QUEL AVENIR POUR L'INNOVATION À GENÈVE ? - novembre 2016 - CCIG

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QUEL AVENIR POUR L'INNOVATION À GENÈVE ? - novembre 2016 - CCIG
QUEL AVENIR
POUR L’INNOVATION
        À GENÈVE ?

        novembre 2016
QUEL AVENIR POUR L'INNOVATION À GENÈVE ? - novembre 2016 - CCIG
QUEL AVENIR POUR L'INNOVATION À GENÈVE ? - novembre 2016 - CCIG
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pour l’innovation
à genève ?
novembre 2016
QUEL AVENIR POUR L'INNOVATION À GENÈVE ? - novembre 2016 - CCIG
QUEL AVENIR POUR L'INNOVATION À GENÈVE ? - novembre 2016 - CCIG
quel avenir pour l’innovation à genève ?         2-3

sommaire
PRÉAMBULE	5

CE QU’IL FAUT RETENIR	                            6

1. Pourquoi s’intéresser à l’innovation ?         8

2. Qu’est-ce que l’innovation ?                  10

3. Comment favoriser l’innovation ?              18

4. La Suisse championne de l’innovation, mais…   26

5. Les spécificités genevoises                   40

6. Quel avenir pour l’innovation à Genève ?      54

Pour en savoir plus                              68

Conclusion                                       71
QUEL AVENIR POUR L'INNOVATION À GENÈVE ? - novembre 2016 - CCIG
QUEL AVENIR POUR L'INNOVATION À GENÈVE ? - novembre 2016 - CCIG
quel avenir pour l’innovation à genève ?                                     4-5

                                                  préambule
« L’innovation est d’ordinaire un effort collectif qui implique la
collaboration entre des visionnaires et des ingénieurs. Ce n’est que
dans les livres d’images que les inventions se présentent sous la
forme d’un éclair tombant du ciel. » Walter Isaacson 1
                                                  L’innovation est le graal du XXIe siècle. Dans un monde toujours plus com-
                                                  plexe et concurrentiel, elle constitue le moteur de la croissance économique
                                                  d’une région et le carburant des entreprises. Une réalité encore plus vraie en
                                                  Suisse, pays qui arrive à compenser sa cherté structurelle par son inventivité.

                                                  Mais comment stimuler l’innovation ? Doit-elle forcément être de rupture ?
                                                  Quelles sont les conditions à remplir pour créer un véritable écosystème de
                                                  l’innovation ? Dans quels secteurs Genève pourrait-elle faire la différence ?

                                                  Telles sont quelques questions traitées dans cette étude publiée par la
                                                  Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG) et la
                                                  Banque Cantonale de Genève (BCGE), avec la collaboration de l’Office canto-
                                                  nal de la statistique (OCSTAT). Dans cette édition, la dixième du genre, le choix
                                                  s’est porté sur ce thème d’autant plus brûlant que les transformations numé-
                                                  riques et la nouvelle révolution industrielle brisent de nombreux modèles.

                                                  Certes, aujourd’hui, les entreprises helvétiques figurent parmi les plus inno-
                                                  vantes du monde et la Suisse caracole en tête des classements internatio-
                                                  naux de l’innovation. Mais derrière ces bons scores, se profile une réalité plus
                                                  nuancée. L’avance de la Suisse a en outre tendance à diminuer, notamment
                                                  parce que les autres pays progressent, que certaines faiblesses internes per-
                                                  sistent et que les bouleversements actuels peuvent remettre en cause bien
                                                  des acquis.

                                                  Genève, qui ne figure pas dans le trio de tête des cantons considérés comme
                                                  les plus innovants, est consciente des enjeux. Les initiatives fourmillent et des
                                                  projets prometteurs voient le jour. Il reste toutefois du chemin à parcourir et
                                                  de nombreuses actions doivent encore être conduites par tous les acteurs –
                                                  économiques, académiques, politiques, mais aussi par tout un chacun – avant
                                                  que le canton ne devienne un champion de l’innovation.

                                                  Nos remerciements s’adressent à Aline Yazgi, auteure de l’étude, ainsi qu’au
                                                  comité de pilotage, composé d’Hélène De Vos Vuadens et Olivier Schaerrer
1 Directeur général de l’Institut Aspen, auteur   (BCGE), Alexandra Rys (CCIG) et Roland Rietschin (OCSTAT).
de plusieurs ouvrages sur les innovateurs, dont
une biographie de Steve Jobs.                     Nous vous souhaitons une lecture inspirante.

                                                  Blaise Goetschin				Jacques Jeannerat
                                                  CEO					Directeur
                                                  BCGE					CCIG
QUEL AVENIR POUR L'INNOVATION À GENÈVE ? - novembre 2016 - CCIG
# novembre 2016

                                                    Ce qu’il faut retenir
« Nous nous imaginons en sécurité parce que nous évitons les risques.
Mais c’est une sécurité trompeuse. Dans dix ans, la Chine nous aura
rattrapés en matière de technologie. Nous devons donc investir
aujourd’hui dans l’avenir et dans l’innovation pour que dans 10 ans
nous ayons conservé notre longueur d’avance. » Henri B. Meier 2
                                                    L’innovation est dans tous les discours, ou presque. Aujourd’hui plus que jamais,
                                                    seules les idées innovantes semblent pouvoir garantir le succès économique.
                                                    Tant au niveau d’une région que des entreprises. Et c’est encore plus vrai dans
                                                    un canton cher, sans réserve de matières premières et exposé à un environne-
                                                    ment marqué par de profondes mutations.

                                                    Mais d’abord, qu’est-ce que l’innovation ? Ce terme « fourre-tout » et souvent uti-
                                                    lisé à mauvais escient est un processus qui transforme une idée en valeur éco-
                                                    nomique, qui amène sur le marché une plus-value3. Une invention n’en est donc
                                                    pas (encore) une, la recherche et le développement non plus, bien que ces élé-
                                                    ments y contribuent fortement.

                                                    L’innovation peut revêtir plusieurs formes et concerner les produits, les ser-
                                                    vices, les procédés, la commercialisation ou encore l’organisation. Elle peut
                                                    consister en une amélioration de l’existant ou marquer une véritable rup-
                                                    ture, en rendant obsolètes les technologies ou les manières de faire utilisées
                                                    jusqu’alors. L’innovation de rupture est de nature à bouleverser l’ordre établi
                                                    et à transformer les règles du jeu, faisant apparaître de nouveaux acteurs et
                                                    parfois disparaître des entreprises pourtant florissantes. Raison pour laquelle
                                                    elle inquiète autant qu’elle séduit. Face à elle, le succès du passé ne garan-
                                                    tit pas forcément celui du futur. Pire, il peut même porter en lui les germes du
                                                    déclin si l’entreprise étouffe ses idées trop différentes ou refuse de voir les
                                                    changements qui s’annoncent.

