L'Envoi - La nativité famille et naissance! - Diocèse de Saint-Hyacinthe
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L’Envoi Revue de l’Église de Saint-Hyacinthe
La nativité
famille et naissance!
Volume XXXI, numéro 3 • Novembre - Décembre 2015ANNÉE SAINTE DE
LA MISÉRICORDE
2015-2016
Venez visiter la
Porte de la Miséricorde
à la cathédrale de Saint-Hyacinthe
et visitez le www.diocese-st-hyacinthe.qc.ca
afin de connaître les lieux
de la miséricorde près de chez vous!Sommaire
5 Message de Noël
Mot de Mgr Lapierre
6 N’oubliez pas de développer
votre cadeau
par Michel Pelletier, d.p.
7 Noël d’autrefois, Noël d’aujourd’hui
par Frédéric Barriault
10 La famille et la catéchèse :
indissociables!
par Hélène Lussier
13 Quand le désir d’un enfant rime
avec épreuve et drame spirituel
par Frédéric Barriault
17 L’histoire de la fête de Noël
par Guy Prévost, d.p.
21 1928 : Noël
par Marc Benoît
23 50e anniversaire d’ordination
presbytérale de Mgr Lapierre
par Mgr Jean-Marc Robillard
27 ChancellerieMOT DE LA RÉDACTRICE
Catherine D. Marcoux
D u plus loin que je me souvienne, Noël est pour moi un temps privilégié
de l’année où les traditions sont à l’honneur. Où le souper du Réveillon et les
partys de famille fusent de partout. Où la chaleur du Divin descend parmi nous.
Depuis l’arrivée de mon neveu/filleul il y a trois ans, Noël revêt un manteau de
plus. Un baume me permettant de faire un retour à l’essentiel. C’est fou ce que
peut faire une naissance...
Pour ce numéro nous traverserons les époques afin de faire un petit voyage dans
le temps et nous remémorer, avec une pointe de nostalgie je l’avoue, les Noëls
d’antan du Québec. Le temps des fêtes est avant tout un moment de l’année
passé en famille. Comme sous la crèche chérissons ces précieux instants afin
de revenir aux sources. Sans oublier un événement majeur de notre diocèse, Mgr Lapierre
qui célèbre son 50e anniversaire d’ordination presbytérale!
L’actualité, nous dit Mgr Lapierre, fait penser à la Nativité. Aujourd’hui plus que jamais
nous avons besoin d’ouverture afin d’accueilir l’autre. Il y a plus de 2015 ans, un enfant
est né afin de nous apprendre à laisser tomber les barrières, les stéréotypes et aimer notre
prochain.
Bonne lecture et à l’année prochaine!
CATHERINE D. MARCOUX, responsable aux communications
communic@diocese-st-hyacinthe.qc.ca
Coordination et rédaction : Catherine D. Marcoux Abonnement : 20 $ / 5 revues (avec annuaire : 35 $)
Comité de rédaction : Frédéric Barriault, Marc Benoît, Stéphanie Chèque à l’ordre de CECR Saint-Hyacinthe
Bernier, Sr Françoise Boulais et Monique Cyr Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada.
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
Équipe technique : Sylvie Beaupré, Nicole Bossinotte
et Louise Robillard L’Envoi est édité par le diocèse de Saint-Hyacinthe et est
publié 5 fois par année, de septembre à juin. Il est membre
Adresse : Secrétariat diocésain de l’Association Canadienne des Périodiques Catholiques
1900, rue Girouard Ouest, C.P. 190, Saint-Hyacinthe (ACPC).
(Québec) J2S 7B4
Téléphone : 450 773-8581 - Télécopieur : 450 774-1895 Tout texte publié dans L’Envoi demeure l’entière responsa-
communic@diocese-st-hyacinthe.qc.ca bilité de son auteur et n’engage que celui-ci.
www.diocese-st-hyacinthe.qc.ca Prochaine parution : le vendredi 26 février 2016
Date de tombée : le vendredi 29 janvier 2016
4 NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015MESSAGE DE NOTRE ÉVÊQUE
François Lapierre p.m.é.
Message de Noël
Nous célébrerons dans quelques pourcentage de gens sont réticents face à leur venue
jours Noël 2015, oui Noël 2015 après les évènements de Paris et de bien d’autres
parce que nous comptons les endroits dans le monde.
années depuis la naissance de
Jésus. Mais la nouveauté qu’apporte la venue du Sauveur nous
invite à l’ouverture, à un amour universel car tout être
On peut se demander : Mais humain mérite d’être connu et aimé. L’ignorance de
quelle est la nouveauté qu’apporte cet enfant pour que l’autre est souvent source de peur et même de violence.
sa naissance marque le début d’un nouveau temps?
Jésus est né dans une crèche car, nous dit l’évangile,
L’apôtre Paul a bien saisi que Jésus apporte une nouvelle « il n’y avait pas de place dans la salle commune » (Luc
vision de l’être humain quand il écrit aux Galates : « Il 2,7). On peut penser que Marie et Joseph étaient perçus
n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme comme des « étrangers » dans ce village de Bethléem.
libre, il n’y a ni homme, ni femme; car vous ne faites
qu’un dans le Christ Jésus. » (Gal 3,27) C’est ce même Jésus qui dira plus tard « J’étais un
étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35) et nous
La nouveauté qu’apporte l’enfant de la crèche nous fait apprendra que la valeur de tout être humain est plus
voir que la valeur de l’être humain ne lui vient pas de son grande que son appartenance ethnique ou religieuse.
appartenance ethnique ou religieuse, de son orientation C’est là l’une des nouveautés qu’il a apportée à la vie
sexuelle ou de son statut social. du monde.
Dans la nuit de Noël ce sont des bergers dont le travail Je vous souhaite un très joyeux Noël 2015 et une bonne
n’était souvent pas valorisé qui sont les premiers témoins et heureuse année 2016.
du mystère de la Nativité.
