Productions animales, usage des terres et sécurité alimentaire en 2050 : l'éclairage de la prospective Agrimonde-Terra - INRA ...
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Productions animales, INRA Prod. Anim.,
2019, 32 (2), 95-110
usage des terres et sécurité
alimentaire en 2050 : l’éclairage
de la prospective Agrimonde-Terra
Chantal LE MOUËL1, Olivier MORA2
1
UMR 1302, SMART-LERECO, INRA, 35000, Rennes, France
2
UAR 1241, DEPE, INRA, 75000, Paris, France
Courriel : chantal.le-mouel@inra.fr
La prospective Agrimonde-Terra propose cinq scénarios d’usage des terres et de sécurité alimentaire à l’horizon
2050. Les productions animales sont un élément clé de ces scénarios et de leurs conséquences sur l’usage des
terres et pour la sécurité alimentaire. La prospective Agrimonde-Terra n’apporte pas un message uniforme et
globalisé sur la consommation de produits animaux, et notamment sur sa réduction, mais un message différencié
en fonction des enjeux régionaux de la sécurité alimentaire.
Introduction de viande et plus spécifiquement de consommation de produits animaux
viande de ruminant, fait toujours par- au regard de l’usage des terres et de la
tie des leviers invoqués (Stehfest et al., sécurité alimentaire. Ils montrent éga-
L’élevage et la consommation de pro- 2009 ; Popp et al., 2010 ; Wirsenius et al., lement que l’évolution des régimes ali-
duits animaux sont au cœur des débats 2010 ; Bajželj et al., 2014 ; Springmann mentaires vers une diète, en moyenne
sur l’avenir des systèmes alimentaires et al., 2016 ; Röös et al., 2017 ; Weindl mondiale, moins riche en énergie, plus
à l’échelle globale. D’un côté, la crois- et al., 2017 ; Springmann et al., 2018). diversifiée et contenant moins de pro-
sance de la consommation de produits duits d’origine animale est nécessaire
animaux est une tendance de long On retrouve le même consensus dans pour assurer la sécurité alimentaire
terme qui résulte de la transformation les travaux de prospective qui s’inté- mondiale à l’horizon 2050.
des régimes alimentaires liée à l’aug- ressent à la sécurité alimentaire mon-
mentation des revenus, à l’urbanisa- diale et qui proposent des scénarios Les scénarios d’Agrimonde-Terra
tion et aux changements de style de globaux d’évolution des systèmes ali- reposent sur quatre hypothèses d’évo-
vie (Kearney, 2010 ; Alexandratos et mentaires mondiaux : la transition vers lution alternative des régimes alimen-
Bruisma, 2012 ; Popkin et al., 2012 ; Zhai des régimes alimentaires moins riches taires à 2050, qui donnent une place
et al., 2014). D’un autre côté, l’élevage en énergie et moins riches en produits contrastée aux produits animaux, dans
est source d’impacts négatifs significa- d’origine animale fait partie des options le temps mais aussi dans l’espace. En
tifs sur l’environnement et sur la santé avancées pour nourrir une popula- particulier, dans un souci de sécurité
humaine (FAO, 2006 ; Tilman et Clark, tion mondiale croissante de manière alimentaire régionale, Agrimonde-
2014 ; Godfray et al., 2018). Il en résulte durable (pour une revue, voir Le Mouël Terra fait l’hypothèse que les régimes
que dans les travaux qui s’interrogent et Forslund, 2017, par exemple). alimentaires des régions en développe-
sur les leviers qui permettraient de ment (Afrique sub-Saharienne et Inde)
réduire les impacts négatifs sur l’envi- La prospective Agrimonde-Terra (Le voient leur contenu en énergie et leur
ronnement et/ou la santé des systèmes Mouël et al., 2018a) fait partie de ces tra- contenu en produits animaux augmen-
alimentaires mondiaux, la limitation vaux. Ses scénarios d’usage des terres et ter à 2050, même lorsque la trajectoire
de la croissance de la consommation de sécurité alimentaire en 2050 confir- générale d’évolution conduit ces conte-
de produits animaux, en particulier ment le rôle clé de l’élevage et de la nus à diminuer en moyenne mondiale.
https://doi.org/10.20870/productions-animales.2019.32.2.2508 INRA Productions Animales, 2019, numéro 2
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Cette hypothèse se révèle cruciale Agrimonde-Terra se définit comme temps : systèmes de culture, systèmes
au regard de l’équilibre global entre un exercice à visée exploratoire dont d’élevage, structures de production,
l’offre et la demande de biomasse et le but est de préparer les acteurs et la relations entre les zones urbaines
en termes d’usage des terres au niveau recherche à différents futurs possibles, et rurales ; changement climatique,
mondial et régional, car, dans les scéna- en leur fournissant des éléments de régimes alimentaires et contexte global.
rios d’Agrimonde-Terra, ces régions en compréhension et d’anticipation des En s’appuyant sur une analyse rétros-
développement très peuplées connaî- enjeux à venir sous la forme de scéna- pective et prospective de ces détermi-
tront une croissance démographique rios. La méthode des scénarios basée nants, menée avec l’appui de groupes
très rapide, tandis que leurs systèmes sur une analyse morphologique permet d’experts, des hypothèses d’évolution
d’élevage peu performants en termes d’envisager un grand nombre de scé- alternative d’ici 2050 de chaque déter-
de rendements à l’hectare verront leur narios alternatifs à partir d’une analyse minant ont été élaborées. Sur cette
productivité s’améliorer à 2050, mais commune des dynamiques du système, base, cinq scénarios contrastés ont été
dans une mesure limitée comme l’en- tout en prenant en compte un degré construits, en recherchant les combi-
semble des autres régions du monde. élevé d’incertitude (Zurek et Henrichs, naisons plausibles et pertinentes de
2007). ces hypothèses, et en s’appuyant sur un
Au total, si les résultats d’Agri- comité d’experts internationaux.
