39 la porte des étoiles le journal des astronomes amateurs du nord de la France - AstroQueyras
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la porte des étoiles
le journal des astronomes amateurs du nord de la France
Numéro 39 - hiver 2018 39À la une
Les environs de la grande nébuleuse
d’Orion
Auteur : F. Lefebvre et D. Fayolle
Date : 16/10/2017
Lieu : Saint-Véran (05)
GROUPEMENT D’ASTRONOMES Matériel : APN Canon 1000D et
AMATEURS COURRIEROIS astrographe Boren-Simon 8'' F2.8
Édito
Adresse postale
GAAC - Simon Lericque
12 lotissement des Flandres
62128 WANCOURT
On avait déjà raconté beaucoup de choses sur Saint-Véran et son
Internet observatoire... On pensait même avoir tout dit... On ne voulait pas
Site : http://www.astrogaac.fr se répéter... Et pourtant, la mission Astroqueyras 2017 du GAAC
Facebook : https://www.facebook.com/GAAC62 a encore repoussé les limites... Imaginez, une fine équipe de 20
E-mail : simon.lericque@wanadoo.fr astronomes amateurs venus de l’ensemble des Hauts-de-France
(et même au-delà) envahissant pour une semaine le plus bel
Les auteurs de ce numéro observatoire astronomique ouvert aux amateurs ; parmi eux, des
Philippe Nonckelynck - membre du GAAC
contemplateurs, des dessinateurs, des photographes. Les résultats,
E-mail : philippe.nonckelynck@orange.fr fort nombreux, de cette mission historique nous ont poussé à
nouveau à prendre la plume pour causer de ce coin de paradis,
Simon Lericque - membre du GAAC
E-mail : simon.lericque@wanadoo.fr de son ciel, de son observatoire et de ses instruments, et surtout
de l’ambiance extraordinaire d’une semaine à 3000 mètres sous
Yann Picco - membre du GAAC les étoiles... La belle histoire entre le GAAC et Saint-Véran se
E-mail : yann.picco@cegetel.net
poursuit donc avec cet épais numéro de la porte des étoiles...
Sommaire
Vincent Prouvoyeur - membre du CAD
E-mail : vincent.prouvoyeur@yahoo.fr
Michaël Michalak - membre du GAAC
E-mail : michalak.michael62@gmail.com
Damien Devigne - membre du GAAC 5..............................Mission Astroqueyras ‘‘Hauts de France’’
E-mail : damien.devigne@gmail.com par Philippe Nonckelynck
Site : www.astro59.org
17...........................................................Le T62 fête ses 60 ans
Laurie Peyroche - membre du GAAC
E-mail : laurie.peyroche@gmail.com
par Simon Lericque
22...Observer et dessiner les nébuleuses planétaires : de Saint-Véran à Lille
L’équipe de conception par Simon Lericque
Simon Lericque : rédac’ chef tyrannique
Arnaud Agache : relecture et diffusion 33...............................................Le rayon vert et le rayon bleu
Catherine Ulicska : relecture et bonnes idées par Yann Picco
Fabienne Clauss : relecture et bonnes idées
38...................................Le transit de l’exoplanète WASP-10b
David Fayolle : relecture et bonnes idées
Émeline Taubert : relecture et bonnes idées par Vincent Prouvoyeur
Serge Vasseur : relecture et bonnes idées 40..............................................................La Maison du Soleil
Olivier Moreau : conseiller scientifique
par Michaël Michalak
Edition numérique sous Licence Creative Commons 43.......................................Une mission d’hiver à Saint-Véran
par Laurie Peyroche et Damien Devigne
52.............................................................................. La galeríe• • • • LA VIE DU GAAC
C’était cet automne
Mission Astroqueyras 2017
Animation astro à la Maison de la Nature
Geotopia de Mont Bernenchon
28ème Nuit Noire du Pas-de-Calais
Fête de la Science 2017
Grand nettoyage du miroir primaire du
Dobson 400 du GAAC
Ce sera cet hiver
GANIL Sous le planétarium Ardennes belges
Le 19 janvier prochain, le Le 27 janvier, le GAAC organise À l’approche du printemps,
GAAC aura la chance de une rencontre d’utilisateurs de plusieurs membres du GAAC
visiter le Grand Accelérateur petits planétariums numériques, iront passer quelques jours dans
National d’Ions Lourds à Caen. type LSS. Ce sera au lycée de les Ardennes belges, près de
Encore un riche moment en Radinghem, sur le site habituel Bastogne.Au programme : visites
perspective... des Nuits Noires culturelles et astronomiques.
Retrouvez l’agenda complet de l’association sur http://www.astrogaac.fr/agenda.html• • • • LA VIE DU GAAC
Les instantanés
Bilan de la mission... Et quel beau bilan !
Saint-Véran (05) - 20/10/2017 Dédé à la barre...
Saint-Véran (05) - 14/10/2017
À la plonge !
Saint-Véran (05) - 14/10/2017
Soirée mousse avec le GAAC !
Oignies (62) - 11/11/2017
De la lecture saine pour les vacances
Brognon (21) - 13/10/2017
Treize à table... Même un peu plus.
Saint-Véran (05) - 14/10/2017
Retrouvez la vie ‘‘officieuse’’ de l’association sur la page Facebook : https://www.facebook.com/GAAC62
la porte des étoiles n°39 • • • • VOYAGE
Mission Astroqueyras
‘‘Hauts de France’’
Par Philippe Nonckelynck
Pour cette première d’une invasion d’astronomes ‘‘Hauts de France’’ de la station du Pic de Châteaurenard, je
me suis proposé pour reprendre la plume de Frédéric, de Michel et de Simon (qui avaient narré les précédentes
missions) et vous raconter notre belle aventure 2017. Pour une première fois, l’observatoire serait occupé à
100% depuis sa rénovation en 2016. Nous sommes 20 participants, membres de sept clubs d’astronomie du
Nord, du Pas-de-Calais, de Picardie et du Val d’Oise, accompagnés par Dominique Menel, notre pilote de chez
Astroqueyras sur le site.
Le programme présenté sera sobre. Les limites sont fixées aux ‘‘objets’’ du Groupe Local, mais aussi quelques
raretés. Eh ! Ce sera quelques fois du lourd : voir la galerie de fin de journal particulièrement abondante en
photos, imagerie et dessins...
