Reinventer le financement agricole
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Reinventer le
financement
agricole
En direct de
la conference
FIn4Ag
Juillet 2014
Dans cet ouvrage:
■ Financement par récépissé
d’entrepôt
■ Tony Elumelu – une vision pour
l’Afrique
■ L’ascension des banques
africaines
■ Les fonds comblent les lacunes
dans la chaîne de valeur
■ L’assurance sur les cultures
s’enracineLe commerce ACP
analysé et décrypté
http://agritrade.cta.int
dernières
Les der commerce
nières informations sur le commerce
agricole et la pêche ACP-UETable des matieres
2 Avant-propos
Par Jonathan Bell, rédacteur en chef, TXF.
3 L’ascension des banques africaines
Les banques locales financent une part plus importante de l’agriculture africaine et
utilisent leurs propres fonds pour avoir un impact plus en aval sur la chaîne de valeur.
10 Les fonds comblent les lacunes dans la chaîne de valeur
Les banques de développement et les fonds privés trouvent de nouvelles méthodes
pour pallier les manques qui touchent les chaînes de valeur agricoles et que les
banques commerciales ne peuvent ou ne veulent pas financer.
14 Le financement par récépissé d’entrepôt arrive à maturité
Le financement par récépissés d’entrepôt se développe en Afrique avec l’expansion
des places d’échange de produits et l’introduction progressive de récépissés
électroniques.
19 Le Cocobod ghanéen donne le ton
Jonathan Bell
Editor-in-chief
Le mécanisme de financement annuel de l’Office ghanéen du cacao fournit des
jonathan.bell@txfmedia.com pistes qui pourront être suivies par les autres producteurs africains.
Helen Castell 22 Réfléchir de façon innovante pour pallier le manque de
Special report writer données nécessaires à l’obtention d’un crédit
helen.castell@txfmedia.com L’accès des agriculteurs au financement et aux services s’améliore rapidement grâce
aux téléphones mobiles et à Internet, ainsi qu’à des programmes d’assistance innovants.
Dan Sheriff
Managing director 25 Tony Elumelu: Une vision pour l’Afrique
dan.sheriff@txfmedia.com
L’entrepreneur Tony Elumelu partage sa vision pour l’agriculture africaine, notamment
Dominik Kloiber le rôle croissant des banques locales et l’avenir des échanges commerciaux de
Commercial director produits agricoles de base.
dominik.kloiber@txfmedia.com
29 Les négociants, le maillon fort
Max Carter Les négociants en matières premières (hors combustibles et métaux) contribuent à
Product development director amener l'argent là où il est le plus utile dans les chaînes de valeur agricoles.
max.carter@txfmedia.com
32 Les activités à valeur ajoutée améliorent les perspectives
James Petras
Chief technology officer des agriculteurs des îles du Pacifique
james.petras@txfmedia.com La croissance des activités à valeur ajoutée fait évoluer le secteur agricole dans de
nombreuses îles du Pacifique. Nous nous intéressons ici aux évolutions qui ont lieu en
Katy Rose Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG).
Head of marketing
katy.rose@txfmedia.com 34 Le sursaut de l’agriculture
Les gouvernements doivent établir un cadre juridique qui apporte un soutien aux
Hesham Zakai
Content manager
agriculteurs et aux négociants, mais qui donne également aux banques la confiance
hesham.zakai@txfmedia.com suffisante pour prêter.
Mailing address: 37 Le bétail – plus qu’une marchandise
TXF Des projets pionniers aident les éleveurs et les négociants en bétail à accéder au
Canterbury Court financement et à se positionner sur des marchés d’exportation en pleine croissance.
Kennington Park
1-3 Brixton Road 40 Le retour à l’essentiel de BASIX
London Institution indienne de microfinancement établie de longue date, BASIX est un modèle
SW9 6DE. d’apprentissage par l’expérience.
Tel: +44 (0) 20 3735 5180
42 La protection a un prix: l’assurance sur les cultures
Registered office:
TXF Limited s’enracine
7-10 Chandos Street Les projets pilotes développent de nouveaux produits d’assurance pour les agriculteurs
London qui les aident à améliorer leur stabilité économique et les rendent plus rentables.
W1G 9DQ.
47 Le système SYFAAH en voie de déploiement en Amérique
Registered in England & Wales.
latine et en Afrique
1
Registered No: 08421624
© TXF Limited 2014
Le système de financement et d’assurance agricole en Haïti, destiné à favoriser
l’accès au microfinancement pour les petits exploitants, semble prêt à être étendu à
Copying without permission of the
publisher is prohibited. l’Amérique latine et à l’Afrique.
www.txfnews.com/special/Fin4AgReinventer le financement agricole
Avant-propos
Par Jonathan Bell, En tant que partenaire médiatique du CTA, produits le long de la chaîne de valeur. Afin
rédacteur en chef, TXF est fière de participer à l’élaboration de de tirer profit de cette expertise, certaines
TXF ce rapport spécial sur le financement de banques mondiales cherchent également
l’agriculture pour la conférence historique à acquérir des participations dans les ban-
Fin4Ag de Nairobi. Ce rapport s’intitule ques africaines ou à s’associer à celles-ci.
