Résonances MENSUEL DE L'ECOLE VALAISANNE - Avoir et donner confiance - Résonances
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Résonances
M E N S U E L D E L’ E C O L E V A L A I S A N N E
Avoir
et donner
confiance
N° 9 • Juin 2015Mon vieux Théodule, j’en viens à
souhaiter la mort de tout l’actuel système
Eglise. Et vite ! Car ce système bouche
les aérations de l’Esprit. Simplement.
Je te laisse sur ce coup de grosse
Jean-Daniel Robert
colère. Embrasse tous les tiens.
J’ai hâte de repos et de te voir autour
(Genève), père de 3 filles, Jean-
EPÎTRES
Jean-Daniel Robert
ssion d’animateur pastoral au sein
Genève durant trente-cinq années. d’une amphore de Heida[1]. Tancrède
À THÉODULE
e, il a en parallèle écrit une ving-
elles et chroniques diverses. Avec
goût du jour, un genre abandonné.
e de Jean-Daniel Robert,
EPÎTRES À THÉODULE
sauter d’un siècle à l’autre,
ne foi à l’autre, d’un concile
mme d’Eglise travaillant
quant aux « grandeurs et
De Tancrède, alias Jean-Daniel Robert.
nistère et fait part de ses
ami et confident, l’illustre Ces épîtres, dépeignent les soucis
domestiques et l’actualité terre à terre
alais.
saint homme, retrouvées
quatrième siècle de l’ère
eut que s’étonner de leur
modernité.
d’un presbytre à son évêque.
e permet aux lecteurs
siècle, d’esquisser une Ouvrage original, pertinent, drôle,
alité de nos vieilles terres
ure portée par un vécu et
e et humaniste.
et d’une grande culture.
www.monographic.ch
New-York : on sort dans
le froid, bras serrés le long
du corps, de nos bouches
s’échappe la fumée de février
pareille à celle du café dans
Alexandre Lecoultre
la main. L’œil partout attiré, Alexandre Lecoultre
Alexandre Lecoultre est né à Genève en 1987. Gai ou dérouté, il a
toujours le même regard attentif et cet étonnement d’être au monde.
de la misère suggérée Ses études à Fribourg ont été couronnées par le prix de la faculté
Alexandre Lecoultre
des Lettres en 2013 ainsi que le 1er prix au Concours Littéraire en
à celle visible.
2012. L’écriture devient dès lors une nécessité. Ecrit à un moment
de désenchantement, « Moisson » est une constellation de courts
MOISSON
récits ancrés dans des lieux particuliers ; à la fois oraison et invoca-
© Robert Hofer
tion, les textes sont composés de visions, de visages et de paysages.
Il poursuit actuellement divers projets littéraires.
Moisson : activité immémoriale de récolte de
MOISSON
ce que l’on a semé, le mouvement de la faux qui
apporte mort et vie, les champs de l’enfance et ceux
des contrées lointaines balayés dans un invisible
mouvement de pinceau, une somme de fétus
Impressions de voyage. Mosaïque destinés à partir dans le vent, une invocation aux
chemins, un mot-valise, l’été de ces écrits, l’errant
d’évocations poétiques sur l’infinie
qui cherche son rythme, une voix qui dit je avec
ses propres pulsations, semblable à ce moi – son.
variété du visible avec une attention
«Moisson peut se lire comme une suite d’impressions
extrême de l’auteur face au langage. de voyage. On y trouvera certes des images du
monde entier. Mais c’est surtout une mosaïque
d’évocations poétiques sur l’infinie variété du visible,
caractérisée par l’attention extrême que l’auteur
accorde au langage. Ici, les mots n’abolissent pas la
qualité charnelle de l’expérience, au contraire, par
leur sonorité et leur rythme, ils parviennent à nous
la faire ressentir. » Jérôme Meizoz
ISBN 978-2-88341-237-8
9 782883 412378
www.monographic.chÉDITO
Alliance de la confiance
et de l’espérance
Comment être en confiance, dans un environnement qui privilégie «La confiance en soi
la méfiance envers l’ensemble des domaines de la société, oubliant est le premier secret
que cette dérive n’est pas sans conséquence? du succès.»
Ralph Waldo Emerson
Confiance. En ce beau jour de printemps, j’ai confiance en moi
et je fais confiance à autrui. Les autres m’accordent leur confiance. «La confiance est
Cette douce constellation d’assurance, sans dissonances, est idéale. notre tranquillisant
Bienveillance. Toute cette confiance enveloppante entraîne naturel.»
dans son sillage de la bienveillance. Boris Cyrulnik
Méfiance. Parfois, il suffit pourtant d’un mot ou d’une attitude pour
que l’édifice fragile de mon estime de moi et/ou des autres vacille.
Je doute de moi, de tous et de tout.
Défiance. A une lettre près, j’ai dérivé dans la défiance, car je n’ai
absolument plus confiance, ni en moi, ni dans les autres.
Inconfiance. Je glisse dans l’inconfiance, pas sur tous les plans,
mais tout de même. Comment retrouver la confiance rassurante?
Désespérance. Un instant, je suis envahie par la désespérance, estimant
les obstacles insurmontables. Et si la confiance ne revenait pas?
Arrogance. Par réaction ou effet de balancier, je bascule alors du côté
de l’arrogance, pas celle liée à un manque de confiance déguisée,
mais celle de la surestimation de soi. Je suis en mode «je sais»,
qui m’empêche d’apprendre.
Résistance. C’est pourtant mal me connaître, je sais faire preuve
de résistance en toutes circonstances, donc je retrouve
progressivement le bon dosage de la confiance.
Croyances. Je profite de ce moment d’équilibre pour me questionner
sur mes croyances, histoire de remettre de l’ordre dans mes valeurs,
dont la confiance.
Vigilance. Pas de confiance sans un chouïa de vigilance, car l’abus
de confiance n’est pas une légende.
Persévérance. Inutile de se voiler la face, la confiance fluctue,
aussi il s’agit de tenter de la re-modeler avec persévérance.
