GUIDE DES ESPÈCES VÉGÉTALES EXOTIQUES ENVAHISSANTES (EEE) DE MARTINIQUE
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GUIDE RÉALISÉ PAR LA DEAL MARTINIQUE
Rédaction: Clarisse Courty et Manon Lasalle.
Création graphique et mise en page: Mélanie Nancey/Le Studio Mouette
Ce travail n'aurait pas pu aboutir sans l'aide de César Delnatte
(ONF Martinique) et Guillaume Viscardi (Conservatoire botanique
national de Martinique), un grand merci à eux.
Un grand merci également aux membres du Comité français de l'UICN
pour la relecture attentive : Madeleine Freudenreich, Emmanuelle Sarat,
Clara Singh et Yohann Soubeyran ainsi qu'à l'ensemble des membres
de l'Initiative sur les EEE en Outre-mer pour leurs corrections
et contributions photographiques.
Merci à l'ensemble des partenaires ayant œuvré de près
ou de loin à la réalisation du guide : Conservatoire botanique
national de Martinique, ONF Guadeloupe, ONF Martinique,
Parc national de la Guadeloupe, Syndicat Mixte de Traitement
et de Valorisation des Déchets de Martinique ainsi qu'à toutes
les personnes ayant fourni les photographies.
3PRÉAMBULE
Ce guide décrit les principales espèces
végétales exotiques envahissantes (EEE)
de Martinique.
Il recense 25 espèces présentées sous
forme de fiches indiquant leurs carac-
téristiques bio-écologiques, leurs ori-
gines, leurs observations en Martinique
et les mesures de gestion à entreprendre
pour les maîtriser.
Destiné aux gestionnaires, aux techni-
ciens et aux acteurs de terrain, ce guide
a vocation à proposer des techniques
concrètes et adaptées à chaque EEE
pour pouvoir les gérer efficacement.
Cet ouvrage vise également à sensibili-
ser le grand public à la problématique
des EEE et permettre au plus grand
nombre de les identifier et de prendre
conscience de leurs multiples impacts
sur les écosystèmes indigènes, l'écono-
mie et la santé.
5SOMMAIRE
p.8 • CONTEXTE
p.9 • QU’EST-CE QU’UNE EEE ?
p.9 • CONSÉQUENCES DES EEE
p.11 • VOIES D’INTRODUCTION ET PROCESSUS D’INVASION
p.12 • LES EEE VÉGÉTALES EN MARTINIQUE
p.14 • CADRE RÉGLEMENTAIRE
p.15 • MÉTHODES DE LUTTE CONTRE LES EEE
p.16 • GESTION DES DÉCHETS D'EEE ET BONNES PRATIQUES
p.18 • VALORISER LES ESPÈCES LOCALES
p.19 • LECTURE DES FICHES
p.22 • FICHE 1 : MICONIA Miconia calvescens
p.24 • FICHE 2 : PETITE CITRONNELLE Triphasia trifolia
p.26 • FICHE 3 : JACINTHE D’EAU Pontederia crassipes
p.28 • FICHE 4 : LAITUE D’EAU Pistia stratiotes
p.30 • FICHE 5 : SALVINE GÉANTE Salvinia molesta
p.32 • FICHE 6 : HYDRILLE VERTICILLÉE Hydrilla verticillata
p.34 • FICHE 7 : BAMBOU COMMUN Bambusa vulgaris
p.36 • FICHE 8 : LANGUE DE BELLE-MÈRE Dracaena hyacinthoides
p.38 • FICHE 9 : SONDE, MISERE, RHOEO Tradescantia spathacea
p.40 • FICHE 10 : VERGERETTE FAUSSE PÂQUERETTE Erigeron bellioides
p.42 • FICHE 11 : LIANE MAUVE Thunbergia grandiflora
p.44 • FICHE 12 : ZÈB MALTÈT Kalanchoe pinnata
p.46 • FICHE 13 : TULIPIER DU GABON Spathodea campanulata
p.48 • FICHE 14 : POTHOS DORÉ Epipremnum aureum
p.50 • FICHE 15 : SYNGONIUM Syngonium podophyllum
6p.52 • FICHE 16 : SPATHOGLOTTIS Spathoglottis plicata
p.54 • FICHE 17 : OECEOCLADES Oeceoclades maculata
p.56 • FICHE 18 : ALLAMANDA POURPRE Cryptostegia madagascariensis
p.58 • FICHE 19 : SAINT SACREMENT Heliocarpus donnellsmithii
p.60 • FICHE 20 : COURONNE DE MARIÉE Clerodendrum paniculatum
p.62 • FICHE 21 : CAOUTCHOUC Funtumia elastica
p.64 • FICHE 22 : ACACIA DE SAINT-DOMINGUE Dichrostachys cinerea
p.66 • FICHE 23 : SANCHEZIA Sanchezia speciosa
p.68 • FICHE 24 : LONGOSE BLANC Hedychium coronarium
p.70 • FICHE 25 : PEUPLIER D’AFRIQUE Gmelinea arborea
p.73 • GLOSSAIRE
p.78 • BIBLIOGRAPHIE
p.82 • ANNEXE : TABLEAU BILAN
Note : Les cartes de localisation des EEE figurant dans ce guide sont
basées sur des observations. Elles ne représentent pas la répartition
exacte des espèces et ne sont donc pas exhaustives.
7CONTEXTE
TOUT AU LONG DE SON HISTOIRE, Sur les îles, l’impact de ce phénomène est
L’HOMME A MODIFIÉ LA NATURE EN amplifié en raison notamment de la super-
IMP ORTANT DES VÉGÉ TAUX LOIN ficie limitée et de l’isolement évolutif qui
DE LEURS AIRES D’ORIGINE POUR DES a généré un fort taux d’endémisme (c’est-
ENJEUX AGRICOLES ET FORESTIERS à-dire la présence d’espèces existantes
ET ENSUITE POUR EMBELLIR LES JAR- uniquement sur un territoire délimité).
DINS. À PARTIR DU XX E SIÈCLE SOUS Ayant évolué dans des milieux très spé-
L’EFFET DE LA MONDIALISATION DES cifiques, ces espèces endémiques* n’ont
ÉCHANGES ET DU DÉVELOPPEMENT pas développé les moyens de défense
DES TRANSPORTS, LES DÉPLACEMENTS adaptés pour résister à des plantes plus
D’ESPÈCES ET LES PHÉNOMÈNES D’INVA- compétitives.