                                                    Imaginer, tâtonner, essayer, risquer. Et peut-être arriver à innover. Il n’existe
                                                    – bien évidemment – pas de recette pour faire naître l’innovation. Une série
                                                    d’ingrédients contribue toutefois à créer un écosystème favorable à celle-ci. Il
                                                    s’agit d’une conjonction de plusieurs éléments qui concernent les conditions
                                                    cadre (systèmes de formation et de recherche de très bon niveau, mais aussi
                                                    infrastructures de qualité, marché du travail ouvert, fiscalité adaptée et toutes
                                                    les mesures encourageant et facilitant l’entrepreneuriat), les entreprises (dé-
                                                    velopper et libérer l’énergie créatrice qu’elles ont en elles) et la population
                                                    (être porteuse de la volonté et de la capacité d’innover).

                                                    La Suisse figure depuis des années en tête des classements sur l’innovation,
                                                    en raison de la qualité de sa recherche et développement, de son système de
2 Notamment ancien chef de division                 formation, du nombre de brevets déposés, de la force de ses PME, de la pré-
à la banque mondiale et CFO de Roche.
Aujourd’hui retraité, il aide les jeunes sociétés   sence de multinationales, etc. Les montants consacrés à la recherche et au
innovantes et travaille à la constitution d’un      développement figurent également parmi les points cités en exemple, eux qui
fonds de capital-risque alimenté par les caisses
de pension suisses.
                                                    atteignent près de 3% du PIB. Particularité helvétique : les trois quarts de ces
                                                    frais sont supportés par l’économie privée, l’un des plus hauts taux de l’OCDE.
3    Cette étude ne se penche que sur               Le dispositif d’encouragement public est quant à lui limité et fort peu média-
le contexte de l’économie et non sur les
innovations sociales, par exemple, dont les         tisé. En outre, l’aide publique à l’innovation n’est pas versée aux entreprises,
définitions et impacts sont différents.             mais aux instituts de recherche collaborant avec ces dernières.
quel avenir pour l’innovation à genève ?                                      6-7

Cette position de leader est bien entendu réjouissante. Son maintien futur
n’est toutefois pas garanti, d’une part en raison des efforts réalisés à l’étran-
ger, d’autre part – et c’est plus grave – en raison de ses propres faiblesses :
une fiscalité qui n’encourage pas l’innovation ni ceux qui veulent la financer, la
difficulté de trouver en Suisse des fonds de croissance pour les start-up, des
coûts élevés, un retard certain dans la culture numérique, une mentalité ris-
quophobe, etc. Quant à l’application concrète de la votation de février 2014
sur l’immigration, elle constitue une importante source d’inquiétude tant les
canaux de l’innovation dépendent, eux aussi, des talents étrangers.

Genève, pour sa part, partage avec la Suisse la très grande majorité des
points forts et son côté international constitue un avantage certain pour le
brassage d’idées. Mais, s’il appartient certes au peloton des cantons les plus
innovants, il ne figure pas parmi le trio de tête. C’est ainsi que ses entreprises
introduisent moins de nouveaux produits que la moyenne suisse.

Il n’empêche, Genève compte de nombreuses sociétés très innovantes et le
terreau est propice à l’éclosion de nombreux projets novateurs. Notamment
dans le secteur des sciences de la vie (en particulier grâce au formidable cata-
lyseur qu’est en train de devenir le Campus Biotech, en coordination avec les
autres acteurs du domaine), des technologies financières, de la sécurité des
données numériques et de la culture digitale (dans laquelle existe à Genève
un véritable savoir-faire, bien qu’encore peu connu). Autre poche intéressante
d’innovations : les organisations internationales où émergent actuellement de
nombreuses initiatives.

L’innovation étant un processus permanent, la Suisse et Genève devront veil-
ler à ce qu’un certain nombre d’améliorations aient lieu permettant de créer
une véritable culture de l’innovation, de faciliter la promotion des innovations,
d’encourager les activités de recherche et développement, de favoriser les
investissements dans les sociétés innovantes, de revoir certaines lois, de pré-
server l’attractivité du canton (et du pays) et de favoriser les échanges entre
les domaines différents ainsi qu’entre la Genève traditionnelle et la Genève
internationale. Autant de pistes qui pourraient renforcer la capacité de la ré-
gion à transformer les nombreuses idées qui naissent ici en affaires rentables
et en entreprises qui créent des emplois.

Le premier chapitre explique pourquoi s’intéresser à l’innovation. Le second
vise à cerner l’innovation. A force d’en parler, le mot a perdu en force et en
sens. Il s’agit dès lors de le définir, de comprendre les différentes formes d’in-
novation et de rappeler ce qu’est la révolution 4.0. Le troisième chapitre s’at-
tache aux éléments favorisant l’innovation : conditions cadre, rôle de la for-
mation, conditions liées à l’organisation de l’entreprise et traits de caractère
des individus, afin que chacun, quelle que soit sa fonction, puisse trouver des
sources d’inspiration.

Le quatrième chapitre dresse un état des lieux de l’innovation en Suisse et
de sa place sur l’échiquier mondial de l’innovation ainsi que ses forces et fai-
blesses. Le cinquième s’attache plus spécifiquement à Genève et à ses carac-
téristiques ainsi qu’aux structures d’aides existantes. Il comporte également
des tableaux chiffrés inédits sur l’innovation à Genève. Le sixième chapitre
tente de dégager des pistes pour l’avenir de l’innovation à Genève : les sec-
teurs où pourraient naître l’innovation, les modifications des conditions cadre
à venir et les actions qui seraient souhaitables. Le chapitre Pour en savoir plus
donne quelques idées de lectures pour celles et ceux qui désireraient creu-
ser davantage le sujet. Enfin le dernier rappelle pourquoi il ne faut jamais tom-
ber dans l’autosatisfaction.
# novembre 2016

                                                                1
                  Pourquoi s’intéresser
                        à l’innovation ?
                     « Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient,
                    ils auraient répondu des chevaux plus rapides. »
                                                           Henry Ford 4
quel avenir pour l’innovation à genève ?                                              8-9

                                                                                        4   Fondateur du groupe automobile Ford.

                                                                                        5 VIGNE, Antoine et FAUCHIER DELAVIGNE-
                                                                                        MELTZ, Hortense, 2012. Les erreurs dans
                                                                                        l’histoire du XXe siècle. Editions courtes et
                                                                                        longues.

                                                                                        6 Voir chapitre 5, point Les structures d'aide
                                                                                        à l'innovation pour les précisions sur cette
                                                                                        structure.

