CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun

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CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
INVESTIR AU
                                                              GRANDS CHANTIERS

  Décembre 2014/Janvier 2015 - N° 32-33
                                                                   AGRICULTURE

                                          CAMEROUN
                                                                       ENERGIE
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                                                AGRICULTURE
                                                Cap sur la
                                                transformation

 Promote 2014 :                                    Claude Altermatt : « Le
 1000 exposants                                  Cameroun dispose d’une
     31 pays                                      stabilité politique mais
150 000 visiteurs                               aussi macro-économique »
CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
Yasmine Bahri-Domon,
directrice de la publication

2015, l’année des défis
économiques au Cameroun

             L
                       es pages du calendrier se referment           Partout, le Cameroun bouge, signe évident
                       sur l’année 2014 dans un contexte très        de sa vitalité dans la mise en œuvre des pro-
                       particulier pour le Cameroun. Le pays         jets structurants. 2014 a permis au Cameroun
                       a commémoré le Cinquantenaire de la           de sortir de la léthargie de 4,8% de croissance
              Réunification au pied du Mont-Cameroun, à              économique observée fin 2013, pour projeter
              Buea, tout en se fixant le défi de rester un Etat      une hausse indicielle de plus de 6% en 2015.
              fort, uni et souverain.                                On l’aura compris, 2015 sera l’année de l’accélé-
              Au plan économique, le Cameroun, en 2014, a            ration de la croissance si le pays veut respecter
              été une destination prisée par les investisseurs       le rendez-vous de l’émergence en 2035. C’est
              étrangers qui gardent confiance dans ce pays au        le sens du Conseil ministériel présidé le 9 dé-
              sous-sol riche et en friche, une nation au po-         cembre 2014 par le chef de l’Etat. Son objectif :
              tentiel humain qualifié, un patronat actif et dy-      mettre en place un plan d’urgence pour boos-
              namique, des opérateurs économiques proac-             ter la croissance. Or, qui dit appel à la crois-
              tifs et ouverts… Le Cameroun a offert mille            sance dit mobilisation du secteur privé et un
              opportunités aux investissements au cours de           clin d’œil aux investisseurs étrangers à partici-
              l’année qui fuit sans se retourner. Comment            per à la relance économique du havre de paix
              saurait-il en être autrement ? Le climat des           et de stabilité qu’est le Cameroun. 2015 sera
              affaires simplifié est propice aux investisse-         une année charnière et déterminante pour le
              ments. Le pays est en chantier du nord au sud et       boom économique du pays. Le plan d’urgence
              de l’est à l’ouest, partout les grues sont en rota-    pour la croissance va intégrer les ressources
              tion, des pelleteuses creusent, des bétonneuses        issues de l’emprunt obligataire de 150 mil-
              broient la pierre, tournent le ciment, tandis que      liards FCFA que vient de lancer le gouverne-
              les édifices sortent progressivement de terre          ment, et renforcer le budget 2015 qui s’équilibre
              à Lom Pangar, Memeve’ele et Mekin pour                 en recettes et en dépenses à 3746,6 milliards
              ce qui concerne la construction simultanée des         FCFA, contre 3312 milliards FCFA en 2014. La
              barrages hydroélectriques. Douala aussi est en         relance économique d’urgence attend les inves-
              chantier avec les travaux du deuxième pont sur         tisseurs… Welcome to Cameroon ! En attendant
              le Wouri. Mballam est en mouvement avec le             de vous retrouver en février 2015, nous vous
              début effectif du chantier du fer, le port en eaux     souhaitons de bonnes fêtes de fin d’année et une
              profondes de Kribi est quasi opérationnel…             bonne année 2015 !

                                                INVESTIR AU CAMEROUN
                 Editeur                                      Opérateur                                 almassimb@yahoo.fr
             Mediamania Sàrl                                Médiamania Sàrl                         Tel : 00 237 94 66 94 59 ou
             6, rue du Léman                              www.mediamania.pro                             00 237 77 75 13 98
           1201Genève - Suisse                         Maquette : Jérémie FLAUX,
     Directrice de la publication                Réalisation web : Christian ZANARDI,                       Impression
        Yasmine BAHRI-DOMON                          Corrections : Xavier MICHEL                   Rotimpres, Aiguaviva, Espagne
                                                                                                   Distribution Cameroun
              Rédaction                                  Régie publicitaire                                Albert MASSIMB
 Beaugas-Orain DJOYUM, Ayissi LE BEAU,            regiepub@investiraucameroun.com                       almassimb@yahoo.fr
      Mamadou CISSÉ, Muriel EDJO,                          Au Cameroun                              Tel : 00 237 94 66 94 59 ou
          Brice R. MBODIAM.                               Albert MASSIMB                                 00 237 77 75 13 98

                 Gratuit – Ne peut être vendu                          info@investiraucameroun.com - www.investiraucameroun.com

Décembre 2014-Janvier 2015 / N° 32-33                                                                                              -3-
CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
AU SOMMAIRE
08 • A
      ccords de partenariat économique :                26 • L e printemps de la transformation des
      toujours des avis bien partagés                         produits agricoles locaux
09 • D
      ieudonné Essomba : « La question de la            28 • E
                                                               n rupture avec Justin Sugar Mills, le
      compétitivité n’est pas le vrai problème »              Cameroun recherche un investisseur privé
10 • B
      abissakana : « La signature des APE entre
                                                              pour le projet de complexe sucrier de
      le Cameroun et l’UE n’est pas viable »                  Batouri

