Où en sont les capacités robotiques militaires en 2015 ? - Université de Namur

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Revue des Questions Scientifiques, 2015, 186 (3) : 255-298

           Où en sont les capacités robotiques
                  militaires en 2015 ?

                               Marie-des-Neiges Ruffo
                               UNamur et Paris-Sorbonne
                                Doctorante en philosophie
                                marie.ruffo@unamur.be

     Ils ont des chenilles, des ailes, des hélices ou des roues, ils peuvent se
déplacer sur terre, dans les airs, sous eau, et bien entendu jusque dans l’espace
interstellaire. Ils sont utilisés pour la reconnaissance, le déminage, le trans-
port, le lancement de missiles, les tâches répétitives, dures ou dangereuses. Les
robots sont présents partout. La guerre de demain sera-t-elle entre les pinces
des robots ? Associer l’action militaire et la révolution robotique évoque rapi-
dement les films hollywoodiens de science fiction. Sommes-nous à l’heure de
Terminator ? Allons-nous voir « les machines » prendre le contrôle de la pla-
nète et annihiler l’espèce humaine ?
     Plus sérieusement, pourquoi historiquement a-t-on fait appel aux robots ?
L’ancien agent de renseignement Jean-Jacques Cécile rappelle que la recon-
naissance aérienne a été l’une des premières avancée en robotique pour une
raison simple : « Pas de comportement complexe à programmer, pas d’armement
de bord à gérer, peu de variantes comportementales à sérier en fonction des di-
verses hypothèses de déroulement de mission 1», c’était une tâche techniquement
facile à déléguer à une machine. Christian Malis de son côté y voit un intérêt
stratégique : il est diplomatiquement moins risqué de voir un drone abattu
qu’un pilote capturé par l’ennemi. Il tire à ce propos une comparaison entre

1.   J.-J. CECILE, La guerre des robots. Les révolutions militaires de demain, Ellipses, 2006,
     p33.
256                     revue des questions scientifiques

deux faits historiques : la capture en pleine guerre froide du pilote américain
Gary Powers et ses conséquences sur l’échec du sommet de Paris, comparée à
la capture du drone RQ 170 de la CIA par Téhéran2. Selon Malis, l’impact
politique de cette capture était moindre. Nous pouvons considérer que l’igno-
rance de cette capture par le grand public en est une preuve. Après la recon-
naissance aérienne robotisée, la technologie n’a cessé de se développer. Elle
permet aujourd’hui de déléguer toujours plus de tâches. Quelles sont les réa-
lisations actuelles en matière de robotique militaire ? Sur quels projets robo-
tiques travaillent les sociétés d’armements ? Puisque la révolution robotique
est en marche, faut-il encore prendre le risque de perdre des vies alliées sur le
terrain si les capacités robotiques sont équivalentes ou supérieures à celles
d’un soldat en opex ? Où en est l’autonomie robotique militaire ?
      Bien que beaucoup d’avancées robotiques adviennent grâce à la conquête
spatiale, nous ne ferons pas l’exposé de la constellation des satellites existants
ni des sondes spatiales type Cassini-Huygens, Galiléo et autres Rosetta. La
NASA, l’agence spatiale européenne, ESA, ou encore l’agence spatiale fédé-
rale russe, Roskosmos, sont destinées à faire progresser la recherche et la
connaissance scientifique, non à faire la guerre. Nous nous pencherons essen-
tiellement sur des réalisations de l’ONERA, de la DARPA, et des entreprises
de défense telles que Foster-Miller dont la visée est prioritairement l’applica-
tion militaire. À l’issue de ce panorama, nous pourrons envisager les muta-
tions provoquées sur le terrain par cette déferlante robotique et suggérer la
différence existante entre les capacités d’un robot militaire et celles d’un sol-
dat.

                                   1. Sur terre

1.1. Les robots terrestres
     En anglais, les robots terrestres peuvent être désignés à l’aide de l’abrévia-
tion UGV, pour Unmanned Ground Vehicle. La figure emblématique de la
robotique militaire terrestre, le « Packbot » de la société IRobot, financé par la
DARPA, l’agence de recherche de la Défense américaine, est né en 1998. Il
pèse 19,05 kg et coûte 150.000 dollars. Il est télécommandé mais peut aussi se

2.    S.K. DEHGHAN, “Iran broadcasts footage ‘extracted from CIA spy drone’”, In The
      Guardian, 7 February 2013
où en sont les capacités robotiques ?                           257

diriger seul. Il monte les escaliers, roule sur des rochers et nage jusqu’à 1,83 m
sous l’eau. Il s’agit d’une plate-forme sur laquelle on peut brancher des « op-
tions » : un détecteur de mine, des capteurs d’armes chimiques et biologiques,
ou une batterie supplémentaire. Le Packbot EOD est doté de bras, disposants
de caméra avec zoom et d’une pince coupante pour intervenir dans le démi-
nage d’IEDs (Improvised Explosive Device, ou dispositif explosif improvisé).3
Il sert également à la reconnaissance puisqu’il est assez petit pour se mouvoir
dans des bâtiments et détecter d’éventuels pièges ou des occupants. Elaboré
pendant 9 mois, la firme l’avait originellement doté de plus de programme
d’intelligence artificielle que prévu. L’armée les a d’ailleurs fait retirer4.
     La firme QuinetiQ North America (ayant racheté Foster-Miller en 2004)
a également créé un produit concurrent au Packbot, le Dragon Runner, un
robot « portable » de 9 kg (pour la version en référence à son poids 20 pounds)
destiné aux mêmes usages que son rival marketing d’IRobot5.
      La version supérieure du Packbot est le « Warrior », qui signifie « guer-
rier ». D’une capacité de charge utile de 45 kg, il peut rouler à la vitesse de 1,6
Km en quatre minutes, pour une autonomie de 5 heures. Il pèse 113 kg et est
5 fois plus grand que le Packbot. Tout comme sa version plus petite, il peut
monter des escaliers et franchir des portes. Doté d’un port USB, on peut lui
brancher n’importe quel équipement qui disposerait d’un connecteur USB.
Ce faisant, tout est rendu mobile à l’aide de cette plate-forme (caméra, haut-
parleur, capteur, fusil, etc.).6
      Le petit robot « Marcbot » coûte lui 5000 dollars. Contrôlé à distance et
doté d’une caméra perchée sur une antenne, il est destiné à la reconnaissance
et à repérer des IEDs éventuels sous les véhicules. Peter W. Singer raconte que
des soldats s’en sont servis pour porter des mines anti-personnelles « clay-
more », transformant ce robot de reconnaissance en arme offensive mobile.
    Le « Talon » de la firme Foster-Miller semble à un mini-tank. D’un poids
de 45 kg, il est plus grand qu’un Packbot. Lui aussi doté d’une pince, de ca-

