Penser différemment Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire
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Penser différemment
Europe : les conséquences
de la crise économique sur le
plan humanitaire
www.ifrc.org
Sauver des vies, changer les mentalités.Remerciements La Fédération internationale tient à remercier les Sociétés nationales européennes, et en particulier celles d’Autriche, de Belgique, de Bulgarie, d’Espagne, de France, de Géorgie, de Grèce, d’Italie, du Kirghizistan, du Monténégro et de Suède, pour leurs précieuses contributions (réponses, récits, photos et études de cas). Des remerciements sont aussi adressés aux membres du Groupe consultatif des Sociétés nationales, à la Croix-Rouge finlandaise, qui a apporté un soutien important à l’élaboration du rapport et à la production de la vidéo « Dans un monde meilleur » (incluse dans la présente publication), et à la Croix-Rouge danoise, qui a contribué à l’obtention des statistiques. La Fédération internationale tient également à remercier le Gouvernement hongrois pour sa contribution financière à la production du présent rapport. La présente publication peut être citée, photocopiée et traduite en partie ou dans sa totalité afin de répondre aux besoins locaux sans autorisation préalable de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, à condition que la source soit clairement indi- quée (exception faite des statistiques et des citations provenant d’autres sources). Les demandes de reproduction à des fins commerciales doi- vent être adressées à la Fédération internationale (secretariat@ifrc.org). Les opinions et les recommandations formulées dans cette étude ne sont pas nécessairement alignées sur les politiques de la Fédération interna- tionale ou des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Les Case postale 303 appellations et les cartes utilisées n’impliquent de la part de la Fédération CH-1211 Genève, Suisse internationale ou des Sociétés nationales aucune prise de position quant Téléphone : +41 22 730 4222 au statut juridique des territoires ou de leurs autorités. Sauf indication Courriel : secretariat@ifrc.org contraire, les photographes et la Fédération internationale détiennent le Site web : www.ifrc.org copyright de toutes les photos présentées dans cette publication. Photo Penser différemment, Europe : les conséquences de la crise de couverture : Jarkko Mikkonen / Croix-Rouge finlandaise. économique sur le plan humanitaire 1260300 11/2013 FR Pour obtenir des exemplaires supplémentaires de cette publication, veuillez prendre contact avec : zone.europe@ifrc.org. Suivez-nous sur :
Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Penser différemment Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire
Table des matières
Avant-propos 2
Cinq ans après : de mal en pis 5
Recommandations et engagements 8
Tendance 1. Les pauvres s’appauvrissent 10
La pauvreté recule dans le monde – elle progresse en Europe 11
Espagne : Difficile, mais pas impossible 13
Italie : Sans-abrisme – une situation irréversible 14
Tendance 2. Les « nouveaux pauvres » 20
Le glissement vers la pauvreté 21
Monténégro : Quand l’invisible est devenu visible 22
Bulgarie : Ce sont les enfants qui souffrent le plus 24
Tendance 3. La santé se détériore 30
Les coupes budgétaires peuvent coûter très cher 31
Géorgie : Aider les personnes âgées à sortir de l’isolement 35
Grèce : Un patient et un gentleman 37
Tendance 4. Migration et mobilité 38
Gagner sa vie – le prix à payer 39
Suède : La Croix-Rouge défend les droits des migrants 40
Moldova : « Nous devons travailler encore cinq ans en Italie » 44
Tendance 5. Chômage 46
Dignité et désespoir 47
France : Le Service civique ouvre de nouvelles portes 48
Belgique : Devoir compter chaque euro dépensé 54
Faire face à la crise 56
Islande : activation du mode catastrophe 56
Serbie : nourriture, tolérance et entraide 57
Espagne : maintenant plus que jamais 59
Sources 61
Dans un monde meilleur 63
1Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Penser différemment Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire
Avant-propos nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
d’Europe pour faire face à la crise. En outre, nous
avons demandé à ces Sociétés nationales de nous
faire part, au-delà des chiffres, de ce dont elles
Le moment est avaient été témoins en venant en aide aux per-
sonnes les plus touchées.
venu de penser Les membres de notre réseau nous avaient déjà
différemment indiqué que la situation s’aggravait dans nombre
de pays, toutefois, certaines des réponses que nous
avons reçues nous ont tout de même surpris et
consternés car elles font état de tendances et de
Par le passé, on considérait que l’appartenance à
défis préoccupants.
une société créait chez les citoyens un sentiment
de prédictibilité et de sécurité.
L’aide alimentaire a presque doublé
Maintenant que la crise économique a planté ses
Par rapport à 2009, des millions de personnes sup-
racines, des millions d’Européens vivent dans l’in-
plémentaires doivent faire la queue pour se nourrir
sécurité, sans trop savoir ce que l’avenir leur ré-
et n’ont pas de quoi acheter des médicaments ou se
serve.
faire soigner. Des millions de personnes sont sans
emploi, et nombre de celles qui ont encore un travail
C’est l’un des états psychologiques les plus durs
ont du mal à faire vivre leur famille, car les salaires
pour les êtres humains. Nous voyons actuellement
sont insuffisants et les prix flambent. Nombre de
un désespoir muet se propager dans la population
ménages qui appartenaient à la classe moyenne ont
européenne, gagnée par la dépression, la résigna-
sombré dans la pauvreté. Parmi les pays ciblés par
tion et la défiance pour l’avenir.
l’enquête, il y en a 20 dans lesquels le nombre de
personnes qui dépendent des distributions de vivres
Parfois, ce désespoir se fait plus bruyant, prenant
organisées par la Croix-Rouge a doublé entre 2009
la forme de manifestations et de violences. Nous
et 2012.
craignons que la montée de la xénophobie et le
manque de confiance dans la capacité de la société
La cartographie a révélé que de plus en plus de per-
de créer des emplois et d'assurer la sécurité sus-
sonnes ont basculé dans la pauvreté, que les pauvres
citent des opinions et des actions plus extrêmes,
s’appauvrissent et que la « distance sociale » à par-
pouvant provoquer des troubles sociaux.
courir pour se réinsérer dans la société s’est creusée.
