L'ENTREPRISE RACONTE-MOI - UN COUPLE A VENIR - Croissance Plus
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LE MAGAZINE DES ENTREPRENEURS
NOVEMBRE 2017 #10
RACONTE-MOI
L’ENTREPRISE
JEUNES + ENTREPRISE =
UN COUPLE A VENIR...PREMIER RÉSEAU FRANÇAIS
DES ENTREPRENEURS DE CROISSANCE
CROISSANCEPLUS
C EN QUELQUES CHIFFRES
roissancePlus, créée en 1997,
réunit plus de 350 entreprises.
Notre mission est de faire
évoluer le cadre économique,
social, culturel et sociétal des
entreprises françaises, porter l’esprit
d’entreprise et faire entendre la voix
des entrepreneurs.
• CroissancePlus se mobilise 350
pour le partage des fruits de la ENTREPRISES DE CROISSANCE
croissance dans l'entreprise : (TPE, PME, ETI)
pour nous en effet, il n'existe pas
de développement économique
durable sans développement social !
• Présidée par Jean-Baptiste
Danet, CroissancePlus agit
13 MILLARDS
au quotidien comme force de DE CHIFFRE D’AFFAIRES CUMULÉ
propositions et d’influence auprès
des pouvoirs publics et des leaders
d’opinion. Lieu de rencontres
et d’échanges, CroissancePlus 120 000
s’impose également dans le débat EMPLOIS
public à travers l’organisation de
nombreux événements autour
de personnalités politiques et
économiques de premier plan.
• Association libre de toute attache
90
partisane, ne percevant ni ne
ÉVÉNEMENTS ANNUELS
sollicitant aucune subvention
publique, CroissancePlus s'assure
une parfaite indépendance de
pensée et d'action. Ses ressources
proviennent uniquement des
cotisations de ses membres et des
contributions de ses partenaires.
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L’ENTREPRISE,
LIEU D’ÉCHANGES
ET DE CULTURE
Notre enquête auprès des jeunes de 16 à 20 ans
sur leur vision de l’entreprise nous enseigne LE SOMMAIRE
CroissancePlus en actions 4
qu’ils ont une image positive de l’entreprise et
Revue de presse 6
qu’une forte proportion d’entre eux souhaite
Parole à… 9
entreprendre ; bonne nouvelle !
L’interview 10
Pour autant, le monde de l’entreprise leur paraît Le dossier 15
stressant, complexe, voire injuste, surtout pour Vu ailleurs 25
ceux qui considèrent qu’ils n’ont pas le réseau Ça fait débat 26
adapté pour y faciliter leur entrée. Success story 29
Mais ce que l’on retient surtout, c’est leur conscience précoce de la Ils adhèrent 34
place de l’entreprise dans la construction d’un nouveau modèle socié- Workshop 36
tal. La génération interrogée est consciente de la fragilité du monde du Trajectoires digitales 38
travail, des enjeux écologiques et géopolitiques à venir. Elle souhaite Valoriser et protéger 40
évoluer dans un cadre serein où les valeurs humaines prédominent et Préserver et développer 42
S’inspirer et s’aérer 44
s’impliquer dans des « projets qui ont du sens ».
Wishlist de l’entrepreneur 46
Cet enseignement nous conforte dans l’idée qu’au-delà de notre volon-
té de croissance, nos entreprises sont des lieux de culture qui ont un
rôle à jouer pour l’avenir de notre société : la formation, l’apprentis-
sage, l’inclusion sociale, la valorisation des territoires, la diversité…
autant de domaines considérés comme essentiels.
Chaque entreprise a sa personnalité, possède un mythe fondateur, une
Comité de rédaction : Jean-Baptiste Danet,
identité et des valeurs. Le regard que les jeunes portent sur celle-ci les Céline Garrisson, David Brunat, Corinne Mercier,
conduira à rechercher sa spécificité, à analyser sa culture, ses engage- David Kuhn, Mathieu Menossi, Maxime Hurstel et
Marie-Clémentine Pierre.
ments et à reconnaître le rôle des hommes qui la composent. Directeur de la publication : Michel Duplessier ❚
Dans un environnement perçu comme instable et complexe, l’entre- Coordination : Céline Garrisson ❚
CroissancePlus : 33 boulevard Malesherbes,
prise est un lieu de culture qui doit permettre à chaque individu de 75008 Paris - 01 56 88 56 20 ❚
grandir. Comprendre cet enjeu, c’est favoriser l’engagement de nos Conception et réalisation : ❚
Site Web : groupe-ipanema. com ❚
collaborateurs et accompagner les talents qui en sont la vraie richesse. Crédits photo : Baltel/Sipa, 2012, OpenClassrooms,
Au travers de cette enquête, les jeunes nous rappellent que nous de- Nadia Niedojadlo, Shutterstock ❚
Dépôt légal : Ipanema, novembre 2017.
vons rester vigilants et nous assurer en permanence que nos décisions Les informations contenues dans ce magazine sont
d’entrepreneurs sont compatibles avec les besoins et attentes de la fournies à titre indicatif, sur la base des informations
connues à publication, et ne sauraient engager la
société avec laquelle ils veulent vivre. responsabilité de CroissancePlus.
De même, les propos tenus dans les tribunes
et publirédactionnels n’engagent que la
Jean-Baptiste Danet responsabilité de leurs auteurs.
Président de CroissancePlus 3CROISSANCEPLUS EN ACTIONS
PRIX DE L’ENTREPRENEUR
DE L’ANNÉE
Lors du 25e anniversaire du Prix de l’entrepreneur de l’année,
qui s’est tenu à la salle Pleyel le 17 octobre dernier, EY
a décerné le Prix de l’entrepreneur de l’année à Octave Klaba
(OVH) lors de la grande cérémonie nationale.
Ont également été récompensés Sodebo (Prix de l’entreprise
familiale), Evaneos (Prix de la start-up de l’année) et
Les Petits Doudous (Prix de l’engagement sociétal).
CroissancePlus, partenaire et membre du jury, adresse
ses félicitations à l’ensemble des lauréats et au grand gagnant !
