Les exportations suisses face au franc fort
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Thème du mois
Les exportations suisses face au franc fort
Le repli conjoncturel qui a frappé
l’économie mondiale en 2008/09
a fortement porté préjudice aux
secteurs exportateurs de l’écono-
mie suisse. Le franc fort, deux ans
plus tard, a provoqué en peu de
temps un nouveau recul, dans un
contexte de conjoncture mondiale
anémique. Jusqu’à la fin de 2011,
le recul des exportations n’a tou-
tefois pas pris des proportions
dramatiques. Le danger a-t-il été
conjuré? Doit-on, au contraire,
s’attendre à une forte aggravation
de la situation dans les prochains
mois? L’article montre que l’ana-
lyse de la situation diffère suivant Si l’existence même de certaines entreprises est menacée par l’évolution du marché des devises (par exemple dans l’in-
dustrie des machines), certains exportateurs, comme dans l’industrie horlogère, semblent relativement insensibles à la
les branches économiques. Il force du franc. Photo: Keystone
quantifie, en outre, les facteurs
l’appréciation du franc d’environ 30% par
qui influencent l’évolution des Des exportateurs soumis aux vents
rapport à la plupart des devises n’a pas fait
contraires
différents types d’exportations. chuter brutalement les exportations, comme
Après une période faste, les exportateurs certains auraient pu s’y attendre.
doivent depuis quelques années composer
avec des vents contraires. La période de crois-
Le pire reste-t-il à venir?
sance qui accompagnait le début du millé-
naire a été stoppée nette en 2008/2009 par La forte appréciation du franc vis-à-vis
une des plus grandes chutes de la demande des principales devises a fait craindre un
depuis l’après-guerre. À peine cette crise plus repli économique très important, qui ne s’est
ou moins surmontée, celle de l’euro a pris le pas produit jusqu’à la fin de 2011. Les modi-
relais, engendrant la hausse du franc, qui a de fications survenues dans les taux de change
nouveau mis l’industrie d’exportation au déploient, toutefois, leur plein impact sur les
pied du mur. L’introduction par la Banque exportations avec quelques retards, car les
nationale suisse (BNS) d’un plancher pour le contrats sont souvent signés à long terme.
taux de change franc/euro a légèrement dé- On peut, dès lors, se demander si un repli
tendu la situation. Depuis septembre 2011, important est toujours à craindre en raison
les entreprises suisses peuvent compter sur le de la force du franc et, dans ce cas, quelles
Ronald Indergand fait que le franc ne s’appréciera pas davanta- sont les branches qui seront les plus touchées.
Secteur Conjoncture, ge, ce qui évite une érosion supplémentaire Si l’existence même de certaines entreprises
Secrétariat d’État à l’éco-
nomie SECO, Berne
de leurs marges et leur permet de planifier est menacée par l’évolution du marché des
avec une meilleure prévisibilité. Avec un taux devises (par exemple l’industrie des machi-
moyen d’environ 1,23 franc pour un euro nes), certains exportateurs semblent insensi-
(septembre à décembre), le cours du change bles à la force du franc (par exemple l’indus-
demeure toutefois très élevé. trie horlogère). Il est donc nécessaire de
Il peut paraître étonnant, au vu de ces considérer séparément les diverses branches
problèmes, que les exportations aient déjà et catégories de marchandises exportatrices.
Kornel Mahlstein pratiquement retrouvé en été 2011 leur ni- Notre analyse utilise les données de la Direc-
Secteur Conjoncture, veau record de 2007. Depuis cette époque tion générale des douanes (corrigées de l’évo-
Secrétariat d’État à l’éco-
nomie SECO, Berne
jusqu’à la fin de l’année, la croissance s’est lution des prix et des variations saisonnières
nettement enrayée (voir graphique 1), mais par le Seco).
8 La Vie économique Revue de politique économique 1/2-2012Thème du mois
Graphique 1 l’étranger, la demande de marchandises
Évolution des exportations suisses, 1989–2011 augmente, ce qui profite aussi aux exporta-
(en termes réels, mesures de volume chaînées, année de référence 2000, en millions de francs) tions suisses. Inversement, ces dernières ont
enregistré une forte chute durant la crise
Produits chimiques et matières similaires Instruments de précision/montres/bijoux de 2008/09 du fait du recul abrupt de la
Métaux, machines/appareils/électronique Autres secteurs demande mondiale.