Résonances. Amusant de voir que ma confiance retrouvée n’est pas
sans résonances. J’ai confiance en moi, aussi j’inspire confiance.
Espérance. Il en faut de l’espérance pour surmonter les ondulations et
oscillations de la confiance. Je sais que sa coloration et son intensité varieront
Nadia
encore et encore, toutefois ce serait triste si elle était toujours au beau fixe. R
Nuances. Vive les nuances de la confiance, mais avec une préférence
ev
pour le dosage loin des extrêmes de l’arrogance ou de la défiance,
az
qui se rejoignent d’une certaine façon.
Je vous souhaite d’avoir et de faire confiance, car c’est indispensable
pour le développement des compétences dans une bonne ambiance.
Et si vous ou vos élèves en manquez, j’espère que le dossier du mois,
avec ces pistes de réflexion, vous aidera à renouer avec elle.
Résonances • Juin 2015
Mensuel de l’Ecole valaisanne 1Sommaire
ÉDITO DOSSIER
Alliance de la confiance et de l’espérance 1 N. Revaz Avoir et donner confiance 4 – 13
RUBRIQUES
Rencontre du mois 14 Neurosciences cognitives et enseignement: regard d’Olivier Jorand – N. Revaz
Fil rouge de l’orientation 16 Le chemin de l’orientation: suivi de six élèves du CO de Grône – N. Revaz
Sciences 18 Le paradoxe de la science au quotidien! – J. Teixeira
Revue de presse 19 D’un numéro à l’autre – Résonances
Sciences de la nature 20 Au carrefour du français et des sciences – C. Keim
Echo de la rédactrice 22 Après l’école – N. Revaz
Education musicale 23 De «l’enseignement élargi de la musique» à «El Sistema» – B. Oberholzer & J.-M. Delasoie
Education physique 24 Donnons du «corps» à l’école! – Team animation EP
Education physique 26 3e Congrès pédagogique: «Activité physique et sport» – V. Ebenegger
Secondaire II 27 Mathilde Fontanet, lauréate du Prix littéraire des collégiens de Sion – N. Revaz
AC&M 28 La culture dans le PER en AC&M – S. Coppey Grange
Economie familiale 30 «Top chef au CO, c’est top!»: Samuel Zufferey, gagnant du concours – N. Revaz
MITIC 32 Focus sur l’intégration technologique à l’EPCA – CC ICT-VS
Carte blanche 34 Plaidoyer pour une éducation intégrale – F. Dini & P. Gay
Spectacle 36 A la générale d’Ecolibri, le spectacle des écoles de Sion – N. Revaz
Projet d’écoles 37 Totems à la croisée de Miège, Veyras et Venthône – A.-F. von Roten
Exposition 38 Le chemin des épouvantails à Vissigen et Champsec – N. Revaz
Livres 39 La sélection du mois – Résonances
Ecole-culture 40 Collégiens et Archives s'allient pour traduire des textes rédigés en latin – D. Reynard - N. Revaz
Du côté de la HEP-VS 42 Mémoire sur les échanges linguistiques de classes – HEP-VS - N. Revaz
Doc. pédagogique 43 DVD-R documentaires: la séléction du mois – MV Valais - St-Maurice / M.-F. Moulin
CPVAL 44 Le comité de CPVAL: organe de gestion et de décision – P. Vernier
Version courte 45 Au fil de l’actualité – Résonances
Langues 46 St-Maurice-Berlin: un échange organisé par le BEL – N. Revaz
Concours 48 C'est quoi ce cirque? – Les maîtresses enfantines
INFOS
Infos SE 49 Français au CO: infos sur les examens 2016 – Service de l’enseignement
Infos / visages du SE 50 Angélique Ficzko et Marie-France Fontannaz, collaboratrices à l’OES – N. Revaz
Les dossiers 52 Les dossiers de Résonances
Résonances • Juin 2015
2 Mensuel de l’Ecole valaisanneAvoir et donner confiance
Vaste sujet que celui 4 Gagner en confiance
à l’école 11 «C’est là qu’on fiance qui?»
S. Hoeben
de la confiance. C. Foussard
Comment en avoir 12 Avoir confiance en soi
pour soi afin de pouvoir 6 Sécurité et confiance
pour apprendre et grandir
et faire confiance
L. Bellenger
en donner aux autres? D. Favre
Un dossier de fin 13 D’une confiance
d’année scolaire pour 8 Faire confiance OK,
mais à qui et à quoi?
à l’autre
N. Bollin
P. Vianin
des effets au long cours.
13 La bibliographie
Bonne lecture.
10 La confiance
dès la petite enfance
de la Documentation
pédagogique
E. Antier E. Nicollerat
Résonances • Juin 2015
Mensuel de l’Ecole valaisanne 3Gagner en confiance à l’école
C. Foussard
Certains élèves pensent souvent à tort qu’ils ne sont pas
MOTS-CLÉS : CLIMAT • CRÉATIVITÉ • CURIOSITÉ à la hauteur, se déprécient et restent pour diverses rai-
sons imperméables aux apprentissages. Pourtant, une
rencontre peut parfois changer le cours d’une vie tout
La confiance en soi se construit pas à pas, chaque jour comme un enseignant le parcours scolaire de l’élève,
avec les autres, elle permet à chacun d’éprouver un en lui proposant des situations propices à son évolu-
sentiment de sécurité et d’exprimer sa créativité dans tion personnelle.
de multiples domaines. Plus la confiance est élevée,
plus on ose se dévoiler, se dépasser pour accoucher
Créer un climat de confiance
de soi. C’est la clé de la réussite, celle qui permet de
transformer ses faiblesses en atouts et donc de réus- Permettre à l’élève de prendre conscience qu’il est
sir à l’école. unique en favorisant un climat de classe respectueux, fa-
vorable à l’écoute des uns et des autres, est une mission
Les enseignants peuvent facilement aider les élèves à essentielle de l’enseignant. Pour cela, il est indispen-
accroître leur confiance en eux puisqu’elle relève de la sable d’exercer une autorité efficace tout en instaurant
capacité, tout comme les compétences scolaires. «Etre des rituels de qualité afin de créer un cadre de classe
capable de» pour se lancer dans les apprentissages, sécurisé. Apprendre dans le calme et la sérénité est un
mettre son esprit en éveil pour préliminaire à la construction de la confiance en soi.1
accueillir les savoirs.