PARTENARIAT
CROISSANCEPLUS
& INSTITUT DE
L’ENGAGEMENT
CroissancePlus et l’Institut de l’Engagement
s’impliquent chacun dans des actions concrètes
autour de l’éducation, la formation et
le développement de l’entrepreneuriat
des jeunes. Ils ont donc décidé de s’engager
dans un partenariat actif dans un premier
temps, dans le cadre d’un parrainage de jeunes
porteurs de projets de création d’entreprise
par des entrepreneurs adhérents de
CroissancePlus. À l’occasion du BtoB de rentrée
de CroissancePlus, le 12 octobre dernier,
Jean-Baptiste Danet et Martin Hirsch ont signé
officiellement ce partenariat et présenté
à l’ensemble des adhérents de CroissancePlus
les premiers binômes entrepreneurs mentors
et jeunes créateurs d’entreprise.
MA PUB ICI
CroissancePlus s’est de nouveau associé à BNP Paribas pour la 5e édition du Prix Ma Pub Ici qui met en valeur
les entrepreneurs et PME participant au changement et qui, par leur produit/service/démarche, ont un impact
positif sur la société.
Les 14 lauréats ont remporté chacun une campagne de publicité dans les agences BNP en novembre.
Début décembre, sera choisi le grand gagnant d’une campagne de publicité nationale personnalisée.
4CROISSANCEPLUS EN ACTIONS
TECHNOLOGY FAST 50
La 17e édition du Technology Fast 50 de Deloitte,
dont CroissancePlus est membre du comité de pilotage,
a clôturé ses inscriptions fin septembre dernier.
Deloitte promeut et encourage chaque année
le développement des entreprises qui allient innovation et
croissance des hautes technologies.
La cérémonie, qui récompensera les entreprises affichant
les plus belles performances de croissance, verra son lauréat
choisi parmi les 503 entreprises ayant candidaté cette année.
PROGRAMME TECHSHARE
Bernadette Bung (Microbrain
Biotech), adhérente de
CroissancePlus, a été
sélectionnée pour faire
TROPHÉES partie de la nouvelle
promotion du programme
« PME BOUGEONS-NOUS » Techshare. Lancé en 2015
par Enternext, il a pour
objectif d’aider les dirigeants
Cette année encore, CroissancePlus de sociétés Tech à mieux
a été membre du jury des 8e trophées comprendre le rôle et le
« PME Bougeons-nous » organisés fonctionnement des marchés
par RMC, qui récompensent des financiers.
PME françaises participant au
dynamisme de notre économie.
Le 18 octobre dernier, les 6 lauréats
nationaux ont été dévoilés.
Chacun d’entre eux bénéficiera d’une
APARTÉS
campagne publicitaire d’une valeur
de 100 000 € sur l’antenne de RMC !
Nous félicitons :
• Calissons du Roy René
(catégorie Artisanale)
DE LA CROISSANCE
• Proginov Gilles Finchelstein était l’invité de la dernière édition des
« Apartés de la Croissance », organisés en partenariat
(catégorie Bienveillante)
avec Lazard Frères Gestion sur le thème : « Nouvelle
• Medincell situation politique, nouvel état d’esprit des Français :
(catégorie Créative) quelle est l’ampleur du changement ? » Le philosophe
• Mimbus est revenu sur les éléments de contexte qui ont conduit
(catégorie À l’export) à l’élection d’Emmanuel Macron et sur les premiers mois
de la nouvelle présidence. Rupture ou continuité,
• Chamberlan
une présentation passionnante « autour des 4 saisons »
(catégorie Jeune Pousse) et une réflexion sur l’état de la démocratie...
• Ax’Eau
(catégorie Environnementale)
5REVUE DE PRESSE
16/10/2017
FORMER MIEUX,
AVEC PLUS DE 26/09/2017
TRANSPARENCE LE BUDGET 2018
EST-IL PRO-
La réforme de la formation professionnelle cherche à créer les conditions
pour préparer des salariés mieux formés aux métiers et aux technologies ENTREPRISES ?
actuels. Hugues Souparis, patron de Surys, entreprise spécialisée dans
Selon Jean-Baptiste Danet, le
les hologrammes de sécurité, pratique la formation en interne : « Nous
budget 2018 est objectivement
développons et construisons beaucoup de nos machines, dont certaines
pro-entreprises. Ce budget va
nécessitent trois à six mois pour qu’un opérateur la pilote seul, explique
dans le bon sens et cela pour trois
l’entrepreneur. Donc nous devons les former. » Selon lui, un budget devrait
raisons essentielles : il tient compte
lui être rétrocédé pour les formations qu’il organise lui-même.
de l’économie productive, offre
une stabilité fiscale – ce qui est
extrêmement important pour les
entreprises – et de la simplification
18/10/2017
grâce au Prélèvement forfaitaire
RENOUER AVEC LA CULTURE unique. Le rôle de CroissancePlus
est d’alerter et de travailler avec
DE L’INVESTISSEMENT Bercy sur des points d’achoppements
Dans le cadre de la réforme sur la fiscalité, comme le dispositif Dutreil par
CroissancePlus cherche à changer de regard sur la exemple.
prise de risque. Le constat est le même depuis des
années : alors que pour les Français l’entreprise fait
partie des acteurs les plus à même de répondre aux
problèmes de notre pays, les épargnants privilégient
les placements liquides et « non risqués ».
Or, est-ce si imprudent d’investir dans les
entreprises françaises, et notamment dans
les PME et ETI en forte croissance ?
09/10/2017
CÉLÉBRER L’ÉCHEC ET SE RELEVER
Aux antipodes des méthodes de développement traditionnelles,
cette pratique transforme les entrepreneurs téméraires en visionnaires.
Pour Geoffroy de Becdelièvre, PDG de Marco Vasco, célébrer l’échec dans
un monde où excellence, réussite et compétition règnent en maîtres est
peu conventionnel, surtout en France. Le principe est simple : oser se
mettre en danger pour apprendre de nos erreurs. C’est ainsi que l’échec
6 se révèle le meilleur allié de la réussite.REVUE DE PRESSE
29/09/2017
BIG BANG FISCAL
POUR LES ENTREPRISES ?
