LUTTE CONTRE LE TRAFIC ILLICITE - Le sphinx de Bogâzköy Turquie Les statues de Koh Ker Cambodge Sauver le vaquita Synergies avec la CITES
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LUTTE CONTRE
LE TRAFIC ILLICITE
Le sphinx de Bogâzköy
Turquie
Les statues de Koh Ker
Cambodge
7,50€ US$9 £6 ¥850
Sauver le vaquita
Synergies avec la CITES
N°87 • Avril 2018
Patrimoine Mondial
ISSN 1020-4520
3 059630 102872UNESCO
Organisation
des Nations Unies 7, place de Fontenoy, 75352 Paris 07 SP, France • www.unesco.org/publishing
pour l’éducation, Courriel : publishing.promotion@unesco.org
la science et la culture
La protection des biens culturels
Manuel militaire
n Les récents conflits en Iraq,
Syrie, Libye, Yémen et Mali ainsi
que les occupations militaires en
cours ont, à nouveau, souligné la
nécessité de traduire en pratique
les règles du droit international
pour la protection des biens
culturels en cas de conflit armé.
n Ce manuel sert de guide
pratique pour la mise en œuvre de
ces règles par les forces militaires.
Il associe, sous un angle militaire,
une explication des obligations
juridiques internationales des
États et des individus à des
suggestions sur les meilleures
pratiques à adopter aux différents
niveaux de commandement et
pendant les différentes phases
des opérations militaires par voie
terrestre, maritime ou aérienne.
92 pages, broché
165 x 240 mm, 2017
ISBN 978-92-3-200138-2
Disponible sur unesdoc.unesco.org
WH 87PATRIMOINE MONDIAL Nº87
L
3 WH Cover 87.qxp_Mise en page 1 12/04/2018 10:44 Page2
e trafic illicite d’objets culturels épuise les cultures de leur identité et contribue au
éditorial
commerce illégal lucratif, qui contribue à financer le terrorisme et le crime organisé. C’est
un problème qui s’est développé subrepticement à travers le monde. À titre d’exemple,
depuis 2011, environ 25 % des sites archéologiques syriens ont été pillés. Des objets provenant
LUTTE CONTRE
de régions en conflit, notamment d’Iraq, de Libye, du Mali, de Syrie et du Yémen circulent sur
LE TRAFIC ILLICITE
le marché noir et sont déjà entre des mains sans scrupules.
Le sphinx de Bogâzköy
Ce ne sont pas seulement les objets culturels provenant de sites archéologiques, de musées
Turquie
Les statues de Koh Ker
Cambodge ou de collections qui sont touchés par le trafic illicite. L’exploitation illégale et le commerce du
7,50€ US$9 £6 ¥850
Sauver le vaquita
Synergies avec la CITES bois de palissandre constituent une menace pour le site du patrimoine mondial du Complexe
N°87 • Avril 2018
forestier de Dong Phayayen-Khao Yai (Thaïlande), et ont même conduit à l’inscription des
Forêts humides de l’Atsinanana (Madagascar) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
Patrimoine Mondial
ISSN 1020-4520
3 059630 102872
Le trafic de la faune sauvage est également un grave problème de conservation, affectant
Couverture : Les statues de Koh Ker (Cambodge).
les espèces de requins des Galápagos, le marsouin du golfe de Californie (Mexique) qui est
en danger critique, les éléphants d’Afrique de la Réserve de gibier de Selous (Tanzanie), les
perroquets gris du Trinational de la Sangha (Cameroun, République centrafricaine, Congo)
et le rhinocéros de Sumatra dans la Forêt tropicale humide de Sumatra (Indonésie). Le Parc
national de la Garamba (République démocratique du Congo) abritait la dernière population
connue de rhinocéros blancs du Nord. Aujourd’hui, il est probablement éteint à l’état sauvage,
et si nous n’agissons pas maintenant, plus d’espèces pourraient être définitivement perdues
sur nos sites du patrimoine mondial.
Dans ce numéro, nous examinerons différents aspects du trafic et du commerce illicites :
comment les peuples autochtones sont-ils touchés par l’appropriation illicite et les transferts
illégaux de biens culturels ; l’affaire de restitution des statues de Koh Ker, qui ont été
retournées au Cambodge ; et la collaboration entre la Convention du patrimoine mondial et
la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages
menacées d’extinction), qui vise à garantir que le commerce international des animaux et
des plantes − des orchidées aux pangolins − ne menace pas leur survie. Nous présentons
également un entretien avec le collectionneur d’art Jean Claude Gandur, qui travaille en étroite
collaboration avec les organisations internationales pour assurer la provenance correcte des
objets mis en vente.
La sensibilisation est toujours la première étape pour changer les choses. Mieux nous
connaissons les mécanismes du commerce illégal, mieux nous pouvons prendre des mesures
préventives et correctives pour veiller à ce que cela cesse. Les synergies croissantes entre
différents instruments internationaux (tels que la Convention du patrimoine mondial de
1972, la Convention de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher
l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites de biens culturels, et la CITES)
et entre diverses entités publiques et privées, internationales et locales (police, douanes,
marché de l’art, collectionneurs et jeunes) constituent également un pas décisif vers des
actions communes sur le terrain. Pour la protection et la préservation du patrimoine culturel
ou naturel, l’éducation et la coopération sont les facteurs clés.
Mechtild Rössler
Directrice du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCOS o mmaire
Magazine trimestriel publié en français, anglais
et espagnol conjointement par l’Organisation des
Nations Unies pour l’éducation, la science et la
culture (UNESCO), Paris, France, et par Publishing
for Development Ltd., Londres, Royaume-Uni.
