Viva - inspirer L'art ne connaît pas de frontières - Helvetia
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viva. Numéro 2|2018
Le magazine des
collaborateurs Helvetia
inspirer
L’art ne connaît pas de frontières2| 1
Qu’est-ce que l’art?
Peut-être vous est-il déjà arrivé de vous dire, en visi-
Couverture
Œuvre d’Amélie (6 ans), l’une des
tant une exposition: «Ça, mon neveu de cinq ans sait
heureuses gagnantes du concours aussi le faire»… Pourtant, même si l’art semble se
d’art Helvetia pour enfants. Pour en
résumer parfois à quelques coups de pinceaux, quelques
savoir plus, rendez-vous à la page 49.
© Amélie Fritsch zones de couleur, les choses ne sont pas aussi simples.
Illustration
«Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël,
© Filip Fröhlich mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner
comme un enfant», constatait le grand peintre espa-
gnol Pablo Picasso…
Ce tiraillement entre l’art professionnel, l’Art avec
un grand A, et l’art enfantin, nous l’avons trouvé
si passionnant que nous lui consacrons notre page
de couverture. On y voit l’œuvre d’Amélie, six ans,
qui nous a été envoyée dans le cadre du concours d’art
pour enfants lancé par Helvetia (voir p. 49). Sur près
de 60 candidatures, le jury a sélectionné cinq lauréats.
En tant qu’assureur d’art de premier plan, nous le
savons: les goûts et les couleurs ne se discutent pas, la
valeur d’une œuvre est difficile à évaluer. Il faut pour
cela une bonne dose de compétence et d’expérience. Mais
il faut aussi un regard admiratif sur les petits et les
grands artistes de ce monde qui, du bout du pinceau et
avec quelques couleurs, rendent sensible l’invisible.
Donnez libre cours à votre inspiration!
Mona Blum
Rédactrice viva
Nina Eiber
Rédactrice vivaSOMMAIRE
«Il m’a fallu toute
une vie pour ap-
4 M OT D E L A D I R E C T I O N 32 CO LO N N E
DU GROUPE Max Küng prendre à dessiner
Dans les règles de l’art Art
comme un enfant.»
8 L’A S S U R A N C E D ’Œ U V R E S 33 S U R P L AC E Pablo Picasso
D ’A R T H E LV E T I A Se balader au Havre
Vos œuvres d’art –
habilement assurées 3 4 L’A R T E T L A
N U M É R I S AT I O N
11 L E S E RV I C E S P É C I A L I S É Christie’s – la tradition
A R T D ’H E LV E T I A
et le tout numérique
La collection d’entreprise
Helvetia entre hier et «Nous mettons au jour un
3 6
aujourd’hui véritable trésor»
14 H E LV E T I A «La numérisation contri-
38
ART SPONSORING buera à professionnaliser
Engagée pour l’art le marché de l’art»
16 T E A M T I M E
Agence générale Bâle 40 P O U R O U CO N T R E
Est-ce l’art?
18 UN JOUR DANS L A VIE DE
Olga Britschgi 42 E N T R E V U E D ’A R T I S T E
Mentions légales
Une conteuse polyglotte Ce magazine des collaborateurs
22 L’A R T E T L E C R I M E d’Helvetia paraît en trois langues
Grütter mène l’enquête 4 4
L A M O N D E D E L’A R T (D/F/I).
H E LV E T I A Éditeur
24
ENCYCLOPÉDIE Sponsor, collectionneuse, Helvetia Assurances,
D U S AV O I R I N U T I L E assureur St. Alban-Anlage 26, 4002 Bâle,
Inspiré? Dufourstrasse 40, 9001 Saint-Gall.
4 6
L ’A R T E T L E S M É D I A S Rédaction interne
26
U N R E S TAU R AT E U R S O C I AU X Mona Blum et Nina Eiber
D ’A R T R ACO N T E Maître ès réalité (rédactrices en chef), Isabella Awad,
Le secret du maître virtuelle Natascha Fabian.
Rédaction externe
29
L ’A R T, U N E A FFA I R E 48 LE MONDE DE GMÜR Sara Meier, Christine Stöckli-Harte,
TO U T E P E R S O N N E L L E Le vrai art fait la Margrith Mermet, Walter Steiner.
différence Traductions
Doris Russi Schurter
Français: Helvetia Assurances,
24translate GmbH, Saint-Gall,
3 0 L E S C L I E N T S N O U S 49
C O N CO U R S D ’A R T P O U R
italien: Chantal Gianoni, Locarno.
PA R L E N T E N FA N T S H E LV E T I A Conception, maquette,
L’art de collectionner Cinq gagnants mise en page et correction
Linkgroup AG, Zurich.
31 Une œuvre d’art,
Impression
c’est un bien culturel
Ostschweiz Druck AG, Wittenbach.
Contact
redaktion.viva@helvetia.ch,
Tél. 058 280 53 24. La rédaction
se réserve le droit de raccourcir ou de
modifier les textes.2| 3
26
U N R E S TA U R AT E U R D ’A RT R A C O N T E
31
Le secret du maître
L E S C L I E N T S N O U S PA R L E N T
Une œuvre d’art,
c’est un bien culturel
© depositphoto
42
D O IT
YO U R-
SELF
E N T R E V U E D ’A R T I S T E
Une conteuse polyglotte
À colorier
Matériel nécessaire:
feutres ou crayons de couleurMOT DE LA DIRECTION DU GROUPE
Dans les
règles
de l’art
David Ribeaud dirige le seg-
ment Specialty Markets et
donc l’unité Specialty Lines
Suisse/International avec
les secteurs Assurances tech-
niques, Transport et Art. Il
nous explique comment les
niches peuvent être utilisées
comme un avantage concur-
rentiel et comment la confiance
résulte de la combinaison
des relations personnelles et
de l’expertise.