monde-Terra permettent de différen- Dans l’approche systémique
cier clairement entre les scénarios qui Agrimonde-Terra, les principaux déter- Les figures 1 et 2 permettent de
ne seraient pas capables et ceux qui minants des changements d’usage des visualiser la méthode de construction
seraient susceptibles d’assurer la sécu- terres ont été analysés dans un premier des scénarios. Le tableau morpholo-
rité alimentaire mondiale en 2050, les
résultats au niveau régional sont plus Figure 1. Combinaisons alternatives d’hypothèses d’évolution à 2050 des déter-
ambigus : pour les régions en dévelop- minants constituant les scénarios « Métropolisation », « Régionalisation » et
pement, en particulier pour l’Afrique « Ménages » (Conception graphique : Élodie Carle).
sub-saharienne, tous les scénarios
conduisent à une expansion de la sur-
face agricole difficilement soutenable.
L’objectif de cet article est double :
après avoir décrit la méthode utilisée
(partie 1) il s’agit tout d’abord de pré-
senter les scénarios d’Agrimonde-Terra,
en mettant en évidence le rôle des pro-
ductions animales dans ces scénarios
(partie 2) ; puis, dans un second temps,
d’éclairer les enjeux des scénarios
pour les productions animales dans le
monde de demain (partie 3).
1. La méthode
d’Agrimonde-Terra
Pour penser les futurs de l’usage
des terres et de la sécurité alimentaire
mondiale à l’horizon 2050, la méthode
adoptée dans Agrimonde-Terra com-
bine diverses approches : une analyse
systémique, une méthode des scé-
narios basée sur l’analyse morpholo-
gique (Ritchey, 2011) et mobilisée à
différentes échelles du système, la mise
en œuvre de « forums prospectifs » où
sont débattues les hypothèses d’évo-
lution du système (de Jouvenel, 1972 ;
Mermet, 2009), et la construction et
l’utilisation d’un outil de modélisation
et de simulation GlobAgri-AgT.
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gique, sous-jacent dans ces graphiques, Figure 2. Combinaisons alternatives d’hypothèses d’évolution à 2050 des détermi-
rapporte pour chaque déterminant nants constituant les scénarios « Régimes sains » et « Communautés » (Conception
du système (en ligne) les hypothèses graphique : Élodie Carle).
d’évolution alternative à 2050 retenues
(en colonne). Les cinq scénarios d’Agri-
monde-Terra sont construits en com-
binant une ou plusieurs hypothèses
d’évolution par déterminant (flèches
de couleur sur les graphiques). Les
trois premiers scénarios sont basés sur
des tendances concurrentes actuelles
identifiées dans la plupart des régions
du monde (figure 1). Les deux derniers
scénarios impliquent des ruptures
potentielles qui pourraient changer
radicalement le système « usage des
terres et sécurité alimentaire » dans son
ensemble (partie 2).
Dans une deuxième étape, les impacts
des scénarios en termes d’usage des
terres ont été évalués à l’aide du modèle
GlobAgri-AgT (cf. encadré). Pour ce faire,
chaque hypothèse d’évolution alterna-
tive à 2050 des différents déterminants
du système a d’abord été quantifiée
pour disposer, pour chaque hypothèse
et pour chacune des 14 régions consi-
dérées, de valeurs pour les variables
d’entrée du modèle1. Puis quatre des
cinq scénarios ont été simulés, fournis-
sant ainsi des résultats quantitatifs sur
leurs impacts en termes d’usage des
terres, de production agricole et de
commerce international par région et
pour le monde dans son ensemble.
1 La quantification des hypothèses d’évolution
alternative à 2050 consiste, par exemple dans le Enfin, dans une dernière étape, arti- jectoires vers 2050 des cinq scénarios ;
cas des régimes alimentaires, à établir des règles culant analyse qualitative et analyse un second temps centré sur leur image
de projections à 2050 (communes aux 14 régions
du monde considérées mais différentes selon
quantitative, un récit a été élaboré pour en termes d’usage des terres puis en
l’hypothèse d’évolution) du contenu énergétique chaque scénario. Chaque récit fournit termes de sécurité alimentaire en 2050.
et de la composition du régime alimentaire une image des usages des terres et de la
initial (2010) de chaque région. Combinées à sécurité alimentaire en 2050, et détaille 2.1. Moteur et trajectoire
une hypothèse de projection démographique à le moteur du scénario et la trajectoire des scénarios
2050, ces projections des régimes alimentaires
fournissent la variation de la consommation
du système vers son image en 2050.
