LE MARIGOT Lancer des passerelles entre le passé et le présent - Société historique et culturelle ...
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LE MARIGOT Lancer des passerelles entre le passé et le présent Le projet Nos aînés ont une histoire à raconter Dans la série Histoire Pionnières et femmes de changement Dans la série Longueuil et ses mots La jeune Parisienne de Coteau rouge, de Michel Pratt Volume 27 | Numéro 1 | Hiver-Printemps 2021
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COORDONNÉES ET HORAIRE
440, chemin de Chambly
Longueuil (Québec) J4H 3L7
(450) 677-4573
du mardi au vendredi, de 9 h à 15 h 30
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LeMarigot
Société historique du Marigot
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AVANTAGES DE LA COTISATION Vous pouvez appuyer financièrement la Société
• Assister sans frais aux activités mensuelles. historique et culturelle du Marigot, par un don au
montant de votre choix et selon la formule qui vous
• Avoir accès au quiz annuel sur Longueuil
et Saint-Hubert à l’automne (réservé convient : don unique, versements mensuels ou
exclusivement aux membres). même don testamentaire.
• Bénéficier des tarifs réduits pour les membres lors VOS DONS PERMETTENT DE :
des visites animées ainsi que pour la reproduction
de photographies et les recherches historiques. • Embaucher du personnel qualifié pour faire
progresser la recherche régionale
Votre cotisation permet également à la petite
équipe de la Société historique et culturelle du • Développer de nouvelles activités de diffusion,
tant virtuelles que sur le terrain
Marigot de poursuivre la réalisation des projets
• Assurer une plus grande présence dans la
phares que sont la revitalisation des archives et Ville communauté
Jacques-Cartier, haute en couleur.
• Actualiser les méthodes de conservation des
archives et artefacts
COTISATION
Vous pouvez payer votre cotisation en cliquant sur La Société historique et
culturelle du Marigot est
le lien suivant : adhésion à la Société historique et un organisme de bienfai-
culturelle du Marigot. Les diverses options vous sance enregistré à l’Agence du
seront offertes. Vous pouvez aussi faire parvenir votre revenu du Canada, catégorie
cotisation par chèque à l’adresse ci-haut ou payer par Bibliothèques, musées et autres
virement Interac à shm@marigot.ca (n’oubliez pas collections. Numéro d’enregis-
de nous envoyer la réponse à la question de sécurité). trement 107599730RR001
Catégories de membres 1 an 2 ans
Les dons de photos anciennes sont appréciés en
Membre régulier – individuel 30 $ 55 $ tout temps. Cela permet d’enrichir nos collections !
Membre régulier – couple 45 $ 85 $
Membre étudiant 10 $ 15 $
(temps plein, preuve requise)
Membre or 105 $ 200 $EN COUVERTURE CONSEIL D’ADMINISTRATION 2020-2021
Madame Cécile Jalbert portant dans ses bras sa fille Présidente : Louise Levac
Suzanne, devant l’entrée du dépanneur tenu par sa Vice-président : Michel Fragasso
soeur Amabélise Jalbert, à Ville Jacques-Cartier en Trésorier : Jean-Guy Lavigne
1954. Secrétaire : Jean Lamarre
Source : Société historique et culturelle du Marigot, Collection Ville
Jacques-Cartier, Série Cécile Jalbert
Administrateurs et administratrices :
Andrée-Anne Coll, Gaétane Collette,
Alexandre Dubé et Robert Leroux
GOUVERNEURS RÉDACTION ET MISE EN PAGE
(NOS ANCIENS PRÉSIDENTS) Jef Asnong, Sylvie Boyer, Jean-Guy Campeau,
Andrée-Anne Coll, Jean-Guy Lavigne, Louise Levac,
Charles-Édouard Millette (1978-1978)† Sabrina Raymond et Claudette Vandette.
François Matte (1979-1980) †
Louise Dufresne Légaré (1980-1982) †
Lucille Côté Nadeau (1980-1982) †
Annette Racicot Laramée (1982-1998) †
Michel Pratt (1998-2015)
DANS CE NUMÉRO
Mot de la présidente 4
ACTUALITÉS
La Grande Recrue de 2020 5
Jean Lamarre, nouveau secrétaire de la Société 5
Thérèse Savoie, un cœur en action 7
Participation à des activités de la Ville de Longueuil 7
HISTOIRE
Des pionnières québécoises 9
Femmes de changement à Longueuil 13
VILLE JACQUES-CARTIER, HAUTE EN COULEUR
Le projet Nos aînés ont une histoire à raconter 17
Souvenirs - Réfection des rues et écrasement d’un avion à Ville Jacques-Cartier 18
LONGUEUIL ET SES MOTS
La jeune Parisienne de Coteau rouge, de Michel Pratt 20
AGENDA
Les activités mensuelles en 2021 22
Le Marigot — Hiver-Printemps 2021 3Mot de la présidente
Par sa singularité et sa durée, la pandémie à laquelle nous développons le projet Nos aînés ont une histoire à
le monde entier fait face depuis un an s’assure une raconter (voir p. 17) et un programme d’Emploi-Québec
place dans les futurs livres d’histoire mondiale. En soutenant la formation de nos employés en vue d’une
plus des proches disparus pour certains d’entre nous et adaptation à la situation actuelle. Nous avons ainsi pu
de la maladie que d’autres ont traversée, avec ou sans conserver l’équivalent de deux emplois. Grâce à son
séquelles, des renoncements ont dû se faire quant aux équipe, qui s’est initiée au télétravail, avec ses hauts et ses
contacts plus chaleureux que nous avions auparavant bas, la Société historique et culturelle du Marigot a donc
dans notre vie quotidienne. J’espère que votre santé est été pro-active pour s’adapter à la situation sanitaire. Un
bonne à ce jour, y compris si vous avez eu la Covid-19, très grand merci à Sylvie Boyer, Marcela Aranguiz,
et que les habitudes prises depuis un an ont donné lieu Pierrette Bouchard et Alice Daudelin.