‘Repenser le financement agricole’ car Déjà bien présent en Amérique latine
c’est exactement ce qu’il faut faire, d’une et dans certaines régions d’Asie, le finance-
part pour garantir que les producteurs, les ment par récépissés d’entrepôt progresse
négociants et les autres parties prenantes à grandes enjambées sur le continent
de la chaîne de valeur agricole ont accès africain. Des pays comme l’Éthiopie ont
au financement, et d’autre part pour s’as- ouvert la marche dans la création des
surer que l’environnement financier est fa- places d’échange de produits, et d’autres
vorable aux intérêts des producteurs et leur États entendent bien leur emboîter le pas
procure, à un coût raisonnable, les services en fondant leurs propres places. Par
financiers dont ils ont besoin. ailleurs, les systèmes modernes de récépis-
Jonathan Bell, rédacteur Ce rapport cherche à souligner certains sés électroniques font une percée dans
en chef à TXF
des défis et des perspectives qui se présen- plusieurs nations. Nous analyserons dans ce
tent aux producteurs, aux négociants, aux rapport les dispositions prises par les dif-
banques et aux autres acteurs financiers au férents pays pour mettre ce système en
sein d’un secteur à l’évolution rapide. À œuvre et nous observerons comment les
l’heure où la technologie mobile, les places banques, les producteurs et les négociants
d’échange de produits et les nouveaux peuvent résoudre des défis persistants
outils de financement révolutionnent l’agri- comme la fraude et le vol de récolte.
culture dans les pays d’Afrique, des Nous espérons que vous trouverez les
Caraïbes et du Pacifique, il est temps pour articles et les entretiens de ce rapport in-
les banques commerciales internationales, téressants et instructifs, et que certains des
les assureurs et les gestionnaires de sujets abordés dynamiseront la mise en
garanties de reconsidérer la situation. place des bons outils de financement pour
Dans ce rapport, nous observerons l’as- les personnes qui en ont le plus besoin. Le
cension des banques commerciales travail réalisé par le CTA et d’autres organ-
africaines dans le secteur du financement isations continue de jouer un rôle crucial
du commerce et de l’agriculture. Quand les dans la transformation du domaine du fi-
banques internationales se sont retirées du nancement de l’agriculture. L’avenir des
continent lors de la crise financière, les ac- solutions de financement agricole dans les
teurs locaux et régionaux ont décidé de pays d’Afrique, des Caraïbes et du Paci-
pallier les manques. Les banques locales ont fique est sans aucun doute plus prometteur
déjà prouvé qu’elles pouvaient faire cava- qu’auparavant. Toutefois, c’est seulement
lier seul en montant des syndications de à travers la formation continue, l’éduca-
grande ampleur pour financer le secteur de tion, l’innovation, la persévérance et une
l’énergie. Dans le domaine agricole, elles véritable méticulosité sur le terrain que l’a-
utilisent leurs filiales locales et leur connais- griculture africaine pourra réaliser pleine-
2 sance du terrain pour contribuer au finance- ment son potentiel et jouer un rôle clé pour
ment des intrants agricoles et des flux de assurer la prospérité dans la région. ■
www.txfnews.com/special/Fin4AgEn lumière Banques africaines
L’ascension
des banques
africaines
Les banques africaines jouent un rôle mo- de l’OMC. Davantage de banques locales Les banques locales
teur dans le financement des agriculteurs, et régionales ont investi dans le com- financent une part
des négociants et des produits agricoles merce, comblant partiellement le vide
plus importante de
de base du continent. En injectant plus laissé par le retrait des banques mondiales
l’agriculture
d’argent local dans le système, elles ont un depuis la crise financière.
africaine et utilisent
impact plus en aval sur la chaîne de Toutefois, les financiers sont devenus
leurs propres fonds
valeur, même si elles estiment que le fi- plus sélectifs et se concentrent davantage
pour avoir un impact
nancement direct des agriculteurs reste sur les clients bien cotés, privant plus en-
un défi. Par ailleurs, les banques interna- core les plus petits négociants de fonds plus en aval sur la
tionales acquièrent des participations pourtant si nécessaires. chaîne de valeur.
dans les entreprises locales dans le but de “L’Afrique peut se financer elle-
tirer profit de leur réseau de distribution et même,” affirme Hiren Singharay, respons-
de leur expertise sur le terrain. able régional des syndications, EMEA, pour
Les banques africaines ont un énorme Standard Chartered. “Il y a cinq ans de
rôle à jouer dans le financement agricole cela, pas une seule banque nigériane
et leur développement dans ce domaine n’avait traversé le Congo à l’est. Aujour-
est “inévitable”, affirme Richard Wangwe, d’hui, toutes les grandes banques nigéri-
responsable de l’agriculture à la banque anes l’ont fait. Et il y a cinq ans, à
Stanbic d’Ouganda. l’exception de Stanbic, aucune banque
Le rôle croissant des banques africaines sud-africaine n’avait traversé la rivière
dans le financement du commerce a été Limpopo au nord. Aujourd’hui, elles sont
reconnu par le Groupe d’experts de partout.”
l’OMC sur le financement du commerce Après la crise financière, certaines ban-
lors de la réunion qui s’est tenue fin avril. ques internationales de financement du
Le groupe a conclu que les banques commerce se sont retirées d’Afrique, lais-
africaines s’étaient montrées plus à même sant un vide en termes de financement.
de syndiquer de grands accords de fi- “Elles ont continué à financer leurs
nancement du commerce, essentielle- meilleurs clients – tels que Cocobods et So-
ment dans le domaine des produits de nangols – mais pas les acteurs plus mod-
base, sans soutien externe, affirme Marc estes et moyens,” explique Edward
Auboin, conseiller de la Division de la George, responsable de la recherche sur 3
recherche économique et des statistiques les produits agricoles de base à la banque
www.txfnews.com/special/Fin4AgReinventer le financement agricole
est de suivre ses clients existants lorsqu’ils
font des incursions dans le continent, ex-
plique-t-il. “Ils entrent en Afrique et nous les
suivons dans des régions et dans des
secteurs où ils se sentent bien.”
Les banques du continent doivent aug-
menter leur présence sur les exploitations
afin de pénétrer la chaîne d’approvision-
nement à la base, ajoute Zhann Meyer. La
prochaine étape pour la banque consiste
à identifier les pays ayant mis en place des
politiques gouvernementales propices
ainsi que les acteurs d’entreprise aux-
quelles elle pourrait apporter son aide
pour développer l’industrie.
