Bains urbains Concours d'idées pour l'aménagement de la rade de Genève - espazium
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143e année / 19 mai 2017
Bulletin technique de la Suisse romande
dossier
Bains urbains
Les cours d’eau sont des espaces publics comme
les autres
résultats de concours
Concours d’idées
pour l’aménagement de la rade
de Genève
Rencontre entre les CFF et la SIAde
B G 1 – le ruban
ann oba nd® -BSB s incendies ccords
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TECTION
DU
Bains urbains
Les cours d’eau sont des espaces publics comme les autres.
6 Cultures et idéologies du bain en ville
BÉTON
et en eaux libres
Stéphanie Sonnette
12 Plaisir des bains, une tradition suisse
Stéphanie Sonnette
18 Carnet de baignades www.desax.ch
Jean-Baptiste Lestra
résultats de concours
20 pRADEmatique genevoise
Cedric van der Poel et Yony Santos
territoire
24 Rawabi, la ville du premier âge d’un Etat
palestinien ?
Hacène Belmessous
5 éDITORIAL 36 Concours
28 actualités 37 offres d’emploi
30 Livres 38 Agenda
32 l’architecture à l’écran 39 Nouveaux produits
33 pages SIA
Trois nageurs dans le canal de la Spree à
Berlin lors de la Flussbad Pokal, une compé-
tition de natation ouverte à tous, en juillet
2015. (© Annette Hauschild/Ostkreuz)
En ligne :
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40 étudiants européens au finissage de la Biennale de
Venise 2016. Un carnet de route filmé en 5 épisodes.
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TEC21 Nr. 19 (12.05.2017) Linth-Limmern: Die Drachen Décoration du béton
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Veredeltes Elixier | Auf Bohren, Biegen und Brechen Nettoyage du béton
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La sezione sotto lo skyline | Sezioni di strade, sezioni
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T 055 285 30 85 T 031 552 04 55 T 021 635 95 55Tracés 10/2017 éditorial 5
A l’eau !
e nage à présent au ras d’un vertigineux quai de pierre de taille,
une paroi sans faille, haute, ancienne, lisse, humide, où plongent de
rares escaliers. De part en part, de gros anneaux de fer, des cercles
vieillis de rouille s’accrochent à la cloison. (…) Des murs de façades
dressées comme des falaises aux angles durs : le courant me conduit
vers des ponts de métal et de pierre, des arches basses en travers
de la Seine, où glissent des autobus ». Ce texte de Pierre Patrolin,
extrait de La traversée de la France à la nage, pourrait faire office de
légende à la photographie de couverture de ce nouveau Tracés.
Tout au long de ces 859 pages de dérive aquatique parues en 2012,
le narrateur parcourt la France à la nage, comme d’autres le font à
pied, de fleuves en rivières, nous donnant à voir le territoire sous
un angle inédit, par en-dessous, au ras de l’eau.
La baignade en eaux vives alimente les imaginaires et un certain
nombre de fantasmes. Dans les villes, des collectifs revendiquent aujourd’hui un
« droit à la baignade », celui de se baigner dans les cours d’eau, qui sont après tout
des espaces publics comme les autres. Les trois nageurs de la couverture par exemple
se baignent dans le Kupfergraben, le canal de la Spree qui délimite l’île aux Musées à
Berlin, au pied de l’imposante façade du Bode Museum. Ils participent à la première
édition de la Flussbad Berlin Cup, une compétition de natation initiée en juillet
2015. L’association Flussbad Berlin, qui l’organise, entend sensibiliser les Berlinois
à l’intérêt d’assainir les eaux de la Spree pour intensifier les usages sur la rivière.
Le bain, plaisir simple et festif, gratuit, dont certains citadins se voient privés par des
règlements sanitaires, devient un acte militant dont les motivations sont diverses :
retour à la « nature », libération des corps bridés par les codes et les pratiques d’un
monde trop policé, trop confortable, trop climatisé, réappropriation de l’espace
urbain ou simple aspiration à une activité saine, sociale, sportive et rafraîchissante...
La Suisse, où la pratique de la baignade en ville est courante et facilitée par la pro-
preté des cours d’eau, est regardée avec envie dans toute l’Europe.
Tracés vous invite à un tour d’horizon des pratiques et des cultures de la baignade
en eaux libres dans quelques villes d’Europe, entre plaisir simple et revendication
citoyenne, et revient sur les résultats tous frais du concours d’idées pour l’aména-
gement de la rade de Genève, où la baignade figure en bonne place.
Stéphanie Sonnette6 urbanisme Tracés 10/2017
Cultures et idéologies du bain
en ville et en eaux libres
Se baigner en ville, dans les rivières, les fleuves,
les lacs, est à la mode. Alors que dans certains
pays comme la Suisse, la culture du bain perdure
depuis le 19e siècle, dans d’autres elle s’est tarie
sous l’effet de réglementations contraignantes,
si bien qu’aujourd’hui, des baigneurs revendiquent
un « droit à la baignade » dans les cours d’eaux
des grandes villes.