3.   Trad. depuis P.W. SINGER, Wired for war: The Robotics Revolution and Conflict in
     the 21st Century, Penguin books, 2009, p22.
4.   Trad. depuis P.W. SINGER op. cit.
5.   Description du Dragon Runner disponible sur le site de la société Qinetiq https://www.
     qinetiq-na.com/products/unmanned-systems/dragon-runner/
6.   Cf. P.W. SINGER, op. cit., p 25.
258                      revue des questions scientifiques

méra avec zoom (et d’une vision nocturne si on lui adjoint les lunettes d’un
soldat) et de capteurs, il file également à 8 km/h pendant 5 heures.7 La com-
pagnie a décroché une première commande évaluée à 65 millions de dollars,
et une autre en 2008 de 400 millions. Sans compter les 20 millions que
coûtent les réparations. Il possède un concurrent avec le modèle CUTLASS
de Northrop Grumann.
     Le « SWORD » (Special Weapons Observation Reconnaissance détection sys-
tems, ou en français Arme Spéciale d’Observation, Détection et système de recon-
naissance et dont l’acronyme signifie « épée » en anglais) constitue la version
armée du « Talon ». Il pèse 68 kg et ne coûte que 230.000 dollars. Il peut être
doté d’armes diverses pour autant qu’elles ne pèsent pas plus de 136 kg : lance-
roquette antitanks, mitraillette M-16, lance-grenade 40mm ou d’accessoires
non-létaux tels que des hauts-parleurs ou une caméra8. Comme le dit un des
employés de Foster-Miller cité par Singer : « Vous pouvez intégrer des compo-
sants existants et créer des capacités révolutionnaires ». Il faudrait moins d’une
minute pour changer l’arme portée par le robot. Il peut porter 200 chargeurs
de munition pour fusil léger, 300 chargeurs pour machines lourdes, 6 gre-
nades ou 4 roquettes, mais ne peut se recharger seul9. Tisseron mentionne que
ces robots peuvent être programmés pour définir des « zones de tir » et des
« zones d’exclusion ». L’unité de commande se présente dans une valise de 13
kg. Le robot est dirigé à l’aide de deux joysticks, mais des tests ont été réalisés
pour le commander à l’aide de lunettes de réalité virtuelle, une fois installées
des caméras, dont une à 360°. « Comme le dit un soldat « Vous pouvez lire le nom
des personnes ciblées de 300 à 400 mètres, ce que les yeux humains ne peuvent pas.
Vous pouvez voir l’expression sur son visage, quelle arme il porte. Vous pouvez
toujours voir si la sécurité de l’arme est sur « feu » ou non. Les cameras peuvent
aussi voir dans la nuit, ce qui veut dire que l’ennemi peut se faire tirer dessus à
n’ importe quelle heure et par n’ importe quel temps. 10 ». Singer à ce propos rap-
porte qu’un ancien sniper de la Navy avait qualifié la précision de tir du
SWORD de «nasty » (méchante). « Dans les premiers tests de tirs, le robot toucha

7.    Cf. P.W. SINGER, op.cit., p26.
8.    P. LIN, G. BEKEY, K. ABNEY, « Autonomous Military Robotics : Risk, Ethics, and
      Design », rapport à destination du US Department of Navy, Office of Naval Research,
      préparé par « Ethics + Emerging Sciences Group » de la California Polytechnic State
      University, San Luis Obispo, 2008, p12.
9.    Trad. depuis P.W. SINGER, op.cit., p30.
10.   Traduction K. Coart, depuis P.W. SINGER, op. cit., p30-31.
où en sont les capacités robotiques ?                       259

aux yeux une cible 70 fois sur 73. Dans un test de roquettes, il toucha la cible 62
fois sur 62. Dans un test de roquette antitanks, il toucha la cible 16 fois sur 16 11».
La raison de cette précision est l’absence de mouvements respiratoires aux-
quels restent soumis les snippers humains, alors que le robot lui est parfaite-
ment immobile. Les modèles les plus récents sont dotés de GPS et peuvent
donc se diriger eux-mêmes vers les cibles souhaitées. Cependant l’autonomie
de tir, elle, n’est pas encore acquise, chaque décision de tir est prise par un
soldat situé sur le terrain mais à distance. À ce propos, il peut tout aussi bien
tirer en rafale de 8 ou balle par balle. Il peut également être utilisé en embus-
cade, grâce à un mode veille de 7 jours, en surgissant par exemple de sous 30
m de profondeur d’eau12.
     Le MAARS (Modular Advanced Armed Robotic System) quant à lui est le
« successeur » du « Sword ». Les différences se situent au niveau du poids, il est
plus lourd (158 kg), et il peut utiliser des mitrailleuses plus puissantes. On lui
a adjoint un actionneur capable de soulever 45 kg. Il peut donc également
servir pour le déminage d’IED.
     Doté de mini phares, de caméras et de six lamelles tournantes sur elles-
mêmes comme des pattes, RHex est un petit robot étanche télécommandé
jusqu’à 700 mètres. Destiné à la reconnaissance, il est développé par Boston
Dynamics. Ce mode de locomotion est une alternative aux chenilles pour
franchir des terrains accidentés.
     Une société française, R&D Tech France, a également développé un
petit robot terrestre étanche de moins de 2 kg, destiné à faire de la reconnais-
sance : Robco S. Doté de 4 roues et de 5 caméras, il peut rouler à la verticale
sur des surfaces métalliques. Le projet a été financé par la DGA, la direction
générale de l’armement en France. Bien que le constructeur l’appelle « drone
de reconnaissance », il ne vole pas et il est entièrement télécommandé13.
     Un autre robot de reconnaissance visuellement semblable est développé
par Boston Dynamics, le Sand Flea. Cette « puce de sable » pèse 5 kg. La ca-
ractéristique de ce projet financé par la DARPA est qu’il peut à la fois rouler

