Diagnostic différentiel d'une tumeur bénigne et d'une tumeur maligne : Le point de vue du radiologue Olivier Ernst - Moodle Lille 2

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Diagnostic différentiel d'une tumeur bénigne et
           d'une tumeur maligne :
       Le point de vue du radiologue

                 Olivier Ernst
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Différentiation TB – TM : Le point de vue du radiologue

1 La radiologie ne donne pas la nature anatomopathologique d'une tumeur

2 Obtenir une étude anatomopathologique est toujours invasif

3 Il existe de nombreuses lésions bénignes
Ex : la tumeur du foie la plus fréquente est une tumeur bénigne
(hémangiome, prévalence 5 %)

4 L'imagerie radiologique (échographie, scanner, IRM) met en évidence de
multiples tumeurs

Y a-t-il moyen en imagerie de déterminer si une tumeur est bénigne ou
maligne ?
Y a-t-il moyen en imagerie de déterminer si une tumeur est
bénigne ou maligne ?

Nécessité d'une fiabilité « suffisante » >>> 95 %

Tumeur bénigne, sans risque de dégénérescence = pas de traitement
(sauf complication locale) !

Comment déterminer en imagerie si une tumeur est bénigne ou maligne ?

Aspect de la lésion en imagerie :

Echographie Calcifications, renforcement postérieur

Scanner    Calcifications
           Vascularisation après injection d'un produit de contraste

IRM    Signal T1 T2 Diffusion
       Vascularisation après injection d'un produit de contraste
Y a-t-il moyen en imagerie de déterminer si une tumeur est
bénigne ou maligne ?

L’aspect en imagerie ne suffit pas. Il faut aussi :

Contexte clinique :
Âge, antécédents, tumeur connue, traitement ?

Evolution +++ :
Avons une imagerie précédente permettant d’apprécier la vitesse de
croissance (élevée => K; lente => bénin)

Autres examens (biologie, TEP) :
Bilan hépatique, marqueur tumoraux
La séméiologie radiologique est basée sur les
caractéristiques anatomopathologiques de la tumeur

Qui entraînent des caractéristiques particulières en
imagerie
Ce que nous étudions en imagerie

               Échographie            Scanner             IRM

               Échogenicité           Densité            Signal

Injection      (microbulles)       Produit iodé        Chélate de
                                                       gadolinium

                               Sans injection     T1 / T2 / Diffusion
                               Phase artérielle   Phase artérielle
                               Phase veineuse     Phase veineuse
                               Phase tardive      Phase tardive
Différentiation tumeur bénigne – tumeur maligne

Première illustration surrénale car :

- Nombreuses tumeurs bénignes (adénome, lipome, myélolipome, etc)
 3 % de la population a une tumeur bénigne de la surrénale
Incidence augmente avec l'âge (8 % des autopsies)

- Site fréquent de métastase (bronches, seins, reins).
Une tumeur bénigne de la surrénale ne doit pas contre-indiquer à tort un
traitement curatif de la tumeur primitive

Tumeur maligne et masse surrénalienne : 50 % de tumeur bénigne de la
surrénale

- Tumeur maligne primitive (cortico surrénalome malin) : moins de 1 %
des tumeurs surrénaliennes
Les différentes tumeurs bénignes de la surrénale :

1 Adénome le plus souvent non sécrétant (cortico surrénale)
   • Si sécrétion : Cohn
              •     Cushing

2 Lipome myélolipome

3 Phéochromocytome (médullo surrénale) (parfois malin)

4 Kyste

Incidentalome surrénalien :

Nodule (>1cm) découvert sur une imagerie réalisée dans une indication
non surrénalienne (et non cancérologique)
Adénome non sécrétant : 80 %
Application 1 :

Différentiation adénome - métastase
Contexte
Pas de tumeur maligne connue (récente ou ancienne)
93% de bénin

Cancer bronchique
50% bénin

En l’absence de tumeur maligne connue une masse surrénalienne est
probablement bénigne, même si cela ne peut être affirmé.
Taille
Quel seuil ?

2,5 cm     spécificité 79%, sensibilité 84%

1,5 cm     spécificité 93%, sensibilité 16%

Plus une masse surrénalienne est grande plus le risque de malignité est
élevé, mais peu spécifique.