Stéphanie Sonnette
A
Bâle, la 37e édition de la Rheinschwimmen adeptes des bains urbains d’une tonalité écologique,
aura lieu en août 2017. Comme tous les à laquelle s’ajoute une couche festive et transgressive.
ans, des centaines d’hommes, de femmes et La baignade serait-elle devenue, bien plus qu’un plaisir
d’enfants se jetteront à l’eau pour descendre le Rhin épicurien simple et gratuit, un acte politique de résis-
sur deux kilomètres, portés par le courant. A Paris, le tance vis-à-vis d’un espace urbain jugé trop normé et
28 août 2016, bravant l’interdiction de la Préfecture normatif, voire un énième avatar de la privatisation et
de police, des centaines de Parisiens ont barboté dans de la marchandisation de l’espace public ?
le bassin de la Villette. A Copenhague, une nouvelle
génération de bains publics construits par la jeune Brève histoire des bains
garde de l’architecture contemporaine fleurissent « De tout temps on a reconnu que les bains froids
depuis les années 2000 dans le port industriel ont une influence précieuse et incontestable pour
reconverti en quartier résidentiel et tertiaire. guérir, et surtout prévenir les maladies nerveuses.
Tradition ou renouveau, la baignade en ville et en L’impression de froid sur la peau, les mouvements de
eaux libres semble s’accorder aujourd’hui avec les aspi- la natation, la respiration d’un air pur, la gaîté même
rations de nombreux urbains européens, entre retour à qui préside toujours à cet exercice, tout contribue
la nature et « réappropriation citoyenne » de la ville et de
ses « biens communs » que sont les cours d’eau et les lacs. 1 Cité par Isabelle Duhau dans son article « Les baignades en rivière d’Ile-
de-France, des premiers aménagements à la piscine parisienne Joséphine
Le réchauffement climatique confirmé chaque année Baker », publié dans la revue Livraisons d’Histoire de l’Architecture, n°14 /
par des épisodes caniculaires agrémente le discours des 2e semestre 2007.
1 2Tracés 10/2017 Bains urbains 7
à donner du ton à nos tissus, à faciliter les fonctions, A Copenhague, une politique publique de
à rendre la circulation du sang et des humeurs plus la baignade
rapide, la digestion plus complète, la respiration plus Comme souvent, Copenhague donne le ton en
large. Et cette dispersion puissante de l’activité vitale matière de pratiques sociales, environnementales
dans toutes les parties du corps contrebalance pour et citoyennes. Il en va de la baignade en ville comme
quelque temps la concentration intellectuelle dans du reste. Dans l’ancien port industriel, aujourd’hui
laquelle la civilisation moderne nous fait vivre. » Voici en cours de reconversion en quartier résidentiel et
ce que l’on pouvait lire en 1876 dans la 3e édition de La tertiaire, les habitants se baignent depuis 2002 dans
natation naturelle à l’homme et l’art de nager, suivi de quatre nouveaux bains, dont l’emblématique Islands
considérations sur les traitements hydrothérapiques et sur Brygge, signé Bjarke Ingels Group (BIG), et d’autres
l’effet hygiénique des bains froids ou des bains chauds1 . La sont en cours de construction. Les activités portuaires
propagande hygiéniste va alors bon train. et industrielles abandonnées dans les années 1980
A Paris, dès le 18e siècle, les bains en rivière sont avaient pourtant laissé des traces peu propices à la
considérés comme bénéfiques pour la santé des urbains baignade : pollution aux hydrocarbures et déchets
et les établissements de bains, flottants, temporaires industriels, sans compte un système d’égouts déficient
ou non, souvent en bois, se multiplient sur la Seine. qui débordait dans le port en cas de fortes pluies. Pour
En 1805, on y dénombre 19 bains froids et 4 bains améliorer la qualité de l’eau, dans le cadre des objectifs
chauds et 2 écoles de natation. En plus du plaisir de de la politique environnementale municipale, la Ville
la baignade, ils offrent divers services et attractions : de Copenhague a investi 135 millions d’euros dans
cafés, salons, cabines personnelles, plongeoirs… l’extension de ses stations d’épuration et la moderni-
La pratique des bains connaît de nouveaux déve- sation de son système d’assainissement. Elle a notam-
loppements au début du 20 e, toujours dans les cours ment construit des bassins de rétention des eaux
d’eau, mais cette fois en dehors des centres urbains. pluviales qui limitent les effets de débordement des
De grands établissements de bains en béton, vastes eaux usées dans le port. En cas de très forte pluie, un
ensembles de loisirs très populaires, voient le jour système d’alerte en ligne permet de fermer immédiate-
partout en Europe au bord des fleuves et des rivières ment les installations de bains2 .
