La transformation économique pour le développement de l'Afrique - Par Nations Unies, Commission économique pour l'Afrique Division de la Politique ...

 
La transformation économique
               pour le développement de l’Afrique

                       Par

Nations Unies, Commission économique pour l’Afrique

     Division de la Politique Macro-économique

            Réunion du C-10, Avril 2013

                 Washington D.C.
Table des Matières
Introduction   3

Les arguments militant en faveur de la promotion
de la transformation économique et structurelle en
Afrique 4

Pourquoi l’Afrique ne s’est pas transformée ?5

Opportunités de transformation économique 5

Concrétiser le programme de transformation 6

Conclusions    15

Bibliographie 15
Introduction
Les récentes performances économiques de l’Afrique ont suscité un regain d’optimisme quant aux
perspectives de développement du continent. On ne parle plus de l’Afrique comme le continent sans
espoir mais de l’Afrique en tant que pôle de croissance émergent et marché frontière dynamique. Mais
dans quelle mesure la création de la croissance du continent s’est-elle accompagnée de création d’emplois
ou de structures économiques diversifiées et intégrées à même de résister aux chocs extérieurs ? Dans
le présent document, on évalue comment l’Afrique peut, à partir de ses récents succès économiques
s’engager sur une trajectoire de développement plus inclusive et durable par la transformation structurelle
et économique. À cette fin, après avoir identifié les principaux éléments de la transformation économique,
expliqué pourquoi elle est essentielle pour le processus de développement de l’Afrique, on examine les
possibilités qui s’offrent ainsi que les principaux moteurs d’un programme de transformation réussie.

Principaux éléments de la transformation économique
La transformation économique est associée à un changement radical de la structure de l’économie et
de ses moteurs de croissance et de développement. Elle a nécessairement les implications suivantes
: une réallocation de ressources des secteurs et activités moins productifs à des secteurs et activités
plus productifs ; un accroissement de la contribution relative du secteur manufacturier au PIB ; une
diminution de la part de l’emploi agricole dans l’emploi total ; un redéploiement de l’activité économique
des zones rurales vers les zones urbaines ; l’essor d’une économie industrielle et des services moderne ;
une transition démographique assurant le passage de taux de croissance et de mortalité élevés (fréquents
dans les zones sous-développés et dans les zones rurales) à de faibles taux de croissance et de mortalité
(associés à de meilleures normes sanitaires dans les régions développées et dans les régions urbaines), et
une urbanisation croissante.

Il importe toutefois de replacer les éléments énumérés plus haut dans leur contexte. Traditionnellement,
l’urbanisation associée à une transformation économique résulte d’un plus grand degré de transformation
structurelle qui entraîne une migration de la main-d’œuvre du secteur agricole primaire rural vers le
secteur industriel secondaire urbain et le secteur tertiaire des services.

L’expérience de l’Afrique en matière d’urbanisation peut être décrite comme une urbanisation ayant
mal tourné, qui est due à des forces autres que celles mentionnées plus haut. Elle est caractérisée par
une prolifération de taudis dans les zones urbaines en raison de l’incapacité de l’infrastructure urbaine
à faire face à l’afflux d’immigrants ruraux. En outre, un processus de transformation durable ne devrait
pas s’accompagner de taux d’inégalité élevés et d’une mauvaise qualité des services sociaux car le
développement du capital humain, et l’inclusion sociale sont essentiels à la réussite du programme de
transformation. En plus de cela, le programme de transformation doit efficacement utiliser la population
jeune de l’Afrique. Finalement, une économie transformée doit être résiliente aux risques liés au climat.

Ainsi, un programme de transformation efficace doit-il également comprendre les éléments suivants : la
transformation des régions rurales en des centres dynamiques d’agrobusiness et d’activité industrielle ; la
matérialisation de l’explosion démographique de la jeunesse de l’Afrique en dividende démographique;
l’accès à des services sociaux qui répondent aux normes minimales de qualité quelque soit le lieu ; la
réduction de l’inégalité – entre les zones et entre les sexes; et la progression vers une trajectoire de
croissance verte inclusive.

                                                  3
Les arguments militant en faveur de la promotion
de la transformation économique et structurelle en
Afrique
Pourquoi transformer ?
Au cours de la décennie passée l’Afrique a connu une croissance sans précédent et a remarquablement
résisté à la crise économique mondiale. Le continent s’est classé comme la deuxième région à la croissance
la plus rapide du monde derrière l’Asie de l’Est (CEA, 2012). Entre 2000 et 2009, 11 pays africains
ont enregistré un taux de croissance égal ou supérieur à 7 %, considéré suffisant pour qu’ils réalisent un
doublement de leur économie dans 10 ans. Se chiffrant à 2 000 milliards de dollars des États-Unis, le
PIB collectif de l’Afrique est aujourd’hui à peu près égal à celui du Brésil ou de la Russie. En dépit de la
crise de la dette souveraine en Europe et du ralentissement de la croissance en Amérique du Nord et en
Chine, les perspectives de croissance à moyen terme de l’Afrique qui, selon les projections, seront de 4,8
% en 2013 et de 5,1 % en 2014, demeurent fortes. Le climat des affaires sur le continent s’est également
amélioré et on note l’émergence d’une classe moyenne qui se développe. En 2010, elle comprenait, d’après
les estimations, 355 millions de personnes, soit 30 % de la population totale. Les indicateurs sociaux se
sont également améliorés comme l’attestent les résultats remarquables obtenus en ce qui concerne la
scolarisation primaire, la parité entre les sexes dans l’éducation, la baisse des taux de mortalité maternelle
et infantile, la réduction des taux de prévalence et d’incidence du VIH/sida, les améliorations de la
gouvernance et des transitions démocratiques moins violentes.