Valoriser l’élève
Une fois le cadre instauré, l’enseignant adoptera une
communication constructive afin de mettre en avant
les qualités de l’élève et lui donner ainsi l’occasion
d’être fier de son travail. La valorisation peut s’ef-
fectuer tous les jours en classe, elle ne requiert pas
de compétences particulières hormis une certaine
ouverture d’esprit pour souligner les réussites quoti-
diennes des élèves. Eviter les remarques péjoratives qui
malmènent les élèves pour mettre en lumière les progrès,
peut entraîner à terme un réveil positif de l’élève. Tout
progrès, même minime, est important, il est à évaluer en
fonction des possibilités de chacun et permet au groupe
classe de modifier le regard qu’il porte sur la difficulté.
Partir du vécu de l’élève
Avant d’aborder une notion, il est toujours très inté-
ressant de recueillir les représentations men-
tales de l’élève en faisant état de leurs
connaissances à un moment donné
sur un sujet proposé. L’ensei-
gnant donne la parole aux
élèves puis note au ta-
bleau les idées proposées
Résonances • Juin 2015
4 Mensuel de l’Ecole valaisanneDOSSIER
Mobiliser la famille
Pour en savoir plus Rencontrer les parents pour leur exprimer nos obser-
Cécile Foussard, Construire la confiance en soi vations, notre ressenti et surtout leur expliquer les mé-
à l’école, Chronique sociale, novembre 2014. thodes que nous allons mettre en place pour favoriser
la confiance, reste incontournable. Les parents sont les
garants de la réussite scolaire de leur enfant, ils doivent
sans critique ni jugement de valeur mais en organisant nous faire confiance pour que nous réussissions notre
soigneusement les propositions. Les séances de travail pari. Et si nous travaillons ensemble, dans les échanges
permettront ainsi de valider ou non les hypothèses de et le respect, nul doute que certaines idées aient éga-
départ et d’observer l’évolution des connaissances du lement un impact à la maison. Et certains élèves, qui
groupe classe à travers la construction d’une culture com- évoluent dans des conditions difficiles, peuvent nous
mune. Le constructivisme permet à l’élève un chemine- en être reconnaissants.
ment personnel et facilite la mémorisation des notions,
d’où une confiance renforcée. Faire confiance à l’autre est nécessaire, car
c’est, grâce et dans la sphère sociale que se
« L’école reste construit la confiance. Un enseignant qui a
Autoriser l’erreur indéniablement le confiance en lui peut mobiliser à son tour un
L’erreur est encore aujourd’hui jugée né- partenaire idéal élève dont les progrès rejailliront sur la fa-
faste et doit être évitée à tout prix dans la mille pour lui apporter ensuite satisfaction.
société actuelle. Or, c’est bien en commet-
de la construction
tant des erreurs que l’on apprend tous les de la confiance. » L’école reste indéniablement le partenaire
jours et à trop avoir peur d’en commettre, idéal de la construction de la confiance,
on reste sur ses gardes quitte à ne plus avancer… Voilà non seulement parce qu’elle permet les échanges entre
pourquoi l’école doit rester le lieu privilégié où il est pairs mais aussi parce qu’elle engage chacun à atteindre
possible de se tromper pour mieux progresser ensuite. le meilleur de lui-même en fonction de ses possibili-
Autoriser l’erreur comme un obstacle à franchir vers une tés. C’est donc en observant et en adaptant son atti-
évolution bénéfique de l’élève. Grâce à l’erreur, on se tude au groupe classe, en différenciant sa pédagogie
corrige, on apprend et on devient soi… en fonction du public ciblé à travers des projets stimu-
lants qu’un enseignant sera en mesure d’atteindre le
plus grand nombre.
Susciter l’envie
Eveiller la curiosité à travers des projets fédérateurs Gageons ensemble qu’en redonnant confiance au plus
décuple la motivation des élèves, en leur apprenant à grand nombre, dans une pédagogie positive et de prise
travailler différemment à travers la collaboration et la en compte de l’élève dans et à travers son individua-
prise de décision collective. En groupe, l’élève devient lité, l’école de demain soit meilleure en y associant les
autonome et s’investit pleinement, il apprend à se pas- parents, bien évidemment…
ser de l’aide du maître pour prendre des initiatives dans
un esprit d’équipe. Chaque élève doit être en mesure
d’apporter sa pierre à l’édifice et le rôle de chacun à Note
travers une organisation réfléchie du point de vue de 1
La construction de l’autorité à l’école, Cécile Foussard,
l’enseignant, est capitale pour la réussite du projet. Hachette éducation, Juillet 2011.
Surveiller le décrochage
L'AUTEURE
Parfois invisible, l’échec s’installe contre toute attente
et la situation de l’élève n’en devient que plus catas- Cécile Foussard
trophique. L’observation du groupe classe permet de est professeure des écoles depuis une
quinzaine d’années et s’intéresse avant
rapidement cerner l’attitude de chacun de nos élèves.
tout, aux moyens de faire progresser l’élève.
La fatigue, le désintérêt, le manque de participation
et le renfermement soudain sont autant de signaux
d’alerte qu’il convient d’analyser en équipe et avec la
famille en vue de trouver des solutions. Il suffit parfois Prochains dossiers
de peu de chose pour qu’un regard s’éveille et pétille www.resonances-vs.ch >
à nouveau d’envie. Une écoute attentive permet sou- Thèmes des prochains dossiers
vent l’espoir…
Résonances • Juin 2015
Mensuel de l’Ecole valaisanne 5Sécurité et confiance
pour apprendre et grandir
D. Favre
MOTS-CLÉS : MOTIVATION • STATUT DE L’ERREUR •
ALLIANCE COOPÉRATIVE
De nombreuses études comme celles de Rousseau et
al. (2009) ont montré que la confiance entre élèves et
enseignants ne va pas de soi, que des conditions néces-
saires à sa construction et à sa pérennité sont requises.