comme sur le Rhin, la Marne ou le Wannsee à Berlin. L’exemple de Copenhague montre que, au-delà du
La pollution des cours d’eau, les préoccupations caractère parfois anecdotique de la baignade en ville,
liées à la sécurité des baigneurs et l’apparition des la reconquête des cours d’eaux urbains relève d’une
premières piscines artificielles sonnent le glas de politique publique volontariste, qui touche autant
la baignade en eaux vives dans un certain nombre à l’environnement qu’au développement urbain et à
de pays d’Europe à partir des années 1930. En l’image de la ville et nécessite des investissements
France par exemple, un arrêté préfectoral de 1923 publics importants. Ici, la baignade est considérée
interdit de se baigner dans la Seine. S’il n’a été comme un facteur d’attractivité du nouveau quar-
appliqué que dans les années 1950, il est toujours tier et les bains comme des équipements publics de
en vigueur aujourd’hui. Dans d’autres pays, comme premier plan, dont l’accès est gratuit.
en Allemagne, dans les pays du Nord ou en Suisse,
la qualité des eaux et le cadre légal de la responsa- A Londres et à Berlin, des projets participatifs
bilité expliquent peut-être que la tradition des bains et citoyens
ne se soit jamais perdue. La construction récente de A Londres, la baignade est interdite dans la Tamise
nouvelles infrastructures, la rénovation ou la recons- entre Putney Bridge et la barrière de la Tamise depuis
truction des plus anciennes témoignent d’un goût 2012, du fait du trafic fluvial et des marées. Cette
toujours actuel pour la baignade en milieu naturel, interdiction n’a pas suffit à décourager les architectes
qui s’étend aujourd’hui toute l’année, grâce aux du Studio Octopi, à l’initiative d’un projet de « lido »
saunas, hammams, massages… qui viennent souvent flottant, les Thames Baths. Cette piscine de 25 mètres
compléter l’offre. alimentée par l’eau de la Tamise légèrement chauffée
1 Les bains sur le Wannsee à Berlin construits dans les
années 1920-1930 sur les plans de l’architecte Richard
Ermisch et classés monument historique. (Photo Jean-
Baptiste Lestra)
2 Les bains Rheinstrandbad Rappenwört à Karlsruhe,
construits dans les années 1920 au bord du Rhin (à
gauche). On se baignait à l’origine dans un bassin naturel
(à droite), avant la construction des piscines à partir des
années 60. (Photo Jean-Baptiste Lestra)
3 Les bains Islands Brygge, publics, gratuits et surveillés,
3 dans le port de Copenhague. (Photo BIG)8 urbanisme Tracés 10/2017
et filtrée naturellement pourrait voir le jour grâce à
une campagne de crowdfunding sur Kickstarter (qui
a pour l’instant rapporté 142 000 livres). L’un des
fondateurs du Studio explique que c’est à la suite d’un
voyage en famille à Zurich en 2013 qu’il a eu l’idée des
Thames Baths. Pour vanter les mérites de leur proposi-
tion, les initiateurs du projet ont écrit un « manifeste »
qui débute ainsi : « C’est notre droit le plus élémen-
taire que d’avoir accès à la Tamise (...). Le plus vaste
espace public de Londres a été entouré de routes et 4
d’immeubles qui ont restreint l’accès au fleuve. Nous
imaginons le futur grand espace public londonien qui
permettra de nager en toute sécurité en plein centre-
ville et offrira à tous un espace accueillant où passer
du temps. »
A Berlin, on se souvient du succès immédiat du
complexe de bains Badeschiff Berlin, ouvert en 2004
sur la Spree. Alors que la rivière était interdite à la
baignade pour des raisons d’hygiène, il devenait
possible de se baigner, non pas dans, mais au milieu
de la Spree, dans une péniche des années 1960 trans-
formée en bassin de nage de 32 mètres, accessible
par des pontons. Une plage, un sauna, un bar, des
5
concerts, ont rapidement consacré l’endroit comme
un haut lieu de la jeunesse berlinoise branchée. Ce
projet situé dans un secteur industrialo-portuaire
reconverti en espace culturel, l’Arena complex, a
bénéficié de fonds publics. Il fait suite à un concours
lancé en 2002 par le Stadtkunstprojekte e.V., une
association publique de production culturelle, et
remporté par l’artiste Susanne Lorenz en collabo-
ration avec AMP Arquitectos et Gil Wilk. Il est
aujourd’hui géré par la société Arena Berlin qui gère
l’ensemble de l’Arena complex. 6
Aujourd’hui, un autre projet, d’initiative privée
cette fois, comme les Thames Baths, pourrait voir le
jour : Flussbad Berlin. Porté depuis 1998 par deux
architectes, Jan et Tim Edler (realities:united studio),
il propose de nettoyer le canal de la Spree entre
Schlossplatz et l’île des Musées grâce à un système
de filtration par les plantes pour le rendre propice à la
baignade. Le projet, qui s’étend sur 1,8 km, comporte
trois sections : une aire écologique pour la flore et la
faune, une zone de filtrage et une zone de baignade
naturelle de 840 mètres.