Avec les mesures de fin de l’ISF et de flat tax,
Jean-Baptiste Danet veut croire que le gouvernement
va changer les mentalités et inciter les Français
à investir dans les entreprises. Car, qui dit capital
moins taxé, dit capital investi, croissance du
chiffre d'affaires, embauches, bénéfices, et plus-
values fiscales à venir. C’est le cercle vertueux
attendu de cette politique de l'offre affichée.
06/08/2017
EXPATRIÉS FISCAUX, REVENEZ !
Le retour des expatriés fiscaux est un véritable défi pour la France.
11/09/2017
Comme l’expliquent Jean-Baptiste Danet et Christian Nouel,
L’EUROPE PEUT il s’agirait déjà de réconcilier la France et la réussite.
Réussir ou vouloir réussir n’est pas un tort, or trop nombreux
ENCORE ÉVITER sont les Français qui quittent le pays – pour Londres notamment –
UN PÉRIL NUMÉRIQUE afin de trouver un climat fiscal plus clément. La politique de
« matraquage fiscale » du gouvernement précédent a été trop
Le formidable tremplin que intensive et durable… et pourrait bien, malheureusement,
représente la révolution numérique laisser des traces.
cache sa part d’ombre. « Les GAFA
s’accaparent jusqu’à 99 % de
parts de marché. Or, n’oublions 30/07/2017
jamais que la concurrence reste
une vertu de notre économie
à protéger, et ce dans l’intérêt
QUAND L’ÉTAT CÈDE
suprême du consommateur et de
tout l’écosystème. Parallèlement,
DEVANT LES GAFA
l’utilisateur ignore totalement En juillet dernier, une décision du tribunal administratif de Paris
qu’il brade, très souvent par déboutait l’administration fiscale qui réclamait plus de 1,1 milliard
méconnaissance et donc de bonne d’euros à Google France. Depuis plusieurs années, les GAFA sont
foi, ses données personnelles ; soit au cœur d’un bras de fer fiscal de dizaines de milliards d’euros. Une
son bien le plus précieux dans ce situation inadmissible pour le président de CroissancePlus : « C’est tout
monde numérique en construction », de même stupéfiant qu’il faille se battre pour leur imposer des taxes,
explique Nicolas d’Hueppe. alors qu’ils profitent de nos infrastructures. Il est peut-être temps,
maintenant, de montrer les muscles. » 7SCALE-UP AWARDS 2018
TENTEZ DE DEVENIR
EN PARTENARIAT AVEC LA SCALE-UP 2018 !
Dans le cadre du Spring
Campus, qui aura lieu
du 5 au 7 avril 2018,
CroissancePlus, en partenariat
avec KPMG, organise la 3e édition
des Scale-Up Awards.
Ce prix a pour but de récompenser
les entreprises de croissance
qui deviendront les leaders
de notre économie.
Les Scale-Up Awards sont ouverts
à toutes les sociétés, adhérentes ou
non de CroissancePlus, satisfaisant
aux critères ci-dessous :
1 ÊTRE UNE SOCIÉTÉ FRANÇAISE
INDÉPENDANTE
Cinq finalistes seront sélectionnés par un jury composé d’experts
2 AVOIR UN CHIFFRE D’AFFAIRES
PROCHE DE 10 M€ ET AU-DELÀ
et d’entrepreneurs de KPMG et CroissancePlus. Après avoir pitché
lors du Spring Campus, le gagnant sera désigné par le vote des
entrepreneurs et son prix lui sera remis lors de la soirée de gala. 3 UNE CROISSANCE SIGNIFICATIVE AU
COURS DES TROIS DERNIÈRES ANNÉES
Pour la 2e édition, le grand gagnant était Paolin Pascot,
cofondateur et président d'Agriconomie.
Un prix coup de cœur a été décerné par Gide
à Philippe de Chanville, cofondateur de Mano Mano.
4 UNE INNOVATION INCRÉMENTALE
OU DE RUPTURE
Les inscriptions seront ouvertes à partir de janvier 2018.
5 UN DÉVELOPPEMENT À L’INTERNATIONAL
ACTUEL OU ENVISAGÉ
Pour plus d’informations, n’hésitez pas à contacter :
CAPUCINE FORBIN
capucine.forbin@croissanceplus.com
01 56 88 56 23PAROLE À…
Scale-up Awards
tremplin de
l’hypercroissance
La troisième édition des Scale-Up Awards se tiendra au mois d’avril prochain.
C’est l’occasion pour François Bloch, directeur général de KPMG, de revenir sur ce prix
ainsi que sur les objectifs et les ambitions qu’il lui assigne.
L
e terme de « scale- deviendrait vide de sens. Néan-
up » est au cœur du moins, d’autres facteurs existent et
métier de KPMG. ils sont loin d’être négligeables. Ils
Ces entreprises concernent notamment la culture
extrêmement dyna- du risque, de l’agilité et de l’inno-
miques et en hyper- vation ; l’adaptation de l’équipe de
croissance – avec direction pour s’adjoindre les meil-
une croissance annuelle d’au moins leures compétences ; l’anticipation
10 à 20 % sur les trois dernières des besoins de financement dans la
années – ont également un autre mesure où une croissance rapide
point commun : elles ont su prouver nécessite du cash ; la capacité à
la performance de leur business trouver des financeurs-partenaires,
model. Sur le marché des entreprises qui vont partager la stratégie et
de croissance, devenir une scale-up le risque.
implique bien plus qu’un changement Quoi qu’il en soit, dans le monde
d’échelle. Le dirigeant doit faire face des scale-up, rien de grand ne peut
aux enjeux spécifiques liés à cette s’accomplir sans passion ! C’est
hypercroissance, en particulier cette même passion qui anime
développer des qualités managériales KPMG, à savoir aider les entre-
nouvelles tout en conservant l’esprit prises de toutes tailles (grands
« DANS LE MONDE DES
et l’agilité d’une start-up. groupes, ETI, PME, start-up, etc.)
L’objectif des Scale-Up Awards, SCALE-UP, RIEN DE GRAND à aller plus loin, à créer plus de
organisés par CroissancePlus en NE PEUT S’ACCOMPLIR valeur. Les Scale-Up Awards
partenariat avec KPMG, est de SANS PASSION ! » contribuent à valoriser et à
créer une « communauté de scale- accompagner ces entreprises, à
up » et de travailler avec elles sur mettre en lumière les belles réus-
leurs problématiques et leurs succès. sites. KPMG et CroissancePlus comptent bien faire
À la question de savoir sur quoi repose la réussite, la pre- rayonner l’hypercroissance au-delà du Spring Campus.
mière réponse est sans équivoque : l’équipe fondatrice. Et bien plus largement que sur les seules scale-up.