La demande est également influencée par
60000
les prix proposés par rapport à la concurrence.
Si ceux pratiqués par les exportateurs suisses
augmentent, la demande tendra à en souffrir.
50000
Le cours des changes joue un rôle à ce niveau,
comme l’illustre l’exemple suivant: si une en-
40000 treprise allemande demande une machine à
un fabricant suisse, ce n’est pas le prix en
francs qui est décisif, mais celui en euros, les
30000
produits concurrents étant eux-mêmes géné-
ralement offerts dans cette monnaie. Si le
20000 franc s’apprécie, le prix de la machine aug-
mente également sans que les coûts ou la
marge du fabricant suisse en soit affecté dans
10000
un premier temps. Pour pallier une telle dé-
gradation de compétitivité-prix, ce fabricant
0
peut évidemment tenter de réduire ses coûts
ou une partie de sa marge. La seconde solu-
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tion l’emporte à court terme. C’est ainsi que,
Remarque: Comme les séries réelles chaînées ne peuvent Source : DGD, SECO / La Vie économique
pas s’additionner, le total de la rubrique représenté dans
ces deux dernières années, nombre d’entre-
ce graphique n’exprime pas le total effectif des expor prises suisses ont dû abaisser leurs marges
tations réelles de marchandises. Les différences sont toute-
pour empêcher que leur compétitivité-prix
fois négligeables et ne changent rien aux interprétations Les déterminants de l’évolution
que l’on peut en tirer. ne se dégrade encore.
des exportations
Des méthodes économétriques permet-
Le développement des exportations est tent de distinguer l’influence de la demande
1 Durant la dernière décennie, les exportations mondiales
ont augmenté deux fois plus vite que le PIB mondial. La
généralement modélisé sur la base de deux mondiale de celle de la compétitivité-prix, et
dépendance des exportations suisses à la demande mon- facteurs (voir encadré 1). Les exportations de la quantifier. Il est donc possible d’évaluer
diale est donc peu surprenante. Il est, toutefois, possi-
ble que cette corrélation de longue date se modifie à
dépendent d’abord de la conjoncture mon- dans quelle mesure l’industrie d’exportation
l’avenir. diale; si l’économie est en bonne santé à est portée par la demande, et dans quelle
mesure elle est affectée par la dégradation ac-
Encadré 1
tuelle de sa compétitivité-prix, ce qui peut
Précisions concernant les variables utilisées être dû à des changements dans les prix à
La demande mondiale concurrents entrent en considération, ce qui sup
l’exportation libellés en francs – en raison
Le principal déterminant de la demande en pro- pose de détenir un certain nombre d’informations. des coûts de fabrication ou de variation de la
duits suisses est l’évolution du revenu dans le reste Globalement, on peut dire qu’une appréciation marge – ou au cours des changes.
du monde. Celle-ci se mesure de manière relative- nominale de la monnaie du pays et une dynamique La présente analyse se concentre donc sur
ment fiable en se basant sur l’évolution du PIB. des prix et des coûts supérieure à ce qui se pratique
L’indicateur de la demande mondiale correspond à l’étranger sont dommageables à la compétitivité
les effets des chocs exogènes sur les deux va-
par conséquent à la moyenne des taux de croissance de l’industrie d’exportation suisse. riables précédemment citées. Cela étant, à
du PIB des principaux partenaires commerciaux de C’est la raison pour laquelle on emploie souvent long terme, d’autres facteurs influencent les
la Suisse, pondérée en fonction de leur quote-part la valeur extérieure réelle du franc (taux de change exportations suisses. La qualité des produits
dans les exportations suisses. Les coefficients nominal déflaté par le différentiel d’inflation,
varient donc au fil du temps, selon la quote-part mesuré sur la base des prix à la consommation) par exemple (capacité d’innovation) ou en-
des exportations suisses vers chacun des pays. pour comparer les prix à la consommation avec core l’amélioration des conditions-cadres par
Ont été pris en compte: l’Allemagne (19,3%), les nos principaux partenaires commerciaux. Cette mé- l’État sont des conditions nécessaires à une
États-Unis (10%), l’Italie (9%), la France (7,8%), le thode de calcul suppose que les coûts des produits
industrie d’exportation florissante.