Cependant, lorsqu’on procède à une évaluation minutieuse des économies de la région, les caractéristiques
suivantes se révèlent : en dehors de l’agriculture, les économies sont pour la plupart tirées par les
ressources naturelles et /ou les produits de base ; le secteur manufacturier reste à l’état embryonnaire, ce
qui limite les gains sur le plan de l’emploi qu’aurait pu rapporter la transformation des produits de base
; la productivité agricole reste faible, se situant à 56 % de la moyenne mondiale et est caractérisée par
une application limitée des technologies modernes (BAD, 2011) ; le secteur rural est fortement sous-
développé, entraînant un exode rural massif qui a transformé les zones urbaines en refuges pour habitants
de taudis ; les taux de naissance et de décès sont élevés ; les taux de prévalence du VIH, de mortalité
maternelle et infantile sont les plus élevés au monde et les programmes de protection sociale sont
sous-développés et sous-financés, ce qui a pour effet d’aggraver la vulnérabilité des personnes âgées des
personnes handicapées ainsi que de la main-d’œuvre en chômage et sous-employée.

De fait, la croissance de l’Afrique peut être qualifiée comme étant largement non inclusive étant donné sa
contribution limitée à la création d’emplois et à l’amélioration générale des niveaux de vie des populations
(CEA, 2011). En fait, en dépit d’une baisse du nombre absolu de personnes pauvres et d’une diminution
de cinq points de pourcentage du taux de pauvreté entre 2005 et 2008, le continent abrite la plus forte
population de pauvres dans le monde, le taux de pauvreté étant de 47,25 % en 2008 (en prenant 1,25
dollar par jour comme seuil).

Ainsi l’Afrique a-t-elle besoin de transformer ses économies pour créer de la richesse, réduire la pauvreté,
réduire au minimum les inégalités, renforcer ses capacités de production, améliorer les conditions
sociales de ses populations et réaliser le développement durable. Si elle réalise sa transformation
économique, l’Afrique optimisera l’utilisation de ses ressources naturelles qui sont épuisables et même
non renouvelables pour certaines. En outre, dans la mesure où la transformation structurelle favorise le
                                                         4
développement industriel, elle élargit la gamme des moteurs de croissance et développe la résilience aux
chocs sur les prix des produits de base.

Pourquoi l’Afrique ne s’est pas transformée ?
La capacité de l’Afrique de concevoir et de mettre en œuvre un programme de transformation réussie
a été compromise par des facteurs internes et externes. Si certains de ces facteurs trouvent actuellement
des solutions, d’autres par contre persistent. Au nombre des facteurs internes figurent les faibles capacités
de gestion économique caractérisées par l’instabilité macroéconomique, les médiocres capacités de
conception, de planification et d’exécution, les faibles capacités institutionnelles et individuelles, les
investissements limités dans l’infrastructure sociale et économique, l’investissement limité dans la
technologie et la R-D ainsi que l’instabilité politique.

Les facteurs externes sont notamment : l’espace politique limité dû en partie aux conditionnalités
imposées par les institutions de Bretton Woods et les partenaires de développement qui surestiment
l’importance des approches de développement axées sur le marché ; les barrières commerciales qui
amenuisent les recettes d’exportation et entravent les exportations de produits manufacturés ; la
concentration disproportionnée de l’APD dans les secteurs sociaux et non dans les secteurs productifs de
l’agriculture et de l’industrie ; et la concentration de l’IDE dans les secteurs d’extraction des minerais et
du gaz avec des investissements limités dans la création de valeur. En outre, au cours des dernières années,
le changement climatique s’est révélé une menace pour le développement à travers son impact destructeur
sur l’infrastructure et les modes de vie.

En somme, les stratégies d’industrialisation de l’Afrique n’ont pas entraîné une transformation de ses
économies, les germes de ces problèmes ont été semés durant la période coloniale mais le problème
s’est aggravé après l’indépendance en raison de l’échec des politiques industrielles souvent élaborées à
l’extérieur : d’abord, les politiques de substitution aux importations dans le cadre desquelles les pays
africains ont décidé de s’industrialiser, ensuite les programmes d’ajustement structurel qui ont forcé les
pays africains à désindustrialiser.

Plus récemment, du fait de la structure du système mondial, il est pratiquement impossible pour l’Afrique
de tirer avantage de la mondialisation ou de progresser sur la chaîne de valeur, ce qui nécessite que
l’Afrique influe sur le programme mondial en sa faveur (CEA, 2013).

Sur le plan collectif, en raison des défis énumérés plus haut, le degré de diversification économique est
faible, l’agriculture et le secteur minier gardent une part prépondérante dans le PIB et les ressources
financières à consacrer au développement durable sont insuffisantes.

Opportunités de transformation économique
Malgré les défis énumérés plus haut, la dynamique nationale et mondiale actuelle offre une chance pour
le programme de transformation du continent. L’amélioration de la gestion macroéconomique et la
hausse de la demande des produits de base ont créé les conditions favorables à l’investissement dans le
secteur privé et donné au secteur public plus de marge budgétaire pour effectuer des dépenses sur des
programmes qui appuient le programme de transformation de l’Afrique. Les recettes exceptionnelles
accumulées grâce à l’augmentation des exportations des produits de base peuvent être investies dans le
                                                   5
développement du secteur industriel. Le déplacement du pouvoir économique mondial vers le sud (c’est-
à-dire le Brésil, l’Inde et la Chine), s’ajoutant au fait que de tels pays sont prêts à investir dans les secteurs
économiques de l’Afrique, offre au continent des possibilités supplémentaires de renforcer la coopération
Sud-Sud pour appuyer son programme de transformation.