11 • F lorent Etoundi Ayissi : « Les APE bien           30 • 5 0 milliards FCFA de la Banque mondiale
      négociés seront un stimulant pour                       pour produire des matières premières
      l’économie camerounaise »                               destinées aux agro-industriels
                                                         32 • N
                                                               estlé ambitionne de réduire ses
                                                              importations de matières premières de 70%
                                                         32 • D
                                                               u Nescafé produit à base de café
                                                              camerounais
12 • C
      laude Altermatt : « Inutile de rappeler
                                                         33 • G
                                                               uinness injecte 3 milliards FCFA dans
      que le Cameroun dispose d’une stabilité                 un projet de production du sorgho
      politique, mais aussi macroéconomique »
                                                         33 • U
                                                               n montage public-privé pour
16 • C
      &K Mining cède ses actifs sur le diamant
                                                              approvisionner Guinness Cameroon
      de Mobilong à un investisseur sino-                     en maïs, sorgho et manioc
      américain
                                                         34 • Q
                                                               uatre nouvelles usines pour augmenter
18 • D
      avid Koechlin : « La direction de la
                                                              de 20 000 tonnes la production d’huile
      Douane a trouvé notre offre super                       de palme
      intéressante »
                                                         34 • L e Cameroun inaugure une usine
20 • P
      romote 2014, le Salon de l’entreprise, s’est
                                                              de transformation de 18 000 tonnes
      ouvert le 6 décembre à Yaoundé avec plus                de soja par an
      de 1000 exposants
                                                         35 • 4 000 ha de manioc à planter pour
20 • L es PME en vitrine grâce au soutien des                approvisionner la Sotramas, qui
      grandes entreprises et institutions spécialisées        transformera 120 tonnes par jour
22 • C
      hristophe Eken, président de la Chambre
                                                         35 • L a Sodecoton veut accroître de 50% ses
      de commerce : « Promote est devenu une                  capacités de production des huiles de table
      référence régionale et internationale »
                                                         36 • S ic-Cacaos portera ses capacités de
22 • A
      lain Blaise Batongué, secrétaire exécutif
                                                              transformation du cacao à 50 000 tonnes
      du Groupement inter-patronal
      du Cameroun (GICAM) : « Promote,                   36 • U
                                                               ne 3ème usine de transformation de cacao
      une occasion formidable de braquer les                  sera opérationnelle à Douala en 2015
      projecteurs sur l’entreprise »                     37 • U
                                                               ne unité de 4,6 milliards FCFA pour
23 • J ean-Paul Bacquet : « Nos priorités, ce sont           transformer 5000 tonnes de cacao par an
      les infrastructures »                                   à Mbalmayo
24 • B
      owleven compte sur l’amodiation                   38 • P
                                                               aul Biya : « J’attends que le sérieux prévale
      d’Etindé pour financer ses projets africains            lors de l’attribution des contrats aux
                                                              entreprises »

-4-                                                                         N° 32-33 / Décembre 2014-Janvier 2015
CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
48 • 2 06 391 tonnes de bananes exportées
40 • N
      icolas Crettenand : « Aujourd’hui, nous           au 31 octobre 2014
      avons des locaux et deux premiers projets     49 • L es prix bord champ du cacao atteignent
      lancés »                                           un niveau record, en hausse de 30%
42 • L a CEEAC ouvre son marché de                 49 • L e Cameroun a exporté 44 085 tonnes
      140 millions de consommateurs à treize             de cacao en trois mois
      entreprises camerounaises
                                                    50 • V
                                                          ers la mise en place d’un système national
42 • L ’ex-DG de la Télévision publique                 de collecte et de stockage de produits vivriers
      nationale incarcéré
                                                    50 • U
                                                          ne légère hausse de la production caféière
43 • 1 1,8 milliards FCFA de l’AFD pour                 en vue au terme de la campagne 2013-2014
      développer l’agriculture, la santé et
      l’éducation                                   51 • L e Cameroun pourrait se lancer dans la
                                                         culture du coton OGM dans trois ans
43 • L e Cameroun et l’UE signent le 11ème FED
      d’un montant de 185 milliards FCFA            51 • L a Sodecoton envisage la création d’un
                                                         fonds de stabilisation des prix aux
44 • L imitation en vue de la main d’œuvre              producteurs
      chinoise et vietnamienne dans le pays
                                                    52 • L a production cotonnière nationale
                                                         projetée à 235 000 tonnes en 2014-2015,
                                                         en hausse de 7%
                                                    52 • L e premier Salon international du
                                                         machinisme agricole annoncé pour
                                                         juin 2015
                                                    53 • M
                                                          TN l’emporte sur Orange Cameroun
44 • S tandard & Poor’s confirme la note du             au terme des neuf premiers mois
      Cameroun à « B/B », avec des perspectives          de l’année 2014
      stables                                       53 • L ’internet, le nouveau champ de bataille
45 • G
      râce à l’approche HIMO, des communes              des opérateurs
      ont créé 1200 emplois en trois ans            54 • B
                                                          loomfield attribue la note BBB
45 • L ’Etat recherche 21 milliards FCFA à              à l’opérateur public des télécoms
      injecter dans cinq entreprises publiques           camerounais Camtel
46 • S tartimes Ltd effectuera la réhabilitation   56 • O
                                                          livier Dicoh : « La mission principale
      technique de la CRTV pour                          de Camtel n’est pas la recherche de
      110 milliards FCFA                                 la performance financière »
46 • C
      OTCO rembourse à l’Etat 22 milliards         58 • L e groupe Orange lancera son service
      FCFA pour l’adaptation du pipeline                 Afrimarket au Cameroun et au Mali
      Tchad-Cameroun au projet Lom Pangar                en 2015
47 • D
      es cellules spécialisées créées pour         58 • O
                                                          range joue la carte de la transparence
      combattre les trafics illicites dans               dans le coût des communications
      les aéroports                                 59 • D
                                                          es plateformes e-commerce, e-banking,
48 • L a Cameroon Tea Estate ambitionne de              e-money, e-santé, e-éducation en projet
      quadrupler sa production de thé               59 • L a numérotation téléphonique est passée
      à l’horizon 2016-2017                              de 8 à 9 chiffres le 21 novembre 2014

Décembre 2014-Janvier 2015 / N° 32-33                                                                   -5-
CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
60 • U
      BA commercialisera bientôt la
      MasterCard au Cameroun
60 • L es transferts d’argent de la diaspora en
      hausse de 100 milliards FCFA sur quatre ans
                                                      CASTING
                                                       TONY SMITH
61 • L ’Etat camerounais lance un emprunt
      obligataire de 150 milliards FCFA
61 • E
      n décembre, l’Etat remboursera                                       PDG de Limitless Corporation, une
      55,6 milliards FCFA sur son emprunt                                   entreprise spécialisée dans la concep-
      obligataire 2010-2015                                                 tion de logiciels, de smartphones et de
                                                                            tablettes, Tony Smith, jeune Camerou-
62 • L e Niger hésiterait désormais à faire                                nais récemment plébiscité dans le clas-
      transiter son pétrole par le pipeline                                 sement Choiseul des « leaders africains
      Tchad-Cameroun                                                        de demain », se sent visiblement pous-
                                                      ser des ailes. Pour preuve, cet ancien chef de projet chez le
63 • T
      radex s’associe à l’Emiratie Tristar pour      géant américain Microsoft ambitionne de créer pas moins
      livrer les produits pétroliers en RCA           de 20 000 emplois dans plusieurs industries tout au long
                                                      de l’année 2015. Une ambition vis-à-vis de laquelle son
63 • L e projet de centrale hydroélectrique à        classement dans le Choiseul 2014 n’est certainement pas
      Natchigal prend progressivement corps           étranger. En effet, confesse-t-il, « après la publication de ce
                                                      rapport, (…) plusieurs entreprises ou investisseurs intéressés par
64 • H
      ysacam inaugure sa 2ème centrale de            les questions de développement en Afrique ont pris contact avec
      captage et de traitement du biogaz du pays      moi pour échanger sur les perspectives de développement techno-
                                                      logique en Afrique ». Tony Smith a été, cette année, parmi les
64 • L e constructeur chinois du barrage             dix Camerounais âgé de 40 ans au plus à avoir figuré dans
      de Mékin accusé de non-respect de               le top 100 des « leaders africains de demain » recensés par
      l’environnement                                 l’Institut Choiseul.