à des ajustements vivables, tant au plan personnel que
professionnel. En effet, avec ce qu’il nous en coûte en Une Société toujours très active
adaptation à un contexte déroutant, nous nous sommes
Nous sommes fiers d’avoir fait avancer le dossier de
tous familiarisés à un rythme soutenu avec des applica-
la revitalisation des archives et ce, principalement
tions et formules dont plusieurs d’entre nous ignorions
en télétravail grâce à des montants obtenus avant
l’existence au début de la décennie naissante. Quand
la pandémie, de Bibliothèques et Archives natio-
nous serons revenus à ce qui ressemblera en partie –
nales du Québec (BAnQ) et de la Caisse Desjardins
ça ne pourra jamais revenir à l’identique - à ce que
du Vieux-Longueuil. Ainsi, en plus de compléter la
nous avions connu avant la pandémie, nous éprou-
phase II de notre projet État général des fonds et collec-
verons probablement une certaine fierté quant à notre
tions de la Société historique et culturelle du Marigot,
capacité à rebondir.
l’archiviste Marcela Aranguiz a mis au point le site
interactif Le Vieux-Longueuil, une histoire dont vous
Des adaptations et un recours à des
êtes le héros. Lancé en octobre, nous vous invitons à le
programmes Covid-19 (re)découvrir : http://vieux-longueuilhistoireheros.org.
Comme chacun de vous, la Société historique et cultu- On y trouve notamment de nombreux anciens
relle du Marigot fait ce qu’elle peut depuis le printemps commerces, qui rappelleront des souvenirs à plusieurs
2020 pour survivre et s’épanouir durant cette période d’entre vous. Sur chaque photo, vous pouvez déplacer
difficile pour tant d’organismes communautaires. le curseur à gauche et vous découvrirez ce qu’on
Ainsi, les relations que nous avons avec nos membres, trouve aujourd’hui à l’emplacement en question.
nos bénévoles et le public de même que celles entre Nous vous invitons à mettre des commentaires sous
employés se déclinent dorénavant en grande partie à les photos. Vous avez fréquenté ces endroits ? Vous
distance. Nous avons aussi procédé à la transformation y reconnaissez des gens ? Vous avez des anecdotes à
numérique de nos activités mensuelles en 2020-2021. partager ? N’hésitez pas à les partager avec nous.
Si quelques personnes ne peuvent se joindre à nous,
vous avez été plus nombreux que jamais à suivre lesdites Nous avons aussi atteint l’objectif que nous nous
activités, l’expérience virtuelle se déroulant dans de étions fixé pour notre première campagne de recru-
bonnes conditions et permettant même de rejoindre tement (voir p. 5) et participé à plusieurs activités
de nouveaux publics. Tout en multipliant nos parte- de la Ville de Longueuil (voir p. 7), notamment la
nariats avec la Ville de Longueuil et avec plusieurs Semaine virtuelle du souvenir. Parmi ces activités, se
députés, nos activités sur la Crise d’octobre vue de la trouve notre participation le 16 mars à une table ronde
Rive-Sud et celle sur le déboulonnage des statues ont sur l’apport des femmes à l’histoire de Longueuil,
généré des records de participation et nous planifions une thématique importante de la présente édition
un automne 2021 stimulant (voir p. 23). de votre bulletin. Tant de femmes, certaines connues
et d’autres invisibles dans l’espace public, ont bâti la
Par ailleurs, nous avons eu recours à divers programmes Ville de Longueuil et le Québec. Nous souhaitons
Covid-19, que ce soit la Subvention salariale d’urgence ici contribuer à en faire connaître quelques-unes et
du Canada, une aide de Patrimoine canadien pour mesurer le chemin parcouru.
poursuivre le travail en archivistique, le programme
Nouveaux horizons pour les aînés dans le cadre duquel Louise Levac
4 Le Marigot — Hiver-Printemps 2021ACTUALITÉS
Jean Lamarre, nouveau
La grande recrue de 2020 secrétaire de la Société
par Jean-Guy Lavigne par Jean-Guy Lavigne
En pleine pandémie, malgré les difficultés La Société historique et culturelle du Marigot est
de toutes sortes auxquelles faisaient face les heureuse de vous présenter son nouveau secrétaire,
associations, la Société historique et culturelle l’historien Jean Lamarre, Ph.D. Il succède à Jef
du Marigot s’est donnée comme objectif non Asnong qui a occupé le poste pendant plusieurs
seulement de conserver ses membres mais aussi années et dont elle tient à signaler l’engagement en
d’en augmenter le nombre de façon signifi- longue durée. C’est à l’invitation de Louise Levac
cative. que Jean Lamarre s’est joint à la Société et, plus
Le conseil d’administration a eu la vision et tard, à son conseil d’administration et au comité de
l’audace d’autoriser une campagne de recru- coordination
tement alors qu’il était impossible d’organiser ᚔ
la moindre activité permettant aux membres de
se réunir et de discuter entre eux. Encore moins
d’assister en personne à des conférences et à des
activités. C’est Jean-Guy Lavigne, membre du
CA depuis l’automne 2019, qui s’est vu confier
la responsabilité d’assurer la direction de l’opé-
ration OBJECTIF + 25 devant débuter le Jour
de la Fête du travail.
En plus des efforts des membres du conseil
d’administration, la campagne a consisté
en appels téléphoniques et en courriels aux
personnes dont le nom avait été fourni au
responsable et en messages à la fin des activités
diffusées sur Zoom.
