CAUSES COMMUNES - LGBTIQ+ - PS Ville de Genève
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2 ÉDITORIAL
ÉDITORIAL
RENVERSONS
LA MAJORITÉ
SYLVAIN THÉVOZ,
CO-PRÉSIDENT PSVG
Le renforcement de la visibilité sécutant les homosexuel-le-s, ne tombent dement entaché de sexisme et d’homopho-
pas dans l’oubli. Nous aussi, à notre échelle, bie. Notre mission est de renouveler ces
des personnes et expressions nous devons continuer à faire l’histoire. champs de fond en comble.
lesbiennes, gays, bisexuelles,
trans*, intersexes, queer et Nous avons désiré prolonger ce moment de Rendez-vous le 20 octobre
la Pride dans Causes communes. Notre par-
non binaires (LGBTIQ+), ainsi ti est un soutien fondamental et historique Nous avons une occasion en or de le faire
que la défense des droits de de la défense des droits LGBTIQ+. Mais cet automne à l’occasion des élections
nous avons encore un immense travail à fédérales. Notre slogan : Renverse la majo-
toute personne subissant des faire, à l’intérieur comme à l’extérieur de rité est une évidence, et il inclut celui de
discriminations en raison de notre parti. Rien n’est acquis. Tout comme la Pride : Make history, tant la majorité ré-
la société, nous devons continuer à évoluer
son orientation sexuelle et trograde présente depuis trop longtemps
politiquement, et renforcer les actions à Berne empêche la Suisse d’avancer et
affective, son identité de genre pour la défense des droits de toutes les l’isole dans des combats médiévaux. C’est
ou expression de genre passe minorités, ainsi que nos interactions quoti- une lutte de 50 ans et plus que nous de-
diennes avec les associations luttant pour vons remporter cet automne.
par un important changement ces droits, afin d’en être le prolongement
sociétal et politique. et les relais parlementaires. Ce numéro est l’occasion de rendre hom-
mage à celles et ceux qui mènent ces com-
La semaine de la Pride et la Marche des Changement d’époque et de majorité bats pour les droits LGBTIQ+ depuis tou-
fiertés au mois de juillet ont marqué Ge- jours. Mention spéciale à Liliane Maury
nève. Cette semaine fut un événement Au final, sans votes gagnants, sans droits Pasquier et Manuel Tornare qui, arrivés au
historique pour les droits LGBTIQ+, une inscrits dans la loi, sans budgets progres- bout de leurs mandats, quitteront la Berne
caisse de résonance fondamentale pour sistes, nous resterons soumis aux injus- fédérale cet automne, en ayant ouvert des
ses revendications. Nous sommes fier-e-s tices des majorités rétrogrades. L’initiative brèches dans l’intolérance ; mention aussi
d’avoir milité, marché, échangé ensemble à parlementaire de Mathias Reynard visant à Sandrine Salerno, pionnière en Suisse
cette occasion. à pénaliser les propos homophobes en d’une politique publique de défense des
est un bon exemple. Le référendum lancé LGBTIQ+.
Faisons l’histoire par l’Union Démocratique Fédérale (UDF)
contre celui-ci, une illustration que rien Les élections fédérales de cet automne
« Make History » était le slogan de la Pride. n’est encore gagné. seront cruciales pour le renforcement
Il s’agit bien de continuer à écrire l’histoire, des droits LGBTIQ+. Nous serons au ren-
à valoriser et à transmettre les mémoires Nos structures sont encore largement dez-vous pour renverser la majorité et les
LGBTIQ+, afin que des événements tels que binaires, notre compréhension sociale homophobes et rétrogrades du Parlement.
les émeutes de Stonewall, il y a 50 ans, pre- toujours marquée par la domination mas- Au plaisir de pouvoir compter également
mier exemple de luttes LGBTIQ+ contre un culine et notre langage insuffisamment sur toi pour y parvenir. Rendez-vous le
système soutenu par les autorités et per- inclusif. Notre univers politique reste lour- 20 octobre !
CAUSES Coordination rédactionnelle : Sylvain Thévoz.
Comité rédactionnel : Olivia Bessat, Jorge Gajardo, Ulrich Jotterand.
COMMUNES Ont collaboré à ce numéro : Olga Baranova, Christian Dandrès, Ricardo Do Rego, Matthias
TRIMESTRIEL ÉDITÉ PAR LE PARTI SOCIALISTE DE LA VILLE DE GENÈVE Erhardt, Diego Esteban, Laurence Fehlmann Rielle, Aurélie Friedli, Olivier Gurtner, Sap-
15, rue des Voisins phire Jerel, Matthieu Jotterand, Sami Kanaan, Christina Kitsos, Lisa Mazzone, Mathias
1205 Genève Reynard, Romain de Sainte Marie, Sandrine Salerno, Lydia Schneider Hausser, Carlo
www.ps-geneve.ch Sommaruga, Manuel Tornare, Thomas Wenger.
lea.winter@ps-geneve.ch
Photographies : Eric Roset.
Un journal 100% pensé, conçu et réalisé à Genève !
Envie de soutenir le Causes Communes : abonnez-vous ! Graphisme, maquette et mise en page : Atelier supercocotte.
Envoyez vos coordonnées à psvg@ps-geneve.ch Impression : Imprimerie Nationale, Genève.
