MARINS LES ÉCOSYSTÈMES - LES CORAUX BATISSEURS DE RÉCIFS - Oceanopolis
←
→
Transcription du contenu de la page
Si votre navigateur ne rend pas la page correctement, lisez s'il vous plaît le contenu de la page ci-dessous
DIRECTRICE
DE LA PUBLICATION
Céline Liret
Directrice scientifique
Océanopolis
AUTEURS
Janique Etienne
Lionel Feuillassier
Catherine Gabrié
Marine Le Moal
Céline Liret
Anne Rognant
COORDINATION
ÉDITORIALE
Janique Etienne
Chargée de projets Gestion
du littoral et Haute mer
Secrétariat du FFEM
Céline Liret Conception graphique
Directrice scientifique Rodhamine
Océanopolis
Illustrations
REMERCIEMENTS Céline Bricard
Denis Allemand pp. 2, 10, 30, 44
Carole Antoine
Alain Barrere Impression
Dominique Barthelemy Media Graphic
Noëlinaud Robert Djerryh
Pascale Joannot Réference pour citation
Sandrine Job FFEM et Océanopolis (2021)
Richard Krebs – Les écosystèmes marins –
Les coraux, bâtisseurs de récifs.
Sylvain Lenoir
Fonds Français pour l’Environnement
Barbara Mathevon Mondial, Paris et Océanopolis, Brest
Céline Miternique Agathe pp. 72
Madi Bamdou Mouchitadi
Jean-Pascal Quod Utilisation possible
Jérôme Suros des informations et des photos,
Clodio Travouck sous réserve de la mention :
© Océanopolis / FFEM
Utilisation possible
des illustrations et des schémas
dans un cadre pédagogique
(non commercial),
sous réserve de la mention :
Schémas : © Rodhamine
Illustrations : © Cécile Bricard
Modification non autorisée
4 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS7 Préambule
SOMMAIRE 9 Introduction
CHAPITRE 1 — ÉTAT DES CONNAISSANCES
12 Une histoire scientifique
14 Corail et phylogénie
16 Une mémoire calcaire
18 Le symbiocosme
20 La reproduction des coraux
22 Un espace, des espèces
24 Vivre ensemble
26 Une mosaïque vitale
28 Un récif, des ressources
CHAPITRE 2 — PRESSIONS ET MENACES
32 Des récifs en sursis
33 Le réchauffement climatique
34 L’acidification de l’océan
35 Les événements extrêmes
36 La surpêche
38 Les EEE… Espèces Exotiques Envahissantes
39 L’étoile de mer épineuse, un prédateur
40 Les activités récréatives
40 Les aménagements terrestres
41 Du macro au microplastique
42 Les apports polluants et eutrophisants
43 Parmi les cosmétiques, les crèmes solaires
CHAPITRE 3 — ACTION !
46 La résilience de l’écosystème corallien
48 Des compétences dédiées aux récifs coralliens
49 La recherche et l’enseignement supérieur
50 L’animation communautaire
52 La gestion de projets
54 L’écotourisme
56 La formation
58 La gestion d’espaces protégés
60 la sensibilisation et l’éducation
62 Le suivi et la surveillance
65 Nous pouvons protéger les récifs !
66 Bibliographie
68 Crédits
5 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSPRÉAMBULE
Donec ante velit, laoreet eu egestas vitae,
pellentesque quis metus. Fusce sollicitudin
D
condimentum mauris et hendrerit. Mauris
at dapibus sapien. Suspendisse feugiat
condimentum diam at blandit.
Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing adipiscing mollis. Donec elementum, erat ultrices
elit. Nulla vel velit a sem accumsan lobortis. Lorem tincidunt tempus, quam mauris cursus nisi, in aliquam
ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. turpis urna vel nibh. Suspendisse vitae ante lorem.
Integer scelerisque luctus luctus. Vivamus hendrerit Donec fermentum sollicitudin elit, ac pretium nulla
risus congue ipsum porta in luctus tellus interdum. ultrices vel. Fusce nulla leo, condimentum ac blandit
Pellentesque cursus luctus tristique. Duis dignissim quis, sagittis sit amet nunc. In ut molestie nulla.
risus sit amet elit adipiscing cursus. In faucibus
dapibus tempor. Lorem ipsum dolor sit amet, Donec at odio purus. Donec lectus libero, venenatis
consectetur adipiscing elit. Proin quis justo dolor. at cursus et, bibendum in orci. Mauris placerat neque
Nunc vel est ac velit ullamcorper imperdiet nec quis non nunc imperdiet convallis. Cras sit amet magna
elit. Nulla et odio eros, in lobortis diam. Donec lorem nisl. Fusce tristique, eros eget commodo fringilla,
nisl, lacinia non tempor non, fringilla sit amet orci. urna lorem placerat tortor, ac sollicitudin dui nisi vitae
Phasellus mollis augue quis odio dignissim cursus. magna. Suspendisse potenti. Quisque mattis libero
hendrerit libero facilisis non feugiat neque sodales.
Phasellus vestibulum, lectus in eleifend sollicitudin, In hac habitasse platea dictumst. Proin volutpat nibh
purus diam accumsan nibh, ac condimentum mi odio eu massa sollicitudin ac pretium mi blandit. Duis
at erat. Vivamus eu eros risus, in dignissim turpis. sit amet augue eleifend ligula consequat mattis ut
Donec vitae erat dolor, et dignissim velit. Proin eu non lorem. Sed molestie lorem at nibh pellentesque
lobortis odio. Cras non ultricies turpis. Cras volutpat, cursus aliquet orci posuere. Mauris ac metus in
nisi sit amet elementum pulvinar, mauris ipsum viverra dolor imperdiet tincidunt. Ut lacinia nunc sed dolor
lectus, sed sollicitudin odio justo quis sapien. Donec accumsan rutrum. Suspendisse fermentum sapien
eu dui sapien. Mauris a est purus. Duis ac erat justo. vel lorem rhoncus facilisis eget et dolor. Nam ultrices
Sed mi tellus, luctus ut malesuada in, malesuada a lectus id odio dignissim pulvinar. Morbi dictum cursus
purus. Phasellus eros lorem, suscipit vitae mattis eu, dui in varius. Mauris eu elit eget eros porta suscipit. Ut
pellentesque ac libero. Nullam faucibus felis et dui suscipit, massa ac aliquet rhoncus, enim elit sodales
mattis id tincidunt risus hendrerit. Vestibulum a justo est, ut iaculis dui mauris a ligula. Proin metus elit,
dui. Suspendisse potenti. Phasellus imperdiet tempor vulputate quis volutpat at, consequat at leo. Aenean
massa, quis imperdiet purus ultricies quis. Donec quis vel nisl eu lacus consequat rutrum non sed sapien.