SIONS BIOLOGIQUES SE SONT CONSIDÉ-
RABLEMENT ACCÉLÉRÉS. Par ailleurs, les îles sont souvent sou-
mises à une pression anthropique forte
Ces invasions biologiques provoquées par en raison d'une densité de population
les espèces exotiques envahissantes (EEE) importante, ce qui induit une dégrada-
appelées également espèces invasives tion et une fragmentation des habitats
sont considérées comme l’une des plus naturels, propices à l’installation des EEE.
grandes menaces pour la biodiversité à
l’échelle mondiale. Enfin, les milieux insulaires rencontrent
également une occurrence plus élevée
Pour les plantes, d'après Williamson de catastrophes naturelles (cyclones,
& Filter (1996), il est admis que pour glissements de terrains, éruptions vol-
100 espèces introduites dans le milieu caniques et séismes) qui peuvent pro-
naturel, 10 se maintiennent et 1 devient voquer des perturbations favorisant ces
envahissante, c’est-à-dire qu’elle va pro- invasions biologiques.
liférer et étendre son aire de répartition.
Schéma représentant une invasion biologique
© J. Thevenot, UMS 2006 Patrinat, 31/05/2017, site internet EEE-FIF (eee.mnhn.fr)
8QU’EST-CE QU’UNE EEE?
Selon les définitions retenues au niveau une période donnée, une espèce origi-
international (UICN, 2000 ; McNeely et al., naire de cette zone, ayant formé une
2001), une EEE est une espèce introduite ou des populations sans l'intervention
par l'homme en dehors de son aire de volontaire ou involontaire de l'homme.
répartition naturelle, volontairement ou On parle aussi d'espèce indigène.
accidentellement, dont l'implantation et Pour la Martinique, on considère que
la propagation menacent les écosystèmes, toutes les espèces présentes avant
les habitats ou les espèces indigènes, avec l’arrivée des premiers européens sont
des conséquences écologiques, écono- autochtones. Il peut s’avérer compliqué
miques ou sanitaires négatives. de déterminer pour certaines espèces
À l'inverse, une espèce autochtone si elles sont autochtones ou exotiques,
est, pour une zone géographique et on parle alors d’espèces cryptogènes*.
CONSÉQUENCES DES EEE
Les espèces exotiques n’ont pas toutes en bloquant l’accès à la lumière aux
des conséquences graves sur les écosys- espèces indigènes (ex. du Bambou qui
tèmes dans lesquels elles s’installent. développe des couverts très denses).
Mais certaines d’entres elles sont à l’origine
d’impacts majeurs directs ou indirects. • LES SERVICES
Ainsi, les EEE ont des incidences sur : ÉCOSYSTÉMIQUES :
SUR LA POLLINISATION : certaines
• LA BIODIVERSITÉ : EEE détournent les pollinisateurs
POUR LES ANIMAUX : en consommant au détriment des espèces autochtones
les espèces locales, en entrant en com- qui ne peuvent plus se reproduire.
pétition avec elles pour leurs habitats
et les ressources alimentaires, en trans- LES CYCLES BIOGÉOCHIMIQUES : la
mettant des maladies et en s’hybridant modification de la composition des
avec, ce qui fait disparaître à terme communautés végétales par les EEE peut
l’espèce autochtone. Elles peuvent avoir une incidence sur la captation de
également avoir un impact sur les éco- l’azote ou du carbone atmosphérique
systèmes. On peut citer l’exemple de et avoir des répercussions sur ces cycles
l’Iguane commun (Iguana iguana) appelé biogéochimiques.
également Iguane rayé, qui d'une part
menace l'Iguane peyi par compétition LA TRANSFORMATION DE LA MATIÈRE
pour les ressources et hybridation, et ORGANIQUE EN HUMUS : la présence
d'autre part cause des dommages aux d’EEE peut également avoir des inci-
mangroves par son régime herbivore. dences sur le processus de décomposi-
tion de la matière organique et la com-
POUR LES VÉGÉTAUX : en colonisant l’ha- position de l’humus.
bitat et en « prenant la place » des végé- Une récente étude (Waller et al., 2020)
taux autochtones, en ayant un comporte- a mis en évidence que les EEE favori-
ment allélopathique négatif (en diffusant seraient le relargage de carbone dans
des substances chimiques qui exercent l'atmosphère et contribueraient au
des effets néfastes sur les autres plantes), réchauffement climatique.
9• LA SANTÉ HUMAINE : • L’ÉCONOMIE :
Certaines EEE peuvent avoir des consé- Les EEE peuvent avoir des incidences :
quences pour la santé humaine : elles
peuvent être urticantes, allergisantes, SUR L’AGRICULTURE : certaines EEE pro-
toxiques ou présenter des risques de lifèrent dans les cultures et nuisent au
coupures. rendement agricole.
Les EEE animales peuvent également
transmettre des maladies (exemple LES INFRASTRUCTURES : les EEE aquatiques
de la leptospirose transmise par le rat telles que la Jacinthe d’eau (Pontederia cras-
noir (Rattus rattus) ou la salmonellose par sipes) ou l’Hydrille verticillée (Hydrilla ver-
l’Iguane commun). ticillata) peuvent coloniser des retenues
destinées à l’irrigation ou l’alimentation
• LES PAYSAGES : en eau potable ou bien des cours d’eau
Certaines espèces exotiques introduites ce qui peut provoquer des inondations.
depuis plusieurs siècles ont provoqué
la perte de l’authenticité des paysages • LA SÉCURITÉ :
originels. On peut citer l’exemple du Le Bambou commun peut chuter sur les
Flamboyant (Delonyx regia) et du Coco- routes ce qui pose des problèmes de
tier (Cocos nucifera) fortement plantés sécurité routière.
par les européens au XVIe siècle ce qui
a contribué à l’homogénéisation des
paysages de la Martinique.
Le cocotier, bien que non indigène, fait partie Ces bambous penchent dangereusement vers la route.
intégrante du paysage des plages de l’île comme © Parc national de la Guadeloupe
à la plage des Salines à Sainte-Anne .
© DEAL Martinique
10LES VOIES D’INTRODUC-
TION ET LE PROCESSUS
D’INVASION
Toutes les espèces importées par Le troisième type de barrière est lié à la
l’homme ne deviennent pas invasives. reproduction de l'espèce : elle doit être
D’après Richardson et al., (2000), pour capable de se reproduire pour dévelop-
qu’une espèce exotique devienne enva- per une population viable à long terme.
hissante, elle doit franchir différentes C’est la phase de naturalisation.
barrières d’ordres géographique ou Vient enfin la phase d’expansion où
environnemental . À chaque barrière l’espèce franchit la barrière de disper-
franchie, les termes employés pour pré- sion, se dispersant dans le territoire en
ciser le statut de l’espèce changent et colonisant de nouveaux habitats. C’est
l'invasion se fait plus probable. la phase d’expansion.