Nous le savons, nous nous préparons à accueillir des François Lapierre p.m.é.
9 décembre 2015
réfugiés; des sondages récents montrent qu’un bon
JOYEUX NOËL
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
ET BONNE
ANNÉE 2016!
NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015 5CHRONIQUE DU DIACRE
Michel Pelletier
N’oubliez pas de développer votre cadeau
Une mère de famille me racontait précédés et elle est encore bien présente dans le cœur
qu’une année, à Noël, les invités de la très grande majorité des chrétiens. Malgré le
avaient été tellement généreux fait qu’elle ne semble pas très active ou quelque peu
en cadeaux de toutes sortes pour endormie chez plusieurs de nos contemporains, un
les trois seuls enfants présents peu comme un feu qui couve sous la cendre, elle
à la fête, que ces derniers n’en n’attend qu’un petit souffle de l’Esprit-Saint pour se
finissaient plus de développer raviver et reprendre toute sa vigueur.
leurs cadeaux, les uns après les
autres. Tellement que l’un d’eux, Profitons de cette Année Sainte, consacrée à la misé-
empressé de jouer avec l’un de ses cadeaux, en a ricorde, en participant nous-mêmes et en invitant
oublié un, non développé, derrière l’arbre de Noël. le plus de chercheurs de Dieu possible de notre
Le lendemain matin, à la demande de sa mère, il a entourage à participer aussi à toutes les activités et
appelé son donateur pour le remercier. pèlerinages qui seront proposés en Église dans le cadre
de cette année toute spéciale, notamment, une visite
Cette anecdote m’amène à réfléchir à tout l’aspect à la cathédrale de Saint-Hyacinthe dans le cadre d’une
commercial de la fête de Noël qui prend toujours de démarche spirituelle préalablement bien préparée par
plus en plus de place et peut parfois même éclipser la prière et le sacrement du pardon pour traverser
sa dimension spirituelle. Cela se pourrait-il que, parmi la Porte de la Miséricorde qui y sera spécialement
les cadeaux oubliés au pied de l’arbre, il y ait aussi aménagée pour l’occasion. Le Seigneur nous y attend,
l’enfant Jésus dans la crèche? Celui-là même dont impatient de nous combler de ses grâces.
nous célébrons la venue à Noël. Il n’y a rien de bien
répréhensible dans le fait d’offrir plusieurs cadeaux Avec insistance et confiance, demandons au Seigneur
aux enfants et de les gâter un peu quand on en a les que soit renouvelée et ravivée en chacun de nous cette
moyens. Mais la fête de Noël n’est-elle pas d’abord grâce d’union à Dieu et ainsi nous pourrons espérer
et avant tout la fête de la nativité du Sauveur ? Cet redonner à toute l’Église un nouvel élan missionnaire
événement est fêté, non seulement pour qu’on se pour que nos frères et sœurs, qui ont tant besoin
souvienne de la venue de Jésus parmi nous, il y a déjà d’amour et de lumière, puissent enfin s’en abreuver
plus de 2000 ans, mais pour qu’on l’accueille toujours directement à la source : le cœur miséricordieux de
de plus en plus en nos cœurs et pour que sa présence Jésus Christ.
en nous, nous transforme en artisan de paix, en témoin
de sa miséricorde, en ami des pauvres, en amoureux
de la vérité, en enfant de la Lumière, … Joyeux Noël
On a parfois l’impression que beaucoup de chrétiens
Bonne et Sainte année
ont oublié dans un petit coin de leur cœur, toujours de la Miséricorde!
bien conservé dans son emballage d’origine, le
merveilleux cadeau que le Seigneur leur a fait à leur
baptême, ce don gratuit de Dieu, sans l’avoir vraiment Michel Pelletier, diacre permanent
développé. Granby
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
« Je te le rappelle : ravive le don gratuit de Dieu, ce
don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains
». Voilà ce que saint Paul disait à son disciple Timothée,
lui rappelant également que sa mère et sa grand-mère
possédaient aussi en elles cette foi sincère.
La foi chrétienne nous a été transmise par plusieurs
générations de fervents catholiques qui nous ont
6 NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015DOSSIER
N
oël est, sans contredit, la fête de la nostalgie juifs célèbrent eux aussi le solstice d’hiver et la fête de
par excellence. Il suffit d’interroger nos parents la lumière : pendant huit jours consécutifs, ils doivent
ou nos amis et tous affirmeront à l’unisson que allumer l’une après l’autre les chandelles installées sur
Noël n’est plus ce qu’il était dans le bon vieux un chandelier à huit branches.
temps, cette époque bénie où tout était mieux qu’au-
jourd’hui. Plusieurs personnes conservent en effet des Il reste évidemment quelque chose de cette célébration
souvenirs impérissables des Noëls traditionnels qu’elles de la lumière, d’abord dans nos couronnes de l’Avent et
ont connu dans leur enfance. Comme toute nostalgie, leurs quatre bougies. Et aussi, quoique de manière clin-
cette idéalisation du passé passe sous silence une donnée quante et ostentatoire, dans les guirlandes lumineuses
essentielle : à partir des années 1850, la fête chrétienne qui décorent nos maisons et nos sapins lors de la période
de Noël a été en bonne partie « contaminée » par les des Fêtes.
valeurs mercantiles et individualistes promues par la
société capitaliste. Or, c’est sans doute là que le bât blesse : dans nos villes
modernes, il y a une telle surabondance de lumière,
Les historiens sont formels : la fête de Noël — du moins même en plein hiver, qu’il est parfois difficile, voire
telle que nous la célébrons désormais — est apparue à impossible, de se recueillir convenablement. La noirceur
une époque très récente dans l’histoire, c’est-à-dire au et la lumière sont en effet deux dimensions complé-
milieu du XIXe siècle. Et d’abord au sein du monde bour- mentaires de l’expérience religieuse. C’est souvent dans
geois, anglo-saxon et protestant. Les chrétiens célèbrent l’obscurité la plus totale de la nuit que des mystiques
certes l’Avent et la Nativité depuis les tout débuts de chrétiens — Thérèse d’Avila, Jean de la Croix et Christian
l’histoire de l’Église. Ce qui est nouveau, par contre, c’est de Chergé, par exemple — ont connu leurs plus puis-
l’idée voulant qu’il s’agisse d’une fête avant tout privée, santes illuminations religieuses.