Finance d’inscription : 20.-/année
CCP : 12-12713-8 Tirage : 3000 exemplaires sur papier recyclé.3
LA (RE-)DÉCOUVERTE DE
L’ARC-EN-CIEL
SAMI KANAAN,
CONSEILLER ADMINISTRATIF
La Marche des fiertés à Ge- Le sport organisé est en effet tourné prin- besoins et des revendications bien légi-
cipalement vers la compétition et le culte times, que la Ville tente (longtemps seule
nève a été pour moi l’occasion du corps selon des définitions classiques et face aux autorités supérieures) de soute-
d’appréhender plus concrè- rigides, ce qui rend difficile la compréhen- nir depuis de nombreuses années. Mais
sion d’une société ouverte et fluide, basée me retrouver au sein de cette mobilisa-
tement toutes les facettes
sur une multiplicité et une porosité des tion, d’être au cœur d’une mosaïque illus-
très riches et variées d’une identités. trant à elle seule cette diversité, de sentir
mobilisation populaire qui la force qui permet à tou-te-s d’oser sortir
Début juillet, en amont de la Marche des et s’affirmer m’a profondément touché, et
veut dépasser les frontières fiertés du 7 juillet, a eu lieu une belle se- m’a rappelé combien le fait d’agir ensemble
des différentes causes qu’elle maine de mobilisation, de réflexion et de permet de faire bouger les choses.
partage sur ces questions, qui ne sont en
représente.
rien définitives et arrêtées. Comme évo- C’est la philosophe Hannah Arendt qui défi-
qué, je tenais à participer à la Marche des nissait la politique non pas comme quelque
Bien entendu, je connaissais déjà les pro-
fiertés, aussi bien comme citoyen et habi- chose d’exclusif, comme la lutte contre
blématiques – très diversifiées, car ce sont
tant de cette ville qu’en tant que Conseil- d’autres, mais au contraire comme la capa-
autant de situations différentes et à des
ler administratif. Il me semblait naturel et cité à agir ensemble, à se réunir, à se fédé-
stades différents de reconnaissance – aux-
indispensable de montrer l’adhésion pleine rer pour parvenir à une action concrète
quelles font face les personnes LGBTIQ+.
et entière de la Ville de Genève, de rappe- et durable. La Marche des fiertés est un
Dans mon action à la tête du Département
ler le signal d’ouverture et de soutien de magnifique exemple d’action politique et
de la culture et du sport, j’ai d’ailleurs initié
la deuxième ville de Suisse, en compagnie je suis convaincu qu’elle changera dura-
plusieurs actions de sensibilisation, dont
de ma collègue Maire, Sandrine Salerno, blement le monde, ici à Genève, et ailleurs.
deux campagnes contre les discriminations
qui chapeaute le Service Agenda 21 Ville Un très grand merci aux organisateurs et
dans le sport. Un milieu qui, par sa struc-
durable, directement engagé au quotidien organisatrices !
turation, ses traditions et ses objectifs, ne
dans cette cause, aux côtés des nombreux
constitue pas le terreau le plus bienveil-
partenaires associatifs.
lant à l’accueil de ces situations. On l’a vu
récemment avec le traitement inhumain
Cette Marche a été la démonstration étin-
du « cas » de la sprinteuse sud-africaine
celante qu’il ne faut rien lâcher quand on
Caster Semenya notamment, sans oublier
défend une cause juste. Les « minorités »
les nombreuses expressions de discrimi-
LGBTIQ+ se sont tout à coup retrouvées
nations homo et transphobes, comme la
à réunir une majorité bigarrée, festive et
situation tragique de Thierry Essamba
néanmoins radicalement engagée, donnant
exclu par la fédération d’athlétisme came-
une visibilité inédite et offrant à chacune et
rounaise sur la base d’une suspicion de son
chacun, la possibilité de s’affirmer comme
orientation sexuelle. Un athlète défendu
il / elle / ielle le souhaite dans son identité
par Maître Saskia Ditisheim, dans le cadre
de genre et son orientation.
d’Avocats sans frontières, grâce à qui il a
néanmoins pu venir et participer au mee-
J’avais déjà auparavant bien conscience
ting AtletiCAGenève en juin, et ainsi porter
des luttes existantes dans le domaine, des
un message fort dans le milieu sportif.4
L’ENGAGEMENT DE
LA VILLE
SANDRINE SALERNO,
CONSEILLÈRE ADMINISTRATIVE
La Ville de Genève s’engage pionnière en créant le premier poste dédié tissé avec le monde associatif, qui permet
aux questions LGBTIQ+ au sein d’une à la Ville de Genève d’être au plus près des
contre les discriminations administration communale. Ce poste a besoins du terrain.
liées à l’orientation sexuelle permis de renforcer et de systématiser
et à l’identité de genre. Au- l’action municipale, qui se déploie désor- Employeuse exemplaire
mais sur plusieurs fronts simultanément.
jourd’hui encore, être homo- En parallèle, la Ville a pris ses responsabili-
sexuel-le ou transgenre en Sensibilisation citoyenne tés d’employeuse en formant son person-
nel aux questions LGBTIQ+ et en faisant
Suisse reste difficile. Dans le Depuis 2013, la Ville de Genève propose évoluer ses pratiques RH pour les rendre
cadre scolaire, professionnel chaque année une campagne à l’occa- plus inclusives. Cette année, pour la pre-
ou familial, lors d’activités sion de la Journée internationale de lutte mière fois, le groupe du personnel LGB-
contre l’homophobie et la transphobie du TIQ+ et allié-e-s de l’administration muni-
sportives et de loisirs, dans 17 mai, afin de sensibiliser le grand public cipale a défilé à la Marche des fiertés sous
la rue ou sur Internet, les aux questions d’homophobie et de trans- les couleurs municipales. C’était une belle
phobie, de susciter le débat et de mettre occasion pour la Ville de rappeler qu’elle
personnes lesbiennes, gays, en lumière le travail et les ressources asso- soutient et accompagne, au quotidien, son
bisexuelles, transgenres, inter- ciatives. Ces dernières années, des ques- personnel LGBTIQ+.
