Les prémices d'une mutation - Picking 100 % automatisé

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Les prémices d'une mutation - Picking 100 % automatisé
DOSSIER
            Automatisation
 ©JL.ROGNON

              Picking 100 % automatisé :
                           les prémices
                         d’une mutation
          La préparation de commandes a-t-elle vocation à être automatisée à 100 % ? Des réalisations
          en ce sens commencent à voir le jour en France dans le domaine de la grande distribution
          alimentaire. Si l’état actuel de la technologie limite jusqu’à présent les applications à la
          préparation de palettes homogènes et hétérogènes, il semble vraisemblable que la tendance
          s’étende à la préparation de détail dans les 10 ans qui viennent.

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Les prémices d'une mutation - Picking 100 % automatisé
ter de répondre dans ce dossier, qui abordera éga-
                                                        lement une problématique non moins essentielle :
                                                        celle de la place de l’homme dans ces entrepôts
                                                        automatisés (voir page 91). La réponse n’est d’ail-
                                                        leurs pas aussi catégorique qu’on pourrait le pen-
                                                        ser d’emblée, à en croire la première expérience
                                                        chez Leclerc Scapalsace qui tendrait à prouver
                                                        qu’il est tout à fait possible de former les anciens

J
        usqu’à l’année dernière, mis à part sur cer-    préparateurs de commandes à de nouveaux
        taines niches très particulières, la prépara-   métiers dans un entrepôt largement automatisé
        tion de commandes entièrement automa-           (voir page 94).
        tisée n’avait encore jamais vraiment fran-
        chi les frontières de l’Hexagone. C’est dés-    L’intérêt de la grande distribution
        ormais chose faite dans le secteur de la        L’apparition récente des premières installations de
        grande distribution, avec des projets opé-      préparation de commandes entièrement automa-
rationnels, en cours de réalisation ou à l’état de      tisée dans le domaine de la grande distribution
réflexion sur certaines plates-formes d’enseignes       française tient à plusieurs facteurs. « Le modèle
de la grande distribution comme Leclerc, Inter-         français, avec ses grands hypermarchés, est un
marché, Système U ou encore Auchan. Comment             peu différent de celui de l’Allemagne ou de l’Es-
expliquer un tel changement, qui a déjà com-            pagne, où l’on trouve encore énormément de supé-

                                                                                                                                      ©C.POLGE
mencé depuis plusieurs années en Allemagne ou           rettes. Mais le développement en France des
en Espagne ? Quels autres secteurs pourraient être      magasins de proximité de plus petit format en
concernés à l’avenir ? Où se trouvent aujourd’hui                                                                Jean-Marc
                                                        centre-ville et des drives a changé la donne et          Heilig,
les limites technologiques à cette préparation de       complexifié les process logistiques », tente d’ex-       Responsable
commandes qui se passe de manutentionnaire ?            pliquer Jean-Marc Heilig, Responsable Commer-            Commercial
Autant de questions auxquelles nous allons ten-         cial France de Witron. La conséquence de cette           France de Witron

                                                                                JANVIER-FÉVRIER 2015 - SUPPLY CHAIN MAGAZINE ■ N°91      85
Les prémices d'une mutation - Picking 100 % automatisé
DOSSIER
               Automatisation
 ©SSI SCHAEFER

                                   ©SSI SCHAEFER

                 Sylvain Cerise,
                                                    Le système Robo-Pick de SSI Schaefer

                                                                                                                                                                   ©KNAPP
                 Directeur
                 du département
                 Automation
                 de SSI Schaefer                   évolution, c’est que les commandes sont de plus          entrepôts, les opérateurs portent quotidiennement
                 France                            en plus fragmentées, en moins grandes quantités          jusqu’à 18 t de colis en cumulé, et ce malgré les
                                                   qu’avant, avec des préparations au colis, voire à        normes en vigueur depuis quelques années (NF
                                                   l’unité de vente, et que les livraisons sont plus fré-   X35-109) qui limitent le tonnage cumulé admis-
                                                   quentes. Pour suivre cette accélération des flux et      sible quotidiennement à 7,5 t par personne, sans
                                                   ce besoin croissant en réactivité, les enseignes         assistance mécanique. Résultat, la grande distri-
                                                   prennent de plus en plus au sérieux la solution          bution est sous le feu des projecteurs en ce qui
                                                   d’automatisation comme une alternative plus éco-         concerne les problèmes de TMS (troubles mus-
                                                   nomique que l’agrandissement de leurs entrepôts          culo-squelettiques). « Si nous étions restés sur des
                                                   et l’embauche de davantage de personnel. « La            flux de préparation de commandes au colis rela-
                                                   réactivité est un facteur à prendre en compte pour       tivement faibles comme il y a cinq ans, l’attrait
 ©ALSTEF