Là encore, le discours va bien au-delà de la promotion
des bienfaits de la baignade (« The Flussbad is about 7
much more than just swimming in the Spree », nous
dit le site internet flussbad-berlin.de). Le projet s’inscrit
pour ses auteurs dans un « mouvement international
qui tend à revaloriser les fleuves et les rivières urbains 4 Le projet des Thames Baths à Londres, d’initiative privée, pourrait
en tant que ressources ». Ecologique, citoyen, partici- permettre de se baigner dans l’eau chauffée et filtrée de la Tamise,
en plein centre-ville. (Studio Octopi + Picture Plane)
patif, il contribuerait au développement durable et à 5 La piscine Badeschiff Berlin sur la Spree, ouverte en 2004, haut lieu
l’attractivité du centre-ville de Berlin, délaissé par les de la jeunesse branchée avec sa plage, son sauna, ses bars et ses
habitants. Ce canal « inutilisé pendant plus de 100 ans concerts. (Photo Jean-Baptiste Lestra)
6-8 Le projet Flussbad Berlin d’assainissement écologique du canal de
sera reconquis par les résidents de Berlin et deviendra la Spree :
un espace de loisirs public et non commercial pour 6) Le projet global d’assainissement du canal
les habitants et les visiteurs ». L’association à but non 7) La zone de filtrage sur Friedrichsgracht
8) La baignade à hauteur du Lustgarten
(© 2015 realties:united, Berlin, avec l’aimable autorisation de Flussbad
2 Source : Denmark.dk, the official website of Denmark. Berlin e.V.)Tracés 10/2017 Bains urbains 9
8
lucratif fondée en novembre 2012 pour gérer le projet qui a dressé en novembre 2016 un premier inventaire
a récolté des fonds importants depuis 2014, notamment de 49 sites possibles de baignade dans la Métropole du
4 millions d’euros accordés par le gouvernement fédéral Grand Paris. La question n’étant finalement pas tant de
allemand et l’Etat de Berlin pour le développement et savoir où se baigner que dans quelle eau, un plan d’actions
la promotion du projet dans le cadre de son programme a été engagé sous l’égide de l’Etat et de la Ville de Paris
« Projets de développement urbain national ». La filtra- afin d’atteindre une qualité des eaux de la Marne et de la
tion écologique des cours d’eau a un coût… Seine compatible avec la baignade.
Moins soucieux de ces préoccupations hygiénistes,
A Paris, de la baignade sauvage au projet métro des mouvements de baignades « sauvages » ou « pirates »,
politain ? comme le Laboratoire des baignades urbaines expéri-
Jacques Chirac, briguant un troisième mandat de mentales, qui s’est fait remarquer pour avoir organisé
maire de Paris, l’avait promis en novembre 1988 : en août 2016 une baignade non autorisée dans le bassin
« Dans cinq ans, on pourra à nouveau se baigner dans de la Villette, revendiquent une approche plus festive
la Seine. Et je serai le premier à le faire. » Promesse et militent pour une réappropriation des cours d’eau
non tenue qui pourrait trouver aujourd’hui un écho en ville. Pierre Mallet, cofondateur du collectif LBUE,
favorable à la faveur de la candidature de Paris aux explique : « A l’échelle internationale, on assiste à une
Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. Anne double dynamique : la réinvention du rapport à l’eau en
Hidalgo, l’actuelle maire de la capitale, a en effet ville et l’émergence de collectifs citoyens qui se mobi-
confirmé son souhait d’organiser le triathlon et les 10 lisent pour offrir un meilleur accès aux cours d’eau
km de nage en eau libre dans la Seine. Dans cette pers- urbains et militent pour un droit à la baignade en ville.
pective, elle a confié une mission d’études à l’APUR 3 , Ils partagent un état d’esprit festif et la conviction selon
e i s t ifs
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9
9 Baignade non autorisée dans le bassin de la Villette à
Paris le 28 août 2016, à l’initiative du collectif Labora-
toire des Baignades Urbaines Expérimentales. (Photo
Nicolas Rochette)
laquelle l’eau urbaine est un bien commun dont on se doit de développer ses concepts de bains, au même
devrait pouvoir jouir collectivement de façon plus titre que ses bars à la mode, ses restaurants bio et ses
systématique. La baignade, c’est aussi une porte d’en- concept stores. L’exploitation des cours d’eau comme
trée pour défendre une certaine vision de l’espace « ressource » ne risque-t-elle pas d’attiser encore le
urbain, moins normé et moins normatif qu’il ne l’est mouvement général de privatisation de l’espace public
actuellement. »4 auquel on assiste depuis plusieurs années dans diffé-
rents pays d’Europe ? En France par exemple, sous
Réappropriation citoyenne ? prétexte de renflouer des finances publiques en berne,
On le voit, le « droit à la baignade » en ville revêt les collectivités n’hésitent pas à rentabiliser leurs
diverses formes et se pare de discours plus ou moins espaces publics, qu’elles louent pour divers événe-
marqués idéologiquement selon les villes et les pays, en ments ou qu’elles font exploiter et entretenir par des
fonction de leur culture, de leur rapport au risque, de sociétés privées. Il suffit de jeter un œil à certaines
la qualité de leurs eaux. Du simple bain rafraîchissant plages de la Méditerranée où les portions de sable réel-
après une journée de travail à l’acte collectif militant, lement publiques et gratuites sont réduites à quelques
de la plage en famille au kilomètre de nage quotidien, mètres carrés entre deux plages privées.