L’observatoire Astroqueyras, surpeuplé durant une semaine
la porte des étoiles n°39 • • • • VOYAGE
Dans le registre haut de gamme, nous ne sommes pas non plus peu
fiers. Stéphane et Vincent ont œuvré pour le compte de la NASA. Il
s’agissait de l’étude du transit d’une exoplanète, WASP 10-b. Bien
sûr, leur travail sera noyé dans l’immensité comptable fournie par
tous les astronomes réquisitionnés sur le sujet. Mais quand même,
leur réussite sera presque totale et un article spécifique sera rédigé à
ce sujet (voir page 38).
Précision immédiate, j’emploie le terme ‘‘objet’’ à regret. Faute
d’une autre appellation usitée pour ces espaces perdus au fond de
notre espace visible, juste aux limites de la portée de nos télescopes
à portée humaine. Là-bas, si loin, c’est la grandeur de l’univers dans
tous les sens, les trois dimensions ajoutées de toutes celles que nous
ne connaissons pas encore et même pas prêts de connaître. Je trouve
ce terme ‘‘objet’’ bien réducteur, il ne s’agit pas de simples bibelots
pour décorer l’espace des humains.
Le premier choc, enfin, de notre périple, soit la traversée de la France
dans presque une diagonale, c’est ce paysage de montagne. Il s’agit
d’une splendeur et d’une émotion quasiment verticale, pierreuse, desséchée et rude. Les couleurs, ici, ce sont
des flammes dorées dans les feuillages d’automne, le contraste avec la pierre grise, parfois presque noire.
Les bouleaux en vallée, puis, jusque très haut vers les cimes, les délicatesses presque féminines du port des
mélèzes, soit en tenue estivale, soit dorée en parure d’automne. Tout ceci en des artifices de lumière mouvante
sous un silence majestueux...
Vendredi 13 octobre
Comme l’an dernier, le camp de base intermédiaire se situe au hameau de la Chap, sous le village de Saint-
Véran, qui possède le titre de ‘‘plus haut village d’Europe’’. Ce que j’aime à Saint-Véran, c’est qu’il s’y trouve
différents lieux de culte chrétien, un protestant, un catholique. Ce que je n’aime pas à Saint-Véran, c’est une
sensation de ‘‘pas propre’’ global du village, avec en particulier, toujours des chantiers mal rangés, les mêmes
dépôts informes que l’an dernier. Ceci ne convient pas au statut de ce site quand on héberge un observatoire.
Et quel observatoire ! À titre de comparaison, passez jeter un œil quelques kilomètres plus bas, au village de
Pierre Grosse et après, on en reparle...
Premiers moments de convivialité autour de la table au gîte de La Chalp
Dans la chambre du gîte, me voici confronté à un premier moment de poésie intense. Le lit se trouve juste
en-dessous d’une ‘‘lucarne-Velux’’. Je suis positionné plein feu sous la Voie lactée à peu près au zénith. Le
Cygne se déplace lentement tout au long de la nuit. Tout se déplace en mode géocentrique comme au temps
de la conception stoïcienne de l’univers, soit un plongeon dans la pensée scientifique ancienne avant le retour
vers Edwin Hubble. Vertige. Vertige.
la porte des étoiles n°39 • • • • VOYAGE
Trombinoscope de la mission
Arnaud Carpentier Carine Souplet Cédric Giraud David Fayolle
André ‘‘Dédé’’ Barbarin Philippe ‘‘Fifi’’ Sénicourt François Lefebvre Françoise Auger
Huguette Pruvost Jean-Pierre ‘‘Biquet’’ Auger Mathieu Guinot Mathieu Senegas
Michel Pruvost Pascale Barbarin Philippe Nonckelynck Sabine Garnier
Simon Lericque Stéphane Razemon Vincent Prouvoyeur Yann Picco
la porte des étoiles n°39 • • • • VOYAGE
Samedi 1 octobre
La montée à l’observatoire n’est pas une expédition en soi,
mais quand même, en voiture ou à pied, c’est assez sportif.
Ma fourgonnette s’était offert la montée et descente sans
encombre l’an dernier. J’avais alors retrouvé des sensations
de jeunesse parce que, dans un temps lointain, j’ai passé mon
permis de conduire en montagne. Mais, cette fois, je suis
assez content de ne pas être sollicité pour remonter comme
chauffeur cette année. Avec six autres copains de cordée, ce
sera chemin à quatre pattes, soit deux pieds plus deux bâtons
de randonnée.
Cordée, pas vraiment. Les cinq plus jeunes se disputent la tête
du peloton à vitesse V² et creusent rapidement l’écart. Yann et Certains courageux attaquent l’ascension à pied...
moi-même, nous les regardons s’envoler littéralement vers le
sommet. Yann est, certes, légèrement lourd (ancien pilier de
rugby) et moi, légèrement vieux. Ça peine un peu. Dur dans
mes articulations pourries et les poumons en déficit de O2.
Une partie du peloton des grimpeurs s’arrêtera aimablement
une demi-heure pour nous attendre. David nous offre en
prime du ravitaillement. Peut-être se sont-ils inquiétés ?
Au-dessus de nous planaient paresseusement deux majestueux
vautours. Comme dans les western, ils ont repéré l’homme
qui pourrait ‘‘viander’’ avec la ferme intention de se le bouffer
sans lui laisser le temps de dessécher. C’est vrai que pour la
faune et la flore, en ces contrées hostiles, les conditions de vie
sont tellement difficiles. Et puis, c’est sympa un vautour, c’est ...d’autres préfèrent se risquer en voiture sur la piste difficile.
un peu développement durable, recyclage en fin de circuit alimentaire. J’en ai même déjà vu de très prés, ils ont une belle
allure, des yeux pétillants, une expression dedans. Trop chou, dirait ma petite fille.
Nous, les piétons, apprenons à notre arrivée à l’observatoire les détails des déboires automobiles. Sous les capots, on a
gravement surchauffé. Cette piste, apparemment anodine qui serpente assez doucement vers le somment est une véritable
tuerie pour nos mécaniques. Pour la voiture de Fifi, c’est même la casse, bien contrariante, ma foi. Fort heureusement, pas
trop de dégâts au final.