Pourquoi ? Elle seule est capable de maintenir la passion Pour atteindre une visibilité à la mesure des hommes
initiale – une passion sans laquelle l’entrepreneuriat et femmes exceptionnels qui font vivre ces entreprises. 9L'INTERVIEW La passion de la transmission selon François-Xavier Bellamy Professeur de philosophie, élu local et personnalité médiatique, François-Xavier Bellamy en appelle, face à la crise de la culture contemporaine, à une refondation de l’école dans sa vocation première : transmettre des savoirs. Rencontre avec un jeune intellectuel aux convictions bien trempées et au verbe clair. Propos recueillis par David Brunat.
L'INTERVIEW
● Dans votre livre Les Déshérités ou l’urgence
de transmettre, paru en 2014, vous écrivez que
« l’école a pour mission de transmettre la culture ». BIOGRAPHIE
À quoi sert la culture ?
Né en 1985. ❙ Ancien élève de l’ENS. Agrégé de philosophie. ❙
La culture doit-elle se voir assigner une utilité fixe et Prof de philo en prépa au lycée Blomet après avoir enseigné
pratique, autrement dit rentable ? dans différents établissements publics et privés de la région
Je crois que non, qu’elle ne « sert » à rien tout en rele- parisienne. ❙ Fondateur des « Soirées de la Philo », cycle de
vant de l’essentiel : elle est ce qui nous permet d’être conférences bimensuelles ouvertes au grand public. ❙
libres, de devenir vraiment ce que nous sommes, Adjoint au maire de Versailles depuis 2008, en charge
d’accomplir notre humanité. La langue, les sciences, de la Jeunesse et de l’Enseignement supérieur. ❙
Principaux ouvrages : Les Déshérités ou l’urgence de
les arts, nos habitudes de vie, nos modes de consom- transmettre, Plon, 2014 (prix d’Aumale de l’Académie
mation, nos rites, nos institutions, etc., tout est culture. française), À la jeunesse, J’ai lu, 2016.
Nous sommes des êtres de culture. La culture n’est
donc pas un luxe, de l’accessoire, quelque chose qui
sert à agrémenter l’existence, mais l’expression même du recul, être en mesure de décoder le monde qui les
de notre condition humaine. Et tout ce qui est culturel entoure…
se transmet et se reçoit, ne vit que par ce processus Mais avant tout, j’insiste là-dessus, il est indispensable
de transmission. que les jeunes aient une bonne maîtrise de la langue.
Songez qu’en 1972, avant la réforme du collège unique,
● À cette aune, la culture d’entreprise est donc les élèves avaient 10 heures de français par semaine
pleinement de la culture ? pendant toute leur scolarité au collège ; aujourd’hui,
Bien sûr ! Le travail est par excellence un lieu de c’est moins de 4 heures, voire 2 h 30 !
la vie sociale. Dans toute relation de travail, dans
toute expérience professionnelle, il y a une dimension ● Le digital, qui révolutionne le monde de l’entreprise
culturelle profonde. Et puis toute entreprise porte des et tous nos usages professionnels et privés, va-t-il
savoirs. Heidegger disait que notre rapport au monde également bouleverser l’institution scolaire ?
passe par le travail, qu’on découvre le monde par le Le digital est un outil extraordinaire pour les généra-
travail ; que la technique est la première forme de la tions présentes et futures, notamment en matière d’ac-
culture, la première des transmissions culturelles. cès à la culture, à la littérature, à la musique, etc. Mais
L’entreprise, quant à elle, est la forme contemporaine le rapport à cet outil ne va pas de soi. Pour apprendre
de cette tradition technique. sur Internet, il faut déjà connaître beaucoup de choses.
Internet informe et nourrit intellectuellement les per-
● Mais l’école prépare-t-elle bien à l’entreprise ? sonnes déjà « savantes » mais n’élève pas le niveau de
Le grand paradoxe, c’est que si l’on veut mieux préparer connaissances des autres. Un seul exemple : croyez-vous
les élèves au monde de l’entreprise, il faut d’abord leur que l’information médicale abondante sur le web vous
offrir un savoir large et riche, une culture générale. permet de la comprendre vraiment et de l’utiliser à bon
La priorité absolue est de escient face à une maladie
leur donner une bonne complexe si vous n’avez
maîtrise de la langue, « C’EST PAR LA CULTURE QUE pas fait de médecine ?
qu’ils possèdent un rap- NOUS DEVENONS LIBRES ET L’institution scolaire,
port maîtrisé à l’écrit et ACCOMPLISSONS NOTRE HUMANITÉ. » pourtant traditionnelle-
à la lecture, en plus d’un ment méfiante vis-à-vis de
bagage scientifique de l’entreprise, s’est ouverte
base et des clés de la rationalité critique. Il convient avec enthousiasme aux acteurs du numérique et, ce
aussi de leur donner le goût du savoir, de leur apprendre faisant, elle s’est un peu jetée dans la gueule du loup
l’envie d’apprendre. des GAFA. Certes, les tablettes constituent d’excel-
Les entreprises n’ont aucun mal à recruter des spé- lents supports pédagogiques, mais encore faut-il que les
cialistes pointus, mais ce qu’elles recherchent avant digital natives, comme on dit, acquièrent esprit critique
tout, ce sont des salariés curieux, qui vont coopérer et discernement face aux flots d’informations. Faute de
avec les autres, acquérir des compétences nouvelles, quoi ils seront aisément manipulables. C’est, je crois, l’un
adopter des raisonnements clairs et construits, prendre des grands défis posés par les nouvelles technologies. 11L'INTERVIEW
● Vous êtes également préoccupé par la question de crise. Ce sont des enfants de la crise et de la pensée
l’attention. de la crise, qu’elle soit écologique, économique, géopo-
La faculté de concentration des jeunes constitue un litique, etc. Ils ont grandi dans le sillage de la crise du
problème très concret et général. Internet a forte- 11-Septembre, ont entendu parler de la crise de la dette,
ment accentué la fragmentation de notre vie mentale, perçoivent l’ampleur des crises climatiques, etc. En ce
notamment chez les jeunes, souvent décrits comme sens, c’est une génération profondément « critique »,
« zappeurs ». La crise de l’attention est une réalité. Je consciente de la fragilité du monde et du fait que même
vous renvoie sur ce point la nature ne va pas tenir
à l’excellent ouvrage de « LE DIGITAL EST UN OUTIL le coup longtemps si on
Matthew B. Crawford, EXTRAORDINAIRE, MAIS QUI N’ENRICHIT continue comme ça…
Contact. Je crois que les
L’ESPRIT QUE SI L’ON SAIT S’EN SERVIR
jeunes doivent trouver ● Quel rôle pour la
dans leurs écoles des ET QU’ON A DÉJÀ BEAUCOUP DE philosophie dans ce
espaces de distance, des CONNAISSANCES. » monde instable et
espaces sans écran où ils incertain ?