En octobre 2009, la Fédération internationale des
Nous voyons émerger de nouveaux groupes de
Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
personnes vulnérables, les travailleurs pauvres,
(Fédération internationale) a publié son premier
qui demandent de l’aide à la Croix-Rouge et au
rapport sur les conséquences humanitaires de la
Croissant-Rouge en fin de mois quand ils doivent
crise économique en Europe. Celui-ci soulignait que
faire un choix entre acheter de la nourriture ou
d’importants efforts étaient déployés pour stabi-
payer leurs charges – avec le risque de voir l’élec-
liser la situation macroéconomique du continent,
tricité ou le gaz coupés s’ils ne peuvent pas payer
mais que trop peu d’attention était accordée aux
ces services ou d’être expulsés s’ils ne peuvent pas
conséquences humanitaires ou aux causes pro-
rembourser leur prêt hypothécaire.
fondes de la crise.
Nombre de Sociétés nationales ont indiqué avoir
À cette époque, nous n’imagions pas que, quatre
élargi leurs programmes nationaux, comme la Croix-
ans plus tard, nous parlerions toujours de la crise
Rouge espagnole qui, pour la première fois, a lancé
économique. Nous n’imaginions pas non plus que
un appel national en 2012 pour venir en aide à la
cette crise s’aggraverait, touchant de façon dispro-
population dans son propre pays. D’autres Sociétés
portionnée ceux qui étaient déjà vulnérables et
nationales ont signalé qu’elles faisaient tout ce qui
frappant de nouveaux groupes de personnes qui
était en leur pouvoir, mais qu’elles étaient extrême-
avaient jusque-là été épargnés.
ment préoccupées de ne pas pouvoir faire plus pour
aider les personnes touchées.
Au début de l’année 2013, nous avons établi une
cartographie des mesures prises par les 52 Sociétés
2Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Avant-propos
sur le court que sur le long terme, et nous réfléchis-
Les décennies à venir sons constamment aux moyens d’adapter nos ser-
Les conséquences à long terme de la crise ne se vices aux besoins nouveaux et émergents, tout en
sont pas encore fait jour. Le présent rapport montre continuant à aider ceux qui étaient déjà en détresse
que les problèmes se feront sentir pendant des avant la crise.
décennies, et ce, même si l’économie connaît une
reprise dans un avenir proche. Toutefois, nous pensons qu’il est dangereux de faire
de millions de personnes des bénéficiaires passifs de
Le chômage à lui seul est une bombe à retarde- l’assistance et nous sommes déterminés à l'éviter
ment. Un quart des 52 pays de la zone Europe de en associant plus activement les personnes que
la Fédération internationale affichent actuellement nous servons à la recherche de solutions.
des taux catastrophiques de chômage des jeunes,
allant d’un tiers à 60 % de la population active Pour ce faire, nous devons tous commencer à
jeune. penser différemment afin d’agir différemment.
Nous devons déterminer si nos Sociétés nationales
À l’autre extrémité de l’échelle des âges, selon sont prêtes à faire face à la situation et comment
Eurostat, le nombre de chômeurs de 50 à 64 ans en- nous pouvons nous adapter par le biais de nouvelles
registré dans l’Union européenne est passé de 2,8 initiatives, d’interventions précoces, d’une meilleure
millions en 2008 à 4,6 millions en 2012. coopération et d’approches plus flexibles et plus glo-
bales.
Bien que la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ne
se soient pas pour l’instant directement occupés Il est évident que la Croix-Rouge et le Croissant-
des questions relatives à l’emploi, les conséquences Rouge ne peuvent pas tout résoudre. Nous avons
personnelles et sociales éventuelles d’un chômage commencé à penser différemment et, dans les pro-
élevé constituent une source importante de préoc- chains mois, nous allons chercher à savoir si les
cupation. modèles mis en place dans certains pays européens
et dans d’autres régions du monde peuvent s’avérer
La cartographie a révélé que certaines Sociétés na- efficaces pour faire face à la crise économique, en
tionales viennent en aide aux chômeurs de diffé- particulier pour favoriser et renforcer la résilience
rentes manières, en leur fournissant notamment des populations.
un soutien psychosocial, des services pratiques,
tels qu’une assistance pour remplir les formulaires Nous sommes convaincus qu’il est urgent de faire
de demande d’aides sociales, et des formations et preuve d’un engagement ferme et durable envers la
des conseils sur les moyens de réintégrer le marché mise en œuvre partout en Europe de stratégies de
du travail. renforcement de la résilience efficaces pour éviter
que la crise ne devienne une crise sociale et morale,
dont les conséquences seraient considérables.