Une fois ces étapes franchies, l’espèce
Le franchissement de la première bar- devient véritablement une EEE en se
rière géographique se fait généralement propageant au détriment des espèces
grâce à l’intervention de l’homme, les locales.
activités humaines jouant un rôle majeur
dans l’introduction et la propagation Les EEE peuvent être présentes sur
des EEE à travers le monde. C’est la quelques zones uniquement et ne pas
phase d’introduction. se disperser : c’est le stade de latence.
Les introductions peuvent être volon- En fonction de la rapidité de leur crois-
taires (jardineries, jardins d’agréments, sance et de leur capacité d’adaptation et
horticulture) ou accidentelles (eaux de de multiplication végétative ou sexuée,
ballast, terre contenant des graines trans- les aires de répartition des EEE s’agran-
portées par des chaussures, véhicules ou dissent : l’espèce passe alors au stade
conteneurs). d'émergence puis d’invasion si l’aire de
répartition est très importante.
Les barrières environnementales
contraignent ensuite l’espèce à vivre Certaines espèces exotiques restent
dans les conditions du site d’accueil pendant plusieurs dizaines d’années au
qu’elles soient abiotiques (climat, stade de latence. Elles peuvent soudai-
ressources alimentaires, habitats, nement présenter un comportement
conditions édaphiques*) ou biotiques invasif et passer à des niveaux d’invasion
(prédateurs, pathogènes, ressources tro- supérieurs.
phiques). C’est la phase d’acclimatation.
11LES EEE VÉGÉTALES
EN MARTINIQUE
LA MARTINIQUE COMPREND APPROXI- Cette espèce importée pour ses carac-
MATIVEMENT AUTANT D’ESPÈCES VÉGÉ- téristiques esthétiques, est classée parmi
TALES AUTOCHTONES QUE D’ESPÈCES les 100 espèces les plus envahissantes au
ALLOCHTONES*, POUR UN TOTAL D’EN- monde (GISP, 2007). Elle est très présente
VIRON 3000 ESPÈCES. en Martinique dans les milieux anthropisés.
Ces deux dernières espèces ont fait l’ob-
On peut citer comme espèces alloch- jet de chantiers de lutte menés par l’ONF.
tones* : l'Amandier pays ( Terminalia
catappa), le Noni (Morinda citrifolia) et Il n’y a pas que les milieux terrestres
le Gliricidia (Gliricidia sepium). Les deux qui sont touchés par les EEE, les milieux
premières en colonisant fortement le lit- aquatiques ne sont pas non plus épar-
toral, ont véritablement transformé les gnés. On dénombre 4 espèces aqua-
paysages martiniquais. tiques exotiques envahissantes : la Laitue
d’eau (Pistia stratiotes), la Salvinie géante
(Salvinia molesta), l’Hydrille verticillée
(Hydrilla verticillata) et la Jacinthe d’eau
(Pontederia crassipes).
Ces espèces développent des biomasses
très importantes qui asphyxient les
milieux aquatiques et favorisent l’eutro-
phisation des eaux ce qui n’est pas sans
conséquence sur la biocénose*.
De plus, les tapis formés par ces espèces
L’Amandier pays est souvent considéré freinent l’écoulement des eaux ce qui,
comme une espèce locale. © Delnatte C. d’une part, favorise l’installation des
À l'heure actuelle, on dénombre un peu gîtes de pontes des moustiques et
plus de 80 EEE sur le territoire. Parmi d’autre part peut provoquer des inon-
elles, certaines sont introduites sur le dations et entraver les systèmes d’irri-
territoire depuis des centaines d’années, gation. Pour ces espèces, il n’existe pas
comme le Bambou commun (Bambusa de technique de lutte efficace qui per-
vulgaris) introduit au cours du XIXe siècle. mette de les maîtriser durablement.
En effet, l'arrachage mécanique, s'il n'est
Parmi les espèces les plus probléma- pas entrepris avec toutes les précautions
tiques, on peut citer la Petite citron- nécessaires, peut amplifier le phénomène
nelle (Triphasia trifolia) qui se développe de propagation en favorisant la dispersion
surtout dans les forêts sèches du sud des propagules ou fragments qui peuvent
de l’île. Elle forme des sous-bois très se remultiplier. De plus, les opérations
denses qui empêchent les espèces indi- doivent être renouvelées régulièrement
gènes de s’établir durablement. pour obtenir des résultats satisfaisants.
Le Tulipier du Gabon (Spathodea campa-
nulata) est un autre exemple d’invasion.
12Dernière EEE en date détectée en 2017 Un premier chantier de lutte a été lancé
dans le nord de la Martinique : Miconia en 2018 mais les efforts doivent être
calvescens. Cette espèce, véritable « peste poursuivis rapidement pour enrayer la
végétale », est dénommée Cancer vert en propagation de cette espèce.
Polynésie française et menace directe-
ment les Réserves Biologiques Intégrales
des Pitons du Carbet et de la montagne
Pelée. Cette espèce est classée parmi
les 100 espèces les plus envahissantes au
monde et a un pouvoir de propagation
quasi illimitée (auto-reproduction, pro-
duction abondante de fruits, germina-
tion rapide des graines, forte aptitude à
la multiplication végétative etc).
Invasion de Salvinia molesta au Vert Pré au Robert
© Delnatte C.
Invasion de Miconia calvescens à Ajoupa Bouillon
© Delnatte C./ONF et Courty C./DEAL Martinique
Miconia calvescens est capable de régénérer Destruction de Miconia calvescens par le feu ;
rapidement, ici à partir de troncs laissés au sol chantier de lutte ONF à Ajoupa-Bouillon
© Courty C./DEAL Martinique © Delnatte C./ONF Martinique
13CADRE RÉGLEMENTAIRE
Face à ce problème majeur, l’Union euro- Pour la Martinique, l’arrêté relatif à la
péenne a ratifié en 2014 le Règlement prévention de l’introduction et de la
N°1143/2014 relatif à la prévention et à la propagation d’espèces exotiques enva-
gestion de l’introduction et de la propaga- hissantes du 8 février 2018 précise la
tion des espèces exotiques envahissantes. liste des espèces végétales autochtones.