11.   Ibid.
12.   Ibid.
13.   Fiche technique du Robco S sur le site http://www.retdtechfrance.fr/wp-content/
      uploads/2012/08/FICHE-ROBCO-S.pdf
260                       revue des questions scientifiques

et sauter directement jusque au deuxième étage d’un immeuble, d’où son
nom. Il peut ainsi franchir des murs d’enceinte en sautant par au-dessus.
      Une autre tactique pour faire franchir des obstacles à un robot est de le
« jeter » où l’on souhaite. Citons deux réalisations de ce type. L’EyeBall R1 est
une sorte de globe oculaire de la taille d’une balle de base-ball dotée de diffé-
rents types de caméras. Une fois sa course finie, ce modèle peut pivoter sur sa
base pour fournir différents angles de vue, mais il ne peut se redéplacer. Au
contraire, le Recon scout XT, de la société ReconRobotics est téléguidable
après son lancement. Petit, léger et robuste, il mesure 20 cm pour 0,6 Kg et il
peut résister à une chute de 9 mètres.
     Si ces robots sont télécommandés, certaines recherches tendent à ac-
croitre leurs capacités d’autonomie, notamment énergétique. Cela peut aller
jusqu’à apprendre au robot à extraire de l’énergie de « la biomasse » alentour.
Ce projet, baptisé EATR14, pour Energetically Autonomous Tactical Robot15, est
connu pour la levée de bouclier qu’il a suscitée, au motif que les cadavres des
champs de bataille deviendraient potentiellement des « sources d’énergie dis-
ponibles » pour les robots équipés de ce système de « recharge ». Depuis, le
fabricant Cyclone Power Technologies et Robotic Technology Inc a déclaré en
2009 que son robot était « strictement végétarien »16.

1.2. Les véhicules terrestres robotisés
     Grand comme un buggy, le Guardium, construit par la firme israélienne
G-nius est tantôt présenté comme un « UGV » (Unmanned Ground Vehicule)
tantôt comme un « USV », (Unmanned Security Vehicule), on peut avancer
que la deuxième appellation est simplement destinée à des fins marketing. Il
est tantôt appelé autonome, tantôt semi-autonome, quoi qu’il en soit il peut
être contrôlé via un terminal portable, bien que le constructeur affirme dans
le même temps qu’il puisse accomplir des missions de manière autonome. Il

14. « Des robots de l’armée américaine qui se nourrissent de chair humaine ? » in France 24,
    20 juillet 2009. Disponible sur http://observers.france24.com/fr/content/20090720-
    robots-armee-americaine-nourrissent-chaire-humaine-eatr
15. Robot Tacticien Energétiquement Autonome.
16. “Cyclone Power Technologies Responds to Rumors about “Flesh Eating” Military
    Robot “, Communiqué de presse 16 juillet 2009. Disponible sur http://www.
    robotictechnologyinc.com/images/upload/file/Cyclone%20Power%20Press%20
    Release%20EATR%20Rumors%20Final%2016%20July%2009.pdf
où en sont les capacités robotiques ?                     261

est doté de différents capteurs : électro-optique et infrarouge, télémètre laser,
indicateur de tir hostiles, radars, capteurs visuels et acoustiques, ECM/ESM
(Electronic Support Measures et Electronic Counter-Measures) pour lutter
contre la « guerre électronique », autrement dit détecter les signaux électroma-
gnétiques. Il peut ainsi lutter contre les IEDs en brouillant le signal qui pro-
voquerait la détonation, sécuriser un convoi, identifier l’origine d’un tir et
donc détecter où sont les snippers, transporter des armes létales et non-létales,
etc. Il est destiné à patrouiller le long de la frontière israélienne avec le Liban
et celle de Gaza. Plus intéressant, il pourrait « réagir de manière autonome à des
événements imprévus, conformément à un ensemble de directives programmées
spécifiquement pour les caractéristiques du site et de la doctrine de sécurité 17».
Différent de ce système mais proche, le programme RF-ATD suggère de son
côté de créer des convois robotisés qui pourraient suivre un blindé habité.
     Le modèle Avantguard « UGCV » est une déclinaison « de combat » du
Guardium, ainsi que le « Guardium UGV-LS » destiné au soutien logistique.
Livré en 2010, Avantguard possède des technologies identiques au Guardium
mais est spécialement destiné à la lutte contre les IEDs en terrain accidenté. Il
peut transporter des charges explosives pour neutraliser les IEDs et jusqu’à
une tonne de matériel, y compris des soldats blessés pour les évacuer. Il peut
être télécommandé ou partiellement autonome, en évitant des obstacles no-
tamment.
     Le Raider II, de la société QinetiQ, est lui aussi destiné à transporter du
matériel jusqu’à 800kg, ou deux soldats blessés en vue de leur évacuation sani-
taire. Il peut également remorquer jusqu’à 900 kg. Trois modes de déplace-
ments sont possibles : un conducteur à bord peut le manœuvrer jusqu’à 56
km/h, ou bien un pilote à l’extérieur le télécommande jusqu’à une distance de
1 km, et enfin, un mode de déplacement automatique est possible, selon dif-
férents schémas de comportements, dont « follow me », « waypoint following »
ou « return to origin ».
     L’autre option possible pour obtenir un véhicule robotisé est d’installer
une commande à distance sur n’importe quel type de véhicule standard. C’est
la solution proposée par Qinetiq avec son « robotic appliqué kit », notamment

17.   Trad. présentation du G-nius systèmes terrestres sans pilote, «Guardium UGV,»
      disponible sur http://gnius.co.il/pdf/brochures/GuardiumUGV.pdf (consulté le 4
      octobre 2012)
262                      revue des questions scientifiques

appliqué à des extracteurs de chantiers de la firme Bobcats. Ces « pelles robo-
tisées » sont la base des modèles Spartacus et Minautore REF, ils sont destinés
à être utilisés sur des terrains contaminés, par exemple par un accident nu-
cléaire comme Fukushima.