Les banques locales, y compris les
crédits fonciers publics, ont toujours
Richard Wangwe à Stanbic Bank Uganda détenu une part de marché dominante
en Afrique du Sud en matière de finance-
panafricaine Ecobank. “Il y a suffisamment ment agricole, explique John Hudson, re-
de liquidités dans le monde, mais pas pour sponsable de l’agriculture à Nedbank.
l’Afrique.” Ceci étant dit, Nedbank ne s’est vrai-
ment intéressée à l’agriculture qu’il y a
Un mandat de développement cinq ou six ans, lorsque la crise financière
La plupart des banques sud-africaines ont a permis de mieux apprécier les revenus
une stratégie de développement en qu’elle pouvait générer comparé à
Afrique, explique Zhann Meyer, respons- d’autres catégories d’actifs, précise-t-il.
able du financement des produits agri- L’agriculture, les produits agricoles de
coles de base en Afrique à la Nedbank base et, plus récemment, les actifs immo-
Capital. “La question n’est pas de savoir si bilisés tels que la terre et l’infrastructure ont
nous allons le faire – nous devons le faire,” soudainement commencé à attirer des in-
affirme-t-il. “C’est quelque chose que nos vestissements. L’agriculture est revenue
actionnaires attendent – travailler dans “au goût du jour”, explique John Hudson.
l’environnement africain et aider le conti- La banque compte maintenant une
nent à se développer.” équipe agricole dédiée qui travaille main
La mission de Nedbank pour l’Afrique dans la main avec les agriculteurs com-
Richard Wangwe, Stanbic Bank
d’Ouganda: “Les banques africaines ont
un énorme rôle à jouer dans le
financement agricole et leur
développement dans ce domaine est
4
inévitable.”
www.txfnews.com/special/Fin4AgEn lumière Banques africaines
merciaux en Afrique du Sud.
Chez Barclays, bien que l’équipe
chargée de l’Afrique soit basée à Johan-
nesburg, “nous avons reçu pour mandat
de travailler à travers toute l’Afrique et
d’aller là où nos clients vont,” explique le
responsable du financement structuré du
commerce et des produits agricoles de
base, Francois Visagie.
Liquidités africaines
En Afrique, entre 85 et 95 millions de mé-
nages ont maintenant un revenu
disponible d’au moins $5,000. “L’argent est
là et cet argent va aller dans les fonds de
pension, dans les banques et dans les
fonds communs de placement,” déclare
Edward George à Ecobank
Hiren Singharay. “Il y a pas mal de liquidités
dans le système, et cela peut permettre profit leur expertise et leur bilan plus solide
de financer le secteur de l’agriculture.” en utilisant les relations bancaires ré-
“Les banques africaines prennent des gionales, les réseaux de distribution et les
initiatives et se “mouillent”, un peu plus”, connaissances locales, explique Edward
affirme Edward George. Par exemple, dans George.
un accord de $500 millions qu’Ecobank a “De nombreuses banques multina-
conclu l’année passée pour Orion Oil, tionales ne veulent bien souvent pas avoir
“tout l’argent provenait des banques des opérations sur le terrain [en Afrique],
africaines.” car elles sont coûteuses, mais elles veulent
Il faudra peut-être du temps pour y faire des affaires”, précise-t-il. “Si vous êtes
réaliser la même chose dans l’agriculture une banque régionale, vous pouvez
– essentiellement en raison de la longueur obtenir de l’argent à ce niveau et vous
plus importante des chaînes de valeur et avez la présence physique sur le terrain.”
des volumes physiques plus importants qui Ecobank a conclu une alliance avec
sont en jeu dans les produits agricoles de Nedbank en Afrique du Sud ainsi que des
base – mais l’énergie est une première partenariats avec Barclays Africa, ABN
étape importante, affirme-t-il. “Cela Amro et Citi. “Nous les aidons à faire des
prouve que les banques africaines pren- affaires dans les marchés qui les in-
nent plus d’initiatives et qu’elles peuvent téressent, mais où elles ne jouissent d’au-
mettre en commun leurs capitaux.” cune présence,” affirme Edward George.
Nedbank a jusque fin novembre 2014
Partenariats et acquisitions pour convertir un prêt de $285 millions ac-
Les banques internationales concluent cordé à Ecobank en 2011 en une prise de
également davantage de partenariats participation, et élargir la participation à
avec les banques africaines – et dans cer- pas moins de 20%. Elle détient également
tains cas, elles les rachètent –, ce qui con- MBCA Bank au Mozambique et, au mois
stitue un moyen moins risqué d’étendre de juin, elle a racheté une part de 36.4%
leur présence sur le continent. du Banco Unico du Mozambique pour un
Les partenariats permettent aux ban- montant de $24.4 millions. 5
ques internationales de mieux mettre à Rabo Development (Rabo) a égale-
www.txfnews.com/special/Fin4AgReinventer le financement agricole
ment emprunté la voie de l’acquisition
pour étendre sa présence en Afrique. Sur
ces neuf dernières années, elle a investi
dans cinq banques locales, à savoir la Na-
tional Microfinance Bank (NMB), la Zambia
Commercial National Bank, la Banco Terra
au Mozambique, la Banque Populaire du
Rwanda (BPR) et plus récemment la DFCU
Bank en Ouganda.
En prenant des parts minoritaires sub-
stantielles, généralement aux alentours de
40%, Rabo obtient également le droit d’in-
staller sa propre direction – habituellement
le PDG, le responsable de la gestion des
risques et le responsable des services aux
particuliers – dans les banques dans
lesquelles elle investit. Par l’intermédiaire
de l’unité consultative de Rabo, RIAS, elle Francois Visagie à Barclays/ABSA
leur fournit également une assistance
technique et des solutions de réduction représentation au Nigeria, “en Afrique de
des risques. “Ce qui est important c’est l’Est et du Sud nous sommes partout où
que nous ne sommes pas un investisseur si- nous devons être.”
lencieux ou passif,” explique Hans Bo- Stanbic est présente dans 17 pays à
gaard, responsable de l’agro-industrie. travers l’Afrique subsaharienne et elle est
RIAS conseille également d’autres ban- en passe d’élargir son réseau de filiales au
ques sur la manière de mettre en œuvre Rwanda et au Congo, confie Richard
leur stratégie de financement agricole. Wangwe.