Ce qui s’est abattu sur nous
Nous savons que la crise économique peut culminer Nous appelons donc toutes les parties prenantes à
à différents moments dans différentes régions d’Eu- nous aider à prendre la pleine mesure de l’étendue
rope, et que certains pays peuvent être plus touchés de la crise et à trouver des solutions innovantes
que d’autres. Mais nous nous demandons si, en tant pour y faire face. Il y a encore de l’espoir, mais il
que continent, nous sommes vraiment conscients faudra beaucoup plus de temps pour renverser la
de ce qui s’est abattu sur nous et si nous sommes situation qu’il n’en faut pour renflouer les banques
préparés à faire face à la situation. et distribuer de l’aide alimentaire.
Nous posons ces questions car, malgré quelques
initiatives encourageantes, nous commençons seu-
lement à nous rendre compte que le danger n’est
peut-être pas encore écarté et que, si la situation
financière de quelques pays semble s’améliorer, les
conséquences humanitaires de la crise se feront
sentir pendant de nombreuses années.
Anitta Underlin
En tant qu’organisation, nous sommes déterminés Directrice de la zone Europe
à porter assistance à ceux qui en ont besoin, tant
3Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Penser différemment Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire
Jarkko Mikkonen / Croix-Rouge finlandaise
4Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Cinq ans après : de mal en pis
Cinq ans après :
de mal en pis
Au cours du premier semestre de 2013, la Fédération internationale a réalisé
une cartographie des activités menées par les 52 Sociétés nationales de la
Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d’Europe et d’Asie centrale (la zone Europe
de la Fédération internationale). Parmi elles, 42 Sociétés nationales ont accepté
de répondre à des questions. Le présent rapport se fonde essentiellement sur les
réponses et les observations de ces Sociétés nationales.
L’objectif de la cartographie était d’obtenir une vue d’ensemble des défis aux-
quels les Sociétés nationales sont actuellement confrontées et des mesures
qu’elles prennent pour faire face à la crise. Le présent rapport vise à mettre
en évidence le coût humain de la crise et ses conséquences aux niveaux local
et communautaire, avec lesquels la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont un
lien unique. Il s'intéresse aux individus qui se cachent derrière les chiffres.
Enfin, nous avons examiné les tendances et nous sommes attachés à étayer nos
propos par des statistiques provenant d’autres organisations et sources.
Résumé des réponses
Près de cinq ans après le début de la crise économique, les Sociétés nationales
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge continuent à faire état d’une augmen-
tation générale des besoins des groupes vulnérables existants, mais aussi de
nouveaux groupes. Dans nombre de cas, une assistance accrue a été fournie
aux personnes touchées par la crise. Mais parfois, les Sociétés nationales ont Parmi
constaté l’existence de besoins sans pouvoir y répondre de manière appro- les petites et
priée, du fait d’un manque de ressources ou de capacités. Toutefois, il convient moyennes entreprises,
de noter que si la fourniture d’aide et d’assistance est déterminée par les be- qui constituent le cœur
soins et les ressources disponibles, elle est aussi liée à la promotion/diffusion de l’économie italienne,
des informations. Une augmentation du nombre de bénéficiaires n’est donc 150 000 ont dû fermer leurs
pas nécessairement la conséquence d’une augmentation des besoins ; elle peut portes, créant ainsi un nombre
aussi s’expliquer par un accroissement des financements et une meilleure infor-
important de « nouveaux »
pauvres.
mation. De même, une diminution des services fournis ou du nombre de bénéfi-
ciaires ne signifie pas nécessairement qu’il y a moins de besoins. Croix-Rouge italienne
Une proportion importante de Sociétés nationales signalent qu’un nombre
croissant de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté et ont besoin
d’assistance, que l’intensité de la pauvreté a augmenté, autrement dit que
les pauvres sont plus pauvres encore, et que le fossé se creuse entre riches et
pauvres. Cela signifie que les personnes vivant en marge de la société – et celles
qui sont socialement exclues – sont plus nombreuses et ont une plus grande
distance à parcourir pour se resocialiser, se reconstruire, trouver un travail et se
réinsérer dans la société.
Certaines Sociétés nationales font également état d’une augmentation du
nombre de personnes qui ont des difficultés à joindre les deux bouts bien
qu’elles vivent au-dessus du seuil de pauvreté (les « travailleurs pauvres »). Ces
personnes deviennent plus vulnérables du fait de l’érosion fiscale – quand le
taux d’inflation (en particulier les prix de l’énergie) croît plus rapidement que
5Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Penser différemment Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire
les salaires – ou parce que leur emploi ne leur offre aucune garantie
sociale. Beaucoup se tournent vers la Croix-Rouge et le Croissant-
• Zone Europe de la Rouge de manière occasionnelle ou à la fin du mois quand elles
Fédération internationale doivent faire un choix entre acheter de la nourriture et régler
Les Sociétés de la Croix-Rouge leurs factures, et risquent d’être expulsées en cas de non-
et du Croissant-Rouge des 52 pays paiement.
d’Europe et d’Asie centrale.
• Union européenne (UE) Dans certains pays, la diminution des envois de
Les 28 États membres de l’Union fonds et la charge accrue connexe qui pèse sur les
européenne (la plupart des statistiques systèmes de protection sociale du fait du retour des
n’englobent pas la Croatie, qui est entrée dans migrants qui subvenaient aux besoins de leur fa-
l’Union en 2013). mille en travaillant à l’étranger et qui ont dû ren-
trer dans leur pays après avoir perdu leur emploi
• Eurostat
constituent une source supplémentaire de vul-
Le bureau de la statistique de l’Union européenne
nérabilité. À leur retour, ces migrants non seule-
qui collecte des données sur les États membres
ainsi que sur l’ex-République yougoslave de ment pointent au chômage, mais, en plus, ne sont
Macédoine, l’Islande, la Norvège et la Turquie. souvent pas admissibles à la sécurité sociale.