Directrice éditoriale
Mechtild Rössler
Directrice du Centre du patrimoine
mondial de l’UNESCO
Éditeur
Publishing for Development
Rédacteurs
Dossier
Le patrimoine mondial
12
Helen Aprile, Gina Doubleday
Consultante à la rédaction
Vesna Vujicic-Lugassy
et le commerce illicite
Coordinateur de production Dossier 8
Richard Forster
Le patrimoine mondial et le commerce illicite 6
Éditeur de production L’appétit croissant pour l’acquisition alimente le commerce
Caroline Fort illicite de biens culturels et naturels. Cette perte culturelle
a un impact négatif sur les communautés locales des
Correction de copie
Cathy Nolan (anglais), Chantal Lyard sites du patrimoine mondial et provoque la diminution
(français), Luisa Futoransky (espagnol) des caractéristiques mêmes de la valeur universelle
19
exceptionnelle qui a mené à l’inscription des sites.
Conseil éditorial
ICCROM : Joseph King, ICOMOS: Regina
Durighello, UICN : Tim Badman, Centre du Cambodge : la restitution des biens de Koh Ker 16
patrimoine mondial de l’UNESCO : Nada Al Trente ans de guerre civile n’ont pas laissé le Cambodge
Hassan, Guy Debonnet, Lazare Eloundou- indemne. Au-delà du site du patrimoine mondial d’Angkor,
Assomo, Feng Jing, Edmond Moukala, Mauro de nombreux temples et monuments majeurs tels que
Rosi, Petya Totcharova, Isabelle Anatole Gabriel
xx
Vinson, UNESCO Publishing : Ian Denison Banteay Chhmar, Koh Ker, Preah Khan de Kampong Svay
et d’autres ont été cruellement pillés.
Publicité
Efrén Calatrava, Fernando Ortiz, La CITES et la Convention du patrimoine mondial :
27
Fadela Seddini, Peter Warren
Ensemble pour lutter contre le trafic
Couverture des espèces sauvages 24
Photo : Musée national du Cambodge On estime aujourd’hui à 45 % le nombre de sites naturels
Design : Recto Verso du patrimoine mondial concernés par la capture illégale
Rédaction
d’espèces animales et végétales protégées au titre de la
Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO Convention sur le commerce international des espèces de
7, place de Fontenoy, 75007 Paris faune et de flore sauvages menacées d’extinction.
Tél. (33.1) 45 68 16 60 – Fax. (33.1) 45 68 55 70
E-mail : g.doubleday@unesco.org
34
INTERNET : http://whc.unesco.org Il faut sauver le marsouin du golfe de Californie 32
Pour sauver le marsouin, espèce en danger critique, il est
Publicité, production impératif que le site adopte une vision à long terme et que
PFD Publications Ltd toutes les parties prenantes concernées fassent pression
Chester House - Fulham Green
81-83 Fulham High Street - Londres SW6 3JA pour obtenir une modification des politiques, qui aillent
Tél : +44 2032 866610 - Fax :+44 2075 262173 au-delà des solutions « remèdes ».
E-mail : info@pfdmedia.com
Le sphinx de Bogâzköy 38
Abonnements
DL SERVICES sprl - Jean De Lannoy Le sphinx de Boğazköy est de retour dans son pays d’origine,
c/o Entrepôts Michot - Bergense steenweg 77 la Turquie. Un succès qui démontre que des négociations
41
B 1600 St Pieters Leeuw - Belgique bilatérales, aussi complexes soient-elles, peuvent permettre
Tél : +32 477 455 329 - d’aboutir à la résolution satisfaisante d’un conflit séculaire.
E-mail : subscriptions@dl-servi.com
Les idées et opinions exprimées dans les articles sont celles des auteurs et
ne reflètent pas nécessairement les vues de l’UNESCO. Les appellations
employées dans cette publication et la présentation des données qui y figurent
n’impliquent de la part de l’UNESCO aucune prise de position quant au statut
juridique des pays, territoires, villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant à
leurs frontières ou limites.
Publié par Publishing for Development Ltd., Londres, Royaume-Uni.
ISSN : 1020-4520. © UNESCO – Publishing for Development Ltd. (2018)PATRIMOINE MONDIAL Nº87
Focus 44
Le Fonds d’urgence pour le patrimoine
Une ressource supplémentaire pour lutter contre le commerce illicite 44
En 2015, l’UNESCO a créé le Fonds d’urgence pour le patrimoine afin de
répondre plus efficacement à la hausse marquée du nombre de catastrophes
et de conflits affectant les biens du patrimoine mondial et les ressources du
patrimoine culturel et naturel, y compris les biens immatériels.
Forum
Entretien 50
49
44
Entretien avec Jean Claude Gandur, président de la Fondation Gandur
pour l’Art.
Organisations consultatives 54
Commerce illégal d’espèces sauvages et patrimoine mondial.
Conventions 56
Le commerce illicite des biens culturels du Mexique.
Nouvelles
Préservation 62–68
61
53 55
Rencontre annuelle sur les paysages culturels ; Baukultur pour l’Europe ;
Revitalisation de la Casbah d’Alger ; Une « protection renforcée » pour
le site d’Angkor ; Patrimoine et démocratie à l’Assemblée générale de
l’ICOMOS ; Coup de pouce pour le tourisme durable ; Paysages sacrés et
liens qui unissent la nature et la culture ; Réunion sur les Routes de la soie ;
M. Ernesto Ottone Ramírez nommé Sous-Directeur général pour la culture ;
Le rôle des communautés locales dans le développement durable.
Sites en péril 70–71
L’avenir des bouddhas de Bâmiyân ; Le Centre du patrimoine mondial
salue le moratoire sur le pétrole du Belize ; L’UNESCO s’inquiète de
57
l’état de conservation de la Réserve de gibier de Selous.
Promotion 73–75
Publication du calendrier Panasonic du patrimoine mondial 2018 ;
Publication de la carte du patrimoine mondial 2017-2018 ; La Fédération
internationale des sociétés d’aviron s’engage à protéger le patrimoine
mondial naturel ; Seabourn et l’UNESCO s’associent pour sensibiliser les
62 70
touristes au patrimoine.
Édition et multimédia 76 Télécharger l’application Patrimoine Mondial
Disponible pour iPad, Android et tablettes Kindle Fire.