nisl id nunc tincidunt faucibus at nec velit. Donec eu
erat massa, nec pellentesque arcu. Mauris ligula velit, Mauris sit amet risus tempor nunc posuere egestas
fermentum vel blandit sed, aliquet vitae ligula. Fusce at vel ipsum. Suspendisse lacus lorem, pharetra non
ornare odio nec orci rhoncus sollicitudin. Praesent gravida eget, iaculis id mauris. In non tellus felis, non
eros urna, pretium vel ultricies eu, feugiat id diam. scelerisque ipsum. Nullam condimentum, neque
in dignissim interdum, elit ligula venenatis metus,
Donec ante velit, laoreet eu egestas vitae, pellentesque eget hendrerit nisi nisi a justo. In consectetur porta
quis metus. Fusce sollicitudin condimentum mauris venenatis. Maecenas at neque ac lorem pretium
et hendrerit. Mauris at dapibus sapien. Suspendisse pretium. Phasellus molestie dignissim hendrerit. Sed
feugiat condimentum diam at blandit. Donec diam varius, ante ac molestie lacinia, odio justo egestas
arcu, placerat non vestibulum sit amet, sagittis turpis, vitae interdum nunc tortor non ipsum. Class
et sapien. Pellentesque iaculis neque quis turpis aptent taciti sociosqu ad litora torquent per conubia
pulvinar nec lobortis ante hendrerit. Proin lacinia nostra, per inceptos himenaeos. Aliquam porttitor
tempor enim, et commodo ipsum tincidunt quis. Proin eros eu libero euismod viverra. Praesent id lacus
interdum iaculis turpis, ut pretium ligula fringilla a. leo. Suspendisse convallis odio at elit elementum
Nullam malesuada, orci vitae bibendum tincidunt, ac faucibus nunc dictum. Nulla dapibus arcu vitae
augue tortor ultrices erat, quis dignissim urna enim metus venenatis tincidunt laoreet tortor mattis.
at mauris. Nunc et eros eget libero commodo sagittis Praesent malesuada orci ac mi varius sed commodo
ullamcorper in enim. Ut orci lacus, semper laoreet lacus euismod. Class aptent taciti sociosqu ad litora
interdum sit amet, mollis vel dui. Duis tincidunt torquent per conubia nostra, per inceptos himenaeos.
7 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSINTRODUCTION
Janique Etienne & Céline Liret
L Les récifs coralliens figurent parmi les écosystèmes
les plus diversifiés de la planète et hébergent
plus de 25% de la vie marine mondiale. Environ
4 000 espèces de poissons et 800 espèces de coraux
constructeurs de récifs ont été décrites à ce jour.
Véritables réservoirs de biodiversité marine, les récifs
coralliens affichent une production annuelle
de biomasse égale, voire deux fois supérieure
à celle des forêts tropicales les plus productives.
Protection des côtes, sécurité alimentaire, tourisme,
régulation du climat… Les services fournis par
les récifs et écosystèmes associés sont vitaux pour
certaines populations des régions tropicales.
La dynamique naturelle des récifs coralliens est
étroitement liée aux conditions environnementales,
qui sont influencées par les pressions anthropiques
« des actions visant à protéger, gérer de manière
durable et restaurer des écosystèmes naturels ou
modifiés pour relever directement les défis de société
de manière efficace et adaptative, tout en produisant
des bénéfices pour la biodiversité ». La survie des
récifs coralliens nécessite de réduire les pressions
anthropiques, de protéger ces écosystèmes
en multipliant les aires marines protégées avec des
zones de protection forte plus étendues, de renforcer
les réseaux de suivi des récifs, de développer
l’acquisition des connaissances et de favoriser
une bonne appropriation des enjeux en mobilisant
tous les acteurs et en éduquant les citoyens.
Pour être à la hauteur de ces enjeux, il n’est plus
possible que seules les politiques publiques
mettent en œuvre ces activités. Une mobilisation
(pollutions, pêche, aménagements), les événements globale, incluant les citoyens dans leurs pratiques
extrêmes (hausse de la température, cyclones, au quotidien, fera la différence. Il est indispensable
fortes houles) et les perturbations biologiques aujourd’hui que les générations futures se mobilisent
(espèces exotiques envahissantes, infestations, et acquièrent les compétences nécessaires à la mise
maladies). Près d’un tiers des récifs sont actuellement en œuvre des actions permettant la survie de ces
menacés, en particulier par le changement écosystèmes essentiels. Cet ouvrage est destiné
climatique (réchauffement des eaux ; acidification)*. aux Organisations Non Gouvernementales qui
Une grande partie des récifs va subir un recul notable agissent quotidiennement sur le terrain, aux étudiants
de leur couverture et connaître des extinctions et jeunes professionnels, aux gestionnaires d’espaces
significatives localement, aboutissant globalement protégés, aux enseignants des territoires impliqués
à un déclin pouvant atteindre plus de 90% et aux collectivités. Il fait un état des connaissances
si le réchauffement climatique dépasse les 2°C actuelles sur les coraux bâtisseurs de récifs et
en 2100 ! Les récifs construits par les coraux restants traite des menaces et des pressions dont ils font
devraient être différents par leur composition l’objet. La dernière partie met en avant les métiers
et leur diversité. Cette situation compromettra et les compétences nécessaires pour la survie
fortement les services qu’ils procurent aux sociétés et la sauvegarde des récifs coralliens. Loin d’être
humaines avec des risques accrus sur la sécurité exhaustifs, ils pourront être une source d’inspiration
alimentaire liée aux ressources halieutiques. pour les étudiants et jeunes professionnels. Face
aux défis à relever, de nouveaux métiers pourront
La crise écologique actuelle marquée par une émerger des compétences et expertises existantes ;
importante dégradation des écosystèmes dans les générations futures devront faire preuve
un contexte de changement global nécessite d’agilité pour accompagner ces évolutions.
une protection plus forte et plus durable des récifs
coralliens, hauts lieux de la biodiversité marine En espérant que cet ouvrage, qui s’inscrit dans
mondiale. Devant les pressions et menaces auxquelles le cadre de la Décennie des Nations Unies pour
ils sont confrontés, il s’avère essentiel de limiter les sciences océaniques au service du développement
les impacts anthropiques directs et indirects afin durable (2021-2030), inspire les générations
d’accroître la résilience de ces écosystèmes. Maintenus futures et leur donne envie de s’impliquer dans
en bon état écologique, les écosystèmes coralliens la connaissance et la préservation des récifs coralliens !
constituent des solutions naturelles pour lutter
contre les effets du changement climatique. L’Union
Internationale pour la Conservation de la Nature *Les rapports internationaux de la Plateforme intergouvernementale
sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES, 2019)
(UICN) met en avant les solutions fondées sur la nature et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
pour relever les défis globaux, les définissant comme (GIEC, 2019) dressent un tableau plutôt sombre de l’avenir des coraux.
