’une façon digne de mention dans

                                                  4                                                              Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018
MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne
LE MONDE DANS LEQUEL NOUS VIVONS
                                        les débats du CSNU sur le maintien de la paix2. Cela s’expliquait             de la paix, sauf précisions à l’effet contraire; ensuite, selon M. Taylor
                                        en partie par la rigoureuse opinion que la Chine avait au sujet de la         Fravel, professeur agrégé au Massachusetts Institute of Technology,
                                        nature inviolable de la souveraineté des États et par sa crainte que les      qui se spécialise dans les domaines de la sécurité internationale et de
                                        grandes puissances se servent du maintien de la paix comme d’un               la Chine, les OMP de l’ONU peuvent se diviser entre les opérations
                                        prétexte pour intervenir dans les affaires des petits pays. La Chine a        traditionnelles et non traditionnelles. Cette distinction est importante
                                        exprimé son opposition aux missions en ne participant pas aux votes           quand on songe à l’évolution de l’attitude de la Chine à l’égard du
                                        du CSNU sur les missions de maintien de la paix, en ne payant pas             maintien de la paix, car ce pays n’appuyait au début que les opérations
                                        sa quote-part annuelle au titre du maintien de la paix et en refusant         traditionnelles, mais il a depuis assoupli sa position en ce qui concerne
                                        d’envoyer des troupes prendre part aux opérations en cours3.                  les déploiements non traditionnels. Les opérations traditionnelles de
                                                                                                                      l’ONU obéissent à quatre critères clés : (1) l’impartialité de la force
                                              La trajectoire participative de la Chine aux opérations de maintien     et de son commandant; (2) le consentement du pays hôte ou des
                                        de la paix était cohérente avec les objectifs de sa politique étrangère.      belligérants; (3) le non-recours à la force sauf aux fins de la légitime
                                        Le maintien de la paix et la politique étrangère sont devenus de plus en      défense; (4) leur mise sur pied seulement après la conclusion d’un
                                        plus liés depuis les années 1970, et nous ferons valoir ici que ces deux      accord de cessez-le-feu4. La définition inverse s’applique dans le cas
                                        pôles ont influé sur l’évolution l’un de l’autre. Le maintien de la paix      des opérations non traditionnelles de maintien de la paix : (1) celles-ci
                                        est devenu un outil efficace de la politique étrangère du gouvernement        ont lieu en l’absence d’un règlement politique; (2) elles sont exécu-
                                        chinois et il a servi à créer l’image d’une puissance en devenir aux          tées sans le consentement de toutes les parties au conflit; (3) elles
                                        intentions pacifiques, tout en contribuant à nouer des liens plus forts       comportent le recours à la force, ou encore (4), elles sont menées sous
                                        avec d’autres États en développement, surtout en Afrique, en tant que         le commandement national (et non sous celui de l’ONU)5.
                                        partenaire économique et militaire. Le maintien de la paix procure
                                        aussi aux forces armées chinoises un moyen d’entretenir et de renforcer       La Chine et le maintien de la paix
                                        leurs capacités militaires existantes. L’intention consiste à démontrer
                                        le rôle important que le maintien de la paix joue lorsqu’il s’agit de
                                        présenter la Chine d’une façon qui contribue à dissiper les craintes
                                        de l’Occident à l’égard d’un rival économique et militaire éventuel.
                                                                                                                      L   ’histoire militaire consignée de la Chine compte parmi les
                                                                                                                          plus longues du monde, car elle s’étend sur plus de quatre
                                                                                                                      mille ans. Les armées chinoises ont évolué avec le temps et elles
                                                                                                                      ont contribué au développement des armées du monde sur le plan
                                              Il convient de souligner deux aspects clés : d’abord, dans le           technologique et sur celui des concepts stratégiques. En tant que
                                        présent contexte, comprenons que les opérations de maintien de                source du traité de stratégie militaire le plus ancien du monde,
                                        la paix (OMP) de l’ONU regroupent toutes les activités associées              à savoir L’Art de la guerre de Sun Tzu, la Chine a continué de
                                        à la paix, c’est-à-dire la consolidation, le rétablissement et l’imposition   développer et d’approfondir sa riche tradition militaire. À l’heure
Nations Unies/Multimedia photo 783687

                                        Le Conseil de sécurité des Nations Unies en délibération.