de la baignade gratuite au complexe nautique payant,
privé ou public… Derrière ces multiples déclinaisons
de la baignade urbaine, on voit poindre l’idée que les
cours d’eau en ville sont une ressource inexploitée,
des espaces vides dans des centres anciens trop étri-
qués et finalement, au-delà des bonnes intentions,
des territoires à conquérir, dont le potentiel, d’usages
dans le meilleur des cas, mais aussi marchand, est
sous exploité. Une forme de réappropriation, très 3 L’Atelier parisien d’urbanisme (APUR), association régie par la loi 1901, a été
créé le 3 juillet 1967 par le Conseil de Paris. Il a pour missions de documenter,
peu citoyenne. Il faut dire que le fantastique poten- analyser et développer des stratégies prospectives concernant les évolutions
tiel communicant que recèlent les bains en ville peut urbaines et sociétales.
avoir de quoi attirer des investisseurs de tous bords. 4 Pierre Mallet interrogé par Margot Baldassi, pop-up urbain, cabinet de
conseil en prospective urbaine le 21 septembre 2016 www.pop-up-urbain.
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Plaisir des bains,
une tradition suisse
Panorama de quelques infrastructures de
bains sur les lacs et les cours d’eaux. Rénovées,
reconverties, reconstruites, elles entretiennent
et renouvellent une culture du bain en eaux libres
toujours vive en Suisse.
Stéphanie Sonnette
D
epuis les maisons de bains en bois du L’introduction dans les bains de ces nouvelles
19e siècle jusqu’aux constructions en béton pratiques, qui appelle des reconfigurations de l’exis-
du 20e et aux reconversions et rénovations tant et/ou de nouveaux espaces, comme la nécessité
contemporaines, les bains suisses ont toujours pris de rénover ces installations qui se sont dégradées
place dans le paysage des villes et leur succès populaire au fil du temps, ouvrent des champs de réflexion
ne s’est jamais démenti. Cette culture des bains, passionnants pour les architectes. Les structures de
qui s’est aussi transformée et enrichie de nouvelles bains, qu’elles soient très anciennes ou plus récentes,
pratiques au fil du temps, est plus que jamais vivante en bois ou en béton, ont en commun leur architecture
et inspire aujourd’hui de nombreux militants de la rustique, fonctionnelle et souvent peu démonstrative
baignade en ville en Europe, là où elle est parfois qui va de pair avec la simplicité de la baignade en
encore interdite, tant pour des raisons de sécurité que eaux vives. Dans les exemples de rénovations, recon-
d’hygiène. En Suisse, cette dernière question ne se versions ou reconstructions présentés ici, les archi-
pose pas : une étude de la Commission européenne et tectes et les ingénieurs se sont attachés à retrouver
de l’Agence européenne pour l’environnement publiée l’esprit originel de ces bains – sobriété esthétique,
en 2016 montre que la qualité de l’eau est généralement économie de moyens, flexibilité des installations –,
« excellente » dans les lacs et les rivières de Suisse, « en souvent mis à mal par les rénovations successives.
particulier dans les lacs de Zurich, Hallwil (AG) et Une attitude attentive au caractère patrimonial
Aegeri (ZG) ». de ces structures et soucieuse de mettre en valeur,
Si les infrastructures de bains sur les lacs et les au-delà de l’esthétique ou du confort, tout ce qui
cours d’eau n’ont longtemps été ouvertes que pendant fait le charme des bains : la magie de la baignade en
la saison d’été, pour la baignade et les bains de soleil, pleine ville, au cœur et en dehors du rythme effréné
elles voient de plus en plus leur fonctionnement de la vie urbaine.
