Sorties de secours + LA CULTURE EN BRETAGNE
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les iGnAELE FLAômesLA CULTURE EN BRETAGNE
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Numéro 190 • Novembre 2018
Sorties
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CULTURE EN BRETAGNE
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théâtre, danse, musique, cinéma, livres, expos
N ° 19 0
N OV 18
EN UNE
dOIsNEAU À QUImpER
Le musée des Beaux-arts
expose 130 clichés de
Robert Doisneau, en trois
Sorties
de secours +
séries : Le Merveilleux
quotidien (Paris et sa ban- LA CULTURE EN BRETAGNE
lieue, dont le fameux théâtre, danse, musique, cinéma, livres, expos
Baiser de l’Hôtel de Ville),
Palm Springs 1960, un
reportage pour le magazine
Fortune, ainsi qu’une
vingtaine de photos prises
en Bretagne.
Ma p’tite Nicole...
Vous n’avez pas ouvert le Mémo Culture ?
Avez-vous choisi, Odette ?
Scrabble ou Crapette ?>
Il y a plein de choses épatantes ce week-end !
Allez zou, on sort !
>
Recevez le Mémo Culture tous les jeudis au petit-déjeuner. Comme la lettre qu’on
enverrait à notre meilleure amie pour qu’elle sorte de chez elle...
Le petit ours
INsCRIVEz-VOUs sUR sORTIEsdEsECOURs.COm : « TU mE dONNEs TROp ENVIE »
Impression IOV - Arradon
Distribution Olivier et Stéphane
Sorties de Secours® est un mensuel indépendant Sorties de Secours remercie ses annonceurs pour
édité par la SAS Drôles de Dames, 42 avenue de la leur fidélité, ses lieux de dépôt pour leur hospitalité,
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Publication et rédaction Isabelle Nivet aux visuels, photos, libellés des annonces fournis par
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4 Sorties de Secours • Nov. 2018
le top du
MOI(S)
bretagne
LEs spECTACLEs QUI NOUs ONT FAIT dE L’ŒIL
EN NOVEmBRE, dANs TOUTE LA BRETAGNE.
ON VOUs dONNE dEs ENVIEs ?
par Isabelle Nivet
les malédictions
Vu au Strapontin, Pont-Scorff, le 23 novembre 2017
Nicolas Bonneau (Sortie d’usine, Ali 74 le combat du siècle) met en scène deux artistes
hors cadre, la chanteuse Fannytastic et la marionnetiste Hélène Barreau. Deux
personnalités qui irradient chacune à leur manière, Barreau en petite souris effacée,
étrange portefaix des matières qu’elle manipule en scène, et, Fannytastic, récitante
caustique, sourcil levé dans une subtile remise en cause de ce qu’elle raconte. Et c’est
déjà, là, l’intérêt de ce spectacle créé d’après collectage : être à la fois dans le récit
« sensationnel » et dans le scepticisme. Il faut dire que Bonneau a choisi, à travers
l’histoire d’une jeune femme qui s’installe à la campagne et découvre des
phénomènes étranges, de parler de l’inexpliqué, rebouteux, magnétiseurs et autres
experts des sorts et antidotes, porte-malheurs et amulettes... Selon les spectateurs,
les réponses aux questions posées seront différentes, mais davantage que le fond,
c’est le traitement plastique qui nous a ici intéressé, l’utilisation d’un matériau
inattendu, la céramique, du blanc du kaolin, qui se décline sous différentes formes,
du volume à la poussière, et vient trancher sur le noir omniprésent du spectacle,
imposant une esthétique singulière dans laquelle on projettera ses références, les
nôtres balayant Dorian Gray, Mythe de Cthulhu, cabinets de curiosités, salle des
visages du dieu Multiface de Game of thrones, et museum d’histoire naturelle à la
Adèle Blanc-Sec... Une scénographie accompagnée d’une création lumière – les deux
signées par Rodrigue Bernard, qui font naître une ambiance au bord du fantastique,
dont on peine à se détacher, des mois durant...
> Le Triskell/Pont l’Abbé. 07/11. À pARTIR dE 12SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page5
Sorties de Secours • Nov. 2018 5
baby macbeth
Une date à cocher au gros feutre sur votre agenda, et cette date sera alors la date à laquelle vous vous
souviendrez avoir découvert Agnès Limbos. Une belge. Une papesse. Une voix, aussi. Agnès Limbos
fait du théâtre d’objet depuis bien longtemps, avant qu’internet n’existe. Elle a beaucoup mis en scène,
inspiré, impulsé, et cette fois, c’est avec du Shakespeare qu’on va pouvoir passer 25 minutes avec
elle, autour d’une table où des objets vont raconter Macbeth, symboliquement parlant. Derrière la
table, la Limbos, avec sa bouille impayable, hybridation entre Yolande Moreau et Fiona Gordon,
interagit avec le public dans un vieil anglais bousculé par l’accent belge. Un grand moment.
> Centre Jean Ferrat/Hennebont. 07/11. À pARTIR dE 1
la famille semianyki
Nous avons enfin réussi à voir la saison passée ce spectacle mythique qui tourne depuis des années. Et
oui, même si tout ça sent un peu la fatigue du temps, la poussière des décors et l’usure des costumes, oui,
c’est formidable. On pouvait craindre qu’à force de tourner, les interprètes aient fini par endosser leurs
rôles comme un employé de bureau ses manches de lustrine, mais du tout. Fraîcheur, enthousiasme,
complicité sont là à chaque représentation de ce spectacle réglé au millimètre, dont chaque gag – et ils
sont nombreux, intelligents, créatifs et bien foutus - fait mouche. Dans cette forme à mi-chemin entre
clown et théâtre sans paroles, les corps sont d’une expressivité folle, les gags s’enchaînent tambour
battant, suivant le fil d’une histoire familiale faite de rebondissements, de drames et de joies. Un
spectacle à voir en famille, générations et chapelles confondues, dont on sort heu-reux !
