Alimentation, Nutrition et Prévention des Cancers, une Perspective Mondiale : Application au Contexte Français
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Alimentation, Nutrition et Prévention des Cancers, une Perspective Mondiale : Application au Contexte Français
02
Préface Sommaire
Les données scientifiques consensuelles actuellement Préface 02
disponibles sur le rôle des facteurs alimentaires dans
le développement de la plupart des cancers montrent qu’il existe Introduction 03
de réelles possibilités de prévention1 via l’alimentation. Ainsi,
un changement des habitudes alimentaires (alimentation diversi- Présentation du Rapport d’Experts du 04
fiée et équilibrée, privilégiant l’apport de facteurs protecteurs WCRF UK et de l’AICR
et limitant la consommation de boissons alcoolisées), associé
à la pratique d’une activité physique et visant à éviter Les cancers : incidence et mortalité 06
la surcharge pondérale, peut contribuer à réduire le risque
de cancers de façon importante. Si ces données méritent d’être ■ Dans le monde
étayées grâce à des recherches approfondies, elles doivent être ■ En France
prises en compte dès maintenant car les gains en termes
de santé, d’espérance et de qualité de vie sont indubitables. Alimentation et cancérogenèse 09
Ainsi, le Programme National « Nutrition-Santé » (PNNS)2 Aliments, nutrition et risque de cancers :
mis en place par le Ministère de la Santé depuis 2001, par présentation synthétique des résultats 13
les objectifs qu’il vise et par les actions qu’il développe, va dans
le sens de la protection globale de la santé par une alimentation Les possibilités de prévention par
et une nutrition satisfaisantes.
type de cancer 16
Je tiens à souligner l’utilité des actions d’information auprès Les recommandations nutritionnelles du WCRF
du grand public menées par les organisations non gouvernemen-
tales, ainsi que l’intérêt du réseau National Alimentation Cancer International et le contexte français 20
Recherche (NACRe) pour le développement des recherches
épidémiologiques, expérimentales et cliniques dans le domaine Santé publique et prévention du cancer 26
alimentation et cancer. Ce sont ces actions de terrain ■ Une priorité mondiale
et de recherche qui permettent à la santé publique d’avancer.
■ Un axe prioritaire pour la France
Cette brochure3, issue du partenariat entre le WCRF International
et le réseau NACRe, présente les connaissances actuelles sur Références bibliographiques 29
la relation entre alimentation et cancer et les situe par rapport Le réseau NACRe 30
au contexte français. Destinée à un public large et averti,
elle contribuera à mieux informer et mobiliser les différents L’action du réseau mondial du WCRF 33
acteurs du domaine, qui sont appelés à relever le défi de la lutte
contre le cancer et à agir pour la protection de la santé
de la population française.
La lutte contre le cancer est l’un des trois grands chantiers priori-
taires définis récemment par le président de la République
française pour les prochaines années. Le Ministère de la Santé
s’est attelé à cette tâche. Les enjeux de santé publique en termes
humains, sociaux et économiques sont tels que l’on voit l’impor-
tance et la nécessité de développer des actions coordonnées
dans ce domaine. Cette brochure est une contribution importante
dans cet effort qui doit tous nous mobiliser.
professeur lucien abenhaim
Directeur Général de la Santé
Ce document reçoit également l’approbation de la Ligue Nationale
Contre le Cancer2
professeur henri pujol
Président de la Ligue Nationale Contre le Cancer
1 : Le terme « prévention » doit être compris sous 3 : Cette brochure est complémentaire dans la collection des synthèses du PNNS
le sens de « réduction du risque de cancer » et cohérente avec celle conçue, par ailleurs, pour (www.sante.gouv.fr ; Dossiers : N comme Nutrition).
et non d’abolition du cancer. les professionnels de santé « ALIMENTATION, Cette seconde brochure a été élaborée au sein
2 : Voir page 35. NUTRITION ET CANCER. Des vérités, des hypothèses, de l’Unité de Surveillance et d’Epidémiologie
des idées fausses. De la recherche scientifique Nutritionnelle (USEN) de l’Institut National
aux recommandations de Santé Publique », publiée de Veille Sanitaire (InVS-CNAM), à la demandealimentation, nutrition et prévention des cancers, une perspective mondiale : application au contexte français 03
Introduction
La relation entre alimentation et cancer fait l’objet d’un intérêt La présente brochure résulte du travail conjoint du WCRF
ancien qui remonte notamment à la tradition de la médecine International et du réseau NACRe. Elle reprend de nombreux
grecque. Les médecins du début du XXème siècle conseillaient éléments du Rapport d’Experts du WCRF UK et de l’AICR,
déjà à leurs patients d’éviter toute surcharge pondérale qui ont été réactualisés autant que possible. De plus,
et de manger plus d’aliments à base de produits végétaux afin elle intègre des informations récentes et spécifiques
de réduire le risque de cancer. En revanche, la démonstration à la France en matière d’évolution des cancers, de typologie
scientifique est plus récente. Dans leur étude parue en 1981, alimentaire et de politique de santé publique. Ainsi, d’une
The Causes of Cancer, Doll et Peto ont été les premiers part, elle permet de situer la problématique dans le contexte
à analyser les connaissances épidémiologiques mondiales mondial et, d’autre part, elle met en valeur la pertinence
de l’époque sur le cancer et à estimer qu’une proportion de ce rapport pour la France, en soulignant le potentiel de
importante des cancers pourrait être liée à l’alimentation. prévention des recommandations nutritionnelles préconisées.