peuvent structurer leur concentration à l’écart de tous Je suis très impressionné par la soif de philosophie qui
les outils numériques. s’observe dans notre société, toutes générations confon-
dues. Si sa vocation est de se poser les questions qui
● Comment les voyez-vous, justement, ces jeunes que importent et de permettre à tout un chacun de se poser
vous côtoyez au quotidien dans vos salles de cours et tout court dans ce monde où tout s’accélère, alors la
dans votre ville ? philosophie est peut-être nécessaire pour nous aider
La révolution numérique constitue incontestablement un à nous interrompre dans ce flux incessant. Et pour y
trait saillant de leur expérience du monde. Par ailleurs, voir plus clair, en nous invitant à percevoir le sens
je dirais que ce qui les caractérise, c’est le concept de derrière toute chose.
12GRÂCE À LEUR EXPERTISE ET LEUR IMPLICATION, NOS PARTENAIRES ACCOMPAGNENT LA CROISSANCE DE NOS ADHÉRENTS. LES PARTENAIRES DE CROISSANCEPLUS PARTENAIRES DU SPRING CAMPUS 2018
LE DOSSIER
RACONTE-MOI
L’ENTREPRISE
JEUNES + ENTREPRISE =
UN COUPLE A VENIR...
On dit que la valeur n’attend pas le nombre des années. Que les entre-
prises ne jurent que par la génération Y, qu’elles font les yeux doux aux
millennials qui rêvent tous de créer leur start-up. On dit aussi que l’école
et l’entreprise forment un couple infernal. Mais que pensent vraiment les
jeunes ? Quelle image ont-ils de l’école et de l’entreprise ? CroissancePlus a
décidé de leur donner la parole et d’aller à leur rencontre. Une cure de
jouvence riche d’enseignements…
15LE DOSSIER
I
ls entendent leurs parents parler de leur si l’on en croit le sondage Viavoice (voir encadré
travail avec ses joies et ses peines, ses ci-contre), et une idée précise et critique du rôle
frustrations et ses espérances. Ils savent que doit jouer l’école – rôle d’autant plus crucial que
parfois, hélas, ce que signifient le chô- 85 % d’entre eux travailleront en entreprise.
mage et son cortège de souffrances dans CroissancePlus a décidé d’aller à leur rencontre. En
le cercle familial. Ils ont fait leur stage de organisant, au ministère de l’Économie et des Finances
3e, puis effectué parfois des petits boulots à Bercy, une grande manifestation avec eux et pour
ou sont entrés en apprentissage. Ils s’interrogent, avec eux, en partenariat avec 100 000 Entrepreneurs. Et en
stress ou gourmandise, sur leur avenir professionnel. les invitant, via une enquête sans précédent, à donner
Ils redoutent de ne pas trouver d’emploi ou sont au leur vision de l’entreprise et de l’école. Force est de
contraire impatients de se lancer, de rejoindre une constater qu’ils ont donné de la voix et fait preuve de
société ou de créer la leur. Ils savent aussi que certaines beaucoup de maturité et de clairvoyance…
entreprises, parmi celles qui leur sont le plus familières
– Facebook, Apple, Google, etc. – veulent changer le CHANGER LES REPRÉSENTATIONS (ET PARFOIS LES
monde… et ont été créées par des étudiants parfois à REPRÉSENTANTS ?)
peine plus âgés qu’eux ! L’école est un bouc émissaire facile. Les milieux patro-
naux ont parfois tendance à l’accuser de tous les maux.
JEUNES ET DÉJÀ MATURES Non, elle n’est pas seule responsable du chômage de
Ils ont entre 16 et 20 ans et appartiennent à une masse, de l’inadéquation entre formations et débouchés
classe d’âge charnière, celle des grands ados encore professionnels, ni même de la mauvaise image de l’en-
lycéens ou des jeunes adultes démarrant leurs études treprise – du moins la grande – dans l’opinion. Quand
supérieures ou entamant leur vie professionnelle. on entend dire à la maison, dans son cercle amical ou
Certains – apprentis, alternants, primo-salariés, etc. dans les médias que l’entreprise est un lieu d’aliénation
– sont déjà des acteurs à part entière de l’économie. et d’exploitation, difficile de lui trouver toutes les ver-
16 Tous ont une idée de l’entreprise, plutôt très positive tus et de se former une idée juste de son rôle dans …LE DOSSIER
LES JEUNES ET LE MONDE DE L’ENTREPRISE…
François Miquet-Marty, président-fondateur de Viavoice, nous livre l’essentiel
de l’étude d’opinion « Les jeunes et l’Entreprise », réalisée par Viavoice pour CroissancePlus,
avec le soutien de BNP Paribas. Son analyse en trois points.
● Quels sont les principaux la sécurité qu’il offre, et ceux qui sont leur plaît est celle qui accueille des pro-
enseignements de l’enquête tentés par l’aventure de l’entrepreneuriat. jets, qui a des valeurs humaines et leur
que vous avez conduite pour permettra de se réaliser.
CroissancePlus ? ● Qu’est-ce qui vous a le plus
Tout d’abord, la confirmation d’une ten- surpris dans les résultats de ce ● Un message à leur adresser, à ces
dance de fond : deux tiers des jeunes sondage ? jeunes « entreprisophiles » ?
