ISABELLE FAUST VIOLON FRANÇOIS COUPERIN + ALAGNA & KURZAK - LE CALENDRIER DES CONCERTS ÀPARIS ETEN ÎLE-DE-FRANCE - CADENCES
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L’ AC T UALI T E D E S CO N C ERTS E T D E L’ O PE R A
© Felix Broede
Isabelle Faust
[ n° 318 Novembre 2018 ]
Le calendrier
violon de s co nc e rts
François Couperin à p Aris et en
+ Alagna & Kurzak Île-de-France© Fondation Louis Vuitton/Marc Domage.
CONCERTS – RÉCITALS – MASTER CLASSES
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sommaire
LeS dossiers
Couperin, l’esprit français 2
Debussy, Images 10
© David Ignaszewski
© afc/Leemage
à Paris
Portrait 6
2 Isabelle Faust
Il y a 350 ans… L’actualité des concerts 8
Naissait François Couperin le 10 novembre voix 12
1668 à Paris, au sein d’une longue lignée Alagna & Kurzak
familiale de musiciens étalée sur plus d’un
siècle, tout comme les Bach en Allemagne contemporain 14
ou les Scarlatti en Italie. Si l’on trouvait au Gérard Grisey
xviie siècle nombre de virtuoses du clavier,
comme Clérambault ou Dandrieu, les piano 16
© SONY
Couperin furent assurément les plus grands Henri Barda
maîtres du clavecin et lui assurèrent ses plus
belles heures. François Couperin fut organiste
12 en fa mille 18
à Saint-Gervais presque toute sa vie, mais
également organiste du roi et musicien de
© Betty Freeman – Lebrecht/Leemage
la Chambre du Roi. La musique qu’il nous les concerts
a léguée rayonne d’élégance, de finesse à paris et
et d’esprit, mais aussi de naturel. François
en île-de-f rance 19
Couperin se chargeait aussi de former les
jeunes gens de l’aristocratie, et ses leçons
étaient, semble-t-il, très prisées. On raconte CD 26
que lorsqu’une carafe de vin bien remplie
était apportée à côté du clavecin avec une
miche de pain, le cours pouvait se prolonger
indéfiniment ! E.G.
14 Médias 28
Cadences • ISSN 1760 - 9364 • édité par les Concerts Parisiens • SARL au capital de 10 000 euros • 21, rue Bergère 75009 Paris • Tél. 01 48 24 40
63 • Fax 01 48 24 16 29 • Siret 44156960500013 • Directeur de la publication : Philippe Maillard • Publicité : Alexia Dufayet, tél. 01 48 24 40 63,
adufayet@cadences.fr • Rédacteur en chef : Yutha Tep • Chef de rubrique : Élise Guignard • Ont participé à ce numéro : Floriane Goubault,
Michel Fleury, Michel Le Naour • Conception graphique : fujiyama@wanadoo.fr • Diffusion : Sophie Borgès, sborges@cadences.fr •
Impression : RPN. Livry-Gargan • Tirage : 50 000 exemplaires • Abonnement : 9 nos 40 €
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novembre 2018 cadences 1DO s s i e r
François Couperin
l’esprit français
De l’homme on sait peu de choses : discret dans sa carrière, cants ? Ou au caractère réservé et peu mon-
moins prolifique que certains de ses contemporains, dain de Couperin qui néglige de les solliciter
François Couperin n’en est pas moins un compositeur pour lui-même ? Quoi qu’il en soit, il mènera
de talent, reconnu et admiré de son vivant. Auteur une carrière discrète à la cour jusqu’à la mort
de Louis XIV en 1715 : il donne des concerts,
d’un important corpus de pièces pour clavecin, il aspire,
occupe le poste de claveciniste pour la musique
dans sa musique de chambre surtout, à l’union des styles
de chambre du roi (à titre de remplaçant puis
français et italien.
F
officiellement au décès du titulaire) et publie
rançois Couperin naît de nombreuses œuvres, s’imposant comme
en 1668, dans une un compositeur majeur de son époque. Après
famille de musiciens 1715, l’insouciante légèreté de la Régence lui
dont il sera le plus il- convenant probablement moins que le sérieux
lustre représentant : son père des dernières années de règne de Louis XIV,
est organiste à Saint-Gervais Couperin s’implique de moins en moins dans
et son oncle, Louis Couperin les activités musicales de la cour. Il continue
(décédé en 1661), laisse de à enseigner le clavecin mais, sachant sa santé
nombreuses compositions. À fragile, prépare déjà sa succession en confiant
la mort de son père en 1679, ses charges à des membres de sa famille (sa
le jeune François est désigné charge d’organiste de Saint-Gervais à son cou-
pour le remplacer à l’orgue de sin Nicolas Couperin, le poste de claveciniste
Saint-Gervais (trop jeune, et du roi à sa fille Marguerite-Antoinette). Usé,
malgré son indéniable talent Couperin cesse progressivement de compo-
© afc/Leemage
au clavier, il attendra cepen- ser durant ses dernières années et s’éteint le
dant sa majorité pour succé- 12 septembre 1733.