Calendrier 77 Grâce à l’application, vous pouvez non seulement lire des
articles exclusifs écrits par des experts sur le terrain, mais
Bulletin d’abonnement 79 voir des vidéos des sites les plus spectaculaires du monde.
Télécharger l’application du magazine Patrimoine Mondial depuis iTunes,
Prochain numéro 83 Amazon et Google Play.
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Patrimoine Mondial exprime sa gratitude à
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Édouard Planche, spécialiste de programme à la
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Section du patrimoine mobilier et des musées,
•
Organisation Convention
Division du patrimoine, UNESCO, pour sa des Nations Unies
pour l’éducation,
du patrimoine
mondial
contribution à la préparation de ce numéro. Éditions UNESCO la science et la cultureDossier Le patrimoine mondial et le commerce illicite Le patrimoine mondial et le commerce illicite Ana Filipa Vrdoljak Professeur, Faculté de droit, Université de technologie de Sydney Le Parc Maloti-Drakensberg (Afrique du Sud/Lesotho) compte de nombreuses grottes et abris rocheux où l’on trouve le plus important et le plus dense groupe de peintures rupestres d’Afrique au sud du Sahara. Ces peintures représentent la vie spirituelle du peuple San, qui a vécu sur ces terres pendant plus de quatre millénaires. © OUR PLACE The World Heritage Collection 6 Patrimoine Mondial Nº87
I
Dossier Le patrimoine mondial et le commerce illicite
l y a deux siècles, les premiers apparaissent, et qu’il semble de plus en plus de 1970 concernant les mesures à prendre
« grands touristes » s’embarquèrent urgent de les enrayer, il se forge une prise pour interdire et empêcher l’importation,
à la découverte des sites antiques de conscience croissante de la nécessité l’exportation et le transfert de propriété
de la Grèce et de Rome ou, pour les d’aligner les mécanismes du patrimoine illicites des biens culturels, ou la Convention
plus intrépides, d’Afrique du Nord et mondial aux normes internationales d’UNIDROIT de 1995 sur les biens culturels
du Moyen-Orient. Ce voyage était considéré relatives aux droits de l’homme et aux volés ou illicitement exportés. Par ailleurs,
par les classes moyennes comme partie autres conventions culturelles de l’UNESCO. il leur a demandé d’envisager d’adhérer à
intégrante de leur éducation. Ces « grands la Convention de 1954 pour la protection
touristes » ont été nombreux à rapporter des Le patrimoine mondial des biens culturels en cas de conflit armé
souvenirs de leurs voyages. Ces souvenirs, et le trafic illicite du et à ses Protocoles, un instrument couvrant
qui allaient d’œuvres antiques originales à patrimoine mobilier spécifiquement les conflits armés et
des reproductions touristiques répondant à Depuis plus de deux décennies, le Comité l’occupation belligérante, lorsque les sites
tous les goûts et tous les budgets, vinrent du patrimoine mondial a conscience sont particulièrement vulnérables à ce type
enrichir les collections publiques et privées que l’inscription d’un site sur la Liste du de pertes. Le Conseil de sécurité des Nations
de différents pays. Aujourd’hui, les classes patrimoine mondial « accroît souvent sa Unies a du reste condamné le commerce
moyennes des économies en plein essor vulnérabilité » face au trafic illicite de biens illicite de biens culturels prélevés sur des sites
de nombreux pays du monde contribuent culturels, en raison de « l’intensification du patrimoine mondial pendant les conflits
à la croissance mondiale du tourisme. armés ainsi que l’utilisation des profits
Les sites du patrimoine mondial (parmi réalisés pour financer des activités terroristes.
lesquels figurent les sites archéologiques et Bien que de plus en plus d’États aient
historiques visités il y a deux siècles) sont signé ces autres instruments liés à la culture
particulièrement appréciés par les « grands au cours des dernières années, beaucoup
touristes » contemporains. Comme leurs tardent encore à adopter la Convention
prédécesseurs, ces derniers sont souvent du patrimoine mondial. Et s’il existe un
désireux de rapporter des souvenirs de leurs chevauchement entre les États parties à la
voyages, et leur appétit nourrit le commerce Convention du patrimoine mondial et ces
illicite d’objets culturels et naturels. Non conventions spécialisées dans le patrimoine
seulement cette perte culturelle a un impact mobilier, force est de constater que leur
négatif sur les communautés locales des sites adoption est réduite dans les régions les plus
du patrimoine mondial, mais elle réduit la vulnérables à cette perte culturelle en raison
valeur universelle exceptionnelle même qui de conflits armés, d’un développement
a justifié l’inscription du site en premier lieu. rapide ou d’autres facteurs perturbateurs.