Toutes les métastases ont été microscopiques

=> insuffisant
Différences de composition

Adénome surrénalien :

Présence de stéroïdes

Font parties des lipides, molécules hydrophobes

Nombreux atomes de carbones

Métastase de la surrénale
Pas de graisse, eau +++

Nombreux atomes d'oxygène
Adénome : Un peu de graisse

Métastase : Beaucoup de cellules, pas de graisse

Conséquence

Scanner : Graisse = baisse de la densité

Rappel : eau densité 0 UH ;   graisse pure : – 80 UH

Scanner sans injection

Métastases : densité > 10UH

Adénome : densité < 10UH dans 75 % des cas
          densité > 10UH dans 25 % des cas

Problème : ¼ des adénomes ont une densité > 10UH
D = 42 UH
            Métastases

D = -8 UH
Adénome
Adénome : Un peu de graisse

Métastase : Beaucoup de cellules, pas de graisse

Conséquence

IRM : Graisse = baisse du signal sur les séquences en opposition de
phase (sur ces séquences le signal de la graisse se soustrait au signal
du tissu, la baisse de signal est de plus de 20 %)

IRM comparer les séquences T1 en opposition de phase et en phase.
Baisse du signal sur les séquences en opposition de phase =
adénome.

Problème : 10 % des adénomes n'ont aucune graisse visible en IRM
Phase                                     Opposition de Phase

Nodule surrénalien droit
Nette diminution de signal sur l'opposition de phase
La forte composante lipidique est caractéristique d’un adénome surrénalien droit
Application 1 :

            Différentiation adénome – métastase

     Récapitulatif en l'absence de cancer primitif

Lésion < 3 cm
Adénome probable
Scanner : densité sans injection < 10 UH = adénome certain

IRM : baisse de signal en opposition de phase = adénome certain

Autres cas : adénome probable, mais autres lésions possibles =>
surveillance à 1 an

Attention : recherche de sécrétion (HTA Kaliémie)
Application 1 :

            Différentiation adénome – métastase

     Récapitulatif en l'absence de cancer primitif

Lésion < 3 cm
Adénome probable
Scanner : densité sans injection < 10 UH = adénome certain

IRM : baisse de signal en opposition de phase = adénome certain

Autres cas : adénome probable, mais autres lésions possibles =>
surveillance à 1 an

Lésion > 4 cm
Grand risque de malignité => discuter chirurgie

Lésion 3 - 4 cm
Discussion RCP
Application 1 :

            Différentiation adénome – métastase

          Récapitulatif en cas de cancer primitif

Lésion < 3 cm
Scanner : densité sans injection < 10 UH = adénome
       densité sans injection > 10 UH = suspicion de métastase
                                           mais adénome possible

IRM : baisse de signal en opposition de phase = adénome
  Pas de baisse de signal en opposition de phase = métastase
                                    probable, mais pas certaine

Lésion > 3 cm
Grand risque de métastase => méfiance

Intérêt de la TEP +++ (fixation similaire k et masse surrénalienne =>
métastase, attention les lésions < 1cm sont souvent non visibles)
Application 2 :

                      Phéochromocytome

Circonstances de découvertes :
Fortuit (imagerie)
HTA
Contexte familial

Imagerie :
Hypervascularisation très importante (scanner IRM)
Hyperintensité T2 (> reins rate) très évocatrice

Intérêt des dosages biologiques des métanéphrines+++
Homme de 47 ans
              HTA difficile à équilibrer
              Augmentation métanéphrines
              et chromogranine A

Phéochromocytome
Phéochromocytome

Hypervascularisation
T1                            artériel

                               Phéochromocytome

                          T2

Intérêt du signal en T2
Application 2 :

                       Phéochromocytome

                              Synthèse

Dosages +
Masse de la surrénale très hypervascularisée = phéochromocytome

Dosages -
Masse de la surrénale très hypervascularisée et signal très intense en
T2 = phéochromocytome probable

Intérêt scintigraphie MIBG et TEP L DOPA

Remarques : Pasde possibilité de distinguer en phéochromocytome malin
(rare) sans métastase d'un phéochromocytome bénin
Application 3 :

                      Myélolipome / lipome

Myélolipome : cellules graisseuses et hématopoïétiques (toujours bénin)
Lipome : cellules graisseuses (bénin)

Présence de graisse macroscopique

=> densité très négative en scanner

=> signal de graisse en IRM
Myélolipome droit

Zones de densité de - 47 UH

Imagerie typique = pas de traitement
Application 4 :

                 Cortico surrénalome malin

Carcinome développé aux dépens de la cortico
surrénale

Volumineux syndrome de masse (en général > 3 cm)
Remaniements hémorragiques et/ou nécrotiques hétérogènes
Calcifié 30%
Tropisme veineux 5%
Envahissement veine rénale VCI
Non fonctionnel 40 - 50%
Femme de 63 ans
AEG,
syndrome de Cushing,
hyperandrogénie
Exemples
5UH
5UH = adénome
Phase

Adénocarcinome bronchique   signal   82   81
                                               Opposition de phase
Adénocarcinome bronchique

Scanner 1 an plus tard

      = métastase
Antécédent 0   douleurs abdominales

        Corticosurrénalome malin
Antécédent 0   douleurs abdominales

38UH   56mm
Antécédent 0    douleurs abdominales

38UH    56mm

Corticosurrénalome malin
Généralités
Différentiation TB – TM : Le point de vue du radiologue

    Place des biopsies pour étude anatomopathologique

1 Geste invasif (douleurs, risque d'hémorragie, etc quelques décès)

2 Pas toujours faisable de façon per cutanée

3 Les prélèvements ne sont pas toujours suffisants pour une étude
anatomopathologique correcte => risque de diagnostic erroné

=> bilan d'hémostase
=> hospitalisation

=> éviter les biopsies inutiles
Diagnostic des métastases (tous organes)
Problématique :
- un patient a ou a eu une tumeur maligne primitive
- l'imagerie met en évidence une tumeur sur un autre site

Comment confirmer ou infirmer la nature métastatique ?