Plus récemment, à la demande du World Cancer Research Cette brochure a été conçue à l’intention des différents
Fund (WCRF UK) et de l’American Institute for Cancer Research acteurs du domaine alimentation et cancer : chercheurs,
(AICR), un comité d’experts indépendants a effectué l’analyse étudiants, professionnels de santé, consommateurs,
critique et la synthèse du nombre considérable d’études industriels, professionnels de la grande distribution
portant sur la relation alimentation et cancer, réalisées et de la restauration, consultants, journalistes spécialisés,
au cours des vingt années précédentes. Le travail du comité responsables politiques français.
a donné lieu à la publication de son Rapport d’Experts de
670 pages intitulé Food, Nutrition and the Prevention of Nous espérons donc qu’elle trouvera un large public,
Cancer : a global perspective (WCRF UK/AICR, 1997). désireux de mieux comprendre les possibilités de prévention
Les conclusions, concordantes avec celles des ouvrages nutritionnelle des cancers et disposé à œuvrer à l’échelle
du Centre National d’Etudes et de Recommandations individuelle et collective pour son développement en France.
sur la Nutrition et l’Alimentation (CNERNA, 1996) et du
Committee On Medical Aspects of food and nutrition policy Bien cordialement,
(COMA, 1998), explicitent le rôle des facteurs nutritionnels
dans le déterminisme des cancers. Leur rigueur scientifique
en fait les références en la matière, reconnues notamment par
le Haut Comité de la Santé Publique dans son rapport Pour
une politique nutritionnelle de santé publique (HCSP, 2000).
marilyn gentry
Plus qu’une liste exhaustive de résultats de recherches Présidente du réseau mondial du WCRF
épidémiologiques ou biomédicales, le Rapport d’Experts
du WCRF UK et l’AICR constitue le fondement d’une politique
de prévention mondiale du cancer.
De nombreuses études ont vu le jour depuis la parution docteur paule martel
de ce rapport, soulignant le besoin de confirmer et/ou
Coordinatrice du réseau NACRe
de reformuler les hypothèses précédemment posées.
L’identification précise des déterminants nutritionnels
des cancers étant plus que jamais un enjeu majeur de santé
publique, le WCRF International s’est récemment engagé
dans la réactualisation du Rapport d’Experts (avec la création
d’un groupe de travail en méthodologie pour faciliter
l’intégration des données récentes).
de la Direction Générale de la Santé, et a également
été validée par le réseau NACRe.04
Présentation du Rapport d’Experts du WCRF UK et de l’AICR
Food, Nutrition and the Prevention of Cancer : a global perspective
Le Rapport d’Experts Food, Nutrition and the conséquences sur le plan politique de la mise en
Prevention of Cancer : a global perspective a été œuvre mondiale de ces recommandations.
commandé par les directeurs généraux du WCRF
UK et de l’AICR à la demande du conseil d’adminis- En sciences de la vie, comme dans d’autres disci-
tration de ces deux institutions. De nombreuses plines pertinentes pour les politiques publiques,
organisations et de nombreuses personnes ont il n’existe pas de preuve absolue. Aucune étude
soutenu le travail du comité d’experts, n’est suffisante en soi. En revanche, des résultats
que ce soit en tant que collaborateurs, observa- concordants provenant de diverses sources
teurs, conseillers, consultants ou examinateurs. peuvent former une base solide à des recomman-
Le conseil d’administration et le personnel du WCRF dations destinées à améliorer la santé publique.
UK et de l’AICR ont apporté leur soutien financier, La preuve la plus solide indiquant que les aliments
technique, scientifique, éditorial et administratif. et la nutrition modifient le risque de cancers
est issue de l’association de différents types d’en-
quêtes épidémiologiques, elles-mêmes soutenues
par des résultats expérimentaux, ainsi que par
l’identification de voies biologiques plausibles.
Ainsi, dans ce rapport, sont pris en compte :
■ Les différents types d’études épidémiologiques
et autres (études descriptives et écologiques,
études de populations dans le temps, études
de cohortes, études analytiques cas-témoins
menées à un niveau individuel, essais contrôlés
de différents agents et régimes alimentaires
dans des groupes sélectionnés) ;
■ L’évaluation de l’apport énergétique, la masse
Le comité d’experts s’était fixé le cahier corporelle, l’activité physique, les constituants
des charges suivant : alimentaires, les aliments et les boissons ainsi
que les méthodes de traitement des aliments ;
■ Effectuer une série d’études bibliographiques
mettant en relation l’alimentation, la nutrition, ■ Les études expérimentales et les études à court
le traitement des aliments, les habitudes alimen- terme menées chez l’être humain et conçues pour
taires et autres facteurs associés au cancer identifier les mécanismes par lesquels certains
humain, et ce dans le monde entier ; aspects de l’alimentation peuvent affecter le risque
de cancers.
■ Mettre au point une série de recommandations
nutritionnelles et autres adaptées à toutes
Une des contributions originales de ce rapport,
les sociétés et conçues pour limiter le risque
faisant l’unanimité dans la communauté
de cancers chez l’être humain;
scientifique, est le mode de présentation
■ Evaluer le degré de cohérence de ces recomman- de l’évaluation des résultats dans leur globalité.
dations avec celles proposées pour la prévention Il qualifie précisément le lien observé entre chaque
des maladies cardio-vasculaires et d’autres facteur alimentaire (aliment ou constituant)
maladies ; et le risque d’un cancer donné par les termes
« convaincant », « probable », « possible »
■ Tenir compte aussi bien de la faisabilité que des
et « insuffisant » (voir les tableaux pages 13 à 15).