Ce règlement fournit un cadre d’actions Ainsi, toutes les espèces non listées dans
destiné à prévenir, et atténuer les inci- cet arrêté sont interdites d’introduction
dences négatives des EEE. Il instaure éga- dans le milieu naturel.
lement une gestion des EEE harmonisée
à l’échelle de l’Union européenne (coor- L’article L411-6 interdit, quant à lui,
dination des actions, échanges d’infor- sur tout le territoire, à la fois l’introduc-
mations) et s’articule autour de la mise tion et les usages suivants : transport,
en œuvre d’une liste des EEE préoccu- transit, vente, achat, mise en vente,
pantes pour l’Union européenne et les échange, utilisation et détention.
territoires des Outre-mer. Les espèces présentes en annexe de l’ar-
rêté du 9 août 2019 relatif à la prévention
En validant ce règlement, chaque État de l’introduction et de la propagation
membre de l’UE s’est engagé à mettre en des espèces végétales exotiques envahis-
application ces mesures au niveau natio- santes sur le territoire de la Martinique,
nal. En France, c’est par la Loi 2016-1087 sont concernées par ces dispositions.
du 8 août 2016 pour la reconquête de la
biodiversité, de la nature et des paysages Les professionnels devront se mettre
que ces mesures réglementaires ont été en conformité avec la réglementation
intégrées et plus particulièrement par en déclarant leur stock d’EEE avant le
deux articles L411-5 et L411-6 inscrits dans 31 décembre 2020 et en le détruisant
le code de l’environnement. ou en le cédant à des organismes de
conservation ou de recherche avant le
Tout d’abord, l’article L411-5 interdit 25 septembre 2021.
l’introduction dans le milieu naturel de D’autre part, tous les particuliers qui
végétaux non indigènes au territoire détiennent ces espèces sont invités à
d’introduction. « L’introduction dans le les détruire.
milieu naturel » s’entend, comme étant la
perte de contrôle d’une espèce présente
dans un endroit géré par l’Homme : jardin
botanique, jardin d’un particulier, espace Il est interdit
vert récréatif, parcelle cultivée… de voyager et d'importer des
graines ou des plants sans autori-
sation car en plus d’être des EEE
potentielles, ces espèces peuvent
véhiculer des maladies
ou ravageurs et avoir des impacts
phytosanitaires graves
pour les espèces indigènes.
14MÉTHODES DE LUTTE
CONTRE LES EEE
DIFFÉRENTES MÉTHODES PEUVENT voie sexuée afin de limiter la dissémina-
Ê T R E E M P L OY É E S P O U R L U T T E R tion des graines.
CONTRE LES EEE : ARRACHAGE, COUPE,
BROYAG E , CO UP E DES IN FLO R E S - Après un chantier de lutte, il est recom-
CENCES/INFRUTESCENCES*… mandé de revégétaliser le site avec des
espèces locales pour "occuper l'espace"
Pour rappel, l'utilisation de produits libéré par les EEE et les empêcher de
phytosanitaires est interdite pour les recoloniser le milieu.
collectivités depuis le 1er janvier 2017
et pour les particuliers depuis le 1er jan- De même, il est nécessaire d’effectuer
vier 2019. Seul l’utilisation de produits une surveillance du site après les opé-
phytosanitaires de biocontrôles à faibles rations pour vérifier qu’il n’y ait pas
risques et autorisés en agriculture biolo- de recolonisation des indésirables. Le
gique sont autorisés. suivi et le renouvellement des actions
de lutte doivent être réalisés sur plu-
Les méthodes de lutte sont à adapter en sieurs années jusqu’à ce que la banque
fonction des espèces ciblées. En effet, de graines contenues dans le sol soit
certaines pratiques peuvent amplifier le épuisée. A titre d’exemple, les graines
phénomène d’invasion, c’est le cas par de Miconia calvescens ont la faculté de
exemple de l’arrachage mécanique pour rester active durant 14 ans dans le sol. Il
l’ EEE aquatique Hydrilla verticillata qui est donc indispensable de revenir régu-
favorise la dispersion des propagules. lièrement sur le site et d’arracher les
plantules au besoin.
Idéalement, le chantier de lutte aura
lieu en dehors de la période de fructifi-
cation des espèces se reproduisant par
LA GESTION DES EEE NÉCESSITE SOUVENT
DES MOYENS CONSÉQUENTS :
comme à la Réunion : arrachage mécanique de la et en Guadeloupe : broyage des cannes de Bambou
Laitue d’eau (Pistia stratiotes) ©Peltre G. (Bambusa vulgaris)
©Graux E. / Parc national de la Guadeloupe.
15GESTION DES DÉCHETS
D’EEE ET BONNES
PRATIQUES
LES DÉCHETS DE PLANTES EXOTIQUES Pour évacuer de manière sécurisée les
ENVAHISSANTES SONT CONSIDÉRÉS déchets d’EEE, ils doivent être apportés
DANS CE GUIDE COMME DES DÉCHETS en déchèterie. Ils seront ensuite expor-
VERTS SPÉCIFIQUES À TRAITER AVEC LA tés dans différents centres de valorisation
PLUS GRANDE PRÉCAUTION AFIN D’ÉVI- agréés afin d’être :
TER TOUTE PROPAGATION. • compostés : c’est-à-dire transformés
en une matière organique de type ter-
Les déchets d’EEE peuvent être des vec- reau riche en composés humiques et en
teurs de dissémination car certaines minéraux.
plantes extraites du sol peuvent conser- • méthanisés : les tissus végétaux sont
ver leurs aptitudes à se reproduire, que digérés par un processus anaérobie qui
ce soit par graines ou par bouturage. permet la production de biogaz.
Ces process permettent de générer une
température élevée qui détruit toutes
les parties de la plante.
D’autres solutions existent notamment :
• L’ENFOUISSEMENT : certaines espèces
peuvent être efficacement détruites en
les enterrant profondément dans le sol,
ce qui permet « d’étouffer » le végétal.
• LE COMPOSTAGE INDIVIDUEL : le pro-
cédé est le même que celui décrit plus
haut mais à plus petite échelle. Il est
fortement déconseillé de procéder au
compostage des déchets verts sur site
Pieds de Tradescantia spathacea apportés pour éviter une propagation ultérieure.
en déchèterie © Courty C./DEAL Martinique
• BRÛLAGE : Cete pratique doit être limi-
tée à des cas exceptionnels d’infestations
d’EEE ne pouvant pas être détruites effi-
cacement par d’autres méthodes.