                                        Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018                                                                                            5
MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne
actuelle, la République populaire de Chine contrôle la plus vaste                  Les fondateurs de l’ONU aspiraient à créer un nouvel ordre
                                                                                     force armée de la planète, soit l’Armée populaire de libération              mondial qui viserait à prévenir les conflits avant qu’ils n’éclatent et à
                                                                                     (APL), qui a été constituée en 1927 au début de la guerre civile             en réduire les dommages au minimum dans les cas où ils auraient tout
                                                                                     chinoise et qui a pour origine une force de guérilla composée de             de même lieu. Le maintien de la paix était la raison d’être du nouvel
                                                                                     paysans. L’APL comprend une marine – La Marine de l’Armée                    organisme, et l’attitude de la Chine à l’égard de cette nouvelle forme
                                                                                     populaire de libération (MAPL) – et une aviation – la Force                  d’intervention a subi plusieurs changements depuis que le pays s’est
                                                                                     aérienne de l’Armée populaire de libération (FAAPL). Malgré une              officiellement joint à l’ONU. Courtney J. Fung (née Richardson),
                                                                                     expérience de la guérilla acquise au cours d’une vingtaine d’années          Ph. D., maître de conférences en relations internationales à l’Univer-
                                                                                     contre le Parti nationaliste chinois et contre les Japonais, l’APL           sité de Hong Kong, et Yin He, professeur agrégé au Centre chinois
                                                                                     n’a pas été mise à l’épreuve, relativement parlant, dans le contexte         de formation sur la politique civile de maintien de la paix, décrit les
                                                                                     d’une guerre conventionnelle.                                                cinq étapes de la vision évolutive de la Chine sur les OMP.

                                                                                                                                                                                                                           De 1971 à
                                                                                                                                                                                                                     1980, la Chine s’est
                                                                                                                                                                                                                     opposée à la mise en
                                                                                                                                                                                                                     place et à la pour-
                                                                                                                                                                                                                     suite des OMP. Elle
                                                                                                                                                                                                                     a refusé de verser
                                                                                                                                                                                                                     sa quote-part finan-
                                                                                                                                                                                                                     cière à l’ONU et de
                                                                                                                                                                                                                     fournir des troupes
                                                                                                                                                                                                                     à cet égard, en plus
                                                                                                                                                                                                                     de s’abstenir de voter
                                                                                                                                                                                                                     sur toutes les résolu-
                                                                                                                                                                                                                     tions concernant les
                                                                                                                                                                                                                     missions de maintien
                                                                                                                                                                                                                     de la paix6. Selon
S e a n Pa v o n e / A l a m y S t o c k P h o t o / E 5 B F 9 H

                                                                                                                                                                                                                     He, la Chine justi-
                                                                                                                                                                                                                     fiait principalement
                                                                                                                                                                                                                     son abstention en
                                                                                                                                                                                                                     évoquant un désac-
                                                                                                                                                                                                                     cord idéologique
                                                                                                                                                                                                                     avec les États-Unis
                                                                                                                                                                                                                     et l’URSS7. Aux
                                                                                                                                                                                                                     yeux de la Chine, le
                                                                                                                                                                                                                     maintien de la paix
                                                                                     La Grande Muraille de Chine.
                                                                                                                                                                                                                     était une façon pour
                                                                                                                                                                                                                     les superpuissances
                                                                                                                                                                                                                     d’intervenir dans les
                                                                                                                                                                                                                     affaires intérieures
                                                                                                                                                                                                                     d’États plus petits et
                                                                                                                                                                                                                     de le faire dans leurs
                                                                                                                                                                                                                     propres intérêts.
                                                                                                                                                                                                                     La Chine était un
                                                                                                                                                                                                                     pays ardent défen-
                                                                                                                                                                                                                     seur des normes
                                                                                                                                                                                                                     de Westphalie sur
                                                                                                                                                                                                                     la souveraineté
Wo r l d H i s t o r y A r c h i v e / A l a m y S t o c k P h o t o / M R 6 9 4 P

                                                                                                                                                                                                                     des États et sur la
                                                                                                                                                                                                                     non-intervention;
                                                                                                                                                                                                                     comme il s’agis-
                                                                                                                                                                                                                     sait du seul pays en
                                                                                                                                                                                                                     développement au
                                                                                                                                                                                                                     sein du groupe des
                                                                                                                                                                                                                     cinq membres per-
                                                                                                                                                                                                                     manents du CSNU
                                                                                                                                                                                                                     (P5), les autres
                                                                                                                                                                                                                     pays en développe-
                                                                                                                                                                                                                     ment s’attendaient
                                                                                     Mao Zedong en compagnie de soldats de l’Armée rouge durant la Longue Marche, en 1935. Cette marche représente la retraite       à ce qu’elle aide à
                                                                                     menée par l’Armée rouge (ancêtre de l’Armée de Libération Populaire) du Parti communiste chinois pour échapper à la poursuite   protéger leurs inté-
                                                                                     de l’Armée du Kuomintang qui détenait alors le pouvoir.
                                                                                                                                                                                                                     rêts sur la scène

