Conclusions sur les couvertures comme solution de substitution aux herbicides - Entretiens de l'AEI Février 2018 M. Griffon
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Conclusions sur les couvertures
comme solution de substitution
aux herbicides
Entretiens de l’AEI Février 2018
M. GriffonLes 3 Origines des adventices
Présentes ds la dernière glaciation- déglaciation:
ayant donc résisté au froid et aux sécheresses
Importées avec des semences, par le vent,
ou par proximités successives
Mutations et résistances génétiques en
fonction de l’environnementSteppe glaciaire – paysage strate herbacée de l’Altaïr
(actuel). On peut considérer que lors de la dernière
déglaciation, ce paysage était majoritaire. Peu à peu
la forêt a conquis l’espace herbacé.
Photo: Vladimir S. MyglanHistoire évolutive des adventices
• Origines évolutives: toundras post glaciaires, dispersion éolienne des
graines, apparition des milieux agricoles (circuit des semences),
déplacement des populations humaines, des troupeaux, marchés…
• Puis, adaptation par mutation aux pratiques des milieux cultivés
(Jauzein 2001). « Mimétisme vavilovien »: apparition de
caractéristiques proches de celles des plantes cultivées associées.
Hybridations.
• Résilience des adventices : résistance héritée à la dessication, et à
l’asphyxie
Donc s’adaptent remarquablement à l’évolution
climatique post glaciaire et à l’agriculture« Stratégie écologique » des adventices
• Adaptées aux milieux « perturbés » donc agricoles et riches en
nutriments
• Stratégie rudérale: cycle court, floraison précoce, très
reproductrices
• D’où: Souvent très présentes dans les banques de graines du sol
Donc tendance à la domination des
adventices qui représentent l’essentiel
des végétaux hors plantes cultivéesPhénologie des adventices
Profondeur de germination pour Vulpin: 10cm.
grande majorité: dans les 5 cm.
Capacité de production de
semences généralement élevée
Germination automne et hiver dans Gaillet, renoncule,
les céréales d’hiver et le colza. vulpin, folle avoine
Graines en été
Germination de printemps Chénopode, renouée
Germination estivale Amarante, mercuriale,
digitaireQue tire-t-on de ces données? • Les adventices sauvages sont vraisemblablement mieux adaptées aux milieux que les plantes cultivées • Elles s’adaptent au milieu de culture des plantes cultivées (vraisemblablement par des mécanismes épigénétiques) • Les contrôler est donc d’une grande difficulté. Est-ce même possible? Faut-il chercher à les contrôler complètement, ou composer avec elles (les maintenir à un niveau acceptable?)
• Avec la déglaciation s’installe la grande forêt européenne: forêt primaire du zonobiome némoral (doux + hiver froid), et zonobiome méditerranéen • Les peuples du Néolithique puis celtes venus de l’Est apportent l’agriculture : Colonisation néolithique (commence vers – 3000) par le Danube et la Méditerranée: déforestation et généralisation de la strate herbacée post glaciaire • Les sociétés cherchent d’abord à contrôler cette strate herbacée par le feu (racines restent) et des moyens mécaniques (pour contrôler les racines): pioche, araire puis charrue en traction attelée… • La strate herbacée reste et devient une prairie pâturable et une jachère avec l’apparition de la rotation.
Source: Jean Paul Demoule. Le néolithique- Sciences Humaines- 10-05-2011
Dès que la forêt (strate arborescente complète) disparaît pour semer dans un sol riche et meuble, la strate herbacée prend la place (clairière) et le sol est envahi par les racines Sites: Framepool et fotocommunity
Source: Très riches heure s du Duc Jean de Berry L’envahisse ment progressif par la strate herbacée oblige à recourir à la charrue
Au XIXème siècle
• Contrôle des adventices par:
• Le labour (bœufs et chevaux)
• Le binage manuel ou mécanique pour les plantes sarclées
• Les successions culturales pour bénéficier de l’effet plantes sarclées et de
l’effet nettoyant
• Des limites:
• Quantité de travail importante
• Coût en énergie pour les animaux (1/3 de la sole cultivée)Après la deuxième guerre mondiale
• Le contrôle des adventices se fait massivement par:
• Le labour profond(retournement de la jachère puis suppression de la
jachère); utilisation de tracteurs, opération dispendieuse en énergie mais
avec des prix du pétrole de plus en plus bas jusqu’en 1973
• Les premières molécules herbicides de synthèse
• Très vite apparaissent des limites:
• Les pollutions chimiques
• Les coûts en énergie après le premier choc pétrolier
• L’érosion des sols découverts et travaillés en profondeur
• Les jours disponibles pour les travaux du solDés les années 50, le tracteur et la charrue sont la solution, grâce au pétrole bon marché. Source: FDSEA 28.