Si les déchets doivent être stockés
de manière transitoire sur le site, toutes
les précautions seront prises pour éviter
une dispersion par le vent ou l’eau en
les couvrant par exemple d’une bâche.
Compost issu du processus de compostage des
déchets verts au Centre de Valorisation Organique
du Robert © Huot-Marchand D./DEAL Martinique.
16POUR ÉVITER
TOUTE PROPAGATION :
• Nettoyer si possible à l'eau salée (type à 150 000 euros et 3 ans d’emprisonne-
eau de mer) tout le matériel ayant servi ment (article L415-3 du Code de l’envi-
au chantier pour éliminer et annihiler ronnement).
les fragments et graines (chaussures,
outils...).
• Nettoyer les roues des véhicules pré-
sents sur le site.
• Bâcher les remorques et bennes de
transport lors de l’acheminement vers
le lieu de traitement.
• Ne pas abandonner les déchets verts
dans le milieu naturel sans prendre les
mesures adaptées pour éviter tout risque
de dispersion ou de recontamination.
Pour rappel, le fait de déposer dans la
nature des déchets d'EEE est interdit
sous peine d’amende pouvant s’élever
Dispositif de stockage surélevé de manière
à éviter l’enracinement et la repousse
des cannes de bambou coupées
© Foch T. / ONF Guadeloupe
LE BRÛLAGE DES EEE
RAPPEL RÉGLEMENTAIRE SUR LA RÉALISATION DE FEUX
En France on estime qu’un million de Toutefois, pour certaines espèces, le brû-
tonnes par an de déchets verts provenant lage des EEE permet de détruire efficace-
de l’entretien du jardin des particuliers ment graines et propagules et constitue
sont brûlés à l’air libre. la filière de destruction la plus adaptée.
Largement pratiquée, cette activité est
pourtant interdite par la circulaire du Les particuliers peuvent se rapprocher de
18/11/2011 relative à l'interdiction du la DEAL pour avoir plus d’informations
brûlage à l'air libre des déchets et le sur la possibilité d’incinérer des EEE, des
règlement sanitaire départemental, car autorisations spécifiques pouvant être
la combustion dégage de nombreuses accordées pour cette pratique qui est
substances polluantes, toxiques pour strictement encadrée par le code de l'en-
l’homme et néfastes pour l’environnement. vironnement (article L541-21-1-II).
Il est fortement déconseillé de déverser les eaux d’aquariums dans
la nature. Ce geste qui paraît anodin est la porte d’entrée des EEE
aquatiques dans les milieux naturels. C’est probablement d’ailleurs
de cette manière que l’Hydrille verticillée utilisée en aquariophilie,
a pu s’établir dans les milieux aquatiques en Martinique.
17VALORISER LES ESPÈCES
LOCALES
FACE À LA RECRUDESCENCE D’ESPÈCES Valoriser les espèces autochtones
INTRODUITES ET POTENTIELLEMENT ENVA- permet de lutter contre l’homogénéisa-
HISSANTES ET AU DÉCLIN DES ESPÈCES tion planétaire de la flore et de conser-
AUTOCHTONES, IL EST IMPORTANT DE ver l’identité floristique martiniquaise.
PRIVILÉGIER LES ESPÈCES LOCALES DANS De plus, favoriser les essences locales
TOUT AMÉNAGEMENT D’ESPACES VERTS permet d’éviter l’apparition de nou-
OU JARDIN D’AGRÉMENT. velles « pestes végétales »
Le « Guide de valorisation des plantes
locales dans les aménagements aux
Antilles » (DEAL, 2017) présente les
espèces autochtones pouvant facile-
ment être utilisées dans les aménage-
ments et permet d’orienter les choix du
gestionnaire ou du particulier en fonc-
tion des caractéristiques bioclimatiques
du secteur à aménager.
Ce guide est téléchargeable sur le site
de la DEAL Martinique : http://www.mar-
tinique.developpement-durable.gouv.fr/
la-flore-des-antilles-a62.html
QUE FAIRE EN CAS
D’OBSERVATION D’UNE EEE ?
Vous rencontrez une plante qui vous semble échappée d’un jardin ou que vous
n’avez jamais rencontrée dans le milieu naturel ? Vous avez des doutes sur l’origine
d’une plante qui vous paraît avoir un comportement envahissant ?
Envoyez-nous une photo, la date de votre observation et la localisation précise
(coordonnées GPS si possible) à eee972@developpement-durable.gouv.fr
ou remplissez le formulaire de signalement disponible sur le site internet
de la DEAL . La détection précoce des EEE favorise la réussite des opérations
de gestion. Plus les mesures de gestion sont entreprises rapidement, plus les
chances de succès sont élevées, la population et les impacts étant encore limités.
18LECTURE DES FICHES
ÉCHELLE D’INVASIBILITÉ :
LES EEE VÉGÉTALES DE MARTINIQUE • 3+ : espèce exotique envahissante en
ONT FAIT L’OBJET D’UNE HIÉRARCHISA- milieux anthropisés mais aussi présente
TION SELON LA MÉTHODE ÉLABORÉE dans certains milieux naturels sans pour
PAR C. LAVERGNE DU CONSERVATOIRE l’instant y faire preuve d’un comporte-
BOTANIQUE NATIONAL DE MASCARIN. ment envahissant.
Cette échelle définit différents niveaux • 3 : espèce exotique envahissante uni-
d’invasibilité ce qui permet de hiérarchi- quement dans les milieux anthropisés.
ser chacune des espèces exotiques et de Elle forme de nombreuses populations
mettre en place des mesures de gestion avec une répartition relativement impor-
adaptées en conséquence. tante et des densités plus ou moins
fortes. Les « mauvaises herbes » des
3 3+ 4 5 cultures appartiennent à cette catégorie.