World Cancer Research Fund and American Pour recevoir un exemplaire, contactez
Institute for Cancer Research (WCRF UK/AICR), 1997. le Département Français du WCRF International :
Food, Nutrition and the Prevention of cancer : First Floor, 19 Harley Street, London W1G 9QJ,
a global perspective. 670 pages. Royaume-Uni, émail : info-fr@wcrf.org
ISBN N° 1899533052, 178-FN/F26.alimentation, nutrition et prévention des cancers, une perspective mondiale : application au contexte français 05
Comité d’experts
Walter C. WILLETT MD DrPH
Boston, MA, Etats-Unis W. P. T. JAMES CBE MD
Conseiller scientifique du FRCP FRSE
WCRF UK et de l’AICR Sushma PALMER DSc Aberdeen, Royaume-Uni
T.Colin CAMPBELL PhD Washington DC, Etats-Unis
Ithaca, NY, Etats-Unis A. J. McMICHAEL MBBS
Fred F. KADLUBAR PhD PhD FFPHM
Jefferson, AR, Etats-Unis Londres, Royaume-Uni
Président Lionel A. POIRIER PhD
John D. POTTER MBBS PhD Jefferson, AR, Etats-Unis Kamala KRISHNASWAMY MD
Seattle, WA, Etats-Unis Hyderabad, Inde
Laurence N. KOLONEL MD PhD
Honolulu, Hl, Etats-Unis
Festo P. KAVISHE MD
Phnom Penh, Cambodge
Adolfo CHAVEZ MD MPH Anna FERRO-LUZZI MD
Mexico, Mexique Rome, Italie Junshi CHEN MD
Beijing, Chine
Tomio HIROHATA MD DrSHyg
Fukuoka, Japon
Suminori KONO MD MSc
Fukuoka, Japon
Observateurs Centre International de Recherche sur le Cancer Organisation Mondiale de la Santé
Les représentants suivants des Nations Unies Lyon, France Genève, Suisse
et d’autres agences ont joué le rôle d’observa- Elio RIBOLI MD Elisabet HELSING PhD
teurs. Ils ont assisté aux réunions du comité Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation Mark TSECHKOVSKI MD
d’experts pour apporter leurs commentaires et l’Agriculture, Rome, Italie National Cancer Institute
sur les versions du Rapport d’Experts alors John R. LUPIEN PhD National Institutes of Health
en cours. William D. CLAY Bethesda, MD, Etats-Unis
Valeria MENZA Peter GREENWALD MD DrPH06
Les cancers : incidence et mortalité
L’incidence concerne les nouveaux cas de cancers
apparaissant chaque année dans la population,
alors que la prévalence (non présentée ici)
se réfère à l’ensemble des cas de cancers simul-
tanés dans une population. La mortalité reflète le
nombre de décès dus au cancer. C’est sur l’inci-
dence que les actions de prévention primaire
ont un impact direct.
Les cancers dans le monde sont présentés unique-
ment en termes d’incidence, alors que les cancers
en France le sont à la fois en termes d’incidence
et de mortalité.
Dans le monde les régimes alimentaires, et que le risque de cancers
A certaines exceptions nationales et locales pourrait, dans une large mesure, être diminué.
près, les pays en voie de développement d’Afrique,
d’Amérique latine et d’Asie présentent des taux A l’échelle mondiale, le cancer du poumon,
élevés de cancers de l’estomac, du foie (cancer principalement lié au tabagisme, est désormais
primitif) et du col de l’utérus. Ils présentent égale- le cancer le plus courant. Le cancer de l’estomac
ment des taux relativement élevés de cancers arrive en deuxième position. L’association la plus
des voies aérodigestives supérieures (bouche, forte avec le régime alimentaire a été attribuée au
pharynx, larynx et œsophage). De leur côté, cancer colo-rectal, l’un des principaux cancers des
les pays développés d’Europe, d’Amérique voies digestives. Le cancer du sein est le cancer le
du Nord, d’Australie et d’Asie présentent des plus courant chez la femme, à la fois dans les pays
taux relativement élevés de cancers du côlon développés et dans les zones urbanisées des pays
et du rectum, de cancers du sein, de l’endomètre en voie de développement (voir tableau page 17).
et de la prostate. Ces cancers deviennent de plus
en plus nombreux dans les zones urbaines En France
des pays en voie de développement. Chaque année, environ 240 000 nouveaux
cas de cancer et 143 000 décès par cancers sont
Les taux de cancer peuvent changer de manière enregistrés en France, représentant ainsi 27 %
spectaculaire au cours du temps. Par exemple, pour de la totalité des décès (Francim, 1995). Le cancer
la plupart des populations du monde développé, constitue donc un réel problème de santé publique
le cancer de l’estomac a rapidement décliné ces pour la population française, qui ne peut que
dernières décennies, alors que les taux de cancers s’amplifier dans les années à venir du fait de
du côlon, du sein et de la prostate ont augmenté. son vieillissement4. Cette maladie, située au
De même, les incidences de cancers changent deuxième rang des causes de mortalité après
rapidement dans les pays en voie de développe- les maladies cardio-vasculaires, est aussi la plus
ment à mesure que la population vieillit et que redoutée par 56 % des Français (CFES, 2000).
ces pays deviennent de plus en plus industrialisés
et urbanisés. Ces variations liées au temps, Sont présentées dans cette section les données
aux migrations et à l’urbanisation indiquent que d’incidence et de mortalité, en insistant plus
les taux de cancers sont fortement influencés particulièrement sur les localisations de cancers
par des facteurs environnementaux, notamment les plus fréquentes. Elles sont exprimées
4 : La fréquence des cancers augmente avec l’âge.alimentation, nutrition et prévention des cancers, une perspective mondiale : application au contexte français 07
en données brutes ou en taux standardisés dépasse l’incidence du cancer du poumon chez
sur la population mondiale ou européenne5 pour l’homme (17 000 cas, soit 86 % de la totalité des
gommer l’effet de l’âge et permettre les comparai- cancers pulmonaires chez l’homme et la femme).
sons avec les autres pays du monde ou d’Europe. Globalement, en France, la probabilité pour
un homme ou une femme d’avoir un cancer
■ incidence. L’importance relative des cancers au cours de la vie est estimée respectivement
(données brutes) au sein de la population à environ un sur deux et un sur trois (HCSP, 2000).