Les peuples autochtones et leurs cultures Le Comité a rappelé aux États parties à la
sont particulièrement vulnérables face à Convention de 1972 la « nécessité d’une
ces processus. Bien qu’il n’existe aucun vigilance constante vis-à-vis du marché pour
audit exhaustif, on estime qu’au moins s’assurer que des biens provenant de sites
la moitié des biens inscrits sur la Liste du du patrimoine mondial et ayant fait l’objet
patrimoine mondial se situent sur les terres Chutes d’Havasu, Parc national du d’un trafic illicite ne sont pas échangés sur
traditionnelles de peuples autochtones. Grand Canyon (États-Unis). leur territoire, contrairement à l’obligation
© NPS photo by Erin Whittaker
L’expérience de ces peuples montre que d’assistance mutuelle », conformément à
le détournement et le commerce illicite l’article 6 (voir la Recommandation citée
de la culture englobent un large éventail de la publicité, de l’accès, de la popularité plus haut). Les Orientations devant guider
d’activités, et que ce phénomène s’aggrave et de la commercialisation » (voir la la mise en œuvre de la Convention du
dès qu’un site est inscrit au patrimoine Recommandation concernant le trafic illicite patrimoine mondial de 1972 reconnaissent
mondial. Ces activités comprennent non affectant les sites du patrimoine mondial, également que les obligations au titre
seulement le trafic illicite d’objets culturels 1997, WHC-97/CONF. 208/17, Annexe VIII). de cette Convention concernent des
(et de restes humains) réglementé par Le Comité a noté que ce problème « mesures préventives ». En outre, le
la Convention de l’UNESCO de 1970, concernait aussi bien les sites éloignés que Comité du patrimoine mondial a noté que
mais aussi l’utilisation non autorisée (et les sites facilement accessibles, les pays l’assistance mutuelle dans le cadre de la
illégale) d’expressions traditionnelles développés et en développement, et qu’il Convention signifie que les États parties
contraires à la loi sur les droits d’auteur, un peut alimenter un commerce déjà existant doivent identifier et restituer tout élément
problème fréquent dans l’art touristique, ou créer de nouveaux marchés illicites. Le culturel commercialisé illégalement, « étant
et l’utilisation non autorisée (et illégale) de Comité a demandé aux États parties à la donné que leur absence du site pillé a
savoirs traditionnels et de plantes par des Convention du patrimoine mondial de signer une incidence directe sur la préservation
laboratoires pharmaceutiques à des fins et d’appliquer des traités spécifiques afin de de l’ensemble du site et des valeurs qui
commerciales. À mesure que ces menaces réglementer ce trafic, comme la Convention l’ont fait inscrire sur la Liste du patrimoine
8 Patrimoine Mondial Nº87Dossier
mondial » (WHC-97/CONF. 208/15, par. 11).
La Convention de l’UNESCO de 1970, ses
Règlements et les Orientations du Comité
subsidiaire de la Convention, ainsi que
le Comité intergouvernemental pour la
promotion du retour de biens culturels à
leur pays d’origine ou de leur restitution
en cas d’appropriation illégale fournissent
des indications sur la manière dont les États
peuvent aider à identifier et à restituer les
objets commercialisés illégalement, en
provenance de sites protégés au titre de la
Convention du patrimoine mondial.
L’appel du Comité reflète également
la prise de conscience croissante, dans le
cadre des différentes structures pour la
mise en œuvre des conventions culturelles
de l’UNESCO, de percevoir le patrimoine
culturel de manière plus large et plus
holistique, et d’harmoniser leurs opérations.
Cette tendance, très visible dans le cadre
des obligations découlant de la Convention
du patrimoine mondial, ne se limite pas
aux aspects physiques et immobiliers des
sites protégés, mais s’étend au patrimoine
culturel mobilier et immatériel. Une
tendance similaire se fait sentir, s’agissant
de la Convention de l’UNESCO de 1970.
Cette fécondation croisée, entre la
protection de sites clés et l’élimination
du trafic illicite de biens culturels, est
particulièrement forte dans le cadre de biens
du patrimoine mondial inscrits pour des
raisons archéologiques, anthropologiques
et ethnographiques. De nombreux
sites protégés se situent sur les terres
traditionnelles de peuples autochtones dont
la culture matérielle a été pillée avant l’entrée
en vigueur des conventions de l’UNESCO de
1970 et de 1972, et depuis l’application de
ces dernières. Malheureusement, ces traités
ne peuvent pas être appliqués de manière
rétroactive. À titre indicatif, vers le milieu
des années 2010, plusieurs masques sacrés
et objets de cérémonie furent mis aux
enchères à Paris, malgré les efforts déployés
par des représentants du peuple Hopi pour
en empêcher la vente. Ces objets avaient été
volés aux Hopi et aux Navajo dont les terres
traditionnelles englobent le Parc national du
Grand Canyon, un site américain inscrit au
patrimoine mondial.
Comme on peut le comprendre, les
peuples autochtones se sont opposés à
l’appellation de « biens culturels » donnée
à leurs vestiges ancestraux dans le cadre Moon Spirits Platter réalisé par Susie Silook. Les matériaux utilisés sont l’ivoire de morse et l’os de baleine.
© Jimmie Froelich
Patrimoine Mondial Nº87 9Dossier Le patrimoine mondial et le commerce illicite Mossman Gorge géré par le peuple Kuku Yalanji, sur le site du patrimoine mondial des Tropiques humides de Queensland (Australie). © Ana Filipa Vrdoljak 10 Patrimoine Mondial Nº87
Dossier
de la Convention de l’UNESCO de 1970. transparents et efficaces mis au point en De nombreuses boutiques proposant
Leurs efforts pour protéger et obtenir la concertation avec les peuples autochtones des objets d’art et d’artisanat soi-disant
restitution de leurs terres, de leurs vestiges concernés », conformément à la Déclaration aborigènes et insulaires du détroit de Torres
ancestraux et de leurs objets culturels se sur les droits des peuples autochtones. La en Australie, notamment dans les grands
fondent plutôt sur les droits de l’homme politique de l’UNESCO sur l’Engagement centres touristiques, vendent en réalité
et, plus particulièrement, sur la Déclaration auprès des peuples autochtones a également des contrefaçons illégales qui ne sont pas
des Nations Unies de 2007 sur les droits réaffirmé que les États doivent faciliter le fabriquées par les peuples autochtones.
des peuples autochtones. Cette position a dialogue entre les peuples autochtones et Ce type de détournement a un impact
un effet expansif sur l’interprétation et la les musées autour de la gestion et de la négatif sur les droits culturels, sociaux et
mise en œuvre des conventions culturelles restitution du patrimoine au moyen de lois économiques des peuples autochtones,
existantes. Par exemple, les revendications et de politiques. comme le reconnaissent la Déclaration
des peuples autochtones conduisent à une sur les droits des peuples autochtones et
compréhension plus large de l’obligation de la campagne actuelle des représentants
faciliter le « retour » des vestiges ancestraux autochtones visant à ce que l’Organisation
et des objets culturels (même au sein des mondiale de la propriété intellectuelle
États), qui renforcent les critères justifiant adopte un instrument spécialisé pour
l’inscription des sites au patrimoine mondial. assurer la protection des savoirs
En novembre 2017, les restes de 105 ancêtres, traditionnels et des expressions culturelles.