humaine de chaque produit entre 2010 et 2050 a. Métropolisation :
dans chaque région. Ce sont ces variations qui, en des usages des terres pilotés
même temps que toute une série d’autres variables
2. Les récits par la métropolisation
d’entrée (comme les rendements végétaux, les des cinq scénarios En 2050, deux tiers de la popula-
efficiences animales, les surfaces cultivables d’Agrimonde-Terra tion mondiale vivent dans des villes et
maximales), sont introduites dans le modèle de
bilans de biomasse, ce dernier fournissant en plus de 15 % de la population urbaine
sortie les surfaces cultivées et les surfaces en réside dans des mégapoles (de plus de
prairies et pâtures permanentes, les productions, Les récits détaillés des scénarios 10 millions d’habitants). S’appuyant
les importations et les exportations de chaque sont disponibles dans Mora (2018a). sur l’émergence d’une large classe
produit pour chaque région. La quantification
des hypothèses d’évolution alternative à 2050 des
Dans cette section nous synthétisons moyenne, ces mégapoles sont le cœur
déterminants du système est décrite en détail dans ces récits en deux temps : un premier d’une économie mondiale qui s’orga-
Le Mouël et Marajo-Petitzon (2018). temps consacré aux moteurs et aux tra- nise autour d’un réseau mondial de
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sif, une agriculture pratiquée par des
Encadré. La plateforme GlobAgri et son application GlobAgri-AgT
paysans pauvres se maintient dans des
GlobAgri est une plateforme quantitative permettant de produire des bases de données cohérentes et des conditions économiques et environne-
modèles de bilans ressources – utilisations de produits agricoles et agroalimentaires à partir de données mentales difficiles (sols dégradés, dif-
FAOStat et de données complémentaires partagées par des scientifiques de plusieurs institutions. Les ficulté d’accès à l’eau). Les évolutions
bases de données générées sont équilibrées et tiennent compte des liens entre produits (via l’alimentation des régimes alimentaires ont conduit à
animale ou les produits joints huiles-tourteaux d’oléagineux ou lait-viande par exemple). Les modèles de un développement des maladies chro-
bilans équilibrent les ressources (production domestique plus importations moins exportations) d’une niques liées à l’alimentation ; la crois-
sance des inégalités intra-urbaines et
part, et les utilisations (consommation humaine, consommation animale et autres utilisations) d’autre
entre zones urbaines et rurales a engen-
part, pour chaque produit dans chaque région. Ils permettent de simuler les changements d’usages des
dré des problèmes de sous-nutrition ;
terres induits par des modifications des utilisations de produits dans les différentes régions, étant donné
l’impact fort du changement climatique
un ensemble d’hypothèses d’évolution des autres variables du système (rendements végétaux et animaux, sur la production agricole a provoqué
contrainte de terres disponibles pour l’agriculture, contrainte de terres cultivables, conditions du commerce une fragilité du système alimentaire
international…). L’outil GlobAgri a été utilisé pour générer une base de données et un modèle de bilans qui génère ponctuellement des crises
spécialement spécifiés pour Agrimonde- Terra : GlobAgri-AgT. alimentaires dans les zones et pour les
GlobAgri-AgT comporte 33 agrégats de produits (26 agrégats de produits végétaux et 7 agrégats de pro- populations les plus vulnérables.
duits animaux) et couvre 14 régions du monde. L’élevage y est représenté par 5 secteurs (lait, bovin viande,
petits ruminants, porc et volaille) qui produisent 6 produits (lait, viande bovine, de petits ruminants, de b. Régionalisation : des usages
des terres pour des systèmes
porc, de volaille et œufs). Dans chaque secteur, plusieurs systèmes d’élevage co-existent : mixte, pastoral,
alimentaires régionaux
urbain et autre pour les ruminants, mixte et autre pour les monogastriques, tels que définis dans Herrero
En 2050, les États se sont organisés
et al. (2013). Les coefficients inputs/outputs entre les quantités des divers produits végétaux consommées
au sein de blocs régionaux supra-éta-
par les animaux, (y compris l’herbe) et les quantités produites de produits animaux sont calibrés par sys- tiques. Une gouvernance à l’échelle
tème à partir des données sur les rations et les rendements animaux de Herrero et al. (2013), complétées de blocs régionaux, à la fois politique
par des données de Bouwman et al. (2005) et de Monfreda et al. (2008). et économique, s’est développée pour
L’outil générique GlobAgri et son application GlobAgri-AgT sont décrits en détail dans Le Mouël et al. traiter des enjeux globaux, dans une
(2018b). situation marquée par l’impossibilité
d’instituer une gouvernance globale
et l’échec d’une gouvernance par les
seules forces du marché. Ces blocs
« villes globales » où se localisent l’es- styles de vie, dans un contexte global régionaux ont reconfiguré les systèmes
sentiel des activités et des emplois. La de développement porté par les forces alimentaires et organisé la transition
création de valeur au sein des méga- du marché et marqué par des change- énergétique. Ils ont mis en œuvre un
poles s’appuie principalement sur la ments climatiques rapides. L’agriculture principe de « subsidiarité alimentaire »
concentration des activités, et concerne intensive s’est développée grâce à des selon lequel tout ce qu’il est possible de
les secteurs des services, de l’industrie, investissements privés (fonds d’inves- produire à l’échelle régionale y est pro-
de la connaissance et de la finance. C’est tissement, firmes, bourgeoisie urbaine) duit, et lorsque la production régionale
la croissance économique et le maintien dans des bassins de production éloi- est insuffisante, les produits nécessaires
d’une trajectoire de développement gnés des villes mais connectés aux sont importés. Au sein des régions,
conventionnelle qui sont privilégiées, marchés alimentaires. Cette agriculture, les États visent également à une plus
et les préoccupations environnemen- qui ne prend en compte qu’a posteriori grande souveraineté énergétique via
tales ont été reléguées au second plan. les problèmes environnementaux, a un accroissement de la production
conduit à une forte dégradation des d’énergies renouvelables et le recours
Les firmes transnationales de l’agro- sols et à un déplacement des zones aux ressources fossiles disponibles
alimentaire, de la distribution et de cultivées (avec notamment une sélec- régionalement.