INTERVIEW Sara Meier PHOTOS Ismael Lorenzo
David Ribeaud au Foyer
d’art Helvetia, devant
l’œuvre «J’adore with joy»
(2018) de Klodin Erb.MOT DE LA DIRECTION DU GROUPE
Comment sont nées les Specialty Lines? d’art car les œuvres d’art sont de plus en
Elles sont nées sous leur forme actuelle en plus chères. Nous atteignons lentement,
2014 dans le cadre de l’alliance avec Natio- mais sûrement, les limites de capacité. En
nale Suisse. Helvetia ne proposait d’ailleurs outre, nous sommes clairement numéro 1
pas d’assurances d’œuvres d’art auparavant. en Suisse avec une part de marché esti-
Les Specialty Lines ont des orientations mée à 20%. Nous souhaitons bien entendu
très différentes. Qu’ont-elles en commun? conserver cette position et continuer en
Elles sont toutes d’une grande complexité. même temps à croître de manière durable.
Cela suppose d’avoir des experts fiables et Selon nous, le principal potentiel de
un conseil de premier plan. D’autre part, développement est à l’heure actuelle auprès
les marchés de niche exigent des systèmes des clients privés. De nombreux particu-
adaptés pour une gestion et un service liers aisés possèdent de précieuses collec-
efficaces. tions pour lesquelles ils n’ont pas (encore)
À quoi ressemble la dimension straté- d’assurance.
gique des Specialty Lines? Est-ce la même Quels sont vos objectifs à l’étranger?
que l’assurance d’œuvres d’art? Les Nous souhaitons là aussi nous développer.
niches génèrent rarement du volume. Mais L’art est devenu dans le monde entier une
elles portent en elles une opportunité de nouvelle catégorie de placement, et les collec-
différenciation. Avec les Specialty Lines, tionneurs sont de plus en plus nombreux.
nous prouvons que la gestion de la complexité, La swissness est extrêmement importante
le courage de traiter des sommes d’assu- sur le plan international, avec les valeurs
rance élevées ainsi qu’un excellent conseil de fiabilité et de qualité qu’elle véhicule.
sont inscrits dans notre ADN. Ainsi, nous À propos des valeurs: quelles sont les
pouvons encore mieux nous positionner au- valeurs communes à l’art et à Helvetia?
près des PME et des clients industriels et Parmi nos valeurs centrales que sont le
contribuer à la stratégie de la clientèle en- dynamisme, l’enthousiasme et la confiance,
treprises pour tout le Groupe. je place la confiance au tout premier plan.
La plupart des compagnies d’assurance Les propriétaires d’œuvres d’art permettent
assurent les œuvres d’art exclusivement aux conseillers en assurance de découvrir
dans le cadre de l’assurance inventaire du leur collection et la valeur de leurs objets. Ils
ménage et de l’assurance objets de valeur. veulent pouvoir lui faire confiance à 100%.
Avec nos assurances individuelles d’œuvres Une telle relation est unique et perdure
d’art tous risques, nous offrons à notre même dans un monde numérique.
clientèle de meilleures couvertures et des D’autres secteurs vont-ils être intégrés
connaissances techniques approfondies par aux Specialty Lines? Oui. La cyber-assu-
le biais de nos experts internes. Nous nous rance est venue s’ajouter récemment. Il
assurons ainsi une position unique sur le existe d’autres produits de niche potentiels
marché, l’accès à une clientèle intéressante
et une source de revenus supplémentaire. «L’art est devenu dans le
Quels sont vos plans pour le secteur de
monde entier une nouvelle
l’art? Nous constatons une forte augmenta-
tion de la valeur pour les gros risques sur le catégorie de placement.»
marché suisse de l’assurance des œuvres David Ribeaud6| 7
En arrière-plan:
«Wundersame Vermehrung»
(Multiplication miraculeuse)
de Klodin Erb (2018).
David Ribeaud
est arrivé chez Helvetia lors de la fusion avec
Nationale Suisse. Ce scientifique diplômé et
actuaire SAV dirige le secteur Specialty Markets
ainsi que l’unité de marché Specialty Lines
Suisse/International et est membre de la direction
du Groupe. Il trouve son activité fascinante de
par la diversité, la complexité et les exigences
associées en termes de collaboration, d’expertise
et d’internationalité transversales.
Specialty Markets et Specialty Lines
Le segment Specialty Markets comprend trois
unités: les Specialty Lines Suisse/International
regroupent les secteurs Engineering (Assurances
techniques), Marine (Transport) et Art. L’unité
de marché France agit principalement comme
spécialiste de l’assurance transport. La réassu-
rance active entretient des relations étroites et de
longue date avec des assureurs primaires dans
le monde entier et couvre ainsi tous les secteurs.
Les Specialty Markets contribuent au volume
d’affaires annuel d’Helvetia, en apportant plus
de 900 millions de CHF. 25% proviennent des
Specialty Lines et environ 1.5% de l’art.
comme la responsabilité des dirigeants ou
l’assurance aviation. Avant de nous lancer
sur un tel marché, nous vérifions s’il corres-
pond à notre positionnement stratégique et
s’il peut être rentable à moyen ou long terme.
Quelles sont les synergies entre l’assu-
rance d’œuvres d’art, le service spécialisé
Art et le sponsoring d’art? Les assurances
d’œuvres d’art sont un vrai métier. Que nous
soyons en plus des mécènes et possédions
notre propre collection ne fait que souligner Artistes préférés
notre affinité pour l’art en général. V I N C E N T VA N G O G H
FE R D I N A N D H O D L E R
M A R K R OT H KOL’A S S U R A N C E D ’Œ U V R E S D ’A RT H E LV E T I A 8| 9
Vos œuvres
d’art –
habilement
assurées
Avec Artas, Helvetia se détache
nettement de ses concurrents en
matière d’assurance d’œuvres
d’art. Pourquoi ce produit est-il
reconnu dans les milieux artistiques,
et pourquoi faut-il conserver la
facture lorsqu’on achète une œuvre
d’art? Les explications d’Edit
Schneider, responsable Assurance
d’œuvres d’art Suisse chez Helvetia.
TEXTE Margrith Mermet PHOTOS Daniel Bossart
H
elvetia propose une couverture d’assurance
complète pour les œuvres d’art de toute na-
ture. Dès que la somme d’assurance dépasse
CHF 200 000, souscrire une assurance d’œuvre d’art
s’impose. «En-deçà de ce montant, les œuvres entrent
dans l’assurance inventaire du ménage ou objets de
valeur», précise Edit Schneider, responsable Assu-
rance d’œuvres d’art Suisse chez Helvetia. «Artas, c’est
une police sur mesure, adaptée aux besoins du client».
