Ce que nous apprend la jurisprudence information du patient radiologie interventionnelle - Dr Laurence ROCHER, Hopitaux universitaires Paris Sud ...
←
→
Transcription du contenu de la page
Si votre navigateur ne rend pas la page correctement, lisez s'il vous plaît le contenu de la page ci-dessous
Ce que nous apprend la jurisprudence
information du patient
radiologie interventionnelle
Dr Laurence ROCHER, Hopitaux universitaires Paris Sud,
Bicêtre
Journée DES 6 FévrierSpécificités de la radiologie
interventionnelle
La transition du rôle de diagnosticien au rôle de
thérapeute renforce les obligations du radiologue qui
ne doit pas se concevoir comme un prestataire
technique du clinicien qui lui adresse le patient ; son
client est le patient, et non le clinicien
Le médecin qui intervient est responsable de la totalité
de son geste, depuis l’indication, l’information et le
recueil du consentement éclairé, la réalisation, le suivi,
la gestion des complications ou des effets normaux, et
l’information des autres praticiens qui participent à la
prise en charge du patientCONSULTATION AVANT L'EXAMEN étude critique du dossier et de l'indication interrogatoire du patient son information (± celle des proches) sur la procédure, son intérêt, ses risques recueil du consentement éclairé (papier ?) un délai de réflexion, à chaque fois que possible consultation matérialisée par un écrit, une CS, parfois une prescription…
Radiologie et la jurisprudence en France
• Imagerie médicale : non considérée comme une spécialité à
risque (chirurgie, urgences)
• 80 millions d’actes
• Utilisation par des radiologues et non radiologues
• Rapport de la SHAM en 2014
– Erreurs diagnostiques : 107 dossiers : fractures (43 %), urgences
digestives (22,5%), tumeurs (9%), AVC (7,5%)
– 202 causes :202 causes …. • Pas de prescription d’imagerie (36 cas) • Mauvaises interprétation d’imagerie (24 cas), • Organisation (36 cas) • Absence de recours à un médecin sénior (16 cas) • Dysfonctionnement du service (15 cas) • Absence de recoupement/verification des diagnostics, notamment radiologiques (4 cas) • Delais trop important dans la production des comptes rendus medicaux (4 cas) • Difficultés dans l’accès au dossier patient ou aux résultats des examens complémentaires (4 cas) • Indisponibilité du médecin de garde ou d’astreinte (2 cas) • Equipe sous dimensionnée (1 cas) • Protocoles non à jour (1 cas)
1984. 15 ans paraplégie suite aortographie
(artériographie médullaire), patient mineur
• Discussion sur le devoir d’information (médecin
« prescripteur » ou médecin radiologue)
• Cour de cassation : le devoir d’information pèse
sur les deux
• La preuve de cette information peut être faite par
tous les moyens Clinicien Radiologue
patient1997. Cours d’appel de Rennes.
Amputation de jambe suite à une angiographie
• “le radiologue doit répondre du dommage subi
par la patiente pour manquement au devoir
d’information (hémorragie)”
• Enchaînement de complications ayant conduit à
l’amputation
patient radiologue2004 cour d’appel de Douai, AVC après une
artériographie
• “infirmière de radiologie” a commencé à expliquer la
procédure
• Refus du patient d’en savoir davantage : les
renseignements l’effraient”
• Pas de responsabilité de défaut d’information retenue
• Pas de sanction disciplinaire (mais procédure..)
Radiologue
Manipulateur
Patient2009, Conseil d’état, entorse suite à une chute
• Urgentiste : entorse au vu des radiographies, quitte
l’etablissement
• 1 mois plus tard douleurs peristantes : fracture du calcanéum
avec déplacement secondaire
• Demande du dossier medical : CR des radios le lendemain:
“remaniements du calcaneum, justifiant la prescription d’une
nouvelle radiographie”
• Pas de communication de ce CR à la patiente, pas d’alerte…
Patient clinicien radiologue2013, cour de cassation Bordeaux, décès d’une patiente suite au mauvais
positionnement d’un catheter veineux
• Anesthésiste : pose d’un KT sous clavier
• Radiologue (Dr Y) : mauvais positionnement du KT,
épanchement pleural.
• “A commis une faute caractérisée de ne pas s’être assurée que le
médecin anesthésiste avait été informée de son mauvais
positionnement”.
• Ils se devaient mutuellement assistance et devaient se tenir
mutuellement informés
• Dr Y ne s’était pas suffisememnt informé(e) de l’état de santé de
la patiente
patient Radiologue2016, infection à la suite d’une arthrographie
(arthroscanner en 2007)
• Defaut d’information ?