française évolue avec le temps. Alors qu’il y a
cinquante ans le cancer de l’estomac était le La figure ci-dessous donne une estimation
plus répandu, les cancers liés au métabolisme du nombre de nouveaux cas de cancers en France
hormonal sont actuellement parmi les plus en 1996 et 2000, standardisés sur la population
nombreux. D’après les estimations du Réseau mondiale (CIRC, 2002). On peut y voir une tendance
français des registres de cancer (Francim) pour à l’augmentation sur cette période pour certains
l’année 1995, le cancer du sein reste le cancer cancers (prostate, sein et côlon-rectum). Ils doivent
le plus fréquent chez la femme (34 000 nouveaux par conséquent faire l’objet de mesures particu-
cas par an) et arrive en première position ; lières en termes de prévention (afin de limiter
le cancer colo-rectal (33 000 cas), un peu plus l’exposition aux facteurs de risques) et de surveil-
fréquent chez l’homme que chez la femme, arrive lance (l’accroissement du nombre de dépistages
en deuxième position ; l’incidence du cancer et l’amélioration de la sensibilité des méthodes
de la prostate (26 000 nouveaux cas par an) employées permettant un diagnostic plus précoce).
Taux d’incidence des cancers /100 000 ajustés sur la population mondiale
Larynx Larynx
10,2 1,2
10,2 0,9
Poumon Poumon
53,4 7,3
53,5 7,4
Bouche et pharynx Bouche et pharynx
34,5 3,9
34,1 3,9
Œsophage Œsophage
11,9 1,3
11,9 1,4
Estomac Estomac
10,6 3,8
11,1 4,5
Côlon-rectum Côlon-rectum
38,9 24,8
39,8 26,8
Foie Foie
9 1,5
9 1,8
Pancréas Pancréas
5,5 2,8
5,6 3
Prostate Sein
52,5 80,4
56,5 83,2
Utérus-col
9,5
10,1
Utérus-corps
9,7
1996 9,6
2000 Ovaire
8,8
9,2
60 40 20 0 0 20 40 60 80
Toutes localisations confondues 1996=226,5 2000=231,7 Toutes localisations confondues 1996=155 2000=161,8
5 : La standardisation par rapport à la population
européenne donne des valeurs plus élevées que la
standardisation par rapport à la population
mondiale.08
Les cancers : incidence et mortalité
est principalement due aux cancers du poumon
(24 000 décès par an), du côlon-rectum (16 000),
des voies aérodigestives supérieures (12 000)
et du sein (11 000).
D’après les Observatoires Régionaux de la Santé,
la mortalité par cancers présente une disparité
inter-régionale : les régions du Nord de la France
ont une surmortalité par rapport à la moyenne
nationale, alors qu’à l’inverse le Sud enregistre
une sous-mortalité.
L’évolution, jusqu’en 1996, des taux de mortalité
standardisés sur la population européenne
Si l’on compare les taux standardisés sur la popu- (exprimés en nombre de décès pour 100 000
lation européenne5, la France se situe au 5ème habitants) montre que la mortalité par cancer
rang pour le cancer de la prostate, alors que du poumon reste très élevée pour les hommes
les pays méditerranéens (notamment l’Italie (70 pour 100 000) et a augmenté pour les femmes
et l’Espagne) ont les taux les plus bas. La France (10 pour 100 000), en raison de la forte incidence
se situe au 3ème rang pour le cancer du sein, et du mauvais pronostic de ce type de cancer.
tandis que les pays méditerranéens ont de En revanche, la mortalité par cancer des voies
nouveau les taux les plus faibles. On ne peut aérodigestives supérieures, ainsi que par cancer
qu’être frappé par la similarité de la répartition de l’estomac, continue à décroître. L’augmentation
géographique de ces deux cancers, qui suggère du cancer du foie, forte entre 1985 et 1990,
l’existence de facteurs étiologiques communs. semble ralentir, tandis que l’incidence du cancer
du pancréas reste stable (12 et 7 pour 100 000,
Pour le cancer du poumon, la France se caractérise pour les hommes et les femmes respectivement).
par un taux global égal à la moyenne européenne. Enfin, la mortalité par cancer du sein augmente
L’incidence chez la femme reste nettement légèrement (29 pour 100 000), malgré les
inférieure au taux masculin, malgré une progres- dépistages précoces et les progrès thérapeu-
sion considérable6. Le taux d’incidence du cancer tiques (la survie à 5 ans atteint 75 %).
colo-rectal, pour les hommes et les femmes,
est un peu plus élevé que celui de la moyenne
européenne. La France se distingue également
avec un taux élevé de cancers de la bouche
et du pharynx, notamment en relation avec
le tabagisme et la consommation d’alcool.
■ mortalité. L’évolution de la mortalité par
cancers en France (données brutes) montre
une tendance à la décroissance, amorcée en 1985.
Cependant, les cancers restent responsables de
près d’un tiers des décès (tous âges confondus)
et la première cause de mortalité prématurée (35 %
des décès avant 65 ans). La mortalité par cancers
6 : Entre 1985 et 1995, pour les femmes de moins de
65 ans, l’incidence des cancers pulmonaires a
augmenté de 56 %, en liaison avec l’augmentation
du tabagisme (Zélicourt et al, Bull Cancer 2001).alimentation, nutrition et prévention des cancers, une perspective mondiale : application au contexte français 09
Alimentation et cancérogenèse
Les cancers sont des maladies multifactorielles ■ la promotion tumorale est une phase assez
Dans le déterminisme des cancers interviennent longue, au cours de laquelle des événements
à la fois des facteurs biologiques individuels non génotoxiques vont favoriser la prolifération
(par ex. prédispositions génétiques à certains de la cellule initiée, qui va alors être à l’origine
cancers, polymorphisme génétique...) et des d’un clone (lésion précancéreuse), puis d’une
facteurs liés aux comportements individuels et tumeur bénigne. De nombreux mécanismes
à l’environnement au sens large (par ex. tabagisme ; « épigénétiques » contrôlant la multiplication
consommation d’alcool ; habitudes alimentaires cellulaire, la mort cellulaire programmée
et nature des aliments/constituants ingérés ; (apoptose) et les communications intercellulaires
sédentarité ; prise de médicaments ; exposition sont impliqués et modulables par des facteurs
à des produits chimiques, au soleil, à des virus...). endogènes (par ex. hormones et facteurs
de croissance) et exogènes (par ex. nutriments,
Dans le cas des cancers familiaux, qui sont médicaments et xénobiotiques). En fait, à partir
minoritaires (moins de 10 % de l’ensemble de la cellule initiale « anormale », un nombre
des cancers), une anomalie génétique est limité de divisions cellulaires successives,
transmise de manière héréditaire. Elle joue alors doublant à chaque fois le nombre de cellules,
un rôle déterminant dans la survenue d’un certain peut suffire à engendrer un nombre considérable
type de cancer en créant une prédisposition. de cellules tumorales, par exemple :
Cela se traduit par un risque élevé, une courte
3 20 divisions successives donnent 1 million
période de développement de la maladie
de cellules (soit 1 mg de tissu) ;
et une survenue précoce (avant 40 ou 50 ans).