                                                                                     6                                                                Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018
MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne
LE MONDE DANS LEQUEL NOUS VIVONS
internationale8. Pendant cette période, la Chine n’a jamais opposé son      désir de contribuer davantage au contrôle des missions de maintien de
veto à une résolution du CSNU pour faire obstruction à une mission          la paix. L’UNSAS a mis en lumière la reconnaissance par la Chine du
de maintien de la paix, et ce, pour deux raisons fondamentales : elle       besoin que l’ONU avait d’accéder à des troupes à court préavis pour
ne voulait pas être perçue comme ayant un parti pris en votant pour         combattre les menaces pesant sur la paix et la sécurité internationales.
une résolution qui risquait de servir les intérêts d’une ou de l’autre      De 1988 à 1998, trente-six OMP ont été mises sur pied, et la Chine a
superpuissance susceptible d’invoquer le recours au maintien de la          voté en faveur de toutes celles qui allaient être menées en vertu d’un
paix pour dissimuler une intervention; deuxièmement, elle ne voulait        cadre traditionnel de maintien de la paix, ou être des missions de
pas être considérée comme un État obstructionniste, ou agissant pour        consolidation de la paix. L’attitude de la Chine au cours des scrutins
déplaire à certains pays en développement que l’adoption de telles          sur les résolutions qui autorisaient le recours à la force s’est assouplie
résolutions risquait de favoriser, car la Chine était perçue comme          quelque peu au cours de cette troisième étape12. Entre 1992 et 1996, la
étant leur représentante9.                                                  Chine s’est abstenue de voter sept fois et elle a voté en faveur de sept
                                                                            autres opérations de maintien de la paix non traditionnelles. En parti-
      De 1981 à 1987, le monde a commencé à observer le début               culier, son comportement envers l’Iraq, le Cambodge et la Somalie, au
d’un changement dans l’attitude de la Chine à l’égard du maintien de        moment du vote, a reflété son attitude de plus en plus souple à l’égard
la paix. Pour la première fois, en 1981, la Chine a voté en faveur          des normes énoncées dans les traités de Westphalie.
de la résolution 495 du CSNU qui prolongeait le mandat de la Force de
maintien de la paix des Nations Unies à Chypre, puis, l’année suivante,           À partir de la fin des années 1990 et jusqu’en 2009, la Chine a
la Chine s’est mise à faire des contributions financières. Toutefois,       manifesté une souplesse encore plus grande qu’auparavant dans son
son refus d’envoyer des troupes s’est poursuivi10 et elle a continué        interprétation des normes westphaliennes relatives à la souveraineté
d’avoir des réserves au sujet des questions liées à la souveraineté des     des États et à la non-intervention et elle a adopté une politique active
États et à l’intervention. Cette ouverture graduelle peut être attribuée    en faveur des OMP13. Des troupes chinoises se sont déployées dans un
à l’entrée en scène, en 1978, de Deng Xiaoping au sein du Parti com-        nombre grandissant de pays, y compris Haïti, la Bosnie-Herzégovine
muniste chinois (PCC). Selon lui, l’ONU « [était une] organisation          (Bosnie), la République démocratique du Congo (RDC), le Timor
qui pouvait servir de plate-forme idéale pour élargir l’horizon mondial     oriental, le Liban et le Soudan, entre autres. De 2003 à 2010, la Chine
[de la Chine] et pour créer un environnement international favorable        a multiplié par seize14 ses contributions en personnel, qui sont passées
à sa politique de réforme et de développement économique, qui était         de 120 soldats en janvier 2003 à 2 137 en février 2010, et ce, dans un
prioritaire pour elle11 » [tco].                                            éventail de domaines, tels que des bataillons du génie, des unités de
                                                                            police, des équipes médicales et des compagnies de transport15, et elle
      À partir de la fin des années 1980 et jusqu’à la fin de la décennie   est devenue une organisatrice active d’activités internationales liées au
suivante, le monde a observé une augmentation considérable du nombre        maintien de la paix. En 2003, la Chine a fait savoir qu’en participant
de déploiements de troupes chinoises dans le cadre des missions de          aux OMP de l’ONU, elle s’était éloignée du concept traditionnel
maintien de la paix de l’ONU,
y compris les opérations sui-
vantes dans les pays suivants
: en Namibie (Groupe d’assis-
tance des Nations Unies pour
la transition), au Moyen-Orient
(Organisation des Nations Unies
chargée de la surveillance de la
trêve), au Cambodge (Autorité
provisoire des Nations Unies
au Cambodge), en Iraq et au
Koweït (Mission d’observation
des Nations Unies pour l’Iraq
et le Koweït), au Mozambique
(Opération des Nations Unies
au Mozambique) et au Libéria
(Mission des Nations Unies au
Libéria). En 1988, la Chine est
                                                                                                                                                         P i c t o r i a l Pr e s s L t d / A l a m y S t o c k P h o t o / H RY E H X

devenue membre du Comité spé-
cial des opérations de maintien
de la paix de l’ONU et, en mai
1997, elle a accepté de participer
au Système de forces en attente
des Nations Unies (UNSAS).
Le Comité spécial rend compte
à l’Assemblée générale et lui
fournit un examen exhaustif
de toutes les questions liées au
maintien de la paix; c’était là
une étape importante pour la Le président des États-Unis, Ronald Reagan, en compagnie de                 Deng Xiaoping, président de la Commission
Chine qui a ainsi manifesté son consultative du Parti communiste chinois, à Beijing, le 28 avril 1984.

Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018                                                                                           7
MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne
de maintien de la paix : « Étant donné la complexité grandissante           se développait à une cadence rapide, avec une expansion économique
des opérations, les opérations traditionnelles ne convenaient plus          intégrant les marchés mondiaux et avec une puissance militaire axée
dans certains types de conflits; les situations observées dans la RDC       sur la modernisation qui a fait craindre aux États-Unis et à leurs alliés
et au Libéria, par exemple, avaient mis en lumière la nécessité             occidentaux la montée d’une menace éventuelle. La théorie sur la
d’interventions rapides et robustes16. » [tco]                              menace chinoise qui s’est fait jour dans les années 1990 correspondait
                                                                            à une réaction de l’Occident à la croissance et à l’expansion rapides de
      Fung ajoute une cinquième étape non abordée par He, laquelle          la Chine et posait que celle-ci utiliserait sa puissance en devenir pour
va de 2010 à nos jours. Elle soutient que le début de cette étape se        déstabiliser la sécurité régionale et contester très réellement l’hégé-
caractérise par un nouveau dialogue chinois sur le déploiement de           monie américaine23. « L’ambitieux programme de modernisation de
troupes de combat dans le cadre des OMP. La Chine a déployé des             l’Armée populaire de libération [lancé par la Chine], la prolifération
forces de sécurité complètes au Mali en 2013 et en 2014, et elle a          d’armes de destruction massive par la Chine et ses ventes d’armes à
envoyé un bataillon de troupes de combat au Soudan du Sud17; cette          des États hors-la-loi, ainsi que sa posture de plus en plus affirmée dans
unité était munie de drones, de missiles antichars et de transports         la région ont déclenché les alarmes24. » [tco] Pendant cette période,
de troupes blindés. Plus récemment, la Chine s’est entretenue avec          la participation de contingents militaires chinois aux opérations de
l’ONU au sujet de l’envoi d’hélicoptères militaires dans le contexte        maintien de la paix de l’ONU a augmenté dans la foulée du renfor-
de la mission de maintien de la paix en Côte d’Ivoire (Opération des        cement de son profil international, ce qui l’a amenée à assumer un
Nations Unies en Côte d’Ivoire); cette contribution aiderait l’ONU          rôle plus actif sur la scène politique internationale et à l’ONU25. Cette
à remédier à une grave pénurie de capacités18. Aujourd’hui, de tous         participation aux OMP visait à calmer les préoccupations au sujet de la
les P5, la Chine est le pays qui fournit le plus de troupes. Voilà qui      montée de la Chine, qui réitérerait par là son souci de promouvoir les
correspond à un énorme changement par rapport à l’abstention d’il y         cinq principes de la coexistence pacifique et reconnaîtrait l’importance
a 45 ans! Au fil du temps, l’attitude de la Chine au sujet du maintien      du multiculturalisme par opposition à la multipolarité26.
de la paix est devenue étroitement liée à sa politique étrangère et à sa
stratégie en matière de sécurité.                                                 Au XXIe siècle, la Chine a continué de se présenter non pas comme
                                                                            une menace, mais comme une puissance responsable, soucieuse du
Politique étrangère et maintien de la paix                                  développement pacifique. Son attitude à l’égard du maintien de la
                                                                            paix depuis les années 2000 a montré que c’est un « État désireux de