la logistique contrôlent désormais la tion des terres les plus aptes à ce mode
majeure partie des marchés alimen- d’intensification). L’ensemble constitué La régionalisation des systèmes
taires, et mettent en relation des sites par l’agriculture intensive et les filières alimentaires s’est traduite par une
de production ruraux et des bassins associées contribue désormais de façon reconfiguration de l’approvisionne-
de consommation majoritairement importante aux émissions de gaz à effet ment alimentaire et des chaînes de
urbains. Depuis 50 ans, il y a eu une de serre. De plus, l’affirmation d’une valeurs à l’échelle régionale, ainsi que
convergence globale des régimes ali- économie reliant des archipels urbains par un retour à des régimes alimentaires
mentaires, caractérisée par l’augmen- à l’échelle mondiale a laissé de vastes régionaux plus traditionnels. Les firmes
tation de la consommation d’aliments zones à l’écart de la croissance écono- de la logistique, de l’agroalimentaire et
ultra-transformés, commercialisés par mique. Dans les zones rurales éloignées de la distribution se sont coordonnées
de grandes firmes agroalimentaires, et des métropoles, non connectées à elles, au sein des réseaux qui articulent des
de produits d’origine animale, en rela- et considérées comme inaptes à une lieux de production ruraux, des acti-
tion avec l’évolution des revenus et des mise en valeur selon le modèle inten- vités de collecte et de transformation
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localisées dans des villes intermédiaires, des revendications de santé, de bio- alimentaires et le climat à l’échelle
et une diversité de systèmes de distri- diversité, d’environnement, de lutte globale. Ainsi, des politiques globales
bution aussi bien ruraux qu’urbains. En contre le changement climatique, etc. d’amélioration des sols ont permis de
2050, chaque région a élargi sa palette Ces revendications ont engendré une restaurer des terres dégradées pour
d’offre alimentaire, en développant une forte visibilité des pratiques et des l’agriculture et d’améliorer le stockage
diversité de filières s’appuyant sur les groupes d’agriculteurs. La multi-activité du carbone dans les sols agricoles.
cultures culinaires régionales. Selon les des ménages agricoles se généralise,
régions, la production et la consomma- grâce au développement d’activités Une réorientation des systèmes d’ap-
tion de racines et de tubercules, ou bien agricoles et non-agricoles, rurales ou provisionnement alimentaire basée à la
de céréales secondaires et de légumi- urbaines, multi-localisées ; ces activi- fois sur l’organisation des agriculteurs et
neuses, ou bien de fruits et légumes tés s’inscrivent dans des organisations la structuration des chaînes de valeur
se sont accrues. Ce développement en réseau. Le déploiement de ces modernes a facilité l’accès à des ali-
des filières agroalimentaires a un effet réseaux s’est appuyé sur le développe- ments de qualité et diversifiés, tout en
d’entraînement sur l’agriculture et sur ment des infrastructures de transport, limitant la consommation de produits
le développement rural en général. des plateformes numériques, et plus ultra-transformés, aussi bien pour les
La re-diversification des productions généralement, sur un mouvement de populations rurales qu’urbaines. Par
a transformé les systèmes de culture désintermédiation dans les chaînes de rapport à 2010, les régimes alimentaires
et d’élevage. Ainsi, l’alimentation des valeur. Les structures d’exploitation qui comportent en 2050 moins de produits
animaux provient spécifiquement de s’insèrent dans ces réseaux sont diversi- animaux (dans les pays développés),
productions végétales régionales, et fiées ; elles vont de la petite exploitation de graisses, de sucres et d’édulcorants
des échanges de fertilisants organiques basée sur une main-d’œuvre familiale à et de produits ultra-transformés, et
entre l’élevage et les cultures sont la grande exploitation fortement capi- plus de fruits et légumes, de céréales
organisés sur des courtes et moyennes talisée. Les réseaux d’acteurs publics et secondaires et de légumineuses. Dans
distances. En 2050, la transition nutri- privés qui organisent la commercialisa- certains pays en développement, la
tionnelle vers la consommation de tion des produits définissent des finali- part des produits animaux dans le
produits ultra-transformés, largement tés aux activités agricoles et participent régime alimentaire s’est accrue pour
amorcée dans les années 2000, a été aussi à la reconfiguration des pratiques répondre aux enjeux de sous-nutrition.
limitée, tout comme ses impacts poten- agricoles et du type d’intensification, en Pour répondre aux enjeux de sur- et
tiels sur la santé. fonction du lien qu’ils entretiennent à sous-nutrition, les systèmes de culture
l’opinion publique. et les cultures se sont diversifiés, en
c. Ménages : des usages intégrant des techniques d’agroécolo-
des terres pour des ménages d. Régimes sains : gie, tandis que les systèmes d’élevage,
mobiles et multi-actifs des usages des terres dont le développement a été limité, se
Dans un monde ultra-globalisé, pour une alimentation saine sont re-couplés avec des productions
mobile et hybride, les acteurs non-éta- et de qualité végétales. Par ailleurs, une meilleure
tiques (ONG internationales, collectifs Dans la décennie 2020-2030, le organisation des systèmes alimentaires
locaux, firmes multinationales, ins- poids économique considérable des a réduit les pertes et les gaspillages, en
titutions académiques, fondations, maladies chroniques liées à l’alimenta- particulier en améliorant les capacités
collectivités, villes) dominent les trans- tion dans les systèmes de santé et, de de stockage et de conservation des
formations sociales, économiques et façon plus générale, les conséquences denrées alimentaires dans les pays du
géopolitiques. Ils s’organisent, forment socioéconomiques de l’état de malnu- Sud. Le commerce international conti-
des réseaux ad-hoc qui ont un rôle trition des populations ont conduit la nue de jouer un rôle important mais
moteur dans les échanges, et sup- plupart des États à mettre en place un il est à présent régulé par des normes
plantent progressivement les gouver- ensemble de politiques afin d’orienter nutritionnelles.
nements souverains. Dans un contexte la consommation rurale et urbaine vers
économique dynamique mais relative- des régimes alimentaires sains. Ces poli- e. Communautés : des usages
ment instable, les mobilités réversibles tiques ont convergé avec des dispositifs de la terre comme commun
et temporaires de courte et de longue de gouvernance internationale de lutte des communautés rurales
distance entre villes et campagnes, sai- contre le changement climatique qui dans un monde fragmenté
sonnières ou transnationales, se déve- concernent l’énergie, les transports et En 2050, de multiples crises conco-
loppent, permettant aux individus de le bâtiment, le système alimentaire et mitantes (crises financières, énergé-
diversifier leurs revenus. le stockage du carbone. Dans ce cadre, tiques, géopolitiques et écologiques)
des synergies multi-scalaires (territo- ont conduit à une situation mondiale
Les chaînes de valeur sont désormais riales, nationales et internationales) fragmentée aussi bien politiquement
fortement liées aux débats publics entre politiques alimentaires, agricoles qu’économiquement. Ces crises ont
portant sur les caractéristiques des et climatiques ont été mises en œuvre, enrayé la croissance urbaine, ralentis-
produits. Celles-ci sont co-définies afin que les politiques agricoles et ali- sant le processus de concentration de la
avec des groupes concernés (citoyens, mentaires génèrent simultanément des population urbaine et des activités éco-
consommateurs, résidents…) ayant effets massifs et positifs sur les régimes nomiques dans de grandes métropoles.