Concrétiser le programme de transformation
Enseignements tirés des pays émergents
L’expérience montre que la transformation économique ne résulte pas d’un modèle unique, encore
qu’elle nécessite une vision, de la flexibilité et un dur travail. De fait, les exemples du Brésil, de la Chine,
de l’Inde et de la Corée du Sud montrent qu’il existe des trajectoires multiples vers la transformation
économique et le progrès.

Le Brésil possède le deuxième secteur industriel le plus étendu des Amériques. Représentant 28,5 % du
PIB, les diverses industries du pays vont des automobiles, de l’acier et des produits pétrochimiques aux
ordinateurs, aux avions et aux biens de consommation durable. L’expérience du Brésil souligne le rôle
que la stabilité macroéconomique, la diversification économique − assurée par la croissance du secteur
manufacturier et des services − et des interventions ciblées pour lutter contre la pauvreté, peuvent jouer
dans le développement de la classe moyenne et dans la promotion de la croissance économique et de
l’accumulation des réserves. Après des décennies de dictature militaire dans les années 60 et 70, et une
spirale hyperinflationniste durant les années 80, la transformation économique du Brésil a été sous-
tendue par des approches novatrices parmi lesquelles : des politiques macroéconomiques prudentes
visant à juguler l’hyperinflation ; la diversification économique sous-tendue par un secteur manufacturier
compétitif ; l’investissement dans l’éducation ; des subventions ciblées en faveur des pauvres et le
développement d’un marché intérieur fort grâce au soutien accordé à une classe moyenne dynamique
qui constitue aujourd’hui 50 % de la population (soit 95 millions de personnes), contre 30 % au début
des années 90. Ce marché intérieur fort est l’un des facteurs qui expliquent la résilience du Brésil au
cours de la période qui a suivi la crise financière de 2008. Détenant des réserves s’élevant à environ 200
milliards de dollars après des années de déficit commercial, il dispose de la marge budgétaire nécessaire
pour répondre aux besoins de ceux qui ont été touchés par la crise. La proportion de la population vivant
en dessous du seuil de pauvreté a baissé d’environ 10 points de pourcentage sur une période de quatre ans
(de 2005 à 2009) (CIA Factbook, février 2013). Et l’inégalité s’est réduite grâce à des dépenses ciblées
en faveur des pauvres (Bank of New York Mellon Corporation, 2009; FMI, 2012). Entre 2002 et 2011,
le chômage a reculé, de 10,5 % à 5 % et le volume du crédit (en pourcentage du PIB) est passé de 21,3
% à 45,3 % au cours de la même période. Il convient de noter que le succès du secteur manufacturier du
Brésil a bénéficié directement et indirectement du soutien du gouvernement. L’État est partiellement
propriétaire des industries de traitement du pétrole et des avions commerciaux à réaction et il soutient
également les industries textiles et de l’équipement au moyen de subventions à l’exportation et de prêts
à faible taux d’intérêt (Experts in Brazilian Business). En mars 2013, le ministre brésilien du commerce
a dévoilé un plan visant à stimuler la croissance du secteur manufacturier grâce à des exonérations
de l’impôt sur les salaires et un plan d’investissement de 16,72 milliards de dollars destiné à stimuler
l’innovation technologique industrielle et à améliorer l’efficacité et la compétitivité de l’industrie
brésilienne. Le Gouvernement a également dressé des barrières commerciales contre des douzaines de
produits importés afin de protéger l’industrie locale (Merco Press, avril 2013).

Le succès de la transformation économique de la Chine illustre le rôle important qu’un État
développementaliste et une industrialisation fondée sur l’agriculture peuvent jouer dans l’accélération
                                                           6
de la croissance et du développement. L’expérience du pays a été progressive et cumulative, largement
financée par l’épargne nationale et guidée par le parti communiste (Banque mondiale, 1993). La période
1978 - 1983 a privilégié l’agriculture. Les prix d’achat des principales cultures ont été augmentés et des
subventions accordées pour amortir les effets sur les consommateurs. La période 1984 - 1988 a marqué
une transition des prix contrôlés par l’État à une économie fondée sur le marché ; en 1988 seulement
30 % des prix de détail correspondaient à des prix planifiés. Le développement des entreprises rurales et
artisanales a contribué à la diversification de la propriété industrielle qui n’est plus celle des entreprises
publiques et l’absorption de la main-d’œuvre libérée par les réformes agricoles. Durant la période 1996-
1990, les prix planifiés ont été ajustés en fonction de ceux du marché et les réformes du commerce et
des paiements ont été accélérées et ont abouti à des dévaluations progressives et à l’établissement de
bureaux de change. La période après 1991 a été caractérisée par des réformes du secteur social dans des
domaines tels que la santé et le logement. Le pays est devenu, en l’espace de deux décennies le plus grand
exportateur de produits manufacturés dans le monde. Cependant, l’expérience de la Chine est également
caractérisée par divers goulets d’étranglement tels que les déséquilibres économiques structurels dans
les régions côtières et de l’intérieur, ce qui a contribué à la division entre les zones rurales et les zones
urbaines, des taux élevés d’inégalité et la persistance de la pauvreté extrême, qui touche encore 170
millions de personnes. On a là la preuve que la transformation économique est un processus dynamique −
elle est incomplète si elle n’est pas inclusive et ne crée pas d’opportunités économiques pour la majorité de
la population.