INVASIBILITÉ :
• 2P : espèce exotique potentielle-
La finalité du guide étant de présenter ment envahissante, c’est-à-dire culti-
les espèces exotiques envahissantes vée, échappée de jardin/culture ou
les plus problématiques en Martinique, localement naturalisée* (répartition très
les niveaux d’invasibilités sont compris localisée, faible nombre de populations,
entre 3+ et 5. densités faibles), montrant un compor-
tement envahissant dans seulement une
• 5: espèce exotique très envahis- ou deux localités et connue pour être
sante, avec une large répartition spa- envahissante ailleurs dans le monde.
tiale et de très nombreuses populations
à fortes densités, dominante ou co- • 2 : espèce exotique potentiellement
dominante dans les milieux anthropisés envahissante, c’est-à-dire cultivée,
(c’est-à-dire régulièrement modifiés par échappée de jardin/culture ou locale-
l’homme comme les bords de route, les ment naturalisée* dans une ou plusieurs
cultures...), naturels ou semi-naturels, localités (répartition très localisée, faible
ayant un impact direct fort sur la com- nombre de populations, densités faibles,
position, la structure et le fonctionne- ampleur de la propagation non connue
ment des écosystèmes indigènes. ou encore limitée), et connue pour
être envahissante ailleurs dans d’autres
• 4: espèce exotique moyennement régions du monde.
envahissante se propageant dans
les milieux anthropisés, naturels ou
semi-naturels avec une densité plus
ou moins importante sans toutefois
dominer ou co-dominer la végétation
et avec un impact modéré sur les éco-
systèmes indigènes.
19• 1P : espèce exotique non envahis- UTILISATIONS
sante (mais potentiellement envahis- DES ESPÈCES À L’ORIGINE
sante), anciennement introduite (depuis
DE LEUR INTRODUCTION
au moins 100 ans), cultivée, parfois
subspontanée*, connue pour être enva- SUR LE TERRITOIRE
hissante ailleurs ou dans d’autres régions ET DE LEUR ATTRAIT
du monde. POUR L’HOMME :
• 1 : espèce exotique non envahis- ORNEMENTALE :
sante, anciennement introduite (depuis Espèce cultivée pour ses quali-
au moins 100 ans), cultivée, parfois
subspontanée*, naturalisée*, et non
O tés esthétiques notamment la
forme et la couleur de ses
connue pour être envahissante ailleurs fleurs et/ou de ses feuilles.
dans d’autres régions du monde.
PRODUCTION DE RESSOURCES :
• 0 : espèce exotique insuffisamment Espèce présentant un intérêt
documentée dont il n’est pas possible pour l’Homme qu’il soit sylvi-
de statuer sur le statut d’invasibilité par
manque de données. Ces espèces ne R cole (exemple d’une espèce
arborée dont le bois peut être
sont pas encore évaluées. produit rapidement et ensuite valorisé
pour des matériaux de construction),
alimentaire ou lui permettant de
PHASES D’INVASION : répondre à ses besoins divers (vestimen-
taires etc.).
LATENCE :
Espèce naturalisée* présentant MÉDICINALE :
L une propagation limitée
(un à deux secteurs).
M
Espèce possédant des proprié-
tés médicamenteuses béné-
fiques pour la santé humaine.
ÉMERGENCE :
Espèce en cours d’expansion, MELLIFÈRE :
E s’étant propagée récemment
sur plusieurs secteurs.
Espèce attractive pour les
abeilles qui en utilise le nectar
pour produire du miel.
INVASION :
Espèce présente dans de nom-
i breux secteurs et possédant des
facultés de multiplication végé-
tatives et sexuées importantes.
20CARACTÉRISTIQUES :
ADVENTICE :
Communément appelée
« mauvaise herbe », une adven-
A tice est une espèce qui se
retrouve dans des milieux amé-
nagés par l’homme comme les champs
ou les jardins sans y avoir été intention-
nellement implantée.
ESPÈCE APPARTENANT AUX 100 ESPÈCES
LES PLUS ENVAHISSANTES AU MONDE :
Un groupe d’experts internatio-
! naux de l’IUCN (ISSG : Invasive
100 Species Specialist Group)
a défini une liste des 100 espèces
les plus envahissantes au monde.
Les espèces du guide appartenant à cette
liste sont identifiées avec ce symbole.
ESPÈCES RÉGLEMENTÉES PAR L'ARRÊTÉ
MINISTÉRIEL DU 9 AOÛT 2019 :
Ces espèces sont interdites d’in-
troduction sur le territoire et
dans le milieu naturel et les
usages suivants sont interdits :
transit sous surveillance douanière, déten-
tion, transport, utilisation, colportage,
échange, achat, vente et mise en vente.
21Fiche n°01 : Miconia
MICONIA
Miconia calvescens DC.
FAMILLE : Melastomataceae
ORIGINE : Mexique
5
INVASIBILITÉ :
100
!
i O
© Delnatte C.
© Meyer J.Y
© Meyer J.Y
Inflorescence Infrutescence*
DESCRIPTION ÉCOLOGIE
ALLURE GÉNÉRALE : MODE DE MULTIPLICATION :
Arbre mesurant 4 à 12 m de haut. Production jusqu’à 20 millions de graines
par adulte et par an. Forte capacité de
FEUILLES :
rejets de souche.
Opposées mesurant de 20 à 80 cm de
Développement de racines à partir des
long et 8 à 30 cm de large, de couleur vert
troncs laissés au sol après coupe ou chablis*.
foncé sur la face supérieure et, en fonc-
Banque de graines pouvant rester 14 ans
tion de l’exposition, souvent violacée sur
active dans le sol.
la face inférieure.
MODE DE DISSÉMINATION :
FLEURS :
Hydrochorie*, barochorie*, anémocho-
Inflorescences terminales pyramidales
rie* et zoochorie*. Dispersion possible par
blanches de 20 à 35 cm de long.
fragments de la plante.
FRUITS :
CONDITIONS DE DÉVELOPPEMENT :
Baies pourpres noirâtres de 3 à 5 mm
Besoin d’ombre pour sa germination et
de diamètre.
ses premiers stades de croissance.
GRAINES : Apprécie les lisières, les bords de rivière
Ovoïdes à pyramidales d’environ 0,5 mm ainsi que les milieux perturbés.
de long.
22Fiche n°01 : Miconia
ÉTAT D’INVASION
DANS LE MONDE
Espèce introduite dans de nombreux terri-
toires comme plante ornementale. Considérée
envahissante en Polynésie française au milieu
des années 90. À présent envahissante en
Nouvelle-Calédonie, à Hawaï, en République
dominicaine et dans la région du Queensland
en Australie.
EN MARTINIQUE
Introduite dans les années 1980 sur le territoire
© Delnatte C.
comme plante d’ornement et découverte
pour la première fois dans le milieu naturel en
2017 (échappée d’un jardin) sur la commune
Invasion à Ajoupa Bouillon d’Ajoupa-Bouillon. Plante commercialisée pen-
dant plusieurs années, se retrouve encore chez
IMPACTS POTENTIELS quelques particuliers.
ENVIRONNEMENTAUX :
• Érosion des sols augmentant la sédimen-
tation dans les rivières.