9 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSCHAPITRE 1
État des
connaissances
11 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSUne histoire 77 AP. J.-C.
scientifique
Le Traité d’Histoire naturelle (Livre II) de Pline
l’Ancien (23-79 ap. J.-C.) révèle que le corail a
la forme « d’un arbrisseau » pourvu de « baies (…)
blanches et molles sous l’eau et qui devinrent dures
et rouges en dehors ». Dès cette époque, le corail
Si le corail est décrit dès l’Antiquité est cité pour ses nombreuses vertus médicinales.
en revanche, sa véritable nature a
longtemps été sujette à débats entre les D’après Pline l’Ancien, le mot « corail » dérive
naturalistes. Persuadés de leurs propres du grec , la tonte. Ce mot fait référence à
la collecte du corail : « on dit qu’il suffit de le toucher
expériences, ces érudits étaient surtout pendant qu’il est encore vivant pour le pétrifier,
et que pour cette raison on cherche à le prévenir,
partagés entre la nature minérale l’arrachant avec un filet ou le coupant avec
et l’origine végétale du corail. un fer bien aiguisé : c’est cette espèce de tonte
qui lui a fait, ajoute-t-on, donner le nom de corail. »
77
PLINE L’ANCIEN, HISTORIA NATURALIS, 77 AP. J.-C.
Ainsi, le corail fut tour à tour assimilé aux pierres
sanguines (hématites), aux agates, aux particules
rocheuses, aux pierres arborescentes tandis
que d’autres s’attachaient à le décrire comme
une plante pétrifiée, une plante pierreuse, une plante
de la mer ou une plante de corail voire même
un insecte semblable à une petite ortie, au pourpre,
avec l’épanouissement de fleurs étoilées.
-310 « Et l’Hématite ou Pierre sanguine qui est
d’une texture dense et solide (…) comme si
elle était formée de sang caillé. (…) Le corail par
Nunc quoque curaliis eadem natura remansit,
Duritiam tacto capiant ut ab aere, quodque
Uimen in aequore erat, fiat super aequora saxum.
16
sa substance approche celle des pierres sanguines ; Maintenant encore les coraux présentent
la couleur rouge et la forme cylindrique semblable la même propriété : ils n’acquièrent leur dureté
(…) à une racine. Il croit dans la mer ». qu’au contact de l’air, et leur tige souple dans
THÉOPHRASTE, DE LAPIDIBUS, ≈ 310 AV. J.-C.
la mer devient de la pierre quand elle en sort.
OVIDE, PERSÉE ET ANDROMÈDE,
MÉTAMORPHOSE DES CORAUX, 1-17 AP. J.-C.
310 AV. J.-C.
Le Traité des pierres du philosophe et botaniste 16 AP. J.-C.
Théophraste (372-288 av. J.-C. - disciple et successeur
d’Aristote) est le premier recueil à dépeindre la Le poète latin Ovide (43 av. J.-C. – 18 ap. J.-C.) décrit
nature du corail. Dès cette époque, il est acquis la formation du corail dans Métamorphoses – Origine
que le corail semble évoluer comme un être vivant. du Corail (années 1 à 17 ap. J.-C.). Selon la mythologie
Cependant le dualisme entre sa dureté pierreuse grecque, Persée trancha la tête de la gorgone Méduse,
et son apparence végétale va jeter le trouble parmi capable de transformer
ses observateurs et pour plusieurs siècles. ses ennemis en pierre d’un
simple regard. En déposant
la tête de Méduse sur des
algues, le regard de la terrible
Méduse pétrifia les végétaux
Rapporté par les pêcheurs, le corail rouge marins qui devinrent du
de Méditerranée, Corallium rubrum, corail. Ainsi, le corail serait
était la principale espèce étudiée. une branche flexible sous les
eaux mais dure dans l’air.
12 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSDéfini par Ehrenberg en 1833, les Anthozoaires
désignent les « animaux en forme de fleurs ».
1518 LE CORAIL, UN ANIMAL ?
L’appartenance au règne animal du corail est
XII E envisagée pour la première fois par Dodoens
dès 1518. D’autres naturalistes suggèreront
cette origine. Cependant, en 1585 le chevalier
J.-B. de Nicolaï décrivit le corail comme une
« branche aussi dure dans l’air que dans l’eau,
HERBIER MÉDIEVAL entourée d’une écorce molle et capable de
RÉPERTORIANT LE CORAIL PARMI rendre une liqueur laiteuse » comparable selon
LES PLANTES MÉDICINALES O. de la Poitier (1613), « au lait du figuier ».
« Le corail est chaud et sec au second degré.
C’est une sorte de substance terreuse que l’on En 1674, P. Boccone comparera les
polypes coralliens à des insectes. Mais ses
1674
trouve dans les régions… et plus précisément
dans les montagnes caverneuses qui sont observations furent remises en question
en la mer. Le corail croît comme une sorte par les expériences de Marsigli (1706) qui
d’humeur gluante, qui adhère aux rochers. Par consistaient à déposer, dans un vase rempli
la chaleur de la mer, elle sèche et se transforme d’eau de mer, des branches justes récoltées
en une substance semblable à la pierre ». de corail rouge. Il y observa le déploiement
EXTRAIT DU LIVRE DES SIMPLES MÉDECINES (XII E SIÈCLE) des polypes qualifiés de « fleurs de corail ».