La transformation réussie de l’Inde est due au développement de l’agriculture et à son soubassement sur
de fortes institutions démocratiques. Le pays est la plus grande démocratie du monde mais aussi l’une de
ses plus pauvres. L’adoption de technologies modernes en agriculture (la révolution verte) a aidé le pays
à éradiquer la famine, à améliorer son taux de croissance, qui n’avait jamais dépassé 2 %, et à réaliser des
taux de croissance de l’ordre de 10 % au cours des dernières années. Certaines des compagnies mondiales
de premier plan sont détenues par des Indiens. La croissance et des filets de sécurité novateurs ont permis
de sortir des millions de personnes de la pauvreté.

Fait le plus important, le démantèlement du système de licences Raj, qui astreignait le secteur privé à un
régime encombrant de licences et de contrôle, a entraîné une croissance et une stabilité économique sans
précédent. La nouvelle politique industrielle a permis à des sociétés étrangères de pénétrer en Inde et a
encouragé les conglomérats indiens à se développer à l’étranger. Le développement en Inde est significatif
en ce sens que la pauvreté rampante, le système des castes, les luttes interethniques et interreligieuses
n’ont pas empêché l’émergence d’une classe moyenne. Ceci est dû en partie à l’amélioration de l’accès à
une bonne éducation et à des soins de santé et en partie aux incitations à l’innovation.

L’expérience de la Corée du Sud souligne le rôle de l’État développementaliste favorisant
l’industrialisation par l’appui actif qu’il apporte au secteur privé. À l’heure actuelle, le pays est la treizième
grande économie mondiale avec un revenu par habitant de 16 684 dollars en 2012. En 2010, le pays
est devenu le premier ancien bénéficiaire d’aide à devenir membre du Comité d’aide au développement
(CAD) de l’OCDE.

Les fondements de l’économie de marché prospère de la Corée du Sud ont été mis en place par les
régimes autoritaires des présidents Park Chung-hee (1963-1979) et Chun Doo-hwan (1980-1988), tous
deux des généraux à la retraite. Depuis les années 60, le pays a adopté une politique d’industrialisation
dirigée par l’État comportant la planification stratégique, des orientations données par le Gouvernement
aux acteurs économiques locaux et une approche sélective de l’investissement direct étranger et des
importations (Bertelsmann Stiftung, 2012).
                                                     7
L’investissement dans l’éducation, la création de zones franches économiques (ZFE) et la formation de
grands conglomérats avec le soutien de l’État, ont été essentiels à la réussite industrielle de la Corée du
Sud. Avec des ressources naturelles limitées, la compétitivité industrielle et l’innovation en Corée du
Sud ont été largement impulsées par son grand nombre de personnes qualifiées, notamment dans les
domaines de la science et de la technologie. Une famille sud-coréenne moyenne dépense 1000 dollars
par mois sur des cours de soutien scolaire, 56 % des jeunes Sud-Coréens sont titulaires d’un diplôme
universitaire et le taux d’alphabétisation globale est de 98,7 % (The Star Online, novembre 2010).

La décision du gouvernement de transformer en passant de l’industrie légère à l’industrie lourde dans
les années 80 a donné naissance aux secteurs de l’automobile, de l’ingénierie, des produits chimiques
et de l’électronique, ce qui a permis à la Corée du Sud de pénétrer le marché mondial avec des noms
de marque désormais établis comme Hyundai et Samsung. Il est intéressant de noter que ces deux
compagnies sont les produits d’un programme délibéré parrainé par le Gouvernement et visant à favoriser
le développement de conglomérats industriels, entreprises familiales connues sous le nom de «chaebols».

Un effet pervers des chaebols est cependant la forte concentration industrielle et des marchés,
phénomène qui a étouffé les petites entreprises. Afin de résoudre ce problème, l’État a introduit des
réformes de la réglementation pour améliorer la compétition et la porter à des niveaux conformes aux
normes mondiales.

La promotion industrielle a été favorisée par un régime de taux de change flottants administrés visant
à réduire au minimum la volatilité des taux de change et à améliorer la compétitivité des prix des
exportations. Et dans le cadre d’un programme de relance budgétaire, les politiques monétaires sont
moins axées sur la lutte contre l’inflation que sur la réalisation de la croissance.

La Corée du Sud est cependant confrontée à des défis qui sont : le creusement des inégalités - les
ménages du décile supérieur gagnent actuellement 4,7 fois plus que ceux du décile inférieur ; une forte
proportion de travailleurs temporaires qui est la deuxième après celle de l’Espagne au sein des pays
de l’OCDE et un important secteur informel considérable qui est le plus vaste des pays de l’OCDE
(Bertelsmann Stiftung, 2012).

Les expériences du Brésil, de l’Inde, de la Chine et de la Corée du Sud montrent qu’invariablement,
la transformation économique et le développement social sont intimement liés et se renforcent
mutuellement. Dans tous les cas, le développement humain a été crucial pour leur succès. En
outre, les expériences de ces pays montrent que la transformation économique ne peut se réaliser
exclusivement par le simple libre jeu du marché. Elle nécessite : un leadership visionnaire et un État
développementaliste capable ; des chaînes de valeurs reliant les producteurs de matières brutes aux
utilisateurs finaux ; une population en bonne santé et bien instruite ; l’accès à la technologie ; l’accès aux
marchés locaux, régionaux et mondiaux ; ainsi qu’une robuste architecture de financement durable faisant
appel aussi bien aux sources intérieures qu’extérieures.