Pour illustrer la nécessité d’inno-          D’abord, l’économie est toujours plus      monde, très orienté sur les produits
ver au XXIe siècle, rien de tel qu’une       fondée sur le savoir et les éléments       à forte valeur ajoutée et connaissant
histoire empruntée au cinéma de la           immatériels, contexte dans lequel l’in­    des coûts de production élevés, il
fin des années 1920. La production           novation joue un rôle central.             est particulièrement important que
Queen Kelly réunissait trois des plus                                                   les entreprises innovent pour rester
grandes figures du septième art de           Ensuite, l’innovation concerne dé-         concurrentielles au niveau internatio-
l’époque : Gloria Swanson, l’une des         sormais tous les secteurs et tout le       nal. « Cette nécessité est encore plus
stars incontestées du film muet, Eric        monde. La transformation numérique         impérieuse lorsque les paramètres
von Stroheim, metteur en scène ta-           (Internet, technologies mobiles, mé-       macroéconomiques, comme le franc
lentueux, et Joseph Kennedy, hom­            dias sociaux, cloud computing, objets      fort, leur sont défavorables », font re-
me d’affaires brillant. Difficile de trou-   connectés, blockchain 7, etc.) et l’éco-   marquer les chercheurs de l’institut
ver un trio plus auréolé de réussite.        nomie collaborative (échanges directs      zurichois KOF 9.
Le résultat fut pourtant un fiasco. Les      entre particuliers rendus possibles par
trois partenaires n’avaient en effet         la transformation numérique) boule-        Face à l’évolution monétaire et con­
pas vu qu’un vent nouveau s’était le-        versent profondément l’ensemble de         joncturelle, il est donc plus néces-
vé : le cinéma parlant venait de faire       l’économie, en générant de nouvelles       saire que jamais de se préoccuper
son apparition. L’époque avait défini-       manières de créer de la valeur (nou-       de ce thème et d’œuvrer, chacun
tivement changé 5.                           veaux modèles d’affaires), de financer     dans sa sphère d’influence, pour créer
                                             (crowdfunding), de payer (bitcoins), de    un véritable écosystème favorable à
L’histoire économique est remplie            s’organiser (coworking, organisation       l’innovation. Genève, en particulier, et
de ce genre de scénarios : des en-           en réseaux)… des mutations qui per-        la Suisse, en général, sont déjà relati-
treprises prospères, reconnues, ad-          mettent d’incroyables opportunités,        vement bien outillés et des initiatives
mirées disparaissent soudain du gé-          mais provoquent également de pro-          intéressantes sont en préparation.
nérique. Parmi les multiples raisons         fondes déstabilisations.                   Dans son rapport Stratégie écono-
de ces funestes épilogues figure la                                                     mique 2030 10, le Conseil d’Etat pré-
non-anticipation des mutations. Car          Enfin, l’innovation est devenue l’ob-      sente l’innovation comme un axe stra­
la réussite tend parfois à endormir.         jet de nombreuses études, en Suisse        tégique majeur. Autant de nouvelles
Comme le répétait inlassablement             comme à l’étranger, qui ont permis         réjouissantes qui ne doivent toutefois
Andy Grove, le CEO d’Intel : « Le suc-       de mieux cerner les processus d’in-        pas faire perdre de vue que les amé-
cès nourrit l’autosatisfaction. L’auto-      novation et de quantifier leurs effets.    liorations doivent être continues. Au
satisfaction nourrit l’échec. Seuls les                                                 risque de tomber dans l’autosatisfac-
                                             « Au niveau macroéconomique, il exi­s­
paranos survivent. » Sans aller jusqu’à                                                 tion et de ne pas réussir à s’adapter
                                             te un solide réseau de faits montrant
la paranoïa, il est évident qu’au-                                                      aux évolutions permanentes du monde
                                             que l’innovation est le facteur domi-
jourd’hui plus que jamais, il faut être                                                 dans lequel nous vivons.
                                             nant de la croissance économique
prêt à affronter un monde en perpé-
                                             nationale et de la spécialisation com-
tuelle évolution.
                                             merciale des pays. Au niveau micro­
Et pour faire face au défi du change-        économique – c’est-à-dire au sein
ment, « l’innovation n’est pas une ré-       des entreprises – la recherche & dé-
ponse ; elle est la seule réponse »,         veloppement (R&D) apparaît comme
martèle Antonio Gambardella, direc-          un élément qui renforce l’aptitude         7 Le blockchain est un programme
                                                                                        informatique virtuel partagé entre de
teur de la Fongit, incubateur d’entre-       d’une entreprise à assimiler et à utili-   nombreuses parties permettant de garantir la
prises basé à Plan-les-Ouates 6. Si elle     ser toutes sortes de connaissances         traçabilité d’un échange. En résumé, il s’agit
est l’œuf, elle est aussi la poule : l’in-   nouvelles et pas seulement des con­        d’une succession de blocs dont chaque élément
                                                                                        contient le calcul du bloc précédent, formant
novation permet certes de réagir au          naissances technologiques. En outre,       ainsi une chaîne dont tous les maillons sont
changement, elle est elle-même au            pour l’entreprise, c’est une manière       connectés et chronologiques. Le système est
                                             d’augmenter sa marge bénéficiaire,         sécurisé (chaque acteur ajoutant un bloc signe
cœur du changement, façonnant les                                                       avec sa propre clé), immuable (l’historique ne
mutations. Elle va au-delà de la simple      de jouir d’une situation de monopole       peut pas être modifié) et infalsifiable.
sphère économique, permettant éga-           légal grâce aux brevets et /ou de ga-
                                                                                        8 OCDE, 1997. La mesure des activités
lement de répondre à certains dé-            gner des parts de marché sur ses           scientifiques et technologiques. Manuel d’Oslo.
fis sociétaux et environnementaux            concurrents », détaille ainsi l’OCDE 8.
                                                                                        9 ARVANITIS, Spyros, EGGER, Peter,
(énergie propre, par exemple).
                                             Les entreprises helvétiques l’ont bien     WOERTER, Martin, 2016. La Suisse a aussi
                                                                                        sa politique économique. La vie économique
Le phénomène n’est pas nouveau,              compris, elles qui permettent à la         (un magazine du Département fédéral de
mais l’innovation n’a probablement ja-       Suisse de se hisser régulièrement          l’économie), 25.07.2016.

mais autant fait parler d’elle. Plusieurs    en tête des classements consa-
                                                                                        10 DÉPARTEMENT DE LA SÉCURITÉ ET DE
raisons expliquent cette actualité.          crés à l’innovation. Or, pour un petit     L’ÉCONOMIE, 2015. Stratégie économique 2030.
                                             pays comme le nôtre, ouvert sur le         Adoptée par le Conseil d’Etat en juin 2015.
# novembre 2016