64 • E
      neo réduit le coût de l’abonnement
      de 50% pour recruter 15 000 nouveaux             ABDOU NAMBA
      abonnés à l’électricité

                                                                            La Société de Développement du Co-
                                                                            ton (Sodecoton), le fleuron de l’agro-
                                                                            industrie dans le septentrion camerou-
                                                                            nais, que dirige Abdou Namba, lancera
                                                                            dès l’année 2015 la 2ème phase des re-
                                                                            cherches visant à introduire le coton
                                                                            génétiquement modifié (OGM) au
                                                      Cameroun. Cette seconde phase durera trois ans, apprend-
65 • L e pétro-gazier chinois Sinopec pourrait       on, et pourrait aboutir à la vulgarisation des OGM dans la
      bientôt produire bitume et lubrifiants au       culture du coton dans le pays.
      Cameroun                                        Contrairement à la première phase, dont les recherches
                                                      se sont déroulées dans un milieu clos depuis 2012, cette
65 • P
      roduction en croissance                        fois-ci, l’agro-industriel du coton expérimentera les OGM
65 • G
      az du Cameroun peut désormais                  en milieu ouvert. Telles sont les principales informations
                                                      ressorties d’un atelier organisé par la Sodecoton du 23 au
      approvisionner la zone industrielle de          24 octobre 2014 à Garoua, dans la région du Nord, afin de
      Bonabéri                                        restituer les résultats de la première phase des recherches
                                                      sur l’introduction des OGM dans la culture du coton au
66 • L e Camerounais Célestin Monga nommé au         Cameroun.
      poste de directeur général adjoint de l’Onudi

-6-                                                                            N° 32-33 / Décembre 2014-Janvier 2015
CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
HENRI-CLAUDE OYIMA                                                ZACHARIE PÉREVET

                       Le président directeur général (PDG)                                S’exprimant le 21 octobre 2014 à Doua-
                       du groupe bancaire gabonais BGFI                                    la devant les associations patronales du
                       n’est pas peu fier des performances de                              Cameroun, dans le cadre de la première
                       sa filiale camerounaise. Au cours de la                             rencontre thématique de l’Observatoire
                       conférence budgétaire qui a regroupé                                national de l’emploi et de la formation
                       les dix filiales de ce groupe bancaire                              professionnelle (Onefop), le ministre
                       du 4 au 8 novembre 2014 à Douala, la                                de l’Emploi Zacharie Pérevet a révélé
capitale économique du Cameroun, Henri-Claude Oyima               que 130 000 emplois temporaires ou de long terme ont été
a révélé que la filiale camerounaise du premier groupe ban-       « identifiés » comme créés dans le pays au 30 juin 2014 depuis
caire de la zone Cemac, avec un total bilan de 3023 milliards     le début de l’année. Sur la base de cette statistique, il reste à
de francs CFA à fin 2013, « est parmi les plus dynamiques du      créer au moins 120 000 autres emplois avant la fin de l’année
groupe ». Un dynamisme visible dans le résultat de l’exercice     2014 afin d’atteindre le chiffre de 250 000 emplois promis
2013 de BGFI Cameroun qui, a-t-on appris au cours de              par le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, au cours de son
la rencontre de Douala, a progressé de 50% par rapport à          discours à la jeunesse camerounaise le 11 février 2014. Placée
l’année 2012. « Nous sommes très satisfaits des résultats de la   sous le thème de la « contribution des organisations patronales
filiale camerounaise », a commenté le PDG de BGFI, en             au suivi de l’emploi », cette première rencontre thématique de
ajoutant que le choix de Douala pour la conférence bud-           l’Onefop « s’inscrivait dans le cadre des concertations engagées
gétaire du groupe BGFI est un signe de « reconnaissance et        par le Minefop, à travers l’Onefop, pour la production semes-
d’encouragement » pour l’équipe en poste au Cameroun.             trielle des résultats des enquêtes sur l’emploi ».

 EMMANUEL MBIAM                                                    KLAUS-LUDWIG
                                                                   KEFERSTEIN
                     Bien que le Cameroun dispose de gi-                                 L’ambassadeur de la République fédé-
                     sements miniers de niveau mondial, à                                rale d’Allemagne au Cameroun, le Dr
                     l’instar du fer de Mbalam et de Nkout,                              Klaus-Ludwig Keferstein, a remis au
                     du nickel et du cobalt de Lomié, ou                                 ministre camerounais de la Défense
                     encore du diamant de Mobilong, ce                                   Edgar Alain Mebe Ngo’o un don
                     gigantesque potentiel demeure inex-                                 d’équipements militaires de la Répu-
                     ploité à ce jour, à cause de l’inexistence                          blique fédérale d’Allemagne à l’armée
d’une véritable industrie minière. Pour l’instant, l’activité     camerounaise. C’était le 18 novembre 2014 à la base aé-
minière dans le pays est largement dominée par l’exploi-          rienne de Yaoundé. Il s’agit de 120 véhicules pouvant être
tation artisanale (qui contribue à seulement 1% dans la           utilisés sur tout type de terrain, et qui, a-t-on appris, « ont
formation du PIB du pays), peu génératrice de revenus en          fait leurs preuves sur des théâtres d’opérations militaires comme
comparaison avec le potentiel existant.                           l’Afghanistan ». Constitué de 60 jeeps WOLF de marque
Selon la Fédération minière du Cameroun, un regroupe-             Mercedes et de 60 camions UNIMOG, a précisé le mi-
ment d’opérateurs locaux récemment constitué et dirigé            nistre Mebe Ngo’o, « cet important don intervient dans le
par l’avocat Emmanuel Mbiam, la transition de l’artisanat         cadre de l’appui à la lutte contre la secte islamiste Boko Haram,
minier à l’exploitation minière industrielle pourrait pas-        et de la participation des forces de défense camerounaises à la
ser par la création par le gouvernement d’un « fonds de           Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour
développement de la mine industrielle ». Cette fédération est     la stabilité de la République Centrafricaine (Minusca) ».
allée faire cette proposition au ministre camerounais des
Mines, Emmanuel Bondé, au cours d’une audience que ce
membre du gouvernement a accordé à ses responsables le
11 novembre 2014 à Yaoundé.