S   elon Pang Zhongying, Ph. D., professeur de relations
    internationales à l’École des études internationales de
l’Université Renmin, à Beijing (Chine), la politique étrangère
                                                                            coopérer et de maintenir le système établi27 » [tco] dans la société
                                                                            internationale. En s’efforçant de projeter l’image d’une puissance
                                                                            non menaçante, la Chine s’est décrite comme étant une puissance
chinoise a comporté « des ambiguïtés et des contradictions »19. Le          responsable et elle se sert du maintien de la paix pour confirmer cette
pays souhaite jouer un rôle accru sur la scène internationale pour          image. L’emploi de l’expression « puissance responsable » permet
accroître son influence sur la politique mondiale, mais il a assumé         à la Chine de redéfinir son rôle par rapport à d’autres États et lui
un rôle relativement limité au chapitre du maintien de la paix20.           procure quatre avantages clés, comme l’a fait valoir Courtney Fung
                                                                            (née Richardson)28. Tout d’abord, et c’est là l’élément primordial, la
      L’évolution initiale de l’attitude, au début des années 1980, peut    Chine est capable de « définir proactivement le cadre du discours sur
être attribuée à Deng Xiaoping, qui a offert « [...] un nouveau para-       son rôle dans le contexte du maintien de la paix [...] et de façonner par
digme de croissance et de prospérité pour la Chine et harmonisé les         là les perceptions et ce que l’on attend d’elle dans le régime onusien
politiques économiques de celle-ci avec l’économie mondiale21 » [tco].      du maintien de la paix et dans le système international29 » [tco].
Délaissant la voie suivie jusque-là par la Chine de Mao Zedong, Deng        En deuxième lieu, l’emploi de l’expression susmentionnée crée une
a orienté le pays vers une vision plus ouverte et tolérante de l’ordre      distinction entre la Chine et la notion occidentale de la « collectivité
mondial, de plus en plus axé sur la mondialisation et la création de        internationale », car, même en appartenant à cette dernière, la Chine
marchés internationaux. Il a lancé de grandes réformes économiques          se présente comme étant un État en développement non occidental
pour accéder au commerce international, à l’aide, à l’investissement et     et non impérialiste qui siège en permanence au Conseil de sécurité
à la technologie. Deng et le PCC ont vu dans l’ONU une plate-forme          et peut fournir aux missions de maintien de la paix des fonds et des
pour élargir l’horizon mondial de la Chine et établir des relations         unités dynamisantes très capables, telles que des unités du génie et de
avec d’autres membres de la collectivité internationale. Avant cela, la     logistique et des unités médicales30. En troisième lieu, la Chine peut
politique d’isolement de la Chine et l’accent que celle-ci mettait sur      indirectement mettre à jour la signification de l’expression « puissance
le développement interne avaient entravé la participation du pays aux       responsable » pour la faire coïncider avec les conceptions actuelles du
décisions du Conseil de sécurité et suscité chez elle le scepticisme au     système international; or, dans le système international d’après 1945,
sujet de la légitimité des interventions faites dans le cadre de missions   les perceptions de la Chine au sujet de la politique internationale ont
antérieures de maintien de la paix. À mesure que la Chine évoluait          changé profondément31. Quatrièmement, la puissance responsable met
vers une économie davantage axée sur le marché, sa politique étran-         en lumière la Chine comme étant une grande puissance atypique, se
gère s’est transformée pour refléter cette relation plus ouverte avec le    concentrant sur le développement pacifique, et son intention de ne pas
monde, en particulier avec l’Occident. Soulignons ici les efforts que       déstabiliser le régime politique international aux fins de ses propres
la Chine a déployés pour se séparer du triangle stratégique qu’elle         intérêts nationaux32.
formait avec les États-Unis et l’URSS, son objectif étant dès lors de
rétablir et de réaffirmer sa position en tant que pays important dans            Richardson n’est pas la seule auteure à attirer l’attention sur
le monde en développement22.                                                l’image d’une puissance responsable que la Chine projette actuel-
                                                                            lement. Toutefois, sous le nom de Courtney J. Fung, elle soutient
      Dans le sillage de la Guerre froide et des répercussions négatives    par ailleurs que « [...] la puissance responsable permet à la Chine
des événements de la place Tiananmen, une autre transformation de la        de souligner que, même si elle est une grande puissance et qu’il
politique étrangère chinoise s’est produite dans les années 1990. Le pays   faut la percevoir comme telle, elle se voit comme un exemple

8                                                                Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018
MILITAIR E CANADIENNE - Vol. 19, No 1, hiver 2018 - Revue militaire canadienne
LE MONDE DANS LEQUEL NOUS VIVONS
J e ff W i d e n e r / A s s o c i a t e d Pr e s s / I m a g e 8 9 0 6 0 5 0 9 4

                                                                                    Un Chinois se tient debout, seul, dans cette photo évocatrice, tentant de bloquer le passage d’une colonne de chars en mouvement sur la place Tiananmen,
                                                                                    à Beijing, le 5 juin 1989. L’homme avait réussi à forcer les chars à s’arrêter temporairement; des témoins sur la scène ont réussi à le tirer hors de la
                                                                                    trajectoire des chars.