Parmi ses clients citons la Cooperative En plus de son réseau de filiales sud-
Bank of Oromea d’Éthiopie, la Develop- africaines et de son partenariat avec
ment Bank of Ethiopia et la Chase Bank du Ecobank à travers l’Afrique de l’Ouest et
Kenya. l’Afrique centrale, Nedbank possède un
En juin, Rabobank a également ouvert bureau au Kenya.
une filiale à Nairobi desservant des clients “C’est véritablement la raison d’être
actifs dans les produits agricoles de base. d’une banque régionale en Afrique,” ex-
plique Edward George. “Il s’agit d’être
Distribution et évaluation des risques présent sur le terrain et d’être en mesure
“Les banques locales ont un avantage: de mettre les réseaux dont la banque dis-
elles sont présentes sur le terrain, proche pose au service du commerce et des ac-
de la communauté agricole primaire,” dé- tivités des entreprises internationales et
clare Francois Visagie. “Les liquidités des banques multinationales.”
nécessaires peuvent être déboursées via La présence locale aide également à
le réseau bancaire normal.” réaliser une évaluation des risques précise.
“Nous avons des filiales à travers le con- “Si vous êtes une banque locale, vous
tinent et nous sommes donc plutôt consid- avez une perception différente du risque
érés comme une banque locale dans la du pays, car vous êtes là-bas depuis de
plupart des marchés,” affirme-t-il. Bien que nombreuses années,” explique Edward
6 sa présence en Afrique de l’Ouest soit lim- George. “Cela peut arriver qu’un pays ait
itée au Ghana et à un bureau de une mauvaise réputation, mais vous savez
www.txfnews.com/special/Fin4AgEn lumière Banques africaines
exactement comment y faire des affaires.”
“Vous avez également une bien La connexion ABSA
meilleure perception du risque de con-
Bien que Barclays joue un rôle quasi
trepartie, car vous faites peut-être des af-
local en Afrique, principalement par le
faires avec une contrepartie depuis 20
biais son réseau hérité de la Banque
ans,” ajoute-t-il. “Vous pouvez immédiate-
ABSA, elle apporte quelques avan-
ment vous porter garants pour eux. Cela
tages internationaux, déclare le re-
est extrêmement utile pour les banques
sponsable du financement structuré
multinationales.”
du commerce et des produits agri-
“Les banques africaines ont un avan-
coles de base, Francois Visagie. En plus
tage en ce sens qu’elles ont des relations
d’être sur le terrain, elle est capable de
sur le terrain. Cela vous procure un certain
fournir des fonds à des acheteurs et né-
confort”, convient Zhann Meyer. “Envoyer
gociants et elle dispose d’un éventail
un e-mail à un client ou consulter son site
plus sophistiqué d’instruments finan-
web n’offrira jamais la même vue
ciers avec lesquels structurer les ac-
d’ensemble du client que si la banque
cords. Elle tire également profit d’une
peut aller dans ses locaux ou visiter ses
clientèle internationale. Son partenar-
opérations,” fait-il remarquer.
iat avec Ghana Breweries, par exem-
Avoir du personnel dans le pays pro-
ple, est partiellement le fruit de relations
cure également aux banques des infor-
existantes avec sa filiale Diageo.
mations cruciales qui leur permettent
d’évaluer et de gérer les risques spéci-
fiques à mesure qu’ils se présentent,
ajoute-t-il. Par exemple, “maintenant que systèmes de plantation satellite qui sont
le Nigeria a déclaré la guerre contre le ter- liés à des acheteurs bien établis, explique
rorisme, comment cela affectera-t-il les ré- Richard Wangwe, en ajoutant que ce sys-
gions agricoles où opèrent les petits tème a été relativement fructueux dans
exploitants?” les secteurs de la canne à sucre, de l’hor-
ticulture et du café.
Canaliser les fonds pour les Les banques africaines doivent tra-
agriculteurs vailler davantage avec les organisations
Les banques locales montrent également non gouvernementales (ONG) et les insti-
l’exemple en matière d’octroi de crédits tutions de microfinance (MFI) pour les
aux petits exploitants, affirme Hiren Sing- aider à développer des produits pouvant
haray. La Equity Bank Kenya, par exemple, être proposés dans des régions plus ru-
peut accorder un prêt à un agriculteur 10 rales, affirme-t-il. Elles peuvent également
minutes après qu’il soit entré dans ses lo- aider les agriculteurs de subsistance à
caux et elle a retiré jusqu’à 25% de rende- commercialiser leurs opérations.
ment sur le capital sur les cinq dernières Nedbank se focalise sur le financement
années. “Il y a beaucoup d’argent à se des négociants de produits d’exportation
faire dans ce secteur. Mais cela exige une à travers l’Afrique, en soutenant leurs ef-
connaissance locale et d’être sur le ter- forts d’”intégration en amont”, de soutien
rain,” précise-t-il. technique aux petits exploitants auxquels
Une des façons dont les banques lo- ils achètent des produits et de développe-
cales peuvent aider à faire circuler l’ar- ment d’activités de transformation à plus
gent le long de la chaîne de valeur tout en forte valeur ajoutée sur le continent en in-
démentant la perception que l’agriculture vestissant dans les filatures de coton, les 7
est une activité risquée est de financer les usines de broyage et d’autres installations
www.txfnews.com/special/Fin4AgReinventer le financement agricole
de transformation, explique Zhann Meyer.
“Les petits agriculteurs représentent un
sérieux défi,” même pour les banques
présentes au niveau local, convient-il.
L’absence de modèle de propriété fon-
cière dans la plupart des pays africains fait
que vous ne pouvez pas adopter une ap-
proche de base en utilisant la terre
comme garantie,” explique-t-il. La vente
parallèle est un risque trop important pour
nous.
“Il ne s’agit donc pas de prêter directe-
ment aux petits agriculteurs,” ajoute-t-il,
mais plutôt de “faire appel à un gestion-
naire de contrats pour traiter avec les
agriculteurs et gérer le portefeuille en
notre nom.”