Quand M. Peyssonnel, fondé sur les résultats
Chymiques que lui avoient donné les prétendues
fleurs du Corail s’avisa de dire que cette substance
appartenoit au régne animal, & n’étoit rien autre
chose que des logements d’insectes : on regarda
la découverte de l’habile Physicien comme fort
hasardée, & aux yeux de bien des gens rien ne parut
plus bizarre qu’une opinion qui renversoit les notions
reçues sur le Corail. De vrais Savans penserent
autrement; ils ajouterent des expériences nouvelles
aux expériences de M. Peyssonnel, & il a résulté de
« Ce fut un effet
ces recherches, que ce dernier avoit très-bien vu,
du hazard, que la
découverte de ces qu’en un mot il falloit nécessairement considérer
1766
fleurs du corail ». le Corail comme une pépiniere d’insectes & les
Expérience de Marsigli prétendues fleurs de cette substance comme les
(1706-1707) animaux qui formoient & habitoient cette demeure.
LETTRE DE M. DE ROME DELISLE À M. BERTRAND,
J.-A. Peyssonnel (1694-1759), évoque à nouveau SUR LES POLYPES D’EAU DOUCE (JOURNAL
DES SÇAVANS, ART. III, OCTOBRE 1766)
la thèse animale en se fondant sur les écrits anciens et
sur les résultats de ses propres expériences. Il suggéra
dès 1724 l’idée de coquillages et proposa de les classer
parmi les Animalcules en 1726. Sa proposition fut TRAITÉ DU CORAIL, PEYSSONNEL 1744
vivement contestée dès 1727 par les membres influant « Ayant mis le vase plein d’eau où le vase était,
de l’Académie des Sciences dont Jussieu, Guettard près du feu, tous ces petits insectes s’épanouirent.
et Réaumur. Il faudra attendre seulement 1742 Je poussai le feu et je fis bouillir l’eau,
et je les conservai épanouis hors du corail ».
avant que son appartenance au règne animal ne soit
clairement acceptée par la communauté scientifique.
13 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSCorail
et phylogénie
LE CORAIL DE LA VIE
Afin d’appuyer sa théorie sur l’évolution des espèces, Charles Darwin
publie en 1859 L’origine des espèces qui sera assorti d’un dessin,
de 1837, à l’allure d’un arbre ramifié. Le degré d’apparentement
des espèces est représenté par les ramifications et les branches.
Longtemps considérée comme l’arbre de la vie, certains
auteurs soulignent que cette configuration rappelle davantage
l’organisation corallienne. Darwin lui-même évoquera cette idée
« The tree of life should perhaps be called the coral of life ».
La représentation contemporaine en 3D du buisson phylogénétique
s’apparente plus à la ramification du corail. Les parties anciennes
et mortes du corail constituent la base des espèces actuelles.
À partir des ramifications se formeront de nouvelles lignées
d’espèces issues de mutations tandis que d’autres disparaîtront.
Les coraux fossiles les plus
anciens remonteraient entre
600 et 700 millions d’années.
Aujourd‘hui près de 10 000
espèces sont répertoriées
parmi les Cnidaires.
CLASSIFICATION DES CNIDAIRES
D’APRÈS OU ET AL., 2017
Formes fossiles
Coraux constructeurs
Hexacoralliaires Anémones de mer
de récifs (Scléractiniaires)
Cnidaires Anthozoaires
Octocoralliaires Corail rouge Gorgones
Hydrozoaires Corail de feu Physalie Obelia
Méduzoaires
Cubozoaires Chironex
Embranchement
Sous-embranchement Scyphozoaires Aurelia
Classe
Staurozoaires Lucernaire
Sous-classe
14 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS15 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS
16 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS
Une mémoire calcaire
Derrière le mot « corail » se cache un animal ressemblant Lobophytum sp.
Corail mou
à une petite anémone de mer et appelé le polype.
IL EXISTE 2 CATÉGORIES DE POLYPES
Les polypes capables de bio-calcifier Les polypes capables
un exosquelette calcaire pour les coraux durs de synthétiser
(constitués de calcite ou d’aragonite) uniquement
des aiguilles calcaires
(les sclérites ou les
1 spicules) soutenant
le tissu pour
les coraux mous. 2
Acropora sp.
Corail dur
Tentacules
et cnidocytes
Le mot « polype » dérive du latin polypus
ou du grec polýpous / polýpodos, signifiant
en zoologie « de nombreux pieds ».
Ectoderme
Endoderme Pharynx
LA CROISSANCE CORALLIENNE
Soutenue par l’activité photosynthétique Cavité gastrique Squelette
des zooxanthelles, la vitesse de Cœlenteron
calcification des Scléractiniaires
(endosynthèse) est 4 à 5 fois plus rapide
en présence de lumière qu’à l’obscurité. Cœnosarque
La croissance corallienne varie en fonction
des conditions environnementales mais
aussi de l’espèce. Ainsi, certains coraux
branchus peuvent croître de quelques
dizaines de centimètres de haut par an
tandis que les coraux en boule (massifs) LA CALCIFICATION
grandiront d’à peine 1 cm de diamètre La calcification définit la capacité du corail
dans l’année. Cependant, soumis à à synthétiser un squelette calcaire.
l’érosion et à la pression de la faune Les Scléractiniaires figurent parmi les organismes
associée (bactéries, virus, éponges,
champignons, etc), la croissance du récif
reste faible (10 mm par an maximum).
Ainsi, le récif de Moorea en Polynésie
300 000
Les analyses réalisées par les
calcifiants ayant un taux de calcification
de 2 à 6 kg de carbonate de calcium.m-2.an-1.
À l’échelle de la planète, les récifs coralliens
française cumulerait jusqu’à 80 m de scientifiques sur le récif de Moruroa,
précipiteraient plus d’1 Gigatonne de CaCO3.an-1.
corail accumulé soit 8 000 ans d’Histoire… atoll de l’archipel des Tuamotu,
Cette minéralisation d’origine biologique
en Polynésie française, ont permis
(biominéralisation) est très sensible aux
de dater avec précision les fossiles
conditions environnantes. Des carottages
coralliens. Situés 140 m en dessous
effectués dans les patates coralliennes
de la surface actuelle de l’océan,
permettent aux paléoclimatologues de
ces récifs vieux de 300 000 ans
comprendre les évolutions climatiques du passé
(dernière glaciation) pourraient
et de suivre les variations du niveau de l’océan.
indiquer un niveau de l’océan bien
plus faible que le niveau actuel.