Autre spécificité: la couverture tous risques. Une même
police couvre tous les lieux de conservation de l’œuvre
et son transport. Par exemple, lorsqu’on emporte un
L’installation «Aufgeweckter tableau de chez soi jusqu’à une maison de vacances, il
Rosenscheitel» (Bouton de
est assuré aux deux endroits et pendant le transport,
rose éveillé) de Pipilotti Rist
fascine Edit Schneider que la destination se situe en Suisse ou dans l’espace
chaque jour. européen. La condition est toutefois que l’emballage et
le transport s’effectuent de manière professionnelle.L’A S S U R A N C E D ’Œ U V R E S D ’A R T H E LV E T I A
«En cas de sinistre, les exposition par exemple, notre couverture peut atteindre
montants en jeu se CHF 400 millions. En cas de sinistre, le montant en
jeu se chiffre vite en millions.» Heureusement, ces cas
chiffrent vite en millions.» sont rares, précise Edit Schneider, mais elle se sou-
Edit Schneider, responsable Assurance vient d’un sinistre peu ordinaire survenu il y a quelques
d’œuvres d’art Suisse années dans un musée munichois. «Ce musée expo-
sait ‹The Red Room (Parents)› de Louise Bourgeois,
une installation conçue autour d’un grand lit rouge.
Qu’est-ce qui vaut quoi? Une souris l’a trouvée à son goût, elle s’y est installée
Pour bien assurer une œuvre d’art, il faut en connaître aussitôt et a causé des dégâts considérables.»
la valeur. Afin d’évaluer la prime, les spécialistes
d’Helvetia se rendent chez les clients et expertisent L’œuvre du temps
les œuvres à assurer. Ils se fondent notamment sur les A force d’être professionnellement en contact avec
expertises antérieures, les factures et les certificats l’art, Edit Schneider a développé un intérêt personnel
d’authenticité. «En l’absence de justificatifs de valeur, pour ce domaine – mais elle manque de temps. Par
ce qui arrive dans le cadre des successions, nos spé- chance, il y a de magnifiques expositions à visiter à
cialistes recherchent des œuvres similaires dans les deux pas de chez elle. «J’aime bien aller à la Fonda-
banques de données en ligne ou se renseignent auprès tion Beyeler ou au musée d’art de Bâle», dit-elle. Et ce
de galeries et de maisons de vente aux enchères.» qu’elle préfère, c’est visiter des expositions assurées
Dans une déclaration de plausibilité, ils définissent en- par Helvetia. «Je connais alors la valeur des tableaux
suite une fourchette de prix qui sert de base au calcul accrochés au mur et je ne suis plus une visiteuse lamb-
de la prime. da, je vois tout avec un regard un peu différent. C’est
fascinant!»
Des compétences de pointe
Helvetia dispose en interne de précieuses compétences.
«Nos experts sont sur un pied d’égalité avec les clients
et comprennent leurs besoins», souligne Edit Schnei-
der. C’est important, ajoute-t-elle, pour que les clients
se sentent entre de bonnes mains. Certains des un-
derwriters sont historiens de l’art et tous les membres
de l’équipe disposent d’une longue expérience dans L’assurance d’œuvres d’art Artas
L’assurance d’œuvres d’art relève du domaine
l’assurance d’œuvres d’art. «Sans compter que mon «Marine & Art», qui fait partie des Specialty
équipe est très stable. Environ 80% de ses membres Lines. Ce service se subdivise en quatre équipes
ont dix ans d’ancienneté.» Le volume de primes de l’as- d’underwriting (Bâle, Zurich, Romandie, Tessin) et
compte onze collaboratrices et collaborateurs.
surance d’œuvres d’art en Suisse est estimé à environ
Edit Schneider, qui le dirige, travaille dans le
CHF 50 millions, dont une part importante revient à secteur des assurances depuis 26 ans. Ces neuf
Helvetia. Cette dernière joue ainsi un rôle de premier dernières années, elle a exercé diverses fonctions
de direction au sein du service Art – d’abord
plan en la matière et, grâce à son offre sur mesure et
chez Nationale Suisse puis, depuis 2015, chez
à ses équipes de spécialistes, elle se détache nette- Helvetia en qualité de responsable Assurance
ment de la concurrence. d’œuvres d’art Suisse.
Une souris ravageuse
Le niveau de couverture que permet la réassurance
compte aussi parmi les avantages d’Artas. «Pour une
Artistes préférés
JEFF KOONS
PIPILOTTI RISTL E S E R V I C E S P É C I A L I S É A R T D ’ H E LV E T I A 10 | 11
La collection d’entre-
prise Helvetia entre hier
et aujourd’hui
L’architecture moderne, qui fait une large place au verre, met les
curateurs de collections d’entreprise à rude épreuve, tout comme les
espaces de travail ouverts. Andreas Karcher, responsable du service
des Beaux-Arts chez Helvetia, relève le défi au quotidien et, avec
son équipe, il ne cesse d’enrichir la collection d’art d’Helvetia.
L
’art occupe une grande place chez Helvetia. À la La légitimation d’un savoir-faire
fois assureur d’œuvres d’art et mécène, cette en- C’est en 1943 que, par passion personnelle notam-
treprise possède la plus ancienne collection d’art ment, le directeur de l’époque jeta les bases de ce
de Suisse – une collection représentative de la créa- qui allait devenir l’activité de collection d’Helvetia
tion artistique dans notre pays, du 20e siècle à nos (voir encadré). Aujourd’hui, cette activité répond à des
jours. «Nous prenons soin de la collection et nous l’en- préoccupations «contemporaines». «Ce n’est pas seu-
richissons grâce à de nouvelles acquisitions. Nous la lement une question d’image. En tant que leader de
rendons aussi accessible au personnel et au public», l’assurance d’œuvres d’art, nous légitimons notre pro-
explique Andreas Karcher. fessionnalisme par l’expérience acquise dans le cadre
de notre longue activité de collection», souligne
Une longue tradition Andreas Karcher. Mais l’enjeu, c’est aussi la responsa-
La maxime qui régit l’activité de collection d’Helvetia bilité de l’entreprise envers la société et le personnel.
n’a pas changé depuis les débuts, il y a 75 ans. «Nous «L’art fait partie de notre culture d’entreprise. Il crée un
nous focalisons sur l’art contemporain suisse. Nos dis- cadre agréable pour toutes celles et tous ceux qui tra-
ciplines de prédilection sont la peinture, le dessin et la vaillent ici.» Il n’y a aucune appréhension à surmonter,
photographie, sans oublier la sculpture, les objets et comme parfois lorsqu’on franchit le seuil d’une galerie –
la vidéo», précise Andreas Karcher. Les achats sont l’art est là, tout simplement, et produit son effet. «Beau-
confiés à une commission d’acquisition dont font partie, coup considèrent comme un privilège d’être entourés
outre Andreas Karcher, sa collègue curatrice Nathalie d’œuvres d’art dans leur quotidien professionnel.»