Royaume-Uni (4,9%), l’Espagne (3,5%), la Chine exportés évoluent à peu près au même rythme que
(3,4%), l’Autriche (3,3%), le Japon (3,0%), Hong le renchérissement global (prix à la consommation
Kong (2,5%), l’Inde (1,4%), Singapour (1,3%), le et à la production). Si ce type de déflation fonc-
Canada (1,3%), le Brésil (1,3%), l’Australie (1,1%), tionne encore relativement bien pour l’ensemble
Les exportations réagissent plus
la Russie (1%) et la Suède (0,9%). Ces pays repré- des exportations, il pose problème quand l’analyse rapidement à la demande qu’aux
sentent environ 75% des exportations suisses. Les se pratique par branche. En effet, dans certaines variations de prix
chiffres ci-dessus correspondent à l’année 2010. d’entre elles, l’évolution des prix varie fortement
par rapport au cours des prix globaux. Si l’on considère les exportations au ni-
La compétitivité-prix C’est la raison pour laquelle, dans la présente veau agrégé, elles dépendent principalement
Le deuxième facteur déterminant pour les expor- analyse, les variables liées au prix ont été calculées
tations est la compétitivité-prix. Contrairement à la pour chaque branche. Pour ce faire, on a utilisé
de l’évolution de l’économie mondiale. Lors-
mesure de la demande mondiale, celle de la com les prix à l’exportation et à la production. Comme que la demande augmente de 1%, l’effet
pétitivité-prix est complexe. En effet, outre l’évolu- pour la demande mondiale, ils ont été pondérés en bénéfique sur les exportations suisses est en-
tion du taux de change nominal, la politique des fonction de la quote-part de chaque pays dans les viron du double1. Il est clair que la compétiti-
prix appliquée par les entreprises suisses et leurs exportations suisses.
vité-prix des entreprises suisses, et donc le
9 La Vie économique Revue de politique économique 1/2-2012Thème du mois
Graphique 2 Il ressort d’analyses supplémentaires que
Élasticité-prix des exportations suisses, 2000–2011 l’élasticité-prix a eu tendance à se réduire au
cours des dernières décennies (voir graphique
Total Instruments de précision, montres et bijouterie Papier, produits du papier et produits graphiques 2)3. Cette observation est compatible avec le
fait que les secteurs moins sensibles aux prix,
0.9
tels que les exportations de produits phar-
maceutiques ou de montres de luxe, ont
0.8 nettement gagné en importance parmi les
exportations durant cette période (voir gra-
0.7
phique 1). Une analyse du même ordre pour
0.6 l’ensemble des exportations de marchandises
a déjà été présentée dans cette revue4. Cet ar-
0.5 ticle l’étend aux différentes catégories dont
elles se composent5.
0.4
0.3
Des divergences marquées entre
les branches6
0.2
Les élasticités du prix et de la demande
0.1
montrent comme prévu des différences im-
0.0
portantes entre les diverses branches. Il faut
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 donc procéder avec prudence avant de tirer
Remarque: calculs effectués au moyen du «Time Varying Source: Mahlstein, Indergand / La Vie économique des conclusions portant sur l’ensemble des
Coefficient Model». exportations, lorsqu’on estime l’impact des
variations de la conjoncture ou du cours des
cours de change, ont moins d’importance à changes.