dont l’homme de Mungo, ont été restitués Les peuples autochtones se battent
aux peuples Mutthi Mutthi, Barkandji et constamment pour que ce type de vol
Ngiyampaa qui constituent les propriétaires soit porté devant les tribunaux australiens
traditionnels des terres où furent prélevés ces au même titre que les affaires de droits
derniers par des archéologues au début des de propriété intellectuelle. Dans un cas de
années 70, avant que l’Australie ne signe ces 1994, quatre artistes des terres centrales
traités. Le retour de ces vestiges ancestraux d’Arnhem (où se situe le Parc national de
marqua l’aboutissement d’une demande de Kakadu, inscrit au patrimoine mondial) et
rapatriement s’étalant sur quatre décennies. trois artistes du centre de l’Australie (où se
Jusqu’en 2015, ces vestiges étaient sous la situe le parc national d’Uluru-Kata Tjuta)
garde de l’Université nationale australienne, ont intenté avec succès un procès contre la
avant d’être finalement transférés, à la reproduction non autorisée de leurs œuvres
demande de leurs gardiens traditionnels, au sur des tapis produits au Viet Nam et
Musée national de l’Australie, en attendant Éléphant indien au parc national de importés en Australie pour être mis en vente.
leur rapatriement dans leurs terres d’origine. Kaeng Krachan (Thaïlande). (Milpurrurru and Ors v. Indofurn Pty Ltd and
© Thai National Parks / www.thainationalparks.com/kaeng-krachan-national-park
Les chants des peuples autochtones évoquent Ors, 1994, FCA 975.). Deux décennies plus
leur rôle de dépositaires de ces terres, et tard, le gouvernement fédéral australien
constituent l’une des plus anciennes cultures Le patrimoine mondial et a mené une autre enquête sur ce marché
vivantes. Les vestiges de l’homme de Mungo l’appropriation illicite du illicite lucratif en pleine expansion qui
ont près de 42 000 ans. Le site original de patrimoine immatériel exploite les œuvres d’artistes autochtones
la femme de Mungo témoigne, quant à lui, L’exploitation illicite du patrimoine et de leurs communautés.
de la plus ancienne crémation cérémoniale des peuples autochtones dont les terres La situation du peuple San de la région
au monde. Des marques de couleur ocre englobent les sites du patrimoine mondial du Kalahari, dont les terres traditionnelles
ont également été découverts sur l’homme s’étend au patrimoine immatériel, ainsi font partie du parc Maloti-Drakensberg
de Mungo. Cette « preuve » archéologique qu’aux savoirs traditionnels et aux inscrit au patrimoine mondial (Afrique du
trouvée sur le site du lac Mungo a contribué expressions culturelles inextricablement Sud), met en lumière une autre variante
à l’inscription de la région des lacs Willandra liés à la terre, à la flore, à la faune et aux de l’appropriation illicite du patrimoine,
sur la Liste du patrimoine mondial en 1981. objets culturels. Bien que la Convention en particulier des savoirs traditionnels. Les
Après de nombreuses années de lobbying du patrimoine mondial ne protège pas San utilisent traditionnellement la Hoodia,
par des représentants autochtones et des spécifiquement le patrimoine immatériel, une plante succulente, pour couper la faim
mécanismes spécialisés des Nations Unies, le les Orientations devant guider sa mise et la soif. Or les ingrédients actifs de cette
Conseil exécutif de l’UNESCO a reconnu, fin en œuvre font néanmoins référence à la plante ont été brevetés par le Conseil pour
2017, « le droit [des peuples autochtones] dimension immatérielle du patrimoine, et la recherche scientifique et industrielle de
au rapatriement de leurs restes humains », citent la Convention pour la sauvegarde l’Afrique du Sud sans le consentement
stipulant que « les États doivent chercher à du patrimoine culturel immatériel de 2003 des San ni aucun accord de partage des
permettre l’accès aux objets de culte et aux ainsi que la Convention sur la protection et profits. Ce brevet a ensuite été concédé à
restes humains en leur possession et / ou leur la promotion de la diversité des expressions une société britannique de biotechnologie,
rapatriement, par des mécanismes justes, culturelles de 2005. Phytopharm, qui l’a octroyé en sous licence
Patrimoine Mondial Nº87 11Dossier Le patrimoine mondial et le commerce illicite
à Pfizer pour 21 millions de dollars des États- du peuple karen sur le site, et demandé à
Unis. Un accord de partage des profits a été l’État partie d’assurer les droits de ce peuple
conclu entre le CSIR et les San, en 2003. au moyen d’une participation effective, et de
Le cadre de la Convention pour la diversité ne pas autoriser leur expulsion du site.
biologique (CDB) a adopté des codes Les efforts visant à endiguer le commerce
éthiques et des directives volontaires sur le illicite d’espèces menacées d’extinction
consentement libre, préalable et éclairé, le peuvent avoir des effets négatifs très
partage des profits et le rapatriement des importants sur la vie et les moyens de
savoirs traditionnels autochtones. L’UNESCO subsistance des populations autochtones.
et le Secrétariat de la CDB coordonnent leurs Les mesures prises par les États parties pour
efforts depuis 2010, notamment dans le se conformer à l’interdiction du commerce de
cadre des sites du patrimoine mondial. l’ivoire de la CITES ont notamment paralysé
l’utilisation, la possession et le commerce
Le patrimoine mondial et le des morses et de l’ivoire de mammouth
commerce illicite des espèces obtenus sur les terres traditionnelles du cercle
menacées d’extinction polaire Arctique. Certains sites du patrimoine
Les facteurs qui intensifient le commerce mondial tels que le Kujataa au Groenland
des objets culturels sur les sites du patrimoine (Danemark), le Système naturel de la Réserve
mondial menacent également des sites inscrits de l’île Wrangel (Fédération de Russie) et le
pour la richesse de leur patrimoine naturel. Plateau de Putorana (Fédération de Russie),
Sans surprise, on constate que la Convention situés dans cette région, reconnaissent ce lien
du patrimoine mondial et la Convention selon divers degrés dans leurs inscriptions.
sur le commerce international des espèces En réponse à l’interdiction de la CITES,
de faune et de flore sauvages menacées le Dr. Dalee Sambo Dorough et d’autres
d’extinction (CITES) de 1974 partagent des personnes ont appelé à la reconnaissance
objectifs et des États parties communs. Un des « dimensions économiques complexes de La chasse au morse pour son ivoire est
site protégé peut ainsi être placé sur la Liste l’utilisation, de la vente et du fonctionnement un élément intégral de l’économie de
du patrimoine mondial en péril s’il y a eu « un de l’ivoire nouveau et ancien et d’autres sous- Kujataa au Groenland (Danemark).