Les défis écologiques auxquels s’est heurtée la Chine sont cependant instructifs ; ils nous montrent
qu’un programme de transformation durable doit en fin de compte se fonder sur des initiatives de
croissance verte inclusive. Et même si elle n’a pas été mentionnée dans le présent document, l’expérience
du « printemps arabe » montre également qu’il est nécessaire d’établir un équilibre entre la prospérité
économique et la cohésion politique. Ainsi est-il impératif pour assurer la durabilité, qu’un programme de
transformation soit résilient aux menaces posées par le changement climatique, repose sur des principes
                                                         8
démocratiques et soit continuellement dynamisé par une société civile vibrante qui engage et applique
l’obligation pour l’État de rendre compte.

Bien que les stratégies décrites plus haut ne puissent pas être transposées avec succès en Afrique, elles
présentent cependant certains enseignements bénéfiques pour la promotion de la transformation
économique en Afrique.

Vision : Favoriser l’émergence d’un État développementaliste
démocratique pour faciliter le processus
Le consensus qui se dégage, c’est qu’un État développementaliste est essentiel au processus de croissance
économique et de transformation accélérée de tout pays. Un État développementaliste peut se définir
comme un « État qui place le développement économique comme la priorité première de la politique
gouvernementale et est capable de concevoir des instruments efficaces pour promouvoir un tel objectif »
(CEA, 2011). Le rôle central de l’État dans la réussite économique des tigres asiatiques et le rôle de l’État
dans la relance des économies des pays occidentaux principalement, à la suite de la crise économique
mondiale, réaffirment le rôle important que l’État peut jouer dans le processus de transformation. Ces
expériences confortent également le point de vue selon lequel la main invisible des marchés ne peut
à elle seule engendrer la transformation économique. L’expérience des tigres asiatiques montre que le
renforcement des capacités des entreprises, grâce notamment à des investissements dans la recherche-
développement, le perfectionnement des compétences et le développement des infrastructures peuvent
être cruciaux pour le développement. Il est également important d’assurer la stabilité globale au niveau
macroéconomique et d’instaurer un régime de réglementation qui encourage l’investissement dans le
secteur privé.

Il est intéressant de noter que la transformation n’a pas toujours été associée à des démocraties à
l’occidentale, comme l’a montré l’expérience de la Chine. D’aucuns pourraient cependant soutenir qu’un
processus de transformation qui est inclusif et suffisamment démocratique pour assurer l’adhésion d’un
large groupe des parties prenantes, est essentiel pour la durabilité. Globalement, l’efficacité de l’État pour
ce qui est de déterminer le programme de transformation, est fonction de la pertinece de sa vision et
du niveau de ses capacités à assurer une gestion prudente de l’économie. Une étude sur la gouvernance
portant sur 35 pays africains, révèle qu’il y a eu de légers progrès depuis 2005 en ce qui concerne l’État
de droit et le respect des droits de l’homme. En outre, la gestion économique et l’efficacité du système
fiscal se sont améliorées. Cependant, l’accès aux services et la qualité de la prestation des services ne
sont toujours pas satisfaisants et l’obligation de rendre compte est également faible (CEA, 2009). Par
conséquent, si les États africains veulent jouer un rôle constructif dans le processus de transformation
du continent, il faut qu’ils continuent de renforcer leurs institutions de gouvernance et de gestion
économique.

Adopter et mettre en œuvre des plans de développement cohérents
Pour être efficaces, les gouvernements africains auront à mettre en place des cadres globaux de
développement axant les politiques sociales et économiques sur la réalisation des objectifs du programme
de transformation. Il leur faudra à cet effet renforcer les capacités tant institutionnelles qu’individuelles,
nécessaires pour la conception, la mise en œuvre et le suivi de cadres de planification qui soient cohérents
et alignés sur les priorités de développement. Il y aura lieu d’inclure dans les cadres de développement

                                                   9
des dispositifs crédibles d’incitation et de sanction, de manière à récompenser la bonne performance et
sanctionner l’échec (CEA et CUA, 2011; ERA 2011).

La population : développer le capital humain
Il est primordial d’améliorer l’état de santé et l’éducation de la population, afin que les gens aient de
meilleures capacités de mise en œuvre du plan de transformation. Les femmes et les jeunes sont une
composante importante de la population de l’Afrique, aussi faudra-t-il, pour développer le capital humain
du continent, des efforts ciblés permettant de tirer le meilleur parti des capacités de ces deux groupes.

Les jeunes constituent une proportion appréciable de la population de l’Afrique (18% en 2012), qui
passera, selon les prévisions, à 28 % d’ici 2040 ; les possibilités d’emploi sont cependant rares, comme
l’attestent les taux de chômage élevés des jeunes, particulièrement en Afrique du Nord. L’expérience
récente du « printemps arabe » en Afrique du Nord met en exergue l’importance qu’il y a à transformer
l’accroissement de la population de jeunes en Afrique en dividende démographique, notamment en leur
ouvrant plus largement l’accès à l’éducation, à la santé et à des emplois décents. Les taux de chômage des
jeunes sont relativement plus faibles dans le reste de l’Afrique, mais les chiffres sont trompeurs, car ils
occultent des taux élevés d’emploi dans le secteur informel, où les salaires sont bas et les conditions de
travail mauvaises. Du fait qu’il n’y a pas en Afrique, à l’exclusion de l’Afrique du Nord, de programmes
d’assurance sociale, les jeunes n’ont d’autre choix que de travailler même dans les conditions les
moins souhaitables. On peut rendre les jeunes plus faciles à employer en améliorant la conception des
programmes d’études classiques et professionnelles pour les mettre mieux en adéquation avec les priorités
du marché du travail, ce qui permettra aux gouvernements de récolter des dividendes démographiques
(R. Sogunro, 2012). Parallèlement, il est possible de développer les possibilités d’emploi tout au long de la
chaîne de valeur en diversifiant l’économie et en développant la transformation des matières premières.