sexes et queer doivent faire tions aussi importantes que la violence à
l’encontre des personnes LGBTIQ+, les in- Participation aux réseaux internatio-
face aux violences verbales et sultes et les discriminations qui touchent naux
physiques, aux mises à l’écart les jeunes LGBTIQ+ ou encore les difficul-
tés rencontrées par les personnes LGB- Enfin, pour échanger des bonnes pra-
et au mépris. Les préjugés TIQ+ sur leur lieu de travail ont été abor- tiques, mettre en commun des réflexions
ont la peau dure et les dé- dées. D’autres actions ont également lieu ainsi que des pistes d’action, la Ville de
construire demande non seule- en parallèle, comme des soirées théma- Genève participe à des réseaux de villes eu-
tiques dans le cadre de CinéTransat ou du ropéennes (elle est membre du réseau des
ment de l’énergie, mais égale- Festival international de film et Forum sur Rainbow Cities depuis 2015), collabore avec
ment de la persévérance. C’est les droits humains ( FIFDH ). des villes suisses ( notamment Zürich qui a
consciente de cette réalité que intégré en 2013 les questions LGBTIQ+ aux
Soutien aux associations missions de son Bureau de l’égalité ), avec le
la Ville de Genève s’engage canton de Genève, ainsi qu’avec la Genève
avec conviction depuis 2007 Genève bénéficie d’un très riche tissu as- internationale ( ILGA et OHCHR ).1
sociatif en matière de défense des droits
contre les discriminations LGBTIQ+. La Ville soutient ces associa- Toutes ces actions visent un objectif clair :
liées à l’orientation sexuelle et tions au niveau financier et logistique, ainsi faire de Genève une ville plus ouverte, plus
qu’en matière de suivi de projets. Depuis juste, et, de fait, plus durable. Nous y tra-
à l’identité de genre, et pour
2012, plus de 30 projets ont ainsi été ac- vaillons au quotidien, avec détermination.
un meilleur accueil des per- compagnés, tels que les Assises de la diver-
sonnes LGBTIQ+. sité au travail, la Conférence nationale des
Familles Arc-en-ciel à Genève ou encore le 1. ILGA : Association internationale des personnes les-
lancement du centre d’accueil d’urgence biennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes. OHCHR :
En septembre 2012, sous mon impulsion Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations
et en réponse aux demandes des associa- pour jeunes LGBTIQ+ Le Refuge Genève. Unies.
tions, la Ville de Genève a fait figure de Au fil des ans, un véritable partenariat s’est5
GENÈVE, AU CŒUR DES
DROITS LGBTIQ+
CHRISTINA KITSOS,
CANDIDATE AU CONSEIL ADMINISTRATIF
Le Parlement fédéral a décidé, Nous devons dès aujourd’hui nous unir mosexualité comme une maladie. Quant au
pour combattre ce référendum et soute- mariage pour toutes et tous, la Suisse a du
lors de sa session d’hiver 2018, nir la révision de la norme pénale antira- chemin à faire pour parvenir à la hauteur
d’étendre la norme antiraciste ciste dans le but d’y intégrer l’orientation de la plupart des décisions de ses voisins.
sexuelle. Nous voterons à ce sujet en fé-
du Code pénal à la discrimina-
vrier 2020. Sous le prétexte fallacieux de Ville et canton ensemble
tion fondée sur l’orientation combattre une soi-disant censure, les op-
sexuelle au même titre que le posant-e-s à cette révision font croire que Notre canton a entrepris plusieurs cam-
l’homophobie serait une simple opinion pagnes de prévention sur les thématiques
racisme ou l’antisémitisme. à considérer, voire un obstacle à la liberté LGBTIQ+ dans les écoles et dans les rues
C’est un socialiste valaisan d’expression. Soutenu dans sa récolte de grâce à l’engagement très fort de la Ville de
paraphes par les Jeunes UDC et le groupe Genève. La Pride de juillet 2019 a rencon-
qui a porté ce juste combat
de travail Jeunesse et famille, l’Union dé- tré un succès considérable à Genève. Un
en faveur des citoyennes et mocratique fédérale ( UDF ) met dangereu- symbole réjouissant. Je souhaite que notre
citoyens LGBTIQ+: le Conseil- sement en cause les droits fondamentaux ville continue d’apporter sa pierre à cet
de citoyennes et citoyens de notre pays. édifice du progrès des droits humains. Ge-
ler national Mathias Reynard. nève, ville internationale, se doit de mon-
L’enjeu de ce combat est cru- Voter sur cet objet constitue déjà un gros trer l’exemple, de donner de la voix dans
problème, une forme de déni de notre ce combat humaniste crucial. Je m’inscris
cial et concerne notre canton.
propre Constitution fédérale. L’ONU, lors résolument dans ce sillage en faveur d’une
de son examen périodique, et la Commis- véritable égalité des droits entre toutes et
Violences contre les LGBTIQ+
sion européenne contre le racisme et l’in- tous sans aucune discrimination. La pro-
tolérance ( ECRI ) avaient déjà interpellé la tection de l’intégrité de la population LGB-
Chaque jour dans la rue ou au travail, dans
Suisse au sujet de cette omission persis- TIQ+ est l’affaire de chaque citoyenne et
les salles de sport, les stades, le mépris des
tante d’une égalité de traitement au niveau de chaque citoyen. La défense de la dignité
populations LGBTIQ+ s’exprime sous des
de la justice de notre pays et qui semblait humaine est une et indivisible. Ville de paix,
formes multiples et inquiétantes. Genève
enfin surmontée. Hélas, cette votation ville des droits humains, Genève doit être à
a connu des épisodes de très grandes vio-
stoppe ce progrès nécessaire. Un vrai scan- l’avant-garde de ce combat.
lences physiques contre des jeunes homo-
dale qu’il s’agit de repousser par un vote
sexuel-le-s ces dernières années. Cette
massif en faveur des droits de la commu-
banalisation des violences verbales et phy-
nauté LGBTIQ+. Il s’agira aussi de voter
siques a des conséquences dramatiques :
massivement pour contrer le message
les jeunes LGBTIQ+ vivent encore dans la
désastreux au plan pratique et symbolique
peur au 21e siècle. Les conséquences sur
véhiculé par cette votation de février : le
leur santé sont désastreuses comme en
droit d’insulter ou de marginaliser des
attestent plusieurs études concordantes.
homosexuel-le-s. Ce n’est pas une option
Avant l’âge de 20 ans, un jeune trans sur
dans une démocratie digne de ce nom.
deux fait une tentative de suicide. Pour les
homosexuel-le-s, le risque d’une tentative
de suicide est 2 à 5 fois plus élevé comparé Pas de tolérance pour l’intolérance
à l’ensemble de la population.