> Lanester 09/11, Auray 10/11, Locminé 11/11. EN FAmILLE À pARTIR dE 5
fulmine
On ne l’a toujours pas vu mais on est toujours aussi attirées par ce spectacle du collectif Aïe Aïe Aïe,
dont on aime beaucoup la façon de transcrire une histoire, avec trois fois rien mais beaucoup
d’ingéniosité et d’humour (ici des pompons !). Charlotte Blin raconte le mythe de Troie, et Fulmine,
l’expression de la colère, celle qui fait bouillir un frère et une sœur, Arès, dieu de la guerre, et Eris,
déesse de la discorde. GrrrrRRR
> L’Hermine/Sarzeau. 14/11. EN FAmILLE À pARTIR dE 8
martial, l’homme-bus
Qu’est-ce que ça va donner sur une scène, cette histoire ? Tellement presque une forme fictionnelle
dans la réalité, tellement un conte poétique, cette histoire vraie. Ce personnage merveilleux a existé. À
Lausanne, dans les années 80, Martial a arpenté les rues de sa ville avec une cabine de bus bricolée,
jouet d’enfant à taille adulte, respectant circuits et horaires des lignes régulières, mimant montées et
descentes des passagers, soufflant dans ses joues les bruits des bus, freinages et portes qui s’ouvrent.
Seul dans un monde rempli de gens imaginaires, Martial n’était pas connecté à notre réel mais au sien,
parallèle. Marie Baxerres s’est intéressée à cette figure lunaire et touchante, et par extension à la
marginalité dans les villes, travaillant sur des formes en lien avec l’art brut. On tentera.
> Le Forum/Nivillac. 17/11.SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page6
6 Sorties de Secours • Nov. 2018
festival les indisciplinées
thérapie taxi
On vous en parlait la saison dernière, lorsqu’ils sont passés à l’Echonova, les revoici
en Morbihan, ils ont explosé depuis, le groupe de minots émergent est devenu valeur
sûre des festivals… Une voix sucrée, très pop, qui s’empare des codes du rap sur une
musique électro, et dévide des textes qui ne s’interdisent rien, comme dans le titre
Salope ou encore sur le tube entêtant Hit sales. C’est frais et trash, entraînant et
provoc, léger comme une bulle de chewing-gum rose pastel. On en profite avant de
s’en lasser.
> Quai 9/Lanester. 03/11
feu ! chatterton
Qu’est-ce qu’on peut dire sur Feu ! Chatterton que vous ne sachiez pas déjà ?
Qu’ Arthur, le chanteur, a une nouvelle cravate ? Tout a été dit sur ce groupe élégant,
dandy, littéraire, sophistiqué et brut à la fois, qui cumule les cinq étoiles et est
devenu en trois ans l’une des figures majeures de la chanson-rock française… Ils
repartent en tournée avec un nouvel album, L’Oiseleur, qui fait entrer la poésie
d’Eluard et Aragon dans leur univers. Et c’est toujours aussi bien.
> Les Arcs/Quéven. 07/11
daho + calypso valois
Le concert d’Etienne est déjà complet depuis longtemps. Mais on ne résiste pas au
plaisir d’écrire trois mots sur Calypso Valois, au cas où vous seriez passé à côté de
la jolie fille d’Elli et Jacno, dont le titre Le jour s’incruste dans l’encéphale comme une
version moderne de la pop des années 80. Une « fille de » campée dans son époque,
discrètement nimbée de l’aura de ses parents. Une présence, un style, une voix. Vamos
a bailar Calypso mi amor.
> Grand théâtre/Lorient. 09/11SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page7
Sorties de Secours • Nov. 2018 7
festival les indisciplinées
LA SELECTION D’ ISÈLE VINCENT de RADIO BALISES
daniel blumberg
Ancien leader du groupe de rock indépendant Yuck, Daniel Blumberg se lance en solo en 2013. En
2015 il signe chez le prestigieux label Mute records (Sawns, Goldfrapp, Sigur ros, Tiersen…) et livre en
2018 son premier album, Minus. Une proposition pop et expérimentale, douce et forte, mélodique et
déstructurée, où la voix et le piano nous emmènent avec lui dans les profondeurs d’une retentissante
mélancolie. Accompagné sur scène d’un violoncelliste et d’un batteur, il explore les possibles de ses
compositions dans des improvisations magnétiques. C’est puissant, hypnotique, habité et surtout beau
à en faire chialer votre âme.
> Le Manège/Lorient. 31/10
columbine
Collectif de rappeurs rennais, Columbine compte huit membres d’à peine 25 ans (dont Lorenzo, dont
on a pu apprécier la prestation lors de l’édition passée. Le parquet rutilant de Quai 9 se souvient encore
des sautillantes hordes d’adolescents survoltés). En 2016, à l’époque de Clubbing for Columbine, avec
leur apparence de bande de copains grimés en rappeurs et leur textes provocateurs, on croyait que
tout ça n’était qu’une blague au goût douteux. Depuis, avec successivement Enfants Terribles et Adieu
bientôt , ils ont prouvé, galvanisés par l’énergie et la rage de ceux que l’on n’a pas pris au sérieux, qu’il
fallait se méfier des apparences. Columbine, c’est la voix d’une génération, peut-être sacrifiée et hors-
circuit, mais résolument indépendante.
> Quai 9/Lanester. 03/11
terrenoire
C’est le point d’interrogation de cette édition... Cette fratrie stéphanoise nous laisse perplexe. Entre
variété française et électro-pop, entre posture et impudeur, on navigue en eaux troubles avec ce duo.
Force est de reconnaître l’efficacité redoutable de leurs mélodies et l’habileté de leurs productions, qui
tapent facilement l’incruste dans les caboches. On s’était dit un peu la même chose pour Eddy de Pretto.
Finalement on avait pris une petite claque et on connaît le succès du jeune homme depuis…
Allez-y ! Vous nous direz...
> Les Arcs/Quéven. 07/11
képa
Ancien skateur pro condamné à arrêter les cabrioles pour cause de vilaine blessure, Kepa s’est consolé
en slidant sur le manche de sa guitare. Et pas n’importe quelle guitare, une Dobro, modèle acoustique
taillé dans l’acier, prisé par les bluesmen américains depuis les années 20. Ce basque de 28 ans, en
mode one-man-band, livre une country teintée de blues pas triste, et qui sent bon la paille ! Ça tombe
bien, il se produira aux Indisciplinées dans une yourte. Ambiance bucolique assurée.
> Yourte de Moulin Coz/Le Saint. 02/11SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page8
8 Sorties de Secours • Nov. 2018
festival tnb
Un festival formidable, où l’on a envie de tout voir. Cette année la thématique porte sur « Le corps et le monde. Comment
le monde transforme les corps ? Comment les corps habitent le monde ? ». Performance, cinéma, théâtre, danse, arts
plastiques, des créations, des reprises, des propositions hors formats et audacieuses. Notre sélection.