1 Contexte : nature de la tumeur primitive, traitée ou non, ancienneté,
présence ou non d'autres lésions suspectes

2Aspect évolutif :
La tumeur existait elle sur des examens précédents ?
Modification de taille ?

3 Séméiologie de la tumeur en imagerie
Diagnostic des métastases

1 Contexte

Arguments contre métastase (aucun formel)

Tumeur primitive de petite taille
Tumeur primitive considérée comme guérie

Argument en faveur d'une métastase
Présence dans d'autres organes de lésions suspectes de
métastases
Tumeur primitive connue comme très métastasiante
Diagnostic des métastases
2 Aspect évolutif

Arguments contre métastase

Une imagerie montre que la tumeur était déjà présente 2 ans avant
et ne s'est pas modifiée

Argument en faveur d'une métastase
La tumeur était absente sur les examens antérieurs (< 2 ans) +++
La tumeur était présente, mais augmente “rapidement” de taille +++

L'aspect évolutif est très important, mais il existe des exceptions :
0,4 % des micronodules pulmonaires avec un temps de doublement
de plus de 600 jours sont malins
8 % des micronodules juxta pleuraux chez les fumeurs ont un temps
de doublement inférieur à 400 jours
Diagnostic des métastases
3 Séméiologie de la tumeur en imagerie

Arguments contre métastase

Aspect typique d'une lésion bénigne
Ex : angiome hépatique avec vascularisation en motte et signal très
intense en T2

Argument en faveur d'une métastase

Aspect caractéristique d'une métastase
Ex : lésion du foie hypovasculaire, hypointense en T1
Diagnostic des métastases
Récapitulatif : quand accepter ou réfuter le diagnostic
de métastase sans étude anatomopathologique ?

Chez un patient avec un tumeur primitive connue

Diagnostic métastase
- Lésion apparue depuis moins de 2 ans ou ayant fortement
augmenté de taille
- Lésions dans plusieurs organes ayant un aspect évocateur de
métastases
- Lésion ayant un aspect typique de métastase (IRM+++, le scanner
n'est pas assez riche en contraste pour une lésion unique)

Diagnostic d'autre tumeur
Aspect caractéristique d'une lésion bénigne

Autres cas
Étude anatomopathologique
Diagnostic des métastases
Exemple : angiome du foie - métastase

             Vascularisation        T1                     T2

Angiome vascularisation            hypo             hyper +++ (“liquidien”)
           En mottes

Métastase       hypo -             hypo             iso ou discret hyper
              vascularisation

Les métastases sont “toujours” hypointenses en T1, quelle que soit la localisation
T2
                                      T1 sans ART PORT TARDIF

Adénocarcinome bronchique
Bilan initial : nodule hépatique en
scanner.

Métastase ? Autre ?
T2
                                      T1 sans ART PORT TARDIF

Adénocarcinome bronchique
Bilan initial : nodule hépatique en
scanner.

ANGIOME et non métastase
T2
                                      T1 sans ART PORT TARDIF

Adénocarcinome colique
Bilan initial : nodule hépatique en
scanner.

Métastase ? Autre ?
T2
                                      T1 sans ART PORT TARDIF

Adénocarcinome colique
Bilan initial : nodule hépatique en
scanner.

Métastase
Diagnostic d'hépatocarcinome en imagerie

- Patient cirrhotique

- Nodule de plus d'un centimètre

- Nodule hypervascularisé

- Nodule avec wash-out (hypodensité ou hypointensité en phase
portale ou tardive)

Seul cas permettant d’affirmer un cancer en imagerie

Biopsie inutile si toutes les 4 caractéristiques sont réunies
sans   ART   PORT   TARDIF

Cirrhose
sans             ART   PORT   TARDIF

Cirrhose
3cm
Hypervascularisation
Washout
= CHC
Diagnostic différentiel d'une tumeur bénigne et
           d'une tumeur maligne :
       Le point de vue du radiologue
                              Conclusion

Diagnostic complexe

Relier au contexte clinique

Toujours comparer aux examens antérieurement réalisés +++

=> Réalisation d'une bilan d'extension initial d'excellente qualité

Se battre pour rechercher et comparer les examens antérieurs

Aspect en imagerie scanner IRM

Ne pas oublier la TEP
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