1.3. Les robots bio-inspirés terrestres
     D’autres types de robots, dits « bio-inspirés », sont des reproductions ro-
botiques de comportements ou modes de déplacements observés dans la na-
ture, par exemple ceux des Geckos (espèce de lézard aux pattes adhérentes).
Tout est envisageable, du vol de la libellule au mode de déplacement du kan-
gourou avec le « robotic kangaroo » de la firme allemande Festo. Ce dernier ne
vise néanmoins pas d’application militaire. Compte tenu de la richesse et de
la diversité de ces modèles bio-inspirés nous ne ferons qu’en citer quelques
exemples :
     Employé en Afghanistan, le « big dog » de Boston Dynamics18 est un ro-
bot quadrupède, une sorte de mule technologique, chargée de porter jusqu’à
150 kg de matériel sur le terrain et de les suivre à 4 km/h19. Les « pattes » de
Big dog sont constituées de trois « articulations » et ressorts ajustant 500 fois
par seconde l’équilibre du robot. Il peut se guider lui-même à l’aide de deux
caméras et d’un scanner laser. 20 Sa version améliorée s’appelle Alphadog, aus-
si appelé LS3, acronyme de « legged squad support system21 ». Plus silencieux,
plus rapide, (11 km/h sur terrain plat), il peut porter jusqu’à 180 kg, se relever
lui-même s’il tombe et suivre un humain sans être télécommandé, grâce à ses
capteurs22. Le projet prévoit de le doter d’une commande vocale, à l’image des
ordres que l’on donnerait à un chien.
     Boston Dynamics développe également un « Cheeta ». Ce dernier a déjà
battu le record du monde de vitesse pour un robot quadrupède en atteignant
la vitesse de 46 km/h, soutenu sur un tapis roulant. Sa version « sans fil »

18. Récemment rachetée par Google.
19. A. TISSERON, « Robotique et guerres futures : les armées de terre face aux évolutions
    technologiques », in Cahiers de l’IRSEM, N°12, 2012. p 32
20. Trad. depuis P.W. SINGER, op.cit., p 92
21. Littéralement : Système de support de pattes groupées.
22. Cf. http://www.darpa.mil/NewsEvents/Releases/2012/09/10.aspx
où en sont les capacités robotiques ?                    263

s’appelle « Wildcat », chat sauvage, qui a atteint 25 Km/h sur terrain plane lors
des tests23.
    Le « Rise » de Boston Dynamics n’est pas censé ressembler à un animal
en particulier, mais il est doté d’une queue pour l’équilibre et de six pattes
ayant des micro-griffes qui lui permettent de grimper le long de parois suffi-
samment rugueuses. Son application devrait être la reconnaissance.
     Il existe aussi des robots-serpents. Singer mentionne qu’en 1970 un japo-
nais, le professeur Shigeo Hirose, en a réalisé le premier prototype. De leur
côté, l’Université Ben-Gourion et Technon-Haïfa en Israël en ont développé
un autre. D’une taille de deux mètres, il est destiné à ramper dans des conduits
ou des galeries. Equipé de caméras et sans doute d’autres capteurs, on peut
aussi s’en servir pour miner les lieux24.

1.4. Les robots-sentinelles
      La firme Samsung a développé un système fixe appelé SGR-A1 destiné à
être utilisé dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées. Israël aurait
lui aussi développé ce type de système. Ce robot-sentinelle d’un coût de
200.000 dollars est destiné à remplacer les soldats humains à la surveillance
de la frontière. Equipé de capteurs de vision en couleur, efficaces de jour
comme de nuit, de capteur de chaleur et de mouvement, et d’une mitrailleuse,
il est aussi capable d’interroger des suspects, « d’identifier » des intrus poten-
tiels, et de soit déclencher le tir automatiquement s’il est en mode automa-
tique, soit via une commande manuelle 25. Il peut donc potentiellement cibler
et tirer de manière entièrement autonome. Son tir peut porter jusqu’à plus de
3 kilomètres de distance, il peut soit utiliser un 5.5mm soit un lanceur de
grenade de 40mm26.
    La version israélienne du robot sentinelle s’appelle Sentry Tech. Le sys-
tème a été déployé le long de la frontière avec la bande de Gaza. Il est actuel-

23. Description du Cheetah disponible sur http://www.bostondynamics.com/robot_
    cheetah.html
24. A. TISSERON, op.cit., P33
25. Trad. depuis P. LIN, G. BEKEY, K. ABNEY, op. cit.
26. Trad. depuis HUMAN RIGHTS WATCH AND INTERNATIONAL HUMAN
    RIGHTS CLINIC, Losing humanity, The Case against Killer Robots, USA, November,
    2012.
264                    revue des questions scientifiques

lement doté d’une portée allant jusqu’à 1,5 kilomètre mais il est question
d’augmenter celle-ci à l’aide de missiles anti-blindés. Il est destiné à éviter le
franchissement de la frontière et à protéger contre les attaques de roquettes. Il
peut détecter une menace et l’éliminer, même s’il est affirmé que les détec-
tions sont signalées à un poste installé ailleurs qui évalue la menace avant le
tir.
     Le « dôme de fer » ou « Iron Dôme » israélien a été conçu par Rafael Ad-
vanced Defense Systems dans un but défensif. Déployé aux frontières avec la
bande de Gaza, et près du Sinaï, il tire des missiles Tamir pour faire exploser
les roquettes et obus ennemis en vol après les avoir repérés grâce à son radar.
Le département américain de la défense affirme que le système aurait un taux
de réussite de 80%, un chiffre contesté par d’autres sources, entre autres les
concurrents de la firme Raytheon qui commercialisent le Phalanx. Lorsqu’il
détecte quelque chose, le système est censé envoyer en une fraction de seconde
à un opérateur la réponse qu’il recommande à la menace. L’opérateur devrait
décider immédiatement de déclencher ou non le tir pour que le système soit
efficace27. Chaque système est doté de 20 missiles dont la portée peut atteindre
70 km.
      Signalons l’existence d’un système robotique, le PHALANX, tout
d’abord développé pour la marine avant d’être copié à l’identique pour un
usage terrestre. Nous le présenterons plus en détail dans la section maritime.
La différence majeure concerne les munitions, la version maritime utilise des
balles à l’uranium appauvri, tandis que la version terrestre se contente de car-
touches incendiaires. Il est alors désigné sous l’appellation Counter-Rocket,
Artillery and Mortar, abrégé en C-RAM ou Counter-RAM. On l’appelle aus-
si Centurion. HRW rapporte que « selon une publication de l’armée américaine,
après que le C-RAM ait détecté une menace, « un opérateur humain certifie la
cible », mais cela devrait se produire presque instantanément, afin que le C-RAM
détruise la munition entrante dans les temps. 28». On peut donc s’interroger si le
système attend bien à chaque fois la certification pour tirer. La totalité du
système avec ses radars de contrôle coûte 75 millions de dollars.
  L’armée allemande développe de son côté un projet similaire dénommé
MANTIS, Modular, Automatic and Network capable Targeting and Intercep-