3 30 divisions en donneraient 1 milliard
(1 g de tissu).
Pour les autres cancers dits « sporadiques »,
qui sont de loin les plus nombreux, les facteurs ■ la progression tumorale, transition de la
environnementaux et comportementaux évoqués tumeur bénigne (peu agressive et qui reste locali-
plus haut jouent un rôle majeur. Certains facteurs sée) à la tumeur maligne (cancéreuse), consiste en
individuels liés au polymorphisme génétique l’accumulation de nouvelles altérations génétiques
peuvent influencer la susceptibilité des individus dans les cellules tumorales et l’acquisition par ces
aux facteurs environnementaux (par ex. capacité cellules de la capacité à quitter l’organe d’origine
plus ou moins grande à détoxifier les composés et à envahir d’autres organes (vascularisation de la
toxiques absorbés). La fréquence de ces cancers tumeur, invasion des tissus environnants et forma-
augmente fortement avec l’âge. tion de métastases, puis de tumeurs secondaires).
La cancérogenèse est un processus multiphasique La cancérogenèse met en jeu des événements
Grâce aux expériences pratiquées sur les animaux, génétiques et épigénétiques
on sait depuis longtemps que le développement En fait, chez l’être humain, la cancérogenèse
d’un cancer à partir d’un tissu sain peut nécessiter ne se déroule pas toujours selon un schéma
plusieurs décennies et met en jeu plusieurs phases. aussi tranché. Deux ensembles d’événements
se superposent :
■ l’initiation correspond à la première
altération du patrimoine génétique d’une cellule ■ une accumulation d’altérations génétiques
normale (génotoxicité). Si la cellule reste viable irréversibles, transmises de manière héréditaire
et que son ADN7 modifié n’est pas (ou est mal) ou induites par des facteurs environnementaux
réparé, elle donnera naissance, après division génotoxiques ou dues à l’instabilité génétique
cellulaire, à une cellule dite « mutée » (l’altération des cellules tumorales au fur et à mesure
génétique est alors irréversible). de leur transformation ;
7 : L’ADN, abréviation d’acide désoxyribonucléique,
se trouve dans le noyau de la plupart des cellules.
Il contient les instructions propres à l’individu qui
seront transmises d’une génération à l’autre.10
Alimentation et cancérogenèse
■ un ensemble de modulations épigénétiques Les facteurs alimentaires modulent
en partie réversibles, favorables ou défavorables la cancérogenèse de multiples manières
à la cancérogenèse, induites par des facteurs On pense souvent que l’alimentation a un effet
endogènes (hormones, facteurs de croissance...) sur le risque de cancers uniquement dans
ou exogènes (nutriments, xénobiotiques...), qui la mesure où elle peut contenir des substances
interviennent de multiples manières (modification cancérogènes contaminantes. Si des substances
de l’expression de gènes, activation ou inhibition cancérogènes ont pu être identifiées, celles-ci
de protéines régulatrices et d’enzymes…), ne semblent contribuer que pour une faible part
en particulier sur les voies de régulation à l’impact global de l’alimentation sur le risque
de la prolifération et/ou de la mort cellulaire. de cancers. En fait, le rôle des aliments et de la
nutrition dans la modification de la cancérogenèse
La cancérogenèse implique l’activation est beaucoup plus complexe : la présence
de processus favorables au développement ou l’absence dans l’alimentation de facteurs
tumoral et l’affaiblissement de mécanismes protecteurs est, semble-t-il, tout aussi importante.
protecteurs
Au total, la cancérogenèse est la résultante L’alimentation intervient effectivement
d’un ensemble de mécanismes coopératifs à plus d’un titre :
ou antagonistes qui se déroulent à l’échelle
■ Par la nature même et la quantité des aliments
de la cellule, du tissu ou de l’organisme entier.
et constituants qu’elle procure, dont certains
sont modifiés par les traitements culinaires
ou technologiques (voir le tableau page 12) ;
Les mécanismes activateurs et protecteurs
impliqués dans le processus de la cancérogenèse ■ Plus globalement par les habitudes alimentaires,
qui favorisent l’expression des propriétés
biologiques des composés ingérés, et qui induisent
des effets d’autant plus nets que le régime
alimentaire est déséquilibré et monotone ;
■ Par les facteurs associés, comme le poids
corporel et l’activité physique, qui ont des
répercussions sur le devenir de l’organisme.