der à son père, tandis qu’un
jeune musicien du nom de
Richard Delalande assure l’in-
Couperin,
térim). Bientôt, il publie ses premières compo- François Couperin maître du clavecin
sitions (deux messes d’orgue, curieusement les est le membre le plus
C
seules œuvres destinées à cet instrument dont illustre d’une grande ’est incontestablement la musique pour
il jouera toute sa vie) et se fait rapidement une dynastie de musiciens. clavecin qui participe à la grande renom-
réputation en tant que musicien : en 1693, il est mée de Couperin. Excellent claveciniste, pro-
nommé organiste de la Chapelle de Versailles ; fesseur apprécié, il a pourtant déjà plus de
l’année suivante, il est choisi pour enseigner quarante ans lorsqu’il publie, en 1713, le pre-
le clavecin à plusieurs membres de la famille mier de ses Quatre livres de clavecin dédiés à
royale. C’est à cette époque qu’il compose l’es- cet instrument (au total 27 suites, soit plus de
sentiel de sa musique sacrée, en particulier les 200 pièces). Ses nombreuses occupations, ainsi
sublimes Leçons de ténèbres. Pourtant, mises qu’une santé fragile, sont les raisons invoquées
à part sa charge d’organiste et sa fonction de par Couperin dans la préface pour expliquer
maître de clavecin, et malgré les faveurs dont le retard de sa publication : « J’aurais voulu
il jouit à la cour, Couperin n’accèdera jamais pouvoir m’appliquer il y a longtemps à l’im-
aux hautes charges de Versailles. La faute en pression de mes pièces, quelques-unes de mes
incombe-t-elle à l’ambitieux Delalande qui occupations qui m’en ont détourné sont trop
accapare une grande majorité des postes va- glorieuses pour moi pour m’en plaindre. […] ces
2 cadences novembre 2018paris
Maurice Ravel
Le Tombeau
de Couperin
© François Berthier
16 novembre – Maison
de la Radio
Philharmonique de Radio
Gaëtan Jarry dirigera son France. Dir. : Pascal Rophé.
Ensemble Marguerite Louise. Nelson Goerner, piano ; Hélène
occupations, celles de Paris, et plusieurs mala- Collerette, violon ; Nadine Pierre,
© B.-Ealovega
dies, doivent être des raisons suffisantes pour violoncelle.
persuader que je n’ai pu trouver au plus que le
temps de composer un aussi grand nombre de Hersant, Stravinski.
pièces ». Ce Premier Livre contient donc des
pièces composées depuis quelques années déjà,
1917. La guerre fait rage. Ravel qui, malgré sa constitution chétive, avait
tandis que d’autres paraissent vraisembla-
tant bien que mal réussi à participer au conflit en intégrant le service des
blement contemporaines de l’année de publi-
convois automobiles, est tombé malade. Convalescent, accablé par la mort
cation. Couperin s’émancipe déjà de la coupe
de sa mère qui survient le 5 janvier 1917, il se retrouve seul à Paris : « Mo-
classique des suites pour instrument seul de
ralement, c’est affreux », écrit-il à son amie et marraine de guerre, Mme
l’époque, dont le noyau principal est la tradi-
Fernand Dreyfus. Définitivement réformé en juin, Ravel s’installe à Lyons-
tionnelle succession « allemande, courante,
la-Forêt et se remet doucement à la composition : « Enfin, je travaille. Ça fait
sarabande, gigue ». Ses suites, qu’il appelle
supporter tant de choses. » Il entreprend de terminer une suite pour piano
« ordres », comprennent de nombreuses pièces
commencée avant la guerre à Saint-Jean-de-Luz, Le Tombeau de Couperin,
intercalées entre les pièces habituelles (allant
qu’il achève en novembre 1917.
parfois jusqu’à près de vingt morceaux) : des
danses mais aussi des pièces de caractère, par- Contrairement à ce que le titre laisse donc, mais également hommage à
fois de forme libre, uniquement liées par une penser, l’œuvre n’est pas exclusi- ceux qui sont tombés sous le feu de
tonalité commune. Avec le Second Livre (1717), vement un hommage à Couperin. l’ennemi. Car le compositeur dédie
Couperin commence à stabiliser la forme de Ravel déclare qu’il « s’adresse moins chacun des mouvements de la pièce
ses ordres : le nombre de pièces dans chaque, au seul Couperin lui-même qu’à la à l’un de ses amis morts au com-
moins nombreuses mais plus longues et réu- musique française du xviiie siècle ». bat : les lieutenants Jacques Char-
nies par une même atmosphère, se fixe entre Sa forme rappelle effectivement les lot (Prélude), Jean Cruppi (Fugue)
six et douze. Couperin accorde de plus en plus suites de danses de cette époque, et Gabriel Deluc (Forlane), Pierre et
d’importance aux pièces descriptives dont les très prisées dans la musique instru- Pascal Gaudin (Rigaudon), le fils de
titres, souvent explicites (des portraits, des évo- mentale : Prélude, Fugue, Forlane, sa marraine de guerre Jean Dreyfus
cations de la nature…), reflètent l’imagination Rigaudon, Menuet et enfin Toccata. (Menuet) et le capitaine Joseph de
du compositeur. Il n’est certes pas le premier Bien que l’œuvre ait été composée Marliave (Toccata). C’est l’épouse
à doter ses pièces de titres, mais il va plus loin pendant la guerre (et malgré l’urne de ce dernier, la pianiste Margue-
que quiconque dans la caractérisation musi- funéraire, dessinée de la main rite Long, qui jouera l’œuvre pour
cale de ses sujets. Tantôt tendres et charmants, même de Ravel, en couverture de la première fois le 11 avril 1919 à la
tantôt burlesques voire satiriques, les portraits l’édition), il n’y a aucune connota- salle Gaveau. La même année, Ravel
des personnages qu’il dépeint sont facilement tion funèbre au terme « tombeau ». orchestre quatre des six pièces (Pré-
identifiables grâce à l’ingéniosité du composi- Au xviiie siècle, le tombeau est un lude, Forlane, Menuet et Rigaudon)
teur à traduire en musique les qualités person- genre musical en un ou plusieurs pour un ensemble se rapprochant
nelles de chacun. Couperin use d’une variété mouvements en hommage à une de ceux du xviiie. Cette version sym-
infinie d’ornements, les enchaine, les super- personne, parent, ami ou person- phonique, créée le 28 février 1920
pose, et surtout les note consciencieusement nage public. L’œuvre de Ravel aux Concerts Pasdeloup, est réuti-
sur la partition (habituellement, les ornements s’inscrit parfaitement dans cette lisée quelques mois plus tard par
étaient laissés à la libre interprétation des mu- tradition puisque le Tombeau de les Ballets suédois pour une version
siciens). Dans la préface de son Troisième Livre Couperin se présente même comme dansée de la Forlane, du Menuet et
(1722), il insiste d’ailleurs sur l’importance de un double hommage : hommage à du Rigaudon.