                                                                                    atypique33 » [tco]. Yin He souligne aussi que cette image de la puissance     internationale dans le contexte du maintien de la paix et de créer des
                                                                                    responsable démontre que la Chine est de plus en plus consciente du           dialogues entre elle et ses voisins inquiets; ils aident aussi la Chine à
                                                                                    fait que la collectivité internationale s’attend à ce qu’elle participe aux   se faire accepter comme acteur international positif36.
                                                                                    affaires internationales; parallèlement, cette image aide à apaiser les
                                                                                    inquiétudes suscitées par la théorie faisant de la Chine une menace34.              Le maintien de la paix offre aussi à la Chine une occasion de
                                                                                    La puissance responsable et le développement pacifique de la Chine            nouer des liens avec d’autres pays en développement et de renforcer
                                                                                    font voir sa confiance grandissante à l’égard des domaines intérieur          ses propres intérêts; c’est là un thème qui revient souvent quand la
                                                                                    et international. Sa participation aux efforts de maintien de la paix         discussion porte sur la participation de la Chine au maintien de la paix en
                                                                                    renforce cette image en la présentant comme un pays soucieux de               Afrique, discussion qui finit souvent par mettre l’accent sur la présence
                                                                                    promouvoir la paix et la sécurité internationales, et elle aide en même       de la Chine au Soudan. La Chine a pris part à plus d’opérations de
                                                                                    temps à atténuer les critiques visant les crédits affectés à la défense et    maintien de la paix en Afrique que dans n’importe quelle autre région;
                                                                                    à la modernisation militaire du pays, étant donné que l’APL est perçue        cela atteste son vif intérêt pour le continent. Le colonel Philippe Rogers,
                                                                                    comme une force contribuant aux opérations de paix.                           planificateur de la Force terrestre des United States Marines, fait valoir
                                                                                                                                                                  que « [...] la Chine utilise ce qu’elle appelle une “ politique étrangère
                                                                                          Depuis les années 2000, la montée de la Chine lui a permis de           indépendante ” pour acquérir une influence considérable en Afrique37 »
                                                                                    continuer à accroître sa portée mondiale. Beijing a déployé un effort         [tco] en assurant une influence diplomatique, militaire et économique
                                                                                    prudent pour diffuser l’idée que la Chine ne menace pas le monde35.           sur le pays hôte, en échange d’une aide étrangère inconditionnelle –
                                                                                    En participant aux opérations de maintien de la paix et en les sou-           peu importe les antécédents du bénéficiaire au chapitre des droits de
                                                                                    tenant, la Chine non seulement a manifesté son appui en faveur des            la personne, ou sa nature politique. En investissant dans la sécurité et
                                                                                    solutions multilatérales, mais elle a aussi servi ses propres intérêts        la stabilité de l’Afrique, la Chine peut s’assurer divers avantages : un
                                                                                    stratégiques en tant que pays non menaçant. En appuyant l’ONU et              appui accru en faveur de sa politique « Une Chine »; la garantie de
                                                                                    en lui fournissant des troupes, la Chine envoie un message à la col-          son approvisionnement futur en énergie, l’obtention d’un débouché
                                                                                    lectivité mondiale : la réussite des missions lui tient à cœur, l’ONU         commercial, le renforcement de son complexe militaro-industriel; la
                                                                                    est le meilleur contexte pour ceux qui favorisent le multiculturalisme,       promotion de son programme international38.
                                                                                    et la Chine se préoccupe de la paix et de la sécurité avec le reste de la
                                                                                    collectivité internationale. La Chine a par ailleurs pris part à diverses          La nature de la relation sino-soudanaise est compliquée, c’est le
                                                                                    activités d’entraînement axées sur le maintien de la paix et à des            moins que l’on puisse dire. La Chine est perçue comme ayant contri-
                                                                                    échanges avec d’autres pays; ces échanges bilatéraux et multilatéraux         bué au problème ayant déclenché deux guerres civiles : une entre le
                                                                                    lui permettent d’explorer des perspectives ultérieures de coopération         Soudan du Nord, qui est arabe, et le Soudan du Sud, qui est chrétien

                                                                                    Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018                                                                                              9
de Beijing, soit celui
                                                                                                                                                                                                            de « Jeux du
                                                                                                                                                                                                            génocide »42. La
                                                                                                                                                                                                            nomination de
                                                                                                                                                                                                            l’ambassadeur expé-
                                                                                                                                                                                                            rimenté Liu Guijin
                                                                                                                                                                                                            dans le poste de
                                                                                                                                                                                                            représentant spécial
                                                                                                                                                                                                            pour les affaires
                                                                                                                                                                                                            africaines a marqué
                                                                                                                                                                                                            un virage positif
                                                                                                                                                                                                            dans le désaccord,
                                                                                                                                                                                                            de sorte qu’en mai
                                                                                                                                                                                                            2007, il avait réussi
                                                                                                                                                                                                            à obtenir l’assenti-
R e u t e r s P h o t o g r a p h e r / R e u t e r s / RT R 1 G R N 9