D’APRÈS CAMOIN ET AL., 2001
17 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSLe symbiocosme
En 1882, les « corps jaunes » et les L’association symbiotique entre le corail et l’algue
unicellulaire est perceptible chez les formes fossiles
« corps verts » observés dans les tissus dès l’ère Primaire. Un tel caractère adaptatif apparu il y
d’organismes marins sont d’abord a 400 millions d’années est certainement responsable
du succès évolutif des coraux et de l’apparition des
considérés comme des « algues parasites ». formes actuelles 200 millions d’années plus tard.
L’année suivante, l’importance
nutritionnelle du « phytozoon » hébergé Le symbiocosme désigne une nouvelle
entité biologique créée par la symbiose.
dans les tissus animaux est établie. Comme pour le polypier, cette désignation
est aussi employée pour les insectes.
Zooxanthelle
ZOOXANTHELLES Ions minéraux Complément
Les microalgues symbiotiques Abri, protection de nouriture
sont communément appelées CO2 SYMBIOSE Favorise la formation
des zooxanthelles (zōon : animal du squelette calcaire
et du grec ksanthos : jaune). Leur O2
diamètre peut varier de 6 µm à
plus de 15 µm. Aussi appelées
« symbiontes », ces algues
unicellulaires sont capables
de couvrir de 70 à 90% voire Polype
99% des besoins énergétiques
des cellules coralliennes.
Cnidocyte
Zooxanthelle
L’abondance est estimée entre
1 et 10.106 zooxanthelles.cm-2
de tissu animal. Les algues
unicellulaires sont surtout
localisées dans les tissus couvrant
les parties les plus externes et
les plus exposées à la lumière.
18 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS19 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS
La reproduction des coraux
1 à 4h après la tombée de la nuit Dispersion larvaire
2 à 5 nuits après la pleine lune en surface et sur de longues
distances
3 4
FÉCONDATION
EXTERNE
EMBRYOGÉNÈSE 5 PHASE PÉLAGIQUE
DÉVELOPPEMENT
2 LARVAIRE
PONTE Larve en recherche
d’un site de fixation
Cellule-œuf Larve ciliée
1h après la ponte (planula)
Oocytes
24h après
la fécondation
Spermatozoïdes
6
Larve en forme RECRUTEMENT
de poire (piriforme).
La larve perd
ses cils vibratiles
et se pose sur PHASE BENTHIQUE
le sédiment. Fixation
Fécondation
interne
Coraux REPRODUCTION Coraux
émetteurs SEXUÉE incubateurs
Métamorphose
en un premier polype,
ouverture de la bouche,
1 déploiement
des tentacules
FORMATION DES CELLULES Polype primaire
REPRODUCTRICES Calcification
MÂLES ET FEMELLES Polypes secondaires
(colonie adulte) (jeune colonie) des espèces
Fragmentation coralliennes réalisent
une fécondation
Bourgeonnement
7 externe.
REPRODUCTION
ASEXUÉE
DÉVELOPPEMENT
DE LA COLONIE 75% des espèces
de Scléractiniaires
sont hermaphrodites.
CYCLE DE DÉVELOPPEMENT DU CORAIL L’hermaphrodisme est favorable
à la stabilité des petites
Pour les coraux incubateurs, la fécondation Bénéficiant des nutriments issus de la populations de corail.
et l’embryogénèse sont internes. photosynthèse des microalgues (glucides,
Elles se déroulent dans la cavité gastro- acides aminés, etc), ces larves peuvent rester
vasculaire du polype. Les larves incubées plus longtemps au stade planctonique et
ont un développement embryonnaire réaliser une dispersion plus importante.
généralement plus rapide que celles issues La larve représente
de la fécondation externe. le seul stade libre
du corail.
En fonction des espèces, les larves MOBILITÉ
résultant de la fécondation externe Le polype des anémones de mer
peuvent être pourvues de microalgues (Actiniaires) peut conserver
(larves zooxanthellées) ou non (larves une mobilité pendant les stades Du choix du site
azooxanthellées). La transmission juvénile et adulte. Cependant de de fixation de la
parentale peut se faire par les gamètes nombreuses espèces de coraux planula dépendra
(spermatozoïdes/oocytes). se fixeront définitivement le développement
Certains coraux incubateurs sont capables (espèces sessiles). du corail adulte.
de libérer des larves zooxanthellées.
20 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSGénérations asexuées
Le bourgeonnement réalisé par les polypes
est un cas de reproduction asexuée.
De nombreuses espèces de coraux peuvent La colonisation de l’espace par l’espèce sera plus
régénérer leurs tissus après une fragmentation rapide en raison du nombre plus important de clones
(cassure accidentelle ou non). Ces modes de produits en peu de temps. Que ce soit par voie
reproduction viennent renforcer la capacité sexuée ou asexuée, les coraux ne recherchent pas
du corail à se développer dans des milieux de partenaires sexuels. L’économie d’énergie sera
de vie instables (séisme, ouragan, etc). allouée à d’autres fonctions vitales de l’organisme
(croissance, régénération, etc). En revanche, en
La reproduction asexuée produit un nouvel individu l’absence de croisements génétiques, les descendants
génétiquement identique au parent. Ce mode ne s’adapteront pas (ou très lentement) à l’évolution
de transmission favorise le développement de la des conditions du milieu de vie (réchauffement
nouvelle génération dans son milieu environnant. climatique, acidification de l’océan, etc).
SOLITAIRES VS SOLIDAIRES
Le polype peut avoir un mode de vie solitaire ou
colonial. Les colonies coralliennes sont formées
de polypes clones, reliés les uns aux autres par
un tissu de liaison (le cœnosarque) les rendant
tous solidaires. Ils se partageront les éléments
nutritifs, véhiculeront l’eau, les signaux de défense,
de reproduction, etc, via des canaux internes.
21 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSUn espace, des espèces
Les récifs coralliens sensu stricto (sans les
autres structures associées) couvrent moins RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE
La majorité des Scléractiniaires se répartit dans
de 0,2 % de la surface de l’océan (surface les eaux peu profondes (entre 0 et 50 m) des zones
océanique = 361 132 millions de km²). tropicales et inter-tropicales, entre les latitudes 30°N
et 30°S (Tropiques du Cancer et du Capricorne).