ces ornements et déplore les trop nombreuses la musique française du xviiie siècle
interprétations qui n’en tiennent pas compte :
novembre 2018 cadences 3DO s s i e r
© David Ignaszewski
© Marc Borggreve
expressifs tels qu’on en trouve fréquemment
chez Corelli), Couperin insuffle à ses pièces un
esprit typiquement français avec des mélodies
gracieuses et élégantes, et des airs tendres dans
« C’est une négligence qui n’est pas pardonnable, De gauche à droite, le style de Lully. Chaque pièce est dotée d’un
d’autant qu’il n’est point arbitraire d’y mettre Jordi Savall sera à la titre qui reflète son caractère principal : La
tels agréments qu’on veut. Je déclare donc que tête de son Concert des Pucelle (pour la première sonate), La Superbe…
mes pièces doivent être exécutées comme je les Nations et Skip Sempé du Les Concerts royaux (joués entre 1714 et 1715)
ai marquées ». Si le ton des pièces s’allège dans Capriccio Stravagante. sont « d’une autre espèce » comme le souligne
ce Troisième Livre, il retrouve un peu de gra- Couperin dans sa préface : composées pour un
vité au fil du Quatrième Livre, publié en 1730, petit ensemble dont l’orchestration n’est pas
soit trois ans avant la mort de Couperin. définie, destinées au divertissement du roi, les
25 novembre – Chapelle
En 1716, entre le Premier et le Second Livre, pièces sont très françaises dans leur écriture.
Royale, Château de Versailles
Couperin publie L’Art de toucher le clavecin Mais l’union des styles revient dans le recueil
Ensemble Marguerite Louise. Dir. :
dans lequel il s’adresse à quiconque souhaite G. Jarry. C. Achille, V. Thomas, sopranos ; suivant, les fameux Goûts réunis ou Nouveaux
aborder son œuvre. Dans la préface de son J. Spicher, haute-contre ; D. Witczak, Concerts : « Le goût italien et le goût français ont
Second Livre, il indique que ce traité est « abso- basse-taille ; F. Desenclors, grand orgue. partagé depuis longtemps (en France) la Répu-
lument indispensable pour exécuter mes pièces Couperin, Messe Royale. blique de la Musique ; à mon égard, j’ai toujours
dans le goût qui leur convient ». Riche d’infor- estimé les choses qui le méritaient, sans accep-
28 novembre – Salon
mations sur le jeu du clavecin (sur la position tion d’auteurs, ni de nation » (préface). Encore
d’Hercule, Château de
à adopter au clavier, sur les doigtés, les orne- très proches du style français, ces pièces pos-
Versailles
ments…), il témoigne des exigences de Coupe- Capriccio Stravagante. Dir. : Skip Sempé. sèdent néanmoins quelques accents italiens.
rin quant à l’interprétation de ses pièces. Perinne Devillers, Adèle Carlier, Rachel Mais surtout, Couperin clôt son recueil avec
Redmond, sopranos. Virgile Ancely, basse. une « grande Sonade en Trio » intitulée Le Par-
Couperin, Dans un goût théâtral.
La musique de chambre nasse ou l’Apothéose de Corelli, sonate à l’ita-
lienne donc, et dans le plus pur esprit corellien.
4 décembre – Chapelle
ou l’union des styles Royale, Château de Versailles
L’œuvre trouvera son pendant dans L’Apo-
Le Concert des Nations. Basse de viole & théose à la mémoire de l’incomparable M. de
L e titre explicite du recueil Les Goûts réunis
(1724) affiche sans équivoque le souhait de
Couperin de conjuguer les styles français et ita-
dir. : Jordi Savall. Couperin, Les Nations. Lully : presque œuvre de théâtre à programme
(chacun des mouvements étant doté d’un titre),
ce trio grandiose se fait le défenseur des idées
lien. Mais cette volonté émerge dès les années de Couperin lorsque « Apollon persuade Lully
1690 avec la composition de ses premières et Corelli que la réunion des goûts français et
sonates en trio. Celles-ci s’inspirent ostensible- repères italiens doit faire la perfection de la musique ».
ment de Corelli, « dont j’aimerai les œuvres tant Enfin, dans son recueil Les Nations (1726), Cou-
1668 : naissance de François Couperin
que je vivrai » déclare Couperin (préface du perin poursuit son but ultime de fusion des
1693 : organiste de la Chapelle du roi
recueil de sonates Les Nations). Avec ces pre- styles : quatre suites de danses à la française,
1694 : maître de clavecin à Versailles
mières sonates en trio, Couperin est l’un des chacune associée, en prélude, à une sonate en
premiers à mettre en avant le violon dans des 1696 : est fait chevalier par le roi trio à l’italienne (dont trois appartiennent aux
pièces de musique de chambre (jusque-là can- 1713 : publication du Premier Livre premières sonates du compositeur mais dont
de clavecin
tonné au répertoire de danse, on lui préfère, en les titres ont été changés pour l’occasion).