mécanismes protecteurs
mécanismes activateurs
Détoxication Activation
des substances métabolique
cancérogènes de substances
On sait que la consommation alimentaire
Frein exercé par les pro-cancérogènes d’un individu évolue au cours des différentes
gènes suppresseurs Activation des périodes de la vie, notamment en fonction
de tumeurs gènes oncogènes des besoins nutritionnels, de l’état physiologique
Effets Effets promoteurs et de nombreux paramètres socioculturels. Au-delà
antipromoteurs de tumeurs
du rôle strictement nutritionnel qu’on lui reconnaît,
Immunité Angiogenèse
l’alimentation apporte tout au long de la vie
de l’individu une multitude de composants
qui, selon leurs activités biologiques potentielles,
peuvent intervenir à différentes étapes de la
cancérogenèse. Selon les cas, les effets peuvent
être défavorables (effets génotoxiques ou effets
promoteurs de tumeurs) ou, à l’inverse, favorables
(effets détoxifiants ou antipromoteurs de tumeurs).alimentation, nutrition et prévention des cancers, une perspective mondiale : application au contexte français 11
L’effet d’un composant dépend : cellulaire) qui, dans les phases avancées
de la cancérogenèse, peuvent au contraire
■ De la quantité ingérée (doses nutritionnelles
se révéler favorables à la croissance tumorale.
ou pharmacologiques) ;
■ De sa biodisponibilité (dans l’aliment Glossaire
et dans l’organisme) ;
Détoxication
■ De sa métabolisation par les tissus et la flore Transformation enzymatique (principalement dans le foie
et l’intestin) et élimination des produits toxiques (par voie
intestinale (spécifique à chaque individu) ; urinaire, fécale, pulmonaire et cutanée).
■ Et de ses interactions possibles avec d’autres Gène oncogène
composants (dans l’aliment et dans l’organisme). Gène impliqué dans la régulation du fonctionnement normal
des cellules, dont la modification qualitative (mutation)
ou quantitative (amplification) contribue au caractère
A l’âge adulte, le régime alimentaire peut rester cancéreux de la cellule.
relativement typé et monotone pendant de longues
périodes, condition qui permet aux substances Gène suppresseur de tumeur
Gène qui freine le développement cancéreux lorsqu’il
consommées régulièrement d’exercer pleinement est présent et actif.
leur effet. C’est ainsi qu’un régime déséquilibré
ou trop riche par rapport aux besoins nutritionnels Génotoxique
Substance ou mécanisme qui altère l’ADN des cellules.
peut à la longue augmenter le risque de cancers.
Inversement, un régime riche en fruits et légumes Modulation épigénétique
est non seulement favorable à l’expression Modification de l’expression de gènes ne résultant pas
d’une altération génétique et pouvant toucher en particulier
des propriétés protectrices de leurs composants, des gènes intervenant dans le contrôle de la prolifération
mais il évite l’exposition aux effets délétères ou de la mort cellulaire.
d’autres types de régimes.
Mutation
Modification de la séquence de l’ADN, issue d’une altération
L’impact à long terme de l’alimentation sur génotoxique ou d’une instabilité génétique et pouvant résulter
l’individu sera également fonction de son état en l’activation de gènes oncogènes ou l’inactivation
de gènes suppresseurs de tumeur.
physiologique et de son état de santé. Ainsi,
l’influence de l’alimentation sur le risque de Polymorphisme génétique
cancers diffère selon que l’on s’adresse à des Présence d’au moins deux variantes d’un gène à une fréquence
d’au moins 1 % dans une population donnée.
sujets à risque (sujets aux cancers familiaux,
pour lesquels les facteurs génétiques individuels Pro-cancérogène
sont prépondérants) ou à la population générale. Substance inactive par elle-même qui peut être métabolisée
par des enzymes de l’organisme en un composé
cancérogène.
De plus, diverses études suggèrent qu’un
composant alimentaire donné peut avoir des effets Xénobiotique
Substance étrangère
différents suivant que l’individu est en bonne santé à l’organisme, donc issue
ou qu’il est atteint d’un cancer. Par exemple, de l’environnement au sens
certains micronutriments et microconstituants large (produit chimique,
médicament, contaminant
sont dotés d’activités antioxydantes, qui peuvent ou constituant des aliments),
jouer un rôle protecteur dans les phases précoces qui peut altérer les processus
de la cancérogenèse (effet anti-initiateur). biologiques.
Cependant, ils possèdent d’autres propriétés
biologiques potentielles (inhibition de la mort
cellulaire et stimulation de la prolifération12
Alimentation et cancérogenèse
Composition et transformation des aliments
A prendre en compte dans les études portant sur le lien entre
alimentation et cancer et dans l’interprétation des résultats
Aliments et boissons Constituants alimentaires Transformation des aliments
Au sein des aliments d’origine végétale, Les macronutriments correspondent aux glucides, La transformation des aliments peut modifier
il faut distinguer les céréales, les légumes lipides et protéines. Parmi les glucides, il faut leurs effets biologiques et leur impact sur
secs (légumineuses), les légumes-racines, distinguer les amidons, les sucres et les fibres. la cancérogenèse.
les tubercules, les fruits et légumes, les noix Sur la base de leurs propriétés physicochimiques, Les pratiques traditionnelles de stockage,
et les graines. Les herbes et épices, certaines les fibres sont généralement classées en fibres comme le salage, le saumurage, la fumaison
boissons (boissons alcoolisées, café et thé), solubles (pectines, gommes, mucilages…) et fibres ou autres traitements sont encore utilisées dans
l’importance éventuelle des céréales complètes insolubles (cellulose et lignine). Il faut également de nombreuses parties du monde pour conserver
et l’alimentation des végétariens sont également faire la distinction entre les nombreux types les aliments de base. Dans les pays industrialisés,
à prendre en considération. de lipides (saturés, mono- ou poly-insaturés). où la réfrigération et les technologies récentes
Les aliments d’origine animale comprennent Les micronutriments (minéraux et vitamines) sont largement répandues, les modes
la viande, la volaille, le poisson (coquillages apportés en petite quantité ont des effets de conservation traditionnels sont liés
et crustacés), les œufs, le lait et les produits biologiques importants, ainsi que les micro- à des préoccupations gustatives.