© Visit Greenland
déclin sérieux dans la population des espèces produits provenant de mammifères marins
en danger ou des autres espèces d’une diversifiés et directement liés à l’intégrité et
valeur universelle exceptionnelle pour la à la durabilité générales des communautés
protection desquelles le bien concerné a été autochtones d’Arctique » et à leur mode de
juridiquement établi » (voir la note précitée #, vie. Elle soutient que l’interdiction doit être
p. 50 des Orientations devant guider la mise modifiée pour permettre aux peuples Inuit
en œuvre de la Convention du patrimoine d’utiliser et de commercialiser ces matériaux
mondial). En 1986, le Comité du patrimoine dans la région circumpolaire Arctique de
mondial a contacté le Secrétariat de la CITES façon cohérente avec la Déclaration sur les
afin « d’explorer les moyens d’utiliser les droits des peuples autochtones.
deux conventions pour atténuer » le trafic La priorité accordée à la conservation et
illicite de défenses d’éléphants et de cornes à la réglementation du commerce illicite
de rhinocéros dans le parc national de Selous d’espèces menacées de disparition sur les
(Tanzanie) et les réserves de Mana Pools, droits des peuples autochtones se manifeste
Sapi et Chewore (Zimbabwe) (voir le Rapport plus particulièrement à travers l’expulsion
du Rapporteur, CC-86/CONF.003/10,1986, des communautés vivant sur leurs terres
par. 18 et 19). Aujourd’hui, le parc national traditionnelles devenues réserves nationales
de Selous figure sur la Liste du patrimoine ou inscrites sur la Liste du patrimoine
mondial en péril en raison du commerce mondial. La Commission africaine a, par
illicite de l’ivoire de ces espèces menacées exemple, constaté que l’expulsion par le
d’extinction. Le braconnage des éléphants est Kenya du peuple Endorois de leurs terres
aussi un problème majeur pour le Complexe traditionnelles dans le but de créer une
forestier de Kaeng Krachan, un site proposé réserve de gibier rattachée au Réseau
pour inscription sur la Liste du patrimoine des lacs du Kenya dans la vallée du Grand
mondial par la Thaïlande. Toutefois, le Rift, inscrit au patrimoine mondial, viole la
Comité du patrimoine mondial a noté que Charte africaine des droits de l’homme et
le Haut-Commissaire des Nations Unies aux des peuples. (Centre pour le développement Une femme est assise à la porte de sa maison
droits de l’homme avait souligné la situation des droits des minorités et groupe des en terre à Tombouctou, au nord du Mali.
© MINUSMA/Marco Dormino
12 Patrimoine Mondial Nº87Dossier
droits des minorités, au nom du Conseil particulièrement les mécanismes spécialisés
pour le bien-être des Endorois vs. Kenya, des Nations Unies pour les peuples
comm. n° 276/03, ACPHR, décision du autochtones, ont également souligné
25 novembre 2009.) Dans un cas similaire, la l’importance d’une participation effective
Cour interaméricaine des droits de l’homme des peuples autochtones dans la création, la
a déclaré en 2016 que le fait que le Suriname gestion et la surveillance des sites protégés,
n’ait pas accordé un accès aux peuples y compris les biens du patrimoine mondial.
Kaliña et Lokono à leurs terres traditionnelles Cette position est également reflétée dans
devenues réserves naturelles et aux la politique de l’UNESCO sur l’engagement
ressources naturelles connexes, et que son auprès des peuples autochtones et dans les
refus de permettre à ces derniers de gérer les Orientations devant guider la mise en œuvre
réserves, étaient contraires à la Convention de la Convention du patrimoine mondial.
américaine des droits de l’homme, ainsi Depuis des décennies, les peuples
qu’à ses obligations dans le cadre de la autochtones dont les terres traditionnelles
Convention du patrimoine mondial et de la font partie du périmètre de biens inscrits
Convention sur la diversité biologique. La sur la Liste du patrimoine mondial ou sur
Cour a observé que « les droits des peuples la Liste du patrimoine mondial en péril
autochtones et les lois internationales sur demandent au Comité du patrimoine
l’environnement doivent être perçus comme mondial (Rapport sur le projet de conseil
des droits complémentaires, plutôt que d’experts des peuples autochtones sur le
d’exclusion. » (Peuples Kaliña et Lokono patrimoine mondial, WHC-2001/CONF.205/
Peoples vs. Suriname, mérites, réparations WEB.3, 2001) ou par l’intermédiaire des
et coûts, inter-Am. Ct. H.R., ser. C, n° 309, mécanismes spécialisés des Nations Unies
25 novembre 2015, par. 173, 176-178.). La d’empêcher d’endommager ou de détruire
politique de l’UNESCO de 2017 ne soutient leur patrimoine culturel et de faciliter leur
pas l’expulsion des peuples autochtones de restitution (document final Alta, A/HRC/
leurs terres dans le cadre des programmes EMRIP/2013/CRP.2, 2013, par. 28). Leur
de conservation. campagne pour une participation effective
des communautés locales dans le processus
La participation des de proposition d’inscription et de gestion
peuples autochtones et des sites du patrimoine mondial s’inscrit
le patrimoine mondial dans le consensus prévalant de plus en plus
La Cour pénale internationale a parmi les différents tribunaux internationaux
récemment reconnu l’importance cruciale et régionaux, et les organes multilatéraux.