La BPR de Rabo Development finance
les intrants pour les coopératives du riz au Zhann Meyer à Nedbank Capital
Rwanda sur la base des contrats d’achat
conclus avec ICM Australie, qui a investi meilleure police possible.”
dans une entreprise conjointe d’usinage Barclays Africa s’est alliée au secteur
de riz dans le pays. privé pour faciliter les flux de fonds de la
Un autre modèle que les banques ne chaîne de valeur vers les agriculteurs de
rechignent pas à financer est le “noyau subsistance au Kenya et au Ghana. Dans
agricole commercial,” affirme Zhann le cadre d’un projet, des petits agriculteurs
Meyer. Dans ce cas de figure, un agricul- ghanéens ont fourni des céréales à
teur commercial loue ses terres et passe Ghana Breweries, qui soutenait en retour
un contrat avec des agriculteurs et les ap- les agriculteurs avec des intrants. Barclays
provisionne en semences, insecticides et, décomptait alors les sommes dues sur le
s’ils sont mécanisés, en diesel. Si l’agricul- bilan de la brasserie.
teur commercial a également une ca- En finançant des intermédiaires qui
pacité de transformation, l’autre fournissent aux agriculteurs les outils pour
avantage pour lui est d’augmenter le ren- démarrer une pratique agricole durable,
dement. “vous pouvez en réalité diriger la chaîne
Le Kenya est un acteur de premier plan jusqu’à l’agriculteur primaire,” explique
en termes d’amélioration de la bancabil- Francois Visagie.
ité des coopératives, en particulier à tra- L’agriculture représentant 64% de la
vers ses initiatives visant à encourager main-d’œuvre de l’Afrique, “la meilleure
l’obligation de paiement collectif, fait re- chose que nous puissions faire en tant que
marquer Zhann Meyer. Cela confère aux banques locales ou internationales est
banques une entité juridique et les agricul- d’aider à fournir une formation aux
teurs deviennent débiteurs obligataires. agriculteurs de subsistance,” affirme-t-il. “Si
Aussi: “Si vous décidez en tant que petit vous pouvez améliorer les qualifications de
agriculteur de vendre votre culture en par- ces personnes pour qu’ils envisagent les
allèle, cela met en péril l’accès aux fonds choses sous un angle plus commercial,
8 de la coopérative. Donc ils se contrôlent l’Afrique pourrait devenir le grenier alimen-
les uns les autres, ce qui constitue la taire du monde.” ■
www.txfnews.com/special/Fin4AgC
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Les fonds comblent les lacunes
dans la chaîne de valeur
Les banques de Par définition, les institutions de finance- “Nous souhaitons contribuer au
développement et ment du développement (IFD) sont depuis développement de ces programmes de fi-
les fonds privés toujours à l’avant-garde en matière de fa- nancement agricole.”
trouvent de cilitation des transactions sur les marchés La FMO et l’IDH ont déjà récolté $50
émergents. Afin d’attirer les banques à la millions. Leur programme entend viser
nouvelles méthodes
table des discussions, elles utilisent leurs quelques produits agricoles spécifiques
pour pallier les
propres liquidités, leur note quasi sou- cultivés par les petits exploitants, notam-
manques qui
veraine ou leur volonté de prêter à long ment le café, le cacao, le coton et l’huile
touchent les chaînes
terme. Aujourd’hui, les IFD éprouvent de de palme. Ce choix amènera le pro-
de valeur agricoles
nouvelles stratégies et de nouvelles struc- gramme à travailler principalement en
et que les banques tures afin d’obtenir des financements pour Afrique de l’Est, en Amérique centrale et
commerciales ne les petits agriculteurs et les petits com- en Indonésie, précise Landheer.
peuvent ou ne merçants qui en ont le plus besoin. L’argent sera utilisé pour préfinancer les
veulent pas financer. intrants des agriculteurs et pour leur fournir
Passer par les commerçants une assistance financière à moyen et à
La banque de développement néer- long terme en finançant la replantation
landaise Nederlandse Financierings- des arbres.
Maatschappij voor Ontwikkelingslanden La FMO travaille également au
(FMO) met actuellement en place un pro- développement des relations avec les
gramme de financement en collaboration banques locales dans les marchés émer-
avec la Sustainable Trade Initiative (IDH) gents. Elle entretient des relations solides
néerlandaise afin de financer les agricul- avec la National Microfinance Bank (NMB)
teurs en passant par les gestionnaires de de Tanzanie. L’année dernière, elle a
la chaîne d’approvisionnement. Une pre- obtenu et partiellement financé un prêt
mière transaction devrait bientôt être con- de $65 millions destiné à soutenir les crédits
clue avec un négociant de premier plan accordés par la banque au secteur privé,
et des discussions sont en cours avec y compris les petites et moyennes entre-
plusieurs autres commerçants, d’après prises (PME) de l’agro-industrie.
Marjolein Landheer, directrice de l’agro-in- Fournir aux banques locales la liberté
dustrie, de l’alimentation et de l’eau. de pouvoir prêter même pour de longues
“Nous ne pouvons pas fournir de petits durées fait partie des avantages que peu-
prêts isolés aux agriculteurs,” explique-t- vent apporter les IFD, affirme Landheer.
elle. Cependant, en faisant passer les fonds “Parfois, si l’IFD fournit un crédit à long
par les gestionnaires de la chaîne d’ap- terme, les banques locales sont aussi da-
provisionnement (p. ex., les commerçants), vantage disposées à repousser leurs limites
la FMO peut “progresser dans la chaîne et à accorder un financement,” explique-
de valeur comme jamais auparavant.” t-elle. “Par exemple, elles accepteront plus
Bien que les commerçants financent volontiers de repousser l’échéance d’un
déjà partiellement leurs fournisseurs en leur crédit de trois à cinq ans si elles savent
procurant des semences ou des engrais, qu’une autre partie s’est engagée, qui
10 ce processus reste “assez limité dans la plus est pour une durée encore plus
plupart des cas,” explique Mme Landheer. longue.”
www.txfnews.com/special/Fin4AgEn lumière Fonds d’investissements
Viser le long terme vergure pour réaliser une opération struc-
Le manque de financement à long terme turée à destination du commerce des pro-
est en effet l’un des principaux défis qui se duits de base, explique Nazeem Noordali,
posent dans le domaine de l’agriculture, directeur général de la finance d’entre-
explique Paola Bazan, responsable senior prise et des financements structurés.