Tempête solaire. Gurwann Tran Van Gie / Catastrophe (9 et 10/11)
Gurwann Tran Van Gie est artiste et maître praticien en hypnose Eriksonnienne. Guidé par sa voix, le public est invité
à vivre une transe, un voyage hypnotique, accompagné en musique par un groupe qu’on aime beaucoup, Catastrophe.
Contes immoraux - Partie 1 : Maison mère. Cie Non Nova / Phia Ménard (15 et 17/11)
Une de nos artistes favorites, la sensible, engagée et créative Phia Ménard, qui travaille sur une nouvelle création, un
triptyque, à partir de maisons en carton, comme on monterait une série de tentes pour des réfugiés.
Le bain. Gaëlle Bourges (du 15 au 17/11). ENFANTs & AdULTEs
Trois performeuses manipulent poupées et accessoires de toilette. Mêlant danse, chant et récit, Le bain parle de la
représentation des corps dans l’histoire de l’art, s’appuyant sur deux tableaux du XVIe siècle. Joli et signifiant.
Ersatz. Julien Mellano / Collectif Aïe Aïe Aïe (du 15 au 17/11)
L’un des très bons du théâtre d’objet. Drôle, décalé, absurde, il détourne et métamorphose les objets, ici autour des
technologies de demain, inspiré par l’idéologie transhumaniste, la cybernétique, l’intelligence artificielle...
Crash Park la vie d’une île. Philippe Quesne (du 8 au 10/11)
Encore un artiste qu’on adore, la preuve que « concept » peut rimer plutôt avec « poésie et humour » qu’avec « chiant
et prise de tête ». Il s’intéresse à un groupe de survivants sur une île, après un accident d’avion, comme au microscope.
Love me tender. Raymond Carver / Guillaume Vincent (8 et 9/11)
Six nouvelles de Carver, au goût de gin et de couples déchirés, adaptées pour huit comédiens interprétant chacun
deux rôles, chacun devant s’accorder, malgré les désaccords de leurs personnages, à deux, à quatre, à huit.
One night with Holly Woodlawn. Pierre Maillet (du 8 au 10/11)
Figure de l’underground américain des années 70, travesti superstar grâce à Andy Warhol, Holly Woodlawn était
actrice, chanteuse, mannequin... Un spectacle performance, ponctué de chansons — de Bette Midler à Lou Reed.
La 7e vie de Patti Smith. Claudine Galea / Benoît Bradel (9 et 10/11)
On l’a vu l’année dernière et a-do-ré, pour son énergie rock, sa forme originale, où texte et musique dialoguent avec
sens, et pour la présence habitée de Marie-Sophie Ferdane, comédienne fascinante, ici devenue rock star androgyne.
Sur scène, avec deux musiciens, Patti Smith est racontée, dans son histoire et dans celle d’une jeune fille qui la découvre
à 16 ans. Benoît Bradel invente là une belle forme, autour de la magnifique écriture de Claudine Galea.
La grande chorégraphe sud-africaine imagine Louis XIV, le roi dansant, en réfugié revenu d’Afrique. Avec Benjamin
Oh Louis. Robyn Orlin (15 et 16/11)
Pech, danseur étoile de l’Opéra national de Paris, et le claveciniste Loris Barrucand, dans une évocation ironique.
Consul et Meshie. Latifa Laâbissi /Antonia Baehr (du 16 au 18/11)
Au début du XXe siècle aux États-Unis, deux chimpanzés vivaient comme des humains, chez les humains. Impertinentes
et impudiques, ces deux guenons humaines s’exposent dans une performance qui renvoie à la violence des assignations.
Témoignage poignant, Unwanted aborde les violences faites aux femmes, le viol comme arme de guerre. Dorothée
Unwanted. Dorothée Munyaneza (16 et 17/11)
Munyaneza est allée à la rencontre de ces femmes meurtries et leur a posé la question : « Vous êtes-vous acceptée ? »
Le dernier métro. François Truffaut / Dorian Rossel (20 et 21/11)
En portant le chef-d’œuvre de François Truffaut à la scène, Dorian Rossel et une troupe de 11 acteurs interrogent la
position de chacun d’entre nous face aux menaces qui pèsent aujourd’hui sur le monde.
Les Idoles. Christophe Honoré (du 23 au 30/11)
Jean-Luc Lagarce, Bernard-Marie Koltès, Hervé Guibert, Serge Daney, Cyril Collard et Jacques Demy ont en commun
une époque, la France des années Mitterrand, et une maladie, le SIDA. Ils ont marqué une génération, à commencer
par Christophe Honoré, qui raconte le manque mais espère aussi transmettre.SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page9
Sorties de Secours • Nov. 2018 9
christian olivier & yolande moreau
Yolande Moreau, la tendre, la délicate, la différente. Muse belge des Deschiens, comédienne pour Jérôme
Deschamps et Macha Makeïeff (Lapin chasseur, Les pieds dans l’eau, C’est magnifique…), réalisatrice
(Quand la mer monte...), elle impose depuis des années sa personnalité hors norme et sa voix de petite
fille simplette dans des personnages poétiques et décalés. Elle s’acoquine ici avec Christian Olivier,
leader du groupe culte des années 90, Têtes raides, inventeur d’un langage et d’une esthétique entre
musette, cirque, punk-rock alternatif. A eux deux ils s’attaquent à un poète qui va leur aller comme un
gant, Prévert, dans une sorte de théâtre musical : Olivier a fait la musique, il chante, Yolande dit, et
dans sa bouche, Prévert devient quelque chose qu’on a jamais entendu…
> Les Arcs/Quéven. 21/11
celui qui tombe
Yoann Bourgeois fut il y a un temps l’une de nos découvertes enthousiastes, il fait partie maintenant
des grosses pointures du spectacle, après avoir fait tourner les têtes et humidifié les yeux, avec Cavale,
spectacle épuré où un trampoline caché derrière des escaliers faisait rebondir des danseurs comme
en apesanteur. Tout le génie de Bourgeois, c’est de travailler avec cet air de rien, ces rebonds ou
glissades permis par des dispositifs très simples qui font « flotter » les danseurs, souvent dans la nature,
provoquant un émerveillement méditatif. Dans Celui qui tombe, Bourgeois reprend un principe qui
n’est pas nouveau (vu chez Mathurin Bolze, notamment) : un plancher tournant sur lequel les danseurs
évoluent en formant des marches, des groupes, des figures. C’est très beau, c’est pur, c’est parfait.