La météo, annoncée excellentissime n’a pas changé d’avis. Le Soleil cogne généreusement dans un ciel complètement
limpide et sans vent. L’anémomètre affichera quelquefois aucun mouvement durant notre séjour. Passons rapidement sur
le premier apéritif aussi copieux que le premier repas qui va suivre. Et les jours suivants qui seront identiques : félicitations
en passant, pour les organisateurs de l’intendance.
Dans l’après-midi, le plateau de la station commence à se garnir
de matériel. Nous voici aux choses sérieuses : les trépieds de
photographes, les montures, dont la HEQ5 qui portera les futurs
exploits de l’astrographe Boren-Simon récemment acquis par
le GAAC, et bien sûr, les Lunt calcium et Hα.
À peine arrivés, le matériel est déjà installé
la porte des étoiles n°39 • • • • VOYAGE
Je détecte, dans les conversations, les projets des dessinateurs. Je les espérais moins nombreux que les
photographes et les imageurs CCD. La concurrence sera rude. Il se profile du ''trafic jam'' sur le plancher
branlant de la coupole du T62. Fifi me suggère, avec une légère ironie, de choisir les heures creuses : 4
heures le matin, il parait que ça se calme. J'abandonne immédiatement ma liste
d'observation présumée et les projets des peintures qui devaient suivre. Tant
pis, je prendrai ce qui défilera à l’oculaire en fonction des possibilités et de
l'humeur de ma vision que je crains légèrement détériorée depuis l'an dernier.
Je serai uniquement la plume légère de notre virée en ces Alpes en majesté.
La première nuit se prépare dans la très bonne humeur et une température
incroyablement douce. Le ciel s'offre à nous, exceptionnellement lisse et calme.
Le premier ''objet'' est pointé dès la fin du jour. C'est Saturne. Je pourrais vous
aligner douze lignes de superlatifs, tant la vue est superbe. Quelques sujets de
la grande dame gazeuse sont également de sortie, Encelade, c'est sûr (il court,
tout le long de la mission, la vue des geysers). Mais pour cette première nuit,
je ne perçois pas exactement la nuance entre les satellites et deux étoiles qui se
sont incrustées dans le paysage. Jamais je n'avais observé un tracé aussi pur,
une ligne si limpide de la division de Cassini. Geyser d’Encelade photographié à
l’heure de la soupe...
Dans la station, c'est à peu près l'excitation. Quelqu'un court vers la cuisine
pour autoriser ceux qui sont de corvée de plonge à venir rapidement plonger sous le télescope. Michel tente
ensuite d'améliorer la magie avec un grossissement de 700 fois au lieu de 200. C'est perdu, nous avons été trop
gourmands. Plus de magie, la belle dame se brouille façon ''Hamilton'' puis se voile définitivement dans les
turbulences des abords de l'horizon.
Michel et Simon, pour la septième fois en sept ans, prennent possession de la salle de contrôle pour le pilotage
du télescope. Les dessinateurs s'étalent sur chaque cm² disponible et font le va-et-vient entre la coupole et la
pièce. C'est une joyeuse pagaille entre les ordres à hygiaphone, les mouvements de la coupole. Ici, André,
nommé Dédé se lance ainsi dans son premier dessin, voilà lancée le début d'une grande carrière avec M57.
Mais Dédé est d'abord trop modeste.
Du monde sous la coupole du T62
la porte des étoiles n°39 9• • • • VOYAGE
Comme Jean-Pierre (généralement surnommé ''Biquet''), je décide de fuir, assez souvent, l'engorgement général
du site. Pas question d'importuner les photographes (en général, ils détestent). Donc, entre les vides, c'est Voie
lactée à l’œil nu. Sympa, nos chefs de station nous pointent quelques standards incontournables d'un ciel
de montagne, mais c'est pour moi, les mêmes fiascos
visuels que l'an dernier sur des sujets de référence.
Je manque le tracé de la nébuleuse Saturne. Dédé et
Jean-Pierre partagent les même réserves. Je n'ai vu
que du bleu. Normal, me direz-vous puisque cette NP
est bleue !
Mais nous ne voudrions pas gêner nos coachs ; ils ont
la tête ailleurs. C'est pour la recherche des fonds du
fond du noir-noir-noir, les trucs perdus que personne
n'a vu, les images peu ou pas publiées, qu'ils sont ici.
Pour exemple, IC 4997 que Simon vient de dessiner.
Je ne vois rien de précis, mais je m'en fiche. J'éprouve
comme un frisson d'avoir ainsi accès aux contrées les
Photo souvenir à l’extérieur, sur fond de Voie lactée
plus obscures du ciel dans les sombres recoins d'une
bibliothèque remplie d'IC, de PK bien rangées dans le firmament. Imaginez, nous sommes dans le registre des
magnitudes supérieures à 15 et des étendues à 6, 4, et même 3 secondes d'arc ! Comment vais-je expliquer ça,
de retour à la maison ?
Dimanche 1 octobre
Il faut être levé vers 7h45 si on veut admirer le rayon vert sur le superbe mont Viso, du côté de l'élégance
italienne. La couleur du rayon qui flashe au lever du Soleil diffère suivant les millésimes. C'est comme le
Beaujolais. Cette année, la tendance est au bleu, voire bleu-violet. Je suis sûr que ce sera un grand cru.
Au petit matin, observation du lever du Soleil depuis le pic de Châteaurenard
Le soir au T62, on m'offre Neptune. La petite bille au milieu de l'objectif claque dans un bleu intense... Toujours
des bleus. Triton se détache très nettement sur la gauche et je l'ai vu aussi ! Michel présente maintenant NGC
6790 avant de la dessiner. Je cours chercher Jean-Pierre et Dédé afin qu'ils me confirment l'acclimatation
de nos trois paires de vieilles rétines à la noirceur. Voici une de mes galaxies fétiches : NGC 7331. J'ai bien
détecté une, puis, un instant, deux des galaxies petites sœurs en-dessous vers la droite. Je croyais que Yann
avait capté fermement les deux, mais je n'en retrouve qu'une sur son dessin, plus bas que ma détection à moi.
