Une médecine plus connectée, des médecins plus accessibles
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8 SANTÉ
Une médecine
plus connectée,
des médecins
plus accessibles
La crise liée au Covid-19 a provoqué un bond dans
les pratiques. Le public s’est massivement tourné vers 50% des cas seraient
résolus par un simple
la télémédecine, tandis que les centres médicaux se multiplient. appel, sans consultation
PAR MARY VAKARIDIS chez un médecin.
E
n 2020, le secteur de la santé est en
pleine révolution. Hyperconnecté, le Lancée en octobre 2019,
patient d’aujourd’hui veut être soigné la plateforme
tout de suite et dans le périmètre de ses soignez-moi.ch compte
trajets quotidiens, sans avoir à se préoccu- déjà 5000 patients.
per d’un rendez-vous préalable. De leur
côté, les médecins s’organisent toujours
davantage en cabinet de groupe. «L’intérêt
pour les praticiens est de pouvoir travailler
à 80 ou 90% plutôt qu’à plein temps.
L’ouverture d’un cabinet médical individuel
représente en outre des frais énormes et
doit satisfaire des normes de plus en plus
contraignantes, d’où l’avantage de se
regrouper», décrypte Philippe Eggimann,
président de la SMSR (Société médicale de
la Suisse romande).
Parallèlement, la santé est devenue un
secteur économique comme un autre, qui
attire des acteurs inattendus comme Migros
(Medbase) ou Swisscom (Medgate). Un
marché annuel de quelque 85 milliards de
francs attise forcément les convoitises.
Philippe Eggimann prévient: «Le risque à
terme, c’est que se constituent des conglo-
mérats qui font passer leurs intérêts finan-
ciers avant la santé du patient et la qualité
des soins. Aux Etats-Unis, où de tellesstructures sont déjà en place, on a vu dans vés sous le feu des projecteurs. Et faute de tion chez un médecin. Chez Medgate, par
la chirurgie cardiaque des praticiens pouvoir se rendre chez le médecin, le public exemple, il s’agit typiquement de cas de
préférer des solutions non optimales pour s’est massivement tourné vers ces solutions conjonctivite, varicelle, rhume et infection
des raisons économiques. C’est pourquoi, de médecine à distance. urinaire, rapporte Céline Klauser, porte-pa-
en Suisse, il faut veiller à des garde-fous role. Medgate appartient à 40% au groupe
pour empêcher d’éventuelles dérives.» Des centres d’appel 24 h/24 suisse de cliniques privées Swiss Medical
Toujours plus pressé, le patient d’au- En fonction depuis une vingtaine d’années Network (SMN), lui-même filiale du groupe
jourd’hui est également préoccupé par le déjà, les centres d’appels Medgate et Aevis. Les deux managing partners de
poids des assurances-maladie dans son Medi24, tous deux basés en Suisse aléma- Medgate, Andy Fischer et Lorenz Fitzi, se
budget et le coût des consultations. Du nique, se partagent l’essentiel du marché. partagent 50% du capital et Swisscom
moment qu’ils sont en bonne santé, les Travaillant en collaboration avec les assu- détient la participation restante. Basée à
assurés ont tendance à choisir des fran- reurs santé, ces centres jouent le même rôle Bâle et fondée en 1999, Medgate a pour
chises toujours plus hautes afin de faire qu’un cabinet HMO ou que le médecin partenaires de nombreuses assurances-
baisser les primes mensuelles. En même généraliste dans la souscription d’un maladie comme Assura, Sanitas ou Swica.
temps, la surmédicalisation s’avère l’un des modèle d’assurance alternatif, plus avanta- Ce sont des médecins qui répondent aux
principaux problèmes au sein du système geux pour l’assuré. Les deux entreprises appels. Le central assure en outre la perma-
de santé suisse. Selon les estimations, affichent chacune un taux de 50% de cas nence téléphonique pour les districts de la
quelque 20% des traitements remboursés résolus par un simple appel, sans consulta- Sarine et du Lac dans le canton de Fribourg.
PHOTOS: MARKO GEBER/GETTY IMAGES, DR
par l’assurance de base seraient superflus.
Leur élimination permettrait d’économiser
environ 6 milliards de francs par an. Public et privé partenaires
L’expansion de la télémédecine est donc un La crise du Covid-19 a été l’occasion pour les secteurs public et privé de démontrer leur faculté
défi crucial, d’autant plus que la moitié des de coopération, alors que l’on était habitué à les voir batailler souvent jusque devant les
médecins de famille sont appelés à prendre tribunaux. Cliniques et hôpitaux cantonaux se sont associés pour créer des permanences,
leur retraite d’ici à 2030. Ces dernières modifier des infrastructures, échanger du matériel ou encore avancer l’ouverture d’un service
années, toutes sortes d’outils de téléméde- de soins intensifs (lire aussi page 30). A Genève, Hirslanden Clinique La Colline et Clinique des
cine ont été mis sur pied. Lors de la crise du Grangettes se sont par exemple entendues avec les HUG pour mettre sur pied un centre de
coronavirus, ces dispositifs se sont retrou- chirurgie ambulatoire à l’horizon 2024.10 SANTÉ
Medgate gère aussi le service de garde pour La Tour à Meyrin et le site internet du
les urgences pédiatriques et la Clinique centre hospitalier de Bienne.