                                                                  2
                                      Qu’est-ce que
                                     l’innovation ?
       « Il est difficile d’imaginer que la chenille, cette espèce de ver
    poilu, va se mettre à voler et devenir un beau papillon. Beaucoup
    d’innovations ne vont jamais plus loin que le stade de la chenille
     parce que les managers ouvrent les parapluies de l’analyse des
                risques, de la preuve de la rentabilité et de l’existence
                                              du marché. » Elmar Mock 11
quel avenir pour l’innovation à genève ?                                                10 - 11

Définition                                         - L’innovation de commercialisation : pro­
                                                     cédé impliquant des changements si­
                                                                                                    Il convient enfin de noter que l’innova-
                                                                                                    tion dépasse aujourd’hui le cadre stricte-
Le terme innovation est tellement utilisé            gni­ficatifs de la conception ou du            ment économique, avec notamment tout
qu’il s’est transformé en un cliché vide             conditionnement, du placement, de              le champ des innovations sociales (qui
de sens précis, souvent employé de ma-               la promotion ou de la tarification d’un        consiste à élaborer des réponses nou-
nière erronée. Il convient dès lors d’en             produit. C’est notamment l’entreprise          velles à des besoins sociaux nouveaux
préciser la signification. Une invention,            qui met ses produits (de par leur prix         ou mal satisfaits, en impliquant la partici-
une idée ou une découverte scientifique              et/ou leur simplification) à la portée de      pation des différents acteurs concernés,
ne constituent pas (encore) une innova-              tout le monde alors que cette presta-          notamment les utilisateurs et les usa-
tion. Une simple nouveauté marketing                 tion était jusqu’à présent réservée aux        gers) et des projets citoyens, que le pré-
non plus.                                            seuls spécialistes.                            sent document n’aborde pas.

L’innovation est un processus qui trans-           - L’innovation d’organisation : mise en
forme une idée en valeur économique.                 œuvre d’une nouvelle méthode or-
Elle amène sur le marché une plus-value              ganisationnelle dans les pratiques,
par rapport à l’existant.                            l’organisation du lieu de travail ou
                                                     les relations extérieures de la firme.
Pour reprendre la classification de l’OCDE,          Elles incluent, par exemple, la mise en
l’innovation peut être de quatre types 12            œuvre de nouvelles pratiques pour
(pour des illustrations genevoises, voir en-         améliorer le partage du savoir au sein
cadrés ci-contre et aux pages suivantes),            de l’entreprise ou de nouvelles mé-
qui peu­vent d’ailleurs être combinés :              thodes d’attribution du capital aux            Des capteurs
- L’innovation de produit : bien ou ser-
                                                     salariés. C’est aussi toute l’économie
                                                     col­laborative qui établit des relations       intelligents nés
  vice nouveau. Cela inclut des amé-
  liorations sensibles de spécifications
                                                     directes entre particuliers et concur-
                                                     rence frontalement les pratiques habi-         de l’intelligence
  techniques, composants, matière, etc.
  d’un produit qui est mis sur le marché.
                                                     tuelles, à l’instar de ce qui s’est passé
                                                     avec Airbnb, Uber et leurs déclinaisons
                                                                                                    collective
  C’est l’innovation à laquelle on pense             dans divers secteurs économiques.              Il existe de nombreuses innovations de
  généralement.                                                                                     produits. L’exemple de PrestoPark est
                                                   Plus simplement, on peut reprendre l’ex-         toutefois particulier. D’abord, en raison
- L’innovation de procédé : mise en                pression imagée de Genilem, associa-             de l’innovation elle-même : la technologie
  œuvre de méthodes de production                  tion d’aide à la création d’entreprises 13 :     mise au point permet de déceler à
  ou de distribution nouvelles ou sensi-           « L’innovation, c’est l’un des 3 A : Autre       100% la présence d’un véhicule garé
  blement améliorées. Cette notion im-             chose (nouveau produit/service). Autre-          et de proposer un système de parking
  plique des changements significatifs                                                              intelligent, en guidant l’automobiliste
                                                   ment (nouveau concept d’affaires). Ail-
                                                                                                    vers une place vide. Ce concept novateur,
  dans les techniques, le matériel et/ou           leurs (idées venues d’ailleurs et encore         installé à Carouge, intéresse plusieurs
  le logiciel. Elle permet notamment de            jamais réalisées en Suisse). » 14                villes étrangères, en raison de la meilleure
  raccourcir le temps de traitement des                                                             gestion du territoire et de la réduction de
  processus. C’est, par exemple, le cas            On le constate : l’innovation ne s’arrête pas    la pollution qu’il permet.
  d’une entreprise qui trouve le moyen             aux frontières de la seule technologie et
  de fournir ses clients en quatre heures          concerne les entreprises de tous les sec-        Ensuite, en raison de la genèse de
  alors que la norme dans le secteur est           teurs, de l’agriculture à l’hôtellerie en pas-   cette innovation : elle est le fruit d’une
                                                   sant par l’industrie la plus traditionnelle.     collaboration entre plusieurs acteurs
  de deux jours.
                                                                                                    genevois, comme l’explique le conseiller
                                                   D’ailleurs aujourd’hui, les nouveautés           d’Etat Pierre Maudet 15. L’entreprise
                                                                                                    quadragénaire IEM, active dans
11 MOCK, Elmar et GAREL, Gilles, 2012. La          technologiques sont moins nombreuses
                                                                                                    l’ingénierie électronique et la monétique
fabrique de l’innovation. Dunod. Elmar Mock        que les innovations de modèles d’af-             urbaine, a conçu la technologie et a lancé
est le coinventeur de la Swatch.                   faires, même si elles constituent le             le PrestoPark. Le centre de recherche de
12 OCDE, 1997. La mesure des activités             socle d’une très grande quantité d’in-           la multinationale Dupont de Nemours,
scientifiques et technologiques. Manuel d’Oslo.    novations (les nouvelles pratiques is-           approché par l’Office de la promotion des
                                                   sues de l’économie participative ont pu          industries et des technologies, a conçu la
13 Pour le détail sur Genilem, voir chapitre 5,                                                     coque protégeant le capteur. L’entreprise
                                                   émerger précisément grâce aux avan-
point Les structures d'aide à l'innovation.                                                         LEM a pour sa part apporté sa contribution
                                                   cées de la technologie, notamment nu-
                                                                                                    pour garantir la parfaite étanchéité du
14 Interview avec Sylvie Léger, directrice         mérique). Uber, pour ne prendre que
adjointe, responsable communication.
                                                                                                    produit. Enfin, la start-up OrbiWise s’est
                                                   cet exemple, est une innovation de bu-           attelée à la technologie de transmission
15 MAUDET, Pierre, 2016. Genève : une
                                                   siness model qui n’aurait pas pu voir            des informations entre le serveur central et
« smart city » à l’échelle du territoire. La vie   le jour sans les réseaux sociaux et les          l’automobiliste, une technologie très peu
économique, juillet 2016.                          platesformes digitales.                          gourmande en énergie.
# novembre 2016