France, le luth ou la viole considérés comme 1714 : publication des Leçons Les dernières œuvres de musique de chambre
de ténèbres du mercredi saint
« plus nobles »). Il revendiquera d’ailleurs plus de Couperin seront des pièces pour viole (1728),
1716 : obtient la survivance de
tard le caractère inédit de ces œuvres : « La deux suites réunissant une dernière fois les
la charge de claveciniste royal
Première sonade de ce recueil fut aussi la pre- nations : la première est une suite de danses
1722 : publication des Concerts
mière que je composais, et qui ait été composée royaux
à la française tandis que la seconde, une suite
en France » (préface des Nations). Si la forme de pièces libres, rappelle la coupe d’une sonate
1724 : publication des Goûts réunis
de ces sonates est calquée sur le style italien italienne. Graves de caractère, elles seront
1726 : publication des Nations
(écriture en trio, structure da chiesa avec une publiées l’année même de la mort de Marin
12 septembre 1733 : mort
succession de mouvements plutôt qu’une suite Marais, illustre maître de la viole de gambe.
de Couperin
de danses, sans compter l’utilisation de retards • Floriane Goubault
4 cadences novembre 2018Le Danube bleu en musique
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détail des prestations et les conditions générales de vente. Licence n° IM075150063. Création graphique : OceanoGrafik.fr - Crédits photos : © Shutterstock.les concerts
do
p urm
troa
i si t
Isabelle Faust
en toute liberté
Rares sont les artistes servant avec un tel génie – et Mais ces musiciens arrivaient avec une pratique
une telle humilité – un répertoire allant de Bach aux affutée du répertoire antérieur. Pour eux, Men-
créations contemporaines, en passant par Mozart, delssohn s’est révélé une expérience musicale
Beethoven, Schumann et Berg. Le monde musical voue aux allures de mini-tremblement de terre. Ils
en ont tiré un sentiment extrêmement fort et je
à Isabelle Faust une véritable adulation, à la hauteur
crois que des orchestres de ce type sont plus sus-
d’une personnalité exceptionnelle.
ceptibles de ressentir pleinement les nouveautés
contenues dans ces partitions, nouveautés que le
public d’aujourd’hui connaît par cœur et qui ne
le surprennent donc plus. » C’est précisément ce
saisissement d’alors qu’Isabelle Faust tente de
ressusciter. Le disque qui paraît en ce mois de
novembre chez Harmonia mundi, des sonates
de Mozart aux côtés de son cher Alexander
Melnikov au pianoforte, apporte une pierre de
plus à un édifice passionnant.
Renouveler
son approche
L e concerto de Beethoven, qu’elle joue si
©Felix Broede
souvent, a bénéficié de cette cure de jou-
vence : « Il a été très important pour moi de re-
nouveler cette même approche dans Beethoven,
D
de questionner par exemple la manière d’articu-
ans sa glorieuse maturité, Isabelle ler, d’utiliser le vibrato et mille autres choses.
28 et 29 novembre –
Faust n’hésite pourtant jamais à Mes deux enregistrements de cette œuvre me
Philharmonie de Paris
tout remettre en cause, soucieuse de Orchestre de Paris. Dir. : Daniel Harding. semblent être tous les deux valables et j’en suis
servir chaque partition avec la plus Beethoven, Concerto pour violon ; extrêmement fière. Je pense notamment à celui
grande honnêteté possible. Cette démarche Mahler, Symphonie n° 1 que j’ai réalisé avec mon maître bien-aimé,
passe par une attention minutieuse accordée, Claudio Abbado, mais il y a indiscutablement
pour la musique des xviiie et xixe siècles, à ce que 16 avril 2019 – Théâtre d’autres façons de jouer ce concerto qui me sont
des Champs-Élysées
l’on appelle de manière imparfaite mais utile aujourd’hui très chères et qui me viennent des
Bach : intégrale des Sonates et partitas
« l’interprétation historiquement informée », pour violon seul formations familières d’une musique antérieure
tâtant avec génie des cordes en boyau – ce que à Beethoven. » Avec l’Orchestre de Paris, elle
Isabelle Faust appelle, avec humour, « regar- pourra compter sur la baguette de son vieux
der à gauche ». Dans ce domaine, elle compte complice Daniel Harding : « Ce qui est inté-
des partenaires chers à son cœur, notamment ressant, c’est que ce sera notre première colla-
le brillant Freiburger Barockorchester pour le boration dans ce concerto. Je sais que Daniel
classicisme et le romantisme : « Avec eux, j’ai a beaucoup d’interrogations sur cette œuvre
eu une expérience marquante dans le concerto auxquelles il n’a pas forcément encore trouvé
de Mendelssohn lorsque nous l’avons enregis- de réponses. Il m’a toujours dit : « Je veux voir
tré ensemble. De manière tout à fait incroyable, comment toi tu le fais », c’est un sujet de plai-
c’était la première fois qu’il jouait cette œuvre. santerie fréquent entre nous. Je suis sûr qu’à
6 cadences novembre 2018en couverture
prend certains lors de ses études, parce qu’évi-
demment on les travaille auprès d’un professeur.
On s’adapte, on imite éventuellement d’autres
grands musiciens. L’œuvre est techniquement
tellement redoutable qu’on est obligé de décou-
vrir une manière de simplement la conquérir, ce
qui vous pousse dans une certaine direction – il
s’agit en fait de la voie la plus facile. Mais si l’on
n’y prend pas garde – surtout lorsque l’on est
très jeune –, les doigts et les muscles trouvent
leur propre chemin et il y a des automatismes
qui s’installent. » L’enregistrement pour Har-
© Felix Broede
3 CD monia mundi publié en 2010 a provoqué un
réexamen radical de son approche : « Cela a
demandé un grand travail de recherches très
approfondies et j’ai essayé d’être la plus sérieuse
possible, de questionner le plus intelligemment
tous les deux, nous allons trouver quelque chose
et surtout le plus honnêtement possible tout ce
de très particulier dans Beethoven. Je suis une
que je savais sur Bach. Une fois tout ce travail
admiratrice totale de Daniel, nous avons une es- Johann Sebastian Bach complété, j’ai essayé de faire tabula rasa et de
time immense l’un à l’égard de l’autre. Je trouve Intégrale des Sonates & partitas
réapprendre dans une esthétique qui n’était pas
qu’il s’est développé d’une manière fantastique pour violon seul
2 CD Harmonia mundi forcément celle avec laquelle j’avais grandi. Na-
ces dix dernières années. Nous avons fait tant
turellement, au début, cela sonnait un peu forcé,
de choses ensemble : nous avons enregistré le
artificiel. J’ai dû remettre toutes les cartes sur
concerto de Brahms, ceux de Bartók, nous avons
la table et reformer une certaine interprétation,
fait des tournées avec Dvorák, Berg et surtout
puis la faire vivre émotionnellement. Ce travail
Schönberg. »
commencé il y a dix ans murit toujours davan-
tage et me donne toujours plus de liberté. »
Toujours plus de liberté Beethoven
Concerto pour violon.