des investissements auprès de la Banque La SIFC négocie actuellement avec
interaméricaine de développement plusieurs banques du marché européen
(IADB). qui “ont besoin d’un partenaire fiable”
De par sa nature, l’agriculture a besoin dans les marchés émergents et qui sont at-
d’investissements à long terme pour fi- tirées par le statut de créancier privilégié
nancer l’entretien des terres et soutenir la de la SIFC, ajoute-t-il. Les actionnaires de
continuité de la productivité des récoltes. la banque sont des gouvernements mem-
Toutefois, de tels investissements sont rela- bres et les antécédents de son portefeuille
tivement rares dans la majorité des pays de financement commercial structuré sont
d’Amérique latine et des Caraïbes, ob- excellents, observe-t-il.
serve-t-elle. En plus d’évaluer comment les produits
“Pour répondre à ce problème, la financiers islamiques traditionnels peuvent
banque entend fournir des financements être appliqués à l’agriculture, la SIFC pro-
à long terme au secteur privé,” explique duit des versions conformes à la sharia à
Bazan. partir de structures déjà largement util-
Parmi les principaux projets agro-indus- isées.
triels soutenus par la IADB, on peut citer un Noordali ajoute que la SIFC a déjà con-
prêt de $92 millions à l’intention du com- clu plusieurs opérations de financement
plexe CAIASA pour le secteur du soja en des importations pour l’agriculture
Uruguay, un crédit de $80 millions à l’inten- africaine sur le modèle du principe is-
tion de l’entreprise Adecoagro pour la lamique de la Mourabaha, en Côte
transformation des terres, l’installation de d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mozambique,
rizeries, le secteur du biogaz et l’installation en Gambie et au Sénégal. En outre, la SIFC
de logettes dans le secteur laitier en Ar- devrait avoir lancé sa première opération
gentine, ainsi qu’un financement de $10 d’actualisation islamique dans la région
millions destiné à la société Agricorp pour du Golfe ou en Indonésie d’ici le qua-
les secteurs du riz et des haricots au trième trimestre 2014.
Nicaragua. Le portefeuille de la IADB
dédié à l’agro-industrie est supérieur à Assistance technique
$600 millions et ne cesse de croître. La pérennité est un élément essentiel dans
la mission de la majorité des IFD. Comme
L’innovation dans le monde islamique elles, la FMO et la IADB tiennent résolu-
Les banques de développement utilisent ment à inclure l’assistance technique pour
davantage de structures de financement les agriculteurs dans leurs programmes de
innovantes pour apporter des fonds au financement agricole.
secteur agricole. Par ailleurs, elles tirent L’Organisation des Nations Unies pour
profit de la solidité de leur notation finan- l’alimentation et l’agriculture (FAO) colla-
cière pour mobiliser les fonds d’autres ban- bore actuellement avec l’Organisation
ques. des Nations Unies pour le développement
Au cours du dernier trimestre de l’an- industriel (ONUDI) et la Banque africaine
née, la Société islamique de financement de développement (BAD) afin de rassem-
du commerce (SIFC) entend monter une bler $25 millions pour mettre en place un 11
syndication internationale de grande en- mécanisme d’assistance technique à des-
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tination de l’agriculture commerciale et valeur dans son ensemble,” dit-il. À travers
du développement de l’agro-industrie en cette approche, les organisations
Afrique, explique Calvin Miller, responsable chercheront comment renforcer les mail-
senior et chef de groupe pour l’agro-in- lons les plus faibles comme la commercial-
dustrie et la finance. isation et l’entreposage des produits
“Nous essayons de montrer combien il agricoles, au lieu de seulement se concen-
est important d’envisager la chaîne de trer sur la production. ■
Les fonds privés apportent des ressources complémentaires
Aux institutions de financement du d’investissement ont besoin de renfort de
développement s’ajoute un nombre la part des pouvoirs publics et des bailleurs
croissant de fonds privés destinés à de fonds, sous la forme de politiques,
l’agriculture, aux produits agricoles et au d’infrastructures ou de renforcement des
financement commercial. Ces fonds capacités, rappelle Miller.
contractent des crédits auprès Le fonds IIG Trade Finance est
d’investisseurs qui sont sensibles au largement dédié à l’agriculture en
potentiel du secteur agricole et qui Amérique latine et se dit dans une
possèdent parfois des connaissances dans situation “tout à fait confortable” en
ce domaine. En investissant par termes de prise de risque. Ce fonds
l’intermédiaire des fonds, les investisseurs n’hésite pas non plus à innover.
évitent d’avoir à passer par des comités En novembre 2013, IIG Trade Finance a
de crédit et de devoir se soumettre aux réalisé sa première opération de titrisation
exigences relatives au capital de prêts non bancaires destinés au
réglementaire qui limitent parfois leur financement commercial de l’agriculture
marge de manœuvre. et des produits agricoles en Amérique
Les investissements du secteur privé latine. La structure issue de l’opération a
sont de plus en plus destinés au secteur émis $220 millions d’obligations adossées à
agricole, constate M. Miller de la FAO, qui des prêts (CLO) qui ont été structurées et
est également le fondateur de MicroVest, administrées par IIG, puis placées par
une gamme de fonds d’investissement Deutsche Bank Securities.
d’une valeur de $250 millions destinée aux Bien que les banques restent de loin les
PME et aux microfinancements. protagonistes dans le secteur du
Au moment même où la presse mettait financement commercial, les fonds
en avant le risque de pénuries alimentaires comme IIG jouent un rôle important en
dans le monde, la crise financière a finançant des commerçants de petite et
dynamisé l’attractivité des fonds moyenne taille, observe l’associé directeur
d’investissement pour des investisseurs de David Hu.