27. Trad. depuis HRW. Ibid.
28. Ibid., p10.
où en sont les capacités robotiques ?                     265

tion System. Il est doté de la détection automatique de la cible, et l’opérateur
n’a qu’à suivre le processus. À ce sujet, HRW mentionne qu’il n’est pas pré-
cisé si cette surveillance de l’opérateur lui permet d’intervenir dans le proces-
sus et d’éventuellement en passer outre. Ce modèle ne serait pas le seul
concurrent du Phalanx car selon Tisseron, le « norvégien KONGSBERG propo-
serait un système sous tourelle capable de tirer de manière autonome29 ».

1.5. Les robots militaires de sauvetage
      Par souci de complétude, nous devons signaler parmi les systèmes robo-
tiques militaires l’existence de robots médicaux. Par exemple le REV est la
version robotique de l’ambulance classique, quand au REX, il s’agit de la
version robotique du brancardier. Tout comme dans la version humaine, le
brancardier peut être transporté dans l’ambulance, et cet ensemble « marsu-
pial » forme le TAGS CX.
      Un autre type de brancardier robotique existe, inventé en 2005 par Da-
niel Theobald : le BEAR de Vecna Technologies (Battlefield Extraction Assis-
tant Robot30). Comme son acronyme le suggère, sa « tête » est dotée de deux
oreilles d’ours, probablement pour le seul but esthétique, afin de signaler son
but « humanitaire » et non-combattant. De la taille d’un adulte, pourvu d’un
« torse » à deux « bras » hydrauliques, ce robot peut porter un soldat à la vitesse
de 16 km/h ou déplacer par exemple des débris jusqu’à 226 Kg. Il possède
également un micro, une caméra avec vision nocturne et infrarouge et un
détecteur d’agents biologiques et chimiques. Le tout est monté sur deux jeux
de chenilles pour franchir les obstacles. Jusqu’ici ce robot était entièrement
télécommandé, notamment grâce à l’IGlove d’AnthroTronix. Ce gant intelli-
gent permet au « pilote » de commander le Bear en bougeant simplement la
main. La version « MFC » permet au soldat de le faire sans lâcher son arme31.
Le travail est en cours pour doter ce robot de comportements semi-autonomes
et d’une batterie de deux heures.

29.   A. TISSERON, op. cit., 2012.
30.   Robot d’assistance à l’extraction du champ de bataille
31.   Trad. depuis B.RUPPERT, “The Battlefield Extraction-Assist Robot to Rescue
      Wounded on Battlefield”, in Military Info.com, 22 novembre 2010. Disponible sur
      http://www.militaryinfo.com/news_story?textnewsid=6556
266                     revue des questions scientifiques

      Il est donc envisageable d’avoir une robotique militaire autonome desti-
née à des visées toutes autres qu’offensives, et qui pourrait donc être utilisée de
manière similaire dans le monde civil. Par exemple, un étudiant de l’univer-
sité technologique de Delft, Alec Momont, suggère la création d’un « drone-
ambulance ». Il s’agirait d’équiper un drone d’un défibrillateur pour répondre
plus rapidement aux cas de crise cardiaque.

                                2. Dans les airs

      Avant de passer à la description des systèmes robotisés aériens, quels sont
les avantages ou les inconvénients de ces systèmes par rapport aux robots ter-
restres ? Tisseron explique qu’un drone, de par sa position de surplomb donne
une meilleure vue d’ensemble du terrain, et pour autant qu’il soit piloté de-
puis l’arrière, il ne doit pas être transporté par les fantassins, ce qui représente
un avantage de poids. Il mentionne également que le drone peut être armé,
mais nous avons vu entre autres dans la description du robot SWORD qu’il
existe également des robots terrestres armé, ce n’est donc pas un « atout » spé-
cifique au drone. L’un des avantages des robots terrestres est leur prix ; ils sont
bien moins chers qu’un drone. Ils sont évidemment plus indiqués pour se
déplacer dans un milieu clos (exception faite des micro-drones). Autre intérêt
tactique, il est moins visible qu’un drone en plein ciel et peut progresser en
restant camouflé, parfois plus facilement qu’un humain compte tenu de sa
taille. Enfin, si le modèle est doté d’actionneurs, il peut manipuler des élé-
ments, ce qui lui permet de lutter contre les IEDs, ou s’il est doté de capteurs,
faire des prélèvements (en cas de contamination NRBC), d’envoyer des infor-
mations pour des missions de reconnaissance, mais ce dernier atout est par-
tagé avec le drone32.
     Dans le domaine aérien, ils peuvent être appelés de différentes manières :
drones (néologisme venu de l’anglais qui signifie littéralement « faux bour-
don »), ou UAVs (acronyme de Unmanned Aerian Vehicles, littéralement aéro-
nef inhabité ou « sans pilote »), ou UCAV (acronyme de Unmanned Combat
Aerian Vehicles, qui précise que le drone est armé), ou encore, plus rarement,
RPAS (Remotely Piloted Aircraft System, avion piloté à distance) qui a le mérite
de rappeler que ces avions ne sont pas « sans pilote » puisqu’ils sont téléopérés.
Précisons d’emblée qu’un drone se distingue d’une part des missiles balis-
32.   A. TISSERON, op.cit.
où en sont les capacités robotiques ?                          267

tiques33 en ce qu’il peut être piloté, et des missiles de croisières34 d’autre part
dans la mesure où il doit être réutilisable.