court terme. À long terme2, par contre, leur Les divergences qui caractérisent les diffé-
incidence est nettement supérieure. Une rentes rubriques sont, surtout dans le cas de
détérioration de la compétitivité-prix de 1% la demande étrangère, particulièrement mar-
entraîne, après quelques trimestres, une quées. Certains postes, comme les exporta-
baisse des exportations d’environ 0,5% (voir tions chimiques, profitent nettement plus
encadré 1). En somme, les effets liés aux prix d’une progression de la demande étrangère
ont besoin de temps pour se déployer. Cela que le textile ou la production de papier. Les
s’explique en partie par le fait que les entre- branches présentent plus de similarité en ce
prises sont souvent liées à des contrats de qui concerne la sensibilité aux prix, bien qu’il
commande et ne peuvent pas changer de existe aussi des différences. C’est ainsi que la
fournisseur du jour au lendemain. Or, plus le sensibilité des exportations de produits
taux de change demeure à un niveau élevé, chimiques aux variations de la compétitivité-
moins les entreprises ont de possibilités de prix a baissé ces dernières années, contraire-
réduire leur marge et plus elles risquent de ment à l’industrie du papier. Il existe, en
perdre des clients à l’étranger. Cela étant, il outre, des différences entre les effets à court
convient de souligner que, même à long et à long termes. Ainsi, les exportations de
terme, la demande mondiale demeure le fac- machines ne semblent que peu sensibles aux
teur dominant même si les prix jouent un prix à court terme, tandis qu’à long terme ce
rôle de plus en plus important. poste le devient fortement.
Tableau 1 Pour résumer, les différentes branches
Quote-part de chaque rubrique dans les exportations (valeur nominale), 2010 d’exportation peuvent se répartir en trois
groupes.
Produits chimiques et produits apparentés 37,2%
Instruments de précision, montres et bijoux 18,1% Groupe 1: prédominance de la
Machines, appareils, électronique 17,8% demande étrangère
Métaux 6,2% La chimie, le cuir/caoutchouc/matières
Métaux précieux, pierres précieuses/gemmes, art, antiquités 4,9% plastiques, les véhicules, les agents énergéti-
Agriculture, sylviculture et pêche 4,2% ques (y compris l’électricité) et les montres/
Agents énergétiques y compris électricité 2,8% instruments de précision/bijouterie réagis-
Cuir, caoutchouc, matières plastiques 2,2% sent très fortement aux variations de la de-
Véhicules 2,0% mande mondiale. Si l’on excepte le dernier
Textiles, vêtements, chaussures 1,7% groupe, leur sensibilité aux prix est assez
Papier, papeterie et produits graphiques 1,4% marquée, mais l’effet de la demande mon-
Objets d’aménagement intérieur, jouets, etc, 0,7% diale prédomine nettement. Ce sont précisé-
Pierres et terres 0,4% ment ces branches qui, malgré l’évolution
Source : DGD, SECO / La Vie économique défavorable du taux de change, ont réussi à
10 La Vie économique Revue de politique économique 1/2-2012Thème du mois
Graphique 3 ventes de montres de luxe sont nettement
Postes d’exportation: évolution, 2007–2011 moins sensibles aux prix que les marchan-
(en termes réels, mesures de volume chaînées, année de référence 2000, en millions de francs) dises classiques. L’élasticité-prix relativement
élevée pour ce secteur tout au long de cette
Cuir, caoutchouc et matières plastiques Métaux Instruments de précision, période tient certainement à la forte propor-
montres et bijouterie
Chimie Machines, appareils et électronique tion d’instruments de précision (supérieure
à 40%) présents dans ce groupe. Ces expor-
120
tations sont souvent considérées comme des
biens d’investissement et se caractérisent par
une élasticité-prix relativement élevée à long
110
terme.
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Groupe 2: effets de la demande mondiale
incertains, mais sensibilité aux prix élevée à
long terme
90
Les exportations de métaux et machines/
appareils/électronique ont fortement profité
80 de l’augmentation de la demande étrangère
au cours des deux dernières années. Cela
étant, si l’on observe l’évolution à plus
70 long terme, on constate que l’impact de la
demande est moins important après quel-
60
ques trimestres. Ceci pourrait tenir au fait
2007 2008 2009 2010 2011 que les deux secteurs dépendent dans une
Source: Mahlstein, Indergand / La Vie économique large mesure des investissements à l’étranger,
lesquels sont généralement nettement plus
volatils que l’évolution du PIB. Lorsque l’éco-
maintenir leur position après 2009 (voir gra- nomie mondiale se ressaisit, le besoin en in-
phique 1). Grâce à la reprise mondiale amor- vestissements est grand dans bon nombre
cée en 2009, leurs exportations ont presque d’entreprises. Dans cette phase du cycle
égalé le niveau record de 2007 (cuir/caout- conjoncturel, le prix d’une machine joue un
chouc/matières plastiques) ou l’ont déjà dé- rôle un peu moins important. Ce qui impor-
passé (chimie, instruments de précision/hor- te alors, c’est de satisfaire la demande. Lors-
logerie/bijouterie, énergie). L’interprétation que la croissance ralentit, de nombreuses ca-
est plus difficile pour les véhicules, car ce sec- pacités sont sous-exploitées, et le besoin en
teur se caractérise par une extrême volatilité. biens d’équipement diminue rapidement. Ce
Ces commentaires ne doivent, toutefois, comportement cyclique fait que les exporta-
pas faire oublier que les exportations de cer- tions de métaux et de machines/appareils/
taines des branches mentionnées sont très électronique croissent à court terme environ
sensibles aux prix. La sensibilité aux prix quatre fois plus vite que la demande mon-
semble, toutefois, avoir fortement diminué diale. À long terme, en revanche, ils évoluent
ces dernières années pour les principales environ au même rythme que l’économie
branches du groupe, soit les produits chimi- mondiale.