Regardant « à gauche », Isabelle Faust s’émer-
veille de la beauté des Sonates du Rosaire de
E
Alban Berg : Concerto
n avril 2019, cette fois au Théâtre des « À la mémoire d’un ange » Biber qu’elle a abordées à Salzbourg cet été,
Champs-Élysées, Isabelle Faust s’avancera Orchestra Mozart, avec cinq violons différents dans ses bagages.
seule, avec la simple compagnie de son violon Claudio Abbado (direction). Se tournant « à droite », elle défend avec pas-
et de son archet, pour l’Himalaya de la littéra- 1 CD Harmonia mundi sion le concerto d’Ondřej Adamek qu’elle a
ture pour son instrument. Les Sonates et Parti- créé à Munich en décembre 2017 puis repris
tas de Bach ont trouvé en elle un porte-parole au Festival Musica de Strasbourg il y a peu,
incomparable : « Mon travail sur ce recueil est en attendant celui que Peter Eötvös lui a écrit.
similaire à celui que j’ai effectué avec Beethoven. Loin de s’effrayer d’un répertoire aussi large,
Il s’agit bien sûr d’une œuvre majeure dans le ré- elle s’enthousiasme : « Cela ne peut qu’être enri-
pertoire du violon et j’ai touché à cette musique Mendelssohn chissant, une chance fantastique. Avec chaque
à l’âge de sept ans. Depuis, je n’ai jamais passé Concerto pour violon, œuvre que je découvre ou redécouvre, j’ai le sen-
une période prolongée sans jouer au moins une Symphonie n° 5, Les Hébrides. timent d’ajouter une couleur supplémentaire à
Freiburger Barockorchester,
sonate ou une partita. Elle est donc inscrite dans un kaléidoscope, un autre élément à ma person-
Pablo Heras-Casado (direction).
mon ADN, dirais-je. Certains éléments se déve- 1 CD Harmonia mundi nalité musicale, à ma personnalité tout court ».
loppent sans que l’on se rende compte. On en ap-
• Yutha Tep
novembre 2018 cadences 7les concerts
du mois
Ensemble Les Surprises
Le 16 novembre (Auditorium du Louvre)
Le jeune ensemble Les Surprises,
sous la direction de Louis-Noël Bes-
tion de Camboulas, a le vent en
poupe et émerveille par ses couleurs,
son souffle et la complicité évidente
qui unit les musiciens. Il propose un
concert sur la nature dans le réper-
© D.R.
toire baroque. Un thème qui a su
inspirer bien des compositeurs de
l’époque, s’amusant dans le mimétisme des éléments naturels :
fracas des tempêtes, murmure des ruisseaux, ondulations du
vent… Grandiose, menaçante ou apaisante, la nature paraîtra
sous tous ses visages dans des œuvres instrumentales de Ra-
meau (extraits de Platée, Les Surprises de l’Amour…), Rebel ou
encore de Destouches.
Martina Batič, direction
Le 18 novembre (Maison de la Radio)
Arrivée à la tête du Chœur de Radio
France il y a deux mois, succédant à
Sofi Jeannin, la cheffe slovène dirige
un programme romantique alle-
mand. Elle a déjà eu l’occasion de tra-
vailler ce répertoire avec le chœur
l’année dernière, lors d’un concert
© Picasa
qui avait fait parler de lui et qui pro-
met une collaboration fructueuse
pour les trois années à venir. Pour ce concert seront donnés
entre autres des Psaumes de Mendelssohn, des Lieder et des
Valses de Brahms, Der Feuerreiter de Wolf… Pour accompagner
le chœur dans ce voyage musical passionné, deux pianistes
seront de la partie : David Selig et la jeune Caroline Marty.
Orchestre Français des Jeunes baroque
Le 19 novembre (Théâtre des Bouffes du Nord)
L’Orchestre Français des Jeunes ba-
roque permet à de jeunes musiciens
de travailler le répertoire des xviie et
xviiie siècles sur instruments anciens,
et auprès des plus grands chefs du
milieu baroque (Christophe Rousset,
Paul Agnew…). Aujourd’hui il conti-
© D.R.
nue sur sa lancée avec Rinaldo Ales-
sandrini à sa tête. Pour ce concert, on
pourra entendre les Water Music de Händel, composées pour
le roi de Grande-Bretagne George 1er. Ce sont des musiques
d’apparat, qui furent jouées pour accompagner une fête sur
la Tamise. Les mouvements lents sont empreints d’une grande
douceur, tandis que les mouvements de danse brillent de vir-
tuosité dans l’ornementation et le rythme. Un monument.
8 cadences novembre 2018paris
Festival La Dolce Volta
Le 24 novembre (Salle Gaveau)
Apparu en 2011, le label La Dolce Vol-
ta a toujours mis la barre très haut,
ne sortant que quelques albums par
an mais qui sont chacun l’aboutisse-
© Jean-Baptiste Millot
ment d’un long travail marqué d’une
identité forte. Pour son premier fes-
tival, le label réunit lors de quatre
concerts plusieurs artistes avec qui
il collabore : Geoffroy Couteau et le
Quatuor Hermès, qui font partie des jeunes artistes français les
plus en vue de la scène internationale, le jeune prodige belge
Florian Noack, Philippe Cassard et Cedric Pescia qui joueront
du Schubert à quatre mains avec cette élégance racée qu’ils
ont en commun, et Vanessa Wagner, toujours époustouflante
de justesse dans ses interprétations. Le piano est à l’honneur !