À cette votation très préoccupante s’ajoute
la frilosité des autorités fédérales sur plu-
Un référendum à combattre
sieurs objets : les thérapies de conversion
sont en voie d’être interdites dans plu-
Les populations LGBTIQ+ sont aujourd’hui
sieurs pays. La Suisse les tolère encore. Il
visées par un référendum qui serait une
est temps que notre pays réprime cette
prime au désespoir et à la marginalisation.
scandaleuse manière de considérer l’ho-6
DIALOGAI
ET LES FRÈRES LUMIÈRE
OLGA BARANOVA,
PROGRAMMATRICE DU CINÉCLUB DE DIALOGAI,
ANCIENNE CONSEILLÈRE MUNICIPALE SOCIALISTE EN VILLE DE GENÈVE
Le cinéclub de Dialogai, un le cinéma gay garde jusqu’à présent une cinéma joue un rôle de facilitateur : il donne
liberté dans le traitement des sujets socié- à la fois un prétexte pour l’échange tout
lieu de socialisation autour taux, une liberté qui constitue une source comme il enlève la gêne au silence, mettant
de l’amour du cinéma gay. d’inspiration pour l’ensemble du cinéma sur pied d’égalité ceux qui viennent avec
indépendant. des amis et ceux qui viennent seuls. Outre
Depuis deux ans, j’ai le plai-
Longtemps un phénomène majoritaire- les habitués, de nombreuses personnes
sir de partager ma passion ment blanc et occidental, le cinéma gay arrivées récemment sur le territoire suisse
pour le cinéma gay dans le se diversifie progressivement ces der- ou genevois profitent de cette offre pour
nières années, faisant émerger à la fois faire leurs premiers pas au sein de la com-
cadre de la nouvelle édition du des productions africaines et sud-améri- munauté gay locale. La structure légère
cinéclub de Dialogai Genève. caines ainsi que des films qui thématisent et bénévole, basée sur l’enthousiasme de
l’homosexualité au sein des diasporas non l’équipe, facilite les échanges. Le cinéclub
Institution historique de la
blanches ( on pense au succès récent du est ainsi l’exemple d’une activité associa-
plus grande association gay sud-africain Inxeba de John Trengove tive qui crée le pont entre les cahiers des
de Suisse romande, le cinéclub [2017], à l’Oscar du meilleur film Moonlight charges hautement techniques des orga-
de Barry Jenkins [2016] ou encore au très nisations conventionnées et les besoins en
offre aujourd’hui un espace de touchant Mi último round de Julio Jor- activités associatives. J’ai l’espoir qu’il par-
socialisation gay « bas seuil ». quera [2012], une coproduction chilienne ticipe ainsi au renouveau associatif com-
et argentine ). Par ailleurs, le cinéma gay munautaire dans un esprit d’enthousiasme
Au même titre que les autres
existe depuis bien plus longtemps que la vi- et d’engagement.
activités communautaires sibilité de l’homosexualité dans les médias
proposées par Dialogai, le de masse ou dans l’espace public. Rappe-
lez-vous du grand classique du cinéma Un Nouveau cycle de projection « Vive les
cinéclub participe à la créa- chant d’amour de Jean Genet, tourné en mariés » du 10 octobre 2019 au 6 février
tion de lieux d’échange et de 1950 ! Le cinéma gay joue depuis toujours 2020.
un rôle primordial dans le développement
rencontre non-commerciaux
de la mémoire collective de la communau- Programme :
au cœur d’une communauté en té, tout en en dessinant les contours des www.dialogai.org/services/cineclub
pleine mutation. évolutions futures.
Partager l’amour du cinéma gay Le cinéma comme « prétexte »
Le cinéma gay est bien plus qu’un cinéma Bien que le ciné-club de Dialogai fête
de niche, il est le miroir de l’évolution de l’amour du cinéma gay, les projections ne
la société, des luttes passées et présentes sont qu’un prétexte pour créer un espace
pour la libération gay, des bouleverse- de rencontre et d’échange gay, permet-
ments comme les ravages du SIDA ou la tant à un public très hétéroclite de se re-
récente avancée du mariage pour toutes trouver dans un contexte à la fois familial
et tous dans de nombreux pays. Souvent et non contraignant. Le cinéclub s’inscrit
confiné aux productions low budget à ainsi dans la logique de développement
quelques notables exceptions près ( Phi- des activités communautaires de Dialogai
ladelphia de Jonathan Demme [1993], qui répondent à la demande croissante des
Brokeback Mountain d’Ang Lee [2005] ou espaces de socialisation en dehors de la
encore A Single man de Tom Ford [2009] ), logique de consommation commerciale. Le7
LESTIME,
ESPACE D’EXPRESSIONS
ET D’ÉCHANGES !
Lieu d’accueil, d’écoute et et de savoirs féministes ; de soutenir les 2019 de la Ville de Genève, démarré en
productions artistiques et militantes indé- mai, avec différents événements tels que,
de conseil, espace commu- pendantes. « Balade au cœur de notre histoire », visite
nautaire et culturel pour guidée de lieux militants et festifs relatifs à
C’est encore et toujours une lutte la culture lesbienne, le 20 septembre 2019.
les femmes lesbiennes,
constante à mener contre les discrimina-
bisexuelles, trans* et queer, tions et les inégalités homme-femme mais Déplacardisons les archives ! projection
au cœur de la cité, Lestime aussi le développement d’un nouveau fémi- participative en partenariat avec le festival
nisme stimulant inspiré de la Queer theory de cinéma LGBTIQ+, Everybody’s Perfect,
s’adresse à celles qui veulent et des questions de genre, qui viennent qui aura lieu au mois d’octobre, aux ciné-
s’engager comme à celles qui déconstruire certaines certitudes. mas du Grütli.
cherchent un espace de calme
Investie dans le domaine de la santé Soirée de projection et discussion… et soi-
et de réflexion dans un lieu rée festive ( en mixité choisie ), prévue en
protégé. L’association poursuit son engagement en ouverture du festival !
faveur de la visibilisation des enjeux de
Fière de son double ancrage lesbien et fé- santé, puisque les besoins spécifiques de la
ministe, Lestime continue de militer pour communauté lesbienne restent à ce sujet
la visibilité des lesbiennes, bisexuelles, trop souvent méconnus, y compris par le
trans* et queer et pour la défense et la pro- monde médical. Dans ce sens et en sus des
motion de leurs droits et de ceux de toutes soirées d’information, nous avons lancé en
les femmes, de se questionner, d’innover 2019 un projet novateur, « Entre nous »,
et de s’inscrire dans des réseaux politiques, pour être au plus près de la communauté
culturels, festifs et de la santé. lesbienne et donner une réponse aux ques-
tionnements en lien avec la santé sexuelle.