vécue d’abord en famille, dans l’intimité du foyer, aux
abords d’un sapin illuminé et richement décoré, et au Il s’agit certes là de cas exceptionnels. Le Québec rural
pied duquel les enfants déballent de (trop?) nombreux de jadis était néanmoins plus propice au recueillement.
cadeaux — cadeaux qui leurs sont d’ailleurs tendus par Avant l’électrification rurale des années 1940 et 1950,
un papa (ou un grand-papa) déguisé en Père Noël, aux les villages agricoles du Québec étaient immergés dans
couleurs de… Coca Cola! Un Noël dont le contenu l’obscurité. Seules quelques lampes à l’huile et, chez
chrétien et les référents religieux sont, admettons-le, les plus riches, des réverbères au gaz, illuminaient les
extrêmement minces. maisons. Le trajet pour se rendre à la messe de minuit
se faisait dans la noirceur totale de la nuit, les chemins
Ce court article s’attachera à faire ressortir les dimensions n’étant éclairés que par les reflets de la lune et des
ouvertement religieuses des Noëls anciens. Non pas par étoiles, sur la neige immaculée. Cette immersion dans
nostalgie pour un temps révolu mais avant tout pour l’obscurité de la nuit contrastait totalement avec la riche
qu’on puisse prendre toute la mesure de l’évolution des lumière qui se dégageait de l’église paroissiale et qui
mentalités. conférait puissance et éclat à la flamboyante liturgie de
la fête de la Nativité.
L’ombre et la lumière
Cette immersion dans la nuit et le froid amenait aussi
La fête de Noël coïncide avec le solstice d’hiver, c’est-à- les fidèles à penser au petit Jésus frissonnant et sans
dire avec la noirceur la plus totale. La nuit de Noël est en doute terrifié, couché dans une mangeoire d’une crèche.
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
effet l’une des plus longues de l’année. Cette « mort » de L’obscurité ambiante et la monotonie du trajet à cheval
la lumière était d’ailleurs une profonde source d’angoisse devait sans doute amener les fidèles d’autrefois à scruter
pour les peuples primitifs de l’Antiquité. Non sans raison, la voûte céleste, à la recherche de l’Étoile ayant guidé les
plusieurs fêtes et rituels s’efforçaient de conjurer et de bergers et les Rois Mages jusqu’à Bethléem.
surmonter cette peur bien réelle. Lors du solstice d’hiver,
les peuples païens rendaient un culte au soleil ou à la Par une copieuse ironie, nous tentons désormais d’atté-
divinité qui « contrôlait » la lumière, afin que celle-ci ne nuer la puissance des néons et lampes halogènes afin
disparaisse pas pour toujours. Lors de l’Hanoukka, les de créer des « réserves de ciel étoilé », notamment aux
8 NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015DOSSIER
abords des observatoires astronomiques comme celui de taux verdoyants, qu’il s’agisse de feuilles de gui ou de
Lac-Mégantic. feuilles de houx. Les anglo-saxons ne s’y sont pas trom-
pés lorsqu’ils ont créé le mot evergreen (toujours verts)
Mort de la nature, naissance du Messie pour désigner les conifères. Ces arbres-là sont en effet
les seuls à résister à la « mort » de la nature, lors de la
Le cycle de l’Avent et la fête de Noël prennent place saison hivernale. D’où leur étroite association avec l’idée
au moment même où, sous nos latitudes, la nature d’immortalité.
commence à « hiverner ». Les récoltes sont terminées et
l’Action de grâce a été célébrée. Les feuilles des arbres L’association entre le sapin et la fête de Noël est d’abord
sont tombées, la terre est gelée, le foin et le grain sont apparue au sein du christianisme germanique. On raconte
ensilés, les animaux rentrent à l’étable. Bref, la nature se que saint Boniface, l’évangélisateur de l’Allemagne,
meurt; elle ne « ressuscitera » que dans quelques mois, aurait expliqué aux païens germaniques le mystère de
au printemps. Dans le monde agricole de jadis, le mois la Trinité en faisant référence à la forme triangulaire du
de novembre était un mois « perdu » : on ne pouvait plus sapin (notons que saint Patrick, lorsqu’il évangélisait les
cultiver la terre mais on ne pouvait encore — du moins Irlandais, leur avait expliqué la Trinité… à l’aide d’une
pas avant la première neige — aller bûcher des arbres et feuille de trèfle). Quoi qu’il en soit, c’est d’abord chez
« charroyer » son bois de chauffage. les chrétiens de langue allemande que la fête de Noël
fut associée au sapin. Le tout premier sapin de Noël
de l’histoire du Canada a d’ailleurs été vu en 1781, à
Sorel, chez une riche famille allemande (celle du général
Friedrich Adolf von Riedesel). Ce sont d’abord les riches
et avant tout les protestants qui vont adopter le sapin de
Noël. Les Canadiens français ordinaires ne vont se rallier
à cette mode que dans les années 1940-1950.
Le dépouillement et l’abondance
Jadis, le cycle de l’Avent rimait avec privations et sacri-
fices, sous forme de jeûne. Il s’agissait, par ce biais, de
se purifier physiquement et spirituellement, en prévi-
sion de la fête de Noël mais aussi de la célébration de
Novembre était donc un mois « oisif » au cours duquel l’Eucharistie qui aurait lieu lors de la messe de minuit.
on se préparait, nous aussi, à hiberner. C’était la saison Rappelons qu’autrefois, les catholiques ne communiaient
des veillées et des contes, où les histoires de morts et que deux fois l’an, d’abord à Pâques et ensuite à Noël,
de revenants étaient à l’honneur. Car qui dit novembre lors de la messe de minuit. Jusqu’à ce que le pape Pie X,
dit aussi mois des morts, et ce, tant dans la vie civique au tout début du XXe siècle, n’encourage la communion
(Halloween, Jour du Souvenir) que dans la vie liturgique fréquente, de même que son corollaire : les congrès
(Toussaint, Fête des morts). eucharistiques.