Décembre 2014-Janvier 2015 / N° 32-33                                                                                          -7-
CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
L’ENQUÊTE

Accords de partenariat
économique : toujours des
avis bien partagés
Après la signature d’un accord                 vue ont retenu notre attention et         au-delà des frontières nationales per-
intérimaire par le Cameroun, des               ont suscité de longs échanges dans        met d’accroître sa compétitivité et de
opérateurs économiques, intellec-              le cadre de la rencontre des parte-       poursuivre son expansion, alors qu’il
tuels et professionnels des ques-              naires sociaux. Au final, on peut         est démontré à l’échelle mondiale
tions commerciales donnent de la               constater que les idées ont forte-        que la plupart des créations nettes
voix.                                          ment évolué. La question des bar-         d’emplois et de richesses sont l’apa-
                                               rières tarifaires, qui focalisait les     nage des entreprises à forte crois-
Depuis octobre 2003, les pays                  attentions, a glissé au second degré      sance », a-t-il expliqué. Cependant,
d’Afrique centrale (AC) et l’Union             pour laisser la place à des argu-         il a aussi été admis que les oppor-
européenne (UE) sont engagés                   ments bien plus complexes.                tunités qu’offrent ces accords ne
dans la négociation d’un accord de                                                       peuvent pas occulter les menaces
partenariat économique (APE) en                    PLUS D’OPPORTUNITÉS À                 liées notamment à la perte des
vue d’instituer un nouveau régime               SAISIR, MAIS AUSSI DES ALÉAS             recettes douanières, au risque de
commercial devant remplacer le                           À REDOUTER                      fragiliser le processus d’intégration,
système de préférences commer-                 Le gouvernement camerounais, qui          et à la concurrence plus accrue des
ciales non réciproques en vigueur              prône un accord à l’échelle régio-        produits en provenance de l’UE.
dans le cadre de l’accord d’inté-              nale, défend la signature des APE         « La vision à court terme, qui met
gration préférentiel de Cotonou1.              intérimaires. Dieudonné Bondoma,          en avant les pertes relatives à la fis-
Après plusieurs années de négocia-             directeur général au Ministère de         calité de porte, occulte les effets posi-
tions, l’UE et les pays d’Afrique cen-         l’économie, a expliqué qu’en cas          tifs que pourrait tirer le Cameroun à
trale ne sont pas encore parvenus à
un consensus pour les questions
techniques, sur la base desquelles       La question des barrières tarifaires, qui focalisait les
                                         attentions, a glissé au second degré pour laisser la
le texte de l’accord devrait être ré-
digé. Au Cameroun, où un accord
intérimaire a été signé puis ratifié
par le Parlement, les débats sont        place à des arguments bien plus complexes.
ouverts. Jusque-là une bonne partie
de l’opinion redoutait les impacts             de ratification les APE devraient         long terme si les entreprises prenaient
économiques négatifs des APE et la             induire plus d’opportunités et            l’option de se mettre résolument à
déstabilisation que pourrait entraî-           d’échanges avec l’UE, par la création     l’école de la compétitivité et de la
ner la mise en œuvre d’un APE pre-             de nouveaux marchés et l’accrois-         mise à niveau », se défend le gouver-
nant insuffisamment en compte les              sement de la production par une           nement.
préoccupations de développement.               meilleure spécialisation, ainsi que       Au final, il a été admis que la ques-
Totalement consacrée à la question,            l’accroissement des revenus par une       tion des APE mérite d’être abordée
la troisième édition des universités           croissance des exportations dans la       avec mesure, car ces accords ne sont
du GICAM (Groupement Inter-                    zone et vers le reste du monde.           sans doute pas une panacée. Les
Patronal du Cameroun) a permis                 Sans directement parler des APE,          réflexions développées sont arrivées
il y a quelque temps aux différents            certains intervenants de cette uni-       à la conclusion qu’avec ou sans leur
leaders du secteur économique ca-              versité du GICAM, comme Felix             ratification, l’important pour le Ca-
merounais de partager leurs points             Zogning de l’Université du Qué-           meroun reste les réformes d’adap-
de vue et expériences sur cette                bec, au Canada, ont défendu les           tation aux exigences changeantes
question, décisive pour l’Afrique              vertus de l’ouverture des marchés.        de l’environnement économique
centrale en général et le Cameroun             « L’expansion géographique de l’ac-       mondial.
en particulier. Quelques points de             tivité économique d’une entreprise                                     Idriss Linge

-8-                                                                                    N° 32-33 / Décembre 2014-Janvier 2015
CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
L’ENQUÊTE

Ils ont dit
Dieudonné Essomba : « La question de la
compétitivité n’est pas le vrai problème »
L’ingénieur statisticien estime
qu’on ne peut parler de compéti-
tivité de l’économie camerounaise
tant que son système productif
doit concurrencer les produits de
brocante.

Selon cet ingénieur statisticien en
service au Ministère camerounais
de l’économie, axer les enjeux d’une
négociation avec le partenaire euro-
péen sur les questions de compétiti-
vité est une approche parcellaire du
problème. M. Essomba estime que
la démarche actuelle visant à ren-
forcer la capacité de notre secteur
privé face aux APE n’aborde qu’une         « La grande
partie du problème. « En fait, au          discrétion
                                           des produits
regard de certains facteurs propres au     manufac-
Cameroun (faibles infrastructures,         turés du
mauvaise gouvernance, étroitesse du        Cameroun
                                           sur les
marché, etc.), la réussite d’un tel pro-   marchés ne
gramme de mise à niveau ne pourrait        peut être
                                           exclusi-
que porter sur quelques secteurs très      vement
marginaux dans lesquels le Came-           imputée à
roun disposerait de marges d’action        notre faible
                                           compétiti-
particulièrement favorables. Mais          vité, mais
cette surspécialisation même empê-         surtout par
cherait d’élargir la base productive et    le fait d’une
                                           compétition
ne ferait qu’aggraver les rapports de      liée à des
dépendance », explique-t-il.               formes
                                           d’approvi-
Un sérieux revers pour les princi-         sionnement
paux négociateurs de cet accord            non conven-
pour le compte du Cameroun, qui            tionnelles. »
n’ont pas manqué de présenter                              et selon des indicateurs qualitatifs      des formes d’approvisionnement non
l’octroi par l’Union européenne                            et quantitatifs précis. Il estime ainsi   conventionnelles. Et tout le monde
d’un fonds de 6 milliards de francs                        que le grand danger dans les APE ne       conviendra que la brocante n’est
CFA pour la mise à niveau des                              saurait se trouver dans le risque de      pas la production d’une entreprise
entreprises camerounaises comme                            voir des produits européens envahir       étrangère qui serait en compétition
une victoire. Dans son analyse,                            le marché camerounais. « La grande        avec les entreprises camerounaises,
Dieudonné Essomba explique que                             discrétion des produits manufacturés      mais une autre réalité obéissant à des
la compétitivité d’un système pro-                         du Cameroun sur les marchés ne peut       mécanismes totalement différents, et
ductif n’est évoquée que lorsque ce                        être exclusivement imputée à notre        requérant un traitement technique,
produit se trouve en concurrence                           faible compétitivité, mais surtout        théorique et thérapeutique auto-
avec des pays d’un marché précis,                          par le fait d’une compétition liée à      nome », explique-t-il.