J'apprends plus tard que Simon a capturé une autre improbabilité : PK 104-29.1 dans Pégase. Un truc
probablement énorme puisqu'estimé à une étendue de 5,3' d'arc. Moi, qui suis d'origine comptable, plus il y a
de chiffres, plus je suis content. Le plus surprenant sera la différence d'appréciation de Michel et Simon sur
le sujet. J'ai hâte de voir les résultats. Stéphane régale enfin les survivants de la nuit avec Uranus et ses quatre
satellites visibles. C'est trop géant.
la porte des étoiles n°39 10• • • • VOYAGE
Lundi 1 octobre
La vie à la station s'est rapidement stabilisée sous la direction
de quelques dirigeants affirmés. La liste qui suit est établie
par ordre alphabétique pour ne pas décrypter quelconque
dominance.
− Au management général de la station représentant
l'association Astroqueyras : Dominique ;
− au commencement officiel de la mission : Michel et
Simon ;
− au commandement réel de la mission : Carine, Huguette ;
− au sourire et la bonne humeur : Carine, Françoise,
Huguette, Pascale, Sabine ;
− au RC 500 sous la coupole ''Genève'' où on se gèle :
Mathieu de Carine ;
− au RC 500 sous la coupole ''Paris'' où on travaille les
doigts de pieds à l'air à 18°C : Arnaud et l'autre Mathieu
(les guitareux d'Amiens) ;
− aux extérieurs, les photographes qui se gèlent encore
plus : Carine, Cédric, David, Dédé, François, Jean-Pierre,
Fifi, Simon, Stéphane, Vincent, Yann ;
− à l'astrographe, une spécificité certes, mais tout aussi
froide en plein vent : David et François ;
− au transit de WASP 10b : Stéphane et
Vincent ; La mission en chiffres
− aux dessins au T62 : Carine, Cédric
Un petit bilan compilé par Carine...
(qui officient directement sur papier
noir) Dédé, Jean-Pierre, Michel, Simon, 20 participants, 17 observateurs/dessinateurs/photographes
Yann ; pour au moins :
− au T62, seulement en visuel : Sabine, - 5 nuits favorables
Philippe, Stéphane ; - 342 observations différentes (en dehors des nombreuses
− à l'observation de la faune et la flore images grand champ et photos d’ambiances qui n’ont pas
de la montagne : Huguette, Pascale, été détaillées)
Sabine, Philippe ; - 137 objets (ou types d’observation) différents
− à la recherche géologique : Sabine et - 31 nébuleuses planétaires
Philippe ; - 30 objets Messier
− aux photographies d'ambiance de ce - 61 objets NGC
texte : Huguette, Pascale, Philippe, - 12 objets IC
Simon. - 87 dessins
- 132 photos (toujours sans compter les nombreux grands
Enfin, n'oublions pas la musique, qui
champ et photos d’ambiance)
est globalement une deuxième partie
- 123 observations visuelles
du programme de notre séjour. Un
piano, deux guitares, des percussions
fabriquées sur place par Dédé et cinq musiciens, en alternance.
Pendant la sieste, j'entends la guitare de Mathieu. Il pratique des sons bossa nova et jazz. Brusquement,
je me sens mal à l'aise dans mon registre rock en tempo binaire et mes gammes pentatoniques (en La
Majeur ; précision justifiée de François). Je commence à partitionner dans ma tête afin de pouvoir adapter
ma rustique guitare de cow-boy aux différents registres musicaux de chacun.
Ce lundi, le voile de début de nuit semble poussiéreux. L’ouragan qui a traversé l’Irlande aurait, selon
Sabine, qui connaît les déserts autant que les mers, baladé en notre ciel du sable de Mauritanie et non du
Sahara. Le premier est jaune, le second est rouge. Le voile disparaît rapidement. Voici une autre belle
nuit devant nous.
la porte des étoiles n°39 11• • • • VOYAGE
L’opérateur, en salle de contrôle a ‘‘envoyé’’ selon
le jargon de la commande, NGC 40 et voici qu’on
me sort à l’écran de l’ordinateur un dessin du
célèbre Bertrand Laville. Petit conseil : ne jamais
regarder les travaux de ce dernier avant le passage
à l’oculaire. Ne pas regarder après non plus. Sinon,
vous êtes sûr de rater votre croquis. Carine, Cédric et
Yann se positionnent au dessin avec enthousiasme :
NGC 246, NGC 206, NGC 1535 et Michel sur
NGC 7640 pour compléter sa collection.
Je rate enfin un truc de fou, comme dirait mon petit-
fils, la nébuleuse planétaire Humason 1-1 ; Simon
serait même sorti de son flegme habituel. C’est dire
que de telles visions dans la gamme du très beau,
ça se mérite.
Mardi 1 octobre
J’aime l’ambiance de ce télescope, le piqué des
étoiles, les nuances de gris à n’en plus finir, par
exemple sur une galaxie vue par la tranche où
les crachats de lumière d’un amas globulaire.
L’immensité s’offre ainsi à portée d’homme, la
magie démultipliée en grossissement de 250 à
plus de 1000. Ça bouscule l’électricité dans mes
neurones.
Yann, en plein dessin derrière l’oculaire du T62
Dessous la grosse mécanique, vous voyez un
assez petit chercheur. Or, Michel s’est énervé à la
recherche de IC 2120 (je crois ?) et dans ces cas-là, les vrais, les forts ; ils détectent au chercheur. C’est la
classe du navigateur qui ne se perd pas en mer...
La conquête visuelle de Pease 1 occupera assez largement le début de nuit. Filtre, puis pas filtre, puis re-filtre
(etc.) dans l’éclatant M15. Faut vraiment vouloir une nébuleuse planétaire dans ce feu d’artifice… Incroyable,
ce sera dessiné par Michel et Simon ! Évidemment, dans l’assemblée, personne ne s’est permis d’objecter sur
la certitude de la position de Pease 1 dans l’indescriptible fouillis des étoiles d’un amas globulaire.
C’est Xième nuit blanche pour certains,
fin de nuit en mode lumière zodiacale,
puis conjonction Lune-Venus-Mars,
et à 8 heures le matin, comme d’hab,
au lieu de pouvoir se coucher : Xième
matin de rayon vert-bleu sur la
montagne italienne, avec des valises de
quinze grammes sous les yeux. J’ai vu
Cedric sauter comme un joueur de foot
lensois qui vient de marquer un but.