Or, comment le jeune pourrait-il apprendre et grandir
sans la confiance dans l’adulte et la sécurité affective
qui l’accompagne?
Apprendre et grandir comportent un point commun.
Dans les deux cas, il faut prendre le risque de s’éloi-
gner de ce que l’on connaît et ainsi laisser se rempla-
cer le sentiment de sécurité qui nous habitait par plus
ou moins d’anxiété. Plus ou moins, car d’une personne
à l’autre, en fonction des expériences passées, la ren-
contre avec la nécessité de s’adapter et de changer sera
plus ou moins anxiogène.
Suite à notre recherche sur les liens entre la violence
et l’échec scolaires, nous avons pu montrer que la dif-
ficulté plus grande à affronter les situations d’appren-
tissage des élèves «désignés comme violents» pouvait
s’amoindrir (Favre, 2007-2013). En étudiant comment
les élèves qui retirent un plaisir addictif de la violence,
du besoin de rendre les autres faibles pour se sentir
forts, peuvent changer, nous avons pu constater que
c’était possible si les élèves pouvaient renouer avec
le plaisir d’apprendre. Cela ne se fait pas immédiate-
ment. De nombreux enseignants ont signalé que cela
prend du temps dans les classes expérimentales pour
que les élèves acceptent de s’engager dans les disposi-
tifs d’apprentissage qui ont en commun d’engendrer
une période de déstabilisation cognitive et affective
pour l’apprenant, donc une période de vulnérabilité.
Et, plus l’élève sera âgé, plus ce sera long.
Est-ce que ce temps nécessaire pour pouvoir faire
confiance à l’enseignant ne serait pas proportionnel au
temps scolaire pendant lequel des adultes ont affirmé,
surtout à chaque rentrée, qu’il ne faut pas avoir peur
de se tromper, que c’est par les erreurs qu’on avance.
Mais un peu plus tard, chaque élève a pu constater que Le jeune peut-il apprendre et grandir sans la confiance
l’élève qui ne fait pas d’erreurs est qualifié de «bon» et dans l’adulte et la sécurité affective qui l’accompagne?
Résonances • Juin 2015
6 Mensuel de l’Ecole valaisanneDOSSIER
celui qui en fait se voit traité de «mauvais». Pourtant transformant les cours en questions plus qu’en réponses,
si quelqu’un parvient à faire un exercice sans se trom- bref, en occasions de s’étonner.
per, c’est qu’il savait le faire, donc qu’il l’avait déjà ap-
pris. Très souvent un petit nombre d’élèves savent déjà Pour revenir concrètement à cette première condition,
résoudre les problèmes que pose l’enseignant avant chaque enseignant doit pouvoir assumer un change-
que celui-ci ait fait son cours, comme nous avons pu ment de posture explicite, devenir un allié sur lequel
le constater dans une recherche en didactique de la l’élève peut compter, quelqu’un qui ne trahira pas, qui
biologie. ne lui imposera pas des évaluations-contrôles avant
En devenant le lieu où l’élève le plus qu’il ne soit prêt. Dans cette alliance à
rapide est «récompensé» et le plus visée éducative, l’enseignant saura faire
lent «puni», l’école prend donc le « En devenant le lieu ressentir aux élèves qu’ils ont tous de
risque de perdre la confiance des où l’élève le plus rapide «bonnes» raisons, des raisons réelles, lé-
élèves puisque les adultes peuvent gitimes et valables de penser ce qu’ils
autant se contredire et se dédire.
est “récompensé” pensent, de dire ce qu’ils disent, de faire
Cette perte de confiance dans l’adulte et le plus lent “puni”, ce qu’ils font et de ressentir ce qu’ils res-
pourrait amener le jeune à refuser l’école prend le risque sentent. Ce postulat de cohérence per-
ensuite l’invitation à grandir et les met d’accepter autrui même si on ne le
valeurs de celui-ci, elle éclaire éga-
de perdre la confiance comprend pas, même si on ignore ces
lement et partiellement la forte cor- des élèves. » «bonnes» raisons. Pour contribuer à la
rélation existant entre la violence et sécurité affective des élèves, cette ac-
l’échec scolaires. ceptation inconditionnelle de la personne devra être
doublée d’une acceptation conditionnelle des compor-
Dans notre modèle avec trois systèmes de motivation tements car comme on vit en société tous les comporte-
(sécurisation, innovation, addiction), la place de la mo- ments ne sont pas acceptables et la limite entre accep-
tivation de sécurisation est première. Dans ce système, table et non acceptable, ce sont les lois, les interdits,
chacun est en référence externe, il dépend d’un tiers les règles et les valeurs (Favre 2010-2015).
pour voir satisfaits ses besoins biologiques, psycholo-
giques et sociologiques. Parmi ceux-ci, le besoin de se La confiance peut alors se bâtir sur un engagement
sentir accepté tel qu’il est paraît précieux pour que contractuel réciproque débarrassé de l’idée que la mis-
l’enfant puisse grandir. S’il a reçu cette acceptation in- sion de l’enseignant est de faire travailler l’élève contre
conditionnelle en tant que personne-sujet, sa confiance son gré, sans que sa décision de réaliser ou non la tâche
en lui et dans la vie va pouvoir se construire. S’il ne l’a demandée soit sollicitée. La construction d’une alliance
pas reçue, il risque de chercher des compensations à coopérative et éducative avec les élèves implique que
ce manque, à cette frustration afin d’obtenir d’autrui, l’on puisse accepter que quelquefois, ils disent «non»
de l’école, des marques de reconnaissance ou de dis- à nos propositions d’apprendre et de grandir. Notre
tinction ou au contraire renoncer à apprendre dans ce première mission n’est-elle pas de faire advenir chez
contexte. Pour éviter que ce manque d’acceptation ne chaque élève un sujet, un adulte libre et responsable?