s’étendre à l’année grâce au développement d’autres
activités : sauna, hammam, massages, cafés, événe-
ments festifs... La baignade en eaux vives, familiale
et populaire en été, se transforme en hiver en une
pratique plus sophistiquée, hybride entre des tradi-
tions nordiques (sauna) et orientales (hammam, bains
turcs...), et mâtinée de naturisme. Un certain « savoir »
des bains, une culture des usages et des gestes, le
Pour aller plus loin dans l’exploration de la baignade
silence plus ou moins imposé, attirent un public diffé- en eaux libres à travers le temps :
rent, dans lequel on compte une bonne proportion Exposition « Plouf, une histoire de la baignade dans le Léman », Musée du
d’urbains actifs en quête d’espaces de sociabilité et de Léman à Nyon, à voir jusqu’en septembre 2018, www.museeduleman.ch
Catalogue co-édité avec Glénat Suisse, 2017, 128 p. / CHF 23.–
détente après le travail.Tracés 10/2017 Bains urbains 13
Les Bains des Pâquis à Genève, rénovation 1989-1996, extension sur la jetée 2002-2005
Maîtres d’ouvrage : AUBP (Association d’usagers des Bains des Pâquis) et Ville de Genève
Maîtres d’œuvre : Collectif d’architectes (Marcellin Barthassat, Claude Butty, Gabriele Curonici, Jacques Menoud), avec Jean-Pierre Cêtre
ingénieur et, pour l’extension, Carmen Perrin, artiste et Mantegani & Wysseier, ingénieurs
Les Bains tels qu’on les connaît depuis le milieu des années 1990 sont le Des travaux techniques de rénovation lourde de la structure sont effectués
fruit d’une aventure de longue haleine qui a débuté dans les années 1960. en saison hivernale pour tirer profit des basses eaux : traitement des pilotis et
L’histoire commence en 1872, lorsque sont construits les premiers bains des sommiers, changement de toutes les canalisations, dragage des bassins,
privés : un carré de 22 mètres de côté, fermé par des planches en bois, nouvelle dalle de liaison entre la jetée et les bâtiments... Les travaux sont
partiellement ouvert sur la ville. Devenus plus tard publics, les bains sont aussi liés aux nouveaux usages des bains (ouverture toute l’année, sauna,
reconstruits en 1890, puis de nouveau en 1932, cette fois en béton armé. 448 hammam, bains turcs, buvette, mixité...).
pieux en béton préfabriqués, longs de 9 à 13 mètres, sont plantés au fond du Sensibles à l’« architecture raisonnée » des Pâquis, « encore intelligible malgré
lac. Deux bassins de taille égale accueillent d’un côté les hommes, de l’autre les nombreuses transformations subies depuis 1932 », les architectes et
les femmes. Le succès est tel que les bains sont agrandis dès 1934. l’ingénieur ont souhaité « retrouver l’esprit de clarté et de rationalité originel,
Dans les années 1960, la Ville veut construire une piscine chauffée à la place considérer le souci d’économie des auteurs du projet, la simplicité et la
de la structure en béton d’origine, rongée par la carbonatation1. En réaction, relative pauvreté de l’établissement comme un exemple à suivre du bon
les habitués et amoureux des Bains, qui se mobilisent contre la démolition usage des ressources humaines et matérielles ».2
et militent pour la restauration, créent l’Association d’usagers des Bains
des Pâquis (AUBP). A l’issue d’un référendum municipal en 1987, puis d’une
votation qui leur donnent raison, la Ville leur confie la restauration et la
gestion des bains. Le Conseil administratif de la Ville s’est alors mis d’accord 1 La carbonatation est un phénomène de vieillissement naturel des matériaux à base de liant
avec l’AUBP pour mandater le Collectif d’architectes (Marcellin Barthassat, minéral qui conduit à la formation de carbonates de calcium par réaction entre les composés
Claude Butty, Gabriele Curonici, Jacques Menoud) et l’ingénieur Jean-Pierre des ciments et le dioxyde de carbone atmosphérique (CO2). Elle entraîne la mise à nu des
armatures en acier et des problèmes de résistance des structures.
Cêtre sur le projet de sauvegarde. En contrepartie, l’exécutif de la Ville à 2 Rénovation des bains des Pâquis : le témoignage des architectes, Philippe Beuchat,
proposé à l’AUBP de devenir gestionnaire des lieux. Heimatschutz 4/95
1 Le plan du projet définitif
de restauration-transformation
(1993) (Collectif d’architectes
bbcm)
2 Les Bains rénovés (1997)
(Photo M. Barthassat / Collectif
d’architectes)
3 L’extension en bois en aval de
la jetée (2002) et en dalles
calcaires côté amont (2005)
(Photo M.Barthassat / Collectif
1 d’architectes)
2 314 urbanisme Tracés 10/2017
Seebad Enge à Zurich, reconversion en sauna 2004
Maître d’ouvrage : Tonttu GmbH Zürich
Maîtres d’œuvre : Marius Hug architectes
Situé sur le lac de Zurich, à hauteur de l’arboretum, le Seebad Enge constitue 19e siècle. A gauche sur le plan, les bains des hommes, à droite, les bains des
un autre exemple d’adaptation des structures de bains à de nouveaux femmes, chaque bâtiment donnant accès à un bassin entouré d’un large deck
usages. Ici, on accède par un ponton à deux bâtiments construits en 1960 par en bois. En 2004, le bâtiment de droite a été reconverti en sauna pour la saison
Robert Landolt, réinterprétation « moderne » des maisons de bains en bois du d’hiver, permettant ainsi aux bains de fonctionner toute l’année.