Puis, début décembre, commençait un nouveau cycle Bref, avant de recevoir le Corps du Christ, il fallait disci-
liturgique : celui de l’Avent. Changement complet d’am- pliner son corps, purifier son esprit et aussi confesser ses
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
biance : malgré la grisaille de la fin de l’automne, malgré péchés à Monsieur le curé afin d’être en « état de grâce »
la noirceur environnante, malgré la « mort » de la végéta- au moment de communier. Ça voulait donc dire se priver
tion et de la nature, on se prépare à célébrer la naissance de viande, de gras et de sucreries pendant près d’un mois
de Celui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6), (et pendant six semaines chez les chrétiens d’Orient). En
de même que « la lumière du monde » (Jn 8, 12). jeûnant lors de l’Avent, les catholiques se soumettaient
aussi aux mêmes privations que Joseph et Marie, lors
C’est sans doute pour conjurer cette « mort » de la de leur exil forcé vers l’Égypte, afin d’échapper à la folie
nature si Noël rime aussi avec sapins et autres végé- meurtrière du roi Hérode.
NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015 9DOSSIER
Ce jeûne ne prenait réellement fin que le 25 décembre Que s’est-il donc passé? D’abord l’influence du protes-
au soir, après la messe de minuit. Et encore, il s’agissait tantisme anglo-saxon, chez lesquels les étrennes
souvent d’un léger goûter : d’abord, parce que le repas étaient distribuées à Noël plutôt qu’au Jour de l’an. Les
avait lieu en pleine nuit, ensuite parce qu’un estomac marchands et les grands magasins à rayons ont voulu
ayant jeûné est souvent plus fragile. De fait, les ripailles faire en sorte que tous leurs clients — qu’ils fussent
bien grasses et les repas bien arrosés avaient souvent catholiques, protestants ou juifs — achètent des cadeaux
lieu au Jour de l’an. C’est là qu’on sortait les tourtières, et les distribuent à Noël. Ensuite, la mutation des menta-
le ragoût de pattes de cochon et la grosse dinde. Mais lités qui a transformé la fête de Noël en fête des enfants,
aussi la bière, le gin et le whisky. Et, bien sûr, le violon, alors que c’était jusque-là une fête religieuse pour tous.
l’accordéon et le « calleur » de sets carrés. Car, il faut bien le dire, la très longue messe de minuit
(plus de deux heures) et le long trajet à cheval dans la
Notons aussi qu’autrefois, ce n’est qu’au Jour de l’an froidure hivernale faisaient en sorte que les tout petits
que les enfants recevaient et déballaient leurs cadeaux. enfants restaient à la maison.
On constate donc le monde de différence entre ces Les publicistes et autres « marchands du Temple » ont
Noëls-là et ceux d’aujourd’hui. Rares sont les familles créé toute une succession de personnages féériques et
— même catholiques — qui s’astreignent aux jeûnes enchanteurs — Santa Claus, ses lutins, ses rênes et son
et privations lors de l’Avent. On mange « gras » tout chariot volant — lesquels ont fini par déchristianiser la
au long du mois de décembre et les enfants déballent fête de la Nativité. Et en faire une fête de plus en plus
leurs (nombreux) cadeaux dès le 25 décembre. Enfants commerciale où il s’agit de gâter — au sens propre et
qui finissent aussi de manger leur cargaison de bonbons figuré — des enfants qui, souvent, ne manquent de rien,
d’Halloween tout au long du mois de novembre, sinon sinon de l’essentiel : la vie spirituelle.
de décembre.
En raison de tout cela, la fête de Noël est de moins en
Jésus et Santa Claus moins célébrée collectivement et dans l’église paroissiale,
les gens préférant la fêter à la maison et en famille, au
Dernier contraste entre les Noëls d’hier et ceux d’au- pied du sapin. Et loin de toute référence à Jésus, à Marie
jourd’hui : la place prépondérante qu’occupe désormais et à Joseph.
Santa Claus, c’est-à-dire le Père Noël. Alors que, jadis,
Jésus prenait toute la place. Il occupait une place prépon-
dérante dans les prières, les cantiques, les chants et la
liturgie. Il était aussi présent dans les processions et les
représentations théâtrales de la Nativité. Et aussi dans
les crèches : celles qui décoraient les maisons et celle
que le bedeau érigeait patiemment — et dans le plus
grand secret — dans l’église paroissiale. Le divin enfant
était aussi présent dans les petits Jésus de cire que les
religieuses et leurs écolières façonnaient et habillaient. Et
que l’on déposait de manière solennelle dans la crèche
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
fabriquée par le sacristain du village.
Le Christ était également présent lors des étrennes,
puisque dans le monde catholique d’autrefois, c’était le
petit Jésus lui-même — assisté par quelques angelots —
qui se faufilait dans les maisons et déposait des cadeaux
au pied des lits — ou dans les bas de Noël — des enfants
sages.