Innovation de                                   Le concept, lui, a été défini au mi-
                                                lieu des années 1990 par un profes-
                                                                                          Autre raison : les grandes entreprises
                                                                                          allouent leurs ressources prioritaire-
rupture et innovation                           seur de la Harvard Business School,
                                                Clayton Christensen 16, qui a théma-
                                                                                          ment en fonction des demandes de
                                                                                          leurs gros clients, les plus rentables.
incrémentale                                    tisé autour du fait que l’innovation      Or, ces derniers ne vont pas utiliser
                                                de soutien (ou « incrémentale ») amé-     les produits basés sur des technolo-
Depuis quelques années, le terme                liore l’existant alors que l’innovation   gies disruptives, en tout cas pas pen-
« innovation de rupture » (disruptive in-       de rupture transforme les règles du       dant les premiers temps. Ainsi, les
novation, en anglais) est très souvent          jeu. Il a également montré pourquoi       entreprises qui ont l’habitude d’écou-
employé. On entend par là une inno-             les grandes entreprises dominantes        ter leurs meilleurs clients pour lan-
vation radicale qui rend obsolètes              ont tendance à privilégier les amélio-    cer leurs nouveautés vont privilégier
les technologies utilisées jusqu’alors.         rations plutôt que les ruptures.          l’évolution plutôt que la révolution.
C’est, par exemple, le cas de l’arrivée                                                   Elles risquent même de tuer les idées
sur le marché du CD, du téléphone               Clayton Christensen donne plusieurs       qui ne répondent pas à la demande.
portable ou de la photo numérique.              raisons au fait que ces sociétés ne       Elles ont en effet davantage d’inté-
                                                sont pas les mieux outillées pour les     rêts à rester sur des produits pour les-
Bien que le numérique ait boulever-             révolutions. D’abord, les produits ba-
sé passablement de domaines, l’in-                                                        quels elles sont en position de force
                                                sés sur des technologies disruptives      et qui sont lucratifs plutôt que d’aller
novation de rupture ne date pas du              sont généralement plus simples et
XXIe siècle. Ni même du XXe. Elle a                                                       vers des produits ayant des marges
                                                moins chers, du moins au début, ce        faibles et destinés à une clientèle res-
accompagné l’histoire de l’humanité,            qui génère des marges plus basses.
depuis que l’être humain a dévelop-                                                       treinte. Elles attendent donc que le
                                                Ils ouvrent certes de nouveaux mar-       marché soit mûr pour y investir. Le
pé l’agriculture alors qu’il avait tou-         chés, mais, et c’est la deuxième rai-
jours chassé, modifiant ainsi totale-                                                     hic : une fois que leurs clients tradi-
                                                son, il s’agit dans un premier temps      tionnels désirent ces nouveautés, il
ment le mode de vie de nos ancêtres.            d’une clientèle émergente et donc         est souvent trop tard... L’intérêt de sa
                                                peu nombreuse. Les entreprises tra-       théorie est de montrer que l’échec
                                                ditionnelles n’ont pas l’habitude de      face à la rupture ne résulte pas d’un
                                                traiter avec ces clients et n’ont pas     manque de connaissance, mais bien
                                                non plus les structures de coûts          d’un raisonnement rationnel.
                                                adaptées à de petits volumes.
                                                                                          Face à ce dilemme vécu par la grande
                                                                                          entreprise au regard des innovations
                                                                                          de rupture, Clayton Christensen et
D’importants gains de temps                                                               les spécialistes de l’innovation préco-
                                                                                          nisent d’établir de nouvelles entités in-
Les entreprises genevoises ont mis en place de nombreuses innovations de                  dépendantes libérées de l’influence
procédés qui touchent des secteurs très variés. Ainsi, Selexis, une société basée         des consommateurs de la société
à Plan-les-Ouates, est devenue le deuxième fabricant au monde de lignées                  traditionnelle. C’est ce qu’avait par
cellulaires permettant de produire des protéines recombinantes, car ses outils            exemple fait – avec succès – Nestlé
technologiques permettent de réduire fortement le temps de production des
cellules et de diminuer les coûts de production des médicaments.                          avec Nespresso.

Autre exemple : Contexa, à Aïre-le-Lignon, lauréate du Prix de l’innovation 2013          Cela dit, il serait faux de n’avoir d’yeux
décerné par la CCIG, le Département de la sécurité et de l'économie (DSE) et              que pour l’innovation de rupture.
l’Office de promotion des industries et des technologies (OPI), a bouleversé              D’abord, elle ne se planifie pas, elle
les procédés de production des compositions de parfumerie en « pesant sans
balance » les ingrédients, ce qui permet là aussi un gain de temps considérable :
                                                                                          est risquée et peut ne jamais trou-
avec les systèmes traditionnels (balance), pour peser précisément 100 matières            ver un marché plus élargi que celui
premières liquides et les mélanger, il faut exécuter 100 fois l’action de pesage sur      des premiers convaincus. Ensuite,
balance pour déterminer le poids exact de chaque substance, puis les déverser             les modifications incrémentales per-
dans un mélangeur final. Avec le système genevois, on peut injecter les 100               mettent d’améliorer les produits, ser-
produits simultanément et les mélanger en une seule étape dans le conteneur.
                                                                                          vices ou procédés et contribuent ain-
Les domaines sont très variés. Et ces innovations de procédé sont très utiles à           si à la bonne santé des entreprises.
l’économie genevoise, qui gagne en efficacité. Comme le constate Christophe               Enfin, il semblerait qu’en Suisse, nous
Renner, président du groupe de pilotage du Laboratoire de Technologies                    soyons excellents pour faire mieux,
Appliquées, elles émanent souvent « d’entreprises bien établies, notamment du
domaine du luxe, de l’horlogerie ou des machines, qui viennent avec des idées
                                                                                          un peu moins pour être disruptifs.
très novatrices, notamment en termes de matériaux. Elles arrivent ainsi à innover         Une question d’ordre culturel proba-
dans leur cœur de métier».                                                                blement liée aux mentalités.
quel avenir pour l’innovation à genève ?                                           12 - 13