Le rapport indique clairement si les statistiques
utilisées couvrent tous les pays ou les 27 Les Sociétés nationales indiquent que le nombre
États qui étaient membres de l’Union avant de demandes d’aide émanant de migrants a
l’adhésion de la Croatie en 2013. augmenté et qu’elles leur fournissent des services
variés, tels que des conseils juridiques, des soins de
• Zone euro
santé pour les migrants en situation irrégulière et un
La région économique formée
soutien scolaire pour les enfants.
par les membres de l’Union
européenne qui ont adopté
l’euro. À ce jour, 17 pays Parmi les groupes vulnérables figurent également les per-
utilisent cette monnaie. sonnes qui ont perdu leur emploi et qui n’ont pas ou plus droit
aux indemnités de chômage, les familles monoparentales, les
retraités, les jeunes qui ne poursuivent pas des études et sont sans
emploi et les migrants en situation irrégulière.
Les conséquences des coupes dans les dépenses de santé se font durement
sentir, un nombre croissant de personnes se tournant vers les dispensaires et
les centres sociaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en vue d'obtenir un
traitement ou une aide financière pour acheter des médicaments. Parallèlement,
le nombre de personnes souffrant de problèmes de santé mentale ou ayant be-
soin d’un soutien psychosocial est en progression.
Nombre de Sociétés nationales constatent que la crise économique crée les
conditions propices à une crise sociale généralisée, dans la mesure où le fossé
croissant dans la répartition des ressources (avec des riches encore plus riches et
des pauvres encore plus pauvres) et la concurrence pour des ressources de plus
en plus limitées pourraient renforcer la xénophobie, la discrimination, l’exclu-
sion sociale ainsi que les abus et les problèmes de violence domestique.
De manière générale, nombre de Sociétés nationales pensent que les méca-
nismes de lutte contre les vulnérabilités au niveau national (y compris les leurs)
ne permettent pas de véritablement répondre aux nouvelles vulnérabilités qui
découlent de la crise, ni aux vulnérabilités existantes, alors que les prestations
sociales diminuent ou doivent être réparties entre un plus grand nombre de
personnes. Plusieurs Sociétés nationales ont entrepris ou achevé un processus
d’adaptation et de redéfinition de leurs priorités, et d’autres estiment que la
crise constitue une occasion d’envisager de donner aux Sociétés nationales, en
tant qu’auxiliaires des pouvoirs publics dans le domaine humanitaire, un
6Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Cinq ans après : de mal en pis
rôle plus important encore afin de combler le fossé entre les besoins réels et
l’aide apportée par les systèmes nationaux de protection.
Action de la Croix-Rouge Les
personnes les
et du Croissant-Rouge plus touchées sont
celles qui sont déjà
démunies : les retraités, les
Plus de la moitié des Sociétés nationales déclarent avoir lancé de nouveaux handicapés, les personnes
programmes sociaux (par exemple, distributions de vivres, de vêtements, de dépendant des allocations
médicaments et de produits d’hygiène, cours de langue pour les migrants, aide sociales.
à l’apprentissage pour les enfants, soutien financier aux ménages pour couvrir
Croix-Rouge de
leurs dépenses et prise en charge des soins médicaux) ou élargi leurs pro-
Roumanie
gramme existants en les adaptant aux besoins et aux vulnérabilités émer-
gents.
Toutefois, plus de la moitié des Sociétés nationales déclarent également que la
situation financière difficile dans laquelle se trouve leur pays les a contraintes
à réduire ou à suspendre des services existants et ne leur permet pas de
mettre en place de nouveaux programmes pour répondre aux besoins observés
La crise
du fait du manque de financements disponibles. Parfois, la concurrence accrue
semble réduire
qui existe entre les acteurs humanitaires (ONG, œuvres caritatives, etc.) autour
le niveau de
des ressources limitées aggrave encore la situation. solidarité au sein de
la société.
Il convient de préciser que certaines Sociétés nationales entrent dans les deux catégo-
ries, ayant dû réduire certaines activités et eu la possibilité d’en élargir d’autres ou d’en Croix-Rouge
lancer de nouvelles. autrichienne
Il convient aussi de noter que le nombre de personnes recevant une aide ali-
mentaire a augmenté de manière considérable.
Plusieurs Sociétés nationales ont mis en œuvre des activités qui visent à s’at-
taquer aux conséquences sociales de la crise et à lutter contre l’exclusion
sociale en donnant aux personnes les moyens d’agir et en leur apportant des
compétences utiles pour leur développement professionnel (par exemple,
des boutiques de seconde main pour renforcer la cohésion sociale, des pro-
grammes d’accompagnement/de mentorat et des formations professionnelles Outre les « travailleurs
pour les personnes sans emploi ne bénéficiant pas d’indemnités de chômage, pauvres » et les
des centres de conseil en matière de budget, des services de conseil pour rem- personnes âgées ayant
plir les formulaires de demande d’aides sociales, des centres d'hébergement des petites retraites, il y a les
pour les jeunes). travailleurs qui n’ont touché
aucun salaire depuis des
mois.