2.1. Les drones MALE, SIDM, HALE
      Le modèle de drone le plus célèbre est sans doute celui de la firme améri-
caine General Atomics: le drone semi-autonome « Predator », au départ non-
armé. Mesurant 8,23 m de long, pour un poids de 512 kg, et d’une autonomie
de 24 heures de vol, il peut voler entre 2.438 mètres et 7.924 mètres d’altitude.
Il coûte 4,5 millions de dollars (soit 85 fois moins qu’un F-22), un élément
important si on souhaite l’utiliser pour des missions risquées où il risque
d’être perdu. « La balle rotative porte 2 camera TV, une pour voir le jour et une
infrarouge pour la nuit, aussi bien qu’un radar à ouverture synthétique qui auto-
rise le Predator à traverser les nuages, la poussière et la fumée. Les capacités exactes
du système sont classées, mais les soldats disent qu’ ils peuvent lire une plaque
d’ immatriculation à plus de 3 kilomètres. Il porte aussi un pointeur laser pour
verrouiller n’ importe quelle cible que les cameras ou radars ont détectée. 35».
     Utilisé entre autres en Afghanistan, ce drone peut voler de manière auto-
nome jusqu’à des cibles spécifiées par coordonnées GPS, bien qu’il soit télé-
opéré via communication satellite depuis des bases situées soit au Nevada, en
Arkansas, voire en Allemagne36. Le pilote suit les opérations à l’aide de trois
écrans « un écran vidéo montrant ce que le drone voit, un transmet les données
techniques et le troisième est la carte de navigation, proche d’un GPS dans une
voiture37 ».
     Après les attentats du 11 septembre, le RQ-1 Predator, destiné à la recon-
naissance, est devenu le MQ-1 Predator, destiné à être multi-tâche. Le couple
formé par ce drone et le missile anti-char AGM-114 Hellfire de Lockeed Mar-
tin auquel on l’a associé, (faisant de cet UAV un UCAV) s’est notamment il-
lustré au Yémen en novembre 2002 dans l’élimination d’un chef présumé d’Al
Qaeda, Ali Qaëd Sunian Al-Harthi.

33. Missile dont la trajectoire obéit aux lois de la gravité une fois lancé.
34. Missile dont la trajectoire est gérée par un système de guidage pour s’écraser sur une
    cible, telle une « bombe volante ». Le premier exemple de ce type de missile est le V1
    allemand.
35. Trad. K. Coart depuis P.W. SINGER, op.cit.
36. Trad. depuis P. LIN, G. BEKEY, K. ABNEY, op. cit.
37. Trad. K. Coart depuis P.W. SINGER, op.cit.
268                       revue des questions scientifiques

      Le missile Hellfire II (littéralement feu d’enfer) est guidé par laser et est
capable de voler à Mach 1,3, à une altitude de 183m ou 488m, pour atteindre
des cibles distantes de 8km qu’il atteint en 37 secondes, ce qui explique qu’une
victime de ce type de tir n’entende jamais arriver le missile. « Il peut emporter
trois types de charge militaire, une High Explosive Anti-Tank, anti-blindé, à
fragmentation ou thermobarique (dénommée Metal Augmented Charge). 38».
Précisons qu’à ce jour si le drone est armé, ce sont encore les opérateurs qui
décident ou non de tirer. Au cours de leur première année d’utilisation, les
Predators armés auraient atteint 115 cibles en Afghanistan39. « Depuis Juin
2005 à juin 2006, les Predators ont mené à bien 2073 mission, volant pendant
33833 heures, surveillant 18490 cibles et participant à 242 raids séparés. (…). Les
officiers estiment qu’ ils demandent 300 heures d’ imagerie de Predators par jours,
mais il y a juste assez de Predators dans les airs pour fournir un peu plus de 100
heures par jour. Le résultat est que les Predators volant augmentèrent de moins de
10 en 2001 au total de 180 en 2007, avec le but d’en ajouter encore 150 pour les
prochaine années.40 »
      Un exemple d’attaque de drone a été vue à Bassora, où des véhicules
américains diffusaient le bruit de chars Challenger 2 tandis qu’un petit drone
survolait la zone, permettant de repérer la fuite des irakiens et de diriger les
tirs d’artillerie en conséquence41. L’utilisation du Predator est simple : envoyé
en reconnaissance, il patrouille à 8,05 km d’altitude, et le pilote communique
avec les troupes au sol, le commandant, etc. Il peut également envoyer les vi-
déos sur la télécommande « Rover » de la firme Northrop Grumann, donnant
directement aux fantassins l’accès aux vidéos42.
     Cette association d’un missile aux capacités connues avec un drone aux
capacités tout aussi connues donne naissance à quelque chose de nouveau,
autrement dit un objet dans lequel s’opère la convergence de « nouvelles » tech-
nologies : la précision et la rapidité de tir du missile Hellfire avec la vision
exceptionnelle, la maniabilité (à distance) et la longue portée du drone Preda-
tor. Cette association rend possible une quasi-instantanéité entre la reconnais-
sance d’opposants sur le terrain et l’ouverture de feu. Cet aspect de nouveauté

38.   Article hellfire http://fr.wikipedia.org/wiki/AGM-114_Hellfire
39.   Trad. K. Coart depuis P.W. SINGER, op.cit.
40.   Trad. K. Coart depuis P.W. SINGER, op.cit.
41.   Anedcote relatée par J.-J. CECILE, op. cit.
42.   Trad. K. Coart depuis P.W. SINGER, op.cit.
où en sont les capacités robotiques ?                           269