Pendant combien de                                  Comment mesurer
temps peut-on parler                                l’innovation ?
d’innovation ?                                      Certaines innovations sont faciles à

La question de la durée de vie d’une
                                                    mesurer : toutes celles basées sur un
                                                    brevet. Les brevets constituent une        De nouvelles
innovation ne trouve pas de réponse
définitive. Dans leurs enquêtes sur
                                                    donnée intéressante pour objectiver
                                                    l’innovation, notamment parce qu’ils
                                                                                               prestations clientèle
l’innovation, les instituts de recherche            représentent une mesure simple et          Les innovations de commercialisation
tels que l’institut zurichois KOF et ses            facilement comparable, tant au niveau      permettent notamment de toucher de
équivalents suisses ou étrangers de-                des entreprises que des secteurs et
                                                                                               nouvelles cibles de clientèle. C’est le cas
mandent aux entreprises si elles ont                                                           de NonStop Gym, premier club de fitness
                                                    des pays 18. D’ailleurs, ils figurent en   de Genève à être ouvert 24 heures sur 24
introduit des nouveautés au cours                   bonne place dans la composition            tous les jours de l’année afin d’être adapté
des trois dernières années.                         des indices visant à établir les clas-     à tous les styles de vie. Un concept qui
                                                                                               existait à l’étranger, mais pas ici. Misant
En pratique, les chefs d’entreprises                sements en termes d’innovation. Mais
                                                                                               sur la technologie (pour ses contrôles
estiment que la durée de l’innova-                  se contenter de ce seul critère serait     d’accès notamment) et sur les petits prix,
tion dépend du secteur. En informa-                 réducteur. D’une part, certaines inno-     les deux fondatrices ont réussi à ouvrir cinq
tique ou en téléphonie, elle est plus               vations (notamment d’organisation et       salles de fitness moins de trois ans après
                                                    de commercialisation) ne sont pas          avoir créé leur société, et ce malgré la
courte que ces trois ans, alors que                                                            concurrence régnant dans le secteur.
dans les technologies médicales, la                 couvertes par des brevets. D’autre
construction ou l’hôtellerie elle peut              part, tout un pan du secteur tertiaire     Autre innovation de commercialisation
aller jusqu’à cinq ans, voire bien plus.            échappe à ces protections légales.         visant, elle, à offrir une prestation d’un
                                                                                               hôtel cinq étoiles à un établissement
Indépendamment de l’industrie, les                  De même, les dépenses en recherche         de trois étoiles : l’hôtel des Horlogers
spécialistes basent également leur                  et développement (R&D) ne per-             à Plan-les-Ouates qui a introduit dans
jugement sur d’autres éléments. Ain-                                                           son système de réservation un logiciel
                                                    mettent de quantifier l’innovation au      de conciergerie permettant à ses clients
si, on s’entend souvent répondre                    niveau macroéconomique que de              de commander des services destinés
qu’une innovation est jugée comme                   manière très incomplète, bien que          normalement aux établissements de luxe
telle tant que la technologie n’a pas               pendant longtemps les mesures de           (champagne dans la chambre, véhicule à
été dépassée et que le produit n’a                  l’innovation se soient principalement
                                                                                               disposition, table et fer à repasser, etc.).
pas été copié.                                      basées sur cette donnée. Ainsi, l’as-
Pour certains types d’innovation, une               sociation britannique dédiée à l’inno-
part de subjectivité est assumée. Ain-              vation, Nesta, a développé un indice
si l’association d’aide aux entreprises             permettant de mesurer la valeur fi-
innovantes Genilem estime qu’une                    nancière de l’innovation du Royaume-
« innovation en reste une tant qu’elle              Uni qui inclut de nombreuses autres
étonne, qu’elle est perçue comme                    données, dont les logiciels, le design,
nouvelle, unique », ou alors tant qu’elle           le développement de produits dans
n’est « pas entrée dans les mœurs et                les services financiers et la création
ne constitue pas un standard sur le                 artistique, les investissements dans
marché» 17.                                         les marques, les actifs intangibles ou
                                                    encore l’acquisition de savoir 19.

                                                    Comment donc mesurer une inno-
                                                    vation lorsqu’il n’y a pas de brevet ?
                                                    Dans ses enquêtes, l’OCDE explique
                                                    aux destinataires de son formulaire :
16 Voir également la bibliographie chapitre         « La nouveauté ou l’amélioration se
En savoir plus.                                     mesurent par rapport aux caractéris-
17 Interview avec Jean-Christophe Calmes,
                                                    tiques essentielles du produit, de ses
directeur de Genilem, et Sylvie Léger, directrice   spécifications techniques ou de la
adjointe, responsable de la communication.          convivialité. » Il est donc question de
18 La question des brevets est également
                                                    « caractéristiques objectives de per-
traitée au chapitre 4, point Brevets : image        formance ». Or, il faut bien reconnaître
trompeuse.                                          que celles-ci ne sont parfois pas ai-
19 http ://www.nesta.org.uk/publications/           sées à saisir, en fonction notamment
innovation-index-2012.                              du type d’innovation.
# novembre 2016