Dès les années 60, les herbicides se généralisent Source: Jouffray Drillaud.
Dès les années 60, les herbicides se généralisent Source: Jouffray Drillaud.
Avec les années 2000 se développent le semis-direct et le travail simplifié yc sans labour avec herbicides totaux (glyphosate). Source: Faut il travailler le sol? Ed Quae 2014
Depuis 2000
• Développement de résistances
chez les adventices: brome, ray-
grass, coquelicot, matricaire,
folle-avoine, chénopode, vulpin
• Opposition de plus en plus forte
de l’opinion publique aux
produits phytosanitaires
• Procès du Round up (glyphosate)
Vulpin des champs.
• Le gouvernement veut limiter les Source: Wikipedia
traitements3. Tendances actuelles
Dans l’avenir:
Changement climatique et adventices
• Les adventices s’adapteront avec du temps et elles devraient devenir
plus tolérantes au climat
• La hausse de température pourrait faciliter la migration vers le nord;
des adventices méditerranéennes en particulier. Il pourrait y avoir des
changements significatifs de flore
Sources: voir Webagri Terre-net, et INRA Stéphanie Gibot Leclerc et Jean F. SoussanaQue tire-t-on de cette histoire? • La prolifération des adventices actuelles est beaucoup le résultat de l’agriculture elle-même • Les rotations régulières créent des retours réguliers des adventices: Colza – blé – orge ray grass- vulpin - géranium • L’action contre les adventices fait évoluer la flore des mêmes adventices • Contrôler la compétition entre plantes cultivées et plantes non désirées est une des questions d’écologie opérationnelle les plus difficiles et les plus anciennes, donc avec des solutions non évidentes
Que tire-t-on de ces informations? • Beaucoup d’innovation dans l’après guerre, peu ensuite? • R&D d’abord fondée sur de nombreuses tentatives au hasard puis privilégie des Herbicides à effets génériques (totaux ou mono/dicotylédones), peu sélectifs • La perturbation de la photosynthèse comme mode d’action principal • L’ensemble des processus de toxicité (modes d’action) obtenus semble fait de cas ponctuels • Ces solutions ont été potentiellement imprudentes car on en ignorait les effets ultimes. La directive REACH a durci les règles mais ne peut prétendre tout vérifier • On est dans une logique de retrait des AMM
Une voie future? :recherche de précision du
traitement pour réduire le risque
Source: Site La terre
Maîtrise de la dérive: réglage des buses, obstacles
latéraux, charbons adsorbants…
En même temps: évolution vers la microdose ?
Evolution vers le traitement microlocalisé dans la
rhizosphère du sol ?Recherche de précision du traitement
Source: Cie MMC
Têtes de détection sur rampes: reconnaissance d’image
puis arrachage ou jet de précision
Utilisation de drones de reconnaissance (ex: chardons) et
de robots d’intervention Ultra Low VolumeTendance : Les voies chimiques futures: la
bioinspiration
• La base du raisonnement: l’allélopathie (mécanismes inhibiteurs de
proximité)
• Les progrès en génomique et métabolomique
• Dans l’histoire évolutive, certaines plantes ont pu résister à la concurrence
en produisant des molécules toxiques contre les adventices
• Selon l’époque de leur apparition dans l’arbre de la vie, ces processus sont
plus ou moins génériques ou spécifiques
• Avantages: la bioinspiration garantit que les molécules sont
métabolisables dans la biosphère et qu’elles peuvent donc avoir une
fin ultime, mais cela ne garantit pas l’acceptabilité. Antérieurement,
des molécules biomimétiques ont été interdites (pyrèthre)Des interrogations sur l’avenir de la voie chimique • Les plantes cultivées étant très peu nombreuses par rapport aux autres, c’est potentiellement la quasi-totalité de la flore qu’il faut contrôler, c’est-à-dire une diversité extrême • Cela amène à réfléchir à des spectres d’action très larges, car des spectres spécifiques demanderaient un grand nombre de molécules. • Les spectres d’action larges ne sont pas prudents • Le glyphosate a cette caractéristique. De plus, son coût est peu élevé. Cela crée donc un « verrouillage »