Loch et Endre Horvath d’Helvetia. Ils s’effectuent dans Andreas Karcher, lors d’un job d’été chez Natio-
des galeries, directement dans les ateliers ou parfois nale Suisse Assurances, fut fasciné lui aussi par l’omni-
lors de salons, avec une priorité pour les jeunes présence de l’art. La curatrice de la collection alors en
artistes. poste, Verena Widmer, lui demanda un beau matin s’il
accepterait de rédiger des petits textes sur les artistes
de la collection pour un catalogue d’exposition. Le pre-
mier pas était franchi...L E S E R V I C E S P É C I A L I S É A RT D ’ H E LV E T I A
«L’art fait partie
de notre culture
d’entreprise.»
Andreas Karcher, responsable
du service des Beaux-Arts
Andreas Karcher à l’exposition de Klodin Erb au Foyer d’art Helvetia.
La collection d’art Helvetia
Les débuts de la collection d’art Helvetia remontent à 1943 – l’époque
de l’ancienne Nationale Suisse Assurances. Le directeur d’alors, Hans
Theler, était un collectionneur averti et avait noué de nombreux contacts
avec des artistes et des galeries. Pour constituer la collection d’entreprise,
il se concentra sur l’art contemporain suisse. Helvetia s’inscrit dans la
même lignée: la Commission d’art, constituée en 1998, a gardé cette
orientation pour l’activité de collection et considère que son engagement
fait partie intégrante de la responsabilité d’entreprise.12 | 13
Le défi des espaces de travail ouverts
Intégrer l’art avec doigté dans l’environnement de tra-
vail, c’est un défi pour les curateurs. En effet, «la mul-
tiplication des espaces ouverts signifie pour nous une
réduction des surfaces d’accrochage», note Andreas
Karcher. Dans l’architecture moderne, il y a peu de
cloisons, mais beaucoup de verre et de lumière inci-
dente – or les œuvres d’art, souvent sensibles à la lu-
mière, peuvent en pâtir. Toutefois, cette évolution est
aussi l’occasion d’explorer de nouvelles voies en
créant par exemple des salles d’exposition, des zones
dédiées à l’art au sein des bâtiments, ou encore des
projets comme «Art et architecture». Nul doute que
cela influera sur l’activité de collection d’Helvetia à
l’avenir et la fera évoluer.
Le Foyer d’art Helvetia
Helvetia possède déjà son propre espace d’exposi-
tion – dans le nouveau bâtiment du Steinengraben, à
Bâle, juste à côté du fameux bâtiment administratif où
la collection prit son essor. Andreas Karcher et sa col-
lègue Nathalie Koch y présentent des expositions thé-
matiques réunissant des œuvres de la collection et
des prêts. Parfois, ils donnent carte blanche à des ar-
tistes dont les œuvres sont présentes dans la collection.
L’assurance et le monde du travail sont des thèmes
récurrents, comme lors des expositions «All-Risk»,
dont le titre parle de lui-même, ou «Have a Seat», en-
tièrement consacrée à la position assise. Le Foyer d’art
Helvetia accueille chaque année trois à quatre expo-
sitions accessibles au personnel à tout moment.
TEXTE Margrith Mermet PHOTO Daniel Bossart
Artistes préférés
REMBRANDT
PIPILOTTI RIST
M A R I N A A B R A MOV I Ć
JULIAN CHARRIÈRE«Pour assurer
des œuvres d’art,
mieux vaut s’y
connaître.»
Dr Dietrich von Frank,
responsable Art Sponsoring
Dietrich von
Frank devant
«Der Pianist» de
Paul Camenisch
(1925).
Engagée pour l’art
Grâce à Helvetia, c’est possible: une fois numérisées, des
œuvres jadis cachées au regard du public, entreposées dans
d’obscures réserves, retrouvent la lumière des salles d’expo-
sition. Mais ce n’est là qu’un des multiples engagements
en faveur de l’art que Dr Dietrich von Frank, responsable Art
Sponsoring chez Helvetia, concrétise avec passion.
TEXTE Margrith Mermet PHOTO Daniel BossartH E LV E T I A A R T S P O N S O R I N G 14 | 15
L
ors de la fusion avec Nationale Suisse, Helvetia Une opportunité à saisir
a repris la collection d’entreprise et ses quelque Le passage de Nationale Suisse à Helvetia fut une op-
1800 œuvres; elle a aussi investi le segment de portunité pour Dietrich von Frank, d’autant plus qu’il
l’assurance d’œuvres d’art, de sorte que l’art occupe s’accompagnait d’une nouvelle mission: développer le
aujourd’hui une place importante au sein de l’entreprise. sponsoring artistique au sein du département Bran-
Il était évident qu’Helvetia, outre son solide engagement ding. «En la matière, Helvetia a entrepris d’écrire un
en faveur du sport, de la culture et du développement nouveau chapitre de son histoire et a abordé la ques-
durable, resterait un promoteur et un défenseur actif tion avec beaucoup d’ouverture et de curiosité.» Mais
des activités artistiques. Dietrich von Frank, après avoir il reste selon Dietrich von Frank un potentiel à exploiter
exercé différentes fonctions chez Nationale Suisse, est pour mieux valoriser et faire connaître cet engagement
aujourd’hui responsable Art Sponsoring chez Helvetia. auprès du public. «Les musées se prêtent remarqua-
«Mon objectif est de positionner Helvetia, aux yeux du blement bien à l’organisation d’événements pour les
grand public, comme une entreprise qui aime l’art», clients. Les projets de numérisation permettent de jeter
affirme-t-il. un œil en coulisse, ce qui est toujours apprécié des
visiteurs.»