Elisabeth Leonskaja, piano
Le 27 novembre (Théâtre des Champs-Élysées)
C’est un programme entièrement
dédié à Schubert que présente Elisa-
beth Leonskaja. Elle interprètera la
Wanderer-Fantasie, qui est probable-
© Marc Borggreve
ment l’une des œuvres pour piano
les plus virtuoses que composa le
musicien. Avec son thème tiré du
Lied Der Wanderer, la pièce montre
une brillance peu commune chez lui.
La Sonate n° 21 D. 960, l’un des autres monuments que Schu-
bert nous a laissés composé deux mois avant sa mort, est aussi
au programme. La Sonate n° 3 D. 459 complète cet ambitieux
concert, à la mesure de la pianiste russe autrichienne, dont
l’aboutissement artistique n’a d’égal que la modestie.
Salieri, Tarare
Le 28 novembre (Cité de la Musique)
Bien souvent laissée dans l’ombre de
celle de Mozart, la musique d’Antonio
Salieri était pourtant appréciée à sa
juste valeur de son temps. Elle est au-
© Eric Larrayadieu
jourd’hui réhabilitée peu à peu et l’on
redécouvre de vrais trésors, comme
ce Tarare. Basé sur un livret de Beau-
marchais qu’on pourrait dire révolu-
tionnaire, l’opéra est une critique du
despotisme et fut pendant longtemps l’un des plus grands suc-
cès de l’Opéra de Paris ! On a hâte de l’entendre par les Talens
Lyriques de Christophe Rousset et les Chantres du CMBV de
Versailles, qui entourent un casting de chanteurs de première
classe. Une première représentation aura lieu à l’Opéra Royal
de Versailles le 22 novembre.
novembre 2018 cadences 9DO s s i e r
Debussy
Images quatrième prélude du Livre I, renvoie d’ail-
Les Images sont l’aboutissement du projet musical
impressionniste de Debussy. Leur matière musicale, tour leurs à Baudelaire (« Les sons et les parfums
à tour pointilliste ou fauviste, anticipe sur Stravinski et tournent dans l’air du soir »). En effet, il s’agit
même, sur la musique aléatoire des années 1960. pour le musicien de faire ressentir non seule-
D
ment des impressions auditives, mais aussi des
onner à la percep- perceptions visuelles ou olfactives. Il est pos-
tion sensorielle la sible, par un raisonnement analogique, de défi-
prééminence sur le nir une technique musicale de l’impression-
mécanisme intellec- nisme, la couleur (harmonie, timbre) prenant
tuel de la conceptualisation et comme en peinture le pas sur la ligne (mélodie,
parvenir ainsi à un authen- contrepoint). L’impressionnisme de Debussy a
tique réalisme : tel fut le projet soulevé des polémiques, certains le contestant
du courant artistique que l’on au point de faire du musicien français l’incar-
dénomme aujourd’hui « im- nation du symbolisme en musique. Ce point de
pressionnisme ». Il s’illustra vue scolastique oppose artificiellement deux
au départ dans la littérature notions qui ne se situent pas sur le même plan.
© United Archives-Leemage
(Edmond et Jules de Goncourt, L’impressionnisme est davantage une question
Verlaine) ; la peinture emboîta de technique ; le symbolisme concerne plutôt
le pas (Monet et ses amis ex- des thèmes d’inspiration. Ainsi L’Après-midi
posent au salon de 1874). La d’un faune ou Pelléas sont-ils des œuvres d’ins-
prééminence de la couleur piration symboliste utilisant une technique
sur la ligne et la restitution du impressionniste pour traduire les images, les
stimulus à l’état brut (en pein- sentiments et les sensations associés au sujet.
ture au moyen de la touche
divisée) s’accompagnent de la dissolution des
cadres formels fournis par la raison conceptua-
Tissée de rêves
insaisissables, la musique
L’archétype
lisante. Le flou accompagnant la dilution des de ce magicien des sons
semble écrite par les fées ou
de l’impressionnisme
formes précises jusqu’ici prévalentes a pour
conséquence d’accroître l’emprise du rêve sur le Dieu Pan en personne… en musique
l’art. L’impressionnisme dissout le réel dans
le rêve, et débouche même, chez Whistler ou
le dernier Monet, sur l’art abstrait. Il pourrait
prendre pour devise cette phrase de l’écrivain
L e triptyque orchestral intitulé Images est
d’ailleurs, du propre aveu de l’auteur,
l’aboutissement de ses recherches en matière
anglais Richard Jefferies : « Ces pensées et ces d’impressionnisme : il essaie en effet « de faire
sentiments qui ne sont pas définis avec précision, autre chose, en quelque sorte des réalités, que les
mais qui s’entourent d’une brume de distance imbéciles appellent impressionnisme, terme aus-
et de beauté, sont toujours les plus précieux. » 24 novembre – Philharmonie si mal employé que possible, surtout par les cri-
Compte tenu du décalage avec les autres disci- Orchestre National Bordeaux Aquitaine. tiques qui n’hésitent pas à en affubler Turner, le
plines artistiques, en musique, le coup d’envoi Dir. : Paul Daniel. Henri Demarquette, plus beau créateur de mystère qui soit en art ! »
ne fut donné qu’en 1892 par Debussy avec son violoncelle. Dutilleux, Tout un monde (lettre de mars 1908 à l’éditeur Durand) éter-
lointain ; Ravel, Boléro.