C’est vrai que les buts, c’est devenu
assez peu fréquent au pays des corons
en ces temps de Ligue 2. Il a piqué le
rayon pleine lucarne à en déchirer les
filets dans deux de ses clichés. C’est
finalement si simple le bonheur quand
on est astronome. Non ? Lumière zodiacale matinale, conjonction Lune-Mars-Vénus... étoile filante en bonus
la porte des étoiles n°39 12• • • • VOYAGE
Mercredi 1 octobre
Deuxième partie du séjour, au moins pour ma part. En effet,
l’ambiance se sonorise peu à peu autrement que dans le son
cristallin des verres et bouteilles vides. La station dispose d’un
piano numérique. Dédé et François s’en emparent rapidement
mais c’est plus tard que se sont introduit des idées harmoniques
avec effets de synthé et boites à rythmes. À tour de rôle, Arnaud
et Mathieu précédent ou suivent la mélodie. Pour ma part, je
martèle sauvagement mes cordes sur la base d’accord, le plus
souvent, en La Majeur (bien entendu).
Quoique, nous finirons par élaborer un joli phrasé
en mode reggae, tellement vrai qu’on aurait détecté
la marijuana dans l’air ambiant, sans oublier la trop
discrète et trop courte imitation de Bob Marley par
Mathieu. Notre auditoire est agréablement surpris.
Pourtant, c’est si naturel, la musique. C’est comme
l’astronomie, il faut écouter, plus encore, regarder.
Pour ma part, une oreille sur la rythmique et le
mouvement des mains des claviéristes et ça prend
comme une mayonnaise. Les astronomes sont souvent
musiciens. Le silence de l’espace connu, sans aucune
vibration, serait-il une trop grande frustration ?
La nuit venue, j’attends au chaud dans la salle de
contrôle l’observation de Blue Snow Ball, puisque Les musiciens se donnent en spectacle
c’est écrit sur un bout de papier qui semble être le programme de ce soir. Tiens, encore un objet bleu. Dehors,
certains se caillent joyeusement au Dobson 300 de la station. Je n’ai pas compris pourquoi une hilarité générale
s’est déclenchée à l’observation de M33. Si j’ai raté quelque chose d’important : dites le moi !
Beaucoup de monde dans la salle de contrôle du T62
la porte des étoiles n°39 13• • • • VOYAGE
Jeudi 19 octobre
Pascale revient d’une de ses promenades matinales. Elle ne marche pas, elle flotte à quelques centimètres
du sol comme un moine tibétain. Que s’est-il passé ? Pascale a rencontré une très jolie biquette, chèvrement
délicieuse, qu’on appelle bouquetin. La rencontre s’est produite sur un petit bout de prairie, peut-être un peu
plus grasse que dans le fond de l’ubac,
non loin de la station. La bête à sabots
fendus ne s’est pas sauvée, un regard,
puis feignant l’indifférence avec une
attitude de flegme qui rappelle Simon,
quand il fait semblant d’être absent,
elle s’est lentement évanouie derrière
les rochers.
Une fois encore le climat nous
permet de prendre l’apéro dehors. Le
whisky du jour est agrémenté d’un
accompagnement proposé par Carine et
Mathieu : c’est un apéro du futur, quand
viendra le temps de nourrir l’humanité
avec des insectes. Des grillons grillés,
des vers, tout ça. Moi, j’apprécie. C’est
comme du crustacé terrestre. Apéro sous le Soleil
La météo change, les nuages flottent presque sur le même plan que nous, nouveau spectacle charmant qui
modifie le contour des reliefs. Nuages dentelles, nuages coton.
Vendredi 20 octobre
Dernier rayon bleu. Pour ma part, je n’en ai pas capté de
la semaine (comme l’an dernier). Je me suis décalé dans
une ambiance de froid polaire sur la droite par rapport aux
photographes afin de glaner quelques dixièmes de secondes
sur les objectifs. Hier, le temps que j’annonce et c’est pris
pour Stéphane. Aujourd’hui, même méthode. Mais cette fois,
je me suis positionné le regard coincé sur le petit piton à
droite du Viso. Je m’exclame : ‘‘il est double !’’ Le flash ! Je
me suis pris, pleine rétine, le bleu du Soleil de chaque coté
de la pointe du rocher. Gigantesque. Pendant dix minutes, ma
vue tente de demander à mon cerveau de sortir de cette vision
de mini Big
Un double rayon bleu matinal
Bang. Des
ronds de tailles différentes se promènent dans mes yeux et
cette fois, ce ne sont pas des étoiles.
Inutile de préciser que la préoccupation première de Pascale,
c’est de revoir sa bête ! Évidemment Huguette, Sabine et
moi-même, nous courrons derrière elle le lendemain de cette
rencontre magique. Les dames ont décidé de faire silence
dans la montagne (!), ne pas bavarder pour ne pas effrayer le
bouquetin. Évidemment, nous bavardons quand même. Nous
savons qu’il n’est pas fou, le bouquetin. Une fois, mais pas
deux, il a prévenu les copains qu’il est plus prudent de partir
brouter ailleurs.
Le fameux bouquetin vu par Pascale
la porte des étoiles n°39 1• • • • VOYAGE
Samedi 21 octobre
Vu que la dernière nuit est annoncée
couverte, tout le monde est parti.
Je ressens l’angoisse. Vous êtes
maintenant sur la route. Fatigue,
long trajet, puis la conduite de nuit.
C’est infiniment plus pernicieux
qu’une piste en cailloux vers
un observatoire à 3000 mètres
d’altitude. Sabine et moi sommes
restés visiter des cailloux.
Il existe ici les vestiges d’une mine
de cuivre et les vestiges d’une
exploitation d’un marbre local
appelé ‘‘serpentine’’. Il est vert. J’en
ramasse un qui semble vert, avec des
Fermeture de la station avant l’arrivée de l’hiver et de la neige...
traces qui me rappellent celles d’un
gros myriapode fossilisé. Ça change au final d’une semaine bleue, après Neptune des nébuleuses planétaires
bleues, des rayons bleus...
Retrouvez toutes les photos de la mission sur la galerie Google du GAAC
la porte des étoiles n°39 1• • • • VOYAGE
Du sens de l’image...