(67 %), toutes origines sociales et géogra- La proportion élevée de jeunes qui veulent Deux messages, plutôt ! Premièrement :
phiques confondues, déclarent avoir une créer leur entreprise ! Il est frappant de les jeunes ont plein d’atouts ! Deuxiè-
image positive de l’entreprise. Le même voir que 35 % d’entre eux en expriment le mement : plusieurs parcours d’accès à
sondage, réalisé il y a vingt ans, aurait souhait, contre 41 % qui désirent devenir l’entreprise sont possibles. Le diplôme
sans aucun doute donné des résultats salariés. C’est presque match égal ! ne fait pas tout. Les motivations peuvent
très différents ! Même s’ils sont conscients de la difficul- être multiples, tout comme les atouts
Ensuite, on voit bien qu’ils se posent té à créer une entreprise, ils se disent personnels (stages, réseau, projets, pas-
beaucoup de questions sur l’accès à séduits par l’indépendance et la liberté sions, etc.), et la diversité du monde de
l’entreprise, les expériences et les qu’offre l’entrepreneuriat, ils y voient l’entreprise répond à celle de la jeunesse.
valeurs à acquérir pour réussir leur en- aussi une manière de concrétiser une Et puis il est réjouissant de voir que les
trée dans la vie professionnelle. Les idée, de se réaliser, de vivre leur vie de jeunes sont de plus en plus nombreux
jeunes ont besoin d’être accompagnés, façon intense. à considérer l’entreprise comme un
préparés, rassurés aussi, et le sentiment S’enrichir n’apparaît pas du tout comme lieu ouvert sur la société et pleinement
dominant est que l’école ne remplit pas un moteur, l’argent ne fait pas à leurs adapté à leurs projets de vie.
vraiment ce rôle. yeux figure de symbole de la réussite – « Les jeunes et l’Entreprise » : étude d’opinion réalisée
Enfin, ce sondage met en évidence on n’est pas aux États-Unis ! – ni de fin par Viavoice pour CroissancePlus du 28 septembre au
deux visions et deux approches très en soi, juste un moyen d’être autonome. 9 octobre 2017 auprès d’un échantillon de 1 000 per-
sonnes âgées de 16 ans à 20 ans représentatives de
distinctes : les jeunes qui sont attirés Ils veulent avant tout mener à bien des la population. Résultats complets consultables sur :
par le salariat, avec ses avantages et projets et s’épanouir ; et l’entreprise qui www.croissanceplus.com
17LE DOSSIER
PAROLE D’ENTREPRENEUR
ÉLOGE DE LA CURIOSITÉ ET
DE L’OUVERTURE AUX AUTRES
Après des études de maths et une carrière d’enseignante,
Chrystèle Gimaret a créé en 2005 Artupox, entreprise de nettoyage
professionnel et événementiel utilisant des produits écologiques.
Voici ses conseils aux jeunes.
● Vous n’avez ● Vous accueillez des jeunes chez les patrons à l’école afin que ces deux
pas un parcours Artupox, comment les trouvez- univers collaborent et ne s’affrontent
banal pour vous ? plus. Il faudrait aussi actualiser les ma-
une créatrice Il s’agit essentiellement d’enfants de nuels en temps réel. Et arrêter de former
d’entreprise… salariés de l’entreprise, notamment dans à des métiers voués à disparaître.
J’ai eu très tôt la conviction que je le cadre de leur stage de 3e, où nous les
deviendrais PDG. Mais après avoir envoyons sur les salons. Je les trouve ● Que diriez-vous à un jeune ?
emprunté d’autres voies. J’ai en ef- également très motivés. Très curieux, « Prends le temps de choisir ta voie, va
fet travaillé pendant dix ans comme très observateurs. voir comment ça se passe en entreprise
enseignante-chercheuse à la CCI de et dans les associations. Voyage ! Fais
Paris, au sein de l’école de vente Né- ● Quelle serait votre priorité si une césure ! Sors du giron familial, de
gocia. J’ai eu des BEP, des bacs pro, vous étiez ministre de l’Éducation ton quartier. Et sois le meilleur dans ce
des BTS… Les jeunes que je formais nationale ? que tu aimes. » Un jeune qui me dit :
étaient très motivés par l’entreprise, Il est impératif de combler le fossé entre « Je veux découvrir et je veux compren-
beaucoup moins par l’école. La parole l’entreprise et le monde de l’éducation. dre », j’ai envie de le recruter. Il fait l’effort
du patron comptait plus que celle de J’enverrais les enseignants en entreprise d’ouvrir les yeux sur son environnement.
l’enseignant. Un sacré défi ! au moins une semaine par an, mais aussi De s’ouvrir aux autres. C’est essentiel.
18LE DOSSIER
… la création de richesses et de sa vocation sociétale.
Néanmoins, les représentations de l’entreprise au sein
de l’univers scolaire laissent parfois pantois. Comme
l’observait le 12 octobre Xavier Fontanet dans le quo-
tidien Les Échos, « Chaque fois qu’un chef d’entreprise
étudie, crayon en main, le contenu du cours d’économie
dispensé à nos enfants en première et en terminale, il
est partagé entre colère et déprime ».
À peine 20 % des manuels en vigueur traitent de l’entre-
prise, l’essentiel étant consacré aux sciences sociales,
aux imperfections du marché ou à l’intervention de
l’État dans l’économie !
Rares sont les enseignants qui ont une connaissance
pratique de l’entreprise. Et plus rares encore les entre-
preneurs qui sont admis à enseigner l’économie au sein
de l’institution scolaire, à y professer leur connaissance
et leur amour du métier d’entrepreneur.
Rendre les enseignants plus familiers des réalités de
l’entreprise, et les dirigeants et entrepreneurs plus
pédagogues ; rappeler que la culture d’entreprise est
38 %
une composante à part entière de la culture générale ;
donner droit de cité à l’entreprise dans le cursus général
et dans les programmes scolaires ; et, ce faisant, lut-
ter contre cette dichotomie tellement française entre
des jeunes pensent
ces deux univers qui ont besoin l’un de l’autre mais
qu’il est facile de créer
demeurent trop souvent irréconciliables : ces impé-
sa propre entreprise
rieuses nécessités, il incombe d’abord aux pouvoirs
en France.
publics, éclairés par toutes les parties prenantes de la
communauté économique, institution scolaire comprise,
de les satisfaire.