> Théâtre de Saint-Nazaire. 21/11.
the beggar’s opera
Comment ne pas se noyer dans les superlatifs pour parler de William Christie ? Comment se retenir
pour ne pas dégouliner d’une admiration béate ? Rappelons que William Christie : A- est le pape du
baroque et en a montré le sublime, le dépoussiérant des mignardises rococo qui l’alourdissaient ;
B- a fondé l’ensemble des Arts Florissants, qui joue sur instruments d’époque, C- n’est pas venu en
Bretagne depuis au moins vingt ans. On le retrouve dans une proposition atypique, un énorme
spectacle, L’Opéra des Gueux, ancètre de la comédie musicale, une ballad-opera, pièce de théâtre
entrecoupée de chansons populaires et d’airs savants compilés par le compositeur de l’ouverture,
Pepusch, qui décrit les bas-fonds londoniens au XVIIIe. C’est la première fois que les Arts Florissants
s’attaquent à ce type d’œuvre, que met en scène Robert Carsen, avec une troupe de danseurs
bondissants, showmen dignes des musicals londoniens – argot londonien en prime – dans un décor
contemporain et surdimensionné. Un spectacle étonnant, qui mélange art populaire et art savant.
> Palais des arts (TAB)/Vannes. 23 & 24/11.SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page10
10 Sorties de Secours • Nov. 2018
doreen - david geselson
Pour parler de ce spectacle, que nous n’avions pu voir à sa sortie, mais dont nous n’avons
cessé d’entendre des éloges, nous avons fait appel à un chroniqueur exceptionnel - dans
tous les sens du terme. C’est un pair de David Geselson qui signe cette chronique, l’auteur
et metteur en scène Joël Jouanneau, grande figure du théâtre français.
Parvenu à l’hiver de son existence, André Gorz, auteur d’un ouvrage majeur,
Le traître, se relit et découvre, effaré, qu’il y parle avec « une sorte de condescen-
dance désinvolte » de celle qu’il aime et l’accompagne dans la vie depuis plusieurs
décennies. Plus accablant encore, dans le peu de place qu’il lui accorde dans le
livre, elle est soit « défigurée », soit « humiliée ».
Hanté par le pourquoi de ses oublis et mensonges, ce célèbre visionnaire politique
et écologiste écrit Lettre à D. sous-titrée Histoire d’un amour, à la fois tentative de
rachat, demande de pardon et poignante confession de 75 pages qui ne s’oublient
pas. Peu de mois après la publication du livre, les deux amants font le choix de
disparaître ensemble.
Deux acteurs décident d’exposer et soumettre ce texte au cordeau aux vérités du
plateau. Ce n’est pas leur histoire, ils n’ont pas du tout l’âge de ce couple octogénaire,
ce sont d’encore jeunes gens, mais tant par la délicatesse de l’adaptation que par
la magie de l’interprétation, nous sommes invités à partager ce bouleversant,
bien que tardif, aveu. Invités oui, puisque dès l’amorce de ce grand travail, le couple
nous attend chez lui, dans ses meubles, sourire aux lèvres et coupe de champagne
à la main. Disons-le, ce n’est pas sans risque de jouer ainsi la connivence avec le
public, ce pourrait même être un brin facile, si ce n’est démagogue, mais ici non,
pas du tout, ici cela se justifie pleinement, ici cela conduit à l’écoute délicate et
attentive de ce qui suit : une heure intense, sans pathos ni cri, où ne se perd dans
le vent aucune syllabe, et où l’amour est mis en abîme avec un tact infini. Pure
merveille de théâtre portée par David Geselson et Laure Mathis.
> L’Archipel/Fouesnant. 25/11
JOËL JOUANNEAUSDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page11
SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page12
12 Sorties de Secours • Nov. 2018
mélanie de biasio
On vous en parle parce que malgré tout vous auriez pu passer à côté de cette chose magnifique, ce son
feutré, parfait, ces tempos retenus et extatiques, de cette langueur, cette sensualité, qui collerait des
frissons aux plus cérébraux, qui remuerait les plus réfractaires au down tempo. Difficile de ne pas craquer,
fondre, onduler, suffoquer, s’abandonner totalement à cette voix de dingue - au moins égale à celle de
Nina Simone - à ces climats subtils, qui convoquent légèreté du clavier à la Philip Glass, envolées jazzy,
grandes chanteuses bluesy, tout autant que les monstres du trip-hop, Portishead, Massive Attack ou
Morcheeba. Et ce n’est pas tout. Parce que Mélanie de Biasio possède une arme fatale : une flûte
traversière dont elle fait ce qu’elle veut, bruitiste, impro, jazzy, accents à la Debussy, et qui vlan, vous
embarque ailleurs, quand vous croyez vous être posé dans un transat, non, on repart en hors-piste,
paf un trip à la Moon Martin, sa voix se transforme, bim la Peggy Lee de Fever, hop un coup dans la
poudreuse, c’est bon, elle maîtrise toujours, batterie jazz, percus inventives, et bam, elle dévale, elle
dévale, piano élégant et dry Martini, James Bond girl passant d’un hélico à un jet ski, électro rock, elle
sait tout faire, et nous on s’extasie, on fond, on bave, et on lui file les clefs de la Twingo direct.
> L’Archipel/Fouesnant. 30/11
et aussi...
Festival du film court Roméo et Juliette
Le rendez-vous de la jeune création cinéma- Une pièce culte, créée il y a 20 ans par Angelin
tographique en Europe. Preljocaj, qui transposait le ballet de Prokofiev
> Brest, 6>11/11 dans un décor de science-fiction signé Enki
Bilal. Navette spatiale ou Twingo, on fonce.
Festival Grande marée > Cité des congrès/Nantes, 6>11/11
Un temps fort dans Brest et ses alentours,
autour de la parole et du conte.
> Brest, 17>30/11
Atelier de cartographie subjective
Parce qu’on adore ce principe, et que Nantes a
été l’une des premières villes à le mettre en
Hedda. Lena Paugam place, on vous signale ces ateliers qui
Comment la violence peut-elle naître dans consistent à cartographier la ville en fonction
l’amour ? C’est la question que pose cette de ses chemins de cœur, ses lieux favoris, ses
création qui illustre les mécanismes points de souvenirs, et dressent un inventaire
conduisant à des situations extrêmes. Une graphique du rapport affectif que chacun
création de Léna Paugam dans une scénographie entretient avec la ville...
très esthétique qui n’est pas sans évoquer > Stereolux/Nantes, 17/11
l’univers de Hopper...