Décembre 2014-Janvier 2015 / N° 32-33                                                                                                  -9-
CAMEROUN INVESTIR AU - Investir au Cameroun
L’ENQUÊTE

Ils ont dit
Babissakana : « La signature des APE entre
le Cameroun et l’UE n’est pas viable »
Dans la logique de cet ingénieur                         tuelle et prévisionnelle du contexte       et l’Afrique est déjà faible, et l’est
financier, la non-signature des                          économique mondial en vigueur.             d’avantage lorsque la comparaison
APE par le Cameroun entraînera                           Dans sa démonstration, M. Babis-           est rapportée au Cameroun. Enfin,
des effets certes, mais qui peuvent                      sakana laisse ressortir qu’aucun de        l’ingénieur financier explique, avec
être maîtrisables sur le moyen                           ces critères de convergence n’est          les chiffres de l’OCDE à l’appui,
terme.                                                   effectif pour ce qui est des présentes     que les tendances de la croissance
                                                         discussions. Dans son analyse, il          mondiale prévoient une plus forte
Du point de vue de Babissakana,                          démontre que sur le plan du poids          progression des indicateurs dans les
les paramètres de l’ingénierie éco-                      des acteurs, le Cameroun, qui a ra-        pays émergents d’Asie, notamment
nomique standard dégagent quatre                         tifié un accord intérimaire en solo,       la Chine, alors que l’Europe pourrait
critères d’analyse de viabilité de la                    reste bien faible devant l’ensemble        à moyen terme être en déclin. Ce qui,

signature des APE qui doivent être      « Les filières   constitué des pays de la Commu-            au final, ne rend pas pertinent une
                                        concer-
pris en compte. Déjà, on devrait        nées ne
                                                         nauté européenne. Une situation            négociation avec un tel partenaire.
s’assurer que les niveaux de déve-      représentent     qui ne trouve pas plus de réponse          L’ingénieur financier fait aussi
loppement économique des par-           qu’envi-         dans le cadre d’un accord négocié          savoir que contrairement à ce que
                                        ron 200
tenaires sont comparables. Que          milliards de     au sein de la Cemac.                       l’opinion publique pourrait croire,
les partenaires en discussion pos-      francs CFA       Ensuite, il fait remarquer que le          les conséquences de la non-signa-
sèdent des économies à fort degré       de recettes      système productif camerounais              ture des APE devraient être limi-
                                        (dont 42
de concurrence et de spécialisation,    milliards        ne possède pas suffisamment de             tées. « Les filières concernées ne re-
que les volumes d’échanges entre        pour la          biens spécialisés pour s’imposer           présentent qu’environ 200 milliards
                                        banane), soit
les partenaires en discussion soient    moins de
                                                         sur les marchés des pays euro-             de francs CFA de recettes (dont 42
conséquents et diversifiés, et enfin    2% du PIB        péens. De même, M. Babissakana             milliards pour la banane), soit moins
que les négociations se déroulent       en 2013 »        fait remarquer que le volume des           de 2% du PIB en 2013 », a-t-il fait
en tenant compte de la situation ac-                     échanges entre l’Union européenne          remarquer.

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L’ENQUÊTE

Florent Etoundi Ayissi : « Les APE bien
négociés seront un stimulant pour l’économie
camerounaise »
Homme politique aujourd’hui à la        le commerce avec l’extérieur, les                        y découlant », croit savoir Florent
tête d’une entreprise de trading,       technologies de l’information                            Etoundi Ayissi.
il oppose aux points de vue des         et de la communication, et au-                           Ce dernier fait également savoir
experts statisticiens et de l’ingé-     jourd’hui dans l’agro-industrie.                         que la stratégie du Cameroun face
nierie financière le point de vue       Partant de cette expérience mul-                         à ces accords ne peut pas être celle
de l’expérience des échanges et de      tiple, M. Etoundi Ayissi, son pro-                       de vouloir conquérir tous les seg-
l’acteur économique.                    moteur, milite pour une action                           ments, et tous les marchés, mais
                                        résolument engagée vers le libre-
Le groupe Tradimco que dirige           échange. « En dépit de légitimes in-
M. Ayissi est la toute première         quiétudes qu’ils suscitent pour nos          « Nous sommes convaincus
entreprise à promouvoir des do-         échanges, en raison principalement
cuments de sécurité (lutte contre       de la faiblesse de notre tissu indus-        que des APE bien négociés
                                                                                     seront un stimulant pour
la falsification et la contrefaçon      triel, nous sommes convaincus que
des documents) depuis près de           des APE bien négociés seront un
25 ans au Cameroun. Il emploie
aujourd’hui une quarantaine
                                        stimulant pour la matérialisation
                                        et la mise en forme de nos écono-            la matérialisation et la
de personnes qui interviennent
dans la transformation locale,
                                        mies, et permettront une amélio-
                                        ration significative des mécanismes          mise en forme de nos
                                                                                     économies. »
                                                                                                 celle qui consiste à respecter les
                                                                                                 règles issues de l’expérience, de la
                                                                                « Cette stra-    stratification des marchés et de la
                                                                                tification des   production. « Cette stratification des
                                                                                marchés, en
                                                                                parcou-          marchés, en parcourant le monde, est
                                                                                rant le          irréversible et obéit non seulement à
                                                                                monde, est       la règle intangible de l’offre et de la
                                                                                irréversible
                                                                                et obéit non     demande qualitative ou quantitative,
                                                                                seulement        mais aussi et surtout à la nécessaire
                                                                                à la règle
                                                                                intangible       prise en compte du pouvoir d’achat
                                                                                de l’offre       des consommateurs », indique-t-il.
                                                                                et de la         Il conclut sa réflexion en confiant
                                                                                demande
                                                                                qualitative      que « suspendre l’avenir de notre
                                                                                ou quanti-       économie à cette indécision qui
                                                                                tative, mais     consiste à retarder la ratification des
                                                                                aussi et
                                                                                surtout à la     accords de partenariat économique
                                                                                nécessaire       ne contribue pas à améliorer son in-
                                                                                prise en
                                                                                compte           dispensable lisibilité à court, moyen,
                                                                                du pouvoir       et long termes ; même si l’on peut
                                                                                d’achat des      comprendre les négociations actuelles
                                                                                consomma-
                                                                                teurs »          avec nos partenaires de la Cemac ».