provoque des conduites addictives (motivation d’ad-
diction par rapport à des produits, des comportements
ou des personnes), le rôle de l’enseignant est très im-
portant. Va-t-il nourrir suffisamment la motivation de
L'AUTEUR
sécurisation de l’élève puisque tout apprentissage vise Daniel Favre
à quitter le sentiment de sécurité lié au «je connais et est professeur en Sciences
je maîtrise» pour aller vers le non connu et «je ne sais de l’éducation à la FDE-ESPE
pas encore faire»? L’enjeu est grand car si le jeune se Université Montpellier
sent suffisamment en sécurité et en confiance pour
Favre D. (2007-2013) Transformer la violence
prendre le risque d’apprendre, le plaisir d’avoir réussi
des élèves - Cerveau, motivations et
(motivation d’innovation) fera concurrence à la moti-
apprentissage. Dunod Ed.
vation d’addiction comme nous avons pu le constater
Favre D. (2010-2015) Cessons de démotiver les
dans cette forme d’addiction que constitue la violence
élèves – 19 clés pour favoriser l’apprentissage.
(Favre, op. cit.). En résumé pour permettre aux élèves Dunod Ed.
de se remotiver pour les apprentissages scolaires, il faut Rousseau N., Deslandes R. et Fournier H. (2009)
en premier lieu restaurer la motivation de sécurisation La relation de confiance maître-élève: perception
et en second lieu activer la motivation d’innovation, d’élèves ayant des difficultés scolaires. Revue des
«allumer un feu» comme l’exprimait déjà Aristophane, sciences de l’éducation de McGill, 44, 2:193-211.
en leur donnant beaucoup d’énigmes à résoudre, en
Résonances • Juin 2015
Mensuel de l’Ecole valaisanne 7Faire confiance OK, mais à qui
et à quoi?
P. Vianin
L’enseignant: «J’ai confiance en mes choix!»
MOTS-CLÉS: ACTEURS • COMPÉTENCES
Tout d’abord, l’enseignant doit avoir confiance en lui,
La confiance est une condition essentielle à la réussite en ses compétences didactiques. Il est un organisateur
de l’enseignement. Elle est absolument indispensable des conditions favorables à l’apprentissage. Le disposi-
pour que les élèves apprennent. Elle concerne donc les tif didactique déployé par l’enseignant doit donc favo-
trois acteurs principaux de l’enseignement-apprentis- riser l’apprentissage de l’élève. Si les étudiants de la HEP
sage: l’enseignant, l’élève et le savoir. passent de très nombreuses heures à planifier les séances
d’enseignement-apprentissage, c’est bien parce que la
Tous les pédagogues sont d’accord avec cet objectif: réussite de l’enseignement dépend avant tout de la préci-
l’enseignant a comme mission de transmettre un sa- sion de la préparation, de la rigueur de l’organisation et
voir à des élèves1. Mais les approches divergent fonda- de la cohérence du dispositif didactique. Bien entendu,
mentalement dans la manière de «transmettre». Ainsi, l’expérience peut dispenser d’une longue préparation
pour certains pédagogues, le rôle de l’enseignant est écrite. Néanmoins, l’enseignant qui prend du temps pour
central: c’est lui qui prend les initiatives et guide, pas à poser par écrit les objectifs (si possible en termes opé-
pas, les apprentissages des élèves. Pour d’autres, l’élève rationnels) et rédiger 3 lignes de planification sur son
doit être «au centre» du processus d’enseignement-ap- journal de classe gagne en efficacité… et en confiance.
prentissage: si l’élève n’apprend pas, qui pourra bien le
faire à sa place? Certains enseignants, enfin, accordent Pour favoriser la «confiance didactique» 2 de l’ensei-
une place très importante au savoir: l’école est d’abord gnant (même expérimenté), les questions suivantes
un lieu de transmission du savoir. Mon avis est qu’un me semblent utiles:
équilibre est indispensable entre ces trois conceptions
et que, pour favoriser l’apprentissage, la confiance L’objectif poursuivi avec mes élèves est-il opération-
doit être accordée à l’enseignant, à l’élève et au savoir. nel (à la fin de la séance, l’élève sera capable de…)?
Résonances • Juin 2015
8 Mensuel de l’Ecole valaisanneDOSSIER
Les moyens que j’ai prévus (matériel, supports, exer- ce que les élèves apprennent dans ma classe leur permet
cices, fiches, etc.) sont-ils favorables à l’apprentissage d’être plus heureux? La confiance épistémologique est
et à la motivation de mes élèves? possible seulement si l’enseignant a une connaissance
Ai-je prévu un petit dispositif d’évaluation à la fin de pointue des enjeux disciplinaires.
chaque séance?
Quelques questions pourraient nous aider à réfléchir à
cette «confiance épistémologique»:
L’apprenant: «J’ai confiance en mes élèves!»
La confiance de l’élève naît avant tout de la confiance Puis-je clairement identifier les finalités des activi-
que l’enseignant lui accorde. Il s’agit donc de considérer tés que je propose à mes élèves (se demander, par
que l’élève est l’acteur principal des apprentissages. La exemple, s’il est encore utile, avec les outils informa-
place qui lui est accordée dans le dispositif pédagogique tiques, d’apprendre à chercher un mot dans le dic-
est donc révélatrice de la confiance qui lui est faite par tionnaire; ou si l’étude de texte participe au déve-
l’enseignant. Si ce dernier contrôle tout, corrige tous les loppement d’un rapport à la lecture jouissif; etc.)?
cahiers et vérifie constamment si l’élève fait bien son tra- Les savoirs proposés dans ma classe ont-ils du sens pour
vail, l’élève ne pourra pas développer son autonomie, moi / pour mes élèves / pour leur futur? La tâche est-
sa responsabilité et sa confiance. Parfois, l’enseignant elle motivante en elle-même (aspect ludique, variété,
peut être satisfait de constater que ses élèves sont ac- nouveauté, etc.)?
tifs en classe, mais la question n’est pas de savoir si les Les nouveaux domaines du plan d’études (par
enfants travaillent, mais s’ils apprennent: non pas actifs, exemple les capacités transversales) sont-ils traduits
mais acteurs! Pour que les élèves s’engagent réellement en savoirs, savoir-faire et savoir-être dans ma classe?
dans les apprentissages, il est indispensable de leur faire Ai-je «confiance» en la pertinence des objectifs défi-
confiance et de les considérer comme des sujets appre- nis dans le nouveau PER?
nants et non comme des objets enseignés.