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La réduction des migrations rurales un même scénario. Par exemple, dans le alimentaires (+ 1,3 milliard d’hectares
vers les grandes villes a engendré une scénario Régimes sains, les systèmes de ou + 27 % par rapport à la situation
fragmentation et une diffusion urbaine culture peuvent adopter une trajectoire initiale pour Métropolisation_Animp),
(avec un développement des petites d’intensification durable dans certains soit une stagnation ou une détério-
villes), mais aussi une augmentation endroits et de transition vers l’agroé- ration générale des performances
des populations rurales dans certaines cologie dans d’autres 2. Dans l’analyse des systèmes de production agricole
régions où la natalité reste élevée (Asie, quantitative néanmoins, par souci de (+ 2 milliards d’hectares ou + 41 %
Afrique sub-Saharienne). simplicité, nous avons considéré des pour Communautés_EFF). Elle est
scénarios constitués d’une seule hypo- beaucoup plus faible pour les scéna-
Dans certaines régions, pour faire thèse d’évolution par déterminant, rios impliquant soit une réduction du
face à une situation de crises multiples, s’appliquant partout dans le monde. niveau calorique des régimes alimen-
les agriculteurs s’organisent collective- Certains scénarios ont par conséquent taires (+ 142 millions d’hectares ou
ment à l’échelle des communautés et été simulés sous différentes variantes, + 3 % pour Communautés_AE), soit
des territoires pour mettre en place chaque variante correspondant à une une augmentation limitée du niveau
des systèmes agroécologiques. Des hypothèse d’évolution possible d’un des calories d’origine animale dans ces
dispositifs de coopération, définissant déterminant (tableau 1). Enfin, les spé- régimes, accompagnée d’un mouve-
des règles de gestion collective, per- cificités du scénario Ménages (réseaux, ment de substitution significatif des
mettent de co-construire et de gérer mobilité, pluriactivité, agilité) étant plu- viandes de ruminants par des viandes
les biens communs pour assurer une tôt liées aux structures agricoles et au de monogastriques (+ 29 millions
production durable d’aliments, d’éner- modèle de développement rural, elles d’hectares ou + 0,6 % pour Régimes
gie et de services environnementaux. sont difficiles à prendre en compte sains_C et – 54 millions d’hectares ou
Des synergies territoriales entre les dans le modèle, et nous ne fournissons – 1 % pour Métropolisation_Ultrap).
systèmes d’élevage et les systèmes de pas de résultats quantitatifs pour ce
culture se sont construites permet- scénario. L’expansion des terres agricoles
tant à la fois d’améliorer la gestion de résulte de l’ajustement simultané des
la fertilité des sols, et d’assurer l’au- a. Une expansion des terres surfaces cultivées et des surfaces en
tonomie de l’alimentation animale. agricoles au niveau mondial prairies et pâtures permanentes. La
Dans d’autres régions, l’agriculture de dans la plupart des scénarios surface mondiale en cultures arables
survie se développe dans un contexte Presque tous les scénarios et leurs et permanentes s’accroît dans tous les
de réduction de la taille des structures variantes conduisent à une expan- scénarios, excepté Régimes sains_C. Là
résultant de la croissance de la popu- sion des terres agricoles au niveau encore, ce sont les scénarios présen-
lation rurale et agricole et de l’absence mondial (tableau 2). L’expansion des tant les régimes alimentaires les plus
d’un développement économique terres agricoles mondiales varie néan- riches en calories d’origine animale
urbain. Les processus d’intensification moins très fortement d’un scénario à ou les perspectives les plus sombres
conventionnelle des cultures mis en l’autre et, pour chaque scénario, d’une pour les rendements des cultures et
place rencontrent deux types d’écueil variante à l’autre. L’expansion est parti- la productivité des systèmes de pro-
suivant les régions et en fonction de culièrement élevée pour les scénarios duction animale qui induisent les
l’accès aux intrants : une exploita- impliquant soit une augmentation expansions de terre cultivée les plus
tion minière des sols, mais aussi une significative du niveau des calories larges au niveau mondial (respecti-
sur-intensification de la petite agricul- d’origine animale dans les régimes vement, + 620 millions d’hectares ou
ture qui génère des impacts forts sur + 40 % pour Metropolisation_Animp
l‘environnement. 2 Les hypothèses d’évolution des systèmes
et + 555 millions d’hectares ou + 36 %
de culture sont présentées dans Réchauchère pour Communautés_EFF). On peut
2.2. Les conséquences et al. (2018), leur traduction quantitative dans noter l’expansion assez importante de
des scénarios d’Agrimonde- Le Mouël et Marajo-Petitzon (2018). Dans terre cultivée induite par le scénario
Terra en termes d’usage Agrimonde-Terra, l’intensification durable des Metropolisation_Ultrap (+ 243 mil-
des terres systèmes de culture est entendue comme une
intensification de la production combinée à une
lions d’hectares ou + 16 %). Outre
réduction des impacts environnementaux, via les régimes alimentaires riches en
Les conséquences des scénarios sur la substitution d’intrants et la maximisation de calories embarqués dans ce scénario,
l’usage des terres ont été simulées à leur efficacité grâce aux nouvelles technologies. l’hypothèse qui y est adoptée d’une
l’aide du modèle de bilans de biomasse L’évolution des systèmes de culture vers substitution marquée entre viandes
l’agroécologie implique en revanche une refonte
GlobAgri-AgT. Bien que le modèle four- totale des systèmes : diversification des cultures,
de ruminants et viandes de mono-
nisse des résultats pour 14 grandes agroforesterie, polycultures-élevage reposant gastriques (essentiellement de volaille)
régions du monde, dans ce qui suit nous sur les régulations biologiques qu’ils produisent explique une large part de ce résultat
ne considérons que les résultats pour eux-mêmes et sur des intrants locaux dans une (cf. partie 3). De la même façon, on
le monde dans son ensemble. Les gra- recherche d’autonomie. Les règles générales de peut souligner le caractère économe
quantification des hypothèses d’évolution des
phiques 1 et 2 indiquent que plusieurs systèmes de culture aboutissent en moyenne à
en terre cultivée du scénario Régimes
hypothèses d’évolution à 2050 d’un des rendements à l’hectare en 2050 plus faibles sains (– 56 millions d’hectares dans sa
déterminant peuvent coexister dans en agroécologie qu’en intensification durable. variante C et + 50 millions d’hectares
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Tableau 1. Les scénarios et leurs variantes simulés avec le modèle GlobAgri-AgT.