que revêtent les sites du patrimoine mondial En 2017, le Comité du patrimoine mondial a
en matière de droits culturels, sociaux et réaffirmé qu’il réexaminerait la proposition
économiques des communautés locales. Elle visant à créer un Forum international des
a constaté que la réparation des préjudices peuples autochtones sur le patrimoine
subis par la communauté locale du site du mondial pour aller dans cette voie
patrimoine mondial de Tombouctou lors (Décision 41 COM 7, 2017, par. 41). Cet
des attaques perpétrées par des militants aspect est un point nécessaire pour garantir
« inclut également le préjudice plus large les droits fondamentaux des peuples
subi par les Maliens et la communauté autochtones, et joue un rôle déterminant
internationale dans son ensemble. » La Cour pour mettre fin à l’appropriation, à
a ainsi confirmé l’opinion d’experts selon l’utilisation et au commerce illicites du
laquelle « au final, la population locale est patrimoine culturel sous toutes ses formes,
la mieux placée pour préserver le patrimoine qui diminuent la diversité biologique et
en question, et par conséquent, les mesures culturelle de nombreux sites, et donc leur
de réparation devraient plus judicieusement valeur universelle exceptionnelle.
viser à renforcer leurs capacités dans ce
domaine » (le Procureur vs Ahmad Al Faqi Al (L’auteur remercie Dalee Sambo Dorough,
Mahdi, ordonnance de réparation, chambre Phil Gordon, Stefan Disko, Édouard Planche,
de première instance de la Cour pénale Benjamin Omer, Melina Macdonald, Ghaliya
internationale, VIII, ICC-01/12-01/15, 17 août Al-lamki et Valentina Vadi pour leurs
2017, par. 54 et 55). Les organes des Nations contributions et leur assistance. L’auteur
Unies pour les droits de l’homme, et plus assume la responsabilité de toute erreur.)
Patrimoine Mondial Nº87 13Protéger l’avenir de notre passé :
PUBLIREPORTAGE
le projet archéologique du Qatar-Soudan
Les objectifs de ce projet international
Le projet archéologique du Qatar-Soudan a vu le jour en 2012 afin d’amorcer une
collaboration entre la Corporation nationale des antiquités et des musées du Soudan
(NCAM) et son homologue qatari, les muséums du Qatar. Ce projet était initialement
conçu pour explorer les richesses du patrimoine ancien du Soudan, mais il s’est
rapidement avéré que les antiquités de Soudan-Nubie nécessitaient une attention urgente
d’une ampleur complètement différente. Le projet a par conséquent été reformulé sous
la forme d’un projet international au paradigme audacieux et transformatif permettant
de prendre en charge les ressources culturelles de la Nubie soudanaise et d’inclure
pratiquement tous les sites antiques clés qui bordent le Nil au nord de Khartoum afin de
consolider et de préserver ces sites en appliquant des normes modernes et de bonnes
pratiques au développement et à la présentation du patrimoine soudanais.
Une coopération internationale
La présentation de ce concept à la communauté des archéologues du Moyen-Nil fut
accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. Le projet archéologique du Qatar-Soudan
réunit actuellement 42 missions scientifiques issues de 25 institutions dans onze pays.
Le financement accordé à ce projet par le Musée du Qatar constitue quant à lui l’initiative
la plus vaste et la plus ciblée lancée par une institution à l’échelle mondiale depuis la
Campagne internationale pour la Nubie de l’UNESCO (1960-80) en faveur de l’exploration
et de la protection de la culture et de l’histoire d’une autre nation.
Conservation à Musawwarat
Pyramides de Méroé Les réussites du projet archéologique du Qatar-Soudan
Depuis 2013, le projet archéologique du Qatar-Soudan a attribué des projets de 5 à 7 ans à des équipes
spécialisées dans divers sujets, comme la prospection archéologique de paysages jusqu’alors
inexplorés ou la fouille et la conservation de sites antiques. L’une des conditions d’admission de
ses missions prospectives est la création de plans de gestion des sites lorsque ceux-ci étaient
auparavant inexistants, ou leur mise en œuvre lorsque ceci n’avait pas été fait. Dans ce contexte, il
a donné lieu à la construction de plus d’une douzaine de nouveaux centres pour visiteurs et points
d’information, ainsi qu’à la rénovation et à la réhabilitation de musées plus anciens.
Le projet archéologique du Qatar-Soudan a, par exemple, élaboré, conformément aux normes
de l’UNESCO, un plan de tourisme durable pour les Sites archéologiques de l’île de Méroé et Gebel
Barkal et les sites de la région napatéenne, deux biens inscrits au patrimoine mondial, et construit,
à l’extérieur de leurs zones tampons, de généreuses infrastructures touristiques. Ces « villages
Nouvel abri des bains royaux, Méroé
touristiques » initialement construits pour loger et offrir des locaux de travail aux missions du
projet archéologique du Qatar-Soudan œuvrant dans les sites voisins, seront un atout pour l’État
du Soudan et serviront bientôt à accueillir des touristes culturels visitant la région. Ils pourront
également être utilisés pour former des étudiants soudanais dans le domaine de l’archéologie
de terrain et de la conservation fondamentale ou dispenser des cours de formation aux guides
touristiques soudanais.
Connaissances et éducation
Les travaux de recherche des diverses missions du projet archéologique du Qatar-Soudan ont
considérablement enrichi nos connaissances et permis d’accélérer la reconstruction des anciennes
civilisations et cultures du Soudan. Au cours de leurs premières années de travail, les missions
ont présenté une nouvelle vision de l’histoire du Soudan couvrant plus de 350 000 ans et jeté un
nouveau regard sur la préhistoire du pays, ses liens anciens avec l’Afrique intérieure, l’Égypte et la
Méditerranée, ainsi que sur la formation des premiers empires Nubiens de Napata et Kush (3000 av.