10 NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015PASTORALE
La famille et la catéchèse :
indissociables! Hélène Lussier
responsable du Service aux couples et aux familles,
animatrice de sessions La spiritualité au quotidien,
diocèse de Saint-Hyacinthe
Le pape Paul VI, dans son encyclique sur l’évangélisation, des valeurs d’autrui. Ce berceau, c’est la famille de Jésus
Evangelii Nuntiandi, présente la famille comme une Christ, l’Église, notre Église en plein monde. La catéchèse
« Église domestique ». La famille chrétienne est appe- part du berceau, elle se vit au quotidien, souvent dans
lée à vivre les valeurs chrétiennes, à en témoigner. Pour de simples gestes.
sa part, Jean-Paul II, dans Familiaris Consortio (no 17),
écrit : « La famille a la mission de garder, de révéler Les mots pour dire sa foi
et communiquer l’amour. » Chaque chrétien, par son
choix de vocation, est missionnaire là où il est enraciné : Bien souvent, quand j’anime des groupes de parents ou
« Fleuris là où tu es planté » (saint François de Sales). de couples, j’entends : « Je n’ai pas les mots pour parler
Or, la catéchèse est « l’ensemble des actions destinées de la foi… Je ne sais pas quoi dire, mais, en même temps,
à éduquer des enfants, des jeunes et des adultes à la je veux que mon enfant puisse se marier à l’église, qu’il
doctrine chrétienne ». soit parrain ou marraine... » Ces parents ou ces couples
ressentent de l’impuissance devant le défi de transmettre
Chaque membre d’une famille devient évangélisateur leur foi. Ils n’ont pas eux-mêmes les mots pour le dire.
pour l’autre. La 8e Rencontre mondiale des familles avait Toutefois, l’enfant, dès son jeune âge, apprend par le
pour thème L’amour est notre mission : une famille plei- toucher, il voit tout, il entend tout. Il voit l’émerveillement
nement vivante. Est-ce que la famille chrétienne d’au- de ses parents, leurs bontés, leurs délicatesses, et aussi
jourd’hui est pleinement consciente de la mission qui lui leurs manques d’amour, leurs demandes de pardon. Il
est confiée : révéler Jésus Christ par ses actions? Écrire voit le crucifix, la Bible, etc. Dans le développement du
une page d’Évangile bien vivante au quotidien? tout-petit, jusqu’à sa vie adulte, le parent a à témoigner
de ses convictions, de ses valeurs morales ou chrétiennes.
Quand un enfant vient au monde, les parents lui préparent L’enfant verra la cohérence entre paroles et actes. Donner
un berceau. Celui-ci est en quelque sorte une rampe de le goût de Jésus Christ, cela passe par le quotidien : par
lancement dans la société. Cet enfant sera porté par des gestes, des rites, des temps d’intimité et d’intériorité
ce que ses parents auront souhaité lui transmettre du adaptés à l’enfant selon son âge. Donner le goût de Jésus
meilleur d’eux-mêmes : l’amour, le respect, le pardon, Christ, c’est aussi accepter d’être questionné par son
le dialogue, etc. La liste est longue de ce que chacun et adolescent(e), de voir la foi chrétienne remise en cause.
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
chacune veulent transmettre. Éduquer un enfant, c’est Pour donner ce goût, les parents ont besoin du soutien
le rendre autonome pour qu’il puisse partir, quitter le nid de leur communauté paroissiale.
familial, faire en sorte qu’il puisse voler de ses propres
ailes. Aujourd’hui, le défi est grand : beaucoup de familles ou
de parents qui font la demande de sacrements auraient
Quand on veut mettre au monde un chrétien, on lui besoin de plus de temps pour eux afin de revisiter leur
prépare aussi un berceau. Les parents lui permettent ainsi propre cheminement de vie chrétienne. Un parent me
de « s’élever », de devenir une personne tournée vers partageait : « Je ne suis pas pratiquant, mais je crois.
les autres, attentive à ce qui se vit autour, respectueuse
NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015 11PASTORALE
Chaque soir, ma femme et moi, on bénit nos enfants, on
les confie à Dieu. On ne va pas à la messe, mais il nous
semble important que nos enfants vivent les sacrements.
Cela les aidera dans la vie… » Je lui demande : « Parlez-
vous de Jésus avec eux? » Il me répond : « Non, nous ne
savons pas comment. »
Un parcours aidant : La spiritualité au quotidien
L’Office de catéchèse du Québec (OCQ) et le diocèse
de Trois-Rivières ont développé un parcours d’éveil à la
spiritualité familiale intitulé La spiritualité au quotidien.
Ces ateliers sont des bijoux de rencontres, auxquelles les
parents participent pour eux-mêmes, pour leur propre
cheminement de foi. Ils peuvent y trouver les mots pour
dire leur foi, pour en témoigner. J’ai animé ce parcours
plusieurs fois depuis l’an 2000 et j’y ai constaté de
belles transformations. Les parents se disent reconnus
en tant que personnes. Ils découvrent qu’il leur manquait
seulement un lieu pour échanger sur leur propre vie
chrétienne, entre adultes, et ensuite avec leurs enfants.
Vouloir que les enfants vivent à leur tour les sacrements
est un acte de foi en soi. Croire que Jésus peut les accom-
pagner demande aux parents d’en témoigner en paroles
et en actes.
Comme personnes engagées en Église, nous sommes un
peu comme le liquide dans lequel les photographes —
du moins jusqu’à l’arrivée du numérique — plongeaient
les négatifs pour y faire apparaître les photos dans toute
leur splendeur. Les familles ont besoin de nous, de notre
accueil et de temps de partage entre elles. Elles sont les
premières responsables de l’éducation des enfants, pour
reprendre les termes de Jean-Paul II dans Les tâches de
la famille chrétienne (1983). Les parents disent parfois
ne pas avoir de temps pour des rencontres supplémen-
taires : cela est vrai si les rencontres ne leur rapportent
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
pas quelque chose pour eux-mêmes. Comprenons-les,
nous n’avons pas de temps à perdre, nous non plus!