Dons individuels et volontariat Croix-Rouge slovène
Les sources de financement sont très variées. Certaines des Sociétés nationales
des pays les plus touchés ont réussi à attirer plus de dons de particuliers et d’en-
treprises qu’avant la crise, en particulier dans les pays où les collectes de fonds,
les dons individuels et les partenariats d’entreprises étaient déjà répandus.
D’autres Sociétés nationales ne peuvent pas en dire autant, le tableau étant
contrasté en ce qui concerne la solidarité au sein de la société et la hausse/dimi-
nution du nombre de volontaires.
7Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Penser différemment Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire
Recommandations et
engagements
Pour agir différemment, nous devons penser différemment. Nous devons
mieux comprendre comment les individus, les familles, les sociétés civiles et les
institutions peuvent s’adapter aux nouvelles réalités et renforcer leur résilience.
Les autorités nationales et locales, les entreprises, y compris le secteur bancaire,
les organisations humanitaires et les citoyens doivent faire preuve d’esprit d’in-
novation pour imaginer des solutions durables et à long terme pour réduire les
conséquences humanitaires de la crise économique.
Pour éviter que la crise économique ne devienne une crise sociale et morale, la
Fédération internationale recommande de prendre les mesures suivantes :
• Garantir une protection sociale
Les dispositifs de protection sociale empêchent les individus de sombrer dans la pau-
vreté. Aujourd’hui, les individus éprouvent de plus en plus de difficultés à se réinsérer
dans la société lorsqu’ils ont basculé dans la pauvreté, et nombreux sont ceux qui en
ressentiront les effets sur le long terme si aucune mesure corrective n’est prise.
• Éviter les coupes claires et systématiques dans les budgets des services
sociaux et de santé
Les individus et les communautés doivent être résilients pour surmonter la crise. Les
coupes dans les dépenses de santé peuvent entraîner des coûts personnels et financiers
plus importants sur le long terme, ce qui peut ralentir le processus de relèvement, voire
empêcher la population de se remettre pleinement de la crise.
• Accroître la prestation de services de santé mentale
Les troubles psychosociaux et de santé mentale augmentant généralement en période
de crise, il est d’autant plus nécessaire de fournir des soins de santé appropriés, et de
ne pas en réduire l’offre.
• Renforcer la coopération aux niveaux international et national afin de ga-
rantir le respect des droits des migrants et de promouvoir le respect de la
diversité, la non-violence et l'intégration
Si le développement économique que connaissent certains pays et la libre circulation
aux frontières offrent des possibilités aux migrants, ceux-ci sont souvent les premières
victimes de la discrimination en cas de crise. Conformément aux engagements pris par
les États à la XXXIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
en 2011, des efforts constants doivent être déployés pour garantir le respect des lois
existantes ou faire en sorte, là où aucun mécanisme n’est en place, qu’une protection
soit accordée aux migrants.
• Poursuivre et étendre le soutien actif à la réinsertion sur le marché du tra-
vail
En raison des effets de la crise économique, nombre d’Européens sont aujourd’hui
laissés pour compte, inactifs, au chômage, dépendants, exclus et déshérités. Les pro-
grammes pour l’emploi des jeunes figurent parmi les principales priorités de l’Union
européenne, mais il faut aussi prendre des initiatives en faveur d’autres générations.
8Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Recommandations et engagements
• Le secteur privé et la société civile collaborent pour financer le volontariat
et le promouvoir en tant que composante à part entière des systèmes so-
ciaux et de santé
Le volontariat peut apporter des avantages complémentaires et spécifiques tant à la
société qu’aux individus, en particulier en période de crise.
La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge s’engagent à :
• Partager leurs connaissances, leur expérience et leurs idées pour faire face
à la crise économique
La Fédération internationale veillera à ce que des systèmes soient en place pour per-
mettre aux Sociétés nationales d’échanger des informations et des expériences, en parti-
culier des connaissances, des bonnes pratiques et des enseignements tirés, et de tirer des
leçons de l'expérience d’autres organisations actives dans ce domaine.
• Renforcer et étendre les programmes sociaux existants en faveur des per-
sonnes les plus démunies
Dans nombre de pays, la crise a entraîné un accroissement des besoins humanitaires,
obligeant les Sociétés nationales à intensifier leurs activités sociales ou à proposer de
nouveaux services. Le problème lié à la montée des besoins et à la diminution des fonds
disponibles a contraint les Sociétés nationales à trouver des sources de financement
nouvelles et non traditionnelles.
• Trouver des solutions innovantes aux nouveaux défis humanitaires posés
par la crise économique
Les besoins ont augmenté, mais ils ont aussi changé. Nous devons donc adapter nos
programmes et nos approches afin d’apporter des solutions innovantes à ces nouveaux
besoins, en collaboration avec les pouvoirs publics et les partenaires. Ces solutions
peuvent par exemple prendre la forme d’approches globales et d’interventions précoces.
La Fédération internationale déterminera comment elle peut aider au mieux les Sociétés
nationales qui ont besoin d’assistance ou d’orientations pour adapter leurs activités aux
nouveaux défis humanitaires.
• Continuer à associer les personnes touchées par la crise économique à la
recherche de solutions
Alors même que le nombre de personnes en détresse continue à augmenter, nous devons
activement associer les personnes touchées par la crise à la recherche de solutions à
court et à long terme et les aider à les définir.