• “arthrite septique contitue un risque exceptionnel, et non
un risque fréquent ou grave normalement prévisible”
• Cour d’appel : “Le praticicen n’avait pas l’obligation d’en
informer le patient”
• Cassation : SI !
patient RadiologuePOURQUOI ? le patient est retourné au centre de radiologie le 29 février 2007, c’est-à-dire 6 jours après l’acte médical litigieux, pour se plaindre de douleurs, - le docteur X... était absent, et un autre médecin du centre a assuré le suivi, sans poser le diagnostic d’arthrite septique, parlant « d’algodystrophie », - le médecin traitant de M. Y..., consulté dès le 2 mars, et à trois reprises, n’évoquera pas le diagnostic d’arthrite septique, et adressera l’intéressé le 12 mars à l’hôpital, - le tableau clinique d’arthrite septique s’est complété en quelques jours, conduisant à l’hospitalisation en urgence le 12 mars, date à laquelle a été porté le diagnostic d’arthrite septique, avec mise en place du traitement, - il existe un retard au diagnostic de plusieurs jours ; que ces éléments ne permettent d’établir ni que le retard de diagnostic soit fautif (aucun élément n’indique à quel moment le tableau clinique était suffisant pour permettre de poser le diagnostic d’arthrite septique avant le 12 mars 2007), ni qu’il soit imputable au docteur X..., ni enfin qu’il soit en lien avec une perte de chance de ne subir qu’un préjudice minoré ; qu’en conséquence, le moyen tiré du défaut de retard de diagnostic, est inopérant ; qu’en l’absence de démonstration de la faute du docteur X..., en lien avec le préjudice dont il est demandé réparation, la responsabilité du médecin ne peut pas être engagée ; que le premier juge sera infirmé ; Sur le défaut d’information : que M. Y... reproche au médecin, un « défaut manifeste d’information sur le risque infectieux (article L. 1111-2 du code de la santé publique) » ; que selon ce texte de loi, toute personne a le droit d’être informée sur son état de santé ; que cette information porte sur les différentes investigations
2017.Hémiplégie après artériographie carotidienne
« elle a assigné en responsabilité et
indemnisation les praticiens et l’Office
national d’indemnisation des accidents
médicaux, des affections iatrogènes et
des infections nosocomiales (l’ONIAM),
en invoquant, d’une part, un défaut
d’information préalable sur le risque
d’hémiplégie lié à la pratique d’une
artériographie ».
patient Radiologue2010, trauma cranien en parapente
• 1er scanner cérébral “local”: pas d’anomalie, sortie
• Céphalées, vomissements, scanner “local”, hématome fronto
pariétal bilatéral, téléexpertise demandée au CHU
• “pas de place dispo, intervention de drainage peut être
différée, d’autant plus qu’il ya prise d’aspirine”
• Lendemain, aggravation, même avis
Radiologue
• Coma, décès
Clinicien Clinicien• En fait : sur deuxième scanner : engagement temporal • CHU : invoque doute sur reception des deux planches par service de neuro-chir, qualité des images ? • Mais les médecins qui ont recu n’ont pas émis de reserve sur leur caractère complet ou leur qualité. • La responsabilité pèse ici sur l’établissement “expert” • “en télé expertise, la clinique ne doit jamais être negligée, de sorte que des clichés ne sauraient être interprétés sans prise en compte de l’examen et des constats réalisés par les médecins presents au coté du patient”.
Cour d’appel mars 2018 (faits 2010) : TTT par
embolisation d’anévrysmes de l’arcade duodénale
• (5h de scopie) en CHU: plaie du dos :
radiodermite
• Ce qui a été analysé
– Information du patient
– Préparation de l’intervention
– Contrôle du matérielCours d’appel Lyon, juin 2017 (faits 2010)
Arthrite septique de hanche chez une femme de 33 ans
(soins dentaires à la même période), danseuse.
– Accusation de la patiente
• Pas de masque
• Toux pendant l’examen ?
– Mais pas de port de masque requis dans les reco officielles mais fait
partie “des pratiques de bon usage “
– “le port d'un masque fait partie des mesures d'hygiène de base,
constituant la pierre angulaire de toute prévention de la transmission
croisée de personne à personne, qui sont à appliquer pour toute situation
de soins et par tout professionnel »Cours d’appel Paris septembre 2018 (faits 2009) : infection après un arthro scanner du genou
« le médecin s'est présenté en costume de ville, sans protection et à mains nues
et qu'il a procédé au nettoyage de son genou droit sur 2 ou 3 cm de diamètre avec
un coton ou une petite compresse imbibée pris entre deux doigts, l'injection se
faisant dans les suites immédiates » alors que le docteur C. soutient qu'il utilise
toujours des gants stériles, un drap à usage unique et qu'après un large
badigeonnage avec de la Bétadine par le manipulateur, il effectue une deuxième
désinfection avec de la Bétadine jaune et enfin, après réalisation de la ponction,
un essuyage du point de ponction avec une compresse imprégnée de Bétadine,
sans pose de pansement.