Aux Fêtes, non seulement l’objectif avait-il été
atteint, il avait été dépassé à la grande satis- Jean est détenteur d’un doctorat en histoire
faction de toutes et de tous. À l’exception de américaine de l’Université de Montréal où il avait
quelques personnes qui ont grandi à Longueuil obtenu un baccalauréat ès arts spécial en histoire
et qui vivent maintenant ailleurs, toutes et tous et une maitrise dans le même champ d’étude.
résident dans la métropole de la Rive-Sud ou Sa thèse de doctorat a porté sur Les Canadiens
dans sa région immédiate. Plusieurs participent, français du Michigan. Leur contribution dans le
dorénavant, à nos activités sur la plateforme développement de la vallée de la Saginaw et de la
Zoom. Vous aurez, d’ailleurs, l‘occasion de les péninsule de Keweenaw, 1840-1914. Durant sa
rencontrer à la reprise des activités en présence, carrière, il a enseigné principalement l’histoire
quand ce sera autorisé. sociale américaine, l’histoire de la politique
étrangère de nos voisins du Sud, celle de la guerre
L’organisateur de la campagne tient à remercier de Sécession et celle des relations entre le Québec,
Jean Lamarre, Andrée-Anne Coll, Louise le Canada et les États-Unis, en plus de celle du
Levac et Alexandre Dubé ainsi que Sylvie Québec contemporain.
Boyer pour leur implication.
Le Marigot — Hiver-Printemps 2021 5ACTUALITÉS
De 2008 à 2020, il a occupé le poste de professeur américain, cherchant à mieux faire connaître le
titulaire au département d’histoire du Collège processus migratoire et la réalité francophone et
militaire du Canada à Kingston, en Ontario, après métisse au tournant du XXe siècle dans la région
avoir été professeur adjoint et professeur agrégé méconnue du Dakota du Nord.
durant plusieurs années. Depuis l’an dernier, Jean
ᚔ
est professeur émérite de cette institution.
Plus Longueuillois que Jean Lamarre, c’est
Jean est l’auteur de sept monographies publiées
difficile à concevoir. Né au coin des rues Saint-
entre 1996 et 2017. Signalons notamment : Le
Charles et Pratt, dans le Vieux Longueuil, il a
mouvement étudiant québécois des années 1960 et ses
fréquenté les écoles primaires Saint-Antoine,
relations avec le mouvement international, Québec,
Saint-Pierre-Apôtre et Catherine-Primot avant
Septentrion, 2017. 178 pages. D’Avignon. Médecin,
de poursuivre son cours secondaire au collège de
Patriote et Nordiste, Montréal, VLB, 2009, 190
Longueuil et, plus tard, d’étudier la sociologie au
pages. Les Canadiens français et la guerre civile
Cégep Édouard-Montpetit. Le malheur n’a pas
américaine (1861-1865). Une autre dimension
épargné sa famille. Lionel, son père, chef pâtissier
de leur migration vers les États-Unis, Montréal,
à la boulangerie Mainville de la rue Grant,
VLB, 2006, 186 pages (réimpression en 2008).
mourut à l’âge de 45 ans. Pour joindre les deux
Histoire des États-Unis: Mythes et réalités, Laval,
bouts, sa mère, née Savaria à Boucherville, sera
Les Éditions Beauchemin, 2e édition revue et
gérante de magasin à la Place Longueuil et vivra
augmentée, 2006, 269 pages, avec Yves Bourdon
jusqu’à l’âge de 85 ans.
ainsi qu’Histoire du Québec. Une société nord-améri-
caine, Laval, Les Éditions Beauchemin, 1998, 320 Le Cégep terminé, Jean s’installe à Montréal. Il
pages, toujours avec Yves Bourdon. travaille à temps partiel à l’hôpital Hôtel-Dieu
de Montréal à l’inscription de l’urgence, d’abord
Le nouveau secrétaire de la Société a aussi écrit de
la nuit, les fins de semaine et ensuite le jour
nombreux articles dans des revues scientifiques,
les fins de semaine. Son bac et sa maîtrise en
certains avec d’autres historiens, en plus de ceux
histoire, à l’Université de Montréal, derrière lui,
publiés dans des ouvrages collectifs, de même que
il entame ses études de doctorat, qu’il complètera
présenté plusieurs communications scientifiques. Il
en 1996. Entretemps, devenu papa, sa copine et
a aussi participé à l’organisation de congrès scienti-
lui quittent la grande ville en 1993 pour revenir
fiques, d’ateliers thématiques et de voyages d’étude
au bercail. Ils vivent à Longueuil depuis 1993.
pour les étudiants du département d’histoire du
RMC Kingston. Jean a aussi présidé des comités de L’arrivée de Jean Lamarre constitue un moment
soutenance de mémoire de maîtrise. Il est membre charnière des dernières années à la Société
actif de plusieurs associations dont Organization of historique et culturelle du Marigot. L’énorme
American Historians (États-Unis), Société historique bagage de connaissances et d’expérience qu’il
du Canada (Canada), Institut d’histoire de l’Amérique apporte aux délibérations de la Société, ainsi
française (Québec), Bulletin d’histoire politique (Québec) qu’aux travaux qu’elle poursuit, va enrichir encore
et Association internationale d’études québécoises (Inter- davantage l’expérience offerte à nos membres et à
national). la communauté.
À notre question concernant ses activités scien-
tifiques pour les prochaines années, Jean a fait
référence à un projet de recherche en cours
traitant de la présence canadienne-française
dans l’armée américaine lors de la Première
Guerre mondiale, ainsi qu’à sa participation à un
groupe de recherche portant sur le Nord-Ouest
6 Le Marigot — Hiver-Printemps 2021ACTUALITÉS
Thérèse Savoie, un cœur en action
par Jef Asnong, avec la collaboration de Sylvie Boyer
Madame Thérèse Savoie, administratrice à la
Société historique et culturelle du Marigot durant
plusieurs décennies, a pris sa retraite en 2019.
Son titre principal fut celui de bénévole, ayant
longtemps été l’alter ego des présidents et prési-
dentes de la Société et occupant fort longtemps
le poste de trésorière. Du temps qu’Annette
Laramée occupait la présidence, Thérèse était
aussi son chauffeur attitré et tout naturellement
au courant des dossiers.
Grande voyageuse devant l’éternel, elle ne cessait de
nous étonner avec ses récits de partout sur le globe.
Une belle retraite Thérèse ! À l’instar de la Ville
de Longueuil, qui lui a rendu hommage à titre de
bénévole en 2013, la Société historique et cultu-
relle du Marigot te remercie pour tes années de
dévouement.