• Continuer à faire connaître les défis que doivent surmonter les individus
et les communautés les plus sévèrement touchés par la crise économique
Les conséquences humanitaires de la crise économique sont souvent occultées par les
chiffres. Les Sociétés nationales discuteront avec les personnes touchées pour veiller à
ce que leurs besoins ne soient pas négligés et que leurs préoccupations et leurs solutions
soient portées à l’attention des décideurs.
• Travailler en collaboration avec les gouvernements et d’autres partenaires
pour atténuer les conséquences humanitaires de la crise économique
En tant qu’auxiliaires des pouvoirs publics, les Sociétés nationales continueront à tra-
vailler en collaboration étroite avec d'autres parties prenantes afin de renforcer la rési-
lience des individus et des communautés et, ainsi, atténuer les conséquences de la crise
économique sur le plan humanitaire.
9Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Penser différemment Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire
Tendance 1 :
Les pauvres
s’appauvrissent
Principales conclusions :
nn La crise a fait augmenter le nombre de personnes vivant dans la
pauvreté
nn Le fossé se creuse entre riches et pauvres
nn Un plus grand nombre de personnes sollicitent une aide alimentaire
et d’autres formes d’assistance
nn Les conséquences humanitaires de la crise se font sentir en dépit
de la reprise économique
Luis Rubio / Croix-Rouge espagnole
10Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Tendance 1. Les pauvres s'appauvrissent
La pauvreté recule dans le
monde – elle progresse en
Europe
Il y a cinq ans, il aurait été inimaginable de voir des millions d’Européens faire
la queue pour manger dans des soupes populaires, recevoir des colis alimen-
taires à la maison ou s'inscrire dans des épiceries sociales (des magasins qui
vendent de la nourriture à des prix réduits aux personnes qui ont été aiguil-
lées par les services sociaux). Aujourd’hui, des citoyens qui appartenaient à
la classe moyenne vivent dans des caravanes, des tentes, des gares ou des
foyers pour sans-abri, et hésitent à demander de l’aide à la Croix-Rouge et au
Croissant-Rouge.
Lorsqu’ils finissent par solliciter de l’aide, c’est souvent parce qu’ils sont le
dos au mur. Ils demandent de la nourriture, des médicaments ou de l’argent
pour payer leurs factures d'électricité ou autre ou le loyer afin de ne pas être
expulsés de leur logement. Des millions de personnes sont touchées par cette
crise économique, la pire des soixante dernières années. La crise a fait perdre
leur emploi et leur maison à des personnes qui n’auraient jamais imaginé se
retrouver dans une telle situation et a rendu les pauvres plus pauvres encore.
La « crise » était censée être temporaire, un incident de parcours que nous
allions vite oublier. Qui aurait pu imaginer qu’elle durerait aussi longtemps
et qu’elle frapperait autant de personnes aussi intensément ? Aujourd’hui,
dans les pays couverts par Eurostat, plus de 18 millions de personnes reçoivent
une aide alimentaire financée par l’Union européenne, 43 millions n’ont pas
les moyens de s’offrir deux repas riches en protéines par semaine et 120 mil-
lions sont menacées de pauvreté. Nous espérons toujours que la crise prendra
bientôt fin, mais pour beaucoup, elle vient juste de commencer ou elle est sur
le point de commencer.
Réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015 était une des principales ambitions dé-
finies dans les objectifs du Millénaire pour le développement. Selon les Nations
Unies, sont pauvres ceux qui vivent avec moins de 1,25 dollar É.-U. par jour. En
2010, cet objectif était déjà atteint.
Toutefois, la plupart des pays européens retiennent la définition selon laquelle
sont pauvres ceux dont le revenu est inférieur à 60 % du revenu médian des
ménages du pays. Selon cette mesure, la pauvreté est largement répandue en
Europe. Sur les 52 pays ciblés par la cartographie réalisée par la Fédération
internationale, 34 affichent un taux de pauvreté à deux chiffres et neuf n’ont
pas pu fournir de données.
Et la situation s’aggrave…
Le bureau de la statistique de l’Union européenne, Eurostat, a publié des don-
nées sur le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale.
En 2011, elles étaient 120 millions, soit six millions de plus qu'en 2009, et repré-
sentaient un quart de la population européenne. Si la pauvreté recule dans le
monde, elle progresse en Europe.
Près de la moitié de la population bulgare était menacée de pauvreté en 2011.
Dans 17 pays européens, les personnes pauvres ou exclues constituent plus
11Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Penser différemment Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire
d’un cinquième de la population. Dans l’État qui a adhéré le plus récemment à
l’Union, la Croatie, la proportion est de près d’un tiers de la population.
Parmi tous les pays de l’Union européenne, seulement sept ont vu cette propor-
tion baisser, le plus souvent très légèrement. La Roumanie affiche une baisse de
Nous 2,8 %, mais 40,3 % de sa population reste menacée de pauvreté ou d’exclusion.
essayons de
nous adapter Étonnamment, aucun des pays souvent associés à la crise – l’Espagne, l’Italie et
à la nouvelle la Grèce – ne figurent parmi les cinq pays affichant la plus forte proportion de
situation, mais il est population menacée de pauvreté.
extrêmement difficile
de trouver des
fonds. Une distance sociale qui s'accroît
Croix-Rouge La pauvreté augmente en France, en Roumanie, en Espagne, en Suède et dans
croate nombre d’autres pays, selon les informations communiquées par les Sociétés
nationales dans le cadre de l’exercice de cartographie réalisé par la Fédération
internationale. Non seulement de plus en plus de personnes basculent dans la
pauvreté, mais aussi les pauvres deviennent plus pauvres encore et le fossé se
creuse entre riches et pauvres. Cela signifie que la « distance sociale » à par-
courir pour se réinsérer dans la société s’accroît.