Scénarios Variantes Noms
Avec hypothèse de transition des régimes
Métropolisation_Ultrap
vers les produits ultra-transformés
Métropolisation
Avec hypothèse de transition des régimes
Métropolisation_Animp
vers les produits animaux
Avec technologie A : intensification durable pour systèmes
Régionalisation_A
de culture ; intensification conventionnelle avec ressources
Régionalisation locales pour systèmes d’élevage
Avec technologie B : agroécologie pour systèmes de culture
Régionalisation_B
et systèmes d’élevage
Avec technologie C : intensification durable pour systèmes
Régimes sains_C
de culture ; agroécologie pour systèmes d’élevage
Régimes sains
Avec technologie D : agroécologie pour systèmes de culture
Régimes sains_D
et systèmes d’élevage
Avec agroécologie : agroécologie pour systèmes de culture
et systèmes d’élevage Communauté_AE
Communautés
Avec effondrement : effondrement des systèmes de culture Communauté_EFF
et élevage de basse-cour
dans sa variante D), qui provient des productions animales entre 2010 et qui sont à la base de ce scénario,
essentiellement du contenu calorique 2050. Elle s’étend de manière substan- comportent une part importante de
réduit et de la part limitée des calories tielle dans le scénario Métropolisation_ viande de petits ruminants, en particu-
d’origine animale dans les régimes Animp (+ 698 millions d’hectares ou lier dans certaines régions à la démogra-
alimentaires de ce scénario. + 21 %), du fait de la forte consomma- phie très dynamique (Afrique du Nord
tion de produits animaux, notamment et Afrique sub-Saharienne, cf. partie 3).
Le tableau 2 indique que la surface de ruminants, qui caractérise ce scé- L’expansion des prairies et pâtures per-
mondiale en prairies et pâtures per- nario. La surface mondiale en prairies manentes sur la planète est en revanche
manentes augmente également dans et pâtures permanentes augmente beaucoup plus limitée dans le scénario
la plupart des scénarios. Cette dernière également significativement dans le Régimes sains, notamment dans sa
s’accroît considérablement dans le scé- scénario Régionalisation, notamment variante C (+ 85 millions d’hectares ou
nario Communautés_EFF (+ 1,5 milliard dans sa variante B (+ 517 millions d’hec- + 2,5 %), tandis que leur surface dimi-
d’hectares ou + 43,5 %), qui implique tares ou + 15,5 %), en partie parce que nue dans les scénarios Métropolisation_
une détérioration de la productivité les régimes alimentaires traditionnels, Ultrap et Communautés_AE.
Tableau 2. Conséquences des scénarios sur l’usage des terres au niveau mondial (Millions d’hectares).