laitiers. constituants bioactifs (comme les polyphénols, Les modes de cuisson, quant à eux, varient
présents dans les aliments d’origine végétale) selon les régions : la viande et le poisson peuvent
qui ne sont généralement pas classés dans être, entre autres, cuits à l’eau ou à l’huile,
la catégorie des micronutriments. à une chaleur variable ou directement exposés
Par ailleurs, il faut prendre en compte l’apport à la flamme. Une cuisson excessive à haute
calorique, les paramètres qui dépendent en partie température ou au barbecue (contact direct
de l’équilibre énergétique (croissance, âge avec la flamme) expose l’individu à la présence
des premières menstruations, taille et masse d’hydrocarbures aromatiques polycycliques
corporelle) et les paramètres associés, tels que et d’amines hétérocycliques. Aussi doit-elle
l’activité physique, qui ont des répercussions sur être prise en considération.
le métabolisme et la corpulence.alimentation, nutrition et prévention des cancers, une perspective mondiale : application au contexte français 13
Aliments, nutrition et risque de cancers : présentation synthétique des résultats
Cette section résume, à l’aide des tableaux pages Signification des qualificatifs
14 et 15, les conclusions que le comité d’experts ■ « convaincant » : Les études épidémiologiques
du WCRF UK et de l’AICR a publiées en 1997. montrent des associations cohérentes et avec peu
Les auteurs de la présente brochure ont voulu de contradictions. Les études sont nombreuses
prendre en compte les résultats récents (au moins 20) et incluent des études prospectives,
(NACRe, 2002) (CIRC, 1998) susceptibles d’influer ainsi que des études conduites dans différents
sur la qualification des conclusions énoncées groupes de populations et contrôlant les
à l’époque. Les cases dans lesquelles figurent facteurs de confusion possibles. Les données
un cercle en pointillé indiquent une requalification de consommation concernent la période précédant
des preuves, telle que suggérée par le réseau l’apparition du cancer. Les associations sont
NACRe (qu’il s’agisse d’une révision à la hausse assorties d’hypothèses biologiques (plausibilité
ou à la baisse). Sont également mentionnés biologique) et confirmées par les études
en italique, que ce soit dans le tableau ou dans expérimentales.
les annotations, les précisions et ajouts d’infor-
mations apportés par les auteurs. ■ « probable » : Les études épidémiologiques
sont moins cohérentes ou en nombre insuffisant
Les tableaux résument les évaluations relatives aux pour conclure définitivement. Les études
constituants alimentaires, aux aliments et boissons mécanistiques sont globalement en accord.
et au traitement des aliments en regard du risque
de cancers. Les colonnes indiquent les différences ■ « possible » : Les études sont en général
topographiques du cancer. La page 14 concerne les en faveur de l’hypothèse, mais limitées en nombre
éléments du régime alimentaire qui sont liés à une ou en qualité. Elles ne sont pas toujours
diminution du risque de cancers, tandis que la confortées par les études expérimentales.
page 15 illustre ceux qui sont associés à une
augmentation du risque. La solidité des preuves est ■ « insuffisant » : Très peu d’études
représentée par différentes nuances de couleurs. suggèrent une relation possible. Des études
conçues spécialement pour tester l’hypothèse
Légende : sont nécessaires.
Décroît le risque
Les données considérées comme « insuffisantes »
par le comité d’experts, ainsi que celles montrant
Convaincant Probable Possible
une absence de relation avec le risque de cancers,
Accroît le risque ne figurent pas dans les tableaux.
Convaincant Probable Possible
Le tabac accroît le risque
iii ii i
Très fortement Fortement Modérément
Requalification des preuves (hausse ou baisse) par le réseau NACRe
7
Informations apportées par le réseau NACRe
En italique (tableaux et annotations)14
Diminution du risque de cancers pour des aliments et constituants
alimentaires à doses nutritionnelles* et pour d’autres facteurs associés
Légumes
7 77 7
Fruits
7 7 77 7
Caroténoïdes
alimentaires a 777 7 77 lycopène
Vitamine C
alimentaire
Vitamine E vit. E
7
alimentaire
+
Minéraux
alimentaires sélénium
7
calcium
7
sélénium iode b
Céréales c non
(complètes) raffinées
Fibres d
Thé vert
7
Activité physique e
Réfrigération f
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Bo
* Il s’agit d’apports à doses nutritionnelles b : Dans le cas de la thyroïde, une augmentation du 12). Certaines d’entre elles peuvent être fermentées
prévenant les déficiences : les supplémentations risque de cancers est probable pour une carence en par la flore intestinale. Le devenir des fibres dans
à fortes doses sont susceptibles d’induire iode et possible pour un apport excessif en iode. le côlon humain conditionne leurs effets physio-
une augmentation du risque (cf. a-). logiques, notamment vis-à-vis du cancer.
c : L’augmentation possible du risque de cancers
a : La révision à la baisse des données concernant de l’œsophage, liée à une alimentation riche e : S’appliquait seulement au côlon en 1997.
les caroténoïdes tient compte des études en céréales complètes, est vraisemblablement indi- f : Bien évidemment, l’effet de la réfrigération est
d’intervention récentes, dont la majorité montrent recte (absence de microconstituants protecteurs indirect mais important à signaler dans le contexte
une absence d’effet protecteur des caroténoïdes et/ou contamination par des mycotoxines). mondial : il existe une corrélation inverse entre
et certaines une augmentation du risque dans l’usage de la réfrigération (qui permet un apport
d : Le terme « fibres » recouvre un ensemble
des conditions particulières (par ex. administration de produits frais toute l’année) et le recours à la
hétérogène de glucides complexes non digestibles
à des doses élevées ou population de fumeurs conservation des aliments par salaison et fumaison.