                                                                                                                                                                                                            ment du Soudan; la
                                                                                                                                                                                                            résolution 1769 a
                                                                                                                                                                                                            été adoptée à la fin
                                                                                                                                                                                                            de juillet et a donné
                                                                                                                                                                                                            lieu à la mise sur
                                                                                                                                                                                                            pied de la MINUAD.
                                                                                                                                                                                                            Après avoir refusé
                                                                                                                                                                                                            à maintes reprises
                                                                                                                                                                                                            l’accès à des troupes
                                                                                                                                                                                                            étrangères, le Soudan
                                                                         Des soldats chinois du maintien de la paix de l’ONU soulèvent un dispositif explosif israélien à Bayyada, village au sud du Liban, a autorisé des unités
                                                                         près de la ville portuaire de Tyre, le 28 août 2006.
                                                                                                                                                                                                            chinoises du génie
                                                                                                                                                                                                            militaire à entrer
                                                                         (1983-2005), et la seconde ayant éclaté dans la région du Darfour dans son territoire : elles ont été les premières entités militaires ne
                                                                         (de 2003 à nos jours)39. La crise du Darfour est considérée comme relevant pas de l’Union africaine (UA) à arriver au Darfour43.
                                                                         ayant été un des pires désastres humanitaires du début du XXIe siècle,
                                                                         et les restrictions imposées à ce pays par l’Occident quant aux expor-                Courtney Fung soutient que la Chine avait alors des motifs autres
                                                                         tations de pétrole (entre autres sanctions) ont amené le gouvernement que ses intérêts économiques et sa réputation. Pour être reconnue
                                                                         soudanais à resserrer ses relations avec la Chine. On pense donc que comme étant une puissance responsable, la Chine devait démontrer
                                                                         celle-ci cherche surtout à obtenir accès au pétrole soudanais et, par ses capacités auprès de deux groupes de référence clés dans cette
                                                                         extension, à appuyer le gouvernement de Khartoum et Omal al-Bashir. situation : l’Union africaine et les membres permanents du CSNU.
                                                                                                                                                        Auprès de l’UA, la Chine devait faire valoir son image de championne
                                                                               Au début, le Soudan a refusé l’intervention de forces onusiennes de l’hémisphère sud de la planète, et auprès du CSNU, elle devait
                                                                         de maintien de la paix, mais par suite des pressions internationales mériter sa réputation de grande puissance44. La crise du Darfour
                                                                         s’étant exercées sur la Chine au sujet de sa relation avec le Soudan, constituait une excellente occasion pour la Chine d’appuyer des efforts
                                                                         Beijing a conseillé au Soudan d’accepter une présence de l’ONU. multilatéraux de maintien de la paix aux yeux de l’UA et de l’ONU,
                                                                         La Mission conjointe des Nations Unies et de l’Union africaine au malgré les tensions grandissantes (à n’en pas douter) entre elle et le
                                                                         Darfour (MINUAD) a été mise sur pied en juillet 2007; il s’agit d’une Soudan et le solide mandat des Casques bleus qui mettait des vies
                                                                         mission de maintien de la paix établie en vertu du chapitre VII, et elle chinoises en danger au cours du déploiement. Fung dit en outre que
                                                                         vise à contribuer au rétablissement de la sécurité et de la protection les préoccupations de la Chine au sujet de son image ont été ce qui l’a
                                                                         des civils40. En ce qui concerne l’histoire du vote de la Chine sur les principalement amenée à conseiller au Soudan d’accepter la MINUAD,
                                                                         résolutions du CSNU relatives au Soudan et à la situation au Darfour, et qu’elle « [...] ne souhaitait pas appuyer continuellement le Soudan,
                                                                         Beijing s’était principalement abstenu de voter tout d’abord, puis avait aux dépens des relations avec ses groupes de référence45 » [tco].
                                                                         modifié sa position et fini par militer vigoureusement en faveur de la
                                                                         MINUAD. Cependant, la Chine a continué d’adhérer aux principes                        La participation de la Chine aux opérations menées au Darfour
                                                                         de la Charte de l’ONU et à ses propres principes sur la souveraineté fait considérablement contraste avec l’opinion qu’elle avait sur le
                                                                         des États et la non-intervention, de sorte qu’elle n’a appuyé la mission maintien de la paix au cours des années 1970. Son intervention active
                                                                         qu’avec le consentement du Soudan. Ce dernier a fini par accepter la dans une OMP mandatée en vertu du chapitre VII et sa volonté d’user
                                                                         mission, mais il a retiré son consentement en mars 2007; la collecti- de son influence considérable sur le Soudan pour l’amener à accepter
                                                                         vité internationale s’est alors tournée vers la Chine pour qu’elle brise une mission de maintien de la paix chez lui sont à l’opposé de son
                                                                         l’impasse entre le Soudan et l’ONU41.                                          histoire en tant qu’État appuyant fortement la souveraineté des États
                                                                                                                                                        et la non-intervention. Un dernier mot ici avant de passer au rôle du
                                                                               Comme les Jeux olympiques de Beijing approchaient, en 2008, maintien de la paix dans le contexte de la grande stratégie militaire
                                                                         l’attention internationale était rivée sur la Chine. Non seulement des de la Chine : He formule une observation importante concernant cette
                                                                         groupes politiques exerçaient des pressions pour régler la crise du souplesse grandissante à l’égard des principes normatifs de la souve-
                                                                         Darfour, mais des organismes humanitaires et des groupes de défense raineté des États et de la non-intervention. La souplesse manifestée
                                                                         des droits de la personne avaient donné un nouveau nom aux Jeux par la Chine peut être considérée comme une arme à double tranchant.