                                                   expliquer le développement de la préparation             actuel de l’automatisation ne serait pas aussi
                 Pierre Marol,                     automatique, car le processus manuel, avec ses           important », souligne Pierre Marol, PDG d’Alstef.
                 Président                         longs chemins de picking, prend beaucoup plus de         D’autant que la réglementation est en constante
                 Directeur
                 Général
                                                   temps que l’installation automatisée pour prépa-         évolution, avec notamment la future entrée en
                 d’Alstef                          rer une ou deux palettes. Cela permet donc de            vigueur du compte pénibilité pour la plupart des
                                                   repousser l’heure du cut-off des commandes »,            opérations en entrepôt à partir du 1er janvier
                                                   note en outre Sylvain Cerise, Directeur du dépar-        2016. Les seuils de déclenchement de ce compte
                                                   tement Automation de SSI Schaefer France.                pénibilité seront définis par exemple à partir de
                                                                                                            l’action de lever ou de porter une charge unitaire
                                                   Limiter, voire supprimer la pénibilité                   de 15 kg, ou de pousser ou de tirer des charges
                                                   L’autre conséquence de cette fragmentation des           unitaires de 250 kg, pendant plus de 600 h par
                                                   commandes dans la grande distribution, avec de           an, ou bien si l’on dépasse un cumul de manu-
                                                   moins en moins d’expéditions de palettes com-            tentions de charges de 7,5 t quotidiennement pen-
                                                   plètes, est l’augmentation de la pénibilité du tra-      dant 120 jours par an. L’automatisation peut être
                                                   vail de la préparation. Les volumes sont impor-          ainsi vue comme un moyen de limiter l’impact
                                                   tants, les colis sont souvent lourds. Dans certains      physique des opérations de manutention dans les

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entrepôts. Voire de le supprimer, en même temps      cycle de préparation, qui permet d’augmenter la
que le poste de préparateur de commandes…            plage horaire de préparation et d’accepter des
                                                     commandes plus tard dans la journée et troisiè-
Réduire les temps de cycle                           mement, la réduction de la pénibilité et l’amélio-
Sur la préparation de commandes automatisée, la      ration de l’ergonomie. »
grande distribution fait figure de pionnière. « La
grosse nouveauté depuis cinq ou six ans, c’est la    L’exception du secteur pharmaceutique
capacité technique à séquencer les colis complets    D’autres secteurs que la grande distribution pour-
pour constituer une palette hétérogène, qui res-     raient-ils être concernés dans un avenir pro-
pecte l’ordre de mise en rayon », affirme Sylvain    che par la préparation automatisée ? La priorité
Cerise. Plus généralement, la réflexion des entre-   semble se trouver d’abord là où les charges sont
prises face à l’automatisation semble avoir un peu   les plus lourdes et les plus pénibles à manuten-
évolué. « Durant les 20 dernières années, l’objec-   tionner, comme c’est le cas pour les sacs de farine
tif des projets logistiques était essentiellement    de Moulins Bourgeois (équipés d’une solution
lié à la productivité, en mettant en place des       Viastore Systems), ou encore les bobines de papier
systèmes à gares, puis des systèmes de type          de Norske Skog, sur son site de Golbey, équipés de
«goods-to-man» dont le retour sur investissements    chariots autoguidés préparateurs de commandes
était essentiellement justifié par la réduction du   de BA Systèmes. Le secteur pharmaceutique fait
nombre d’emplois dans l’entrepôt, constate Jean-     figure d’exception à cette règle empirique : les
David Attal, Directeur Général de Viastore Sys-      médicaments ont beau avoir un poids relative-
tems France. Personnellement, depuis quelques        ment faible, il existe depuis des années des sys-
années, j’ai vu trois autres problématiques arri-    tèmes de type « A-frame » pour préparer les
ver : premièrement, la recherche d’un concept glo-   commandes de détail de quelques dizaines ou
bal, qui irait de la réception à l’expédition en     centaines de références à forte rotation. Des solu-
passant par le stockage et la préparation de com-    tions ont été également développées pour la pré-
mandes ; deuxièmement, la réduction du temps de      paration de détail dans le domaine du multimédia