Entre beautés et vérités, impressions de séjour
Depuis mon premier séjour l’an dernier à la station, je me suis intéressé à l’image telle que je l’ai
vu pratiquée. La spécificité de l’image en astronomie, qu’elle soit produite par une caméra CCD ou
un appareil photo reflex, c’est qu’il s’agit d’un troisième œil manœuvré par un opérateur, avec des
moyens techniques mais aussi sa sensibilité. Autrement dit, ce n’est pas au départ ma conception de
l’astronomie. Je me suis donc peu à peu adapté, à ce que l’on pourrait pompeusement nommer une
‘‘philosophie de l’image’’. Voici trois exemples.
Cédric, entre autres, pratique des courtes poses sans autoguidage sur des objets assez étendus, type
Dentelles du Cygne. Une image brute, quelques étoiles un peu écrasées type ‘‘patate’’ en bord de
champ. Un choix de cadrage pour suggérer la prise d’un instantané, un mouvement.
À l’autre extrême, l’imagerie telle que pratiquée
par les ‘‘Mathieu’’ et Arnaud. Ici, en particulier,
une caméra Apogée U16000. Il faut commencer par
une nuit de réglage informatique. Déjà le principe
me gène, parce qu’on prépare l’artiste, on choisit la
trousse de maquillage, etc. Vient l’acquisition, avec
évidemment son lot de complications techniques :
un autre arsenal technique est requis. Il faut aussi
gérer l’exposition SHO et gamma avec et au final ces
fameuses images cuivrées. En gros, où commence
la fausse couleur ? Le meilleur (ou pas), c’est pour
la fin avec le traitement : l’effacement d’un passage Les dentelles du Cygne photographiées par Cédric
lumineux incongru qui laisse comme un grain de
beauté à éliminer sur le visage de la star. Et les
retouches de maquillage. J’apprécie ici le travail
quand les couleurs sont bien dosées, quand, par
exemple le centre d’une galaxie n’est pas brûlé. Mais
au final, ce n’est que de l’esthétique. Notre troisième
œil peut perdre, au passage, un peu de son objectivité
au regard de l’astronomie qui est science, uniquement
science et pure quête de vérité.
Un peu dans la gamme intermédiaire, je découvre
l’existence d’une technique pratiquée depuis peu au La galaxie NGC 2403 photographiée par Mathieu
GAAC avec un ‘‘astrographe’’. Dans ce séjour, elle
sera pratiquée par David et François. Ce n’est pas un
instrument généraliste même si le schéma d’utilisation
semble classique : chaîne d’acquisition, éliminations
des bruits... Or ici, les résultats me semblent aussi
beaux que vrais sur les champs larges (voir dans la
galerie M45 et M42+ M43 parce que l’acquisition est
ultra rapide : 20 secondes pour Orion.)
Tout ceci révèle une démarche bien différente que
la recherche uniquement visuelle de trucs perdus au
fond de notre ciel, sous l’oculaire d’un télescope de 9
mètres de focale, n’est ce pas ? La nébuleuse d’Orion photographiée par François et David
la porte des étoiles n°39 1• • • • HISTOIRE
Le T62 fête ses 60 ans
Par Simon Lericque
Le télescope Cassegrain de 620 millimètres de l’observatoire Astroqueyras fête cette année ses 60 ans. Celui
que l’on surnomme désormais affectueusement le ‘‘T62’’ n’a pas toujours été installé sur les hauteurs de Saint-
Véran. En effet, avant de rejoindre les Hautes-Alpes, le T62 a connu ses premières lumières en Provence,
avant un passage par l’Espagne... Voici le récit de son histoire.
la porte des étoiles n°39 1• • • • HISTOIRE
Les premières lumières
Notre télescope soixantenaire, dans sa première mouture,
a été réalisé par la société REOSC (Recherche et Étude en
Optique et Sciences Connexes) basée à Saint-Pierre-du-
Perray dans l’Essonne. Cette société, filiale de Safran (elle-
même filiale du groupe Sagem Défense Sécurité) existe
toujours aujourd’hui et développe des optiques de haute
précision pour l’astronomie, le domaine spatial ou encore
les lasers. REOSC a notamment participé à la réalisation
d’optiques pour les Very Large Telescope installés au
Chili ou pour le Gran Telescopio Canarias – le plus grand
télescope du monde – qui trône sur l’île de La Palma aux Un vestige des jeunes années du T62 ? Sur le bouchon
du télescope on trouve mention de la société REOSC
Canaries.
Le début de l’histoire du T62 débute en même
temps que le célèbre télescope de 193 centimètres
de l’observatoire de Haute-Provence, près du
village de Saint-Michel. En effet, les deux
instruments sont construits de concert en 1957 et
1958. Mais si le T193 est abrité par une coupole
géante, le T62 est quant à lui installé dans un
bâtiment annexe, à savoir la partie Est du bâtiment
des ‘‘coupoles jumelées’’.
Avec plus de 9 mètres de distance focale et donc
un rapport F/D de 16, le T62 offre facilement
des grossissements importants. Il a d’ailleurs
été conçu à l’origine pour la pratique de la
photométrie photoélectrique. Dans ce sens, il est
d’abord équipé d’un photomètre à six couleurs
(système UVBGRI de Stebbins-Withford pour
les spécialistes) conçu par le laboratoire d’André
Lallemand de l’Observatoire de Paris. Cet
instrument de pointe est destiné à l’étude des
Céphéides : des étoiles variables utilisées, entre
autres, pour définir les distances de certaines
galaxies (voir l’article de Jean-Pierre Auger, dans
le numéro 37 de la porte des étoiles). Ces études
seront surtout menées par l’astronome Pierre
Le T62 couplé au photomètre Antoinette sous une coupole de l’OHP
Mianes.
Les années passent et d’autres photomètres viennent équiper le télescope Cassegrain. Ils sont réalisés par
les équipes du même Pierre Mianes et de Joseph-Henri Bigay, alors directeur de l’observatoire de Lyon.
Le photomètre le plus utilisé est baptisé ‘‘Antoinette’’. Le T62 fonctionne ainsi à l’Observatoire de Haute-
Provence durant 20 ans, jusque 1978.
Une nouvelle jeunesse
À la fin des années 1970, le directeur de l’observatoire de Haute-Provence, Charles Fehrenbach, offre le T62
à l’observatoire de Nice. Cela tombe à point nommé car un groupe d’observateurs niçois baptisé ‘‘Étoiles
variables à courte période’’ cherche à implanter un télescope de mission dans un site propice et envisage donc
d’installer ce T62 à... Saint-Véran. Mais l’INAG (Institut National d’Astronomie et de Géophysique) refuse
de construire une seconde coupole (chacun sait que depuis la rénovation de 2005, il y en a désormais trois).