Conclusion
Les questions suivantes sont probablement révélatrices
de la «confiance ontogénique» que l’enseignant ac- Bien entendu la question de la confiance ne se limite pas
corde à ses élèves: à ces trois acteurs et à ces quelques questions. La relation
entre l’enseignant, l’élève et le savoir s’inscrit dans un
Mes élèves peuvent-ils (parfois) choisir eux-mêmes environnement qui influence également la confiance. Le
la tâche à effectuer (correspondant à leur motiva- rôle de la famille, des autres élèves, des collègues, des
tion intrinsèque) ou l’objectif à atteindre (fixé en autorités et de l’institution elle-même pourrait égale-
fonction des besoins identifiés par l’élève lui-même) ment être souligné. Si l’enseignant n’a pas toujours prise
ou les moyens de réaliser l’activité (seul, à deux, en sur le contexte dans lequel il travaille, il a par contre une
groupe, avec l’enseignant, etc.)? responsabilité directe sur la relation qui s’établit entre
Mes élèves connaissent-ils la valeur de la tâche, l’ob- ses élèves et le savoir. Travailler la confiance à l’école est
jectif poursuivi, les critères de l’évaluation, etc.? donc une question éminemment pédagogique.
Sont-ils considérés comme des acteurs de l’apprentis-
sage? Ont-ils le sentiment de contrôler la situation,
Notes
de disposer des stratégies efficaces, de mesurer eux-
mêmes leurs propres progrès?
1
Houssaye J. (1993). La pédagogie: une encyclopédie pour au-
jourd’hui. Paris: ESF.
2 On pourrait parler, en s’inspirant des travaux de Brousseau
Le savoir: «J’ai confiance en le savoir!» en didactique des mathématiques, de «confiance didac-
tique» (relevant des choix de l’enseignant), de «confiance
Il peut sembler étrange de parler, après la confiance ontogénique» (propre à l’élève) et de «confiance épistémo-
de l’enseignant et celle de l’élève, de la «confiance du logique » (en lien avec la tâche d’apprentissage et le savoir).
savoir». Je pense néanmoins que la question peut se
poser chez un enseignant généraliste qui doit ensei-
gner toutes les branches: est-ce que j’enseigne avec la
même conviction – la même confiance – le français, les L'AUTEUR
cultures religieuses et l’allemand?
Pierre Vianin
est enseignant spécialisé,
La confiance du savoir se construit donc sur l’intime professeur à la HEP-VS de St-Maurice
conviction que tout ce que j’enseigne est utile, voire et auteur d’ouvrages pédagogiques
indispensable à l’épanouissement de mes élèves. Fonda- (La motivation scolaire, de boeck)
mentalement, la question devrait être: est-ce que tout
Résonances • Juin 2015
Mensuel de l’Ecole valaisanne 9La confiance dès la petite enfance
E. Antier
qui portent sur leurs épaules un contrat d’excellence
MOTS-CLÉS : TOUT-PETITS • DIFFÉRENCES attendue par leurs parents. A ceux-là, le professeur
dira: «Tu sais, moi aussi, je ne réussis pas toujours par-
A l’entrée en maternelle, les maîtres sont impressionnés faitement, aucun adulte, nous ne sommes que des
par la différence entre les tout-petits: à côté de ceux humains. Il faut faire le mieux qu’on peut, et je sais
dont le comportement est rapidement adapté, qui exé- que tu peux très bien». A l’inverse, l’enfant en dif-
cutent sereinement les consignes et se lient aux autres ficulté, au langage encore pauvre, est lucide sur sa
avec joie, il y a les «timides», longtemps muets, sur leur différence d’exécution par rapport au précédent. Les
réserve, qui observent prudemment avant de se mêler. paroles de fausses félicitations ne le trompent pas. Il
Et les fonceurs, qui se lancent dans l’action, crayon ra- faut l’aider, particulièrement, comprendre où est sa
geur et démêlées furieuses dans la cour. difficulté: fatigue des longues journées
« La confiance bruyantes? Trouble affectif? Retard de
D’où viennent ces différences? Comment langage? Difficulté motrice? De latérali-
donner confiance à ceux qui se croient tou- en soi commence sation? Donner un exercice plus simple,
jours incompétents? au berceau. » pour qu’il réussisse et complexifier petit
à petit, au fil de ses compétences.
La confiance en soi commence au berceau. Dès les pre-
miers regards échangés avec ses parents, le bébé se sent Quant à celui dont l’agitation perturbe la classe, qui
attendu, admiré, valorisé. Si la maman est déprimée, bouscule à la récré, ne pas croire qu’il a «trop» confiance
si le père est absent, nous, pédiatres, sommes vigilants en lui. Les jambes et les poings masquent l’immaturité
à étayer ces échanges pour donner à l’enfant le sen- cognitive. Il me dit souvent: «De toute façon, je suis
timent d’être attendu, entendu, que l’on s’accorde à nul». Le rabrouer ou le punir effondre définitivement
ses besoins. sa confiance en lui. Un matériel qui exerce la pensée
par la manipulation canalisera mieux son énergie que
A l’entrée en petite section, l’accueil par l’équipe pé- le graphisme en position d’écolier.
dagogique est réparateur pour ceux dont la confiance
en soi n’est pas bien établie: la petite fille réservée, ca- Rendre la confiance en soi à ceux qui ne l’ont pas passe
chée derrière sa mère, ne devra pas entendre un rapide: avant tout par la bienveillance, cette base affective de
«Allez! Ça va passer!» Mais plutôt: «je te comprends! sécurité qui permet à l’enfant, si faible devant le géant
Ça fait bizarre de se demander comment ça va être, adulte, d’oser faire. L’alliance entre l’école et ses pa-
pour toi, toute seule ici. On va faire très attention à ce rents est aussi un fondement pour la confiance en soi
que tu sois bien». L’empathie donne confiance. A celui du tout-petit.
qui déchire son dessin pour la troisième fois: «Je sais
pas dessiner», le professeur répondra: «Ne déchire pas, Que de temps et de disponibilité pour les maîtres et
j’adore les dessins ratés!» (Tout dessin est les parents, c’est vrai. Mais les petits humains ont tant
un trésor, comme une confidence, ne besoin de ces premières bases pour les cent ans qu’ils
serait-ce que d’un mal-être). Alors, auront à vivre!
le tracé prendra son élan.