> Maison du théâtre/Brest. 30/11
A Love Supreme
Parcels En 2005, Salva Sanchis et Anne Teresa De
Un électro-funk cool, pop et frais, mais pas Keersmaeker donnaient une première version
mêlant écriture et improvisation du chef
d’œuvre de Coltrane, A Love Supreme. Ils
idiot.
> Stereolux/Nantes, 12/11
reviennent avec, toujours comme principe
chorégraphique, un danseur dédié à chaque
La mini-moi de Catherine Ringer, sa fille,
Minuit
instrument du quartet. Essentiel, comme
Simone, voix de clone, en compagnie de son chaque battement d’aile de cette grande
frère Raoul, tous deux enfants de Fred Chichin. chorégraphe....
> Stereolux/Nantes, 17/11 > Le Lieu Unique/Nantes, 20 et 21/11SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page13
V
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14 Sorties de Secours • Nov. 2018
bouquin
GROs CRUsh
Le discours S o r t i e s de secours
Fabrice Caro
UN dIsCOURs ! UN dIsCOURs ! QUI N’A JAmAIs pRONONCé OU ENTENdU CETTE INJONCTION
LORs d’UN mARIAGE OU dE TOUTE AUTRE CéLéBRATION ? mAIs QUANd CEs dEUx pETITs mOTs
VOUs sONT AdREssés, QUE FAIRE, sINON FUIR OU TENTER dE s’éChAppER ? UN ROmAN
sOLILOQUE QUI CLAQUE COmmE LEs FRIzzy pAzzy dE NOTRE ENFANCE. pAR VIRGINIE sALLé
Le chwingue dingue qui claque et qui craque, ça
vous rappelle quelque chose ? Eh bien, lire Le
Adrien aime Sonia. Et Sonia veut faire « une
discours, c’est un peu comme ouvrir un sachet
pause ». 38 jours qu’Adrien est en manque, et
de Frizzy Pazzy et sentir les granulés frétiller
en ce jour de fête, durant ce repas qui célèbre
l’union de sa sœur et son beau-frère, il attend
sur la langue en formant un feu d’artifice dans désespérément un retour de flamme de son
la bouche. On n’arrête pas de rire tant l’esprit amour fuyant, à travers un SMS qui ne vient
est vif et le verbe joyeux. On voudrait que cela pas, ou en tout cas qui tarde à venir.
ne s’arrête jamais, un peu comme on voudrait En injectant une bonne dose d’absurde dans
rester toute sa vie avec la fille ou le garçon son discours intérieur, le narrateur se réconforte
qu’on aime. Mais voilà, et c’est là où le bât comme il peut du tragique de l’existence, au
blesse, l’attente d’un SMS se transforme en delà de ses drames intimes. Plus qu’une
souffrance insupportable. Qu’à cela ne tienne, possibilité, l’humour devient ici nécessité.
le discours attendra aussi. En suivant le Fabrice Caro nous fait rire, et ce faisant, nous
rend la vie pétillante et plus légère. C’est ça
l’effet Frizzy Pazzy !
parcours sentimental d’Adrien, l’amoureux
éconduit, Fabrice Caro nous livre une bulle de
légèreté qui vient couronner ce repas d’une
magnifique cascade de champagne.
Un fragment de discours amoureux
C’est à cette envolée ou plutôt à cette tentative
d’extraction d’une situation embarrassante que
nous assistons tout au long du livre. Plus
qu’une échappée, le discours est un hymne aux
amoureux solitaires avec une autodérision qui
ne masque rien de la finesse de l’auteur.
D’ailleurs, son nom vous rappelle peut-être
quelqu’un ? Fabrice Caro alias FabCaro le génial
auteur de BD drôles et grinçantes à souhait,
comme Zaï Zaï Zaï Zaï, ou plus récemment Et si
l’amour, c’était aimer ? Quel plaisir de le retrouver
ici, dans un autre format qui lui sied à
merveille. Derrière l’humour, ce deuxième
roman révèle une sensibilité à fleur de peau qui
se déploie avec une élégance rare (l’auteur
avait déjà publié en 2006 chez Gallimard son
premier roman, Figurec). Editions Gallimard, Collection Sygne. 208 pages. 16 €SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page15
Sorties de Secours • Nov. 2018 15
bouquin
Nous voulons des coquelicots
Fabrice Nicolino et François Veillerette
pEU ImpORTE LE FLACON pOURVU QU'ON AIT LE LIVREsQUE. C'EsT AINsI QUE CE mOIs CI, L'ON
s'INTéREssE BIEN pLUs AU FONd QU'À LA FORmE. CE mANIFEsTE sE pOsE COmmE UNE
VéRITABLE épOpéE dE VERTs, COmBATTANT L'AGENT ORANGE.
pAR mORGANE ThOmAs
1962. Rachel Carson publie Printemps silencieux. Ainsi instruits, vous pourrez vous en retourner
Elle décrit les « élixirs de la mort » qui tuent en conter de belles. Voire même, si le cœur vous
insectes, oiseaux et humains. Et, alors que en dit, fredonner du Souchon après avoir
Claude François nous chante les progrès de la redonné le pouvoir aux fleurs
science de « cette année là », d'autres prennent
conscience qu'on est, bel et bien, en train de se
faire spoutniquer. « Nous pouvons vivre sans
Les cafés-librairies de Bretagne
oiseaux et sans animaux mais nous ne
s'engagent
pouvons vivre sans business » : la messe est Entre le 18 octobre et le 15 décembre, dans le cadre
de Libres en littératures 2018, ils vont nous donner
dite. Et ce sont de violentes critiques qui à réfléchir sur notre mère Nature par le biais de
s'abattent sur « ce qui n'est qu'une femme ». rencontres autour d'essais, de récits, de romans, et
Poussée par des idées communistes, ce suppôt de documentaires. Ainsi, à
de Satan est sûrement une lesbienne aux mains la Dame Blanche, vous
pourrez écouter Alexis
Gloaguen, le 2 novembre à
du KGB... C'est sur ce joli terrible terreau que
20h, relater ses Ecrits de
sont semées les premières graines viciées.