par le système digestif humain (voir tableau page
présentant un risque élevé de cancer pulmonaire).alimentation, nutrition et prévention des cancers, une perspective mondiale : application au contexte français 15
Augmentation du risque de cancers pour des aliments et constituants
consommés en excès et pour d’autres facteurs associés
Alcool
poisson
Sel et salaisons salé a
Charcuteries b
Œufs
Cuisson à température
excessive au barbecue,
au grill ou à la flamme c
Graisses animales saturées
totales et saturées
Cholesterol
Lait et
produits laitiers
Farine de blé
raffinée et dérivés d 7
Sucre
Café
Excès calorique par
rapport aux besoins
nutritionnels
Obésité e
Autres paramètres f
anthropométriques
Maté chaud g
Aflatoxines h
Tabagisme i iii ii iii iii iii 7
i 7
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i i 7
i ii 7
7 ii
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a : Nitrosamines néoformées au cours de la conser- d : Aliments à base de farine raffinée (par opposition qui se développent sur des aliments (céréales,
vation du poisson. aux céréales complètes) et à fort index glycémique, oléagineux et fruits secs) stockés dans des condi-
b : Initialement dans cette colonne figurait pouvant agir via une résistance à l’insuline. tions d’humidité et de température non contrôlées.
la mention « viandes ». Récemment, des études e : En post-ménopause. Les toxines produites contaminent l’aliment
plus fines ont fait apparaître une absence d’effet et sont cancérogènes chez l’être humain (voir
f : Croissance rapide pendant l’enfance les possibilités de prévention des cancers du foie
des viandes prises globalement et suggèrent et/ou grande taille à l’âge adulte.
davantage un effet des viandes faisant l’objet de et la recommandation 10, page 24).
procédés technologiques, comme les charcuteries. g : Maté : infusion de feuilles de maté, consommée i : Bien que n’étant pas un facteur alimentaire,
très chaude comme du thé en Amérique du Sud le tabagisme est mentionné dans le tableau
c : Voir le tableau page 12 « Composition et trans- (important à signaler dans le contexte mondial).
formation des aliments » et le commentaire car il augmente fortement le risque de nombreux
de la recommandation 13, page 25. h : Les aflatoxines sont des mycotoxines produites cancers. Les données ont été réévaluées en 2002
par des moisissures de l’espèce Aspergillus, (CIRC, 2002).16
Les possibilités de prévention par type de cancer
■ poumon. La cause majeure du cancer
du poumon est le tabagisme.
Toutefois, les experts estiment que des régimes
riches en fruits et légumes, instaurés très
précocement dans la vie, pourraient prévenir
environ 20 à 30 % des cas de cancer du poumon
chez les fumeurs comme chez les non-fumeurs.
■ estomac. L’infection à l’Helicobacter Pylori
est une cause non alimentaire possible de cancer
de l’estomac, mais la persistance de cette infection
et son rôle dans la cancérogenèse pourraient
être modifiés par des facteurs alimentaires.
Une alimentation riche en fruits et légumes protège
Il est admis de manière consensuelle qu’il est de ce cancer. En revanche, une consommation
possible de réduire fortement les risques importante de sel et d’aliments conservés
de cancer. Les moyens de prévention les plus par salaison ou fumaison augmente probablement
efficaces consistent à ne pas fumer, à pratiquer le risque.
une activité physique régulière, à adopter Ainsi, un régime alimentaire riche en fruits
une alimentation respectant les recommandations et légumes, l’utilisation de la congélation
nutritionnelles du WCRF International et à limiter
l’exposition à des agents cancérogènes présents
sur le lieu de travail ou dans l’environnement.
Projection mondiale
Les éléments de preuve actuels (synthèse Le comité d’experts a évalué dans quelle mesure des cancers
du comité d’experts du WCRF UK et de l’AICR, spécifiques peuvent être prévenus par des facteurs alimen-
taires et autres facteurs associés, comme le poids corporel et
réactualisée par le réseau NACRe), montrant l’activité physique. Les chiffres proposés correspondent aux
que les régimes alimentaires riches en fruits connaissances scientifiques disponibles en 1997 et sont
et/ou en légumes protègent des cancers de estimés selon une hypothèse basse et une hypothèse élevée.
Ils prennent en compte les facteurs de risque non alimentaires
la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage, reconnus, plus particulièrement le tabagisme, ainsi que
du poumon, de l’estomac, du pancréas, du côlon certaines infections et expositions professionnelles à des
et du rectum et de la vessie, sont particulièrement agents cancérogènes. Les cinq types de cancers les plus
fréquents dans le monde sont les cancers du poumon, de
convaincants. A long terme, la mise en œuvre de l’estomac, du sein, du côlon-rectum, de la bouche et du
la recommandation correspondante, c’est-à-dire la pharynx. On peut identifier trois niveaux possibles de préven-
consommation d’au moins 400 g par jour de fruits tion alimentaire selon les cancers :
et légumes variés, pourrait, à elle seule, diminuer ■ faible
jusqu’à 20 % l’incidence globale du cancer. par exemple : ovaire, col de l’utérus, thyroïde
■ moyen
Le tableau ci-contre donne une estimation par exemple : bouche et pharynx, sein, pancréas
■
de la réduction du risque de cancers qui pourrait important
par exemple : côlon-rectum, estomac, œsophage
être obtenue grâce à une alimentation appropriée.
A titre d’exemple, les cancers les plus courants Tous sites confondus, la réduction globale de l’in-
dans le monde sont commentés ci-après. cidence de cancers, escomptée par une préven-
tion alimentaire, se situe entre 30 et 40 %.
a : Noix de bétel (poivrier grimpant) mastiquée par c : Bactérie.
les hommes et les femmes en Inde. d : Récemment, des études plus fines ont fait appa-
b : Modification anatomopathologique de raître une absence d’effet des viandes prises globa-
l’œsophage, observée chez certaines personnes lement. Elles suggèrent davantage un effet des
présentant des reflux gastriques. viandes faisant l’objet de procédés technologiques,
comme les charcuteries.Vous pouvez aussi lire