Un nouveau regard sur l’art
Le projet de numérisation lancé dans le sillage de la Une passion personnelle au service
stratégie helvetia 20.20 est essentiel à cet égard. Il d’un métier
consiste à aider des musées suisses à numériser leurs L’art joue un rôle capital dans la vie de Dietrich von
collections (voir encadré). «Les curateurs n’ont d’autre Frank. La rencontre s’est faite dès l’enfance, lorsqu’une
choix que de développer des formats d’exposition tota- de ses tantes lui a offert un livre de photographies sur
lement nouveaux, afin d’attirer la génération montante», le château de Sans-Souci à Potsdam. «Ce livre, je l’ai
note Dietrich von Frank. Avec le soutien financier littéralement dévoré», se souvient-il. A sept ans, la
d’Helvetia, les spécialistes des musées numérisent les beauté architecturale et la décoration intérieure d’un
œuvres marquantes et les intègrent dans une banque pavillon munichois du 18e siècle l’ont fasciné. Ce
de données. «Etudiants, chercheurs, amateurs d’art, furent deux expériences fondatrices, annonciatrices
tous peuvent ainsi accéder en ligne à ces œuvres et de sa carrière professionnelle. Après des études en
faire des recherches sans avoir à se déplacer.» Mais histoire de l’architecture, il a travaillé dans le com-
l’engagement d’Helvetia ne s’arrête pas avec la numé- merce d’objets d’art, l’architecture d’intérieur, l’assu-
risation de la dernière œuvre. «Nous soutenons, pro- rance d’œuvres d’art, et enfin l’Art Sponsoring. «La
mouvons et accompagnons les expositions nées des passion pour l’art est comme un fil rouge dans ma vie»,
projets de numérisation – financièrement, mais aussi constate-t-il. Il aime dialoguer avec les artistes, car
en termes de contenu», précise Dietrich von Frank. «on regarde et on comprend une œuvre tout autrement
quand on connaît son auteur.»
Les projets de numérisation
Outre le lancement de projets de numérisation sur
différents marchés, une des ambitions de Dietrich von
– Musée Kirchner, Davos: numérisation de 160 carnets
d’esquisses (projet en cours jusqu’à fin 2018), voir article
Frank est de numériser la collection d’art d’Helvetia et
p. 34 de proposer une expérience interactive de celle-ci.
– Musée d’art Lucerne: traitement conservatoire et «Ce serait quand même saugrenu que nous aidions
numérisation de vidéos d’artistes des années 1960–70
des musées à numériser leurs collections alors que la
(projet en cours jusqu’à fin 2019)
– Musée d’art Berne: projet «Meret Oppenheim digital»: nôtre, qui n’a rien à leur envier, reste sous forme ana-
traitement conservatoire et numérisation de vidéos d’artistes logique», souligne-t-il avec malice...
des années 1960–70 (projet en cours jusqu’à fin 2020)
– Musée d’art Bâle: numérisation de 3000 dessins anciens
datant des 15e, 16e et 17 e siècles (projet en cours
jusqu’à fin 2020)
Artiste préféré
L U C I O F O N TA N ATEAM TIME
Le conseiller
nouveau est
arrivé!
Bonne ambiance à Bâle: 41 des 53 collaborateurs de l’agence générale Bâle.
AG Bâle
Facts & Figures
– Effectifs: 53
– Clients: 28 000
– Segments de clientèle: clients entreprises, vie collective
– Chiffre d’affaires: objectif: chaque conseiller fixe
15 rendez-vous par semaine, deux dans le conseil global
et deux pour les PME
– Le conseil de Patrick Kronenberg: Art Basel, la plus grande
foire de l’art au monde, et TRESOR Basel, une exposition
modeste mais brillante, qui met à l’honneur les outsiders16 | 17
44 musées et galeries et la plus grande foire artis-
tique au monde: à Bâle, on n’est jamais loin de l’art.
C’est en tout cas l’avis de notre agent général Patrick
Kronenberg et de son équipe.
L
e foisonnement culturel et artistique de Bâle Des fondations solides pour un édifice
se reflète dans le travail de cette Agence robuste
générale. Non seulement les collabora- «Les affaires d’assurance nécessitent de bien combiner
teurs sont friands de musées et d’exposi- la vente et le soutien à la vente», continue Patrick
tions, mais leurs clients se renseignent régu- Kronenberg. Une maison n’est solide que si elle re-
lièrement sur les assurances qui couvriraient pose sur des fondations fortes. C’est pourquoi les
leurs tableaux de maîtres et autres trésors. «Par exemple, collaborateurs de longue date tiennent à transmettre
ils souhaitent accrocher dans leur salle à manger une leur savoir-faire aux plus jeunes: «Investir dans la re-
œuvre valant un demi-million – et c’est là qu’inter- lève, c’est essentiel pour Helvetia.» Et le patron montre
viennent nos conseillers», raconte Patrick Kronenberg. l’exemple: «Je tends toujours la main à ceux qui veulent
Outre le thème de l’art, son Agence générale s’occupe progresser.»
aussi de l’industrie pharmaceutique – surtout parmi la
clientèle entreprises. C’est ainsi que la diversité bâloise Direct et sincère
détermine les priorités du travail quotidien. L’Agence générale de Bâle emploie 53 collaborateurs,
dont cinq apprentis. Patrick Kronenberg s’entend bien
Un métier en pleine mutation avec tout le monde: «Je suis très direct et ouvert. Pour
Patrick Kronenberg n’en doute pas: le travail de conseil- moi, c’est important que chaque collaborateur sache
ler est à l’orée de grands changements. «Certes, les où il en est, ce qu’il fait bien et où nous devons lui
clients qui souhaitent assurer des œuvres précieuses fournir du soutien.» Mais après des journées intenses,
ou confier leur prévoyance LPP à un assureur continue- voire stressantes, Patrick Kronenberg sait faire le vide
ront de compter sur un conseiller personnel. Mais le et se détendre. Par exemple, en faisant un tour au
client lui-même devient de plus en plus ‹hybride›, et musée...
les interactions en ligne deviennent toujours plus im-
portantes – surtout pour les questions triviales. Le TEXTE Natascha Fabian PHOTO Barbara Jung
conseiller doit avoir beaucoup de cordes à son arc s’il
souhaite se rendre indispensable», estime Patrick
Kronenberg. Le comportement des clients se trans-
forme, et à sa suite les processus de conseil: les clients
veulent en effet obtenir une plus-value. Cela veut dire
que le conseiller doit non seulement être ultra-qualifié,
mais aussi maîtriser les derniers développements de la
société et de la politique: c’est le conseil à 360
degrés.UN JOUR DANS LA VIE DE
Ce que
5.6.18
vaut un
Picasso
La vie d’Olga Britschgi tourne autour de
l’art. Chargée de souscription pour
les produits Art en Romandie, elle estime
les œuvres détenues par des particu-
liers, mais aussi par des galeries et des
musées, et leur propose des solutions
d’assurance sur mesure. Son temps libre
toutefois, elle préfère le passer entou-
rée de sa famille plutôt que de grands
artistes.