ÉLOGE DE LA CURIOSITÉ
Marjolaine Grondin, fondatrice de Jam, le chatbot « ami ce sont aussi des individus qui savent prendre du recul,
des étudiants » qui communique avec les jeunes via innover, proposer autre chose. »
Messenger, connaît bien cette génération qui utilise Pour elle, l’école doit avant tout « apprendre à apprendre
les services de sa société. Les jeunes, elle les trouve et former en prenant l’individu en compte ». Et même
curieux, « ils dévorent tout, ils aiment que tout soit à si la logique de l’école n’est pas celle de l’économie,
portée de main, ils sont très rapides. Ils utilisent Jam elle ajoute avec enthousiasme : « Le temps de l’école
parce que c’est facile à utiliser ». constitue un excellent moment pour commencer à se
Celle qui a élu domicile à Station F, le plus grand incu- lancer, à monter des projets. » Avis aux amateurs…
bateur de start-up au monde, a des convictions bien
précises sur l’école. À ses yeux, elle n’a pas vocation à THE APPRENTICE
être uniquement l’antichambre de la vie professionnelle. Une des réponses à ce fléau mortifère qu’est le chômage
« Certes, entre l’institution scolaire et l’entreprise, il des jeunes (non qualifiés) porte un nom bien connu :
y a peu de communication. Mais cela protège l’école, l’apprentissage ! Aucun doute : plus sa part dans l’en-
préserve une certaine forme d’innocence, une néces- seignement secondaire est importante, plus le chômage
saire curiosité intellectuelle qui ne doit pas être tournée des jeunes est faible. Regardez les pays européens
exclusivement vers l’entreprise. L’école doit préparer à la champions en la matière – Allemagne, Pays-Bas, Suisse.
vie en général et pas seulement à la vie professionnelle. Comme le rappelait l’Institut Montaigne dans son rap-
Les meilleurs salariés ne sont pas seulement salariés, port « L’apprentissage, un vaccin contre le chômage … 19LE DOSSIER
67 %
des jeunes ayant déjà
eu une expérience
professionnelle ont une image
de l’entreprise positive.
74 %
des jeunes souhaitent
que l’école ou
l’université préparent
davantage au monde
de l’entreprise.
… des jeunes » (mai 2015), le taux d’apprentissage y est Il est grand temps d’arrêter de stigmatiser l’échec.
quatre fois plus élevé qu’en France… et le chômage des D’enseigner l’art du rebond scolaire. De faire confiance
jeunes quatre fois moindre ! aux élèves atypiques, aux profils originaux. D’encou-
Les filières techniques n’y sont pas déconsidérées. rager la créativité des enseignants. D’en finir avec les
Les interactions entre les entreprises et les établisse- catastrophes de l’orientation, les CIO (Centre d’Infor-
ments, entre les employeurs et les formateurs, y sont mation et d’Orientation) impuissants et les ratés d’APB
constantes et multiples. Et les (très) jeunes se dirigent (AdmissionPost Bac).
dans ces filières par choix, et non par défaut, à cause Et, par là, de faire advenir « une école de la confiance »
de l’échec scolaire. chère au ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel
Ce qui est ici en jeu est davantage qu’une réforme de Blanquer. Une école fondée sur la confiance entre l’ensemble
structure : un changement de paradigme et de réfé- des acteurs de la communauté éducative et le monde de
rents culturels impliquant l’Éducation nationale, les l’entreprise. Vaste programme, mais indispensable !
parents, les entreprises et leurs dirigeants. Puissent
ces derniers s’abstenir de déclarer que leurs propres LE SENS DE L’HISTOIRE ? LA RECHERCHE
enfants sont « trop brillants à l’école » (sic) pour faire DU SENS… ET LA QUÊTE DE LA LIBERTÉ !
de l’apprentissage… Lycéens encore mineurs ou jeunes majeurs, ils ont déjà
des idées bien précises sur l’entreprise. En marge du
ÉLOGE DU RISQUE sondage, nous en avons interrogé plusieurs. Tous nous
Rebondir, s’instruire de ses échecs pour repartir d’un disent leur désir de trouver un travail qui fasse sens. Et
nouveau pied ? C’est une force essentielle pour entre- ils sont nombreux à proclamer leur amour de l’indépen-
prendre. Et une école de vie. Que, malheureusement, dance. Albane, 15 ans, en seconde, se déclare réticente
20 l’école n’enseigne pas, de l’aveu des jeunes eux-mêmes. à « avoir un patron, une hiérarchie, des décisions à …LE DOSSIER
LES JEUNES ONT UNE PLACE CENTRALE
DANS L’ENTREPRISE !
Les jeunes aiment les entreprises qui privilégient à la fois les projets collectifs et
la réalisation personnelle. BNP Paribas encourage cette dynamique qui concilie sens,
solidarité et performance. Éclairages avec Denis Laplane, directeur de la clientèle entreprises
et membre du comité exécutif de la banque de détail en France.
créativité, la volonté d’innovation. Et L’impact social des projets est pour nous
de donner du sens. Les jeunes y sont aussi important que leur performance
très sensibles et veulent des réponses financière.
concrètes. Nous mobilisons des dispositifs originaux
C’est dans cet esprit que nous avons comme les CIS (Contrats à impact social).
créé une Direction de l’engagement, Convaincue que l’innovation financière
qui prend des engagements à l’égard doit être au service des besoins socié-
Denis Laplane des jeunes. Exemples : diversifier le taux, BNP Paribas a structuré le premier
DIRECTEUR DE LA CLIENTÈLE recrutement, renforcer notre présence CIS en France avec l’Adie, dans l’objectif
ENTREPRISES ET MEMBRE dans des écoles, encourager le mécé- de réinsérer durablement dans l’emploi
DU COMITÉ EXÉCUTIF DE
nat de compétence, etc. Et, bien sûr, des personnes issues de zones rurales en
LA BANQUE DE DÉTAIL EN FRANCE
développer les talents. leur permettant de créer des microentre-
prises. Trois autres CIS sont en cours de
● Quelle réaction vous inspire ● Quelle place pour l’innovation structuration – dont Passeport Avenir.