                                                                            JANVIER-FÉVRIER 2015 - SUPPLY CHAIN MAGAZINE ■ N°91   87
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DOSSIER
                   Automatisation

                                                                                                                                          Système COM de Witron
                                          ©JL.ROGNON
 ©JP.GUILLAUME

                      Jean-David

                                                                                                                                                                         ©JL.ROGNON
                      Attal,
                      Directeur Général
                                          ©FIMEC

                      de Viastore
                      Systems France
                                                       (CD, DVD) ou des cosmétiques. Le point commun          existe des centres automatisées de préparation de
                                                       entre ces différents cas : les caractéristiques des    palettes homogènes, car il s’agit d’objets suffi-
                                                       produits sont relativement homogènes, standar-         samment standardisés pour être maîtrisables par
                                                       disées, avec de petits formats parallélépipédiques.    un outil automatique. Automatiser la palettisa-
                                                       A l’inverse, dans les entrepôts e-commerce, le pré-    tion hétérogène des colis s’avère plus compliqué
                                                       lèvement des articles dont les caractéristiques, les   techniquement : les flux sont 100 fois plus impor-
                                                       poids et les dimensions peuvent varier considéra-      tants et les typologies des emballages peuvent être
                                                       blement, n’est pas automatisé. Même si des socié-      diverses. Ce sont les systèmes qui commencent à
 ©M ETIS CONSULTING

                                                       tés comme Amazon commencent à encourager les           être mis en place actuellement dans la grande dis-
                                                       efforts de recherche en ce sens (voir encadré          tribution alimentaire et qui vont continuer à pro-
                                                       page 89). Dans ces entrepôts, la problématique est     gresser. Et les fournisseurs travaillent déjà sur
                      Frédéric                         surtout de réduire le nombre de km parcourus par       l’étape suivante, celle de la préparation 100 %
                      Mancion,                         les préparateurs et les projets d’automatisation       automatisée à l’UVC, qui est encore plus complexe
                      Directeur Associé
                      de Metis
                                                       s’orientent généralement vers des systèmes de          du fait de la diversité des produits à manipuler et
                      Consulting                       type « goods-to-man », où le prélèvement de l’ar-      du volume encore plus important de flux à traiter.
                                                       ticle dans un bac et sa dépose dans un carton sont     C’est l’une des tendances de la prochaine décen-
                                                       effectués par un opérateur qui n’a plus besoin de      nie. » Une avancée considérable a déjà été accom-
                                                       se déplacer.                                           plie grâce au progrès effectués ces 10 dernières
                                                                                                              années sur les systèmes à navettes de type « goods
                                                       La préparation à l’UVC                                 to man », à présent capables de séquencer les colis
                                                       fait de la résistance                                  dans un ordre prédéterminé à une cadence très
                                                       « L’évolution de la préparation 100 % automatisée      rapide. Le système de palettisation automatique
                                                       s’analyse moins en fonction des secteurs que par       imaginé et breveté par Witron, il y a plus de
                                                       type de charges à manipuler, à savoir les palettes,    10 ans, qui utilise sur des tablettes « à trous » ser-
                                                       les colis et les UVC (unités de vente consomma-        vant de support porteur aux colis dans le
                                                       teurs), affirme Frédéric Mancion, Directeur Associé    convoyeur, a aussi contribué au succès actuel des
                                                       de Metis Consulting. Cela fait plus de 10 ans qu’il    systèmes de préparation automatisée. Pas besoin
                                                                                                                                                         SUITE PAGE 90