Participation à des activités de la Ville de Longueuil
La Société historique et culturelle collabore avec thème Longueuil se souvient : le temps des grandes
grand plaisir à diverses initiatives de la Ville de guerres du XXe siècle.
Longueuil pour faire connaître notre histoire et,
parfois, des aspects méconnus de celle-ci. Ainsi, S’il a été question du héros de guerre Léo Major,
elle a produit à l’automne 2020 deux baladiffu- au sujet duquel une plaque commémorative
sions et deux capsules vidéo dans le cadre de la sera dévoilée au printemps, d’autres aspects des
Semaine virtuelle du souvenir et participera le impacts de la guerre sur Longueuil ont été mis
16 mars 2021 à une table ronde sur l’apport des en évidence par la Société historique et culturelle
femmes à l’histoire de Longueuil. du Marigot.
À l’occasion des 75 ans de la fin de la Seconde Deux baladodiffusions à l’automne et une table
guerre mondiale, alors que la pandémie empêchait ronde en mars
les rassemblements, la Ville de Longueuil a eu
l’heureuse idée de tenir une Semaine virtuelle du Grâce à une impressionnante recherche réalisée
souvenir, en novembre 2020. Des capsules vidéo par l’historien Jean Lamarre (voir l’article à la page
et des baladiffusions ont permis d’explorer le 5), une baladodiffusion nous a permis d ‘exposer
Le Marigot — Hiver-Printemps 2021 7ACTUALITÉS
le contexte social à Longueuil durant les grandes Des capsules vidéo
guerres du XXe siècle : https://www.youtube.
com/watch?v=-q8Is4crpJM. Vu sa longueur, La Société historique et culturelle a aussi produit
une section importante relative aux industries deux des trois capsules vidéo de la série «Les
durant la Deuxième Guerre mondiale, bel et bien Longueuillois témoignent de la guerre», toujours
enregistrée, a été retranchée et fera l’objet d’une dans le cadre de la Semaine virtuelle du souvenir.
nouvelle baladodiffusion au printemps 2021. Ainsi, une capsule vidéo avec Mme Paulette
La seconde baladodiffusion que nous avons Gagné a permis de découvrir la belle histoire
produite portait sur une femme remarquable, Elsie d’amour de ses parents, intimement liée à la
MacGill. Brillante ingénieure en aéronautique, guerre. Léon Gagné, soldat d’origine gaspésienne
Elizabeth Muriel Gregory « Elsie » MacGill, engagé dans le Régiment de la Chaudière lors
popularisée sous le nom de « Queen of the Hurri- du débarquement de Normandie, a rencontré à
canes » dans une bande dessinée, a débuté sa cette occasion Jacqueline Catherine, originaire
carrière à la Fairchild Aircraft à Longueuil dans de Normandie, qui quittera tout pour rejoindre
les années 1930. Elle a aussi contribué aux travaux son fiancé au Canada. M. Gagné avait payé un
de la Commission royale d’enquête sur le statut lourd tribut à la guerre.
de la femme à la fin des années 1960 : https:// https://www.youtube.com/watch?v=5_i1fcEij-o
www.youtube.com/watch?v=bLwBGDY1s6E
Une autre capsule vidéo a fait connaître l’extraor-
dinaire Marguerite Elias Quddus. Le témoignage,
authentique et touchant, de cette femme dont le
père a péri à Auschwitz, était particulièrement
bouleversant. Sa soeur et elle sont devenues des
« enfants cachés » pendant plusieurs années.
Arrivée au Canada en 1967, elle utilise désormais
les arts (dessin, poésie) pour se libérer du poids
de son enfance et faire le deuil de son père.
https://www.youtube.com/
watch?v=2EPTc1pcdK0
Source : National Archives of Canada
La « Reine
des ouragans » sera évoquée par Louise Levac,
directrice de la Société historique et culturelle
du Marigot, lors d’une table ronde sur l’apport
des femmes à l’histoire de Longueuil tenue le
16 mars 2021 : https://www.facebook.com/
events/953197918548004/ Les pionnières de
Ville Jacques-Cartier seront aussi mises en
évidence.
Enfin, en février, la Société historique et cultu-
relle du Marigot a enregistré avec l’aide de la
Ville de Longueuil des capsules vidéo permettant
de faire connaître ses activités et projets. Elles
seront diffusées sur sa page Facebook : https://
www.facebook.com/shmarigot
8 Le Marigot — Hiver-Printemps 2021HISTOIRE
Des pionnières québécoises
par Jef Asnong
On voudrait parler de femmes remarquables célèbres suivirent. Des nuées de femmes. Une
pourtant trop peu connues… Le problème armée de célibataires qui devinrent religieuses et
n’est pas d’en trouver une ou quelques-unes. fondatrices de communautés religieuses, d’œuvres
C’est qu’elles sont légion et leur histoire a été de bienfaisance sans oublier les épouses, des filles
racontée avec soin via une littérature féministe de du Roy à toutes celles qui réalisèrent la revanche
combat et de libération. Le travail de Simonne des berceaux. Beaucoup furent enseignantes,
Monet Chartrand, dont le bulletin Le Marigot infirmières, fondatrices d’écoles, d’orphelinats,
a récemment présenté un résumé de carrière, d’hôpitaux, d’hospices, d’asiles, de foyers.