ce sondage, dont BNP Paribas est sociale dans l’entreprise ?
partenaire ? On parle beaucoup, et à juste titre, On peut également citer d’autres initia-
La bonne image de l’entreprise qu’ont les d’innovation technologique, mais l’inno- tives telles que le fonds Social Business
jeunes ne me surprend pas. BNP Paribas vation sociale apporte des réponses à France, une épargne solidaire proposée
est très présent dans les écosystèmes des besoins pressants que la tech- à nos clients. Et nous sommes parte-
innovants et nous voyons au quotidien nologie ne peut satisfaire seule. naires du fonds NovEss de la Caisse
une vision positive de l’entreprise. Le Qu’il s’agisse du respect de l’en- des dépôts.
tissu entrepreneurial français évolue, il vironnement, de la protection des
devient toujours plus innovant et auda- personnes les plus fragiles ou de ● Une conviction sur
cieux, et une partie de la jeunesse est la cohésion des territoires, il est les jeunes ?
très motivée à trouver une voie dans impératif d’innover. L’innovation Leur place au sein de l’entreprise
l’entrepreneuriat. Qu’elle manifeste sociale représente un est essentielle, comme l’est la place
un goût affirmé pour l’entreprise ne nouveau moteur de crois- de l’entreprise dans la société. Nous
m’étonne pas. sance pour l’entreprise, une devons leur faire confiance et les
façon de créer de la valeur autre- aider à exprimer leur créativité. Et,
● En quoi une telle étude peut- ment et de manière plus inclusive. pour les plus talentueux, à devenir
elle vous faire réfléchir sur le Nous investissons fortement les leaders de demain. Qu’ils aillent
management ? dans l’entrepreneuriat social. de l’avant, innovent, prennent des
L’un des enjeux les plus importants L’économie sociale et solidaire risques. L’heure est venue d’un
pour les entreprises aujourd’hui, c’est (ESS) renouvelle la manière management qui libère et res-
de faire vivre en leur sein cette aspi- d’entreprendre, c’est un secteur ponsabilise en conjuguant exi-
ration à entreprendre, donc à libérer la très créatif et d’une grande vitalité. gence et bienveillance.
21LE DOSSIER
PAROLE D’ENTREPRENEUR
CAP SUR L’ÉLÉVATION DU NIVEAU
DES COMPÉTENCES !
L’Atelier des chefs est le leader européen des cours
de cuisine. Son cofondateur François Bergerault passe à table
et livre avec gourmandise sa vision des jeunes d’aujourd’hui.
À consommer sans modération.
● Quelle est votre pas en phase, ils vont voir ailleurs. ● Un mot sur votre formation en
perception des jeunes ? De même, l’équilibre vie privée-vie ligne ?
À l’Atelier des chefs, le gros professionnelle n’est pas négociable. L’Atelier des chefs a développé il y a
des troupes a entre 25 et 30 ans. J’ai vu croître cette aspiration à l’Atelier un an une plateforme digitale de for-
Cette génération a une approche de la des chefs depuis sa création en 2004. mation des professionnels de cuisine.
vie professionnelle très différente de Ce qui ne les empêche pas d’être très Verdict : 95 % de réussite au CAP Cui-
la mienne au même âge. Ils sont très performants, de maîtriser d’instinct sine ! Outre le public traditionnel des
soucieux de leur vie privée, de leurs les outils digitaux, d’être connectés CAP, nous ciblons les grands groupes
loisirs. Par ailleurs, ils ont une forte en permanence. de restauration et les personnes en
envie de formation pour progresser retour à l’emploi ainsi que les restau-
très vite dans l’entreprise. Enfin, ils ● Comment voyez-vous l’avenir du rateurs indépendants. Le secteur a
veulent comprendre et donner du sens travail ? aujourd’hui environ 100 000 postes
à leur travail. Je pense que l’emploi salarié, du moins à pourvoir !
pour les cadres, va disparaître. Les Notre objectif est de couvrir la « ver-
● Quelles conséquences sur le gens voudront des missions, travailler ticale cuisine », puis les métiers de
management ? simultanément pour plusieurs boîtes. bouche, et de prouver à terme que l’on
Il faut les faire adhérer au projet d’en- Ils seront zappeurs et très soucieux peut former aux métiers de l’artisanat
treprise, à la stratégie. S’ils ne sont de leur liberté ! avec le digital. C’est un défi sociétal.
22LE DOSSIER
… faire valider, et à devoir rendre compte de tout ce Quant à Nadia, en 1re année de BTS métiers des ser-
qu’on fait ». En revanche, elle se dit séduite à l’idée de vices à l’environnement, elle insiste sur le bien-être,
travailler sur des projets, et intéressée par « l’ouverture qu’elle définit comme « le respect du confort de base,
internationale ». L’argent n’est pas son moteur. des opinions des autres, le fait d’être bien traité, de
Même chose pour Hadrien, 17 ans, en terminale, qui respecter l’éthique et de ne pas penser seulement à la
ambitionne de travailler dans une maison de production performance financière ».
et estime que le critère principal, c’est de trouver une La vérité sort-elle de la bouche des adolescents et des
activité intéressante. Lui voit dans l’entreprise « une jeunes adultes ? À chacun d’en juger. Une chose est
mise en commun de plusieurs visions, où il faut prendre sûre : communauté éducative, entreprises, politiques,
en compte la personnalité de l’individu même si c’est etc., tout le monde gagnera à se mettre davantage à
parfois difficile avec pas mal de règles communes ; c’est l’écoute de cette génération impliquée et inspirée.
un univers qui peut être très dur si on ne se conforme Généreuse et sérieuse. Rationnelle et idéaliste.
pas à la communauté. En même temps, il y a un côté Vox populi juvenis, vox Dei !
rassurant à être dans une entreprise, comparé par
exemple à la situation des chauffeurs Uber ; il y a un
cadre, des avantages… et on peut s’y faire des amis ». Pour
67 % et pour
des jeunes, l’école
enseigne l’autonomie
64 % d’entre eux,
le travail en équipe.
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