ou non d’un objet qui ne ferait que réunir des capacités préexistantes a d’ail-
leurs été interrogé aux Etats-Unis. Human Right Watch rapporte que le bu-
reau du juge-avocat général avait estimé inutile de réévaluer la conformité
avec le droit international du couple Predator-Hellfire, au motif que le drone
de surveillance Predator d’un côté et le missile Hellfire de l’autre avaient déjà
été examinés individuellement. Un argument en contradiction avec l’avis de
l’ICRC (le comité international de la Croix Rouge) qui incite à ce que soit
examinée «une arme existante qui est modifiée d’une manière qui modifie sa
fonction, ou une arme qui a déjà passé un examen juridique, mais qui est ensuite
modifiée. 43 ».
    Le drone aérien de type MQ-9 Reaper (littéralement faucheuse), lui aussi
produit par General Atomics correspond à un drone de combat plus large (20
mètres d’envergure) que la version « Predator ». Ce modèle, désigné aussi en
anglais par les termes de « hunter-killer » (chasseur-tueur) coûte 16,9 millions
de dollars et est lui aussi téléopéré.
    Israël produit également un concurrent au Predator, le « Hermes 900 »
d’Elbit Systems. Ce drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) de
15 mètres de large sur 8,3 de long vole à 9.144 m d’altitude, pendant 36 heures
à 220 km/h44. La société Aeronautics Defense Systems Ltd développe un autre
modèle similaire, appelé Dominator UAS.
     L’Afrique du Sud avec l’entreprise Denel Dynamics développe également
son propre drone MALE, le « bateleur ». Il est doté des senseurs habituels et est
autonome pour décoller, accomplir sa mission d’observation et atterrir.
     L’Europe n’est pas en reste, la firme EADS a ainsi réalisé le drone Har-
fang (chouette des neiges) appartenant au type de drone SIDM (Système In-
termédiaire de drone MALE). Ce drone est issu d’une modification de la
plate-forme israélienne Heron TP, aussi appelé Eitan, de la société IAI. Il pèse
1,2 tonne, mesure 16,6 mètres, et vole à une altitude de 7500 mètres pour une
autonomie de 24 heures. Lui aussi doté d’une centrale de navigation inertielle
de la firme Sagem et d’un GPS, il peut décoller, voler et atterrir seul, à l’aide

43. Trad. depuis ICRC, Guide de l’examen juridique des armes nouvelles, les moyens et
    méthodes. article 36, p. 10, Disponible sur https://www.icrc.org/fre/assets/files/other/
    icrc_001_0902.pdf
44. Cf.  https://www.elbitsystems.com/elbitmain/area-in2.asp?parent=3&num=31&-
    num2=31
270                      revue des questions scientifiques

du système ATOL (Automatic take off and landing45) également présent sur
les drones d’Israel Aerospace Industries, qui associe des réflecteurs et un sys-
tème laser pour le guidage en cas de défaut du GPS. Il possède des capteurs
électro-optiques, infrarouges, et d’un radar efficace dans toutes les conditions
météo. En cas de perte de la liaison avec l’opérateur, le drone se redirige vers
la base, à moins que la transmission ne se rétablisse. S’il est actuellement non
armé, l’état major des armées a cependant donné son accord en 2011 à ce que
les prochain drones français puissent l’être, il n’est donc pas exclu de voir
Harfang tirer des missiles dans un avenir proche.
      Le RQ-4 Global Hawk (littéralement faucon ou aigle) est un drone aérien
de reconnaissance, du type « HALE » (Haute Altitude Longue Endurance),
développé par Northrop Grumman. Mesurant 12,80 mètres de long, il peut
atteindre 19.812 mètres d’altitude pour une autonomie de 35 heures. Chaque
avion coûte 35 millions de dollars, un montant auquel doivent s’ajouter les 123
millions de dollars du système de soutien global. « (…) La furtivité du Global
Hawk est assurée par une ouverture synthétique radar, des capteurs infrarouges,
et des caméras électro-optique. Travaillant en combinaison, ces capteurs peuvent
faire un travail de recherche dans une zone cachée jusqu’ à une région entière, ou
se focaliser sur une cible unique en utilisant le mode éclairage haute-résolution.
Les liens entre les capteurs avec la longue durée de vol signifie que le drone peut
voler sur 4.800 kilomètres, passer 24 heures à cartographier une zone cible de
quelques 4.800 kilomètres carré, et alors voler 4.800 kilomètres pour revenir à la
maison46 ». Son niveau d’autonomie est assez grand puisqu’il n’est pas piloté à
distance et en 2012 son ravitaillement était en train de devenir autonome. Il
reste cependant relié à des opérateurs terrestres, puisqu’il n’y a pas de pilote
embarqué sur un drone, mais l’opérateur n’a qu’à cliquer sur son ordinateur
pour lancer le drone, celui-ci s’occupant de gérer ses paramètres de vols et sa
trajectoire grâce à son système GPS. Les données et images recueillies sont
ensuite analysées par le service.
     La Chine de son côté développe également un drone de type HALE qui
volera à 18.288 mètres d’altitude, le Soar Dragon47 de Guizhou Aircraft In-
dustry Corporation.

45. Décollage et atterrissage automatique
46. , Trad. K. Coart depuis P.W. SINGER, op.cit., p36..
47. Littéralement le « survol du Dragon »
où en sont les capacités robotiques ?                  271

    La firme israélienne Aeronautics Defense Systems Ltd a développé le
drone électrique Orbiter III pour la reconnaissance. D’une envergure de 4,6
mètres pour 1 mètre de long, il peut voler à 5.486 mètres d’altitude à 130km/h
pendant 7 heures et il nécessite trois personnes pour l’utiliser. Désigné comme
un Small Tactical UAS (STUAS), il est prévu tant pour un usage militaire
que civil.

2.2. Les petits drones de reconnaissance
     Le RQ-7 Shadow (littéralement ombre ou fantôme) de AAI Corp est un
drone aérien de moins de 3,66 m de long. Doté d’une autonomie de 5 heures,
il peut voler 80 km entre 243 mètres et 4.572 mètres d’altitude et il semble
assez bruyant. Il est principalement utilisé pour des reconnaissances autour de
quartiers urbains. À la différence du Predator et du Global Hawk, l’opérateur
du Shadow est un soldat présent sur le terrain48.
    Le drone de reconnaissance « BAT 12 » de Northrop Grumman res-
semble vaguement à une chauve-souris. D’une longueur de 1,90m pour 3,6
mètres d’envergure, il peut voler à 4600 mètres d’altitude pendant 14 heures.
     Le Raven (Littéralement corbeau) est un drone de reconnaissance
construit par la société AeroVironement. Il mesure 96,52 centimètres, pèse
1,81 kg et coûte 25.000 dollars, plus le système de guidage de 250.000 dollars.
Il ne décolle pas du sol mais doit être projeté à la main par un soldat. Doté
d’une autonomie de 90 minutes, il peut voler à 121,92 mètres d’altitude et
ramener des images grâce à ses trois caméras, dont une infrarouge. Comme le
Shadow, ce modèle est téléopéré par les soldats sur le terrain, premiers bénéfi-
ciaires des informations recueillies par le drone. Singer rapporte qu’au cours
des deux premières années de guerre en Irak, le nombre de ces modèles utili-
sés sur le terrain est passé de 25 à 80049 . Le concurrent de ce modèle est le
Hawk III de Lockheed Martin.
     La Harpie, l’IAI Harpy, est un UCAV autonome doté d’une ogive. Il a
été conçu par Israël Aerospace pour lutter contre les défenses sol-air et les ra-
dars. Il peut voler de manière autonome, et se diriger lui-même comme un
missile sur son objectif. Une fois un signal radar ennemi repéré, il se jette