Au fur et à mesure que les tra-
vaux deviennent plus précis, L'AUTEURE
les enfants perçoivent bien la
Edwige Antier
satisfaction du professeur, ils est médecin-pédiatre et
sont en quête de petits tampons auteure de nombreux ouvrages
souriants. Mais certains sont in- à succès consacrés à l’enfance et
hibés par la peur de mal faire. à la parentalité (J’aide mon enfant à se concentrer,
Les enfants sont en quête Ce sont les plus doués mais per- Editions J’ai lu).
de petits tampons souriants. fectionnistes, souvent les aînés
Résonances • Juin 2015
10 Mensuel de l’Ecole valaisanneDOSSIER
«C’est là qu’on fiance qui?»
S. Hoeben
Comment ce sentiment de sécurité se manifeste-t-il
MOTS-CLÉS : DÉFINITION • QUESTIONNEMENT • dans notre établissement, avec l’équipe de direction,
PROJET D’ÉTABLISSEMENT chez les enseignants et les élèves, dans les familles –
les uns vis-à-vis des autres?
Un maître irrité, sur l’estrade de sa classe perché, Comment ce sentiment de sécurité se construit-il? Est-
Préparait une remontrance. ce un dû? Est-ce un projet mené de façon concrète,
Une famille de notables, par celui-ci convoquée, singulière, volontaire? Quels sont ses ennemis?
Lui tint à peu près ce langage:
«Et bonjour, Monsieur le Maître, «Confiance désigne, d’autre part, la familiarité au
Que vous êtes bien formé! sein des relations (du traitement entre les personnes
Que vous me semblez attentionné! lorsqu’elles sont à l’aise les unes avec les autres)»
Sans mentir, si votre enseignement
se rapporte à votre image, Souhaitons-nous vraiment être «à l’aise» les uns en-
Mon fils sera intelligent comme un savant vers les autres: se comprendre, chercher l’alliance,
Et réussira son gymnase sans encombrement.» bouger ensemble? Chérissons-nous les vestiges d’une
A ces mots, le maître ne se sent plus de joie, logique hiérarchique?
Sa gorge est prise d’émotions,
d’importance il se sent nourri… Avons-nous acquis les compétences propices à l’exer-
Il ouvre un large sourire et en perd l’objet cice d’une relation positive, d’une communication
de sa convocation. créatrice de mieux vivre ensemble? Où les acquérir
La famille s’en retourne, et sur le chemin ricane. pour être à l’aise?
«Ah, le bon maître, on l’a bien eu!
Il n’a jamais appris que tout flatteur vit «La confiance est une hypothèse faite sur le futur
aux dépens de celui qui l’écoute.» comportement d’autrui. Il s’agit d’une conviction
Le maître, une fois sorti de son école, selon laquelle une personne serait capable d’agir d’une
Retrouva ses esprits et jura que dorénavant, certaine manière face à une situation donnée.»
Jamais plus, il ne ferait confiance aux paroles
des parents… De quelle manière projetons-nous des jugements
péremptoires, des sentiments de peur les uns sur les
autres?
Après cette note d’humour pour introduire un sujet Comment nourrir ce sentiment bienveillant sur le
très sérieux, je m’appuierai sur une définition en 3 par- futur si nous avons déjà du mal avec l’aujourd’hui
ties 1. Ces éléments pourraient devenir un sujet de pro- ou si nous restons figés sur un passé?
jet d’établissement.
Merci pour votre confiance en mes propos.
Pour chaque élément de définition, je vous propose
un début de questionnement à prendre à plusieurs Note
niveaux (école/équipe, enseignant-e et famille) dans 1
Lire tout: Définition de confiance – Concept et Sens:
une dimension réciproque: http://lesdefinitions.fr/confiance#ixzz3YjSsufyB
«La confiance est le sentiment de sécurité ou la foi (la
sûreté) qu’a une personne vis-à-vis de quelqu’un ou L'AUTEUR
de quelque chose.»
Stéphane Hoeben
est consultant en éducation
Comment la société se positionne-t-elle face à l’ins- www.shdf.be
titution «école» comme service public?
Résonances • Juin 2015
Mensuel de l’Ecole valaisanne 11DOSSIER
Avoir confiance en soi et faire confiance
L. Bellenger
MOTS-CLÉS : ESTIME • RESPECT • ATTENTION • RIRE
Dossier de Sciences humaines
sur la confiance
La confiance dans la classe, comme dans la société en
général, ne se décrète pas. Cependant il est possible L’excellente revue Sciences humaines consacre son
d’en parler sous deux aspects: avoir confiance en soi dossier de juin 2015 à la confiance, lien essentiel, sous
et faire confiance. différents angles. La confiance prend de multiples vi-
sages. A l’école, la confiance en soi est un adjuvant
La confiance en soi est le résultat d’une construction pour entreprendre et réussir.
depuis la petite enfance. Cette élaboration n’est pas www.scienceshumaines.com
progressive, encore moins linéaire. Elle procède certai-
nement par épisodes en fonction du vécu de l’enfant
et de l’adolescent. Elle peut faire l’objet de progression en particulier envers les enfants et les adolescents dans
comme de régression. la classe, constitue une condition puissante de toute
relation éducative.