Il est indispensable de lutter contre les inégalités d’accès aux services sociaux entre les sexes et de faire
tomber les barrières à la participation des femmes aux activités productives, afin de leur donner des
moyens d’action et de tirer le meilleur parti de leur participation au processus de transformation.

Le secteur privé : développer une classe d’entrepreneurs autochtones
Une classe d’entrepreneurs autochtones dynamiques est un élément crucial de la mise en œuvre d’un
programme de transformation. Il faut offrir des incitations au secteur privé, pour qu’il investisse dans
le secteur agro-industriel et d’autres projets connexes encourageant la création de valeur ajoutée.
Une plate-forme de production nationale solide et efficace suscite des possibilités et des motivations
pour l’investissement étranger, et facilite les partenariats avec les investisseurs étrangers. Mais il est
indispensable, pour que le secteur privé puisse se développer, de réduire le sentiment de risque et les coûts
de transaction. Un pays qui cherche à se développer devra pour cela, à tout le moins, faire respecter l’état
de droit, mettre en place des dispositifs crédibles garantissant les droits de propriété, améliorer l’accès
aux infrastructures de base, en particulier à l’énergie, et réduire les coûts administratifs des opérations
commerciales.

                                                          10
Éliminer les contraintes infrastructurelles et les goulets
d’étranglement
Les déficits d’infrastructures ont des effets délétères sur le développement, économique comme social.
Des équipements sanitaires et éducatifs insuffisants et un accès limité à l’eau et à l’assainissement
compromettent le capital humain des sociétés, limitant la capacité de leurs membres à être productifs et
à participer au programme de transformation. De même, des infrastructures déficientes, notamment un
accès peu fiable à l’énergie, et des systèmes de transports et de communications médiocres, augmentent
le coût des affaires et compromettent la compétitivité mondiale. Il est donc crucial de développer les
infrastructures, que ce soit pour le développement du secteur privé ou celui du capital humain, qui sont
indissociablement liés. Les politiques industrielles et les politiques de développement en Afrique doivent
donner la priorité aux investissements stratégiques dans les infrastructures et laisser de côté les projets
et les programmes d’infrastructures allant à des « enclaves », et ne visant qu’à satisfaire les besoins des
producteurs de produits de base. Les gains que les pouvoirs publics tirent des effets d’aubaine liés aux
exportations de produits de base doivent permettre de développer le financement des infrastructures
[CEA et AUC, 2013 (Rapport économique sur l’Afrique, 2013)].

Industrialisation et développement de la chaîne de valeur
Les chaînes de valeur entre producteurs de matières brutes et utilisateurs finals peuvent jouer un rôle
vital pour ajouter de la valeur aux produits primaires agricoles et autres. Mais en réalité, les entreprises
africaines sont souvent à l’extrémité la plus basse de la chaîne de valeur mondiale ; elles vendent des
produits primaires, sans investir – ou très peu – dans les opérations de transformation. Des mesures visant
le contenu local facilitent le développement de la chaîne de valeur en renforçant les effets d’entraînement
avec les fournisseurs locaux. Mais pour être efficaces, ces mesures doivent s’accompagner d’efforts
visant à renforcer la compétitivité des fournisseurs locaux. Ces efforts sont à diriger notamment sur le
développement et l’amélioration des compétences, l’adoption et l’adaptation de technologies appropriées,
et l’accès au capital.

Accès aux marchés : promouvoir les échanges mondiaux et
intrarégionaux
Il faudrait que les pays africains conçoivent et mettent en œuvre des politiques industrielles bien pensées
qui permettent de leur faciliter la progression vers le haut de la chaîne de valeur mondiale. Pour cela,
ils devront tous réduire la part des produits alimentaires et des matières agricoles brutes dans leurs
exportations totales de marchandises. Il faudra aussi, parallèlement, qu’ils réduisent progressivement
leurs importations de produits de consommation finals, favorisant au contraire l’importation d’intrants
et de composants industriels intermédiaires. Aux premiers stades de cette évolution, les marchés locaux
et régionaux sont un point d’accès commode au développement de la chaîne de valeur, car les obstacles
à l’entrée y sont généralement moins grands, ce qui permet aux entreprises locales de se constituer les
capacités de production nécessaires pour les chaînes mondiales, où l’on est plus exigeant.

La vérité est pourtant que plusieurs pays africains n’ont pas mis en place de politique industrielle
opérante. Et la part des échanges intra-africains est extrêmement faible comparée aux autres grandes
régions : elle stagne aux alentours de 10 à 12 %, et n’a guère progressé ces dix dernières années. En 2004-
2006, les exportations intra-africaines représentaient 8,7 % des exportations totales de la région et 9,6%

                                                  11
des importations totales (CNUCED 2009c; CEA 2010a). La mise en place de politiques industrielles
fonctionnelles et le développement des échanges intrarégionaux, grâce notamment à la zone de libre-
échange continentale africaine envisagée, revêtiront donc une importance stratégique. On prévoit en
fait que le démantèlement total des barrières douanières, assortie de mesures facilitant les échanges sur
le continent, fera monter la part des produits primaires industriels à quelque 70 % des échanges intra-
africains (CEA 2013).