En prenant en compte les écosystèmes
associés (mangroves, herbiers, estuaires,
lagons…), les zones récifales s’étendent
Réparti sur Connus dans les années 1950
sur 617 000 km². Il existerait près de 6 millions de km2 Exposé au delta de l’Amazone
1 400 espèces de coraux durs et mous à Près de 35% des récifs (eaux boueuses, faible
coralliens de la planète lumière, sédimentation
travers le monde dont près de 850 espèces Jusqu’à 350 espèces permanente, salinité fluctuante,
de coraux constructeurs de récifs. de coraux par km2 importante acidité).
Le Triangle de Corail Bancs coralliens de l’Amazone
DIVERSITÉ CORALLIENNE À L’ÉCHELLE GLOBALE
Tropique du Cancer
OCÉAN CARAÏBES
PAC I F I Q U E
Équateur
OCÉAN
Tropique du Capricorne INDIEN
Nombre d’espèces de corail
< 50 à 100 150 200 250 à 500 550 600
La Grande Barrière de Corail
RÉPARTITION BATHYMÉTRIQUE
DU CORAIL
Plus grande bio-construction
de la planète
Longue de 2 600 km
40%
des récifs
La pénétration de la lumière dans la colonne Inscrite depuis 1981 au Patrimoine ▶ océan Pacifique
d’eau est considérée comme indispensable au Mondial par l’UNESCO
20%
développement du corail. Ce paramètre demeure Plus de 400 espèces coralliennes
un facteur limitant ; l’essentiel des coraux se
développe dans la zone suffisamment éclairée
de l’océan pour permettre la photosynthèse des récifs
de leurs algues symbiotiques (zone euphotique). ▶ océan Indien
Néanmoins, certaines espèces arrivent à proliférer
8%
à des profondeurs beaucoup plus importantes. TEMPÉRATURES
Les températures
Profondeur océaniques fluctuent
des récifs
0m entre 18 et 35°C avec un
Récifs de surface ▶ Caraïbes
optimal de croissance
50 m pour le corail tropical
Récifs mésophotiques
150 m
situé entre 25 et 29°C.
Récifs rariphotiques
300 m
Récifs bathyaux
1 000 m
Récifs abyssaux Les coraux constructeurs de récifs sont appelés
4 000 m les Scléractiniaires ou les coraux durs.
22 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSPROFIL D’UN LAGON PRÉSENTANT LA RÉPARTITION DU CORAIL
Coraux Coraux Coraux Coraux Coraux Coraux Coraux
columnaires en plateau foliacés branchus massifs encroûtants turbinés
1 2 3 4 5 6 7
5 6
4
LAGON
4 7 5
OCÉAN
PINACLE
3
CORAIL MORT
2
1 PENTE INTERNE SABLE CORALLIEN
PLATIER
CRÊTE RÉCIFALE
PENTE EXTERNE
Véritables réservoirs de biodiversité
marine, les récifs coralliens
affichent une production annuelle
de biomasse égale voire deux
fois supérieure à celle des forêts
tropicales les plus productives.
HOT-SPOT
Parmi les 36 hot-spots
planétaires figurent Madagascar
et des îles de l’Océan Indien (îles
et archipels des Mascareignes
– La Réunion, Maurice
et Rodrigues –, des Comores
et des Seychelles). Ce réservoir
de biodiversité fait état
d’une extrême diversité
spécifique, abritant environ
15 000 espèces de plantes.
23 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS24 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS
Vivre ensemble
Sur des surfaces extrêmement limitées et dans des eaux pauvres
en nutriments (eaux oligotrophes), l’écosystème corallien
représente l’un des milieux les plus productifs de notre planète.
Un récif
Un récif en
enbonne
bonnesanté
santépeut produire
peut produirejusqu’à
jusqu’à
15 tonnes.km
tonnes/km2-2 /an 1
15 .ande produits
-1 de consommables.
produits consommables.
Les récifs abritent une diversité spécifique évaluée
Les récifs abritent une diversité spécifique évaluée
au tiers des espèces décrites à ce jour dans le milieu
au tiers des espèces décrites à ce jour dans le milieu
océanique. Les scientifiques estiment que l’écosystème
océanique. Lesrecéler
récifal pourrait scientifiques estiment
entre 1 et que
4 millions l’écosystème
d’espèces
récifal pourraitrestent
dont beaucoup recélerencore
entre 1à découvrir
et 4 millions
! d’espèces
dont beaucoup restent encore à découvrir !
CO2
ZOOPLANCTONOPHAGES
CO2
CORALLIVORES
Zooplancton PISCIVORES
Phytoplancton
CO2
Algues
ALGIVORES
HERBIVORES
Éléments
nutritifs
Est mangé par
DÉCOMPOSEURS
1000 espèces.m-2
de récifs coralliens.
Bactéries
Les espèces de poissons de petites
tailles sont beaucoup plus abondantes
En l’absence de requins, certaines espèces sur les récifs que les grandes espèces.
prédatrices vont proliférer et consommer Cependant, ces dernières ont de plus
davantage de poissons herbivores comme grandes capacités de dispersion.
le poisson-perroquet. Ces brouteurs
LES REQUINS d’algues sont pourtant indispensables pour La richesse spécifique de la faune
AU SERVICE DES CORAUX permettre aux coraux de se développer. associée à un récif corallien est aussi
Qualifiés de super-prédateurs, les requins Les excréments des requins permettraient dépendante de la surface et de la
influencent le développement et la survie également l’apport de quantités importantes diversité des habitats du récif ainsi
des coraux. Leur surpêche peut être de composés azotés qui favoriseraient que de la température de l’eau.
dramatique pour l’écosystème corallien. l’activité des producteurs primaires du récif. D’APRÈS BARNECHE ET AL., 2019
25 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSUne mosaïque vitale
Les récifs coralliens sont connectés entre eux mais aussi avec
d’autres écosystèmes tels que les mangroves, les couvertures
algales, l’océan. À travers cette mosaïque d’écosystèmes
interconnectés, les déséquilibres de l’un d’eux perturberont
directement le fonctionnement des autres écosystèmes.