4. La poursuite de la voie mécanique de contrôle des adventices
• Le contrôle en « aire »
• Le labour mais superficiel: 13 cm
• Les dents en travail d’arrachage
• Herse étrille et houe rotative
• La pratique des faux semis
• Le mulch de terre (Horsht)
• Le contrôle en ligne: strip till
• Le binage guidé électroniquement
• Le contrôle en « points »
• Arrachage ponctuel (manuel, assisté)
• Binage ponctuel
• Destruction thermique ( gaz, eau chaude)
• Destruction laser (Univ. Leibnitz)5. La gamme des solutions fondées sur l’écologie
Source: passion Céréales
Source: Supagro
Les rotations et l’effet précédent cultural
• L’allélopathie utilisée en effet précédent
• « Ensemble de plusieurs interactions biochimiques directes ou
indirectes, positives ou négatives, d'une plante sur une autre
(micro-organismes inclus) au moyen le plus souvent de
métabolites secondaires tels les acides phénoliques, les
flavonoïdes, les terpénoïdes et les alcaloïdes ». Def INRA
• L’effet sur les adventices des techniques utilisées lors de la
culture antérieure
• Travail du sol (labour, binages…)
• Optique rotations longues / optique succession annuelleCas: rotation conçue pour maîtriser les adventices
sans herbicides
1. Luzerne (2 ou 3 ans) avec fauche contre les vivaces
2. Luzerne
3. Luzerne
4. Blé
5. Paille secondaire
6. Légumineuse annuelle, culture de printemps pour
casser le cycle des adventices
7. Blé
8. Tournesol: culture sarclée, semis de printemps
9. Retour luzerne si adventices ou culture à semis
d’automne
10. Blé
Source: Joséphine Peigne et François Vian ISARAL’effet « couverture » végétale
• Densité de semis élevées, gestion du risque de verse
• Association d’espèces dominant les adventices dans
l’espace et dans le temps et ne gênant pas les plantes
cultivées
• Couvertures permanentes entretenues
Avoine vesce. Source: site ArvalisCas: couverture de trèfle + Eco-dyn
Eco-dyn: travail horizontal du sol à 4cm: racines
coupées.
Trèfle d’Alexandrie en couverture, détruit par le gel
(mulch)
Puis semis de maïs.
Adventices maintenues sous
le couvert.
Manfred Wenz, Pays de Bade- FA 7-12-2012Cas: Les prairies comme couvertures nettoyantes (3 à 5 ans) • Expérimentations de Franck Baechler • Prairies dans des exploitations céréalières • Troupeau bovin dans d’autres exploitations; animaux en pension • Contrats d’utilisation de l’herbe par les troupeaux • Problème: risque d’interdiction du labour des prairies
Cas: Blé dur + Luzerne annuelle + Mouton en Australie
Medicago truncatula (annuel)
AustralieCas de la « milpa » en Amérique centrale
Cas idéal en couvertures végétales vivantes
Plante principale captant la lumière
Légumineuse fournissant N
Cucurbitacée retenant
l’humidité ou plante
couvrante fournissant NL’effet couvertures mortes: mulchs
• Résidus végétaux du précédent constituant une mince couche de
mulch
• Mulch issu d’une culture dédiée avant cycle: pompe biologique
détruite par herbicide ou mécaniquement
• Mulch apporté
• Paillage
• BRF Bois raméal fragmenté
Site: agriculture de conservationCas: Cultures dérobées et mulchs
• Expérimentations Bernard de la Morinière
• Semis d’une association d’espèces dans des blés dès la
moisson faite
• Le couvert végétal est « blessé » mécaniquement et tué
au glyphosate avec de faibles doses
• Le semis est fait directement dans le mulch qui en résulteL’effet des couvertures plastiques
• Plastiques contrôlant la photosynthèse et la
croissance des plantes privées de lumière
• Plastiques (polymères biodégradables contenant en
complément des herbicides à diffusion lente pour
contrôler la germination
Source: CARBIOSL’AEI combine les réponses suivantes • Les rotations et successions culturales utilisant l’allélopathie • Les couvertures utilisant la concurrence contre les adventices • Les solutions mécaniques, en privilégiant le ponctuel, la ligne puis subsidiairement le labour • Subsidiairement: les herbicides dans une optique de précision et de limitation des traitements
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