Promouvoir l’innovation et les transferts de technologie pour favoriser
la transformation structurelle et l’ajout de valeur
Si l’Afrique a obtenu d’assez bons résultats du point de vue des transferts de technologie dans certains
domaines, tels que les redevances et l’importation de biens d’équipement, elle reste à la traîne pour ce qui
touche les savoirs nouveaux et naissants. C’est une des causes d’une base industrielle faible, et tributaire
dans une large mesure de technologies importées qui ne sont pas toujours adaptées aux conditions locales.

Il est admis que la technologie est l’un des moteurs essentiels de la croissance accélérée et de la
transformation économique, du fait de ses répercussions sur la productivité et les revenus. Pour les
économies africaines, le progrès technologique et l’innovation peuvent offrir une plate-forme de
diversification et une voie qui mène de la dépendance à l’égard de l’agriculture et des exportations de
matières brutes, aux industries manufacturières. L’Afrique doit régler certains problèmes ardus, dont
le manque de politiques nationales et institutionnelles bien pensées qui puissent orienter de manière
générale la mise au point, l’acquisition, l’adaptation, l’utilisation et la diffusion de technologies nouvelles
et naissantes. Autres problèmes liés à ce dernier, les ressources humaines et financières sont limitées, et les
infrastructures ne sont pas suffisantes pour des progrès technologiques. Les solutions existent : éducation
de qualité, développement des compétences, formation à l’entreprenariat, mais aussi encouragement aux
coentreprises et aux alliances industrielles entre entreprises nationales et étrangères. Il serait utile aussi de
promouvoir les accords internationaux de coopération scientifique et technologique entre pays d’Afrique
et exportateurs de technologies, dominants ou émergents.

Croissance verte inclusive
Il faut que l’Afrique adopte une conception de la transformation passant par la croissance verte inclusive,
qui soit progressive, tire partie des avantages comparatifs du continent et tienne compte des conditions
de départ et du niveau de développement. Les coûts initiaux associés à l’écologisation de l’économie
étant très élevés, ce n’est peut-être pas une option pour l’Afrique, à ce stade, de donner un coup d’arrêt
aux investissements consacrés à l’exploration pétrolière, ou de construire des barrages hydroélectriques,
compte tenu en particulier des besoins énergétiques substantiels du continent.

L’apport de l’Afrique aux émissions de gaz à effet de serre est minime, le grand problème, pour elle,
est celui de l’adaptation aux changements climatiques, au moins pour le court terme. Aussi le soutien
financier à l’Afrique pour l’adaptation, et dans une moindre mesure pour les mesures d’atténuation, est-il
indispensable pour qu’elle puisse y réagir convenablement. Selon la Convention-cadre des Nations Unies
sur les changements climatiques (CCNUCC), les coûts estimatifs de l’adaptation, à l’échelle mondiale,
pourraient atteindre 49 à 171 milliards de dollars par an d’ici 2030, dont 27 à 66 milliards pour les pays
en développement. La Banque mondiale estime les coûts d’adaptation aux changements climatiques
en Afrique à quelque 18 milliards de dollars (aux prix de 2005). Il faudra donc un financement accru

                                                          12
pour que les pays africains puissent prendre des mesures concrètes les rendant moins vulnérables
et plus résistants à ces changements (GIEC, 2007). Pourtant, les fonds créés pour aider les pays en
développement à réagir aux difficultés des changements climatiques sont non seulement insuffisants face
aux besoins de ces pays, mais exagérément axés sur les mesures d’atténuation. En 2010, 62 % environ du
financement des fonds de démarrage rapide sont allés aux mesures d’atténuation, 25 % à l’adaptation et
13 % au programme de réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts
dans les pays en développement (REDD+). Si ce schéma persiste, il peut se faire que l’adaptation, sur les
30 milliards de dollars annoncés, ne recueille que 7,8 milliards de dollars. En outre, malgré l’engagement
de veiller à ce que le financement allant au climat soit nouveau et additionnel, il n’y a de « nouveaux »
que 2,8 à 7 milliards de dollars du financement des fonds de démarrage rapide (sur les 29,2 milliards de
dollars annoncés) et moins de 3 milliards de dollars réellement « additionnels » (CAPC, 2011).

Bien que les mesures touchant le climat soient depuis quelques années mieux intégrées aux politiques
d’ensemble, il est malheureusement peu fréquent qu’elles le soient aux politiques de développement et aux
décisions d’investissement. À l’heure actuelle, 31 des 33 pays africains les moins avancés ont présenté
leur programme national d’action pour l’adaptation aux changements climatiques au secrétariat de la
CCNUCC. Un programme pour l’adaptation renseigne sur les activités prioritaires d’un pays visant
à pourvoir aux besoins et aux problèmes urgents et immédiats liés à l’adaptation à ces changements.
L’Initiative éthiopienne d’économie verte robuste face au climat donne un bon exemple de la manière
dont des stratégies d’adaptation peuvent être incorporées dans les politiques nationales. L’initiative
prévoit i) des limites aux émissions, ii) une productivité accrue et iii) un bon rendement des ressources.