3 ÉCOSYSTÈMES CONNECTÉS 5 4
1 2 3
1 RÉCIF CORALLIEN
Favorise la sédimentation
Absorption des nutriments
(nombreux filtreurs)
Nurserie, habitats
Protection contre l’érosion
2 HERBIER
Favorise la sédimentation
Absorption des nutriments
(nombreux filtreurs)
Nurserie, habitats
Épuration bactérienne
3 MANGROVE
Zone tampon
▶ Absorption des nutriments
et des polluants
▶ Absorption des apports
en eau douce
Protection contre l’érosion
Nurserie, habitats
CONSÉQUENCES DE LA DÉGRADATION
D’UN ÉCOSYSTÈME
1 2 3 4 5
Diminution Réduction Exposition aux Augmentation de Diminution de la
de la biodiversité du couvert végétal polluants et charges l’érosion du littoral ressource vivrière
récifale Les récifs coralliens et sédimentaires Le récif corallien et la La connexion récifs-
Les récifs coralliens les herbiers limitent Les mangroves et les mangrove forment une herbiers-mangroves
offrent une multitude l’avancée des eaux herbiers absorbent les barrière naturelle contre permet de concentrer
d’habitats et sont des salées vers les terres. alluvions et les pollutions la houle, les tempêtes, sur un faible espace
zones de reproduction, Ces écosystèmes d’origine terrestre. etc. Ces écosystèmes une forte abondance
de nurserie pour de favorisent l’installation Ces écosystèmes préservent la côte et et une importante
très nombreuses des mangroves et de la protègent les récifs des les aménagements diversité d’espèce. Ces
espèces récifales. végétation terrestre. apports terrigènes. terrestres de l’érosion. milieux constituent des
réservoirs de protéines
animales et aussi une
ressource économique
dans des territoires
parfois très isolés.
26 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS27 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS
Un récif, des ressources
Les récifs coralliens offrent de nombreuses ressources
pour l’être humain, en particulier aux populations locales.
À l’échelle de la planète, cet écosystème concentre Le concept de Récif Urbain
de forts intérêts sociaux, économiques et culturels. repense l’organisation de nos
sociétés urbaines en s’inspirant
de l’organisation squelettique,
20% 50%
du réseau d’interactions
Les récifs coralliens sains
et de l’association symbiotique
fourniraient à eux seuls de
décrits chez les coraux.
la nourriture et des moyens
des besoins en protéines L’épisode de blanchissement D’APRÈS GERARD, 2017
de subsistance pour plus de
apportés par l’océan des coraux qui a touché l’Océan
500 millions de personnes
à près de 3 milliards Indien en 1998 a fait diminuer
réparties dans les zones
d’êtres humains de moitié la densité globale
tropicales et sub-tropicales
D’APRÈS
des poissons de récifs de certaines
HOEGH-GULDBERG, 2019 D’APRÈS HOEGH- zones particulièrement impacctées
GULDBERG, 2019 ;
des Chagos ou encore des Seychelles.
SWEET ET AL., 2019
D’APRÈS L’UICN, 2008
Environ 3,5 milliards Revenus
de personnes vivent à touristiques
moins de 100 km de la côte
D’APRÈS WRIGHT
Protection
& NICHOLS, 2019 du littoral contre
Ressource les catastrophes
Protection contre alimentaire naturelles
l’érosion du littoral
1 km² de récif
Les récifs coralliens ▶ jusqu’à 600 000 $.an-1
réduisent la hauteur Barrière Ressource
des vagues jusqu’à 70% naturelle économique
D’APRÈS NARAYAN
ET AL., 2016
Réduction de la houle,
des tsunamis.
Lors du tsunami dévastateur
de 2004 dans l’océan Squelette corallien
Indien, les côtes protégées ▶ source minérale
par des récifs coralliens Ressource Ressource et d’oligoéléments
en bonne santé n’ont matérielle médicale
été que peu affectées Prothèses, implants
par la vague mortelle.
D’APRÈS DENIS Traitements anti-
ALLEMAND, 2016 Ressource VIH, anti-tumoraux,
culturelle anti-leucémique
400 atolls dépendants
des récifs
Engrais
Matériaux
de construction
pour les habitations Dans le sud NOUVELLES MOLÉCULES
du Kenya, des
Sable corallien La probabilité de trouver de
rituels religieux
pour les routes nouvelles molécules à partir
sont organisés
d’espèces issues des récifs
autour des récifs
Les récifs des Maldives coralliens est 300 à 400 fois plus
afin d’apaiser
fournissent ainsi élevée que pour des organismes
les esprits.
annuellement environ provenant d’un écosystème
20 000 m3 de matériaux.
D’APRÈS DENIS terrestre. Les propriétés anti-
ALLEMAND, 2016
tumorales provenant du corail
D’APRÈS DENIS
ou de la faune associée (éponge,
ALLEMAND, 2016
etc) ont pu être testées sur
près de 60 cancers différents.
28 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS29 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS
CHAPITRE 2
Pressions
et menaces
31 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFS20%des récifs
Des récifs en sursis
de la planète
ont disparu.
Les années 2010 ont débuté avec un
constat inquiétant : la planète traverse-t-elle
une nouvelle crise de la biodiversité ? 70%
des récifs sont
Il pourrait s’agir de la 6e extinction de masse dégradés par
les activités
des espèces en 500 millions d’années. humaines.
Aujourd’hui, les scientifiques estiment que
2050
jusqu’à 100 000 espèces disparaîtraient
chaque année, induisant une régression
de 50% de la biodiversité d’ici 2050.
L’accélération et l’intensification des événements
naturels seraient en partie induites par les nombreuses
activités anthropiques. Une extinction des espèces
estimée jusqu’à 500 fois supérieure à la disparition
naturelle d’une espèce après 250 000 ans de présence
humaine et seulement 200 ans d’ère industrielle.
90% des coraux
de la planète 30%des récifs
seront menacés. sont menacés
En constante régression à travers le monde, d’extinction.
l’écosystème corallien inquiète et mobilise
la communauté scientifique. Il est désormais
établi que l’intensification et l’augmentation
de la fréquence des épisodes de mortalité
massive des coraux s’accompagnent d’une
diminution de la biodiversité marine associée EN SAVOIR PLUS
ainsi que d’une érosion côtière accélérée. Dans l’Océan Indien, près de 65% des récifs
coralliens sont menacés par les activités
Les perturbations sont d’autant plus visibles sur locales et près de 35% d’entre eux le sont
des milieux fortement diversifiés. Les écosystèmes à un niveau élevé ou très élevé.
coralliens figurent ainsi parmi les plus menacés par
le changement global. Pourtant, l’espèce humaine
tire de nombreux profits des milieux récifaux.