Une autre difficulté repose sur le          Les réactions des clients consti-          Au niveau genevois, un think tank
fait que malgré la tentative d’établir      tuent également une mesure, « la           sur cette thématique, piloté par l’OPI
des définitions scientifiques comme         plus fiable, surtout maintenant que        avec le soutien du DSE, a été créé
celles proposées par l’OCDE (voir           de nombreux métiers de services            récemment. En Suisse, il ne semble
point 4.1), il existe une grande subjec-    sont notés sur Internet », estime pour     pas exister pour l’heure d’initiative
tivité entraînant des différences d’in-     sa part Anne Southam, cofondatrice         politique nationale à ce sujet. Mais
terprétations et donc de mesure.            de l’organisme d’aide à la création        quatre associations issues du secteur
                                            d’entreprises Genilem, fondatrice du       privé (asut, Electrosuisse, Swissmem
« On peut certes se poser la question       groupe Hôtels et Patrimoine (qui mise      et SwissT.net) se sont regroupées
de savoir si un tel produit existe déjà,    beaucoup sur l’innovation) et de plu-      pour créer Industrie 2025 23.
tenter de voir si un service est assor-     sieurs autres sociétés.
ti d’une différence remarquable ou si
un procédé est nouveau ; il y a un cô-
té très émotionnel dans ce que l’on
                                                                                       Les risques liés
a envie de voir de nouveau », admet
Jean-Christophe Calmes, directeur
                                            Le poids réel                              à l’innovation
de Genilem.                                 de l’industrie 4.0                         Pour se distinguer de la concurrence,
La Confédération reconnaît aussi ce         Difficile de ne pas évoquer, même          toutes les entreprises ont besoin d’in-
flou dans son premier rapport consa-        brièvement, l’industrie 4.0 dans une       nover. Cela dit, certaines se méfient
cré à l’innovation, sorti au printemps      étude sur l’innovation 21. Cette ex-       de l’innovation, car cette dernière re-
2016 20. Elle l’attribue essentiellement    pression renvoie à l’idée qu’après la      présente un risque : financier, mais
à la taille des entreprises. « Les PME      mécanisation, l’électrification et l’au-   aussi de management. Il faut accep-
voient déjà des innovations dans les        tomatisation, une quatrième révolu-        ter la possibilité que les recherches
petites améliorations qui sont appor-       tion industrielle est en train d’avoir     ne débouchent sur rien, que le résul-
tées aux produits et qui n’exigent          lieu. Elle se base sur la numérisa-        tat diffère grandement de ce qui était
qu’un investissement modeste alors          tion et se caractérise par une fu-         souhaité ou que la nouveauté soit un
que, s’agissant du développement            sion des technologies « qui brouille       échec. Parfois également, certaines
de nouveaux produits, les grandes           les frontières entre les mondes phy-       innovations arrivent trop tôt et le mar-
entreprises procèdent de manière            sique, numérique et biologique, énu-       ché n’est pas prêt. Les entreprises
systématique et engagent davantage          mère Klaus Schwab. Et le fondateur         peuvent alors persévérer au risque
de fonds pour développer des pro-           du World Economic Forum (WEF) de           d’épuiser leurs liquidités ou tempori-
duits présentant un degré de nou-           prédire que cette révolution change-       ser au risque de laisser la place à des
veauté plus élevé. »                        ra profondément nos modes de vie,          concurrents (tel Kodak, avec la photo
                                            de travail et l’ensemble de nos inte-      numérique).
Voilà pour les tentatives extérieures       ractions sociales. Par son ampleur et
de quantifier le niveau d’innovation.       sa complexité, cette transformation
Pour l’entreprise qui voudrait me-          n’est comparable en rien à ce que
surer son « innovativité » (sa capaci-      l’humanité a connu auparavant »22.
té d’innover), il existe une méthode
simple, comme le souligne Pierre            Les produits physiques peuvent dé-
Strübin, président de l’incubateur          sormais être connectés. Ainsi, la
Fongit : regarder quelle est la part        communication est continue et ins-
du chiffre d’affaires réalisée avec         tantanée entre les différents outils
des produits/services mis sur le mar-       et postes de travail, ce qui permet
ché durant les dernières années (la         une multitude de nouveautés : me-
période exacte dépendant du sec-            sures de qualité en temps réel et
teur d’activité) ou voir si elle a intro-   non plus par échantillonnage, locali-
duit des innovations de procédé, de         sation instantanée d’un produit dans
commercialisation ou d’organisation         une chaîne de production, passage          20 DÉPARTEMENT FÉDÉRAL DE
au cours de cette période.                  d’un modèle « push » (les entreprises      L’ÉCONOMIE, DE LA FORMATION ET DE LA
                                            proposent) à un modèle « pull » (les       RECHERCHE, 2016. Recherche et innovation
                                                                                       en Suisse.
                                            consommateurs demandent), etc.
                                                                                       21 Voir également l’article HEG dans le
                                            Cette révolution contient certes des       CCIGinfo 7 de 2016.
                                            risques (notamment en termes de            22 PILET, François, Interview de Klaus
                                            suppressions d’emplois et de né-           Schwab dans L’Hebdo du 19 mai 2016.
                                            cessités de mises à jour de compé-
                                                                                       23 www.industrie2025.ch Site uniquement
                                            tences), mais aussi d’importantes op-      en allemand, du moins au moment de la
                                            portunités d’innovation.                   rédaction de ce rapport.
quel avenir pour l’innovation à genève ?                                                 14 - 15

Le degré de risque diffère évidem-
ment en fonction du type d’innova-
tion. Une amélioration comporte peu
de risques et a un côté très consen-
suel. Une innovation de rupture en
revanche ne va pas sans heurts. Elle
s’accompagne généralement d’une
réallocation des ressources entre
les secteurs, les entreprises voire les
pays, avec des perdants et des ga-
gnants. Les technologies nouvelles
entrent en concurrence avec celles
qui sont bien établies et, bien sou-      Une organisation pour booster l’innovation
vent, elles s’y substituent. Comme l’a    L’entreprise Loyco a misé sur une innovation d’organisation afin, notamment, de
souligné au milieu du XXe siècle déjà     permettre… l’innovation. Spécialisée dans l’externalisation des fonctions de support (RH,
l’économiste Joseph Schumpeter, le        finances, assurances…), elle a opté pour une structure actionnariale participative. Elle est
changement technologique peut être        ainsi détenue en grande partie par les personnes qui y travaillent : chaque actionnaire,
                                          quel que soit le nombre de ses parts, a le même poids que les autres lors du vote en
synonyme de « destruction créatrice ».    assemblée générale. Ainsi, son directeur, Christophe Barman, détient 25% des actions et
                                          n’a qu’une seule voix.
Et les perdants ne sont pas forcé-
ment les entreprises les moins per-       Et il est convaincu du bien-fondé de cette organisation : « Vous tuez l’innovation si vous
formantes. Comme l’a montré Clayton       mettez vos collaborateurs dans des entonnoirs et sous trop de couches hiérarchiques.
                                          Pour qu’ils osent essayer de créer, ils doivent s’identifier pleinement à l’entreprise, sentir
Christensen 24 dans son ouvrage The       qu’ils ont un impact sur elle, savoir qu’elle leur appartient en partie et avoir l’assurance
Innovator’s Dilemna, dans de très         que leurs initiatives seront considérées d’un œil bienveillant. Une structure où tout doit
nombreux cas, les technologies dis-       être validé par une succession de chefs débordés et où il faut attendre six mois pour
ruptives ont précipité la chute d’en-     avoir un feedback génère de la démotivation. Elle castre les gens, qui n’ont alors plus
treprises auparavant érigées en mo-       envie de proposer des améliorations et qui ne font alors plus que leur job en attendant la
                                          fin de la journée. »
dèles de réussite.