88                    N°91 ■ SUPPLY CHAIN MAGAZINE - JANVIER-FÉVRIER 2015
Les prémices d'une mutation - Picking 100 % automatisé
Picking robotisé : Amazon y réfléchit sérieusement
      L’intérêt d’Amazon pour les robots n’est pas nouveau. On    d’effectuer dans un temps donné le plus de tâches de
      se rappelle que le géant américain de l’e-commerce a        picking sur 27 types de produits rangés sur des étagères
      racheté la société Kiva Systems en mars 2012 et que ce      (des boîtes, des objets divers, des jouets pour chiens, des
      concept de déplacement automatique d’étagères vers les      livres, des paquets de gâteaux, etc.), et de les poser sur
      zones de préparation de commandes est déjà en place         une table. Pour le robot, qui ne doit pas forcément avoir
      dans certains de ses entrepôts aux Etats-Unis. Ce qui est   une forme humanoïde, la tâche n’est pas simple car il lui
      en revanche inédit depuis cette année, c’est qu’Amazon      faudra à la fois maîtriser la reconnaissance d’objets et de
      commence déjà à réfléchir à l’étape suivante, celle de      leur position en 3D, savoir planifier une manipulation
      remplacer dans le futur les préparateurs de commandes       adéquate en fonction de leurs caractéristiques, et piloter
      humains par des robots. Pour stimuler la recherche dans     le mouvement pour exécuter cette tâche sans erreur.
      ce domaine, Amazon a lancé une compétition ouverte          26.000 $ de prix sont en jeu, dont 20.000 pour le
      aux chercheurs en robotique dans le cadre de l’ICRA         gagnant, 5.000 pour le second et 1.000 pour le troisième.
      2015 (IEEE Robotics and Automation), la conférence          Les participants seront encouragés à faire profiter la com-
      phare de l’IEEE Robotics and Automation Society qui aura    munauté robotique de leurs travaux…pour améliorer les
      lieu du 26 au 30 mai à Seattle. Les concurrents de l’Ama-   résultats des futures éditions de ce concours. Le rendez-
      zon Robot Picking Challenge 2015 devront concevoir          vous est pris fin mai à Seattle. ■ JLR
      un système robotique (hardware et software) capable
©AMAZON

                                                                                 JANVIER-FÉVRIER 2015 - SUPPLY CHAIN MAGAZINE ■ N°91   89
Les prémices d'une mutation - Picking 100 % automatisé
DOSSIER
           Automatisation
                               SUITE DE LA PAGE 88
                               de bras articulé ou de préhenseur, les colis sont       une certaine vision de stabilité de l’avenir en
                               soulevés du support par une multitude de petites        termes de typologie de produits et de com-
                               aiguilles, puis simplement poussés à la bonne           mandes », fait remarquer Hugues Doligez, Consul-
                               place sur la palette en cours de constitution.          tant Associé chez Diagma. Idéalement, le préhen-
                                                                                       seur du robot doit ainsi être capable de prendre
                               Le défi de la diversité                                 et de déposer un sac de litière, un pack de six
                               Les progrès de la robotique dans l’industrie pour-      bouteilles de coca, mais aussi un tournevis, une
                               raient néanmoins laisser présager une percée            raquette de tennis, etc. Faudra-t-il imaginer des
                               similaire dans la préparation automatisée en            robots capables de changer en temps réel de pré-
                               entrepôt. Des sociétés comme l’Américain Rethink        henseur en fonction des produits sans trop ralen-
                               Robotics et son robot de recherche Baxter ou les        tir le flux, comme la solution présentée par Knapp
 ©DIAGMA