Vérifier qu’on a les aptitudes pour réaliser ce que l’on
désire: réussir dans un jeu, se faire comprendre, se Faire confiance nécessite le respect de conditions à
faire accepter, obtenir ce qui est attendu fournissent créer:
des éléments de reconnaissance qui vont participer à
l’étayage de la confiance en soi. Celle-ci procède donc accorder de l’attention aux réalisations, aux initiatives
autant de l’estime de soi (je suis rassuré et heureux de prises, aux difficultés rencontrées pour les prendre en
réussir ce que j’entreprends) que des signes de recon- compte et en parler,
naissance fournis par l’entourage qui gratifie, encou- tenir ses promesses, mettre en accord ce que l’on dit et
rage, valorise, prend en compte tout autant les efforts ce que l’on fait, être consistant pour ne pas décevoir,
fournis par l’enfant ou l’adolescent que la qualité des être présent dans les moments difficiles, aider,
résultats qu’il obtient. soutenir,
offrir une accessibilité et une disponibilité incondi-
Osons penser que la confiance en soi est en rapport tionnelle,
avec une évaluation juste et réaliste des réalisations: savoir rire ensemble, prendre de la distance, relativi-
c’est en disant ce qui va comme ce qui ne va pas que ser les évènements,
l’on installe avec plus de sécurité et de force une ap- accorder les droits aux erreurs et aux imperfections
préciation honnête et juste de ce que l’on est capable pour susciter les prises d’initiative,
de faire. Condamner, humilier, critiquer, dénigrer sont oser se confier soi-même et parler de ses propres peurs
des poisons pour l’estime de soi. et incertitudes pour faciliter le rapprochement.
Le sentiment de progresser, de s’améliorer, de respecter
son désir alimente une bonne acceptation de soi, tout
comme le souci de soi qui est une façon de se respecter L'AUTEUR
et d’être son meilleur allié pour admettre nos vulnéra-
bilités et nos insuffisances. La confiance en soi est une Lionel Bellenger
voie positive pour avancer sur le chemin de sa propre est l’auteur de deux ouvrages:
Développer la confiance en soi
unité jamais parfaite et toujours infiltrée de tensions
(ESF, Guide Management);
désagréables (ne pas aimer certains aspects de soi sans
La confiance en soi, 7e édition (ESF éditeur).
pouvoir y remédier). Vous retrouverez sur le site SKILLBEES une formation
vidéo consacrée à la confiance en soi (ELEPHORM),
Si la confiance en soi est au total une sorte de compro- ainsi qu’une conférence sur la confiance en soi
mis avantageux entre estime de soi et reconnaissance accessible sur le site www.lionelbellenger.fr
par les autres, le fait de faire confiance aux autres, et
Résonances • Juin 2015
12 Mensuel de l’Ecole valaisanneDOSSIER
D’une confiance à l’autre
N. Bollin
De plus, nous ferons confiance aux enseignants pour les
MOTS-CLÉS : ÉLÈVE • ENSEIGNANTS • PARENTS activités plus sportives (gym, promenade…). Ainsi qu’aux
formateurs extra-scolaires qui permettront à nos enfants
Survol de la confiance qu’accorde une maman durant de s’épanouir en dehors du contexte «banc d’école».
la journée scolaire. Dans ces petits rouages, il peut arriver qu’un grain de
sable vienne enrayer la machine. Dès lors, la communi-
Pour commencer, nous faisons confiance à l’enfant sur cation et l’empathie viendront à l’aide de la confiance
le chemin de l’école. Il devra respecter les règles de pour que l’entente perdure. Compliquons le système
circulation, respecter ses camarades, ignorer les per- en y introduisant les changements, de loi ou de moyen
sonnes étrangères,… et arriver à l’heure pour le début d’enseignement, qui déstabilisent les acteurs!
des cours. Finalement durant cette journée scolaire, notre
En classe, nous laissons notre enfant aux enseignants confiance aura été mise à contribution!
que nous connaissons souvent peu. Nous leur accordons Nous pouvons faire le même exercice avec le regard de
notre confiance pour l’apprentissage du programme de l’enfant, ou celui de l’enseignant. Mais je suis restée
l’année, pour gérer les difficultés scolaires ainsi que les dans mon rôle de maman.
chamailleries entre camarades. Et n’oublions pas que les enfants ont entièrement
Durant les récréations, notre confiance sera double. confiance en nous tous.
L’enfant devra respecter les règles et les mettre en ap-
plication sans notre présence, et le surveillant veillera
L'AUTEURE
à un climat serein pour tous les élèves.
Nathalie Bollin
Le soir, nous assurerons le bon déroulement des devoirs
est représentante de l’Association
et leçons. Nous croirons en leur pertinence et nous en-
des parents d’élèves (FRAPEV) au sein
couragerons notre enfant dans l’accomplissement de
du Conseil de rédaction de Résonances
ses tâches grâce aux outils donnés en classe.
La bibliographie de la
Documentation pédagogique
SALZBERGER-WITTENBERG, SOLEILHAC, A., Renforcer la confiance en soi à l’école: présence
I., L’expérience émotionnelle ici et maintenant et volonté d’être, Montréal, Lyon, Chronique Pour aller plus loin
d’apprendre et d’enseigner, sociale, 2010
Larmor-Plage, Ed. du Hublot, 2012 Cote MV St-Maurice:159.952-05 SOLE
Pearltree Résonances
Cote MV St-Maurice: 37.01 SALZ
en lien avec le dossier
TANCREZ, P., C’est comment
du mois
STAQUET, C., L’estime de une école attachante?: relations http://goo.gl/rsaVim
soi et des autres dans les et dispositifs en éducation,
pratiques de classe, Lyon, Lyon, Chronique sociale, 2010
Chronique sociale, 2015 Cote MV St-Maurice:
Cote: en traitement 37.01 TANC
Résonances • Juin 2015
Mensuel de l’Ecole valaisanne 13Vous pouvez aussi lire