Dans la mesure où nos rencontres deviendront des lieux
d’évangélisation mutuelle, les parents trouveront peut-
être plus de temps à y consacrer…
Revue Passages
Automne 2015
12 NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015OPINION
Quand le désir d’enfant rime avec épreuve et drame spirituel
Frédéric Barriault
Communications & Société
De tout temps, le fait de ne pas à être sensibles aux « blessures qui sont imprimées dans
la chair de ceux qui n’ont plus de voix parce que leur cri
pouvoir enfanter a été perçu comme s’est évanoui et s’est tu à cause de l’indifférence [géné-
une malédiction. Que ce soit pour rale]». Jubilé, nous dit le pape François, où « l’Église sera
Abraham et Sarah, pour Zacharie et encore davantage appelée à soigner ces blessures, à les
soulager avec l’huile de la consolation, à les panser avec
Élisabeth ou pour les parents d’au- la miséricorde et à les soigner par la solidarité et l’atten-
jourd’hui. L’épreuve est la même. tion » (bulle Misericordiae Vultus, 11 avril 2015).
Puisque ce numéro de L’Envoi aborde l’enjeu de la Nativité Désirant commémorer la fête de la Nativité — et le
et qu’il prend place quelques semaines après la conclusion massacre des Saints Innocents —, cet article se penchera
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
du Synode sur la famille, j’aimerais profiter de la tribune sur le drame spirituel des couples qui, comme le mien,
qui m’est offerte pour témoigner de mon rapport person- ont connu ce drame atroce qu’est celui de perdre un
nel, paternel — et douloureux — avec le désir d’enfant. ou plusieurs bébés. Célébrer la naissance de Jésus doit
Ces jours-ci, notre Église oscille entre plusieurs émotions : en effet nous donner l’occasion de réfléchir au drame
elle se prépare d’abord à célébrer dans la joie et l’allé- vécu par celles et ceux qui veulent de toutes leurs forces
gresse la naissance de Celui qui est la Voie, la Vérité et la accomplir le projet de vie que l’Église assigne aux couples
Vie. Or, dans quelques jours, cette même Église donnera mariés, c’est-à-dire la vie familiale. Mais que faire quand
aussi le coup d’envoi au Jubilé de la Miséricorde, année l’enfant tant attendu tarde à se matérialiser? Que le
sainte au cours de laquelle les catholiques seront invités couple vit fausse couche après fausse couche? Et drame
NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015 13OPINION
après drame? Comment accompagne-t-on ces familles admirable de l’oblat Jean Monbourquette (1933-2011),
brisées? Quel soutien leur offre-t-on? véritable pionnier en psychologie du deuil.
Le deuil et le deuil périnatal au Québec Un jour ou l’autre, il faudra aussi faire face au drame
spirituel vécu par les jeunes parents catholiques endeuil-
Au Québec comme ailleurs en Occident, il n’est pas facile lés. Ceux qui, comme mon épouse et moi, ont vécu des
de vivre pleinement et sereinement le moindre deuil. fausses couches à répétition. Qui ont trop souvent côtoyé
Notre rapport à la mort a connu de profondes mutations le drame et la détresse. Des couples qui ont pleuré. Qui
au cours des dernières décennies, tant et si bien qu’on ont douté. Mais sans jamais cesser d’espérer.
refuse collectivement de faire face à ce drame humain
qu’est celui de la mort. Les funérailles d’un proche sont Car, qu’on se le dise, les couples catholiques acceptent
à peine terminées qu’on nous demande déjà de le laisser volontiers le projet de vie que l’Église leur assigne, c’est-
aller, de vivre notre vie et de passer à autre chose. Bref, il à-dire l’édification d’une famille appelée à faire rayonner
faut anesthésier notre douleur et chasser de notre esprit la joie et l’amour autour d’elle. L’Église nous enseigne en
les souvenirs qui nous relient à l’être aimé, afin de rede- effet que la famille est l’aboutissement ultime, naturel,
venir — le plus rapidement possible — des travailleurs nécessaire et légitime du mariage et de la vie conjugale.
performants et productifs1. Or, ces couples ne se contentent pas d’accepter la mission
que l’Église leur confie : ils l’appellent de tous leurs vœux.
Les couples qui vivent une fausse couche et les parents Dès les premiers instants de leur histoire d’amour, ils se
qui perdent un enfant en bas âge font face au même voient déjà parents et heureux, comme dans la célèbre
genre d’indifférence, à la même absence d’empathie. La chanson de Georges Brassens sur Les amoureux des
perte de l’enfant à naître est à peine consommée qu’on bancs publics :
dit à ces parents endeuillés de tourner la page, que rien
n’arrive pour rien et que la prochaine fois sera la bonne. Ils se tiennent par la main,
Sans oublier toutes ces personnes pour lesquelles un Parlent du lendemain,
embryon n’est pas vraiment une personne et qu’il est Du papier bleu d’azur
inutile de pleurer pour « ça »2… Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher
Et choisissent les prénoms de leurs premiers bébés
Il y a lieu de se questionner sur cette apparente insensi-
bilité à l’égard de la douleur et de la détresse vécue par Mais que se passe-t-il lorsqu’un couple chrétien n’arrive
les personnes endeuillées, qu’elles soient jeunes ou moins pas à voir se concrétiser le projet de vie mis de l’avant
jeunes. D’autant que nous vivons dans une société vieil- par l’Église? Que fait-on pour accompagner les couples
lissante (en 2020, près de la moitié des Québécois auront qui ne demandent qu’à vivre pleinement cette parentalité
plus de 50 ans). De plus, malgré tous les progrès de la mais qui en sont empêchés pour toutes sortes de raisons :
médecine et de la science, près de 500 bébés meurent problèmes de fertilité, fausses couches à répétition, deuil
chaque année au Québec, que ce soit en cours de gros- périnatal, allongement des délais et alourdissement des
sesse, à la naissance ou lors des premières semaines de procédures d’adoption, etc. Que fait-on avec ces couples
leur (trop courte) vie. On parle ici de 500 bébés ardem- brisés et blessés dont le projet familial tarde à se maté-
ment désirés et aimés passionnément dès leur conception rialiser — ou ne sematérialise jamais?
mais qui, hélas, n’ont jamais eu la chance de souffler leur
première bougie. Le doute finit tôt ou tard par s’emparer de ces couples.
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
Ils se questionnent sur Dieu, sur sa justice, sa providence.