                               Français Sileane (robot Kamido) et Fimec (solu-         sur la Foire de Hanovre l’année dernière ? Ou
                               tion de palettisation hétérogène Packtris) s’y inté-    trouvera-t-on le préhenseur « universel» capable
       Hugues                  ressent de près. La société SPIL est également en       de traiter 10.000 types d’objets ? La reconnais-
       Doligez,                train de développer une offre de prestation (voir       sance des objets et la vision en 3D de leur posi-
       Consultant
       Associé
                               ci-dessous). Le gros enjeu actuel, sur lequel les       tionnement ont également des progrès à accom-
       chez Diagma             intégrateurs continuent à travailler, ne vient pas      plir avant que ces solutions 100 % automatisées
                               tant du robot que du logiciel de palettisation et       ne concurrencent réellement les systèmes « pick
                               d’ordonnancement qui doit constituer la palette         by light » et « goods to man ». A moins que la
                               en fonction du poids, de la volumétrie mais éga-        réponse ne vienne de la modularité. « L’avenir, ce
                               lement de la forme, de la portabilité ou de la résis-   sont des modules robotisés, transférables, repro-
                               tance à l’écrasement des colis (pack d’eau ou de        grammables, déplaçables en fonction des flux de la
                               bière, par exemple). En ce qui concerne spécifi-        semaine, du mois, du trimestre, et qui permettent
                               quement le prélèvement à l’article, le problème         de traiter différents types de produits en conservant
                               vient aussi de l’extrême diversité des objets à pré-    une certaine flexibilité », prévoit Hervé Vallée,
                               lever, sur un référentiel qui peut atteindre les        Consultant chez Elcimaï Conseil. Une perspective
                               10.000 unités. « Le problème est aussi qu’on ne         d’autant plus séduisante que l’intelligence et la
                               peut pas forcément prévoir toutes les modifica-         connaissance métier des hommes y aurait (encore)
                               tions à l’intérieur des gammes de produits. Or,         toute sa place ! ■ JEAN-LUC ROGNON
                               l’automatisation est très structurante, elle suppose

                                     SPIL se positionne comme 3PL de la préparation automatisée
                                 Il y a un an et demi, le groupe SPI, spécialisé       ment de site et nous portons la totalité du risque
                                 dans le conditionnement à façon et le copacking       pour son bon fonctionnement. La partie méca-
                                 (76 M€ de CA, 57.000m2 d’ateliers et d’entre-         nique est aujourd’hui complètement finalisée, et
                                 pôts en France) prend la décision de mettre au        nous sommes en passe, avec nos partenaires tech-
                                 point une solution de préparation de com-             niques, d’affiner notre algorithme de palettisation
                                 mandes automatisée de palettes hétérogènes,           pour être capable de traiter près de 100 % de
                                 qui sera proposée aux industriels comme aux           toutes les commandes de façon cohérente et cor-
                                 retailers sous la forme d’une prestation logistique   recte », affirme Philippe Illiano, qui insiste sur le
                                 par sa nouvelle filiale, SPIL. « Les réflexions sur   fait qu’aucun logiciel de palettisation au monde ne
                                 l’automatisation de la préparation de commandes       sait pour le moment correctement traiter la palet-
       Philippe                  sont dans l’air du temps en France, et j’observe      tisation de 100 % des volumes en fonction de la
       Illiano,
       PDG de SPI                d’ailleurs une certaine accélération du phénomène     commande, de la portabilité, du regroupement
                                 sur le deuxième semestre 2014 », déclare Philippe     des références, de l’optimisation du volume de la
                                 Illiano, PDG de SPI. Fort de son expérience de        palette, de sa tenue, etc. ». ■ JLR
                                 plus de 15 ans, durant lesquels SPI a investi plus
                                 de 80 M€ dans des systèmes de conditionne-
                                 ment à façon pour de grands clients dans le
                                 domaine des PGC, le département d’ingénierie
                                 du groupe a développé le module A2P (Auto-
                                 matisation Préparation de Picking), installé
                                 aujourd’hui dans l’entrepôt SPI de Saint Vulbas
                                 dans l’Ain. Investissement : près de 800.000 €.
                                 « La grande force du système est sa souplesse : il
                                                                                                                                               ©SPIL

                                 peut être déménagé aisément en cas de change-

90         N°91 ■ SUPPLY CHAIN MAGAZINE - JANVIER-FÉVRIER 2015
Les prémices d'une mutation - Picking 100 % automatisé
Entrepôts 100 % automatisés :
                    où sont les Hommes ?
Les entrepôts 100 % automatisés, tant au niveau du stockage que de la préparation de commandes,
ont besoin pour fonctionner d’un personnel de maintenance et de conduite de l’exploitation. A en
croire les intégrateurs, il est tout à fait possible et souhaitable de reconvertir tout ou partie des
équipes existantes pour s’acquitter de ces tâches.