Nous faisons partie, depuis sa création Des consultations totalement confiden-
en 2008, de la Fédération genevoise des tielles ont lieu dans nos locaux. Lestime, 5 rue de l’Industrie (Quartier des
associations LGBT. Et nous sommes ainsi Grottes), 1201 Genève, info@lestime.ch,
au centre d’un réseau plus vaste composé Une association sans étiquette poli- www.lestime.ch
d’autres associations LGBTIQ+, d’associa- tique mais engagée
tions féminines et féministes romandes, Membre salariée : CHF 50.- Membre chô-
suisses et européennes. meuse, étudiante, AVS, AI : CHF 30.-
Lestime ne soutient aucun parti politique,
Membre de soutien : CHF 100.-
mais s’engage régulièrement avec la Fédé-
Militante et culturelle ration genevoise des associations LGBT.
Elle fait également partie de la Fédération
Nous sentons le besoin de rendre à Les- romande des associations LGBT, consti-
time un espace de réflexion politique plus tuée en 2018 avec 15 autres associations,
significatif en ville de Genève, à partir d’un et défend des projets importants tels que
positionnement lesbien et féministe, et « le mariage civil pour toutes et tous » ou
d’un double engagement dans les luttes l’extension de la norme pénale, qui inter-
féministes et LGBTIQ+. À travers l’organi- dit l’homophobie au même titre que le ra-
sation de rencontres, débats, laboratoires- cisme, et la transphobie.
ateliers, sur des thèmes variés, nous vou-
lons redécouvrir le plaisir d’être ensemble Projets
et d’échanger nos idées ; de stimuler et
encourager une réflexion critique, dyna- En prévision de 2020, Lestime se pro-
mique, ouverte, collective et ancrée dans pose d’intensifier les axes d’actions et de
les corps et dans les vécus ; de promouvoir réflexions déjà entamés en 2019 avec le
la circulation transnationale de pratiques projet « Mémoires LGBTIQ+ », campagne8
CONVERGENCE
DES LUTTES
MATTHIEU JOTTERAND,
VICE-PRÉSIDENT DU PSG EN CHARGE
DE LA COORDINATION DES SECTIONS
LGBTIQ+, cette « communau- tions d’identité de genre, elles étaient tout norme sera indélébilement ancrée au fond
simplement pratiquement inexistantes de lui. Pour changer cela, il faudra commen-
té » est-elle un paradoxe ou dans l’espace public. Avant même de pen- cer par sortir les familles homoparentales
une contradiction ? Ces der- ser à se voir reconnaître les mêmes droits, de la clandestinité ( quand elles ne sont pas
ces personnes ont dû lutter pour la recon- simplement inexistantes socialement ),
nières années, après l’appari-
naissance de leur identité et une place porter une attention de tous les instants
tion de l’acronyme LGBT, celui- dans la société. Pour ce faire, il a impéra- au refus de toute marque normative et / ou
ci a crû, pour devenir LGBTIQ+ tivement fallu qu’elles se rendent visibles de jugement ou encore supprimer toute
– par exemple à travers les Gay Pride res- marque de discrimination, ce qui sera vu
( consensus actuel, quoique pas pectivement les Marches des fiertés ou, par certain-e-s comme une restriction de
unanime ). Cet acronyme, s’il malgré elles, à travers l’épidémie du SIDA leur liberté et ainsi largement combattu.
– et l’émergence du sujet a nécessité une
se veut ouvert notamment par
désignation de « ce qu’elles sont ». Il est L’importance de l’évolution à la fois
la lettre Q (= queer, « bizarre », intéressant de constater que les personnes sociale et sociétale
qui propose de larges propo- homosexuelles hommes ont été les pre-
mières à sortir de l’ombre, en raison de la Ce qui précède est aisément transposable à
sitions d’inclusion ) et par le double discrimination souvent constatée toute personne subissant une autre discri-
signe + ( qui permet à la per- « femmes + homosexuelles ». Ces mouve- mination que l’homophobie ou la transpho-
ments ont mené à l’acronyme LGBTIQ+
sonne qui le souhaite de s’in- bie, qu’il s’agisse de racisme, de sexisme, de
actuel. Il convient de souligner certains validisme entre autres. De plus, comme
clure dans la définition ), peut progrès ( dépénalisation, sortie de la liste évoqué précédemment, les personnes
paraître quelque peu réduc- des maladies mentales, partenariat enre- croisant plusieurs de ces catégories sont
gistré, etc. ) Malgré tout, l’égalité des droits d’autant plus touchées par les discrimina-
teur. En effet, pourquoi se est loin d’être acquise, et la haine envers tions, et minorisées au sein même de ces
désigner comme trans, comme les LGBTIQ+ encore trop souvent présente. minorités.
gay, comme bisexuel, etc… là
Toutefois, si les progrès sociétaux perdu- Sans convergence des luttes dans la di-
où s’incarne un être. raient et « aboutissaient », si les personnes rection d’une société plus égalitaire pour
LGBTIQ+ obtenaient les mêmes droits que toutes et tous, toute communauté ou
Certain-e-s ne manquent pas de mani- tout-e citoyen-ne, si l’homophobie et la mouvement politique verra son action
fester leur incompréhension ou même transphobie notamment n’étaient plus que pour l’obtention de droits ou l’effacement
de critiquer cette inflation de caractères. de vilains souvenirs, serait-il possible de se de discriminations fortement limitée, voire
Le risque de l’enfermement dans une passer de toute désignation, de telle ma- vouée à l’échec. Les partis politiques de
« communauté » est pointé du doigt. Des nière que l’acronyme LGBTIQ+ disparaisse, gauche, qui combattent à des degrés divers
mécanismes de rejet des « autres » – les car il n’aurait plus aucun sens ? les discriminations, doivent impérative-
personnes qui ne s’incluent pas dans cet
ment articuler ces thématiques.