• Concurrence vis-à-vis des espèces indi-
gènes par création de peuplements
monospécifiques.
SANITAIRES :
Pas de risques connus.
SOCIO-ÉCONOMIQUES :
Pas de risques connus.
MESURES DE GESTION
TECHNIQUES DE LUTTE :
• Arrachage manuel de la totalité du plant
pour éviter les rejets et drageons*.
• Dessouchage pour éviter les risques
de bouturages et de rejets.
• Collecte des infrutescences* pour éviter Observations de Miconia calvescens
la propagation de la plante. 0 5 10 15 20 KM Juillet 2020
Sources : DEAL, ONF, CBMq
• Évacuation sécurisée du site de tous les
résidus (troncs, infrutescences*, plantules).
• Retours sur site répétés pour vérifier
l’absence de recolonisation et arracher
les plantules le cas échéant. Compte tenu de son important
• Ne pas laisser le sol à nu après l’opération pouvoir de propagation, il est
de lutte et planter des espèces indigènes indispensable de rincer à l’eau
pour occuper l’espace. de mer tout matériel, chaussures
ou habits ayant pu être en contact
TRAITEMENT DES DÉCHETS :
avec de la terre contaminée,
• Incinération des infrutescences* et des gros
après chaque opération de lutte.
individus.
• Suspension des plantules dans la végéta-
tion pour faire sécher les racines.
23Fiche n°02 : Petite citronnelle
PETITE CITRONNELLE
Triphasia trifolia (Burm.f.) P.Wilson.
FAMILLE : Rutaceae
ORIGINE : Asie du sud-est
5
INVASIBILITÉ :
i O
© Delnatte C.
© Delnatte C.
© Delnatte C.
Fleur Feuilles et fruits
DESCRIPTION ÉCOLOGIE
ALLURE GÉNÉRALE : MODE DE MULTIPLICATION :
Arbuste mesurant jusqu’à 4 m de haut. Semis des graines. Forte capacité de rejets
Rameaux en zigzag épineux. de souche.
FEUILLES : Trifoliolées, vertes foncées bril- MODE DE DISSÉMINATION :
lantes, dégageant une odeur de résine Barochorie* et endozoochorie*.
lorsqu’elles sont froissées. Folioles de 2
CONDITIONS DE DÉVELOPPEMENT :
à 4 cm de long pour 1,5 à 3 cm de large.
Plante commune des zones ensoleillées
Marges plus ou moins nettement dentées.
ouvertes ainsi que des zones ombragées
FLEURS : de sous-bois. Large tolérance bioclima-
Odorantes, blanches avec 3 pétales* de 10 tique mais préférence pour les milieux secs
à 13 mm de long et 4 mm de large. Pédon- (notamment forêts sèches du littoral).
cule* très court. Fleurs solitaires ou par
groupes de 2 ou 3 à l’aisselle des feuilles.
FRUITS :
Comestibles et semblables à une petite
orange de couleur rouge et mesurant
1 à 1,5 cm de diamètre, d'où son nom
d'orangine parfois utilisé.
GRAINES :
1 à 2 par fruit, contenant chacune 1 à 5
embryons.
24Fiche n°02 : Petite citronnelle
ÉTAT D’INVASION
DANS LE MONDE
Espèce introduite dans les Antilles, dans les
îles du Pacifique et en Floride comme haie
défensive mais aussi pour ses baies comes-
tibles et ses propriétés médicinales. À présent
envahissante dans la plupart de ces territoires.
EN MARTINIQUE
Introduite au XIXe siècle sur le territoire
comme plante d’ornement. Présente dans le
milieu naturel sous forme de peuplements
assez denses principalement en forêt sèche.
©Migeot J.
Invasion à la Pointe Borgnèse (Le Marin)
IMPACTS POTENTIELS
ENVIRONNEMENTAUX :
• Concurrence vis-à-vis des espèces indi-
gènes par création de fourrés denses et
impénétrables.
• Diminution du nombre de pontes de cer-
taines espèces animales par modification
de leur habitat.
SANITAIRES :
Pas de risques connus.
SOCIO-ÉCONOMIQUES :
Principal hôte de Diaphorina citri, psylle
parasite des arbres de la famille des Citrus
(impact sur la production fruitière).
MESURES DE GESTION
TECHNIQUES DE LUTTE :
Observations de Triphasia trifolia
• Arrachage manuel de la totalité du plant 0 5 10 15 20 KM Mai 2019
pour éviter les rejets et drageons*. Sources : DEAL, ONF, CBMq
• Coupe à la base, traitement de la souche
et arrachage des rejets.
• Collecte des infrutescences* pour éviter
la dissémination des graines.
• Retours répétés sur site pour vérifier
l’absence de recolonisation et arracher
les plantules le cas échéant.
• Ne pas laisser le sol à nu après l’opération
de lutte et planter des espèces indigènes
pour occuper l’espace.
TRAITEMENT DES DÉCHETS :
• Incinération des fruits et des gros individus.
• Suspension des plantules dans la végéta-
tion pour faire sécher les racines.
25Fiche n°03 : Jacinthe d’eau
JACINTHE D’EAU
Pontederia crassipes Mart., 1823
SYNONYME : Eichhornia crassipes
FAMILLE : Pontederiaceae
ORIGINE : Amazonie
5
INVASIBILITÉ :
100
!
i O
© Delnatte C.
© Delnatte C.
© Delnatte C.
Fleur Feuilles et fleurs
DESCRIPTION ÉCOLOGIE
ALLURE GÉNÉRALE : MODE DE MULTIPLICATION :
Herbacée flottante aquatique atteignant Principalement végétatif par rejets
0,5 m de haut avec des racines fasciculées* des stolons* (doublement de la biomasse
pouvant mesurer jusqu'à 3 m de long. en 6 à 18 jours).
La production de graines nécessite un
FEUILLES :
pollinisateur spécifique, lequel est absent
En pseudo-rosette*, simples, épaisses,
en Martinique.
arrondies et dressées au-dessus d’un cous-
sin d’air, pouvant atteindre 10 cm de haut. MODE DE DISSÉMINATION :
Hydrochorie*. Les crues favorisent la dis-
FLEURS :
sémination de l’espèce en permettant aux
Inflorescence d’une cinquantaine de cen-
individus de coloniser d’autres cours d’eau
timètres, dressée et portant 8 à 15 fleurs.
ou zones humides.