plus en plus frileux, précise-t-il. Suite à l’émission des CLO, par
Pour les investisseurs sensibles au exemple, plusieurs négociants
potentiel de l’agriculture, les fonds multinationaux sont entrés en contact
permettent d’effectuer des investissements avec IIG. Même si le coût était, au final,
relativement simples sans prendre trop de trop élevé pour lui, un négociant européen
risques, ajoute Miller. En rassemblant les de premier plan l’a introduite auprès de
investisseurs et les investissements, les fonds ses propres fournisseurs, soit précisément
contribuent à atténuer les risques. Le au maillon de la chaîne de valeur auquel
service de supervision assuré par l’équipe la banque IIG considère pouvoir apporter
de gestion du fonds rassure également les de la valeur.
investisseurs quant à leur engagement Ainsi, même si des fonds comme IIG
dans un pays ou un secteur dans lequel ils sont peu susceptibles de prendre la place
n’ont pas d’expérience pratique. des banques dans le financement de
Cela étant, les investisseurs privés sociétés comme Glencore, les gros
peuvent se montrer plus réticents à investir négociants restent des partenaires
auprès d’organisations de petits précieux et des sources de clients
exploitants au cours des périodes de potentiels. “Les acheteurs de produits
troubles politiques. Parce qu’ils visent les agricoles du groupe ABCD sont de bons
maillons les plus difficiles à atteindre sur la partenaires pour le financement des
12 chaîne de valeur et afin de mieux attirer exportations sur les marchés émergents,”
les investisseurs privés, certains fonds affirme Hu.
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Le financement par
récépissés d’entrepôt
arrive à maturité
Déjà florissant en Le financement par récépissés d’entrepôt trepôt, de nombreux négociants commer-
Amérique latine et se développe rapidement, ce qui permet ciaux n’auraient pas suffisamment de
dans certaines aux petits négociants et aux agriculteurs garanties pour respecter les exigences des
régions d’Asie, le plus importants ou aux coopératives banques étant donné les énormes quan-
financement par d’obtenir des financements immédiats tités de céréales qu’ils gèrent, assure
tout en protégeant leurs produits et si pos- Richard Wangwe, responsable de l’agri-
récépissés
sible en négociant de meilleurs prix. culture à la Stanbic Bank, en Ouganda.
d’entrepôt se
Cependant, d’énormes obstacles de- Ce type de financement est partic-
développe en
meurent. S’ils ne sont pas bien gérés, les ulièrement utile pour les petits négociants
Afrique avec
entrepôts demeurent vulnérables à toute qui pourraient avoir du mal à emprunter,
l’expansion des
une série de risques, du vol ou de la fraude concède Chris Scott, responsable du
places d’échange à l’infestation par les insectes. Bien que l’u- développement des entreprises au sein de
de produits et tilisation d’un gestionnaire de garanties Drum Commodities, un gestionnaire de
l’introduction rende les banques plus susceptibles de garanties disposant de 18 filiales en Afrique
progressive de concéder des crédits, ces gestionnaires ne pour toute une série de produits, des noix
récépissés sont pas encore suffisamment nombreux de cajou, du cacao et du café au poisson
électroniques. en Afrique. congelé, au tabac et aux engrais.
Dans de nombreux cas, “les banques
Les points positifs nous ont dit que certaines personnes n’au-
“Le principal avantage d’un récépissé raient accès au financement qu’au
d’entrepôt est qu’il résout toute une série moyen de la mise en place de ce type de
de problèmes d’un seul coup,” affirme Ed- structure et uniquement dans la mesure
ward George, à la tête de la recherche sur où l’entreprise de gestion des garanties
les produits agricoles de base à Ecobank. confère plus de poids et d’autorité au sys-
Tout d’abord, les cultures sont pro- tème de récépissés d’entrepôt.”
tégées. Il s’agit là d’une question centrale “La présence d’un tiers qui supporte le
en Afrique, où l’on estime que 20% à 40% risque de défaut limite les risques pour la
des récoltes pourrissent avant d’atteindre banque,” explique-t-il.
le marché. Et même pour des négociants ou des
Il s’agit également “d’un excellent exportateurs plus importants qui ont déjà
moyen pour l’agriculteur d’obtenir des fi- accès au financement, le fait que les ban-
nancements,” ajoute-t-il. “Il s’agit d’un in- ques puissent utiliser les produits entre-
strument financier pouvant être échangé. posés comme garantie signifie que le
Mais il peut également servir de garantie financement par récépissés d’entrepôt
14 pour l’obtention d’un prêt.” n’entame pas leur plafond d’emprunt
Sans financement par récépissés d’en- sans garantie, ajoute Makiko Toyoda, à la
www.txfnews.com/special/Fin4AgEn lumière Récépissé d’entrepôts
tête du programme mondial de finance- poudre et personne ne voudra plus
ment par entreposage de la International acheter de récépissés d’entrepôt.”
Finance Corporation (IFC). “Les banques “Les entrepôts doivent respecter de
peuvent déplacer le risque du bilan de multiples exigences de qualité, de la pro-
l’emprunteur vers le produit lui-même.” preté à la façon dont les produits sont en-
Le risque étant plus faible pour les ban- treposés,” précise-t-il.
ques, celles-ci peuvent prêter à des taux La fraude est également une question
plus attractifs. centrale. Selon Edward George, en Inde
Le financement par récépissés d’entre- par exemple, on estime que $1.5 milliard
pôt renforce également le pouvoir de né- de récépissés d’entrepôt frauduleux ont
gociation des agriculteurs. S’ils ne sont pas été émis ces 10 dernières années.
satisfaits du prix proposé directement sur “Au final, tout dépend de la qualité du
l’exploitation, ils peuvent apporter leur ré- gestionnaire de garanties et de la mise en
colte à l’entrepôt le plus proche et l’y con- place de toutes les vérifications et contre-
server jusqu’à ce qu’une meilleure offre se vérifications d’usage,” ajoute-t-il. “Il y a des
présente tout en obtenant un “paiement” dizaines de manières de frauder un entre-
instantané sous forme de prêt, précise Ed- pôt, et les fraudeurs imaginent sans cesse
ward George. de nouveaux stratagèmes.”