La cour ne dispose pas d'éléments lui permettant de confirmer l'une des versions
et en conséquence d'en infirmer l'autre. Toutefois, elle relève que les déclarations
de M. J. perdent de leur crédibilité lorsqu'il affirme que le docteur S.,
rhumatologue lui ayant fait des infiltrations, était équipé de masque, de gants et
d'un calot alors que dans un écrit intitulé 'certificat' en date du 27 novembre
2013, ce dernier a déclaré qu'il n'utilisait aucune de ces protections.
Mais force est de constater que les parties s'accordent pour dire que le genou n'a été
badigeonné à la Bétadine qu'à une seule reprise, par le docteur C. juste avant la
réalisation de la ponction, qu'aucun badigeonnage bétadiné n'a donc été fait par le
manipulateur avant l'intervention du radiologue alors que celui ci a déclaré à l'expert
judiciaire qu'un large badigeonnage à la Bétadine faisait partie de son protocole personnel.Infiltration épidurale pour sciatique bilatérale
patiente drépanocytaire, ACO
• 21 juin : infiltration suivie de céphalées
• 1er juillet : paresthésie bras droit , urgences :
« syndrome post PL »
• 2 juillet IRM cérébrale : hématome
• 3 juillet arteériographie : thrombose veineuse
corticale
• 12 juillet réanimation
• 24 juillet : sortie hôpital
• Gêne séquellaire hémicorps droit• Plainte : défaut d’information , retard au diagnostic
défaut d’information:
Document reçu : « vous allez recevoir une infiltration
intra articulaire de dérives cortisoniques »
Pas mention de risque de toucher la dure mère
« préjudice moral d’impréparation » pour les céphalées
La thrombophlébite n’est pas une complication
reconnue de l’infiltration épidurale
• Discussion sur le lien de causalité +++++
• Finalement, 3000 € pour préjudice moral
d’impréparation….. Déboutée des autres chargesInfiltration foraminale, apparition d’un diabète
qu'après avoir considéré que Monsieur X... n'avait pas été informé du risque exceptionnel de
contracter un diabète, risque connu du Docteur MARTIN Y..., la cour d'appel a néanmoins
débouté Monsieur X... de sa demande en réparation du préjudice qu'il avait subi, en estimant que
le refus du traitement était peu probable, si bien qu'il n'était pas démontrée la preuve d'une
perte de chance sérieuse de ne pas subir un diabète (arrêt attaqué, p. 4)Thématique annonce/interprétation • Décembre 2010: femme 42 ans enceinte de 17 semaines : fibrome (à l’écho) • Mars 2011: douleur abdominale, IRM , 2 CR “concluant à l'évocation d'un processus extensif tumoral cancéreux de l'ovaire gauche, à type de cystadénocarcinome ; qu'en raison notamment des doutes exprimés par son époux et elle-même sur la fiabilité des résultats de l'IRM, la présence de l'ovaire droit sans anomalie étant mentionnée dans l'un des comptes-rendus alors que l'autre compte- rendu mentionnait une absence d'identification de cet ovaire droit » • RCP : « d'effectuer une laparatomie exploratrice avec césarienne et une exérèse de la masse kystique avec examen extemporané et une prise en charge ultérieure à fonder par le compte-rendu anatomo- pathologique définitif » • Finalement autre centre : césarienne (prematurité), masse : fibrome. • Douleur abdominale : colique néphrétique Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier universitaire de XXXdoit être condamné à verser à Mme X somme de 3 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'absence de consentement de cette dernière à l'examen d'IRM et du préjudice résultant de l'absence de soins appropriés de la compression rénale et des coliques néphrétiques dont elle souffrait ;
Hémorragie de la délivrance après pré
éclampsie, CIVD
• Décision d’embolisation : panne de scopie
• Chirurgie : échec de ligatures / hysterectomie
• Jugrisprudence : responsabilité de l’établissement
engagée, sans faute
• Ici : faute d’organisation de service « le service
devrait disposer d’une deuxieme appareilCassation 2018, faits 2010
radiologue M.Z. arthroscanner épaule de M.Y.
suivi d’infection , dans les locaux d’une société
d'exercice libéral d’Imagerie, elle même
rattachée à une clinique avec convention
quel assureur paye ????