est aussi méritoire pour son livre volumineux
Pionnières québécoises et regroupements de femmes Le code civil injuste pour les femmes
d’hier à aujourd’hui (Éditions du remue-ménage,
470 pages, 1990). Elle y présente un compte rendu L’obtention du droit de vote et d’éligibilité des
extensif sur les activités des ouvreuses de chemin femmes au Québec et dans un grand nombre
qui étaient de tous les milieux, animant des foules de démocraties est certes devenue le symbole
de militantes et de bénévoles. C’est donc dans de toutes les luttes féminines pour l’égalité et la
ce volume que je relèverai quelques observations justice. Qu’injustice il y avait au Québec on le
concernant ces luttes et leurs héroïnes. doit à l’ancien droit français, rétabli en 1774, et
encore, surtout, par le code civil de 1804, dit de
Napoléon. (Simonne Monet, p 28)
« Avec ce code civil est consacrée l’œuvre
bourgeoise d’avilissement de la femme. Sur elle
et sur ses biens s’exerce la puissance maritale. Son
incapacité totale s’exprime par l’interdiction de
tester, d’hériter, d’acheter, de vendre, de voyager,
de prendre un métier ou un négoce sans l’auto-
risation du mari. » (Andrée Michel et Geneviève
Texier, La Condition de la Française d’aujourd’hui,
cité dans Simonne Monet, p 28)
« Enfin, par la loi du double standard (version
1866 du code civil,) l’époux peut obtenir une
séparation légale si son épouse est adultère,
Du temps de la Nouvelle-France, les rôles des cependant que cette dernière ne peut obtenir la
femmes et des hommes étaient déterminés par pareille pour son mari, à moins que sa concubine
la Royauté et l’Église et ces rôles étaient mutuel- ne demeure dans le domicile commun aux
lement plus égalitaires que ce ne fut le cas plus époux. » (Micheline Dumont-Johnson, Tradi-
tard, ceci bien que le paternalisme misogyne était tions culturelles et histoire politique de la femme
présent, comme il l’est toujours. De nombreuses au Canada, cité dans Simonne Monet, p. 31)
femmes ont laissé leur marque dans l’histoire
québécoise comme entrepreneures, telles Marie Article après article la femme est ainsi ravalée
Rollin, veuve de Louis Hébert, défricheuse qui au rang de mineure, de servante, de bien meuble.
importait de France la première charrue. Des noms Des articles à détricoter l’un après l’autre…
Le Marigot — Hiver-Printemps 2021 9HISTOIRE
« (…) il est toujours étonnant d’apprendre qu’au En 1940, le Québec est la dernière province
début du régime établi par l’acte constitutionnel à permettre aux femmes de voter aux élections
de 1791, les femmes avaient le droit de vote au provinciales. Les Territoires du Nord-Ouest le
Québec. L’histoire rapporte en effet qu’entre concèdent en 1951.
1809 et 1834 les femmes ont exercé le droit de
En 1960, tous les groupes minoritaires obtiennent
vote si elles possédaient les propriétés requises.
le droit de voter, y compris les hommes et les
(…) ce n’est qu’en 1849 qu’une loi définitive vint
femmes autochtones.
interdire aux femmes la possibilité de participer
aux élections. (…) si les femmes ont pu voter au https://lop.parl.ca/sites/ParlInfo/default/fr_CA/
XIXe siècle cela est basé non pas sur un texte ElectionsCirconscriptions/voteFemmes
précis de la législation mais, mais sur l’absence de
Si au Québec il a fallu faire preuve de patience,
textes leur refusant le droit de vote. » (Micheline
c’est que les oppositions étaient tenaces autant
Dumont-Johnson, Traditions culturelles et
que les préjugés étaient solidement ancrés. Et
histoire politique de la femme au Canada, cité
ce n’est pas parce que l’on peut voter et que l’on
dans Simonne Monet, p. 29)
peut se présenter aux élections, et si oui, que l’on
peut être nommé à certains postes administratifs.
Les luttes pour le droit de vote et d’éligibilité L’affaire « personne» en est l’illustration.
des femmes
En 1921 le Women’s Club de Montreal propose
La riposte se met patiemment en marche. En la nomination de Mme le juge Murphy au sénat.
1893 est mis sur pied le Montreal Local Council Ceci lui est refusé parce que, selon la Common
of Women. Il s’agit du premier groupe féministe Law britannique, les femmes ne seraient pas
au Québec. Il confronte les problèmes sociaux de incluses dans la désignation de personne. Cinq
l’heure, milite pour la cause du suffrage, l’accès des femmes albertaines - Emily Murphy, Louise
femmes à l’enseignement supérieur et l’amélio- McKinney, Nellie McClung, Irene Parlby et
ration de la condition juridique de la femme. Mais Henrietta Muir Edwards - s’en vont en procès,
le catholicisme fait bientôt dériver les réformistes vont jusqu’en pourvoi en appel au Conseil privé,
libérales francophones vers le féminisme chrétien, où elles gagnent en 1929 leur reconnaissance
ceci sous l’égide de la Société Saint-Jean-Baptiste, en tant que personnes. Le Québec fut la seule
section des dames. Une façon de vaincre les résis- province à se faire représenter par avocat devant
tances du clergé. (Collectif Clio, Histoire des femmes la cour pour discuter de la question et s’y opposer.
au Québec, cité dans Simonne Monet, p 120 à 123) (Simonne Monet et Louise Mailhot, cité dans
Les toutes premières victoires pour le droit Simonne Monet, p. 142-144)
de vote féminin surviennent au Manitoba, en
Saskatchewan et en Alberta en 1916 dans le cadre Réformer le code civil
des élections provinciales. La Colombie-Britan-
Pendant ce temps-là au Québec « suite aux
nique et l’Ontario suivent en 1917. Au Canada,
pressions des groupes de suffragettes, une
dès 1918, toute femme blanche a le droit de voter
commission d’enquête est formée le 14 aout 1929.
aux élections fédérales. Les femmes obtiennent
Elle est chargée d’examiner des réformes possibles
le droit de vote en Nouvelle-Écosse en 1918 et
au Code civil qui ont rapport aux régimes matri-
au Nouveau-Brunswick en 1919 (le droit d’éli-
moniaux. La commission Dorion, ainsi nommée
gibilité n’y sera accordé qu’en 1934). Le Yukon
d’après le juge très catholique qui la préside – le
aussi accorde le droit de vote féminin en 1919.
bâtonnier Charles-Édouard Dorion – se compose
En 1922 les femmes obtiennent le droit de vote à
de quatre juristes masculins. (…) Les associa-
l’Île-du-Prince-Édouard. Celles de Terre-Neuve
tions féminines qui présentent des mémoires
et du Labrador l’obtiennent en 1925.