Prélude à l’après-midi d’un faune. La théorie nel provocateur et contempteur des critiques,
des correspondances est la pierre angulaire Debussy rejette la terminologie qui demeurait
de l’impressionnisme musical : l’un des chefs- alors entachée de la connotation négative de
d’œuvre de l’impressionnisme debussyste, le l’exposition de 1874. Dans son livre sur Debussy,
10 cadences novembre 2018© Roberto Giostra
paris
© Roberto Giostra
Koechlin contestera encore l’usage du terme ; L’Orchestre National partie centrale, « Iberia », est elle-même un trip-
aujourd’hui, avec le recul, toute nuance péjora- Bordeaux-Aquitaine sera tyque (« Par les rues et par les chemins », « Les
tive a disparu. Cette phrase cruciale constitue placé sous la direction de Parfums de la nuit » et « Le Matin d’un jour de
l’aveu sans équivoque d’un projet de musique son chef attitré Paul Daniel. fête »). « Les Parfums de la nuit » est la plus lan-
« impressionniste » ; elle réduit à néant les pon- goureuse, la plus sensuelle et la plus évocatrice
cifs négationnistes de l’impressionnisme de de toutes les pièces que l’Espagne inspira à De-
Debussy, aujourd’hui bien éculés. Les Images bussy. Le début (« lent et rêveur ») rend compte
se composent de trois parties sans liens directs, des rumeurs les plus ténues flottant dans l’air
chacune se rapportant à un folklore imaginaire repères de la nuit avec la précision d’un sismographe
propre à trois pays : le Royaume Uni (et plus (une plainte mélancolique du hautbois perçant
1862 : naît le 22 août à Saint-Germain-
spécialement : l’écosse) (« Gigues »), l’Espagne en-Laye
le voile des accords tenus par les cordes dans
(« Iberia ») et la France (plus spécialement l’Île- le registre aigu, le rythme d’une habanera loin-
1872-1882 : études au Conservatoire
de-France) (« Rondes de printemps »). Leur de Paris taine aux bassons et au tambourin). Réfrac-
caractère disparate encourage à les exécuter 1880 : devient précepteur de musique tant la moindre vibration de l’atmosphère, la
séparément ; « Iberia » est la plus souvent jouée à Saint-Pétersbourg chez Madame von musique reste longtemps dans un état de tor-
et a acquis une relative célébrité. Le caractère Meck, égérie de Tchaïkovski peur somnolente, de vagues fragments théma-
insaisissable et presque immatériel de leur 1885-1887 : séjour à la Villa Médicis tiques tissant de leurs fugitives apparitions une
substance musicale (dans ses derniers avatars à Rome (Prix de Rome) texture sonore insaisissable, jusqu’à ce qu’un
(Images et Jeux), l’impressionnisme debus- 1888 : La Damoiselle élue, cantate motif de tierces fasse irruption, frémissant
syste visait à une « dématérialisation » du son sur un poème préraphaélite de Dante de passion, pour mener à un climax intense
Gabriel Rossetti
et à une trame musicale « tissée de rêves » : un et expressif. à la fin, avec la transition vers le
aboutissement à mettre en parallèle avec le 1889 : Arabesques pour piano finale (« Le Matin d’un jour de fête »), dans la
dernier Monet) a dérouté plus d’un auditeur et 1890 : Suite bergamasque pour joyeuse résonance de cloches et de fanfares par
piano
l’audition de l’intégralité du triptyque au cours ton entier, l’impressionnisme atmosphérique
d’un même concert peut être difficile. Turner et 1894 : Prélude à l’après-midi
fait place à un impressionnisme « truculent »,
d’un faune
Constable ont été les précurseurs de l’impres- véritable torrent sonore où jouent des coudes,
1899 : Trois Nocturnes, premier
sionnisme pictural, et les brumes noyant de dans une clarté aveuglante, des fragments dé-
mariage (Lilly)
rêve tel paysage londonien nocturne de Whist- cousus de chants et de danses. Aucun plan ne
1902 : Pelléas et Mélisande
ler s’accordent bien avec la prédilection pour le régit ces lambeaux sonores culbutant les uns
1903 : Estampes pour piano
rêve, le flou et l’indécis d’une part importante sur les autres pour se combiner en une sublime
1904 : Images pour piano, cahier I
de l’art et de la littérature britanniques. Debus- confusion ; ce véritable « mardi gras » sonore,
sy montra un penchant constant pour cette am- 1905 : La Mer conjuguant la technique pointilliste aux coloris
biance très « british » telle qu’elle est décrite par 1907 : Images pour piano, cahier II rutilants des fauves, anticipe sur les musiques
son ami Gabriel Mourey dans son livre Passé le 1908 : divorce de Lilly, second mariage aléatoires des années 1960. Dans les « Rondes
(Emma Bardac)
détroit (Ollendorf, Paris, 1895), et cette atmos- de printemps », il émane de l’introduction une
phère, humour anglais inclus, imprègne bon 1911 : Le Martyre étrange sensation de froid : le printemps est
de Saint Sébastien
nombre de ses compositions. Les « Gigues » (qui perçu comme un prolongement de l’hiver au
1912 : Images pour orchestre,
s’inspirent d’authentiques gigues écossaises) travers duquel le retour de la vie peine à se
Préludes pour piano
sont particulièrement illustratives d’un état frayer une voie. Des particules thématiques aux
1913 : Jeux (poème chorégraphique)
d’esprit ambigu, à la fois triste et doucement bois sont gagnées par une effervescence ver-
1915 : Etudes pour piano
ironique, qui laisse entrevoir les évolutions nale au-dessus d’un trémolo en harmoniques
1917 : Sonate pour violon
d’un Pierrot triste au travers des volutes d’un des cordes, qui suggère le dégel : un passage
et piano
brouillard londonien moiré de soleil à l’image prémonitoire du Sacre du printemps.
1918 : meurt d’un cancer
de certaines vues londoniennes de Whistler. La
• Michel Fleury
novembre 2018 cadences 11voix
Alagna & Kurzak
Les voix de l’amour
L’un et l’autre au sommet de
leur art, Roberto Alagna et
Aleksandra Kurzak forment
un couple lyrique qui fait les
délices de la cohorte de leurs
admirateurs. Dans le cadre des
Grandes Voix au Théâtre des
Champs-Élysées, ils proposent
un récital commun, reflet de
leur enregistrement puccinien
qui paraît en ce moment sous
étiquette Sony.