Cette tendance – associée à l’émergence de nouveaux groupes de pauvres – a
poussé la moitié des Sociétés nationales européennes à intensifier leurs acti-
vités sociales ou à proposer de nouveaux services. D'autres ont engagé un dia-
logue avec les autorités de leur pays et leurs partenaires pour déterminer ce
qu’elles peuvent et devraient faire.
Même les Sociétés nationales dont la robustesse est reconnue et qui opèrent
dans les pays n’ayant pas été sévèrement touchés par la crise ont engagé un
processus d’adaptation et de changement. Par exemple, la Croix-Rouge danoise
gère des dons individuels collectés au titre d’un fonds social et la Croix-Rouge
Figure 1. Personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale
Pourcentage de la population totale, 2011
Bulgarie Lettonie Roumanie Lituanie Croatie
➊ ➋ ➌ ➍ ➎
Source : Eurostat
100 % 49,1 % 40,4 % 40,3 % 33,4 % 32,7 %
12Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Tendance 1 : Les pauvres s’appauvrissent
luxembourgeoise gère une épicerie sociale et examine les possibilités de ré-
pondre à l’augmentation du chômage des jeunes.
De la pauvreté à l’exclusion
La cartographie révèle également que même lorsqu’un pays parvient à sur-
monter le pire de la crise, il en ressentira les effets pendant des années. C’est
le cas de l’Islande, où la Croix-Rouge a fait face à la situation comme à une
Espagne : Difficile, mais pas impossible
« Il est clair que c’est devenu beaucoup plus difficile aujourd’hui », dit Jose
Javier Sánchez Espinosa, le directeur adjoint du département chargé de
l’insertion sociale de la Croix-Rouge espagnole en parlant de la réinsertion des
personnes vulnérables dans la société.
« Cela a toujours constitué un grand défi, mais en 2009, près de 50 % des personnes qui participaient
au programme d’aide à l’emploi réussissaient à trouver du travail. Aujourd’hui, le pourcentage de réussite
a baissé, passant à environ 30 %. Il est donc clairement plus difficile de trouver un emploi, mais pas
impossible », il ajoute.
La Croix-Rouge espagnole a conservé une approche globale en matière d’assistance aux personnes en
détresse, même si le nombre de personnes participant au programme d’insertion sociale a augmenté, de
900 000 en 2008 à plus de 2,4 millions en 2012.
« Nous nous efforçons toujours de faire plus que des distributions, nous essayons d’associer les
bénéficiaires à la recherche de solutions les concernant et de les encourager à suivre une formation ou à
faire du volontariat afin d’être des citoyens actifs, et non des bénéficiaires passifs de l’assistance », indique
Jose Espinosa.
« Avant la crise, nous appliquions la même approche pour venir en aide aux pauvres et aux sans-abri. Le
nombre de personnes pauvres ayant augmenté – parallèlement à la hausse du taux de chômage –, ceux
que nous accueillons dans le cadre d’ateliers ou de séminaires sont au début très sceptiques. Cela est
bien naturel compte tenu de la gravité de la situation dans le pays. Nous essayons donc de parler des
possibilités et des résultats de façon très réaliste. »
Chaque personne ou famille demandant de l’aide est inscrite dans un registre après avoir rempli un
questionnaire sur sa « situation sociale » qui sera utilisé par le personnel et les volontaires de la Croix-Rouge
espagnole lors de leur première rencontre avec la personne ou la famille. Le questionnaire vise à obtenir
des informations complètes – nourriture,
médicaments, logement, éducation,
finances – et permet de déterminer plus
facilement le type d’assistance dont la
personne ou la famille concernée a besoin.
« Nous rendons visite une fois par an aux
personnes qui ont reçu de l’aide et nous
utilisons les résultats et les données de
ces entretiens pour établir notre rapport
annuel sur la vulnérabilité sociale. Le
Croix-Rouge espagnole
rapport de 2012 indiquait que la situation
s’était aggravée depuis 2011, et celui de
cette année révèle qu'elle continue de se
dégrader », dit Jose Espinosa.
13Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Penser différemment Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire
catastrophe (voir encadré page 56), mais connaît maintenant des problèmes
liés au manque de revenus et à la dépréciation de la monnaie. En Lettonie, un
pays qui, de l'avis général, a surmonté la crise, la Croix-Rouge distribue encore
des vivres à 140 000 personnes, soit 3,5 fois plus qu’en 2009.
La Croix-Rouge française a indiqué que la population glissait de plus en plus
d’une situation financière précaire mais stable à une situation de vulnérabilité
financière, et de la vulnérabilité à la pauvreté, pour finir par l’exclusion. Une
tendance générale semble se dessiner, selon laquelle la situation des secteurs
défavorisés se détériore, 350 000 personnes étant tombées au-dessous du seuil
de pauvreté entre 2008 et 2011. Malheureusement, les besoins augmentent
mais les financements publics diminuent.