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L’AMBASSADEUR DU MOIS

Claude Altermatt :
« Inutile de rappeler que le
Cameroun dispose d’une
stabilité politique, mais
aussi macroéconomique »
Pour l’ambassadeur de la Confé-          d’une solution simpliste et extrême       Parlement fédéral présidente de la
dération suisse au Cameroun, le          pour répondre à un défi sérieux,          Confédération pour l’année 2015.
Cameroun, première puissance             et qu’il revenait aux Africains, et       Conformément au système poli-
de la zone Cemac, dispose en plus        surtout aux Africaines, de décider        tique suisse, tout en assumant la
d’une jeunesse bien formée, et par       comment réduire la natalité ici. Au       fonction de chef d’Etat pour une
ricochet d’un énorme potentiel           plan intérieur suisse, nous avons         année, la conseillère fédérale Som-
de développement économique et           une confirmation de plus que la           maruga gardera son ministère, celui
humain. Entretien.                       démocratie directe, avec ses nom-         de la justice et de la police, égale-
                                         breuses votations, fonctionne bien,       ment en charge de la migration.
Investir au Cameroun : Quelles sont      car lorsqu’il y a des propositions        Pour la Suisse, pays ouvert, il est
les implications pour l’Afrique,         simplistes, le bon sens suisse l’em-      très important de pouvoir coopé-
et le Cameroun en particulier, des       porte d’habitude à l’issue du scru-       rer avec les autorités d’Etats où il y
résultats du référendum du pro-          tin, après une vive campagne et des       a un grand potentiel d’émigration.
jet de loi sur la limite du nombre       débats animés.                            Par cet accord, la coopération mu-
de nouveaux immigrants entrant                                                     tuelle s’intensifie et se resserre avec
en Suisse (0,2% de la population         IC : Récemment, Mme Simonetta             le Cameroun. C’est une très bonne
suisse, soit 16 000 personnes par        Sommaruga, la vice-présidente             chose. La Suisse continuera à ac-
an) ?                                    de la Confédération suisse, était         cueillir tous les jeunes de ce pays qui
Claude Altermatt : Je voudrais par-      au Cameroun où elle a signé des           ont l’intention d’y étudier ou d’y
tager notre soulagement avec vous        accords sur la suppression réci-          travailler, d’entente avec leurs par-
suite au résultat très net – ¾ de        proque de l’obligation de visa pour       tenaires suisses et conformément
rejets – contre cette initiative popu-   les diplomates et les détenteurs de       à la loi suisse. Voyez par exemple
laire qui aurait eu un impact grave      passeports de service. Quelle est         ces jeunes joueurs de foot, comme
en Suisse, sur son économie, mais        l’importance d’un tel accord ? Trois      Franck Etoundi ou Breel Embolo,
aussi sur son image à l’étranger.        mois après la signature de cet ac-        qui jouent avec un grand succès en
Cette initiative radicale demandait      cord, quel bilan faites-vous des flux     Suisse. Ou alors ces étudiants ap-
également que nous distribuions          migratoires entre les diplomates et       pliqués et motivés venant parfaire
massivement des moyens contra-           fonctionnaires suisses en visite au       leurs études chez nous, tout en sa-
ceptifs dans les pays en développe-      Cameroun et vice-versa ?                  chant qu’ils vont rentrer au bercail,
ment, notamment en Afrique sub-          CA : D’abord, je tiens à vous si-         là où ils seront indispensables.
saharienne. Or, une large majorité       gnaler que la conseillère fédérale        Il est de mon devoir de rendre at-
des Suisses a compris qu’il s’agissait   Sommaruga vient d’être élue par le        tentif d’un danger qui guette celles

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et ceux qui ne savent pas ce qui les    donc de concert avec les autorités    « Pour la      lui l’expert des échanges écono-
                                                                              Suisse, pays
attendra chez nous. Croyez-moi,         camerounaises que nous combat-        ouvert, il
                                                                                             miques entre la Suisse et le conti-
je suis entièrement conscient qu’il     tons toute immigration clandestine,   est très       nent africain. Effectivement, à ma
y a, au Cameroun également, un          dommageable aux deux pays.            important      connaissance une quinzaine de ces
                                                                              de pouvoir
potentiel d’immigration illégale                                              coopérer       quarante entreprises sont présentes
vers le Nord de ce globe. Or, l’im-     IC : Récemment, Michael Rheineg-      avec les       ici au Cameroun, dont cinq grandes
migration illégale, c’est non seu-      ger, le directeur du Swiss African    autorités      entreprises suisses telles que Glen-
                                                                              d’Etats
lement la fausse voie, c’est même       Business Circle (SABC), a indiqué à   où il y a      core, Nestlé, Novartis, Syngenta et
très dangereux. En effet, abusés par    la Tribune de Genève que 40 des 100   un grand       Panalpina.
                                                                              potentiel
des trafiquants criminels, abandon-     principales entreprises suisses se    d’émigra-
nés à eux-mêmes, les clandestins        sont déjà positionnées en Afrique.    tion. »        IC : De manière générale, combien
tombent souvent très rapidement         Parmi ces 40 entreprises, combien                    d’entreprises suisses (grandes et
dans les sphères très proches de mi-    sont présentes au Cameroun ?                         PME) sont actives au Cameroun ?
lieux criminels en Europe, ou, pour     CA : M. Rheinegger est en effet                      CA : Un peu moins de 40 entreprises
les femmes, dans la prostitution.       une personne-clef dans les affaires                  suisses ou en rapport avec la Suisse
Il faut éviter de tels drames. C’est    entre la Suisse et l’Afrique. C’est                  sont recensées exerçant des activi-

Décembre 2014-Janvier 2015 / N° 32-33                                                                                      -13-
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tés au Cameroun. Leur nombre est                     tations de services incluant l’accès     IC : De manière générale, comment
en légère augmentation au cours                      au numérique, le transport mari-         ces entreprises suisses jugent-elles
des dernières années. Le potentiel                   time, et de l’autre des machines et      le climat des affaires au Came-
demeure donc considérable. Il y a                    des infrastructures énergétiques. Le     roun ?
du coup encore beaucoup d’efforts                    commerce de matières premières et        CA : Je viens de vous le dire, en
à faire par les autorités camerou-                   le domaine agroalimentaire, dont la      Suisse, le climat des affaires se veut
naises pour faire venir encore da-                   production occupe également une          libéral et dynamique, le représen-
vantage d’entreprises suisses.                       place importante dans les activités      tant de l’Etat se gardera de parler
                                                     des firmes suisses basées au Came-       au nom des entreprises. A cette lu-
IC : Quels sont les différents do-                   roun, tout comme le commerce             mière, il faudrait le demander à elles
maines de compétences des entre-                     avec des produits pharmaceutiques        directement.
prises suisses présentes au Came-                    méritent d’être mentionnés.
roun ?                                                                                        IC : Quel est votre avis sur le climat