48. Trad. K. Coart depuis P.W. SINGER, op.cit.
49. Trad. K. Coart depuis P.W. SINGER, op.cit., p37.
272                    revue des questions scientifiques

dessus tel un drone-kamikaze. À la différence de la Harpy, le Harop, (ou Har-
pie II), est un UCAV télécommandé.

2.3. Les micro-drones
     Le micro-drone Wasp (littéralement guèpe), développé par AeroVironme-
ment est un exemple de « SUAS » (Small Unmanned Aercraft System) aussi
appelés « MAV » (Micro Air Vehicles) ou mini-UAV. D’une longueur de 38
cm, et d’une portée de 5km il peut voler entre 40 et 65 Km par heure. Il est
équipé de deux caméras qui transmettent en temps réel leurs images à l’opé-
rateur. Doté d’un GPS et d’un système de navigation inertielle, il peut voler
de façon autonome et revenir à sa base. Sa version « marine » peut atterrir sur
l’eau.
     Les micro-drones MAVion « Roll & Fly  » et « Vision’Air », d’une gran-
deur de 30 et 25 cm et d’une vitesse de 20m/s et 10m/s respectivement, sont
issus de l’Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace (ISAE). Le MA-
Vion peut se déplacer en volant ou en roulant, et ces deux modèles peuvent
également réaliser un vol stationnaire, ou rester fixes contre un mur. Ils sont
dotés de caméras et sont télécommandés.
      Une manière originale de faire décoller un drone est de le tirer tel qu’une
roquette. C’est ce que permet le drone GLMAV (Gun Launched Micro Air
Vehicle) développé par l’Institut de recherches de Saint-Louis (ISL). Il ne pèse
qu’1kg pour 46 cm de hauteur et 35 cm de diamètre. Le tube-lanceur pèse
10kg, il permet de propulser le drone qui déploie ses rotors après le lancement
pour freiner et rester en vol stationnaire. Selon le manager du projet, « Notre
drone peut être opérationnel en moins de 15 secondes alors qu’ il faut 1 à 2 minutes
à ses concurrents pour arriver en position d’observation ».

2.4. Les avions et supersoniques inhabités
     À l’opposé des micro-drones, il existe une gamme d’avions supersoniques
inhabités, de taille similaire aux versions pilotées depuis l’intérieur. Malgré
leur taille imposante ils sont aussi appelés communément « drone » ou plus
souvent UCAV. Le Phantom Ray de la firme américaine Boeing en est un
exemple. Encore à l’état de prototype il n’est pas encore mis en service sur le
terrain. La création des X-47A Pegasus ou X-47B (version ultérieure) de la
où en sont les capacités robotiques ?                          273

firme concurrence Northrop Grumman en sont également à la phase d’éva-
luation. Les capacités du X-47B, citées par Human Right Watch, seraient de
pouvoir décoller, atterrir et faire le plein sur un porte-avion par ses propres
moyens. Ces informations se sont vues partiellement confirmées par le pre-
mier appontage du X-47B en juillet 2013 sur l’USS George H.W. Bush50. Il
s’agissait d’une première, jamais un avion sans pilote autonome n’avait encore
atterri sur un porte-avion américain. Le prototype est non-armé mais il de-
vrait cependant avoir une finalité combattante car il dispose de deux baies
d’armes d’une capacité de plus de 2 tonnes. Selon le concepteur Northrop
Grumman, l’avion « décolle, accompli une mission préprogrammée, puis retourne
à la base en réponse à des clics de souris de l’opérateur de la mission.51 ». Cette
description indique qu’un humain est toujours impliqué dans la boucle à ce
stade. Son rôle est cependant limité puisqu’il précise que l’opérateur «surveille
le fonctionnement du véhicule aérien, mais ne participe pas activement au vol à
l’aide de la télécommande comme c’est le cas pour d’autres systèmes sans pilote
actuellement en exploitation.52 ».
     Le MQ-4C Triton, également de Northrop Grumman, est un avion sans
pilote destiné à la surveillance des océans et des régions côtières pour répondre
à l’appel d’offre de l’US Navy. Selon Flight Daily News, cet UAV aurait dû
être le premier à être équipé d’un système autonome d’évitement du trafic
aérien à l’aide d’un radar « sense and avoid53 » mais des restrictions budgétaires
sont intervenues54. Actuellement en phase de test, il devrait être opérationnel
pour 2017.
    D’autres projets développés par la DARPA sont en cours, comme le
Falcon HTV-2, (Hypersonic Technology Vehicle 2), Sharkey affirme qu’il
aurait atteint « une vitesse de vol comprise entre mach 17 et 22, c’est-à-dire entre

50. S. McGLAUN, “U.S. Navy moves ahead withcarrier drone project”, IN DailyTech, 19
    aout 2013, http://www.dailytech.com/US+Navy+Moves+Ahead+with+Carrier+-
    Drone+Project/article33196.htm
51. Trad. depuis le site de Northrop Grumman, «Unmanned Combat Air Systems Carrier
    Demonstration (UCAS-D)», p. 2. disponible sur http://www.northropgrumman.com/
    Capabilities/X47BUCAS/Documents/X-47B_Navy_UCAS_FactSheet.pdf
52. Idem.
53. Littéralement : Sens et évitement
54. D.MAJUMDAR, “AUVSI :US Navy Pauses Development of MQ 4C Triton “sense and
    avoid” radar”, In Flight Global, 15 aout 2013. Disponible sur http://www.flightglobal.
    com/news/articles/auvsi-us-navy-pauses-development-of-mq-4c-triton-39sense-and-
    avoid39-389504/
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