Les places d’échange de produits par-
ticipent au système en fournissant des prix Heureusement, les gestionnaires de
transparents que les agriculteurs peuvent garanties sont là
vérifier sur leur téléphone, note Makiko Toy- “Le défi majeur pour les banques de fi-
oda. Auparavant, les prix du marché étaient nancement, c’est la validation de ces
un “trou noir pour les petits exploitants”. récépissés d’entrepôt,” affirme Chris Scott.
“Obtenir un papier qui déclare qu’une
Les obstacles quantité X de produits est entreposée
Le système de financement par récépissés dans un lieu donné, c’est une chose. Mais
d’entrepôt ne fonctionne que si les entre- pour que cela ait un poids et que l’on
pôts sont suffisamment grands et renta- puisse s’en servir comme garantie pour
bles, explique Hans Bogaard, à la tête du obtenir un prêt, il faut s’assurer que le
département d’agro-industrie de Rabo récépissé d’entrepôt n’a pas été griffonné
Development. Si les coûts d’entreposage au dos d’un paquet de cigarettes.”
et de financement d’une culture sont plus “On peut s’y prendre de diverses
élevés que l’augmentation du prix que l’a- manières. On peut s’assurer que l’entre-
grégateur pourrait obtenir pour sa récolte prise a du poids et pignon sur rue, avec de
s’il attendait, il n’aura pas recours à l’en- bons antécédents et de bonnes
treposage. références,” poursuit-il. “On peut égale-
Le bon fonctionnement du système ment employer un tiers, tel que Drum
dépend également des gestionnaires Commodities, comme gestionnaire de
d’entrepôts, qui sont chargés de la bonne garanties. Il se rendra dans l’entrepôt, véri-
conservation des produits. fiera que le produit est bien là dans la
“La valeur d’un récépissé d’entrepôt quantité correspondante et qu’il est con-
est celle de sa garantie,” note Edward venablement entreposé. Les récépissés
George. “Si vous achetez un récépissé d’entrepôt seront donc émis au nom du
d’entrepôt pour 5,000 tonnes de maïs et négociant comme garanties contre l’ob-
qu’au moment de les récupérer elles sont tention de prêts auprès des banques.”
pourries ou ne sont pas toutes là, la nou- La IFC travaille avec des entreprises de 15
velle se répandra comme une traînée de gestion de garanties dans les pays qui ne
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sont pas encore dotés d’un système offi- comprenaient pas le système et n’ont pas
ciel de récépissés d’entrepôt. Pour Makiko pratiqué un marketing agressif. Elles ont
Toyoda, ces entreprises sont “essentielles” préféré “suivre l’ancien système attentiste,
dans les pays en transition, par exemple de laissant les agriculteurs venir entreposer
nombreux États d’Afrique de l’Ouest. En leurs cultures,” explique-t-il.
Tanzanie, même si un système de récépis- Deux entrepôts ougandais sont cepen-
sés d’entrepôt est en place, les banques dant gérés dans une optique commer-
continuent à utiliser les gestionnaires de ciale et connaissent un “succès
garanties pour certaines affaires. retentissant,” précise Richard Wangwe.
Stanbic déduit également les récépis-
Intervention gouvernementale et sés d’entrepôt hors Uganda Commodity
risques liés aux prix Exchange pour les entreprises exportatri-
Tout cela entraîne bien entendu des ces de céréales de pays voisins ou celles
risques que les gestionnaires de garanties qui vendent aux brasseries et aux minoter-
ne peuvent contrôler. ies. “Les résultats sont excellents,” souligne-
L’emprunteur d’une réserve de t-il. La banque a jusqu’à présent financé
céréales financé par Hans Bogaard au plus de $12 millions grâce à cette méth-
Kazakhstan a refusé de vendre après la ode. Si l’on compare, dans le cadre du
chute des prix. “Votre emprunteur doit marché d’échange, les deux entrepôts
aussi respecter ses obligations. S’il ne vend privés ont permis l’octroi de $6 millions de
pas, il n’y a pas de liquidation des céréales financements.
et l’argent ne rentre pas,” déclare-t-il. Afin que les agriculteurs bénéficient
Dans ces cas de figure, les banques ont pleinement du financement par récépis-
besoin de bons contacts afin de trouver un sés d’entrepôt, la constitution de coopéra-
agent pour vendre rapidement la récolte. tives est essentielle, affirme Makiko Toyoda.
Un autre risque est l’interférence gou- Elle précise que même avec un récépissé
vernementale. En Tanzanie par exemple, d’entrepôt, il est difficile pour des agricul-
l’an dernier, le gouvernement a fixé un prix teurs individuels d’obtenir un financement
minimum pour le marché de cajou, pré- auprès des banques.
cise-t-il. Ce prix était trop élevé pour les Les banques locales ont également
acheteurs et les banques se sont retrou- besoin de renforcer leurs compétences,
vées avec des stocks de noix de cajou im- ajoute-t-elle. En plus du financement des
possibles à vendre. transactions ou des produits, elles doivent
Le succès ou l’échec d’un système de mettre en place un cadre de gestion des
financement par récépissés d’entrepôt risques et former du personnel. Dans cer-
peut également dépendre de qui con- tains pays africains, la IFC propose un pro-
trôle les entrepôts: le secteur public ou le gramme de formation, mais les banques
secteur privé. demeurent peu enclines à investir dans de
Selon Richard Wangwe, en Ouganda nouvelles méthodologies. “Nous les en-
l’absence d’esprit d’entreprise au sein des courageons à consentir cet investisse-
coopératives d’agriculteurs qui gèrent des ment,” souligne-t-elle. “Leur effort sera
entrepôts est problématique. Lorsque le récompensé après un ou deux ans.”
système de financement par récépissés
d’entrepôt a été lancé en collaboration Places d’échange de produits et
avec l’Uganda Commodity Exchange, récépissés électroniques
des coopératives se sont vues confier la Pour plus d’efficacité, le financement des
16 gestion d’une série d’entrepôts à travers le récépissés d’entrepôt doit généralement
pays. Cependant, nombre d’entre elles ne s’accompagner d’une place d’échange
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