                                                      BIO EXPRESS
CA : Le représentant officiel que je                                                          des affaires au Cameroun, comparé
suis d’un petit pays, mais 20ème éco-                                                         à des pays comme la Guinée équa-
nomie mondiale, ne peut connaître         Nom et prénom : ALTERMATT Claude                    toriale ou la Centrafrique où vous
tous les détails et toutes les facettes   Âge : 57                                            êtes également ambassadeur de la
des activités économiques des so-         Domaines de compétence : Relations                  Confédération suisse ?
ciétés suisses ou en rapport avec         intergouvernementales et internationales,           CA : Comparaison n’est pas raison.
la Suisse au Cameroun. En effet,          historien de formation                              Evidemment, c’est le Cameroun qui
eu égard à notre système écono-           Date présentation lettre de créance au              est le plus grand marché de la zone
mique libéral, il ne saurait y avoir      Cameroun : 8 novembre 2013                          Cemac. L’une des deux autres éco-
un contrôle systématique. A ma            Qualification : Ambassadeur de la                   nomies que vous voulez soumettre
connaissance, une partie des activi-      Confédération suisse au Cameroun, en                à une comparaison souffre hélas en-
tés économiques concerne les pres-        Guinée équatoriale et en Centrafrique               core très fortement d’une instabilité

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                                                          rée au Cameroun. Aujourd’hui, y          demeurent très difficiles. Si le Ca-
                                                          a-t-il une raison fiable pour ces en-    meroun produisait moins de diplô-
                                                          treprises de s’inquiéter à nouveau ?     més d’universités, mais davantage
                                                          CA : Non, absolument pas. D’ail-         de jeunes diplômés dans les métiers
                                                          leurs, je me réjouis du nombre           qui sont recherchés par le secteur
                                                          élevé de participants au Salon PRO-      économique privé et bien rémuné-
                                                          MOTE (à Yaoundé du 6 au 14 dé-           rés, tels les électriciens, mécaniciens
                                                          cembre 2014, ndlr) en provenance         en voiture, comptables, agriculteurs
                                          « Si le         de l’étranger.                           de haut niveau et j’en passe, je suis
                                          Cameroun
                                          produisait
                                                                                                   convaincu que le Cameroun aurait
                                          moins de        IC : Quels sont les grands chiffres      moins de chômage, une économie
                                          diplômés        de la coopération Suisse-Cameroun        plus efficace et, du coup, un taux de
                                          d’universi-
                                          tés, mais       et comment la qualifiez-vous ?           croissance économique plus élevé.
                                          davantage       CA : Il n’y a pas de coopération de la   Les entreprises suisses et camerou-
                                          de jeunes       Confédération suisse - Cameroun,         naises devraient donc appliquer le
                                          diplômés
                                          dans les        le Cameroun n’étant pas un pays à        système dual suisse de formation
                                          métiers qui
                                          sont recher-
                                          chés par
                                          le secteur         « Les entreprises suisses et camerounaises
                                          économique
                                          privé et bien
                                          rémunérés,
                                                             devraient donc appliquer le système dual
                                          je suis
                                          convaincu          suisse de formation professionnelle dans
                                          qu’il aurait
                                          moins de
                                          chômage,           leurs entreprises actives sur place »
                                          une
                                          économie
                                          plus efficace   très faible revenu. Mais l’un des 26     professionnelle dans leurs entre-
                                          et, du coup,    cantons suisses, le canton du Jura,      prises actives sur place.
                                          un taux de
                                          croissance      lui accorde une aide publique et
                                          économique      effectue une coopération formelle        IC : Généralement, combien de res-
                                          plus élevé. »   avec le Cameroun. Ce canton de           sortissants suisses vivent au Came-
politique et de problèmes sécuri-                         quelque 72 000 habitants a inscrit       roun et quels sont leurs domaines
taires très graves. A cet égard, inu-                     cette coopération dans la durée,         d’activité ?
tile de rappeler que le Cameroun                          afin de la rendre plus efficace. Les     CA : On s’approche des 300. Rap-
dispose d’une stabilité politique,                        engagements sont généralement            pelons que les entreprises suisses ou
mais aussi macroéconomique, fac-                          pris pour une période de dix ans.        en rapport avec la Suisse engagent
teurs importants pour les inves-                          En profitent l’Institut Agricole         dans la plupart des cas des per-
tisseurs. De plus, la diversification                     d’Obala et les projets de santé dans     sonnes en provenance d’Etats les
de l’économie camerounaise joue                           le Centre.                               plus divers.
également en sa faveur, comparée
à la Guinée équatoriale, pays certes                      IC : Dans quel secteur conseilleriez-    IC : Combien de demandes de visas
très aisé qui doit sa prospérité à la                     vous les entreprises suisses d’inves-    des Camerounais sont enregistrées
production des hydrocarbures. Plu-                        tir au Cameroun ? Pourquoi ?             chaque jour dans votre ambassade
sieurs indices de développement,                          CA : C’est à l’ambassade du Came-        et combien de visas sont attribués
que cela soit l’accès électrique ou les                   roun en Suisse, à Berne, de conseil-     par jour ?
infrastructures, placent le Came-                         ler comment investir, alors que mon      CA : Il s’agit d’un chiffre précis qui
roun en tête des pays de la sous-                         rôle ici consiste à expliquer, sur       n’est pas destiné au public. Je peux
région. Enfin, l’endettement est                          demande, la situation qui prévaut        néanmoins vous dire que nous déli-
faible, fait dont il faut tenir compte                    sur place et à indiquer les risques.     vrons jusqu’à 1500 visas par an,
vu le surendettement qui entrave                          Tout ceci, si possible, dans l’optique   l’obligation de visa diplomatique
maintes économies dans certaines                          suisse. Cela dit, je ne vous cache-      et de service étant tombée depuis la
parties du globe.                                         rai pas que je ne cesse de rappeler      signature, par la conseillère fédérale
                                                          l’énorme potentiel de développe-         Sommaruga, de l’accord y relatif en
IC : De nombreuses entreprises eu-                        ment économique et humain, no-           septembre passé.
ropéennes craignent encore l’épi-                         tamment une jeunesse bien formée,                           Propos recueillis par
démie Ebola, qui n’a pas été décla-                       mais dont les perspectives d’emploi                       Beaugas-Orain Djoyum

Décembre 2014-Janvier 2015 / N° 32-33                                                                                                -15-
FOCUS

C&K Mining cède ses actifs sur
le diamant de Mobilong à un
investisseur sino-américain