Aujourd’hui, la transformation boule-
verse profondément l’ensemble de
l’économie et risque de faire dispa-
raître des entreprises. Quant aux mo-
dèles innovants, basés sur des tran-
sactions intervenant directement de
personnes à personnes (tels les Uber,
Airbnb et dérivés), ils fâchent autant
qu’ils plaisent. La capacité d’accep-
tion du changement et d’adaptation
à ce dernier étant une composante
que l’être humain gère de manière
très diverse. Bien que l’innovation
soit reconnue de manière quasiment
unanime comme positive, car néces-
saire, il convient d’admettre qu’elle
comporte aussi des revers et une di-
mension conflictuelle.
                                          24 CHRISTENSEN, Clayton, 2016. The
Quant à l’Industrie 4.0, elle présente    Innovator’s Dilemna. 1re éd. 1997. Harper
                                          Business.
certes d’incroyables opportunités,
avec la création de nouvelles so-         25 Selon une étude du cabinet de conseil
ciétés, activités et professions 25. En   Deloitte, d’ici à 10 ans 270 000 nouveaux
                                          emplois seront créés.
même temps, elle risque de faire dis-
paraître de nombreux postes, en rai-      26 Selon Hans Hess, président de
                                          Swissmem cité dans la Tribune de Genève
son de leur automatisation 26.
                                          du 1er juillet 2016. Sur les 330 000 employés
                                          que compte l’industrie suisse des machines,
Le reconnaître permet d’anticiper la      de l’électrotechnique et des métaux (MEM),
problématique, notamment en ma-           « près de 13% d’entre eux occupent des postes
                                          répétitifs (peu qualifiés) appelés à disparaître
tière de formation et de gestion des      avec Industrie 4.0 ». Soit près de 50 000
compétences.                              emplois.
# novembre 2016

                                                          3
                  Comment favoriser
                      l’innovation ?
                  « Une personne qui n’a jamais commis d’erreur
                    n’a jamais tenté d’innover. » Albert Einstein
quel avenir pour l’innovation à genève ?                                            16 - 17

Les ingrédients                               Les conditions cadre                       Ils favorisent une coordination plus
                                                                                         étroite entre les divers agents éco-
L’innovation ne se décrète pas. On ne         Le premier étage de la fusée est           nomiques, privilégient la constitution
la planifie pas sur sa planche à des-         constitué par des conditions cadre         de réseaux et l’amélioration de la
sin. Ce n’est pas non plus, comme on          favorables à l’innovation.                 coordination.
l’a cru pendant longtemps, un pro-
                                              Formation et recherche                     Coopération hautes
cessus linéaire dont le point de dé-
                                              Les plus importantes conditions            écoles-économie privée
part serait la recherche scientifique
                                              cadre ont trait à la formation et à la     L’innovation naît fréquemment de
fondamentale et qui se déroulerait
                                              recherche. La capacité d’innover           contacts entre grandes entreprises et
en allant, d’étape en étape, jusqu’à la
                                              d’une région dépend en effet de            PME, fournisseurs et clients, centres
commercialisation.
                                              manière décisive de la qualité de          publics et privés de R&D, établisse-
Face à cette réalité, il n’existe certes      son système de formation et de re-         ments de formation, secteur associa-
pas de recette miracle pour faire jail-       cherche. Une main-d’œuvre quali-           tif et pouvoirs publics. La politique
lir l’innovation. Il ne suffit pas non plus   fiée, capable de donner naissance          adoptée en matière d’innovation
que les gouvernements aient une               à des idées et technologies nou-           doit faciliter la collaboration au sein
politique scientifique pour favoriser         velles, puis de les commercialiser         de ces réseaux et l’améliorer, insiste
celle-ci.                                     est en effet nécessaire. Des institu-      également la Confédération 28. De
                                              tions scientifiques et technologiques      bonnes conditions cadre sont néces-
Il y a toutefois une série d’ingrédients      permettant de repousser les limites        saires à l’éclosion de coopérations
qui, mis ensemble, contribuent à créer        des connaissances sont également           entre hautes écoles et économie pri-
un écosystème propice à l’innova-             indispensables. Enfin, la valorisation     vée dans le domaine de la recherche
tion. Il s’agit d’une conjonction de plu-     de la recherche par le biais de sys-       et de l’innovation.
sieurs éléments qui concernent les            tèmes de transfert de technologies
conditions cadre (améliorer les poli-                                                    Organismes d’aide à la création
                                              efficaces constitue une autre donnée
tiques en faveur de l’innovation et de                                                   Enfin, les pouvoirs publics peuvent
                                              de l’équation.
manière plus générale en faveur d’un                                                     financer des organismes d’aide à la
environnement encourageant et fa-             Infrastructures,                           création d’entreprises qui fournissent
cilitant l’entrepreneuriat, assurer une       marché du travail et fiscalité             des conseils gratuits : « Pour les auto-
formation de qualité), les systèmes de        Outre ces facteurs touchant direc-         rités les coûts sont assez faibles tan-
formation et de recherche (créer des          tement à l’innovation, des éléments        dis que les frais sont souvent très éle-
connaissances et les mettre en pra-           tels qu’un marché du travail ouvert,       vés pour les sociétés 29. »
tique), les entreprises (libérer l’éner-      des infrastructures modernes, un sys-
gie créatrice qu’elles ont en elles) et       tème numérique développé, un sys-
la population (être porteuse de la vo-        tème fiscal attractif, des démarches
lonté et de la capacité d’innover).           administratives légères, une bonne
                                              protection de la propriété intellec-
Et tout ce qui peut générer un bras-          tuelle et des investissements, un
sage d’idées et des interactions              accès adéquat aux ressources fi-
– même improbables – entre per-               nancières pour les entreprises, no-
sonnes de divers horizons, entre-             tamment les start-up… impactent
prises, instituts de formation consti-        positivement l’écosystème de l’inno-
tuent des facteurs favorables…                vation. Les différents indices mesu-
                                              rant l’innovation des pays prennent
Comme une fusée, l’innovation né-
                                              d’ailleurs en compte ces critères
cessite une série d’étages pour pou-
                                              pour établir leurs classements (ces
voir décoller. Ce n’est que s’ils sont
                                              éléments sont développés pour la
tous présents qu’elle pourra vérita-
                                              Suisse au chapitre 4).
blement s’envoler.
                                                                                         27 OCDE, Stratégie de L’OCDE pour
                                              Constitution de réseaux                    l’innovation 2015 – Un programme pour
                                              Les pouvoirs publics ont donc un           l’action publique.
                                              rôle important à jouer pour l’établis-
                                                                                         28 DÉPARTEMENT FÉDÉRAL DE
                                              sement ou la supervision de ces            L’ÉCONOMIE, DE LA FORMATION ET DE LA
                                              conditions cadre. Comme le sou-            RECHERCHE, 2016. Recherche et innovation
                                              ligne l’OCDE 27, ils agissent en outre     en Suisse.

                                              de plus en plus comme facilitateur         29 UBS Indicateur de compétitivité des
                                              face à la complexité et à l’incertitude.   cantons, 2016.
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