Fleur de 3 à 7 cm de diamètre composée
de 6 pétales* bleu-violacé dont le plus haut CONDITIONS DE DÉVELOPPEMENT :
porte un point jaune entouré de bleu. Présente en zones humides à faible
courant telles que les lacs, les mares et
FRUITS :
les canaux. Elle supporte d’importantes
Inexistants en Martinique compte tenu
fluctuations de niveau d’eau et de varia-
de l’absence de pollinisateurs.
tions d’intensité du courant.
GRAINES :
Inexistantes en Martinique compte tenu
de l’absence de pollinisateurs.
26Fiche n°03 : Jacinthe d’eau
ÉTAT D’INVASION
DANS LE MONDE
Espèce originaire du bassin de l’Amazone
et ayant été introduite dans la plupart des
pays chauds comme plante ornementale
de bassin. Considérée comme envahissante
dans plus de 50 pays.
EN MARTINIQUE
Premières observations de cette plante sur
le territoire au XIXe siècle. Présente dans
de nombreux bassins de particuliers mais
© Delnatte C.
aussi dans des mares et étangs ainsi que dans
le cours inférieur de certaines rivières perma-
nentes. Vendue longtemps comme plante-
Invasion au niveau du golf (Les Trois-Ilets) filtre dépolluante en phytoremédiation.
IMPACTS POTENTIELS
ENVIRONNEMENTAUX :
• Fermeture et asphyxie du milieu.
• Modification de la structure et de la com-
position des peuplements aquatiques.
SANITAIRES :
• Favorise la prolifération de moustiques et
d'autres organismes pathogènes en consti-
tuant un habitat qui leur est profitable.
SOCIO-ÉCONOMIQUES :
• Entrave des cours d’eau limitant la navi-
gation et la pêche.
• Risque accru d’inondation.
• Altération fonctionnelle des retenues
d’eau pour l’irrigation et l’alimentation
en eau potable.
MESURES DE GESTION
Observations de Pontederia crassipes
TECHNIQUES DE LUTTE :
0 5 10 15 20 KM Mai 2019
• Arrachage mécanique ou manuel des Sources : DEAL, ONF, CBMq
individus soit depuis les berges ou à l’aide
d’une embarcation en veillant bien à col-
lecter même les micro-fragments pour
éviter la recolonisation.
• Utilisation de bouées ou de barrières Les déchets issus
flottantes pour limiter la progression. de la gestion peuvent être
• Contrôles réguliers sur site après l’opé- valorisés: mulch, vannerie
ration de lutte pour vérifier l’absence avec les racines...
de recolonisation.
TRAITEMENT DES DÉCHETS :
• Enfouissement.
• Évacuation en déchèterie.
• Compostage individuel possible mais
à distance des zones humides.
27Fiche n°04 : Laitue d’eau
LAITUE D’EAU
Pistia stratiotes L.
FAMILLE : Araceae
ORIGINE : Pantropicale
5
INVASIBILITÉ :
100
!
i O
© Delnatte C.
© Delnatte C.
© Delnatte C.
Fleur Rosette de feuilles
DESCRIPTION ÉCOLOGIE
ALLURE GÉNÉRALE : MODE DE MULTIPLICATION :
Herbacée flottante aquatique à feuille Principalement végétatif par rejets des
en rosette*. Racines fasciculées* pouvant stolons* ou par fragments de plantes.
atteindre 50 cm de long. Production de graines également.
FEUILLES : MODE DE DISSÉMINATION :
Vert-blanchâtre, spongieuses et simples Hydrochorie* et exozoochorie* (transport
en rosettes*. Elles sont spatulées avec des de fragments par les oiseaux).
nervures longitudinales et couvertes de
CONDITIONS DE DÉVELOPPEMENT :
poils courts comme du velours. Jusqu’à
Présente dans les zones humides à faible
15 cm de long et 8 cm de large.
courant telles que les plans d'eau, les mares
FLEURS : et les canaux. Préférence pour les eaux
Petites et discrètes car cachées par des chaudes (22 et 30°C ) et légèrement acides.
spathes* ressemblant à une feuille. Elles
sont peu nombreuses et unisexuées, asy-
métriques, velues à l’extérieur et glabres
à l’intérieur.
FRUITS :
Ressemble à une petite baie ovale de 6 à
10 mm de long et 3 à 6 mm de large, à paroi
mince et contenant 4 à 12 graines.
GRAINES :
Très nombreuses, mesurant 2 mm avec un
tégument brun rugueux.
28Fiche n°04 : Laitue d’eau
ÉTAT D’INVASION
DANS LE MONDE
Espèce d’origine inconnue qui a déjà colo-
nisé tous les continents en zone subtropicale
et tropicale. Sa progression dans le reste du
monde semble être limitée par la tempéra-
ture. Très utilisée comme plante ornemen-
tale en bassin et en aquariophilie. Elle est
également propagée par les eaux de ballast
des bateaux.
EN MARTINIQUE
© Delnatte C.
Premières observations de cette plante sur
le territoire au XIXe siècle. Présente dans de
nombreuses étendues d’eau douce de l’île.
Invasion au Vauclin Longtemps commercialisée comme plante-
filtre dépolluante en phytoremédiation.
IMPACTS POTENTIELS
ENVIRONNEMENTAUX :
• Fermeture et asphyxie du milieu.
• Modification de la structure et de la com-
position des peuplements aquatiques.
SANITAIRES :
• Prolifération d’organismes transmettant
des maladies comme les moustiques et le
mollusque Biomphalaria glabrata (vecteur
de la bilharziose) en raison de la création
d’un habitat qui leur est favorable.
SOCIO-ÉCONOMIQUES :
• Blocage des cours d’eau limitant la navi-
gation et la pêche.
MESURES DE GESTION
TECHNIQUES DE LUTTE :
• Arrachage mécanique ou manuel des
individus dès sa détection en veillant à
collecter les micro-fragments pour éviter Observations de Pistia stratiotes
la recolonisation. 0 5 10 15 20 KM Mai 2019
Sources : DEAL, ONF, CBMq
• Utilisation de bouées ou de barrières
flottantes pour limiter la progression.
• Retours répétés sur site pour vérifier
l’absence de recolonisation.
• Application de mesures visant à diminuer Cette plante est comestible
les teneurs en nutriments dans le milieu, pour le bétail. Toutefois,
le développement de cette espèce étant compte tenu de sa grande
favorisé par ces substances. capacité à accumuler
les polluants, son utilisation
TRAITEMENT DES DÉCHETS :
comme fourrage n’est pas
• Enfouissement.
recommandée.
• Évacuation en déchèterie.
• Compostage individuel possible mais
à distance des zones humides.
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