Fragilisée par le scandale de son       En avril       de 50% » dans le capital de C&K          de RFI en Corée. Une embellie dont
                                        2014,
estimation controversée du po-          l’entreprise   Mining, n’en contrôlent plus que         avaient profité de hautes personna-
tentiel de ce gisement situé dans       sud-co-        « moins de 10% ». La transaction,        lités coréennes et les responsables de
la région de l’Est du Cameroun,         réenne         dont le montant n’a pas été révélé,      C&K International, maison-mère
                                        C&K
le Coréen C&K Mining s’est              Mining avait   a discrètement eu lieu depuis « fin      de C&K Mining, lesquels avaient
presque retiré du projet diaman-        déjà offi-     2013 ».                                  cédé leurs actifs au prix fort, avant
tifère de Mobilong, ne conservant       ciellement     Cette cession des actifs survient        que le cours du titre ne dégringole.
                                        commer-
que des parts symboliques.              cialisé 3500   après le scandale qu’a créé le gise-     Après l’interpellation de plusieurs
                                        carats de      ment de diamant de Mobilong en           hauts fonctionnaires coréens soup-
                                        diamants
La société C&K Mining, détentrice       bruts.         Corée du Sud en décembre 2010.           çonnés d’avoir participé à cette
depuis décembre 2010 du permis                         En effet, cette année-là, C&K Mi-        magouille, une action en justice a
d’exploitation du gisement de dia-                     ning, qui explorait ledit gisement       été intentée contre les responsables
mant de Mobilong, dans la région                       depuis 2006, a été accusé d’avoir        de la junior minière coréenne,
de l’Est du Cameroun, a cédé la                        surévalué son potentiel (736 mil-        dont le chairman a été interpellé
majorité de ses actifs dans ce projet                  lions de carats dans un premier          puis incarcéré en Corée au mois de
minier à un certain M. Yang, mil-                      temps, soit cinq fois la produc-         février 2013. Deuk Gyun Oh n’a été
liardaire d’origine chinoise rési-                     tion mondiale, puis un réajuste-         libéré qu’à la fin du mois de sep-
dant à Hong-Kong, mais dont cer-                       ment qui ramènera le potentiel           tembre 2014. Ceci, apprend-on de
taines sources autorisées affirment                    final à 420 millions de carats) afin     sources proches du dossier, après
qu’il détiendrait un passeport                         de faire de la spéculation sur la        une longue audition (de 9h à 19h)
américain. Nos sources révèlent                        Bourse de Séoul.                         devant la Cour de justice de Séoul,
qu’une assemblée générale de C&K                                                                le 15 septembre 2014, du Came-
Mining s’est tenue le 19 novembre                            EXPLOSION DU TITRE                 rounais Paul Ntep Gwet, ancien
2014 à Yaoundé, après un conseil                                     À SÉOUL                    coordonnateur du Cadre d’appui
d’administration tenu à Séoul le 2                     De fait, après l’obtention du permis     à l’artisanat minier (CAPAM), un
novembre dernier, et que M. Yang                       d’exploitation en décembre 2010, et      programme gouvernemental des-
est le « nouvel actionnaire majori-                    fort du potentiel déclaré mais fina-     tiné à encadrer les artisans miniers
taire » de cette société minière is-                   lement faux, le titre C&K Mining         dans les zones de production. À
sue d’une joint-venture entre opé-                     avait grimpé sur la Bourse de Séoul,     en croire nos sources, cet expert
rateurs coréens et camerounais.                        multipliant son cours « par 4,6 en       minier camerounais, qui a travaillé
Les partenaires coréens, qui étaient                   seulement 16 jours », avait indiqué      sur la quasi-totalité des projets
jusqu’ici majoritaires « avec plus                     Frédéric Ojardias, correspondant         miniers en cours dans le pays, a

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FOCUS

été invité à témoigner par la firme            tation en décembre 2010. La partie     les premiers carats de diamants is-
C&K Mining afin de rassurer la                 conglomératique du gisement de         sus de cette partie alluvionnaire de
justice coréenne sur l’existence               diamant de Mobilong est jugée de       Mobilong que, le 16 janvier 2013,
réelle d’un gisement diamantifère              loin plus importante que la partie     C&K Mining a officiellement reçu
de niveau mondial dans la loca-                alluvionnaire, dont le potentiel to-   du ministre de l’Industrie et des
lité de Mobilong, dans la région               tal n’est estimé qu’à 230 000 carats   Mines, Emmanuel Bonde, le pre-
de l’Est du Cameroun. Le CAPAM                 de diamants, soit moins de la pro-     mier certificat national de Kimber-
est par ailleurs actionnaire à 10%             duction annuelle de la République      ley du pays, depuis l’admission du
dans C&K Mining, entreprise qu’il                                                     Cameroun au processus de Kim-
a contribué à créer avec des parte-                                                   berley en août 2012. En recevant
naires coréens et d’autres opéra-        Bien que le potentiel du                     ce certificat, Choung Sung Hee,
teurs nationaux.                                                                      la représentante du chairman de
                                         gisement diamantifère de                     C&K Mining, avait confié : « Au-
          UN POTENTIEL
      CONTROVERSÉ, MAIS                  Mobilong soit controversé,                   jourd’hui, nous sommes prêts à ex-
                                                                                      porter 617 carats de diamants. Mais
         JAMAIS DÉMENTI
Bien que le potentiel du gisement        aucune contradiction fiable                  nous avons les capacités d’exporter
                                                                                      6000 carats par mois. » En avril
diamantifère de Mobilong soit
controversé, aucune contradiction
                                         n’a jusqu’ici été apportée                   2014, c’est-à-dire un peu plus d’un
                                                                                      an seulement après la réception du
fiable n’a jusqu’ici été apportée à la
dernière estimation faite par C&K
                                         à la dernière estimation                     certificat du Processus de Kimberly
                                                                                      délivré par le gouvernement came-
Mining (420 millions de carats).
Mais toutes les parties s’accordent
                                         faite par C&K Mining                         rounais, l’entreprise sud-coréenne
                                                                                      C&K Mining avait déjà officielle-
à dire qu’il s’agit d’un gisement de     (420 millions de carats).                    ment commercialisé 3500 carats
niveau mondial. Surtout grâce à                                                       de diamants bruts. L’information a
sa partie conglomératique encore                                                      été révélée au cours d’une concer-
non évaluée, évaluation que C&K                Centrafricaine, qui atteint souvent    tation sous-régionale sur la traça-
Mining a été invitée à conduire                400 000 carats. La mise en exploi-     bilité des diamants centrafricains
pendant trois ans, selon le cahier             tation « immédiate » de cette partie   organisée à Yaoundé, la capitale
des charges fixé par le gouverne-              du gisement a été autorisée après      camerounaise.
ment camerounais au moment de                  l’obtention du permis en 2010.
la délivrance du permis d’exploi-              C’est dans le but de commercialiser                        Brice R. Mbodiam

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