Des familles chrétiennes en mal d’enfants Ils se sentent parfois seuls, abandonnés. D’autant qu’ils
vivent dans une société où le deuil n’a presque plus droit
On ne saurait sous-estimer la douleur, la détresse psycho- de cité; dans une société où la fausse couche et le deuil
logique et le drame spirituel des personnes faisant face périnatal ne sont pas suffisamment reconnus. Ils vivent
à la perte d’un être cher. Certes, l’Église — à travers sa aussi dans un monde où la technoscience tente de nous
liturgie, sa pastorale du deuil et ses groupes de soutien convaincre qu’on peut tout contrôler : notre fécondité,
— peut offrir réconfort et espoir aux familles endeuillées. « notre » accouchement, et même notre propre mort.
À ce chapitre, on ne saurait passer sous silence le travail Alors que la réalité des proches aidants, des couples
14 NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015OPINION
infertiles ou des personnes endeuillées est un drame désespérément d’en avoir — n’est pas moins intense que
quotidien. celui vécu par les familles vivant dans les « périphéries
existentielles » de l’Église.
Je ne connais pas beaucoup de couples — c’est-à-dire
de mères — dont l’accouchement s’est produit comme En célébrant Noël, nous commémorons avec joie la nais-
elles se l’imaginaient lorsqu’elles ont rédigé leur « plan sance du Verbe incarné et du Sauveur du monde. Or,
de naissance ». La douleur, le chaos et l’angoisse : voilà nous sommes aussi appelés à revivre les tribulations de
à quoi ressemble trop souvent l’enfantement. Pour les Joseph et Marie; à nous remémorer la violence et la
couples qui, comme le mien, ont déjà perdu deux ou trois persécution qu’ils fuyaient, et à nous rappeler de la froide
bébés lors de fausses couches, la grossesse est un stress indifférence — au sens propre et figuré! — dans laquelle
permanent et l’accouchement est une « libération » — et Jésus est né. Nous sommes aussi appelés à nous souvenir
non pas une espèce d’apothéose. du massacre des Saints innocents, ces nourrissons bruta-
lement exterminés à la demande du roi Hérode.
Fort heureusement, des ressources et des groupes de
soutien existent. Récemment, mon collègue Philippe Ayons cela à l’esprit et tâchons d’avoir une pensée pour
Vaillancourt a publié un article extrêmement émouvant les jeunes familles ayant perdu un enfant au cours des
à propos de l’accompagnement spirituel et liturgique derniers mois ou des dernières années. Particulièrement
qui est offert aux couples ayant pleuré la mort d’un celles qui, contrairement à mon épouse et moi, n’ont pas
ou de plusieurs bébés. À travers la célébration de la encore pu vivre cette immense grâce qu’est celle de tenir
Fête des anges, la paroisse Saint-Charles-Borromée de entre leurs mains leurs propres enfants. Et de les bercer,
Charlesbourg aide les parents à honorer la mémoire des les chérir et les éduquer.
enfants que Dieu a rappelé à Lui un peu trop hâtivement.
Et à guérir les âmes meurtries et encore endeuillées de Notes et références
ces parents3.
1- Jean Monbourquette, o.m.i et Isabelle Aspremont, Excusez-moi :
Au tout début du Synode sur la famille, le pape François je suis en deuil!, Montréal, Éditions Novalis, 2011, 172 p.
invitait les évêques du monde entier à s’intéresser aux
2- Isabelle Clément et Manon Cyr, Fausse couche, vrai deuil,
« périphéries existentielles » de l’Église, c’est-à-dire aux Montréal, Éditions Caractère, 2013, 232 p.
familles ou aux personnes qui ne vivent pas exactement
selon les règles de l’Église. Les couples non-mariés, 3- Philippe Vaillancourt, « Une émouvante célébration aide les
les divorcés remariés, les familles reconstituées ou les parents à surmonter la perte de leur bébé », Présence : information
religieuse, 19 octobre 2015 http://presence-info.ca/article/famille/
personnes LGBT, par exemple. Or, le drame spirituel vécu une-emouvante-celebration-aide-les-parents-a-surmonter-la-perte-
par les couples ayant perdu des enfants — ou tentant de-leur-bebe
Conseils et soutien
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
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NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015 15REGARDS
ÉBLOUIS...
Comme filaments d’or, vestiges de l’automne,
Comme blanches féeries de l’hiver,
Comme fragiles lumières dans la nuit,
Ainsi va notre quotidien.
Insaisissable merveille : la terre,
Somptueux et cosmique jardin,
Insondable « MILIEU DIVIN »,
S’offre à nous comme mystère.
S’éveillent les marées de la mémoire
Où les vagues nous ramènent
Sur les rives fabuleuses de l’enfance :
Images naïves burinées dans l’argile des coeurs,
Enchantement d’un monde intérieur,
Mélodies, chants et danses,
Bercent, consolent et fécondent
La joyeuse attente de NOËL.
LE SAPIN,
Arbre vénérable et mythique,
Aux racines Messianiques,
Emaillé de constellations,
Trône devant les maisons et dans nos salons;
Étoiles, bergères de nos nuits polaires,
Festin pour les yeux, jubilation pour nos coeurs.
Magicien de l’innocence, de la candeur
Et des rêves enchanteurs...
Des FÊTES de Partage, d’Amour et de Paix!
« Au clocher de Jérusalem,
je voudrais voir une Croix,
une Étoile, un Croissant... »
Marie-A. Bouchard
Mont-Saint-HilaireTHÉÂTRE
L’HISTOIRE DE LA FÊTE DE NOËL
par Guy Prévost d.p.
C’était la veille de Noël au matin. La neige commençait - La fête des cadeaux!, lança un autre lutin.