Personne ne peut à présent fermer les yeux sur nature entre Ecosse et
ce qui nous attend, pourtant le lobbying se Bretagne, et le 30
saisit du moment pour se faire souverain de la novembre à 20h Gilles
Clément partagera son
roman Le dernier B.A.L.
désinformation. Carson devient d’ores et déjà
coupable du crime de lèse-majesté. Faisant la
pluie et le beau temps sur nos chères cultures,
une poignée d'hommes veille à essaimer le Editions Les Liens qui
Libèrent
doux poison, et se charge d'occuper les postes 126 pages - 8 €
d'homologation. Dans la presse, on minimise
les erreurs pour ne pas faire peur. Le cousin du
gaz sarin devient à la fois formidable et
biodégradable. Les gouvernements se succèdent
quand aux Antilles on décède. Les sols sont la
souillés pour les siècles et les siècles, Amen.
Sous la droite, le Gaucho entre. Sous la gauche
sélection
la tuerie des ruches se poursuit. Un pesticide de
de perdu c'est dix de ses copains qui viennent. LA DAME BLANCHE
Alors si vous rêvez de sauver le monde sans
35, Grande Rue
mettre un slip rouge par dessus votre legging 56290 Port-Louis
bleu, mettez vous au vert en un clic : 02 97 82 45 11
nousvoulonsdescoquelicots.frSDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page16
16 Sorties de Secours • Nov. 2018
MUSIQUE
la Play-listdu mois
Vous l’avez, le réflexe, quand vous montez dans une voiture ? Tournez le
C’est quoi, Balises ?
potard et mémorisez le 99.8 qui diffuse H24 à 30 km autour de son pylône > Une radio locale associative
de Caudan ! Hors émissions, Emmanuelle Debaussart et Tiphaine Legoupil
animée par des pros de l’au-
vous mitonnent des playlists mélangées de découvertes, grands oubliés et
diovisuel et des bénévoles, qui
couvre un secteur autour de
coups de cœur toujours doux à l’oreille, selon la ligne Rock-R’n’B-Electro- Lanester, sa base, du pays de
Rap-Pop-Folk d’origine, origine qui remonte à quinze mois ! Retrouvez sur
Quimperlé à la ria d’Etel
radiobalises.com le direct et le nom des titres à l’antenne. > Chaque mois, Balises et
sds, qui s’entendent bien,
échangent des émotions...
UNdERGROUNd sysTEm - WhAT ARE yOU (2018) - Gros coup de cœur pour
ce groupe programmé aux Trans, mix d’afro beat et de no wave, un pur produit
New-Yorkais !
Underground System
sONs OF RAphAEL - LAUNCh pARTy (2018) - Le pendant british de MGMT,
bricolages désinvoltes et pop noisy, deux frangins qui recyclent moult époques
avec génie et simplicité.
OTIs sTACKs - FAshION dRUNK (2018) - Un rapprochement Danemark (Just
Mike de Dafuniks) - Californie (Elias Wallace) où chacun apporte son savoir-faire
pour un mélange R’n’B souvent à deux voix, en retenue, contre-temps et groove
élégant.
IT IT ANITA - LAURENT (2018) - Guitares tour à tour acérées ou lancinantes,
basses hypnotiques ; pas mal de titres bien énervés, donc ça passera plutôt en
soirée. Un power groupe belge édité par le label bordelais Vicious Circle, à qui l’on doit
également les excellents Lysistrata, eux aussi recrutés par la playlist ce mois-ci.
Otis Stacks
FLAVIEN BERGER - CONTRE-TEmps (2018) - Après avoir fait des petits pas
dans toutes les directions, Flavien Berger, toujours habillé d’un costard plutôt
électro, s’engage au petit trot sur un chemin résolument chanson...
Et ça fonctionne !
LALA LALA - ThE LAmB (2018) - Couverte de tatouages comme une BD vivante,
les cheveux roses soigneusement domptés, cette jeune américaine réinvente un
grunge dilué de douceurs pop avec un nouvel album, ode à la sobriété retrouvée.
Rien de révolutionnaire mais ultra efficace et touchant.
RhyECE O’NEILL ANd ThE NAROdNIKs - dEATh OF A GRINGO (2017) - Vus
au Galion de Lorient, puis au festival de Binic, un bon blues rock à l’australienne,
Lala Lala
à la voix profonde et aux ambiances poussiéreuses de western, avec quelques
pointes de trompette.
dIE LIGA dER GEWÖhNLIChEN GENTLEmEN - IT’s OK TO LOVE (2017) - Des
reprises en allemand et en version ska de Jacques Dutronc ou d’Antoine, pour nous
c’est super exotique et en tous cas, ça vaut le détour ! À guetter sur les ondes de
Balises dans le courant de l’après-midi !
yOUNG FAThERs - COCOA sUGAR (2017) - Un excellent album des trois
chanteurs entre Hip Hop, Trip hop et R’n’B. Hypnotique, rythmique, rapeux, varié,
toujours envoûtant, ni trop, ni trop peu.
It It Anita
mARs REd sKy - FRIENdLy FIRE (2016) - Aaahh, du stoner rock psyché de
Bordeaux. Mélodies fines et guitares lourdes. La nuit, osez la tape avant le live !SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page17
17
DOCUMENTAIRE
PÉTROLE C’est quoi, KuB ?
On vous propose d’aller regarder un documentaire sur – une fois n’est pas > Un média culturel fait
coutume – un spectacle de la saison passée, mais passionnant, réalisé par
d’œuvres audiovisuelles,
KuB autour de l’aventure « Pétrole ». Et si l’aspect artistique du projet ne
enrichies de texte et d’image.
vous inspire pas, profitez-en quand même pour vous intéresser aux thèses
> Chaque mois, KuB et sds,
de Matthieu Auzanneau, qui a beaucoup à nous apprendre sur la transition
qui s’entendent bien, échan-
gent des articles, parfois
énergétique... même créent du contenu
ensemble autour d’un même
sujet.
UN dOCUmENTAIRE À VIsIONNER sUR WWW.KUBWEB.mEdIA
Ils sont sept compositeurs à avoir écrit la scénique faisant alterner musique et parole
musique, elles sont deux pianistes à l’interpréter, scientifico-poétique d’une même durée sur la
auxquels s’ajoute un dixième personnage pour place (passée, présente, à venir) du pétrole
raconter l’histoire de notre totale dépendance dans notre quotidien, dans notre civilisation ou
à l’or noir. Une addiction mortifère, tant nous sur Terre.
sommes conditionnés à ce concentré d’énergie,
une énergie qui nous donne les moyens d’être
des surhommes.