D
        ans « La vie des 12 Césars », l’auteur latin     déclenche, une croissance des commandes
        Suétone raconte que l’empereur Vespasien,        annuelles. Néanmoins, la rentabilité économique
        à qui l’on vient de présenter un projet auda-    de ces projets s’appuie souvent sur la réduction
cieux de transport « mécanisé » de colonnes au           d’un certain nombre d’emplois non qualifiés.
Capitole, lui oppose une fin de non-recevoir. « Per-     Certes, ce sont généralement des tâches pénibles
mettez-moi de nourrir le pauvre peuple », aurait-il      et mal payées, voire dangereuses pour la santé, qui
lancé. La preuve que la question de l’impact de l’au-    disparaissent. Et parallèlement, de nouveaux
tomatisation sur les emplois se pose depuis près de      emplois sont créés, non plus pour porter ou mani-
2000 ans. Inutile de se voiler la face, la perspective   puler des charges, mais davantage pour organiser
de voir fleurir des entrepôts 100 % automatisés, y       les flux et s’assurer du pilotage et du bon fonc-
compris pour la préparation de commandes, devrait        tionnement des machines. Mais que devient le per-
logiquement engendrer des suppressions d’emplois,        sonnel de l’ancien entrepôt ?

                                                                                                                                      ©KNAPP
à commencer par les contrats d’intérim, qui peuvent
représenter 30 à 35 % des effectifs logistiques dans     Qualifié ne veut pas forcément dire diplômé
                                                                                                                 Stéphane
la grande distribution. Cela n’entraîne pas forcément    Premier constat : il n’existe aucun système 100 %       Conjard,
des licenciements, en particulier quand la mise en       automatisé en préparation de commandes. « Il y a        Directeur Général
place du nouvel outil logistique accompagne, voire       presque toujours des produits non mécanisables qui      de Knapp France

                                                                                JANVIER-FÉVRIER 2015 - SUPPLY CHAIN MAGAZINE ■ N°91     91
Les prémices d'une mutation - Picking 100 % automatisé
DOSSIER
             Automatisation

                                  doivent être préparés manuellement, que ce soit            tout de les faire participer pleinement à la phase de
                                  parce qu’ils sont hors gabarit, trop difficilement         mise en place des processus. « Chez SSI Schaefer,
                                  manipulables, ou que les emballages sont trop fra-         nous considérons la reconversion comme l’une des
                                  giles », relève Bruno Maisonneuve, Chef d’entreprise       clés du succès des projets, et nous accompagnons
                                  d’Actemium Lyon Logistics. D’autres maillons res-          systématiquement nos clients dans cette démarche,
                                  tent souvent manuels, du déchargement de camions           jusqu’à la qualification de l’autonomie du person-
                                  ou de conteneurs à l’expédition, en passant par la         nel une fois le basculement effectué », insiste pour
                                  dépalettisation. « Il y aura toujours des personnes        sa part Sylvain Cerise. Non seulement les métiers
                                  pour prendre en compte les aléas d’une installation,       changent, mais l’organisation va s’adapter, avec
                                  réorienter les activités, prioriser les commandes,         nettement moins de « middle management » entre
                                  équilibrer les flux car il faut toujours conserver de la   le personnel de pilotage et les opérateurs de ter-
                                  souplesse dans une installation automatisée »,             rain. En amont, les gestionnaires de commandes
                                  explique Sylvain Cerise, Directeur du département          sont chargés d’ordonnancer sur la journée et de
                                  Automation de SSI Schaefer France. Généralement            prioriser les vagues de préparations en fonction de
                                  plus valorisants, ces nouveaux métiers requièrent          leur connaissance du métier (type de client, enga-
                                  une qualification, une formation particulière mais         gements de taux de service, promotions, saisonna-
                                  pas forcément un niveau d’études supérieures.              lités, etc.) et de différents aléas (camions en retard,
                                  « C’est un mal purement français de vouloir mettre         commandes urgentes, etc.). Ces « pilotes de lignes »
                                  des diplômés, des Bac+2, des Bac+3 là où il y a sur-       doivent avoir des qualités de vrais communicants,
                                  tout besoin de débrouillardise et de motivation »,         écoutés de leurs collaborateurs lorsqu’ils leur
                                  estime Jean-Marc Heilig, Responsable Commercial            demandent d’effectuer rapidement une modifica-
                                  France de Witron, qui insiste sur le fait que la tech-     tion dans le processus d’exécution. Sont logique-
                                  nologie et l’interface des lignes de préparation de        ment les plus « éligibles » à ce genre de poste les
                                  commandes doivent rester les plus simples et               chefs d’équipe ou les responsables d’exploitation,
                                  robustes possibles.                                        qui ont déjà une bonne connaissance des proces-
                                                                                             sus globaux de l’entrepôt, mais qui devront évi-
                                  Reconversion rime avec anticipation                        demment être préalablement formés au système de
                                  « La prise en compte de la reconversion est une pro-       supervision et de pilotage de l’installation.
                                  blématique que nous rencontrons très souvent chez
                                  nos clients », reconnaît Stéphane Conjard, Direc-          Des opérateurs autonomes
                                  teur Général de Knapp France. La première chose à          Il faut également des personnes sur le « terrain », au
                                  faire est d’anticiper suffisamment les choses pour         plus près des lignes de préparation de commandes,
                                  pouvoir détecter les connaissances acquises et les         pour accompagner le processus et surveiller que
                                  potentiels de chacun et avoir le temps de les faire        L’opérateur doit être capable de reprendre la main
                                  évoluer avant le démarrage de l’installation, et sur-      sur le système automatisé en cas d’anomalie, si un
 ©JL.ROGNON