acronyme ( parce qu’hétérosexuel-le-s cis- Une telle tolérance, qui serait en réalité
genres ou pour d’autres raisons ) – peuvent une indifférence complète et bienveillante, Nous, socialistes, devrions dans notre lutte
parfois se mettre en place. s’étiole actuellement dès l’éveil de l’enfant. contre ces inégalités et discriminations,
Si les modèles hétérosexuels présentés à mieux tenir compte de leur intersection-
Faut-il en passer par là ? l’enfant sont voués à être majoritaires car nalité, de même qu’avec celles qui sont
représentatifs de la population, ils sont d’ordre social ; de telle sorte que l’ensemble
Certes ébranlé depuis quelques années, pour l’instant hégémoniques et instaurent des militant-e-s maîtrisent ces concepts et
le schéma patriarcal domine la société de une norme hétérosexuelle que l’enfant que la population en comprenne mieux les
manière hégémonique. Jusqu’aux années ne pourra plus jamais complètement dé- enjeux. Un beau défi pour chacune des sec-
nonante, les « tapettes », les « pédérastes », passer. Une fois adulte, il sera peut-être tions du Parti socialiste genevois.
étaient largement sous-considérés ; quant tolérant, peut-être bienveillant, peut-être
aux femmes homosexuelles et aux ques- même personnellement concerné, mais la9
DEVENIR ALLIÉ.E.X DE LA
CAUSE LGBT*IQ+
DIEGO ALAN ESTEBAN,
DÉPUTÉ AU GRAND CONSEIL
Le 29 janvier 2013, Christiane Law Clinic sur les droits des per- Ce n’est pas comment on devient allié.e.x
sonnes vulnérables qui compte, car il existe de nombreuses
Taubira monta à la tribune voies pour y parvenir. Mon parcours n’en il-
de l’Assemblée nationale Dans un premier temps, j’ai orienté mes lustre qu’une partie. Il est important d’être
empathique, patient, à l’écoute, et ne pas
française pour y présenter études en droit vers l’examen des droits
des personnes LGBT*IQ+. J’ai rejoint pen- se laisser décourager par les espaces non-
le projet de loi instaurant le dant un an la Law Clinic sur les droits des mixtes ou en mixité choisie, dont je rap-
« mariage pour tous ». Pendant personnes vulnérables de l’Université de pelle la légitimité, mais qui ne facilitent
Genève, qui travaille avec des personnes pas toujours l’inclusion des allié.e.x.s dans
près d’une demi-heure, sans marginalisées pour les aider à mieux com- la lutte pour les droits des personnes
quitter son public des yeux, prendre leur situation juridique. Nos re- LGBT*IQ+.
elle prononça l’un des discours cherches ont permis la publication d’une
brochure2, ainsi que la rédaction d’un pro- Vers une société plus inclusive
les plus mémorables de notre jet de loi cantonale unique en Suisse, qui
époque. sera normalement publié par le Conseil Ce qui compte, c’est d’avancer vers une so-
d’État à la rentrée. ciété plus inclusive. Chaque personne qui
À 19 ans, j’ignorais jusqu’à l’existence prend conscience de l’injustice de notre
même des personnes trans* et intersexes, Dans un second temps, j’ai orienté mon société est un pas dans la bonne direction.
tout comme l’ampleur des discriminations parcours associatif vers la lutte contre les Et pour atteindre une oreille attentive,
vécues par les personnes LGBT*IQ+. En discriminations LGBT*IQ+. J’ai participé accompagner une remise en question ou
effet, on nous présente constamment des au projet Change la Suisse de la Fédéra- même insuffler l’indignation contre l’ordre
stéréotypes de genre sans jamais nous lais- tion Suisse des Parlements de Jeunes, qui établi, nul besoin d’une Christiane Taubira.
ser voir celleux qui en sont exclu.e.x.s, ni permet aux jeunes du pays d’envoyer des Chacun.e.x d’entre nous en est capable.
nous autoriser à les déconstruire. J’ai dé- propositions politiques aux 11 plus jeunes
cidé de prêter mes forces à la lutte contre élu.e.s fédéraux.ales. Ma proposition d’in-
les inégalités, et combattre tant mon igno- terdire les mutilations génitales pratiquées
rance que celle des autres. sur des enfants intersexes fut retenue puis
relayée par la socialiste vaudoise Rebecca
Écouter puis agir Ruiz dans un postulat3, approuvé le 17 sep-
tembre 2018 par le Conseil national.
En réalité, j’allais bien vite en besogne.
L’homophobie et la trans*phobie sont trop Dépôt d’objets parlementaires
insidieuses pour fuir à l’arrivée du premier
progressiste indigné.1 Pour devenir un allié Enfin, après avoir aidé l’association suisse
de la cause, il me fallait d’abord apprendre, des personnes intersexes ( InterAction ) à 1. Je constate par ailleurs en écrivant ces lignes que
écrire ses statuts, j’ai pu, suite à mon élec- Microsoft Word ne connaît pas les termes « intersexe »
mais surtout écouter. Car devenir allié.e.x et « transphobe ».
est un processus lent, qui ne peut se pas- tion au Grand Conseil, bénéficier de ses
ser de l’avis de personnes concernées. conseils pour rédiger une motion4 s’oppo- 2. Lire ici : www.unige.ch/droit/files/1415/3975/9992/
droits-lgbt-2018.pdf.
Mais celles-ci refusent souvent d’évoquer sant aux mutilations génitales pratiquées
les discriminations qu’elles subissent sur des enfants intersexes. Et le 10 avril 3. Lire ici: www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-
2019, pour la première fois en Suisse, un vista/geschaeft?AffairId=20174185.