« la clinique qui impose ce mode de fonctionnement à la S.A.R.L. »
« il y a lieu de condamner in solidum la Clinique X... et la SHAM à payer à Monsieur Y... la
somme de 8829,22 € en réparation du préjudice corporel, non soumis au recours de
l'organisme sociale, après déduction de l'indemnité précitée de 1800 € » ;Rapports • Retenu origine nosocomiale de l’infection • Écarté la responsabilité du praticien en l’absence de faute • Dit que la clinique était responsable du préjudice
SHAM
Conseils au vu de la jurisprudence • INFORMATION +++ • DESINFECTION VISIBLE avec procédure systématique • MASQUE • GANTS • CHAMP STERILE
nomenclature des préjudices
• Préjudices patrimoniaux avant consolidation
– Dépenses de santé avant consolidation
– Pertes de gains professionnels avant consolidation
– Assistance temporaire par tierce personne
– Frais divers (frais expertise, transport, frais de garde
d’enfants..)
• Préjudices patrimoniaux apres consolidation
– Idem
– Frais de logement/véhicule adapté
– Incidence professionnelle économique (perte de chance
professionnelle)
– Préjudice scolaire, universataire ou de formation• Préjudices extrapatrimoniaux temporaires
– Déficit focntionnel temporaire (invalidité, perte qualité de
vie, joies usuelles…)
– Souffrances endurées (physiques et psychiques)
– Préjudice esthétique
– Préjudice d’affection
– Préjudice d’angoisse de mort imminente
• Préjudices extrapatrimoniaux permanents
– Idem
– Préjudice d’agrément (sport loisirs)
– Incidence professionnelle extra patrimoniale
– Préjudice sexuel (morphologie/acte sexuel/procréation)
– Préjudice d’établissement (fonder une famille..)
– Préjudices permanents exceptionnelsQuels montants ?
Exemple du patient pilote de ligne
infections nosocomiale
en appel, Paris
• Déficit fonctionnel temporaire : 1128 €
• Souffrances endurées :4500 €
• Perte de gains pro actuels : 22304 €
• Soins 10554 a la CPAM €Infections nosocomiales • Responsables sauf si “cause etrangère”
Pyramide de Frank E. Bird Jr, 1969
Insurance Company North America
1,8 millions de sinistres
- La probabilité de survenue d’accidents graves 297 entreprises,
augmente proportionnellement au nombre 21 secteurs industriels
d’incidents et de dysfonctionnement dans l’entreprise
- La proportion et la nature des causes des accidents
graves ne diffèrent pas statistiquement de celles des
incidents mineurs : Accidents
corporels sévères
ceux ci-étant 600 fois plus nombreux, il faut (n= 1)
les dépister et les étudier pour les prévenir et
ainsi limiter les risques et coûts Accidents corporels
modérés
de l’ensemble des dysfonctionnements,
(n=10)
notamment des accidents graves.
Dommages matériels sévères
(n=30)
Dommages matériels mineurs et
dysfonctionnements graves
(n=200)
Incidents et dysfonctionnements
sans conséquence
(n=600)Théorie du Gruyère de James Reason
Plus un système comporte de défauts,
plus la probabilité augmente
que des défauts finissent un jour par « s’aligner » ;
le risque se réalise alors et induit la catastrophe
(BMJ 2000)Causes des « gags d’information/alerte»
• Demande mal remplie, sans médecin joignable
• Différents services de radiologies
• Organisations des demandes en urgences
(informatique/fax/feuille/téléphone)
• Changements de service des patients
• Changements d’équipe radiologique (prise de la garde), pas
d’habitude de « trans »
• Patient externe non vu par le radiologue
• Examen demandé par un médecin pour un autre…
• Compte rendu modifié non récupéré
• Examen non récupéré
• Examen non interprété
• Le patient ne se rend pas à la consultationLes examens non interprétés ou non validés
• Traçabilité des CR non faits ?Pourquoi ? • On ne sait pas , on va demander…. • On écrit : avis Dr X, qui est en vacances • La pochette se perd • Changement d’équipe….. • Fin de vacation
Lorsqu’une complication survient, que faire vis-à-
vis du malade et de la famille ?
Rester professionnel : l’intérêt du patient doit (encore et toujours) primer
Ne pas s’isoler, ni improviser en catastrophe
surtout ne pas mentir ni trop en dire, trop vite (info progressive)
Idéalement, il faut s’y préparer en équipe… (manuel HAS)Conclusions « Tant qu’un médecin n’a pas officiellement pris le relai du radiologue, celui-ci reste totalement responsable de ce qu’il peut advenir de sa patiente » Le dialogue, l’information organisée des patients sont les meilleures preventions des risques judiciaires
Vous pouvez aussi lire