L’histoire entre le T62 et les Hautes-Alpes aurait pu débuter plus tôt. Une occasion ratée !
la porte des étoiles n°39 1• • • • HISTOIRE
Dès 1979, le T62, qui est alors toujours à l’OHP,
connaît quelques réfections et modernisations avec
la réalisation d’une nouvelle optique ouverte à
F/15 et en Zérodur, un matériau au coefficient de
dilatation quasi-nul. Cela engendre la réalisation
d’un nouveau barillet et d’un nouveau tube, plus
court. En fait, ces évolutions étaient nécessaires
pour que le télescope puisse entrer sous la coupole
prévue en Sierra Nevada (voir plus loin). Cette
configuration est encore celle que l’on connaît
aujourd’hui à Saint-Véran.
Le système de pointage et l’électronique sont
eux aussi modernisés. Des moteurs pas-à-pas et Le miroir du T62 en zérodur lors de l’installation à Saint-Véran
des codeurs performants permettent désormais un pointage plus rapide et plus précis. L’automatisation de
séquences d’observations est désormais possible. Les travaux sont réalisés par la société SECIA de Manosque
et par les ateliers de l’observatoire de Nice. Les tests sont effectués directement à l’observatoire de Haute-
Provence aux mois de juin et juillet 1980, juste avant le déménagement.
La Sierra Nevada
Le télescope révisé prend finalement le chemin du
Pico Veleta, à l’observatoire de la Sierra Nevada
en Espagne. L’observatoire de Nice coopère ainsi
alors avec l’Institut d’Astrophysique d’Andalousie
et forme en contrepartie deux jeunes étudiants
espagnols : R. Garrido et M. Saez.
À 2600 mètres d’altitude, le site espagnol est bien
meilleur que la Côte d’Azur, avec de nombreuses
nuits dégagées, comme à Nice certes, mais sans la
moindre trace de pollution lumineuse. D’ailleurs,
les statistiques réalisées à l’époque montrent que
plus de 60 % des nuits sont exploitées à des fins L’observatoire de la Sierra Nevada dans les années 1980. Le T62 était
installée dans le coupole de droite. Celle-ci rejoindra aussi Saint-Véran.
scientifiques : ce qui veut dire que le ciel est à la
fois dégagé, mais également très stable.
Le T62 connaît son deuxième site étoilé en octobre 1980 et livre ses premiers résultats – sur l’étoile 16 de la
constellation du Lézard – dans le courant de l’année 1981. En Espagne comme à l’OHP, le T62 est toujours
utilisé pour l’étude photométrique d’étoiles variables, mais cette fois-ci, sous la conduite de l’astronome
Jean-Michel Le Contel de l’observatoire de la Côte d’Azur. L’instrumentation scientifique, toujours liée
à la photométrie, s’améliore continuellement, si bien que le taux d’occupation de la coupole devient très
important : les Britanniques exploitent 70 % du ‘‘temps de coupole’’ qui leur est alloué, 80 % pour les
Français et même 90 % pour les Espagnols. Les équipes françaises se succèdent derrière le T62 de 1981 à
1989.
L’arrivée à Saint-Véran
C’est en 1989 que l’histoire du T62 et celle de l’association Astroqueyras se rejoignent à Saint-Véran. À cette
époque, l’observatoire est délaissé par les astronomes professionnels qui privilégient désormais des sites loin
de l’hexagone (Chili, Hawaï, Canaries...). Que faire alors de cet endroit, pourtant l’un des meilleurs pour la
pratique de l’astronomie en Europe continentale ? C’est l’astronome Paul Felenbok (membre fondateur et
toujours actif d’Astroqueyras) de l’observatoire de Paris qui trouve la réponse : ouvrir l’observatoire aux
astronomes amateurs. L’association Astroqueyras est fondée à cette fin.
la porte des étoiles n°39 19• • • • HISTOIRE
Mais à l’époque, la coupole de l’observatoire de Saint-Véran est vide.
En effet, le coronographe qui y était abrité a été démonté avant le départ
des astronomes professionnels. Il faut donc dénicher un instrument !
Avec l’appui du CNRS (Centre National de Recherche Scientifique),
le T62 quitte le Pico Veleta pour être rapatrié en France en 1989. Le
télescope et sa monture pesant plusieurs tonnes sont difficilement
acheminés sur les hauteurs de Saint-Véran et passent (heureusement) à
travers le cimier de la coupole.
Par ailleurs, la coupole qui abritait le T62 en Espagne prend aussi
le chemin de Saint-Véran pour y accueillir un instrument annexe :
longtemps une chambre de Schmidt et, depuis 2016, un télescope
Ritchey-Chretien de 500 millimètres de diamètre.
L’observatoire accueille son premier groupe d’astronomes amateurs dès
1990. Depuis 28 ans, ce sont près de 2000 passionnés venus de toute
l’Europe qui ont eu la chance de participer à une mission à 3000 mètres, et Le pilier de la monture porté à travers le
de jeter un œil (ou les deux) à travers le fameux T62. Encore aujourd’hui, cimier de la coupole
le télescope est parfois utilisé à des fins scientifiques, dans le cadre de
collaborations entre professionnels et amateurs. Études photométriques comme à l’origine, spectroscopie ou
validation de nébuleuses planétaires sont différentes recherches menées par les amateurs éclairés séjournant
à l’observatoire. Mais le fameux T62 offre aussi l’opportunité de se rincer l’œil, voire de dessiner la Lune, les
planètes, les objets extragalactiques ou... les nébuleuses planétaires (voir article page 22).
Lors de l’installation du T62 à Saint-Véran en 1989
Remerciements et sources
− Jean-Claude Thorel, Jean-Michel Le Contel et
Dominique Menel, pour leur contribution et leur
relecture attentive.