( cela implique régulièrement de parler de
leur intimité ) devant des personnes non- texte parlementaire en faveur des droits 4. Lire ici: http://ge.ch/grandconseil/data/loisvotee/
concernées, ce qui est légitime. intersexes fut adopté à l’unanimité des MV02541.pdf.
élu.e.s.10
DIVERSITÉS AU TRAVAIL :
TOUJOURS TABOU ?
ENTRETIEN OLIVIA BESSAT
Faire ou non son coming out doit en aucun cas faire l’objet de questions hétérosexualité, voire une binarité de
lors de l’entretien d’embauche. On ne fait façade, mais on n’a jamais abordé la ques-
en contexte professionnel, telle aucune statistique sur les personnes LGB- tion en termes de gestion de ressources
est la question. Après avoir TIQ+ au sein du personnel. Je n’ai jamais humaines. On mettait en place des
observé d’estampillage ni de mise de côté mesures de protection contre le harcèle-
potassé le Guide « Travailler
institutionnalisée. On peut l’interpréter de ment, la prostitution, mais pas de mesures
la diversité » de la Fédération trois façons : soit la diversité va tellement inclusives. Peut-être un jour ?
Genevoise des Associations de soi qu’on n’a aucunement besoin d’une
politique spécifique envers les personnes On est plutôt dans une vision binaire de la
LGBT ainsi que les « Droits des LGBTIQ+, soit elle est taboue, et on est diversité, plutôt que multiple ?
personnes LGBT », guide de la plutôt dans un cas de figure don’t ask,
don’t tell. La troisième option, c’est que De fait, je n’ai jamais observé de trai-
Law Clinic de l’Université de
les questions liées à l’orientation sexuelle tement particulier de la diversité et de
Genève, nous avons rencontré tombent dans le cadre plus large de la l’intégration des personnes LGBTIQ+
Kenza Palomba, spécialiste des lutte contre toutes les discriminations dans les pratiques de l’entreprise ou
et le harcèlement au sein du personnel. d’une organisation internationale. On a
Ressources Humaines ayant Un traitement en soi plutôt « négatif », des cadres concernant le harcèlement,
officié dans le recrutement et plutôt que dans l’affirmation de valeurs moral et sexuel et autres abus ; on a des
d’inclusion et de validation. Ça reste un exigences claires en termes de parité dans
la gestion de personnel pour
sujet délicat. On peut se dire que ça relève l’humanitaire, mais rien de spécifique aux
des plateformes pétrolières, de la sphère privée, qui n’interfère pas au questions LGBTIQ+, si ce n’est la présence
puis dans l’humanitaire, his- niveau professionnel. de « toilettes inclusives » dans certains
bâtiments peut-être... ça parait dérisoire.
toire de lier principes et pra- On ferme un peu les yeux, en somme, mais
tique. une évolution est-elle possible ? Les déclarations de principe sur la diver-
sité et l’engagement au respect des Droits
Ça me rappelle l’époque où je faisais humains impliquent que les programmes
Olivia Bessat : Comment gère-t-on la di-
du recrutement pour les plateformes de l’organisation puissent bénéficier à
versité quand on s’occupe des ressources
pétrolières. Il faut imaginer 200 à 500 toutes* et tous. On investit beaucoup
humaines ?
personnes en mer pendant 6 mois, confi- dans une approche prenant en compte les
nées. À l’époque, aucune femme n’était questions de genre, en faveur de la parité
Kenza Palomba : Pour moi il existe un
présente sur les plateformes, à part en matière de ressources humaines, ce
paradoxe majeur entre la proclamation
une infirmière à la rigueur. Les choses qui est un remarquable progrès. Est-ce
publique de grands principes1, dont
changent maintenant, et c’est tant mieux. que c’est un pas vers la protection large de
font partie le respect de la diversité et
Pour ce qui est des questions LGBTIQ+, on toutes* et tous, des personnes cisgenres,
l’absence d’entrée en matière sur les
n’en a jamais fait aucune mention. C’est des personnes LGBTIQ+ ? Certainement.
questions liées aux personnes LGBT, à
un environnement très rude, un véritable Mais là encore, on n’aborde pas l’orienta-
plus forte raison LGBTIQ+, dans la gestion
cas d’école pour la culture ultra-virile, tra- tion sexuelle de façon frontale. Ça rend
quotidienne des ressources humaines,
ditionnellement entendue comme hostile aussi l’homophobie plus pernicieuse, plus
en tout cas pour les organismes privés et
aux personnes LGBTIQ+. On imagine bien, difficile à détecter, donc plus difficile à
publics pour lesquels j’ai travaillé. Évidem-
même statistiquement, qu’on avait une combattre.
ment, l’orientation sexuelle n’est et ne11
Comment gère-t-on le déploiement de beaucoup dans des organismes employant
personnel dans des pays pour lesquels des personnes du monde entier, témoin
l’homosexualité est un crime ? de ce qu’on pourrait appeler de « l’homo-
phobie ordinaire ». C’est souvent un clash
On ne prend aucunement en compte de culture absolu, qu’il est très difficile de
l’orientation sexuelle d’une personne dans réconcilier et de même faire admettre à la
son recrutement. Le principe de base, personne, malgré le fait que l’homophobie
pour un déploiement, c’est de respecter aille à l’encontre de tous les principes de
la loi dans le pays dans lequel la personne l’organisation pour laquelle elle travaille.
est affectée. On parle très souvent de Dans tous les cas, au-delà d’un cadre de
la consommation d’alcool dans les pays protection des personnes LGBTIQ+, des
« secs », qui fait l’objet de sanction en cas campagnes de sensibilisation au sein du
de problème. J’avoue que je n’ai encore ja- personnel sur la protection et la tolé-
mais eu de cas d’employé-e-s ayant eu des rance, envers les personnes LGBTIQ+ me
relations homosexuelles sous le coup de paraitraient un vrai progrès pour que la
la loi dans un des pays, où interviennent diversité soit vraiment respectée dans le
les organismes humanitaires, condam- monde du travail.
nant ces mêmes relations. Les personnes
LGBTIQ+ s’auto-excluent peut-être d’une
affectation dans ces pays. On n’a aucune
visibilité non plus. 1. A noter que certaines institutions et entreprises,
grandes comme petites, peuvent se déclarer LGBTIQ+
friendly, célébrer la Journée internationale de lutte
Quid des sanctions des comportements contre l’homophobie et la transphobie, et participer et
/ou sponsoriser des événements comme la Gay Pride.
homophobes ?