ques et l’horlogerie/instruments de préci- Ces deux domaines sont, toutefois, sensi-
sion/bijouterie. Outre la progression de la bles aux prix à long terme (élasticité-prix
2 Le modèle dit «à correction d’erreur» permet de faire demande mondiale après 2009, il est proba- proche de 1), ce qui pourrait indiquer la pré-
ressortir la relation de cointégration (évolution à long
terme) et la dynamique à court terme. Les variables
ble que ces branches d’exportation aient pro- sence de contrats à long terme. Au vu de ces
doivent, toutefois, obéir à certaines conditions (entre fité d’une moindre sensibilité aux prix et aux résultats, il est peu étonnant que de nom-
autres: intégration, cointégration).
3 En répartissant les données sur deux périodes et en pro-
variations du taux de change. En ce qui breuses entreprises d’exportation de ces sec-
cédant à une évaluation distincte, il a été possible de concerne la chimie, cela pourrait tenir à la teurs se retrouvent toujours plus souvent
tirer des conclusions sur les divergences de sensibilité
à la demande et aux prix. Des méthodes plus élaborées
forte croissance de la branche pharmaceu- dans des situations difficiles.
évaluent les coefficients de manière dynamique («Time tique, qui est probablement soumise à une
Varying Coefficient Model»). En procédant ainsi, il appa-
moindre concurrence au niveau des prix Groupe 3: peu sensibles à la demande,
raît que depuis plusieurs années, l’élasticité-prix de
l’ensemble des exportations est à la baisse. (protection des brevets, systèmes de santé mais très sensibles aux prix
4 Doytchinov S. et Schmidbauer F., «Les exportations
suisses de marchandises au mieux de leur forme: analyse
fortement réglementés) que les autres expor- Trois secteurs d’exportation se trouvent
d’un succès», La Vie économique, 7/8-2007, p. 38ss. tations de la branche. actuellement dans une situation particulière-
Voir également les Tendances conjoncturelles du prin-
temps 2010.
Le recul de la sensibilité aux prix dans ment inconfortable: le papier/produits du
5 Les branches agriculture, métaux précieux et pierres/ l’horlogerie, les instruments de précision et papier/produits graphiques, les textiles/
terres n’ont pas été analysées, en raison d’une régle-
mentation étatique trop importante ou d’un manque de
la bijouterie pourrait s’expliquer par la ré- vêtements/chaussures, ainsi que les objets
données. cente expansion des exportations de luxe d’aménagement intérieur/jouets. Il s’agit de
6 Une explication détaillée de la méthode d’estimation
ainsi que des résultats obtenus se trouve dans les Ten-
relevant de ces domaines, en particulier vers branches qui sont confrontées à une concur-
dances conjoncturelles de ce printemps. les pays asiatiques (voir graphique 3). Les rence internationale sur les prix relativement
11 La Vie économique Revue de politique économique 1/2-2012Thème du mois
Graphique 4 rie) sont de loin les plus importantes. Il n’est
Postes d’exportation, 2007–2011 donc pas surprenant que la demande étran-
en termes réels, mesures de volume chaînées, année de référence 2000, en millions de francs) gère conditionne aussi nettement nos ventes
à l’étranger. Cela étant, le facteur prix et la
Textiles, vêtements Papier, produits du papier Aménagement intérieur, force du franc devraient également avoir des
et chaussures et produits graphiques jouets,etc.
effets marqués sur l’ensemble des exporta-
110 tions. Leur impact dépend, toutefois, toujours
105
de la capacité des grandes branches exporta-
trices à compenser les effets indésirables des
100 fluctuations de change par des baisses de
prix.