Photos Roman Keller, Zurich
Bain des hommes
1 Caisse/café 5 Grand sauna
2 Espace repos 6 Sauna femmes
3 Douches froides 7 Espace détente
Bain des femmes 4 Petit sauna chaud 8 PédiluveTracés 10/2017 Bains urbains 15
Oberer Letten Zurich, rénovation 2012
Maître d’ouvrage : Ville de Zurich
Maîtres d’œuvre : Gut&Schoep architectes
Sur la Limmat, les bains de l’Oberer Letten, construits en 1953 par les
architectes Elsa et Ernst Burkhardt-Blum et classés au patrimoine, ont fait
l’objet en 2012 d’une rénovation respectueuse de l’esprit du lieu. Remis
aux normes et adaptés à de nouveaux usages, ils ont conservé leur
rationalité initiale, notamment grâce à la mise en valeur de la sobriété des
matériaux d’origine : acier, pierre calcaire, bois et béton. La réorganisation
des programmes au sein des différents bâtiments a permis d’exploiter de
nouvelles configurations spatiales qui ajoutent encore au charme de ces
bains très populaires à Zurich. L’ancien bâtiment des vestiaires hommes
a été aménagé en vestiaire mixte, libérant ainsi la partie réservée aux
femmes, transformée en café ouvert sur la Limmat. La terrasse réservée
traditionnellement aux femmes pendant la journée est désormais ouverte
à tous le soir, après la fermeture des bains, comme une extension du café.
Photos Walter Mair, Bâle
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les indépendants.
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une activité lucrative indépendante en cas de maladies pro-
fessionnelles et d’accidents du travail ou durant les loisirs. Les
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0 816 urbanisme Tracés 10/2017
Seebad à Lucerne, reconstruction 2009-2010
Maître d’ouvrage : Seebad AG Luzern
Maîtres d’œuvre : Bosshard + Luchsinger architectes
Construits en 1885, sur les plans de l’architecte Heinrich Victor von Segesser, bassin entouré de cabines individuelles. Rénovés dans les années 1960, puis
les bains en bois sur pilotis de Lucerne étaient typiques des maisons de à nouveau en 1984-1985, ils ont finalement été démantelés dans les années
bains publics du 19e siècle, offrant à la vue des passants leurs façades en bois 2000 pour être reconstruits à l’identique, à partir de certains éléments du
opaques pour préserver l’intimité des baigneurs et révélant à l’intérieur un bâtiment d’origine recyclés et de nouveaux éléments en bois préfabriqués.
Photos Jean-Pierre Grüter, Lucerne18 urbanisme Tracés 10/2017
Carnet de baignades
Du Rhin à la Méditerranée, baignades d’un rêveur
solitaire (et peu frileux).
Jean-Baptiste Lestra
Vendredi 25 octobre 2013 Vendredi 22 novembre 2013
Lieu : Plittersdorf (DE) Lieu : Zurich (CH)
Température de l’eau : 12 °C Température de l’eau : 28 °C
Le Rhin ne rigole pas près de Karlsruhe, large Hallenbad City réconcilie avec les piscines
et noble. municipales.
Sa surface rapide annonce des courants puissants. Bâtiment années 1930, grandes verrières, réhabili-
Les blocs du perré sont coupants, parsemés tation impeccable.
de ronces. Pour nageurs réguliers. La journée ne fait que com-
Une fois dans l’eau, le fond se dérobe rapidement mencer, il est 7 h.
et je nage près du bord, attentif à éviter le cadavre Un architecte qui fait entrer le soleil du matin
flottant d’un animal non identifié. jusque dans les douches a toute ma sympathie.
Vendredi 1er novembre 2013 Vendredi 29 novembre 2013
Lieu : Fribourg-en-Brisgau (DE) Lieu : Lausanne (CH)
Température de l’eau : 13 °C Température de l’eau : 8 °C
Dans le quartier Vauban, la rivière coule derrière A Bellerive-Plage, les épis rocheux scandent la pro-
l’école. Des gamins du Kinderabenteuerhof en menade du lac, pseudo-récifs et petites criques qui
arpentent le lit en bottes avec leurs animateurs. lui donnent des airs marins.
L’aventure en bas de chez soi. Je m’y coule à leur suite. L’horizon se fond dans le ciel, blanc baveux nimbé
de bleu.
Dimanche 3 novembre 2013 La piscine est hivernée, les colverts sont de sortie,
Lieu : Bâle (CH) quelques promeneurs saluent ma baignade.
Température de l’eau : 11 °C Impossible de sécher ni de se réchauffer au soleil
Les fontaines du vieux Bâle s’offrent à moi la nuit. de novembre.
Fond clair, eau limpide.
Le tour du bassin est d’un calcaire dur et poli, facile Dimanche 1er décembre 2013
à enjamber. Lieu : Genève (CH)
Malgré la fraîcheur, j’y suis comme dans mon bain. Température de l’eau : 3° C
Ô Pâquis ! Havre des nageurs de toutes saisons !