Les changements climatiques constituent à la fois des menaces et des opportunités pour la poursuite
d’initiatives de croissance verte inclusive. La Chine, par exemple, qui dirige des investissements
importants vers l’énergie solaire, est actuellement le principal producteur de panneaux solaires. Ces
investissements peuvent être une source d’emplois. Il existe d’autres possibilités de création d’emplois :
mise à niveau de bâtiments face aux menaces des changements climatiques ; mise en place de réseaux
de transports en commun ; mise au point d’automobiles à fort rendement énergétique ; investissements
allant à l’énergie éolienne et aux combustibles de biomasse cellulosique (PERI juin 2008). Il faudra
que les décideurs établissent où sont leurs points forts comparatifs de développement écologique, pour
concevoir des initiatives d’emplois verts à partir de ces points forts et en tirer le meilleur parti dans le
cadre de leur programme de transformation.

Partenariats stratégiques et financement de la transformation
économique
Les partenariats de l’Afrique doivent être motivés par son objectif stratégique : réaliser dans les délais
les plus brefs possibles la transformation structurelle. Il faudra pour cela que les partenariats étrangers,
traditionnellement basés sur l’aide publique au développement, l’investissement étranger direct et les
échanges internationaux, soient orientés et alignés sur les priorités de transformation des pays africains.
Il faudra aussi donner plus d’importance aux partenariats avec la diaspora et les acteurs nationaux, en
particulier le secteur privé local.

Les partenaires commerciaux traditionnels ont largement dominé (62 %) les échanges africains de
produits primaires, et en ont renforcé les schémas. De plus, la concentration de l’investissement étranger
direct dans quelques pays et secteurs (industries extractives) a contribué à caler le continent sur une
trajectoire de production axée sur l’exportation de produits de base, compromettant les possibilités de

                                                   13
valeur ajoutée et de meilleures recettes d’exportation (CEA et CUA, 2011). L’Afrique du Nord et les pays
exportateurs de pétrole prédominent comme destinataires de l’investissement étranger direct : l’Angola,
l’Égypte, la Libye et le Nigéria ont reçu en 2010 les quatre flux d’IED les plus importants (statistiques de
la CNUCED, 2011).

Par ailleurs, l’APD a été dirigée de manière disproportionnée vers le secteur social, au détriment des
secteurs directement productifs tels que les infrastructures, l’agriculture et les industries manufacturières.
La conséquence en est que le continent n’a pas bénéficié des investissements à forte intensité de
ressources indispensables pour stimuler la transformation économique.

Mais les partenaires que l’on voit apparaître offrent la possibilité de mieux aligner l’APD, l’IED et les
échanges mondiaux sur les priorités de transformation économique de l’Afrique. Les échanges avec les
partenaires autres que traditionnels se développent, au premier chef avec la Chine (38 %), l’Inde (14 %),
la République de Corée (7,2 %), le Brésil (7,1 %) et la Turquie (6,5 %). Ces partenaires émergents offrent
à l’Afrique des perspectives de développer ses exportations de produits manufacturés. On a pu voir par
exemple les exportations à destination des partenaires émergents (Chine exceptée) passer de 14,3 % à
34,4 % entre 2000 et 2009. En outre, les investissements étrangers directs des partenaires émergents
en Afrique sont généralement moins concentrés dans les pays exportateurs de pétrole que ceux des
partenaires traditionnels. Entre 2000 et 2010, 85 % de l’IED des pays de l’OCDE sont allés vers les pays
exportateurs de pétrole, contre 75 % pour les investissements des partenaires émergents.

Ces proportions ne sont toutefois pas suffisantes pour que l’Afrique puisse parvenir au niveau nécessaire
d’industrialisation. On n’arrivera pas, par simple chance, à tirer parti de la diversification des exportations
à destination des partenaires émergents. Il faudra des politiques et des stratégies délibérées mises en
place par l’État aux fins du développement. Il faudra aussi que les pays africains adoptent des positions
communes sur les grands problèmes et parlent d’une même voix pour obtenir les meilleurs résultats
dans les négociations avec leurs partenaires. Pour orienter l’IED vers de nouveaux secteurs, tels que les
industries manufacturières, il est indispensable d’adopter des incitations et des politiques stratégiques
qui encouragent, et obligent, les investisseurs étrangers à utiliser des intrants nationaux et à travailler en
partenariat avec des entreprises locales dans la poursuite de leurs objectifs. Des efforts délibérés visant
des coentreprises avec des entreprises du Sud peuvent stimuler la diffusion de savoirs profitable aux
entrepreneurs locaux (CEA et CUA, 2011). En s’employant avec vigilance à faire cesser les flux financiers
illicites depuis l’Afrique, qui sont surtout associés à l’IED dans les industries extractives et minières, les
pays verront augmenter les recettes de l’IED perçues par l’État (CEA, 2013).

La transformation, dans les pays africains, passe par une appropriation plus marquée de leur programme
de développement, et par une responsabilisation accrue à l’égard de leurs citoyens. Il sera essentiel, dans
ce contexte, qu’ils puissent financer une part croissante des coûts de la transformation en mobilisant des
ressources nationales. Cela les obligera à passer d’une conception du financement du développement
axée sur les donateurs à une action plus centrée sur la mobilisation de ressources nationales, assortie
d’une plus grande responsabilisation à l’égard du contribuable. De plus, en rendant les marchés financiers
plus solides et en diminuant les risques associés aux prêts, notamment par la création d’institutions
d’évaluation financière, ils faciliteront l’intermédiation financière, mobiliseront mieux l’épargne et
encourageront les investissements en abaissant les taux du crédit.

                                                         14
Vous pouvez aussi lire
DIAPOSITIVES SUIVANTES ... Annuler