32 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSLe réchauffement
climatique
Les coraux sont sensibles aux fluctuations
et aux fortes températures ; de nombreuses
Les épisodes de blanchissement
semblent survenir désormais tous
les 3 ans. L’adaptation évolutive des
40
gigatonnes de CO2
espèces sont proches de leur seuil espèces coralliennes face à ces nouvelles émis tous les ans
conditions est un processus lent. Ainsi,
maximal de tolérance thermique.
+40%
de nombreuses espèces sont menacées de
disparition. En 1997-1998, le phénomène
Une exposition prolongée des coraux à des El Niño a entraîné dans certaines
températures océaniques de +1 voire +2°C est régions une régression de 50% voire de CO2 atmosphérique
susceptible d’entraîner un stress thermique (stress jusqu’à 90% de la couverture corallienne. depuis 1870
physiologique) du corail et de leurs zooxanthelles.
La mort et l’expulsion des microalgues se
manifestent par un phénomène de blanchissement
corallien à grande échelle. Le squelette calcaire
Depuis les épisodes récurrents de 2016
et 2017, ce sont plus de 90% du récif de la
Grande Barrière qui ont été touchés et plus
+0,9°C
depuis 1870
du corail devient alors visible avec la transparence de la moitié des coraux ont disparus. Cette
des tissus dépourvus de zooxanthelles. année, seulement 1% du plus grand récif
Le blanchissement du corail est connu depuis plus de
70 ans avec des descriptions sur des colonies isolées
corallien du Japon était encore en vie.
Avec l’augmentation de température,
+3°C
à +5°C d’ici 2100
ou des spots récifaux. Le premier blanchissement les coraux devront également s’adapter
de masse a été rapporté en 1979 dans l’Est Pacifique. à la montée du niveau de l’océan.
CORAIL MORT COLONISÉ
CORAIL EN BONNE SANTÉ CORAIL BLANCHI PAR DES ALGUES FILAMENTEUSES
Température 30 Période de blanchissement
de la mer ESPOIR
en surface (°C)
29 Un suivi mené pendant 40 ans sur
un récif à l’Est de l’océan Indien,
28 révèle que l’augmentation
du niveau de l’océan, provoqué par
27
le réchauffement global, pourrait
être favorable au développement
de la couverture corallienne et limiter
26
le blanchissement du corail lors des
épisodes de fortes températures.
25
D’APRÈS BROWN ET AL., 2019
1981
1983
1985
1987
1989
1991
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2003
2005
Source :
Date
Adjeroud et al., 2009
La microalgue Symbiodinium thermophilum ESPOIR
est capable de résister à des températures
En 30 000 ans, la Grande Barrière de Corail
de plus de 36°C. Les coraux en symbiose
a survécu 5 fois à des extinctions massives.
avec cette espèce supportent plus
Couvrant seulement 3% de la Grande Barrière,
facilement les variations de température.
un cœur de récif sain a été découvert en 2017.
Ce récif moins touché par les agressions pourrait
avoir la capacité de fournir des larves sur
près de 50% de la Grande Barrière de Corail.
Un espoir pour ce 6e déclin de la biodiversité ?
33 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSL’acidification En 30 ans, le taux de calcification des coraux aurait
été réduit de 40%. Une calcification moindre qui
de l’océan conduirait à une érosion plus importante du récif
(tempête, houle, etc) et à une diminution de la
biodiversité de l’écosystème récifal. Mais l’acidification
s’accompagne également d’autres répercussions
Véritable puit de dioxyde de carbone (CO2), physiologiques notamment sur la reproduction.
l’océan concentre 50 fois plus de carbone
En Atlantique Nord, les coraux d’eau profonde
que l’atmosphère. seraient les plus affectés par l’acidification plus
importante des masses d’eau en profondeur.
Une telle capacité d’absorption est liée à La distribution de ces espèces pourrait s’en trouver
l’utilisation du CO2 par les microalgues pour leur limitée à 1 500 m de profondeur contre les 2 500 m
photosynthèse (= pompe biologique) et au stockage actuels. Les répercussions sur la faune associée
du carbone par les courants océaniques dans et la richesse des fonds seraient alors considérables.
les eaux profondes et froides (= pompe physique).
Chaque année, ce sont près de 25 milliards de kilos
de CO2 absorbés dont 70 à 90 millions de tonnes
de carbone stockées par les récifs coralliens. MINÉRALISATION
Certaines espèces pourraient s’adapter
Mais le piégeage du CO2 a un coût, l’océan est aujourd’hui en situation plus acides. Ainsi, le corail
Stylophora pistillata semblerait résister
30% plus acide qu’au début de la révolution industrielle.
et évoluer face à ces nouvelles conditions.
En 2100 cette acidité océanique pourrait atteindre 150%.
Le pH des eaux de surface pourrait ainsi
diminuer à 7,8 contre une valeur de 8,2 avant pH
les années 1870. Un tel niveau d’acidité n’aurait « Le pH de l’océan pourrait atteindre
pas été atteint depuis 20 millions d’années. 7,7 d’ici 2100, soit un triplement
de son acidité par rapport à la
période préindustrielle. (...) Il ne
faut pas espérer conserver plus
de 20 à 30 % des récifs coralliens
POMPE BIOLOGIQUE POMPE PHYSICO-CHIMIQUE qui existent aujourd’hui. »
JEAN-PIERRE GATTUSO, 2018
CO2 ATMOSPHÉRIQUE CO2 ATMOSPHÉRIQUE
1
Le phytoplancton absorbe
le carbone du CO2
1
Agitation de surface et mouvements
d’eau favorisant les échanges
40
kg.seconde-1 de CO2
dissous dans l’océan
2
CO2 DISSOUS
Chute des organismes
CO2 DISSOUS
30%
du CO2 atmosphérique
morts vers les profondeurs 2 absorbés par l’océan
Convection profonde
3 SÉDIMENTATION
Séquestration du carbone
3 STOCK DE CARBONE
Carbone dissous en profondeur
150
milliards de tonnes
de carbone absorbées
depuis 1870
En Papouasie Nouvelle-Guinée, des coraux sont
capables de se développer dans des résurgences
d’eaux volcaniques. Dans ces eaux, le pH est similaire
aux prévisions pour 2100. Des capacités d’adaptation ?
34 LES CORAUX, BÂTISSEURS DE RÉCIFSVous pouvez aussi lire