95
90
Conclusion
85
La demande mondiale joue un rôle déter-
80 minant dans l’évolution globale de nos ex-
portations comme pour la plupart des grands
75
postes qui les composent. Les effets de la
70 compétitivité-prix (et donc du taux de chan-
ge) peuvent également être mis en évidence
65
pour pratiquement chacune des branches.
60 Les différences entre celles-ci sont parfois
2007 2008 2009 2010 2011 considérables, ce qui explique dans une large
Source: Mahlstein, Indergand / La Vie économique mesure les inégalités dans l’évolution des ex-
portations ces dernières années.
Le fait que le taux de change particulière-
ment défavorable n’ait pas encore fait nette-
forte, et qui semblent peiner à se maintenir ment reculé les exportations de marchan-
face aux producteurs étrangers. Ces branches dises tient principalement à trois éléments:
sont celles qui ont le moins profité de la − premièrement, dans certaines branches,
demande mondiale, ces deux dernières les effets négatifs des variations de change
années. La récente appréciation du franc et ont été largement compensés par la forte
les éventuelles baisses de prix à l’étranger augmentation de la demande étrangère;
risquent d’avoir eu un impact plus important − deuxièmement, l’élasticité-prix est relati-
sur elles que sur les autres (voir graphique 4). vement faible ou tend à diminuer dans
Aujourd’hui, ces branches sont donc péni- certaines branches particulièrement im-
blement parvenues à se remettre du repli de portantes pour la Suisse (produits phar-
2008/2009 ou sont, comme c’est le cas du do- maceutiques, horlogerie);
maine «Papier/papeterie/produits graphi- − troisièmement, la plupart des entreprises
ques», dans une situation nettement plus disposent d’une certaine marge de
mauvaise qu’en 2009. manœuvre dans la fixation des prix, ce qui
leur permet de contrecarrer un taux de
Une palette de produits globalement favorable change élevé. C’est la raison pour laquelle
aux exportations la compétitivité relative de branches com-
Les branches exportatrices du premier me les métaux ou le cuir/caoutchouc/
groupe (chimie, cuir/caoutchouc/matières matières premières s’est relativement peu
plastiques, véhicules, agents énergétiques et détériorée ces dernières années.
horlogerie/instruments de précision/bijoute-
Il convient enfin de signaler que la pré-
Tableau 2
sente analyse reflète une situation passée, et
qu’il n’est par conséquent pas exclu que les
Demande mondiale et élasticité-prix: vue d’ensemble par branche exportatrice
Élasticité-prixa
corrélations, et donc les élasticités considé-
Demande Faible [0.25] Moyenne [0.25–0.5] Élevée [0.5]
rées, se modifient à moyenne ou longue
Élevée Chimie Cuir, caout chouc, Instruments de précision,
échéance. Dans les trimestres à venir, certains
[2] matières plastiques horlogerie, bijouterie domaines d’exportation continueront à souf-
Véhicules frir des effets du franc fort. L’évolution
Moyenne Agents énergétiques Machines, appareils, électronique conjoncturelle des marchés de destination
[1–2] (y. c. électricité) Métaux joue, toutefois, un rôle nettement plus im-
Faible Textiles, vêtements, chaussures Papier, papeterie et produits portant. Si les prévisions en ce domaine – en
[1] Objets d’aménagement intérieur/ graphiques
particulier en Europe – demeurent sombres,
jouets/etc.
a Élasticité à long terme du modèle à correction d’erreur. La sensibilité
Source: Mahlstein, Indergand / La Vie économique
la croissance de la plupart des exportations
des élasticités dépende en partie du choix de la période. risque d’être modeste. m
12 La Vie économique Revue de politique économique 1/2-2012Vous pouvez aussi lire