6
h 30 – Alors que la maisonnée dort
encore, Olga Britschgi se met en po-
sition du lotus et fait quelques exer-
cices de yoga.
7 h 15 – Elle réveille ses deux fils,
Aurélien et Maxime, âgés de sept et
dix ans. Fini le calme! Il faut se dépêcher de s’habiller
et déjeuner. Olga essaie d’accompagner ses enfants à
l’école: «J’aime cette promenade de 15 minutes, surtout
en été, quand il fait beau et chaud dès le matin...».
8 h 30 – Au bureau, Olga lit tout d’abord ses
e-mails, et y répond tout de suite. «Je préfère que les
tâches ne s’empilent pas sur mon bureau.»
10 h 00 – Elle accompagne un conseiller chez
son client, dans une banlieue cossue de Genève.
Après un café et un peu de bavardage, le client les em-
mène voir sa collection, qui comprend une cinquan-
taine d’œuvres de divers artistes. «Je photographie18 | 19
10:00
10:15 Après avoir étudié l’histoire de l’art à
Genève et avoir travaillé chez Christie’s
et dans une galerie d’art contemporain,
Olga Britschgi est entrée chez
l’ancienne Nationale Suisse en 2011.
Depuis, en tant que souscriptrice
Assurance d’art, elle assiste les
agences générales et les courtiers en
Romandie dans le conseil à leurs
clients. Il y a quelques années encore,
elle pensait le monde de l’art beaucoup
plus élitiste qu’aujourd’hui. Ses artistes
préférés? «J’en ai beaucoup, mais
j’admire particulièrement Zao Wou-Ki.»
Olga Britschgi vit avec son mari et ses
deux fils à Genève.UN JOUR DANS LA VIE DE
12:00
les peintures et sculptures et note les données de ré- de la création artistique. Après un tour de l’exposition,
férence de chaque œuvre. J’en ai besoin pour faire elle discute avec les conseillers et leurs clients autour
un inventaire et une offre détaillée», explique Olga. Y de l’apéro dînatoire.
avait-il des Picasso, des Rembrandt, des Rodin? On ne 22 h 00 – Enfin de retour à la maison! Elle et son
le saura pas. mari se racontent brièvement leur journée. Avant de
12 h 00 – De temps en temps, Olga Britschgi s’endormir, elle feuillette le journal. Elle songe à la
s’offre à midi une heure de taï-chi. «Un contrepoint à journée qui l’attend, avec satisfaction: «Demain, ce
ma journée agitée.» Elle mange ensuite une salade à sera une journée plutôt calme, sans déplacements – je
son bureau, et se met à étudier l’inventaire du collec- pourrai donc passer la soirée avec mes fils!»
tionneur visité le matin. À 14 h 15, le train l’emmène à Les week-ends d’Olga sont entièrement consa-
son prochain rendez-vous, à Lausanne. crés à sa famille et ses amis. «Nous allons nous pro-
15 h 30 – Olga Britschgi rencontre un marchand mener en montagne ou en forêt. Parfois, nous allons
d’art dans sa galerie. Elle inspecte les lieux et s’informe aussi au musée – mais jamais trop longtemps, car mes
des artistes représentés par la galerie. Ensemble, ils fils s’y ennuient vite!», rit-elle. Le soir, les Britschgi aiment
définissent la couverture d’assurance appropriée. Olga recevoir des amis. «Mon mari est un excellent cuisi-
promet au galeriste une offre sous 48 heures. Avant le nier», confie-t-elle.
rendez-vous suivant, elle a le temps de prendre un
café avec un collègue. TEXTE Isabella Awad PHOTOS Fabian Unternährer
18 h 00 – Cette année, Helvetia parraine l’expo-
sition «Hodler et le Léman» au Musée d’art de Pully.
Ce soir, une agence générale de Lausanne y invite ses
clients. Olga Britschgi présente brièvement l’événe-
ment, expliquant l’engagement d’Helvetia en faveur
Artiste préféré
ZAO WOU-KI20 | 21
«Son temps libre
toutefois, elle préfère
le passer entourée
de sa famille plutôt
que de grands
artistes.»
Olga Britschgi
15:30L’A R T E T L E C R I M E
Henri Matisse, sculpture en bronze
de sa fille Marguerite (1906)
© Succession H. Matisse/2018,
ProLitteris, Zurich
© Courtesy Galerie Kornfeld, Berne
Grütter Registre des œuvres d’art
perdues (ALR)
L’ALR, dont le siège est à Londres,
mène
est la plus grande base de données
au monde des œuvres d’art volées
ou perdues. Il a été créé en 1991
par des maisons de vente, par
le marché international de l’art, par
l’enquête
des représentants de l’industrie des
assurances et par l’International
Foundation for Art Research.
Sur demande, l’ALR entreprend des
recherches sur l’authenticité, la
provenance, l’importation et l’exporta-
tion et sur la valeur des œuvres d’art
enregistrées.
Un mystère artistique et www.artloss.com
policier – une histoire vraie.
Philippe Grütter
Philippe Grütter est spécialiste Senior
des sinistres œuvres d’art depuis près
de 15 ans. À ce titre, il traite tous les cas
en Suisse et d’ampleur internationale.