                                                                         10                                                                Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018
LE MONDE DANS LEQUEL NOUS VIVONS
                                                               D’une part, la souplesse peut procurer à Beijing plus d’options                    Le déploiement de troupes dans le contexte des opérations de
                                                               diplomatiques dans le contexte des affaires internationales, pour préve-     maintien de la paix comporte un certain nombre d’avantages, y compris
                                                               nir des conflits inutiles avec d’autres puissances et pour donner lieu à     la possibilité d’acquérir une expérience opérationnelle dans un pays
                                                               un environnement favorable à sa stratégie de développement. D’autre          lointain et l’exposition aux pratiques opérationnelles et aux méthodes
                                                               part, si cette souplesse est surexploitée, non seulement elle mettra en      de forces armées étrangères49. Le maintien de la paix est considéré
                                                               péril les intérêts stratégiques de la Chine relatifs à la souveraineté des   comme étant une activité peu coûteuse et à rendement élevé, grâce aux
                                                               États (surtout en ce qui concerne Taïwan), mais elle nuira aussi à son       avantages tels que l’acquisition de « précieuses connaissances sur la
                                                               image de puissance pacifique aux yeux du monde en développement46.           logistique, sur les ports de débarquement, sur les lignes de communica-
                                                                                                                                            tion, sur les lignes d’opération, sur le renseignement opérationnel, sur
                                                               L’ALP, la défense et le maintien de la paix                                  les conditions atmosphériques et le modus operandi locaux et sur les
                                                                                                                                            moyens de maintenir les forces en puissance ... pendant longtemps50 »

                                                               D     ans son livre blanc de 2010 sur la Défense nationale, la Chine
                                                                     a réitéré son engagement permanent en faveur des opérations
                                                               de maintien de la paix de l’ONU en déclarant ce qui suit : « À titre
                                                                                                                                            [tco]. Au fil du temps, la participation à ces opérations aidera aussi
                                                                                                                                            l’APL à moderniser et à professionnaliser ses forces. En particulier,
                                                                                                                                            fait valoir Philippe Rogers, les unités chinoises se déploient de mul-
                                                               de grande puissance responsable, la Chine a invariablement appuyé            tiples fois en Afrique, et l’APL se construit ainsi une force d’experts
                                                               les opérations de maintien de la paix de l’ONU et elle y a active-           opérationnels spécialistes de l’Afrique et prêts à intervenir – c’est là
                                                               ment participé, apportant ainsi une contribution positive à la paix          une capacité que les États-Unis n’ont pas51. En se rendant en Afrique,
                                                               mondiale47. » [tco] Le texte de la Stratégie militaire de la Chine           les unités chinoises apprennent à connaître des pays présentant des
                                                               souligne l’importance grandissante de faire en sorte que l’APL soit          différences et des difficultés énormes comparativement à ce dont elles
                                                               prête à mener des opérations d’imposition de la paix et d’autres             font l’expérience quand elles se déploient en Chine.
                                                               tâches sans combat, par exemple régler les troubles intérieurs et
                                                               fournir des secours en cas de catastrophe. Le maintien de la paix                  Au niveau stratégique, les opérations de maintien de la paix et
                                                               offre une occasion sans pareille à l’APL, qui n’a pas été exposée            d’autres opérations sans combat sont devenues des volets importants
                                                               beaucoup au contexte international, en créant une raison valable             de la stratégie de la Chine en matière de sécurité internationale,
                                                               pour laquelle elle peut déployer des troupes et les faire travailler         comme l’atteste leur mention dans les récents livres blancs du pays.
                                                               dans de nouveaux environnements, coopérer avec d’autres forces               La Stratégie militaire de la Chine, qui a été mise à jour en 2015, met
                                                               armées, améliorer la diplomatie militaire et, aspect primordial,             l’accent sur la paix, le développement et la prospérité : « La Chine
                                                               renforcer ses propres capacités militaires. Le maintien de la paix est       suivra inflexiblement le chemin du développement pacifique, elle
                                                               devenu une forme de diplomatie militaire pour faire « contrepoids à          poursuivra une politique étrangère indépendante axée sur la paix et
                                                               la puissance occidentale et contrebalancer les perceptions négatives         une politique de défense nationale de nature défensive, elle s’opposera
                                                               à l’égard des dépenses militaires ainsi que de la modernisation et           aux hégémonies et aux politiques de la force sous toutes leurs formes,
                                                               de la projection des forces armées de la Chine48 » [tco].                    et elle ne cherchera jamais à imposer son hégémonie ou à prendre
                                                                                                                                            de l’expansion52. » [tco] Le livre blanc met encore une fois l’accent
PA I m a g e s / A l a m y S t o c k P h o t o / G B 1 P 6 4

                                                               Jeux olympiques de Beijing 2008 – Cérémonie d’ouverture.

                                                               Revue militaire canadienne • Vol. 19, n o. 1, hiver 2018                                                                                       11
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