À
la question de savoir à quels extraits
de leur nouveau disque Puccini publié
par Sony Classical, vont leurs préfé-
rences, Roberto Alagna et Aleksandra
© SONY
Kurzak répondent d’une seule voix : « Fanciulla
et Tabarro ! ». Il s’agit bien sûr des duos Minnie
che dolce nome de La Fanciulla del West et E bel
altro il moi sogno de Il Tabarro. Tout au long de
l’entretien, les signes de complicité se multiplie-
Aleksandra Kurzak et
Roberto Alagna forment
La musicienne
ront, illustrant les affinités humaines naturelle- un couple, à la scène
comme à la ville, mais
et le chanteur
ment, mais aussi artistiques que ces deux-là par-
À
tagent. Cet enregistrement s’affirme le résultat les Parisiens devront vrai dire, cet enregistrement constitue
attendre mars 2019 pour
d’une passion commune, en premier lieu pour certainement une entreprise singulière,
les voir réunis de nouveau.
Aleksandra : « Pour moi, ce disque est un rêve qui comme le souligne le ténor tout en décrivant
se réalise. Je suis tombée amoureuse de Puccini leurs intentions musicales : « Il me semble que
dès la tendre enfance. J’ai eu un plaisir presque c’est la première fois que l’on fait un disque de
animal à l’enregistrer ». Son Roberto adoré n’est duos de Puccini, ce qui prouve sans doute la diffi-
pas moins satisfait : « Avec tout ce que j’ai chanté culté de la démarche. On peut faire beaucoup d’ef-
jusqu’à maintenant, je trouve presque miracu- fets dans Puccini mais cela peut devenir un peu fa-
leux d’avoir encore la possibilité de faire quelque tiguant. Nous avons cherché au contraire à rester
chose comme ce disque. Il y a évidemment une dif- sobre, aussi bien dans le chant qu’à l’orchestre.
férence d’âge, une différence de répertoire aussi. Nous avons cherché également des tempi qui ne
Malgré tout cela, nous entrons dans une musique s’étirent pas, avec du mouvement, et de chanter
commune avec des voix qui s’accordent parfaite- avec des voix fraîches sans effet appuyé ». Et Alek-
ment. Cela semble un détail mais je vous assure sandra de renchérir : « L’intention était de vrai-
que pour des chanteurs, c’est essentiel. Je pourrais ment traduire la musique telle qu’elle est écrite
6 novembre – Théâtre
par exemple avoir une voix plus sombre, moins dans la partition. Quand il est écrit mezzo voce, je
des Champs-Élysées
brillante qui n’irait pas avec la sienne, un phrasé chante mezzo voce. Si je lis pianissimo, je chante
Roberto Alagna, ténor ; Aleksandra
ou un goût complètement différents du sien. Or, ce Kurzak, soprano. Orchestre Lamoureux. pianissimo. Souvent, nous avons un Puccini chan-
n’est pas le cas et j’en suis tous les jours le premier Dir. : Emmanuel Plasson. té avec une grande voix, mais en permanence
surpris ». Puccini, airs et duos d’opéras. dans la nuance forte et sans changement de cou-
12 cadences novembre 2018paris
leur. Or, la musique de Puccini, c’est la couleur ».
Cette rigueur musicale a toujours figuré parmi
les éminentes qualités de la soprano, un fait que
son époux ne manque pas de mettre en avant :
« Aleksandra a un passé d’instrumentiste que l’on
entend dans son chant et dans sa phrase musicale.
Elle a été premier violon dans un orchestre et elle
est habituée à mener. Nous avons fait récemment
un Falstaff tous les deux et il était impressionnant
de constater à quel point Aleksandra en Alice tient
tout le monde dans les ensembles. Dans les duos,
elle insuffle toute cette rigueur alors que moi,
j’apporte peut-être le brin de folie, de flamme de
l’interprète ». L’affection de la soprano polonaise
pour son passé d’instrumentiste est patente :
« J’avoue que je suis une obsédée du rythme. Toute
ma jeunesse, et j’ai commencé le violon à l’âge de
sept ans, j’ai fait de la musique avec mon père à
côté de moi. Il était corniste et dans un orchestre,
le corniste doit être très précis. Mon père était un
véritable dictateur sur ce point. Roberto, lui, c’est
le chanteur. Il m’a dit un jour : tu sais, Aleksan-
dra, tu es une musicienne mais il faudrait que tu
sois aussi une chanteuse. Il a raison : un musicien
manque parfois d’un certain laisser aller ».
Une voix claire
O n n’attendait peut-être pas Aleksandra Kur-
zak dans des rôles tels que Minie de La Fan-
ciulla del West ou encore Tosca, rôles distribués
à des sopranos dramatiques. Roberto Alagna
n’adhère pas totalement à cette tradition : « Le
problème est que les héroïnes pucciniennes sont
des jeunes filles mais avec des parties vocales dra-
matiques. Même Minnie dans La Fanciulla est une
jeune fille ! C’est la même chose pour les ténors :
on aime beaucoup aujourd’hui les voix sombres
et dramatiques, et moi-même j’adore certains
chanteurs comme Jon Vickers. Mais en réalité, les
personnages sont des jeunes hommes qui doivent
avoir une voix claire, comme l’étaient celles de Pa-
varotti ou Georges Thill, parce qu’ils représentent
la jeunesse ». Il va sans dire qu’Aleksandra a
mûrement réfléchi sur cette question : « Quand
on regarde vraiment l’écriture du rôle de Butter-
fly, on constate que c’est très différent de ce qu’on
a maintenant l’habitude d’entendre. Dans ce rôle,
je trouve qu’on a besoin de ressentir une certaine
fragilité. Quant au duo de Tosca, j’ai essayé de
chercher pas tant la légèreté de la voix que celle
du texte. Dans chaque mot que Tosca chante
dans ce passage, elle est coquette et séductrice ».
Vous savez ce qui vous attend le 6 novembre.
• Yutha Tep
novembre 2018 cadences 13Vous pouvez aussi lire