La cause principale des sinistres sur
des œuvres d’art est l’erreur humaine,
par exemple une manipulation inappro-
priée lors de l’accrochage ou du
décrochage, à l’emballage, lors de
l’entreposage ou du transport. Les vols
d’œuvres d’art sont heureusement
assez rares.22 | 23
U
ne sculpture de Matisse est volée en l’époque tout comme aujourd’hui, celui-ci est détruit
Suisse et disparaît. 30 ans plus tard, passé un délai de dix ans. Une aubaine peut néanmoins
elle refait soudain son apparition en aider le propriétaire initial: il a archivé quelques docu-
France. Sept mois s’écoulent avant ments dans ses caves.
que l’expert en art d’Helvetia Phi- Avec l’aide du Registre des œuvres d’art perdues,
lippe Grütter puisse la serrer dans Philippe Grütter réussit à faire saisir «Marguerite» en
ses bras. Un cas de sinistre fort en sensations. France et à organiser son transfert depuis la maison
de vente à destination de la Suisse. Il reçoit un courrier
1906, dans l’atelier d’art d’Henri Matisse de la Brigade de répression du banditisme de la po-
à Paris. lice parisienne. Il est indiqué que les autorités doua-
La petite Marguerite regarde son père travailler. Il est nières refusent l’expédition de la statuette car il s’agit
en train de sortir une petite statue en bronze de son d’un cas Interpol non résolu pour lequel tout négoce
moule. D’une habile main de maître, il grave le numéro est illicite conformément à la Loi sur le transfert des
d’édition dans la représentation en bronze de sa «fille biens culturels (LTBC). Mais l’histoire ne s’arrête pas là:
de l’atelier» si chère à son cœur. dans l’entreprise de logistique qui avait transporté la
statue pour qu’elle soit vendue en France, les docu-
1990, un lundi matin dans un musée ments d’importation ont disparu.
en Suisse: Grütter a beaucoup à faire. Il doit premièrement
Un collaborateur du musée remarque l’absence de prouver qu’Helvetia est la propriétaire légale de «Mar-
«Marguerite» et le signale à la police. Pendant les guerite». Deuxièmement, il doit établir que l’importation
jours fériés, la sculpture a été détachée de son socle en France s’est déroulée de façon licite et, troisième-
et subtilisée. La police locale met tous les moyens en ment, qu’une exportation de l’œuvre ne constitue pas
œuvre jusqu’à lancer un appel à Interpol. Nationale une violation de la LTBC. Et pour finir, il doit obtenir
Suisse qui était alors l’assureur de ce don est également une suppression de l’avis Interpol.
informée du vol simple. Il enregistre l’œuvre dans le Ce qu’il doit faire en premier est compliqué
Registre des œuvres d’art perdues (voir encadré). Mais puisque Nationale Suisse, c’est aujourd’hui Helvetia.
«Marguerite» n’est pas retrouvée – les voleurs non plus. Il doit donc présenter un certain nombre de pièces
et apporter des preuves aux autorités étrangères. Le
2017, janvier, au Steinengraben à Bâle, deuxième point est délicat mais il réussit finalement
dans le bureau de Philippe Grütter, spécialiste des grâce au transporteur auquel il confie le transfert-re-
sinistres œuvres d’art: Grütter répond au téléphone et tour. Pour le troisième point, la sollicitation du Minis-
ses yeux s’écarquillent. Il apprend par le Registre des tère public est nécessaire. Et le quatrième point s’avère
œuvres d’art perdues que la statue en bronze «Mar- quasiment impossible puisque le service de police
guerite» a été vue dans une maison française de qui avait rédigé l’avis Interpol n’existe plus.
vente aux enchères. Le vendeur doit rester anonyme Grâce au bon esprit d’équipe, à la patience et
tout comme le motif de la vente. Philippe Grütter se au tact exceptionnel de toutes les parties prenantes,
met au travail. Philippe Grütter a pu enfin aller chercher «Marguerite»
D’un point de vue formellement juridique, «Mar- à la douane le 3 août 2017. Il fêtera la fin heureuse de
guerite» appartient à Helvetia. Après la déclaration ce feuilleton par un apéro de bienvenue avec les col-
de vol et l’enquête de police sans résultat, Nationale lègues d’Underwriting Art et l’équipe Sinistres de
Suisse avait indemnisé l’œuvre d’art au titre d’un Specialty Lines chez Helvetia.
dommage total. Ainsi, les droits de propriété ont été
transférés à la compagnie d’assurances, laquelle a été TEXTE Sara Meier PHOTOS Barbara Jung
intégrée à Helvetia en 2015. Dans les archives, Grütter
ne trouve plus le dossier du sinistre. En effet, à
Artiste préféré:
A L B E R TO G I ACO M E T T IE N C Y C L O P É D I E D U S AV O I R I N U T I L E
Inspiré? Voici de quoi vous inspirer…
ou vous faire rire ou soupirer.
© depositphoto
Le café facilite la
concentration, mais ce
n’est pas la bonne boisson
pour les personnes en
quête d’inspiration.
L’alcool, en revanche,
influe sur les neurones du
cerveau et entraîne des
hésitations dans le traite-
ment des informations.
Cela permet donc de
tracer plus facilement des
liens entre différentes
idées. L’inspiration s’en
trouve donc stimulée!
Attention: La consom- L’art grâce à l’intelli-
mation irraisonnée gence artificielle?
d’alcool crée un chaos
Apparemment, la créativité n’est plus réservée à
très peu inspirant. l’humain: des robots apprennent également à peindre.
Le programme Deep Dream génère, à partir de
tableaux existants, de nouvelles œuvres – qui se
négocient déjà à des prix élevés!24 | 25
mio. Le prix le plus élevé
jamais payé pour une œuvre
d’art contemporaine
Jean-Michel Basquiat En mai 2017, «Untitled», du peintre
750
Le vol le
© Jean-Michel Basquiat,
afro-américain Jean-Michel Basquiat,
Area, New York, 1986
a été vendu pour 110,5 millions de
plus coûteux
(b/w photo) / Photo
© Ben Buchanan / dollars au milliardaire japonais
Bridgeman Images
d’une œuvre
Yusaku Maezawa, pour son futur
musée privé. C’est la première œuvre
artistique créée après 1980 à avoir dépassé aux enchères la
barre des 100 millions de dollars. Mais le tableau le
Le 21 août 1911, le monde a plus cher du monde est sans doute le «Salvator Mundi»
retenu son souffle. Ce jour-là de Léonard de Vinci: l’an passé, il a été adjugé aux
a été annoncé le vol le plus enchères par Christie’s pour plus de 450 millions de
sensationnel de l’histoire: dollars. Eh oui, l’art est cher.