pour enfants Wildermeth à Bienne. «Nous La télémédecine inspire aussi des projets
avons récemment lancé une plateforme de startups. Dopée par la pandémie de
vidéo à destination des hôpitaux et des Covid-19, OneDoc a lancé un module de
médecins qui peuvent y recourir pour des consultation vidéo à la sécurité renforcée
consultations à distance», ajoute Céline qui pallie les risques de piratage inhérents
Klauser. aux services basés aux Etats-Unis comme
Egalement lancée en 1999, Medi24 Facetime ou WhatsApp. Lancée en 2017 par
appartient au géant de services d’assistance deux diplômés de l’EPFL, la startup suisse a
allemand Allianz Partners et collabore avec enregistré plus de 4000 consultations vidéo
les caisses Helsana, Groupe Mutuel ou durant la première période de semi-confi-
encore CSS et Visana, ces deux dernières nement. Un quart de cette clientèle est
coopérant aussi avec Medgate. Medi24 a restée fidèle à cette solution depuis.
recruté du personnel infirmier afin de faire
le tri des cas en fonction de leur gravité. Proches des gares
L’appelant ne consulte un médecin qu’en Sur le terrain des consultations présen-
cas de réelle nécessité. «En mars et début tielles, la médecine s’exerce auprès d’une
avril, durant le semi-confinement, nous part toujours plus importante de patients
avons reçu jusqu’à 90% d’appels de plus par le biais de centres médicaux qui se
qu’à la même période de l’année précé- multiplient dans le pays. Offrant des
dente. Le volume s’est maintenant stabilisé horaires étendus et situés dans des centres
un peu au-dessus des chiffres de 2019», et des lieux de passage comme les gares, ces
rapporte Beatrice Stauffer. Assistante de structures répondent aux impératifs
direction chez Medi24, elle reprend: «La pratiques d’une clientèle urbaine. Gros
télémédecine est une tendance en hausse Les centres d’appels comme Medgate acteur dans ce domaine, la filiale de Migros,
en Suisse. Nous prévoyons une croissance (photo: Bâle) répondent 24 h/24. Medbase, exploite plus d’une centaine
moyenne de 7% annuelle pour les exercices de sites, centres médicaux et pharmacies
qui viennent.» ch a été lancée par un groupe de médecins en Suisse. Medbase entretient différents
Fonctionnant 24 heures sur 24, les deux et d’investisseurs indépendants en octobre partenariats avec des compagnies d’assu-
centres d’appels répondent en priorité aux 2019. La pandémie de coronavirus a rances-maladie, dont Sanitas. Désormais
questions de médecine générale et de débouché sur une demande accrue qui a incontournable dans le paysage de la santé
pédiatrie. Les interlocuteurs répondent en rapidement porté le nombre de patients à helvétique, l’entreprise fondée en 2001
français aux patients mais sont souvent de 5000. Directrice générale, Carole Matzinger à Winterthour a notamment repris la
langue maternelle allemande. L’assuré de explique: «Les assurés qui ont juste besoin permanence de la gare centrale de Zurich
base se familiarise le plus souvent avec ces d’une ordonnance, sans avoir besoin d’une en 2017. En Suisse romande, Medbase gère
centres de services en cherchant à contenir consultation, constituent notre cœur de les centres médicaux de Cornavin à
le coût des primes. Contacter Medgate ou cible. Les patients peuvent ainsi éviter les Genève, des gares de Lausanne, Lausanne
Medi24 plutôt que d’appeler directement frais d’une consultation qui leur incombent Malley et Vevey. Doivent suivre des ouver-
un praticien donne accès à des formules souvent entièrement, car ils demeurent tures à Lancy Pont-Rouge, Renens et
jusqu’à 20% meilleur marché pour l’assu- sous le seuil de la franchise.» Si le cas est Fribourg.
rance de base. Ne sont pas compris dans ce réglé sans nécessité d’envoyer le patient Mouvement notable dans un secteur
modèle les consultations aux urgences, en consultation, la plateforme facturera en pleine transformation, le groupe
chez l’ophtalmologue et le gynécologue. 39 francs. Le service reste gratuit si l’utili- Hirslanden a annoncé ce début d’année
L’objectif avoué des caisses-maladie est sateur est dirigé vers son médecin traitant. une collaboration avec Medbase. Le projet
évidemment de contrôler l’explosion des Basée à Berne et couvrant la région bien- prévoit le transfert de ses trois centres de
coûts de la santé. noise, soignez-moi.ch étend ses activités prises en charge de Schaffhouse, Berne et
à l’ensemble de la Suisse romande cet Guin (FR) au sein du réseau Medbase. Ce
Petits bobos et vidéos automne. La médecine traditionnell printemps, Medbase a par ailleurs élargi son
Plus récemment, d’autres formules fonc- se montre avide de collaborations avec offre médicale à la médecine dentaire par le
tionnant sur le même principe ont été ces nouvelles plateformes. Le central rachat du groupe zahnarztzentrum.ch, fort
PHOTOS: MARTIN RUETSCHI/KEYSTONE, PHILIPPE MAEDER
mises sur le marché, dans le cadre d’initia- soignez-moi gère de son côté les appels de quelque 300 dentistes sur une trentaine
tives privées. La plateforme soignez-moi. adressés aux urgences de l’Hôpital de de sites helvétiques.
Deux géants suisses des cliniques
Basé à Zurich, le groupe Hirslanden, c’est 17 cliniques
(dont la Clinique Cecil à Lausanne, ci-contre) dans 10 cantons
et près de 13 000 collaborateurs. Filiale depuis 2007 de la compagnie
sud-africaine Mediclinic International, cotée à la Bourse de Londres,
Hirslanden exploite des centres médicaux, des instituts de radiologie
et de radiothérapie. Sur le marché suisse, l’autre gros acteur de la santé
se nomme Swiss Medical Network (SMN), filiale du groupe Aevis,
coté à la Bourse suisse. Le réseau gère 21 établissements
avec un effectif global de 4000 employés.Vous pouvez aussi lire