− Le site Internet de l'observatoire de Haute-Provence :
http://www.obs-hp.fr
− Le site Internet de l'observatoire de la Sierra Nevada :
http://www.osn.iaa.es
− Le site Internet de l'Institut d'Astrophysique
d'Andalousie : http://www.iaa.es
− L'article ''Une opération de l'observatoire de Nice :
le télescope photométrique de Grenade'' par J.M. Le
Contel et J.C. Valtier, publié en 1980 dans le bulletin de
l'Association pour le Développement de l’observatoire
Un gros câlin !
de Nice (ADION)
− L'article ''L'histoire de la lunette Arago'', par André Amossé dans la porte des étoiles numéro 29
− L'article ''L'histoire de l'observatoire Astroqueyras'', par Dominique Menel, dans la porte des étoiles numéro 23
la porte des étoiles n°39 20• • • • HISTOIRE
Et l’histoire de la coupole ?
Le T62 est abrité par une coupole qui date aussi de
quelques décennies. On a longtemps cru qu’il s’agissait
de la coupole datant de 1858 et qui trônait à l’origine
au sommet de la tour Ouest à l’observatoire de Paris.
Cette dernière était issue des ateliers de Gustave Eiffel,
si bien que certains amateurs la baptisaient souvent la
‘‘coupole Eiffel’’. Cette dénomination perdure encore
aujourd’hui... Et pourtant, des recherches récentes
montrent que cette coupole historique a été remplacée
en 1949. À l’heure actuelle, on ne sait d’ailleurs pas ce
qu’elle est devenue ni où est passé l’instrument qu’elle
abritait : un équatorial de 31,6 centimètres de diamètre
voulu par l’éminent directeur de l’observatoire Urbain
Le Verrier, et dont l’objectif avait été taillé par le célèbre
Secrétan.
Toujours est-il que c’est cette ‘‘nouvelle’’ coupole
installée à l’aube des années 1950 sur la tour Ouest
de l’observatoire de Paris qui a été démontée en 1974 La coupole lors de son installation à l’observatoire de
pour être déménagée à Saint-Véran. Jusque 1982, elle Saint-Véran en 1974.
abritait un coronographe puis elle est restée vide jusque
l’arrivée du T62 en 1989. Rien n’a changé depuis... La coupole de plusieurs tonnes est toujours là à
supporter inlassablement toutes les tempêtes hivernales et nombreux sont les astronomes amateurs à
s’être épuisés en jouant de la manivelle pour la faire tourner.
La coupole de Saint-Véran alors installée sur la tour Ouest de l’observatoire de Paris dans les années 1960.
la porte des étoiles n°39 21• • • • OBSERVATION
Observer et dessiner
les nébuleuses planétaires
de Saint-Véran à Lille
Par Simon Lericque
Saint-Véran, dans les Hautes-Alpes et
Observatoire de Lille Lille, la capitale des Flandres : il n’existe
pas de lieux plus extrêmes pour pratiquer
l’astronomie. D’un côté, le plus haut village
d’Europe, de l’autre une grande métropole
européenne de plus d’un million d’habitants.
Et pourtant, ces deux communes ont un
point commun, elles abritent chacune un
observatoire astronomique et un instrument
d’observation hors du commun permettant
de scruter avec une relative facilité les
nébuleuses planétaires.
Observatoire
de Saint-Véran
Les coupoles ouvertes des observatoires de Lille et
de Saint-Véran, prêtes pour la nuit...
la porte des étoiles n°39 22• • • • OBSERVATION
Le site de Saint-Véran
L’observatoire Astroqueyras est situé à 2930 mètres
d’altitude exactement, 900 mètres au-dessus du
pittoresque village de Saint-Véran, dans le département
des Hautes-Alpes. Bâti au pied du pic de Châteaurenard
culminant à 2990 mètres, l’observatoire bénéficie
d’un site astronomique d’exception. Seul un discret
halo de pollution lumineuse vers l’Est (Turin à près
de 100 kilomètres) se fait sentir lorsque l’ambiance est
humide. Mais généralement, les nuits là-haut offrent
des conditions extraordinaires avec une transparence
quasi-parfaite où la lumière zodiacale et le gegenshein
peuvent être perçus à l’œil nu. Il s’agit donc d’un site
idéal, l’un des meilleurs de France métropolitaine.
Le lieu a d’ailleurs été retenu de longue date puisqu’il a
été repéré dès les années 1960 pour installer un télescope
professionnel de cinq mètres de diamètre. Après diverses
tergiversations administratives, celui-ci sera finalement
installé à Hawaï et deviendra le célèbre CFHT (Canada
France Hawaï Telescope). Le site de Châteaurenard est
alors recyclé pour accueillir un observatoire solaire où
un coronographe est installé. Il est abrité sous la coupole
de la tour Ouest de l’observatoire de Paris, démontée
pour l’occasion. La station fonctionne ainsi de 1974 à Carine Souplet en plein dessin à l’oculaire du T62
1982 mais, au terme de cette période, alors que les sondes spatiales dédiées à l’étude du Soleil se multiplient, le
coronographe est démonté et la station tombe dans l’oubli. Il faut attendre la création de l’association Astroqueyras
en 1989 pour que l’observatoire accueille à nouveau des astronomes.
Depuis sa dernière rénovation survenue en 2015, l’observatoire dispose de trois coupoles abritant des
instruments aux diamètres conséquents : deux télescopes Ritchey-Chrétien de 500 millimètres de diamètre et
un télescope de type Cassegrain de 620 millimètres de diamètre et de 9,20 mètres de focale. C’est ce dernier
qui est le plus souvent utilisé pour le visuel et qui s’avère performant dans l’observation des nébuleuses
planétaires. Ce télescope – souvent surnommé T62 – fête cette année ses soixante ans. Il a été réalisé à l’origine
pour l’étude photométrique
et spectroscopique d’étoiles
variables. Il a ainsi capté ses
premiers photons célestes
à l’observatoire de Haute
Provence et, à la fin des
années soixante-dix, est prêté
à l’observatoire de Nice pour
être modernisé. Il est ensuite
installé à l’observatoire du
Pico Veleta, près de Grenade en
Espagne. Enfin, en 1989, sous
l’impulsion de Paul Felenbok,
astronome professionnel à
l’observatoire de Paris, le T62
rejoint sa demeure actuelle
à Saint-Véran, en même
temps que la fondation de
Vue générale de l’observatoire Astroqueyras depuis le pic de Châteaurenard l’association Astroqueyras.
la porte des étoiles n°39 23Vous pouvez aussi lire