92            N°91 ■ SUPPLY CHAIN MAGAZINE - JANVIER-FÉVRIER 2015
Les prémices d'une mutation - Picking 100 % automatisé
carton intercalaire s’est détaché et bloque la         plus d’installations automatisées, les constructeurs
machine, par exemple. Et de faire de la mainte-        ne pour- ront pas assurer un service de dépannage
nance « curative » de niveau 1, d’établir un diag-     24h/24 suffisamment réactif, à moins de s’orienter
nostic, de changer rapidement un consommable           vers un schéma mixte associant des personnes de
avant de redémarrer le système le plus rapidement      l’entreprise cliente qui vont prendre petit à petit la
possible. A condition d’être motivé et débrouillard,   main sur le système et des techniciens du construc-
il n’est pas forcément besoin d’être au départ un      teur, pour des interventions préventives quelques fois
technicien chevronné en électricité ou en électro-     par an », décrit Frédéric Mancion, Directeur Asso-
nique. Les anciennes équipes d’opérateurs peuvent      cié de Metis Consulting. ■ JEAN-LUC ROGNON
être formées par l’intégrateur ou le
constructeur pour les familiariser avec
la chaîne de commandes (capteur,
collecteur d’info, automate), les
diverses manières de réagir en cas d’in-
cident, l’utilisation de l’interface
homme machine pour établir un pré-
diagnostic. La technologie va permet-
tre de rendre ce métier encore plus
accessible puisque les intégrateurs
commencent à mettre au point des
solutions à base de lunettes à réalité
augmentée ou de tablettes connectées
pour que l’opérateur puisse être assisté

                                                                                                                                      ©RETHINK ROBOTICS
à distance par un expert dans des opé-
rations de maintenance ou de dépan-
nage. « Comme il va y avoir de plus en

                                                                                JANVIER-FÉVRIER 2015 - SUPPLY CHAIN MAGAZINE ■ N°91             93
DOSSIER
               Automatisation

                                        Scapalsace : Perle garde un côté humain
                                    Scapalsace a inauguré l’année dernière le premier entrepôt de la grande distribution française à
                                    automatiser à grande échelle la préparation de commande. Une aventure technologique… mais
                                    aussi humaine.

                                    P
                                          erle, comme Premier Entrepôt Robotisé            palettes de 41.000 emplacements qui culmine à
                                          Leclerc. Entrée en exploitation en mai der-      32 m de hauteur, deux buffers d’expéditions.
                                          nier, la nouvelle plate-forme 100 % auto-
                                    matisée de Scapalsace, basée à Niederhergheim, à       Un travail de formation en amont
                                    quelques km de Colmar, fait figure de pionnier de      Pas de doute, l’ensemble du processus de traite-
                                    la grande distribution française. Cette usine logis-   ment de commandes, de la dépalettisation jusqu’à
                                    tique de 32.000 m² divisée en six cellules, avec       la préparation des expéditions, est entièrement
                                    35 quais de chargement, fonctionne 21 h sur 24         automatisé pour la grande majorité des références
                                    (les 3 h restantes étant dédiées à la maintenance      (mis à part les hors gabarits ou les produits dont
                                    préventive). Elle gère actuellement 11.000 réfé-       les emballages sont trop fragiles). Mais les
                                    rences en PGC non périssables à température            hommes et les femmes n’ont pas pour autant
 ©SCAPALSACE