Vincenzo Peruggia, 29 ans,
avait volé le chef-d’œuvre de
Les éclairs
Léonard de Vinci, «La Joconde»,
au musée du Louvre. Ce n’est
que deux ans et demi plus tard
que l’énigme a été résolue et
qu’on a retrouvé le tableau. La
Joconde est considérée comme
de génie
le tableau ayant la plus haute viennent en marchant
valeur d’assurance: les estima- Pour encourager l’inspiration, mieux
tions vont de 750 millions à
vaut bouger: d’après une étude de
1 milliard de dollars.
l’American Psychological Association, le
mouvement stimule la créativité. Allez,
L’artiste le plus copié tous en marche!
Bien copier les grands maîtres, c’est tout un
art: aucun peintre n’est autant copié que
© depositphoto
Vincent Van Gogh. Même à la grande
exposition Van Gogh de Bâle en 2009, au
moins deux faux ont été présentés au
public! Comment est-ce possible? Jusqu’à
présent, il n’existe aucun répertoire officiel
de ses œuvres.U N R E S TA U R AT E U R D ’A RT R A C O N T E
Le secret du
maître
Restaurer, c’est conserver. Cela nécessite «Que fait un restaurateur au juste?»
de comprendre parfaitement l’artiste, Voilà une question que Markus Gross entend
son œuvre et l’esprit de son époque. En bien souvent. Sa réponse est calme et précise:
«Le cœur de mon travail de restaurateur ré-
collaboration avec son équipe d’ex-
side dans la préservation de l’art.» 80% sont
perts, Markus Gross, responsable de la consacrés au contrôle, à l’entretien et à la
restauration à la Fondation Beyeler, documentation, et 20% à la restauration. Il
dévoile tous ces mystères avec respect est rare qu’il intervienne lui-même sur un
et passion. objet. Et quand bien même, il s’agit le plus
souvent de re-restaurations, c’est-à-dire de
la restauration d’anciennes restaurations.
TEXTE Sara Meier PHOTOS Daniel Bossart Restaurer, c’est aussi conserver.
Markus Gross tente en premier lieu de dé-
voiler l’intention initiale de l’artiste à partir
des matériaux et des différents composants.
Il suit le parcours d’une œuvre et de son
maître sur plusieurs années ou décennies.
Pour ce faire, il s’appuie sur des photos, des
textes et des bases de données relatives à des
artistes, à des œuvres, à l’époque et à des
œuvres comparables. Cette analyse quasi
scientifique s’inscrit dans le cadre d’une
stratégie de conservation. Pour la mettre en
La Fondation Beyeler
est un musée d’art moderne et contemporain. Il est l’un des plus œuvre, il discute des mesures de restaura-
beaux au monde. Il a acquis une renommée internationale et tion avec les conservateurs pour déterminer
s’est imposé comme le musée d’art le plus visité de Suisse, en
la mesure la plus judicieuse. Une bonne
particulier grâce à ses expositions d’œuvres de célèbres artistes
des 19 e, 20e et 21e siècles. Le musée se concentre sur le ressenti restauration doit être invisible à l’œil de
personnel et l’expérience sensorielle du visiteur au contact de l’observateur.
l’art de de la nature. Le couple de collectionneurs Hildy et
Markus Gross décrit son activité
Ernst Beyeler a rassemblé pendant 50 ans des œuvres prisées
du courant moderne classique. En 1982, la collection a été comme un véritable travail d’équipe: «L’ana-
transférée vers une fondation, puis présentée pour la première lyse, les décisions stratégiques et les réa
fois au public en 1989. lisations interviennent dans le cadre d’un
fondationbeyeler.ch dialogue étroit avec les conservateurs de26 | 27 «Chaque chef-d’œuvre contient un mystère, qui ne se dévoile jamais entièrement.» Markus Gross
U N R E S TA U R AT E U R D ’A RT R A C O N T E
la Fondation Beyeler et des experts ex-
ternes, dont certains viennent du bout du
monde», explique-t-il. Ainsi, le restau
rateur est devenu un as du réseautage qui
recrute des experts au profil approprié et
tire toutes les ficelles.
Plus une œuvre est récente, plus cette
équipe est grande. La numérisation accélère
la transformation de ce métier. La restaura-
tion de tableaux classiques implique des
expériences et des connaissances sur des
technologies datant de plusieurs siècles.
Les installations contemporaines sur la
base de médias qui reposent, par exemple,
sur une numérisation totale, posent de
toutes nouvelles problématiques. L’empi-
risme manque à l’appel: les matériaux ne se
sont pas encore modifiés, on ne connaît ni
leur fragilité, ni leur comportement au
vieillissement. Pour Markus Gross, ce
spectre est d’autant plus fascinant que la
Fondation Beyeler abrite elle aussi quelques
œuvres contemporaines.
Art ou technique de conservation?
La rencontre entre l’art et la nature est au centre «Un bon restaurateur doit maîtriser les
des activités, lors de notre visite à la Fondation Beyeler, deux», explique Markus Gross, convaincu.
où travaille Markus Gross.
Pour lui, la matérialité passe au premier
plan. Il s’intéresse au «comment», donc à la
matérialité et à la méthode. En même temps,
il a le plus grand respect pour le «pourquoi».
En effet, une œuvre est selon lui l’expression
individuelle, voire intime, d’un esprit créatif.
C’est pourquoi il se consacre entièrement à
l’artiste et à son œuvre et décrit son ressenti
comme suit: «Dès que je me penche sur une
Markus Gross
est un restaurateur qualifié, qui dirige depuis 2001
œuvre, je m’y lance à corps perdu.» Selon
le service Restauration de la Fondation Beyeler. Markus Gross, il se cache derrière chaque
Son trio gère près de 350 œuvres – tableaux, œuvre un secret qui ne se laisse pas totale-
sculptures, installations, travaux sur papier.
ment percer.
L’expert munichois s’intéresse à tout ce qui a trait
à l’art, et donc aussi à l’artisanat, à l’histoire de
l’art et à l’architecture. Véritable passionné de la
nature, il est toujours enthousiasmé au quotidien
par le concept de la fondation qui se concentre
sur l’art et la nature. Artiste préféré:
« L’ Œ U V R E Q U E J E
PRÉFÈRE EST CELLE SUR
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