10 Le Marigot — Hiver-Printemps 2021HISTOIRE
sont la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste l’épouse ne peut le faire que si le mari établit sa
(Marie Gérin-Lajoie), l’Association des femmes concubine sous le toit conjugal. »
propriétaires, l’Alliance canadienne pour le vote
(Collectif Clio, cité dans Simonne Monet, p 157)
des femmes (Idola Saint-Jean), la Ligue des droits
de la femme (Thérèse Casgrain) et le Conseil Les commissaires refusent de reconnaître la
local des femmes de Montréal. Leur principale théorie des droits égaux. La commission refuse
revendication est de donner aux femmes mariées d’abolir le « double-standard ». Elle dit que les
le droit à leurs propres salaires. » droits sont différents parce que les fonctions
sont différentes. Au lieu de reconnaître la justice
On demande aussi « l’abolition de la nécessité de
des arguments des plaignantes ils s’aventurent à
l’autorisation maritale » et on affirme « qu’une
tenter de dorer la pilule. (Collectif Clio, cité dans
femme doit pouvoir se séparer plus facilement
Simonne Monet, p 158)
de son mari adultère car le Code civil de cette
époque stipule que seul un époux peut demander Le « double-standard » en cette matière ne sera
la séparation pour l’adultère de son épouse. Mais aboli qu’en 1954-55.
Les femmes selon les juristes de la commission Dorion
Quoi qu’on dise, on sait bien qu’en fait la blessure faite au cœur de l’épouse n’est pas généra-
lement aussi vive que celle dont souffre le mari trompé par sa femme. (…) au cœur de la femme,
le pardon est, naturellement, plus facile ; parce que, aussi, pour son esprit, la blessure d’amour-
propre est moins cruelle. L’opinion autour d’elle lui est indulgente et pitoyable; le mari trompé,
lui, peut souffrir dans son âme tout autant, et ne reçoit du dehors, pour le déshonneur dont
la famille est accablée, nulle sympathie; l’infidélité de sa femme l’expose, par surcroit, lui, aux
morsures du ridicule. (…)
(Collectif Clio, cité dans Simonne Monet, p 158)
Marie Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean, Thérèse Casgrain
Photo : flickr
Le Marigot — Hiver-Printemps 2021 11HISTOIRE
Droit de vote des femmes ou droit de veto des On doit au premier ministre Adélard Godbout
hommes ? le fait que le droit de vote des femmes fut enfin
accepté. Marie Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean,
Quant à l’influence de la puissante Église
Thérèse Casgrain, ces trois femmes célèbres
catholique, elle n’hésite pas devant les grands
et célébrées sont celles qui sont unanimement
moyens pour imposer sa position. Dans son
reconnues comme les artisanes de l’obtention
livre « Citoyennes? Femmes, droit de vote et
du droit de vote et de l’éligibilité des femmes au
démocratie », Diane Lamoureux écrit : « Du côté
Québec.
des adversaires du suffrage, la force essentielle est
sans conteste l’Église catholique. Celle-ci entre- Avec le droit de vote, les femmes acquièrent un
prendra une vaste campagne de mobilisation, outil très puissant; le droit de dire, de témoigner,
tout au long de ses vingt années, par le biais des le droit d’être comptées. Mais beaucoup de travail
organisations qu’elle contrôle, par son organe de reste à faire, cause par cause. Malgré les avancées
presse, L’Action catholique, et dans les sermons les objectifs d’égalité ne sont pas atteints.
du dimanche (…) (Diane Lamoureux, cité dans
Leur lutte a été fructueuse et continue à fructifier.
Simonne Monet, p 141)
L’apport du droit de vote féminin à la démocratie
En mars 1940, à la veille de l’adoption de la loi 18 est marquant et bénéficie à tous.
consacrant le droit de vote des femmes, l’Église
Pourra-t-on jamais dire que la démocratie
revient encore une fois à la charge.
est acquise? Elle est œuvre de respect. Elle est
« Le cardinal J.M. Rodrigue Villeneuve, o.m.i., toujours à parfaire, est toujours un appel au dépas-
évêque de Québec publie dans La Semaine sement. Elle se doit de toujours être à l’affût de
religieuse de Québec un communiqué donnant consensus plus larges, d’être plus inclusive, d’être
quatre raisons pour lesquelles lui et l’Assemblée grandie.
des évêques ne sont pas favorables au suffrage
politique féminin :
1. Parce qu’il va à l’encontre de l’unité et de la
hiérarchie familiale;
2. Parce que son exercice expose la femme à
toutes les passions et à toutes les aventures
de l’électoralisme;
3. Parce que, en fait, il nous apparait que la très
grande majorité de femmes de la province
ne le désire pas;
4. Parce que les réformes sociales, écono-
miques, hygiéniques, etc., que l’on avance
pour préconiser le droit de suffrage chez les Idola Saint-Jean (au centre) avec des suffragettes
du Québec, en 1922
femmes, peuvent être aussi bien obtenues
Source : http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/
grâce à l’influence des organisations rpcq/detail.do?methode=consulter&id=26964&type=p
féminines en marge de la politique. » ge#.WPk07v9vqhB
(Simonne Monet, p 173)
12 Le Marigot — Hiver-Printemps 2021HISTOIRE
Femmes de changement à Longueuil
par Jef Asnong
C’est en 1984 que les déléguées de l’AFEAS, Je présenterai trois de ses « révolutionnaires
l’Association féminine d’éducation et d’action bouleversantes » comme coup d’envoi, avec
sociale, région de Saint-Jean, décident majoritai- l’espoir d’y revenir, car à Longueuil, le bénévolat
rement « que chaque secteur se choisisse un nom est une tradition comptant des milliers d’adeptes.