                                    ambiante et prépare des commandes expédiées            déserté l’entrepôt : 120 personnes s’activent sur
                                    dans 10 départements du Grand Est (46 hypers,          le site, dont une moitié travaillaient déjà sur un
               Saïd Bindou,         24 supermarchés Leclerc express et 28 drives). Sa      des sites de Scapalsace, l’autre moitié ayant été
               Directeur Général    capacité de préparation (par palettes complètes,       embauchée. « La dimension humaine est au cœur
               de Scapalsace        couches et colis individuels) peut atteindre           de notre projet, dont les grands objectifs sont
                                    254.000 unités en période de pointe. Ce petit          d’améliorer le travail et la sécurité de notre per-
                                    bijou, qui a coûté 60 M€ (bâtiment compris), est       sonnel, de réduire la pénibilité, et bien sûr, d’aug-
                                    bardé de modules automatisés conçus par l’entre-       menter la qualité de service aux magasins et la
                                    prise allemande Witron : cinq dépalettiseurs,          traçabilité produits », nous confie Saïd Bindou, le
                                    10 machines de palettisation, un magasin de            Directeur Général de Scapalsace. « Les métiers
                                    360.000 emplacements colis, un magasin à               sont totalement différents de ce que l’on a pu
   ©JL.ROGNON

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connaître auparavant, mis à part le chargement et
   le déchargement des camions, qui ne sont pas
   automatisés. Cela implique de nouvelles qualifi-
   cations qu’un ancien préparateur par exemple doit
   acquérir pour devenir conducteur de machines,
   travailler sur pupitre et savoir répondre aux aléas
   comme un problème de colis coincé, ou de cour-
   roie cassée », explique-t-il. Scapalsace a com-
   mencé ce travail très en amont, pratiquement
   deux ans avant l’ouverture du nouvel entrepôt,
   en proposant à son personnel de suivre des
   niveaux de formation « basiques » sur les capaci-
   tés à suivre les consignes, à analyser une situation
   donnée, à utiliser un ordinateur.

   Vers davantage d’autonomie
   Sur les 80 personnes ayant participé à ce socle
   commun, une soixantaine a pu accéder, compte-
   tenu des choix personnels et des aptitudes de
   chacun, à un niveau de formation plus élevé, en
   rapport avec le processus industriel automatisé.
   Certains ont appris à utiliser des équipements
   d’escalade pour l’intervention en hauteur dans les
   transstockeurs et la plupart, en plus d’une for-
   mation théorique, ont été amenés à découvrir
   pendant un mois une nouvelle manière de tra-
   vailler dans d’autres sites automatisés installés
   par Witron, en Allemagne, au Québec ou en
   Suisse. Durant la phase de lancement opération-
   nel de Perle, le personnel a pu également bénéfi-
   cier du « coaching » de personnes expérimentées
   venant de ces autres sites automatisés. Par ail-
   leurs, Witron a créé et formé sa propre équipe de
   techniciens et d’électromécaniciens d’un peu plus
   de 10 personnes pour la maintenance sur site.
   « En termes de management, il y a moins de
   couches managériales que dans un entrepôt tra-
   ditionnel. Les collaborateurs deviennent auto-
   nomes dans leurs ateliers, dans leurs zones. Il
   faut qu’ils puissent identifier un problème, déter-
   miner rapidement quel niveau d’intervention est
   nécessaire, s’ils peuvent régler le problème seul
   ou s’ils doivent alerter le helpdesk ou l’équipe de
   maintenance. C’est toute cette expertise et cette
   capacité à analyser une situation donnée qui leur
   a été enseignée lors de leur formation », souligne
   Saïd Bindou. Par ailleurs, la volonté de Scapal-
   sace a été dès le départ de favoriser la polyva-
   lence, de manière à ce que dans chaque zone de
   l’entrepôt, les employés soit capables d’occuper
   deux à trois postes différents. ■
                                   JEAN-LUC ROGNON

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