Les enfants en danger
Les enfants des ménages pauvres sont particulièrement vulnérables. Des études
récentes réalisées par la branche britannique de Save the Children montrent
que les enfants qui vivent dans la pauvreté ne partent pas en vacances, ne par-
ticipent pas aux voyages scolaires, n’ont pas de manteaux chauds pour l’hiver,
n’ont pas de chaussures et de vêtements à leur taille et ne peuvent même pas
ITALie : Sans-abrisme - une situation irréversible
« Les personnes qui étaient déjà pauvres deviennent plus pauvres
encore. Les familles avec enfants et un seul salaire vivent dans la précarité ;
souvent la totalité de leurs revenus est utilisée pour payer le loyer et les factures
des services collectifs », explique Giorgio Bocca, un volontaire de la Croix-
Rouge italienne à Milan, qui apporte un soutien aux personnes vulnérables et s'emploie à promouvoir
l’inclusion sociale.
« Si le soutien de famille perd son emploi, très vite, la famille ne pourra plus subvenir même à ses besoins
essentiels. »
Malgré l'attention portée aux « nouveaux pauvres », la Croix-Rouge italienne a constaté qu’un nombre
toujours plus grand de personnes qui vivaient déjà en marge de la société avaient été poussées au bord du
précipice par la crise économique. Le nombre de sans-abri augmente, et nombre d’entre eux n’ont pas de
quoi acheter les produits les plus essentiels, tels que la nourriture.
La Croix-Rouge italienne a mis en place quatre unités spéciales à Milan – « Unità di Strada » – pour venir
en aide aux sans-abri. Ces équipes sont particulièrement actives pendant l’hiver, entre 21 heures et une
heure du matin, mais aussi pendant les mois chauds d’été. Toutes les personnes à qui ces équipes portent
assistance ont une chose en commun : elles ne trouvent pas de travail.
Les volontaires de la Croix-Rouge qui composent ces unités spéciales constatent que nombre des personnes
qu’ils aident régulièrement commencent à perdre l’espoir de retrouver une vie normale.
« Je suis venue d’Ukraine, car il n’y a pas de travail dans mon pays », dit Olga, qui dort maintenant dans
la rue dans le centre de Milan. Olga travaillait en tant qu’aide-soignante de nuit dans un hôpital, mais elle
explique qu’aujourd’hui, même les emplois temporaires sont difficiles à trouver.
Cristina Mesturini, qui fait partie des unités spéciales depuis longtemps, a pu voir le changement.
« La vie est difficile ici pour les non-Italiens, qu’ils soient ressortissants de l’Union européenne ou non. Ils
viennent pour travailler, mais au lieu de cela, ils sombrent dans la pauvreté, et les autres sans-abri pensent
14Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Tendance 1 : Les pauvres s’appauvrissent
passer du temps avec leurs amis. Pas moins de 12 % des parents interrogés dans
le cadre de ces études ont dit que, régulièrement, leurs enfants ne recevaient
pas l'un des repas quotidiens. Un parent sur quatre a avoué sauter des repas ou
réduire les portions afin de faire durer au maximum les provisions.
Les enfants peuvent souffrir de la pauvreté. Ils peuvent même se sentir respon-
sables ou coupables s’ils ont l’impression que leurs parents se privent pour eux.
Les enfants des familles pauvres constituent une préoccupation particulière
pour les Sociétés nationales d’Europe, qui s’attachent à favoriser leur éducation
en fournissant une aide aux devoirs et des repas dans les cantines scolaires et en
tentant de promouvoir la tolérance et de réduire l’exclusion sociale.
Nombre de Sociétés nationales organisent des camps d’été pour les enfants,
mais certaines ont dû réduire ce type d’activités du fait de la crise. D’autres, au
contraire, organisent davantage de camps, mais ne parviennent quand même
pas à répondre à la demande de toutes les personnes que les services sociaux et
d’autres organisations ont aiguillées vers la Croix-Rouge.
qu’ils viennent voler des possibilités
d'emploi ou même les places dans
les foyers », explique-t-elle.
La pauvreté a augmenté, mais les
services sociaux ont été réduits.
Les dons publics de nourriture
et de couvertures ont eux aussi
fortement chuté. La Croix-Rouge
Michele Novaga / Croix-Rouge italienne
italienne fait de son mieux. À Milan,
elle distribue des aides alimentaires
financées par l’Union européenne
– riz, pâtes, fromage, biscuits, lait
et céréales – à 50 000 personnes,
ce qui ne représente qu’une petite
partie des personnes en détresse.
« Les personnes âgées font partie
des groupes les plus touchés », a
dit Manuela Locatelli, une employée de la Croix-Rouge basée dans l’est de Milan.
« Elles n’ont souvent pas de quoi acheter des provisions et n’osent pas aller dans les soupes populaires qui
se trouvent près de chez elles. Elles vont sur les marchés en fin de journée pour essayer d’acheter de quoi
manger avec les quelques euros qui leur reste ou, parfois, pour prendre les invendus au fond des cartons. »
La population essaie de réduire ses dépenses au maximum, consciente que plus elle glisse vers la pauvreté,
plus elle aura du mal à en sortir.
« Depuis que les prestations sociales du gouvernement ont été coupées, le soutien que nous fournissons
est essentiel », explique Marco Tozzi, un volontaire de la Croix-Rouge qui s’occupe de cas sociaux plus
complexes. « Les services publics ne peuvent simplement pas répondre aux besoins sans cesse croissants.
La citoyenneté active et les programmes de volontariat social ne sont qu’un début », ajoute-t-il.
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