de femme s’étant illustrée par son action dans Ce texte est donc basé en grande partie sur ce
l’histoire du Québec ». De là nait bientôt l’heu- livre et met l’accent sur trois femmes ayant
reuse idée de rédiger des notices biographiques œuvré sur la Rive-Sud. Ainsi je voudrais illustrer
et de recueillir des témoignages personnels de comment la Révolution tranquille en cachait une
ces « femmes de changement » et de les publier autre : celles des femmes en quête d’autonomie et
en livre. Il s’agit bien d’un trésor ou livre d’or de d’un monde plus charitable.1
l’action bénévole, de l’amour pour les personnes
dans le besoin, du courage. Le livre est dédié « à Gisèle Auprix Saint-Germain
toutes celles qui tracent la route ». Il me fait plaisir,
avec la permission de l’association, de présenter Gisèle Auprix, née le 15 août 1925, est décédée
quelques-unes de ces héroïnes, ou « ces femmes le 1er mars 2016. Elle fut diplômée infir-
remarquables dont on ne parle pas assez », telles mière en 1947.En 1964, elle apprend qu’elle est
elles sont nommées dans le mandat que l’on m’a atteinte de sclérose en plaques ce qui interrompt
suggéré. brusquement son travail. Elle cherche de l’aide,
mais il n’y a pas de ressources. Pendant 4 à 5 ans
elle se bat seule ; ses efforts de trouver de l’aide,
du soutien se soldent par autant d’échecs. Pire,
elle constate que cette solitude, cet isolement,
sont vécus par toutes les personnes atteintes de
cette maladie. Elle décide de réagir. Elle se prend
en main, seule façon de se remettre sur pied, et de
passer outre au fauteuil roulant.
En 1976, dès qu’elle va mieux, elle fonde
l’Association Sclérose en plaques Rive-Sud,
qui compte aujourd’hui plus de 325 membres.
Écoute, entraide, auxiliaires familiales, maintien
à domicile, logement, transport adapté pour
personnes handicapées, loisirs…
À partir de 1977, elle s’implique bénévolement
au sein de plusieurs organismes : Table de
concertation pour les personnes handicapées,
CLSC Longueuil-Ouest, Groupe des associa-
tions des personnes handicapées de la Rive Sud
Dessin de Francine Lessard
(GAPHRS). Elle participe à la fondation de la
Maison Le Coteau Rouge en 1981.
Le Marigot — Hiver-Printemps 2021 13HISTOIRE
À Longueuil, en guise de remerciement, on a Thérèse Dallaire Laplante
nommé Maison Gisèle Auprix Saint-Germain
Née à Saint-Bruno au Lac-Saint-Jean, le 2
l’édifice qui autrefois abritait le Foyer Saint-
avril 1931, Mme Dallaire commence sa carrière
Antoine. La Maison Gisèle-Auprix-St-Germain
d’enseignante avant la Révolution tranquille.
(150, Grant, Longueuil, Québec, J4H 3H6) est
En 1947, à 16 ans, elle est institutrice dans une
un organisme communautaire et charitable qui
école de rang de Saint-Gédéon au Lac-Saint-
supporte les activités sociocommunautaires, artis-
Jean où elle enseigne 7 divisions à 18 élèves.
tiques et culturelles, favorise la diffusion des arts
Dès l’année suivante elle devient permanente à
et de la culture et voit à la sauvegarde et à la mise
la Jeunesse agricole catholique féminine ( JACF)
en valeur du patrimoine légué par la Commu-
dont elle sera présidente avec mandat d’orga-
nauté des Sœurs grises. Toutefois, la mission
niser ce mouvement dans les 87 paroisses rurales
principale de la Maison consiste à offrir dans
du diocèse de Chicoutimi. Tout comme elle
son Auberge des services d’intégration sociale et
sera permanente et responsable de la Croisade
de répit dépannage (hébergement temporaire)
eucharistique, mouvement d’apostolat pour
à des adultes de moins de 65 ans physiquement
jeunes de 6 à 12 ans, à organiser dans tous les
handicapés. Avec son centre d’activités de jour et
couvents et collèges ruraux et urbains en plus
ses huit (8) lits, l’Auberge vise le maintien des
des écoles rurales. C’était de l’action catholique,
acquis chez la personne et se donne le mandat de
de l’apostolat et pratiquement du bénévolat. De
l’accompagner dans l’actualisation de son projet
1955 à 1961, Mme Dallaire devient assistante
de vie.2
sociale au service social familial de Chicoutimi.
Sa fonction principale est l’adoption des enfants
dits illégitimes, et les mères célibataires. Elle dit
à ce propos : « En cinq années, j’ai déménagé
par train, de Montréal à Chicoutimi, de nuit (12
heures et plus), près de 500 enfants que j’allais
cueillir dans les trois crèches d’Youville, de la
Réparation et de la Miséricorde de Montréal. À
deux personnes nous ramenions 12 à 15 enfants;
quand j’étais seule, 7 à 10 de tous les âges (2
semaines à 10 mois environ). »
« En cinq années également j’ai contribué au
placement de plus de 500 enfants en adoption
qui étaient déposés à la crèche de l’Orphelinat des
Petites Franciscaines de Marie à Chicoutimi. »
« S’ajoute à cela la tâche de trouver des foyers
aux enfants non-adoptés qui moisissaient dans
l’orphelinat. Elle écrit ne pouvoir supporter de
voir ainsi vieillir ces enfants et d’écoper d’un
Gisèle Auprix Saint-Germain
retard irrécupérable. » Elle entreprit donc de
leur trouver un foyer nourricier. Et il fallut
aussi aider les mères célibataires. Cette dernière
tâche, elle la poursuivra de 1961 à 1962 comme
assistante sociale au Service social de Hull, et
14 Le Marigot — Hiver-Printemps 2021HISTOIRE
en 1962-1963 au Service social Ville-Marie à Après tout il s’agit de femmes formées avant la
Montréal. De 1963 à 1965 elle travaille à Hull Révolution tranquille et qui ont pesé lourd dans
au Service des soins à domicile au bénéfice des la réalisation de celle-ci.
malades cancéreux en phase terminale.