Comment renoncer à tout cela ? La menace
climatique se précise, le ministre de la transition
énergétique démissionne, l’opinion frissonne…
Mais pour le moment nous poursuivons notre
fuite en avant, toujours plus nombreux,
toujours plus voraces...
Pour Nathalie Darche et Carine Llobet, ce projet
est né de l’irisation au soleil d’une flaque sur la
route l’été, de la sensation d’un bleu profond,
de l’or noir de Tintin et son voyage au pays des
mille et une nuits, de la matière épaisse, noire
et visqueuse, des entrailles de la Terre, des
prouesses des hommes pour s’en emparer, de
la chaleur réconfortante des foyers et de la
lumière qui rassure, de l’énergie, de la
découverte du(des) monde(s), de l’incroyable
facilitation des transports, de voyage. mATThIEU AUzANNEAU
Mais le pétrole évoque aussi le lynchage au Auteur et blogueur spécialiste d'écologie et
d'économie, il est directeur du think tank de la
goudron et aux plumes, la folie des hommes, les transition énergétique The Shift Project. Durant plus
violentes crises financières, la monnaie de dix ans, il a été journaliste à la croisée de
d’échange, la richesse et la pauvreté du monde, l’économie et l’écologie (Le Monde, Arte...) et depuis
la hiérarchie, le choix des priorités des 2010 l’un des blogueurs invités de la rédaction du
Monde, avec le blog Oil Man, chroniques du début
hommes, les moyens de pression, les guerres de la fin du pétrole. Il a publié Or Noir, la grande
des (aux) peuples, la pollution et la destruction histoire du pétrole (La Découverte, 2015), une bible
de l’environnement.L’Estran, à Guidel, a récompensée par le Prix spécial de l’Association des
proposé aux musiciennes de créer une version économistes de l’énergie (AEE).SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page18
18 Sorties de Secours • Nov. 2018
expo
gaele flao dessine la guerre
LEs ARChIVEs dépARTEmENTALEs RACONTENT 14-18 À LEUR mANIèRE : UNE FICTION COmmE UNE
FREsQUE hIsTORIQUE, dANs UN VILLAGE BRETON FICTIF, AUTOUR d’UN COUpLE, JEANNE ET
JOsEph. UNE hIsTOIRE ILLUsTRéE pAR LEs dEssINs EN GRANd FORmAT dE GAELE FLAO.
Ça nous arrache les tripes, de mélanger 14-18 héroïsme, devant la connerie transmutée en
et l’art, même si l’histoire, même si le temps, patriotisme, devant le meurtre transcendé en
même si savoir, même si comprendre, même si sacrifice. Le centenaire de la boucherie de
ne pas oublier ; cela n’y change rien, on secoue 14-18 et ses commémorations en tous genres
toujours la tête devant l’absurde déguisé en nous fait mal au bide, avec ses femmes éplorées
et ses orphelins, sa propagande patriotique a
posteriori. On voudrait du décodage, des aveux,
des mises à plat, des explications, de la rationa-
lité. On ne voudrait pas que par la grâce du
temps qui passe, ces hommes et ses femmes
redeviennent des héros alors qu’ils ne sont que
des victimes, que les chromos enjolivent les
couleurs de ce qui n’a été qu’un massacre. Si ce
n’étaient pas des artisans sincères et talentueux
– Gaele Flao pour les dessins, Achille Grimaud
les enregistrements sonores, et les Archives
départementales la scénographie – on n’en
aurait jamais parlé, on n’aurait jamais écrit là
dessus, posé nos mots là dessus, parce qu’on ne
veut pas faire comme si c’était normal, comme
si c’était admis, alors que l’horreur, la révolte, le
dégoût, la colère nous rongent.
Kiss Kiss Bank Bank
Mais voilà, et c’est le piège – ils sont beaux, les
dessins de Gaele. Elle est belle, Jeanne aux
champs, Jeanne courageuse, Jeanne veuve,
Jeanne tenant ses petits bien serrés contre ses
jupes, tournée vers l’avenir malgré tout. Jeanne
digne oui, surtout digne, merde, quoi.
Elle est belle Jeanne, ses petits cheveux collés
aux tempes par la sueur, retournant la terre pour
gagner de quoi participer. Participer à la
souscription pour un beau monument aux
morts où elle pourra emmener ses petits voir
leur papa tous les dimanches. Ils seront beaux
et dignes, tous en noir. Ils seront graves. Pas un
seul ne crachera devant le monument, pas un ne
le frappera de ses poings, personne ne le bourrera
de coups de galoches. Non, ça ne se fait pas.SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page19
Sorties de Secours • Nov. 2018 19
WHY ?
Ils sont beaux, ces dessins. Elle est belle, cette On lui a trouvé une drôle de tête, à Gaele Flao,
France vidée de son sang, orpheline de ses quand on est allées la voir, dans son atelier
pères, veuve de ses maris, endeuillée de ses d’Hennebont. Elle a usé des dizaines de fusain
enfants. Ils sont beaux, les catalogues des à dessiner, dessiner, encore et encore la mort,
entrepreneurs, on peut choisir dessus, comme l’absence, le chagrin, la solitude, la colère.
pour les cercueils – si des cercueils il y en avait, « Cette guerre terrible, inutile, c’est une
mais comme il n’y en a pas, on appelle un période très triste et amère. Je n’ai dessiné
représentant, pour leur acheter un monument que des avant/après, je n’ai cotoyé que des
en kit. Ils sont beaux ces monuments, ces poilus personnages tristes ». Elle traîne une crève qui
bras tendus, ces palmes fièrement dressées, ces
n’en finit pas, exsude les huiles essentielles de
médailles, ces couronnes de laurier, c’est bien.
Ils le méritent bien, on peut quand même faire Thym, d’Eucalyptus et de Ravintsara, mais rien
ça pour eux. Ne jamais oublier la force du n’y fait, ça ne passe pas. Tu m’étonnes.
And no religion too
symbole. C’est important le symbole.
Imagine there's no countries Imagine all the people
It isn't hard to do Living life in peace...