Même s’il existe un cadre de protection
face au harcèlement, qu’il soit moral ou
sexuel, dénoncer et même prendre des
sanctions demande un courage que beau-
coup n’ont pas. Si en plus ce sont des hos-
tilités en fonction de l’orientation sexuelle,
qui ne fait très souvent l’objet d’aucune
protection particulière, on peut imaginer
une forme d’impunité. J’ai été, comme12
13
14
PINKSWASHING :
UN CONCEPT EN
CONSTRUCTION
JORGE GAJARDO
Que faisait l’entreprise phar- gay pour maquiller les pratiques israé- Accusée par Médecins sans frontières de
liennes contre les Palestinien-ne-s. Voir traîner des pieds pour permettre l’accès
maceutique ViiV à la Geneva page 26 le compte-rendu du livre Mirage d’un médicament contre le VIH chez les
Pride du 6 juillet dernier ? gay à Tel-Aviv. enfants dans les pays pauvres, ViiV a pour-
tant profité de la Pride genevoise pour lis-
Réponse : du pinkwashing.
Au contraire du greenwashing, bien plus ser son image sur le parcours de la Marche
Le terme a bourgeonné cet connu, la notion de pinkwashing est encore des fiertés. Pour Youniss Mussa, l’« hypo-
été à Genève pour dénoncer réservée à un cercle étroit des militant-e-s. crisie est évidente », mais il se demande
Sans surprise, il apparait à intervalles régu- si la Geneva Pride aurait pu avoir lieu sans
le sponsoring de l’évènement, liers depuis 2012, dans les pages du maga- l’argent des privés. Même certitude de
qui a duré une semaine, par zine communautaire 360°, comme dans Lorena Parini : « Organiser une Pride d’une
le quotidien genevois Le Courrier, qui suit semaine entière coûte de l’argent, en par-
des multinationales au profil
l’évolution du mot dans sept articles en ticulier les frais de sécurité. Or les subven-
surprenant. Même la Ville a huit ans. Il est beaucoup plus rare dans la tions des pouvoirs publics sont loin d’être
été accusée de pinkwashing, grande presse. Sur le site de la Tribune de suffisantes pour couvrir tous les frais ».
Genève, pinkwashing est soudainement
entrainant un débat sur le apparu cette année, après avoir longtemps Genève la prude fait sa Pride
sens du mot. Nous faisons été relégué dans sa section des blogueur-e-
s. Sur le site du Temps, pinkwashing a été
le point avec Lorena Parini, Toujours pendant la Geneva Pride 2019,
écrit une fois par une journaliste, en 2016, l’opération ( sans doute nocturne ) qui a co-
professeure en études genres puis plus rien. loré le Mur des réformateurs aux couleurs
à l’Université de Genève et de l’arc-en-ciel a été revendiquée anony-
Et pourtant, les accusations de pin- mement pour dénoncer la récupération de
co-présidente de la Fédération kwashing ébranlent l’ambiance des Prides la cause LGBTIQ+ par la Ville de Genève. En
genevoise des associations en Suisse. En cause, non seulement le sou- effet, profitant aussi de la Pride, la munici-
tien financier de certaines multinationales,
LGBT, et avec notre camarade palité de Genève avait organisé une expo-
mais aussi l’empressement avec lequel sition de photographies pour afficher en
Youniss Mussa, député sup- les organisateur-trice-s vont les chercher, grand format sa fierté de « son » histoire
pléant au parlement genevois, avec en main une liste de critères manifes- LGBTIQ+, ce qui en a froissé plus d’un-e.
tement très ouverts qui permettent à des Les vénérables barbus, associés à tort ou à
co-président du groupe Égalité entreprises, au profil éthique peu reluisant, raison à la réputation d’une ville prude, ont
du Parti socialiste genevois. de prendre part à la fête. Youniss Mussa alors payé de leur personne l’audace de la
fait remarquer que les politiques d’inclu- Ville.
En Suisse : un mot militant sion LGBTIQ+ dans les multinationales se
limitent bien souvent aux cadres. Il n’est La Ville affiche « son histoire » LGBTIQ+.
Le terme pinkwashing est apparu dans les pas certain qu’il en soit ainsi en bas de la C’est sans doute exagéré. Qu’on rappelle
années nonante pour dénoncer l’instru- chaîne de production. « Les conditions de que Genève a accueilli sa première Gay and
mentalisation du cancer du sein par une travail des personnes exploitées par les Lesbian Pride en 1997, alors qu’à Zurich la
entreprise pharmaceutique. Il désigne de- multinationales n’ont rien d’égalitaire et manifestation a lieu chaque année depuis
puis lors un outil de marketing que les en- l’image cool ne change pas cette réalité. Ces le milieu des années 1980, et on com-
treprises utilisent pour faire contrepoids à multinationales évitent soigneusement prend que l’histoire genevoise de la diver-
leur mauvaise réputation. Des multinatio- d’appliquer leur politique de diversité et sité de genre est encore jeune. À la suite
nales du tabac peuvent vanter à certaines inclusion dans des pays qui discriminent des gays, les lesbiennes ont émergé très
occasions leurs chartes de ressources hu- voire condamnent l’homosexualité ». progressivement dans le discours public.
maines ouvertes à la diversité. Par ailleurs, Aujourd’hui, l’invisibilisation persiste dans
depuis 2006, le groupe californien Queers On le sait, l’image véhiculée par les mul- d’autres orientations sexuelles. Comme
Undermining Israeli Terrorism ( QUIT ! ) tinationales est souvent différente des le souligne Lorena Parini, la diversité de
dénonce l’instrumentalisation de la cause pratiques. ViiV Healthcare, par exemple. genre est devenue une politique de la VilleVous pouvez aussi lire