J.-C.-500 apr. J.-C.), jusqu’aux époques médiévales chrétiennes et islamiques.
Toutes ces activités ont donné lieu à la publication de travaux de recherches, à la numérisation
Archéologie expérimentale à la Fonderie de fer de Méroé. et au catalogage de documents d’archives jusqu’alors inaccessibles pour les érudits du Soudan et
Les écoliers locaux découvrent le processus
les universités étrangères tout en fournissant des informations utiles à un public non académique.
Une autre priorité du projet archéologique du Qatar-Sudan comprend la création de programmes
éducatifs pour les écoliers soudanais et le développement des capacités des étudiants universitaires
et des guides professionnels.
Ce qu’apporte le projet archéologique du Qatar-Soudan
L’accélération des travaux de recherche et le renforcement de la protection du patrimoine soudanais
constituent un objectif clé du projet. Grâce à son soutien, les missions nationales et étrangères ont
désormais la possibilité de travailler sur place durant des périodes beaucoup plus longues et de
revenir deux fois par an au Soudan. Elles peuvent également recruter des experts supplémentaires
pour leurs équipes et entreprendre des interventions habituellement onéreuses et chronophages
comme la conservation de bâtiments et d’objets ou la réalisation d’essais en laboratoire à une
échelle beaucoup plus large que leur budget ne leur permettrait de le faire. Si l’accélération du
Intérieur du centre des visiteurs à Méroé
travail de recherche n’est pas forcément un aspect essentiel en soi, elle permet toutefois de
protéger beaucoup plus vite les monuments de la dégradation naturelle et de la destruction par
l’homme (pillage de sites, empiètement illégal par les secteurs du logement, des infrastructures et
de l’agriculture).
Qatar Museums Le modèle du projet archéologique du Qatar-Soudan
QM Tower Le rôle de catalyseur du projet archéologique du Qatar-Soudan permet au secteur du patrimoine
P.O Box 2777
de stimuler une expertise fragmentée à travers des efforts cohérents et soutenus pour profiter
Doha - State Of Qatar
www.qm.org.qa/en au patrimoine du Soudan dans son ensemble. Son soutien facilite le processus de création, de
développement et d’application de stratégies régionales pour la gestion du patrimoine ainsi que
l’inclusion proactive des communautés établies à proximité de sites archéologiques afin que celles-
ci bénéficient économiquement du tourisme culturel.
Bien que ce projet ne soit pas terminé, il est déjà clair qu’il a un impact très positif sur l’état
de conservation des antiquités du Soudan. À une époque où de grandes institutions comme
l’UNESCO ont des difficultés à lancer des projets de conservation archéologique de grande échelle,
des initiatives comme le projet archéologique du Qatar-Soudan pourrait servir de modèle pour un
nouveau type de coopération internationale et fournir une plate-forme utile pour faire progresser le
Qatar-Sudan Archaeological Project Nubian
Archaeological Development Organization programme de l’UNESCO pour la préservation du patrimoine culturel à travers le monde.
www.qsap.org.qa/en/Dossier Cambodge : la restitution des biens de Koh Ker Cambodge La restitution des biens de Koh Ker Vireak Kong Directeur du Musée national du Cambodge Koh Ker est un site archéologique éloigné dans le nord du Cambodge à environ 120 km de Siem Reap et du site ancien d’Angkor. © Aaron Fellmeth Photography 16 Patrimoine Mondial Nº87
Dossier Patrimoine Mondial Nº87 17
Dossier Cambodge : la restitution des biens de Koh Ker
L
Le complexe de Banteay Chhmar a subi de graves pillages.
© Ioreth_ni_Balor
a guerre civile qui a déchiré le Entre 2013 et 2016, sept statues de Koh À la recherche des
Cambodge pendant trente ans Ker furent restituées au Cambodge. Le site statues disparues
a laissé des traces profondes de Koh Ker revêt une grande importance En 2007, le projet de conservation
dans tout le pays. Ces dans le patrimoine religieux, historique et allemand Apsara envoya une équipe à
événements tragiques ont non artistique du Cambodge. Sous le règne Koh Ker, afin d’enquêter sur la découverte
seulement traumatisé les populations, mais des rois Jayavarman IV et Harshavarman II de deux socles uniquement surmontés
ils ont également gravement endommagé le (928-944 apr. J.-C.), la cité que l’on appelle de pieds. Simon Warrack, un restaurateur
patrimoine culturel cambodgien. Comme le aujourd’hui Koh Ker fut la capitale éphémère de la pierre, effectua des recherches afin
site d’Angkor inscrit au patrimoine mondial, de l’empire khmer. Cet important complexe d’identifier les statues qui étaient jadis
plusieurs grands temples et monuments de monuments sacrés comprend des posées sur ces socles. Il parvint à localiser
historiques tels que Banteay Chhmar, Koh temples, des sanctuaires et des tours. Jusqu’à l’une d’entre elles grâce à une photographie
Ker, et Preah Khan à Kampong Svay ont récemment, le site n’était pas une destination trouvée dans le livre d’Emma Bunker et
été cruellement pillés. Depuis les années touristique en raison de son éloignement Douglas Latchford The Adoration and the
1990, un certain nombre d’objets culturels et de son accès difficile. Aujourd’hui, il fait Glory, the Golden Age of Khmer Art [Gloire
ont toutefois été restitués au royaume. Ces partie des biens figurant sur la liste indicative et adoration : l’Âge d’or de l’art khmer]. La
derniers comprennent quelques-uns des présentée au Comité du patrimoine mondial statue qui semblait correspondre au socle
100 artefacts volés sur le site d’Angkor, ainsi par le Gouvernement royal du Cambodge, était connue sous le nom de « Dvārapāla »
que d’autres provenant des sites de Banteay en raison de son architecture, de sa valeur (le gardien du temple), et était exposée au
Chhmar et Koh Ker. historique et de ses œuvres d’art uniques. Norton Simon Museum of Art, aux États-
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