Elle écrit : « Aimer Dieu et le prochain comme
En 1965 la décision est prise de rester au foyer soi-même…Vivre ma religion devient plus
dans le but de se consacrer à sa propre famille. facile… ce n’est plus une religion où je ne vois que
Même si elle n’a plus de travail rémunéré, elle des barrières, des défenses…mais une religion où
s’implique dans des actions de bénévolat, des on nous demande d’aimer. C’est une libération
engagements sociaux et fonde des associations de l’esprit quand on finit par comprendre ainsi sa
d’aide et d’entraide. Dès 1971, l’Office de la famille religion. »
du diocèse de Saint-Jean, qui sera renommé
Saint-Jean-Longueuil en 1982, demande sa
collaboration bénévole pour apporter une aide
aux familles monoparentales et jeunes couples.
Elle répond oui car son désir d’aider les femmes
vivant dans des conditions souvent très précaires
trouve là une réponse. Dans les années qui
suivent sont mis sur pied divers groupes d’action:
Vie Nouvelle, Association des femmes séparées
et divorcées, Association des hommes séparés et
divorcés, Association des veuves, Association des
mères célibataires, etc.
En 1974, au vu de la détresse psychologique et
du dénuement matériel vécu par beaucoup de
femmes subissant violences et sévices, Mme
Dallaire songe à mettre sur pied un refuge pour
les mères et les enfants sans gite. L’on se met
aussitôt au travail et le 6 janvier 1975 la maison
Carrefour pour Elle ouvre ses portes; c’est le
premier refuge du genre au Québec, subven- Thérèse Dallaire Laplante
tionné et accueillant mères et enfants à la fois. En
1979-1981, sur le même principe on se met au
travail afin de créer une ressource équivalente en
santé mentale. En février 1982 on inaugure cette
maison sous le nom de l’Entre-Deux. C’est à titre
de bénévole qu’elle fait partie des équipes fonda-
trices. Elle sera directrice de Carrefour pour Elle
jusqu’en 1991.
Mme Dallaire a reçu des reconnaissances presti-
gieuses pour ses réalisations. Pour ma part, je
veux souligner qu’elle, comme ses consœurs, parle
volontiers de ses motivations dans lesquelles
la religion préconciliaire joue un grand rôle.
Le Marigot — Hiver-Printemps 2021 15HISTOIRE
Simonne Monet Chartrand Comme de très nombreuses femmes de sa
génération, c’était la religion qui guidait bien des
Il y a déjà tout un corpus de textes écrits sur
activités de ses révolutionnaires tranquilles, inspirés
et décrivant les actions et les réalisations de
par une foi elle-même en profonde mutation.
Simonne Monet Chartrand. Elle-même a écrit
sa biographie extensive, de façon qu’il n’y a pas Mme Monet-Chartrand, en bonne écrivaine
lieu de se répéter ici, sinon brièvement. qu’elle est s’en ouvre avec candeur et courage : «
J’ai expérimenté, j’ai assisté au cours de ma vie,
Simonne Monet, née le 4 novembre 1919 à
avec lucidité et regret, à l’éclatement de bien des
Montréal, est décédée le 18 janvier 1993. Elle a
absolus, des archétypes, des dogmes. De bien des
joui d’un milieu familial nourrissant et reçoit une
valeurs reconnues fondamentales, dites mêmes
éducation avantageuse en pensionnat.
éternelles. Valeurs qui ont commandé mes
À 17 ans elle fait ses premières armes dans l’action propres attitudes, décisions et visions du monde.»
catholique. Entre autres, elle est active dans la
« Les rapports d’ordre existentiel qui s’établis-
Jeunesse étudiante catholique féminine ( JECF).
saient et s’établissent encore actuellement entre
Elle résume son engagement dans l’action sociale
les individus, les groupes et moi ont été, au cours
bénévole dans la phrase leitmotiv que prononça
des années, et sont encore sérieusement remis en
Mère Marie-Gérin-Lajoie, fondatrice de l’Ins-
question. Le doute, la relativité, le désenchan-
titut des Sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil
tement, voire parfois l’angoisse se sont tour à
: « La véritable élite est celle qui rend service. »
tour installés au cœur de mes anciens absolus. En
Conséquemment, elle accepte de devenir mon cœur aussi. »
dirigeante nationale de la JECF dans les sections
« La forte influence d’une éducation religieuse
des collèges classiques et les écoles normales
désincarnée. Le trop brusque passage d’un monde
d’une vingtaine de diocèses du Québec.
chimérique à un monde temporel de réalités diffi-
Son mariage et son déménagement à Montréal- ciles à accepter, à assumer dans toutes ses impli-
Sud la mettent en contact avec la grande misère cations et conséquences m’ont toujours rendu
du territoire adjacent appelé Côteau-Rouge, qui difficile le vécu quotidien. Mais toujours une lueur
deviendra plus tard une partie de Ville Jacques- d’amour, d’espoir a brillé, m’a indiqué la voie. »
Cartier. Une misère à laquelle elle et son mari ne
seront pas indifférents.
En parallèle avec ses actions syndicales, ses inter-
ventions sociales sont variées et débouchent
bientôt sur des appuis à des causes canadiennes
et internationales. Je veux citer quelques mouve-
ments ou causes dont elle a été membre ou parti-
cipante, si ce n’est pas dirigeante : Association
canadienne des Nations Unies, École des
parents de Longueuil, Fédération des Unions de
familles, Voix des femmes, Mouvement pour le
désarmement nucléaire et la paix, Fédération des Simonne Monet Chartrand
femmes du Québec, Ligue des droits et libertés,
Fédération des femmes canadiennes-françaises 1 Femmes de Changement, AFEAS, secteur Antoinette-
Caron-Robidoux, Longueuil, 1985
hors Québec, AFEAS.
2 h t t p s : / / w w w. a r r o n d i s s e m e n t . c o m / b o t t i n /
maisongiseleauprixstgermain
16 Le Marigot — Hiver-Printemps 2021Vous pouvez aussi lire