Surface en cultures
Surface agricole Surface en prairies
arables et
totale et pâtures permanentes
permanentes
Métropolisation
Métropolisation_Ultrap – 54 (– 1 %) + 243 (+ 16 %) – 297 (– 9 %)
Métropolisation_Animp + 1 318 (+ 27 %) + 620 (+ 40 %) + 698 (+ 21 %)
Régionalisation
Régionalisation_A + 249 (+ 5 %) + 70 (+ 4,5 %) + 179 (+ 5,5 %)
Régionalisation_B + 691 (+ 14 %) + 174 (+ 11 %) + 517 (+ 15,5 %)
Régimes sains
Régimes sains_C + 29 (+ 0,6) – 56 (– 4 %) + 85 (+ 2,5 %)
Régimes sains_D + 269 (+ 5,5 %) + 50 (+ 3 %) + 219 (+ 6,5 %)
Communautés
Communautés_AE + 142 (+ 3 %) + 277 (+ 18 %) – 135 (– 4 %)
Communautés_EFF + 2 013 (+ 41 %) + 555 (+ 36 %) + 1 458 (+ 43,5 %)
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b. Une voie étroite pour cet objectif : Régionalisation et Ménages. Le scénario Régionalisation remet en
assurer l’approvisionnement Seul le scénario Régimes sains pourrait cause la dynamique actuelle de conver-
d’une population mondiale permettre d’assurer durablement la gence des régimes alimentaires de par
grandissante sans pressions sécurité alimentaire mondiale en 2050. le monde vers le régime dit occidental,
supplémentaires sur la forêt i.e. riche en énergie, en calories d’ori-
Au total, seuls les scénarios Le scénario Métropolisation est celui gine animale, en huiles végétales et en
Métropolisation_Ultrap et Régimes qui contribue le plus à la surnutrition sucre, et laissant une part décroissante
sains_C permettraient de produire et à l’accroissement de la prévalence aux céréales, légumineuses et racines
suffisamment de biomasse agricole des maladies liées à l’alimentation (dia- et tubercules. De ce point de vue,
pour nourrir une population mondiale bètes de type 2, maladies cardio-vas- Régionalisation contribue à accroître
croissante sans étendre la surface agri- culaires, certains cancers) et à l’obésité. la diversité inter-régionale des régimes
cole mondiale au détriment de la forêt. Concernant la sous-nutrition, bien alimentaires, à lutter contre la diffusion
Dans tous les autres scénarios, assurer que le scénario Métropolisation soit des produits ultra-transformés, condui-
la disponibilité alimentaire mondiale porté par une croissance économique sant ainsi à réduire la surnutrition et la
nécessite d’étendre la surface agricole soutenue favorable aux revenus des prévalence des maladies liées à l’alimen-
au niveau mondial, augmentant ainsi ménages, ce qui peut améliorer leur tation. De plus, les interactions étroites
le risque de déforestation. Dans cer- accès à l’alimentation et contribuer à entre campagnes et villes peuvent per-
tains cas, l’expansion des terres agri- réduire la sous-nutrition, ce scénario mettre de développer l’emploi et les
coles estimée en 2050 est telle que les conduit à une augmentation des iné- revenus dans les zones rurales et d’amé-
scénarios correspondants semblent galités économiques et spatiales et à la liorer l’accès à l’alimentation des popu-
difficilement soutenables. C’est le cas marginalisation d’une large frange de lations rurales. Cependant, les effets de
des scénarios Métropolisation_Animp la population rurale et urbaine ayant ce scénario sont variables suivant les
et Communautés_EFF. Mais l’on peut un accès limité à l’alimentation. Ceci est régions du monde, certaines régions
s’interroger également sur la soutena- amplifié par une instabilité des condi- restant très dépendantes des marchés
bilité du scénario Régionalisation qui tions de production agricole liée au fort internationaux pour leur approvision-
implique d’étendre significativement changement climatique, caractérisant nement alimentaire.
la surface agricole mondiale à l’horizon ce scénario, et au processus de spécia-
2050 : de + 249 (+ 5 %) à + 691 (+ 14 %) lisation et de concentration régionale Du point de vue de la sécurité ali-
millions d’hectares pour les variantes des agricultures, qui joue dans le sens mentaire et nutritionnelle, le scéna-
technologiques A et B respectivement. d’un accroissement de la volatilité des rio Ménages emprunte des éléments
Bien que moins exigeant que le scéna- prix sur les marchés mondiaux agri- aux deux scénarios Régimes sains et
rio Régionalisation_B en termes d’ex- coles, allant à l’encontre de la dimen- Régionalisation. Mais, tandis que dans
pansion des terres agricoles au niveau sion stabilité de la sécurité alimentaire. Régimes sains et Régionalisation, les
mondial, le scénario Régimes sains dans changements sont accompagnés par
sa variante technologique D (+ 269 mil- À l’opposé, Régimes sains est le scé- une régulation étatique forte, dans le
lions d’hectares ou + 5,5 %) pose éga- nario qui contribue le plus à la sécurité scénario Ménages, ils sont impulsés par
lement question dans la mesure où il alimentaire et nutritionnelle en rédui- des groupes de consommateurs et de
porte des objectifs ambitieux d’atté- sant la surnutrition, la sous-nutrition citoyens. Du point de vue de l’accès à
nuation du changement climatique. et les carences nutritionnelles par l’alimentation, la dynamique portée par
une diversification des aliments. Dans le scénario Ménages d’accentuation de
2.3. Les conséquences ce scénario en effet, les régimes ali- la mobilité facilitant la pluriactivité et
des scénarios d’Agrimonde- mentaires des régions développées et la diversification des sources de revenu
Terra en termes de sécurité émergentes tendent à être moins riches (emplois agricoles et non-agricoles dans
alimentaire en calories, moins riches en calories les zones rurales et urbaines) joue dans
d’origine animale, en sucres, en huiles le sens d’une amélioration de l’accès à
Pour compléter l’image des usages végétales et en produits ultra-transfor- l’alimentation. Cependant le risque n’est
des terres en 2050, une analyse quali- més et plus diversifiés, avec une part pas exclu, dans ce scénario de mobi-
tative des conséquences des scénarios plus importantes de fruits et légumes, lité et de transformation des styles de
en termes de sécurité alimentaire a été de légumineuses et de céréales secon- vie, que les produits ultra-transformés
menée. L’image de la sécurité alimen- daires. Dans les régions en développe- continuent de se diffuser et finissent
taire en 2050 des scénarios est détaillée ment où les régimes alimentaires sont par compter pour une part significative
ci-dessous. initialement les plus pauvres en éner- des régimes alimentaires, générant un
gie (Inde et Afrique de l’Est, du Centre développement des maladies liées à
Deux scénarios sont clairement inca- et du Sud), le scénario Régimes sains l’alimentation.
pables d’assurer durablement la sécu- implique une augmentation de leur
rité alimentaire mondiale à l’horizon contenu calorique et un accroissement La sécurité alimentaire et nutrition-
2050. Il s’agit de Métropolisation et de la part des calories d’origine animale nelle dans le scénario Communautés est
Communautés. Deux autres scénarios pour atteindre une sécurité alimentaire tributaire de crises multiples et d’une
ont des résultats ambigus vis-à-vis de et nutritionnelle. croissance économique faible et défa-
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vorable aux revenus des ménages. Ces l’évolution des systèmes d’élevage et de (figure 3.b illustrant le cas de l’Afrique
derniers voient, en moyenne, leur accès leur productivité. de l’Est, du Centre et du Sud -ECS).