à tomber tout doucement. Une douce brise caressait les
branches des sapins. Au pôle nord, tous les lutins étaient - Ho! Ho! Mes petits lutins, vous êtes bien excités, dit
réunis dans le grand salon du Père Noël. Ils attendaient le Père Noël. C’est vrai que c’est la fête de Noël….. Et
avec excitation son arrivée afin de recevoir les derniers pourtant, je n’ai pas le cœur à la fête. J’ai plutôt le cœur
ordres avant le grand départ pour la tournée de distribu- en peine.
tion des cadeaux à travers le monde.
Les lutins se regardèrent les uns les autres. Personne ne
Tout à coup, on entendit une voix crier haut et fort : - Ho! semblait comprendre la peine qui avait envahi le cœur
Ho! Ho! Joyeux Noël, les amis! du Père Noël.
Les lutins à leur tour se mirent à crier. - Joyeux Noël! - Mais pourquoi Père Noël, lui dit un lutin curieux? Ce
Joyeux Noël! soir plein d’enfants seront comblés de cadeaux! Ce sera
le bonheur!
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
Le Père Noël, vêtu de son élégant costume rouge, entra
au salon et salua ses lutins. Le Père Noël lui répondit :
- Tu as raison, mon lutin. Mais sais-tu exactement pour-
- Je suis tellement heureux d’être ici parmi vous, dit-il, quoi nous sommes là?
car c’est une grande fête qui nous réunit, c’est un grand
événement qui nous rassemble. Sans hésiter le lutin lui dit :
- Pour rendre les gens heureux, Père Noël! C’est votre
- Oui, oui, la fête de Noël! La fête des enfants!, s’exclama fête, c’est la fête de Noël, du Père Noël! Vive Noël et les
un lutin. cadeaux!!!!!
NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015 17THÉÂTRE
Le Père Noël soupira. taine, un miracle est arrivé. Pourtant ce miracle n’avait
rien de spécial au premier regard. Personne ne pouvait
- Non, mon bon lutin. La fête de Noël ce n’est pas ma croire que ce qui était en train d’arriver allait complète-
fête, c’est bien plus que tout ce que tu viens de dire. Il y a ment changer la vie de millions de personnes depuis plus
de cela très longtemps, quand j’ai commencé à distribuer de 2000 ans!
des cadeaux, je voulais simplement aider les plus pauvres
autour de moi en partageant avec eux. Un lutin s’exclama :
- Les miracles ne sont pas toujours « extravagants ou
- C’était à l’époque où on vous appelait saint Nicholas, grandioses », mais ils existent!
souffla un petit lutin.
Un autre poursuivit :
- On m’appelait seulement Nicholas. Je voulais simple- - Pensez au miracle de la vie! Une maman qui porte son
ment partager avec ceux qui en avaient besoin. Je le enfant pendant plusieurs mois sans le voir et qui soudai-
faisais parce que l’amour de Dieu m’avait envahi et que je nement, après un dur travail peut enfin le prendre dans
voulais partager cet amour. Je ne pensais pas qu’un jour ses bras! Le fruit de son amour, le fruit de son cœur, le
la fête de Noël perdrait son sens profond et deviendrait fruit de son corps! C’est ce genre de miracle qui nous
une fête des cadeaux et des grosses dépenses. réunit tous ce soir.
- Rappelez-nous comment la fête de Noël a commencé, Le Père Noël continua :
Père Noël!, demanda un lutin. - Un homme et une femme que l’amour va réunir :
l’amour humain, bien sûr, mais aussi et surtout l’amour
- Elle a commencé bien avant ma naissance, quand un que chacun d’eux portait pour Dieu. Et c’est là que le
événement grandiose est arrivé. Vous voulez entendre miracle agit! C’est à cause de l’amour que le miracle s’est
l’histoire? produit! Rappelez-vous bien, les amis : une toute jeune
femme appelée Marie apprend qu’elle est enceinte! Elle
- Moi, je la connais l’histoire! lança le petit lutin. apprend aussi que l’amour de Dieu est tellement grand
pour elle qu’elle a été choisie pour être la mère de celui
- Moi aussi, moi aussi!, dit un autre lutin. qui va transformer le monde par son message, par sa
présence, par son amour. Marie ne comprend pas tout
- Alors, vous allez m’aider, répondit le Père Noël. ce qui lui arrive, mais elle décide de faire confiance à
Dieu. Joseph, son époux, apprend la nouvelle à propos de
Rappelons-nous pourquoi nous sommes ici. Lutin coquin, Marie par la bouche même d’un ange de Dieu. Joseph lui
va me chercher mon grand livre d’histoire. aussi ne comprend pas tout, mais son cœur droit et juste
lui dicte de garder Marie auprès de lui et d’en prendre
- Mais Père Noël, nous sommes à l’ère du numérique. soin. Il deviendra le père terrestre de Jésus.
Et le lutin, en tendant au Père Noël une tablette numé- Le petit lutin ajouta :
rique, lui dit : - On pourrait imaginer que Marie et Joseph ont été trans-
- Le voilà votre grand livre!! portés par l’amour de Dieu, qu’ils étaient envahis par une
immense paix et que plus rien ne pouvait les atteindre.
- Ho! Ho! Ho! Mais tu as bien raison », lui répondit le
L’Envoi de Saint-Hyacinthe
Père Noël en riant de bon cœur. Alors, il est temps de Le Père Noël reprit :
commencer l’histoire de Noël! - Hélas, Dieu n’a pas voulu faire de la terre un nouveau
ciel : il a plutôt voulu venir sur terre pour vivre notre
Et le Père Noël débuta le récit de la grande histoire de la humanité. Les angoisses, les doutes, la peur, l’incom-
fête de Noël. préhension ont sûrement fait partie du quotidien de
Marie et Joseph. Imaginez… imaginez les ragots qui
- Jamais il n’y a eu de plus belle nuit… Nuit remplie d’es- pouvaient circuler dans leur village et dans les environs
pérance et de joie…. Nuit remplie d’amour et de paix!!! à leur sujet. Imaginez les regards « durs et méchants »
Il y a de cela très, très longtemps, dans une contrée loin-
18 NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2015Vous pouvez aussi lire