Nothing to kill or die for C’est la première fois que cette artiste créative,
véritable tête chercheuse, se donne à un boulot
d’illustration, à une commande, et son trait si
libre se plie ici à un certain classicisme qui a
produit de magnifiques dessins : « Je me suis
surprise à travailler comme un dessinateur
de bande dessinée. C’est un boulot
monstrueux, mais c’est aussi un plaisir
d’aller chercher le réalisme et le trait. ça fait
trois mois que je suis sur ces personnages,
ces costumes, c’est comme des gammes ».
Ces personnages, Gaele les a créés en piochant
dans l’énorme base fournie par les Archives,
mais aussi d’après les visages de personnages
réels, c’est ainsi que l’entrepreneur ressemble
à Debussy et Jeanne à une actrice de cinéma...
« Il fallait que je fasse vivre ces personnages,
ces images du souvenir. Il y avait tellement
de souffrance, de peur, de détresse, de
haine... C’est pour ça qu’elles sont sans doute
plus sanctuarisées qu’expressionnistes ». Un
énorme boulot de recherche, d’observation,
mais aussi d’imagination pour mixer les images
d’archives et l’histoire fictive de Jeanne et
Joseph, dans un village breton « Les Archives
ont demandé des scènes précises, connec-
tées à leur synopsis et au texte d’Achille, sans
être redondantes, mais malgré les indica-
tions et les photos d’archives, il fallait vivre
ces scènes, les imaginer pour les dessiner ».
Maintenant – no offense – il va falloir les oublier.
IsABELLE NIVET
« des larmes de granit : après la Grande Guerre, se
souvenir ». Archives départementales du morbihan,
Vannes. du 11 nov au 30 juin. Lun/ven, 9h/17h30. dim 11
nov 14h/18h. Entrée gratuite.SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page20
20 Sorties de Secours • Nov. 2018
INTERVIEW 06
la vie des bord(e)s
ON A CRAQUé sUR CE spECTACLE EN CRéATION, d’ABORd pARCE QUE LE dUO NINA FIshER y TIENT
UNE pLACE ImpORTANTE, ET ON AdORE LEUR mUsIQUE ELECTRO-ChANsON. pUIs ON A EU sANdRINE
ROChE AU TéLéphONE, QUI JOUE ET éCRIT AU sEIN dE L’AssOCIATION pERspECTIVE NEVsKI, ET çA
A EmpORTé LE mORCEAU. ON pARLE ICI dE mAUVAIsE hERBE ET d’INdOCILITé, ET çA NOUs VA BIEN...
IsABELLE NIVET
Les débuts du projet
Je connaissais la chanteuse du duo Nina Fisher, rires. Tout au long du conte, on ouvre des brèches
je devais lui écrire des chansons, et puis on s’est avec des anecdotes : politique, rôles homme -
retrouvés tous les trois sur le plateau, elle m’a femme, opposition riche - pauvre, immigration...
parlé de Marie-José Mondzain, une philosophe
qui a écrit sur les plantes saxifrages, qui fendent On chante, on parle, on joue
le béton, on est partis sur cette notion de On est entre le concert et l’histoire, on navigue
« débordement du vivant », et on a cherché comment entre les deux sur une forme de théâtre musical
le retranscrire textuellement et au plateau. On a où on a beaucoup travaillé sur la spatialisation
imaginé un conte, une histoire onirique, j’ai écrit sonore. On n’a pas de place assignée, on joue et
un premier jet et ensemble, on a tricoté entre les on dialogue tous les trois.
mots et la musique une sorte d’opéra électro-pop.
Projeter l’herbe et le sésame
Une fleur allégorique On a choisi d’utiliser un rétroprojecteur, pour son
Quand j’écris, je convoque toujours des enfants côté artisanal. Je crée des propositions
pour écouter et mettre mes questions en pâture. graphiques avec des matières végétales, que je
Il est apparu que le texte permettait le dialogue projette sur les corps et l’espace. Avant chaque
entre les générations, mais à plusieurs niveaux spectacle, on cueille des végétaux là où on est, et
de lecture. Chacun en parle avec ses références. on fait des essais. On sait maintenant ce qui
C’est un conte, une allégorie du monde marche ou pas, mais ça permet de conserver une
d’aujourd’hui : dans un royaume sans plantes ni part d’aléatoire selon les lieux et les saisons. Je
fleurs, où tout est bien organisé, une fleur se sème rajoute des encres, de l’aquarelle et de l’eau, de
et va tout fissurer. Tout part en vrille et en fous l’huile, du marc de café, et du sésame, mais non
torréfié, sinon ça ne marche pas !
Un tunnel végétal
La force du vivant, les corridors de continuité, le
paysagiste Gilles Clément en parle beaucoup, et
on a tout de suite vu le parallèle avec le tunnel de
Calais comme un corridor. Les mêmes termes
sont utilisés pour le déplacement migratoire et
végétal. Le vivant, il existe, il continue de pousser,
on ne peut pas continuer à être muselés.
Seulement ces choses, je ne veux pas les dire en
donnant des leçons, alors j’ai travaillé sur les
« passions joyeuses » d’après Spinoza, une
posture qui est relayée par la musique
entraînante et joyeuse d’Elisabeth et Pierre...
Au festival « Les salles mômes », Théâtre du Blavet,
Inzinzac-Lochrist, vendredi 2 nov à 15h. dès 7 ans.SDS NOV 2018_Mise en page 2 26/10/18 11:59 Page21
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22 Sorties de Secours • Nov. 2018
EXPO
emma burr is back in town
ELLE AImE LA VILLE ET LA dEssINE COmmE pERsONNE, AVEC UN méLANGE UNIQUE dE pOésIE ET
dE RIGUEUR. LIGNEs dE FUITE, BLANCs ImpECCABLEs ET TOUChEs dE COULEUR COmmE dEs
COQUELICOTs INATTENdUs, EmmA BURR LA BRITIsh, VANNETAIsE dE CŒUR, A CROQUé sA VILLE
dANs UNE ExpOsITION ORIGINALE, mIsE EN VALEUR pAR L’éCRIN 17E dE L’hÔTEL dE LImUR.
Ils sont une centaine, délicatement exposés Musée départemental breton à Quimper,
parmi les boiseries de l’Hôtel de Limur par la Hangar à bananes à Nantes, Fonds Leclerc à
grâce de la scénographie d’Eric Morin, subtil Landerneau... On retrouve sa patte, respec-
architecte des grandes expositions dans l’Ouest : tueuse, sensible, épurée, dans la petite conver-Vous pouvez aussi lire