à l’alimentation se dégrader. En outre,
le contexte de crise environnementale 3.1. Une consommation De manière très générale, et en
et climatique entraîne une stagnation mondiale de produits accord avec les évolutions des régimes
voire une instabilité des performances animaux qui augmente alimentaires et des chaînes de valeur
des systèmes de production agricoles dans tous les scénarios telles que décrites dans les récits des
de par le monde. Dans ce contexte, les scénarios, l’hypothèse Ultrap conduit
régimes alimentaires deviennent moins a. Quatre hypothèses à un régime en 2050 riche en kcal par
riches en énergie, ce qui va dans le sens d’évolution des régimes habitant et par jour, présentant des
d’une réduction de la surnutrition et de alimentaires à 2050 parts élevées d’huiles végétales et de
la prévalence des maladies liées à l’ali- qui contrastent la place sucre et intégrant, au sein des viandes,
mentation dans les pays développés des produits animaux, dans un mouvement significatif de subs-
et certains pays émergents, mais joue le temps et dans l’espace titution de la viande de volaille aux
surtout à l’inverse dans le sens d’une Les scénarios d’Agrimonde-Terra uti- viandes de ruminants. L’hypothèse
accentuation de la sous-nutrition dans lisent quatre hypothèses d’évolution Animp conduit également à un régime
les pays en développement. alternative à 2050 des régimes alimen- à haute teneur en énergie, mais cette
taires : Transition vers des régimes à base fois avec une part très élevée de calo-
de produits ultra-transformés (Ultrap) ; ries d’origine animale, en particulier de
3. Les enjeux des scénarios Transition vers des régimes à base de viande. Au sein des viandes, la volaille
d’Agrimonde-Terra produits animaux (Animp) ; Diversité se substitue également aux viandes de
pour les productions régionale des régimes et des systèmes ruminants mais dans une bien moindre
animales au travers alimentaires (Régional) ; Régimes sains mesure que sous l’hypothèse précé-
de l’analyse quantitative basés sur une diversité alimentaires dente. L’hypothèse Régional marque
(Sain)3. Pour simuler les conséquences un retour vers les régimes alimentaires
des scénarios d’Agrimonde-Terra en traditionnels des différentes régions.
La quantification des hypothèses termes d’usage des terres, ces quatre Globalement, ceci se traduit par des
d’évolution à 2050 des déterminants du hypothèses ont été quantifiées selon régimes alimentaires un peu moins
système, réalisée dans le cadre de l’ana- des règles générales appliquées à riches en énergie, avec une part élevée
lyse quantitative d’Agrimonde-Terra, toutes les régions considérées. Il en de racines et tubercules et une part plu-
permet d’éclairer plus spécifiquement résulte quatre régimes alimentaires tôt faible d’huiles végétales. Au sein des
les enjeux des scénarios pour les pro- en 2050, contrastés en moyenne mon- viandes, l’hypothèse Régional se traduit
ductions animales. diale4. Le contraste entre les régimes par une place réduite de la viande de
en 2050 s’atténue nettement lorsque volaille au profit des viandes de rumi-
Les hypothèses d’évolution des les règles générales sont appliquées nants. Pour les régions traditionnelle-
régimes alimentaires combinées aux aux régions développées et émer- ment tournées vers la viande de petits
hypothèses d’évolution démogra- gentes, qui se situent dans des phases ruminants (comme l’Afrique du Nord
phique, adoptées dans les différents avancées de la transition alimentaire et par exemple), l’hypothèse Régional
scénarios d’Agrimonde-Terra, déter- nutritionnelle (cf. figure 3.a illustrant le marque le retour de cette viande qui
minent la consommation de produits cas de l’UE). Dans ce cas, seule l’hypo- tendait à disparaître progressivement
agricoles et alimentaires en 2050 au thèse Sain conduit à un régime signifi- des régimes. Enfin, sous l’hypothèse
niveau global et dans les différentes cativement différent de ceux résultant Sain, les régimes en 2050 sont signi-
régions du monde. Dans un premier des trois autres hypothèses d’évolu- ficativement moins riches en kcal par
temps nous analysons les enjeux des tion. En revanche le contraste entre les habitant et par jour, ils contiennent des
scénarios du point de vue de la consom- régimes en 2050 est très fortement mar- parts élevées de céréales secondaires,
mation mondiale et régionale de pro- qué lorsque les règles générales sont de fruits et légumes et de légumineuses
duits animaux en 2050. Les hypothèses appliquées aux régions en développe- et des parts faibles d’huiles végétales
d’évolution des systèmes d’élevage ment, qui en sont au tout début de la et de sucre. Au sein des viandes, l’hy-
combinées aux hypothèses d’évolu- transition alimentaire et nutritionnelle pothèse Sain implique une substitution
tion des systèmes de culture, adoptées partielle de la viande par des protéines
dans les différents scénarios d’Agri- végétales (légumineuses) et une subs-
monde-Terra, déterminent la capacité titution de la viande de volaille aux
des systèmes de production agricoles 3 Ces hypothèses sont décrites en détail dans viandes de ruminants, pour répondre
à répondre aux besoins alimentaires Mora (2018b). au double-objectif d’amélioration de
mondiaux et régionaux, étant donné les 4 Les règles de quantification des régimes la nutrition et de réduction des émis-
terres disponibles dans les différentes alimentaires sous les quatre hypothèses d’évolution sions de gaz à effet de serre porté par le
alternative sont présentées dans Le Mouël et
régions. Dans un second temps, nous Marajo-Petitzon (2018), ainsi que les régimes
scénario Régimes sains qui utilise cette
examinons les enjeux des scénarios correspondants en 2050, en moyenne mondiale hypothèse d’évolution des régimes
d’Agrimonde-Terra du point de vue de et dans les différentes régions du monde. alimentaires.
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