Mercredi 13 novembre 2013 Des stalactites pendent de la main courante de la
Lieu : Bâle (CH) passerelle.
Température de l’eau : 9 °C Seule une bonne sudation permet d’endurer l’eau
Etrange structure métallique accrochée au quai à 3° C. Brasse à contre-courant, nuque paralysée,
haut et plantée dans le Rhin, à mi-chemin entre un contact tétanisant avec la lisse galvanisée qui
échafaudage et un bateau-lavoir. m’arrache à l’eau.
Sous la plate-forme, un escalier me guide jusqu’à
la berge sale et l’eau épaisse du fleuve. Lundi 23 décembre 2013
Seul dans la nuit, je patauge en me tenant à l’écart Lieu : Bellegarde-sur-Valserine (FR)
du courant. Fantasme d’une baignade dans la Valserine, gorges
Il suffit d’une seconde, mais l’immersion doit être aperçues depuis le train.
totale, à un moment. Escale balnéaire à programmer bientôt...Tracés 10/2017 Bains urbains 19
Jeudi 2 janvier 2014
Lieu : Miribel-Jonage (FR)
Température de l’eau : 11 °C
Le lac de Miribel, dernière divagation du Rhône
avant son entrée dans Lyon. La plage, ravagée l’été
par l’affluence métropolitaine, s’offre à moi tout seul
en ce mois de janvier.
Petit tas de vêtements posé sur les chaussures,
et hop !
Se griser à nager quelques brasses vers le large, le
plan d’eau à 180° au niveau des yeux.
Mardi 14 janvier 2014
Lieu : Lyon (FR)
Température de l’eau : 12 °C
En pleine ville, une plage dans la lône, au bout des
hautes herbes.
Niche heureuse dérobée au regard des promeneurs
mais offerte à celui des passants du pont, et des
habitants de la colline d’en face.
Jeudi 16 janvier 2014
Lieu : Vernaison (FR)
Température de l’eau : 11 °C
Ces longues prairies alluviales que j’ai souvent pra-
tiquées n’offrent jamais le même faciès, le niveau
d’eau variable en transforme les usages.
En me laissant dériver le long de la berge inondée,
je sens sous mes pieds les grèves où l’autre fois
je lisais.
Projet de descendre le Rhône porté par le flot, sur
quelques kilomètres.
Samedi 18 janvier 2014 Samedi 1er février 2014 Mardi 18 février 2014
Lieu : Fontaines-sur-Saône (FR) Lieu : Marseille (FR) Lieu : Port de Bouc (FR)
Température de l’eau : 13 °C Température de l’eau : 13 °C Température de l’eau : 14° C
Les rives érodées de la Saône présentent des C’est peut-être un spot aux beaux jours, mais Celui qui ne craint pas de se baigner dans les
recoins aussi singuliers que familiers. aujourd’hui il n’y a personne sur les chicots cal- parages de l’industrie a ici l’embarras du choix, les
Elles découpent des loges sur mesure, l’île- caires de la Fausse Monnaie. plages sont nombreuses : le Bottaï, la Baumasse, le
ponton et son saule font office de plongeoir, Sous la route de la Corniche, les escaliers se Cap d’Aiguade.
les pelouses grasses mitoyennes accueillent le dérobent pour me faire passer sous le viaduc et J’irai au sud, au revers de Lavera, calanque de
baigneur repu. trouver la mer. Ponteau. Site parfaitement grec au pied de la cen-
Le bord recrache du menu déchet, mais à vingt trale thermique.
Dimanche 19 janvier 2014 mètres, c’est déjà la grande bleue, durcie et rendue
Lieu : Cruas (FR) rêche par le vent. Vendredi 28 février 2014
Température de l’eau : 13 °C J’ai beau étudier la mise à l’eau, j’en ressors en Lieu : Port Saint Louis du Rhône (FR)
Au pied de la centrale nucléaire passe la Crema, sang, méchante houle qui me rabat sur le bord. Température de l’eau : 14° C
vieille lône du Rhône enfermée dans les digues, qui De l’autre côté du golfe de Fos se termine le Rhône
sert aujourd’hui d’exutoire au réseau pluvial et aux Mardi 4 février 2014 et mon voyage.
torrents qui dévalent de la Montagne ardéchoise. Lieu : Ensuès la Redonne (FR) La plage Napoléon et ses kilomètres de sable fraî-
Ca ne se refuse pas, je m’y jette ! Température de l’eau : 13 °C chement déposé, protection naturelle stratégique
Le travelling du train de la Côte Bleue fournit pour l’accès aux darses XXL du Port.
Jeudi 30 janvier 2014 des rêves de baignade pour longtemps, criques C’est là que la baignade sera la plus longue,
Lieu : Cavaillon (FR) entr’aperçues qui s’impriment dans les yeux à la l’une des dernières de la saison avant l’arrivée
La Durance traversée depuis le TGV : tant de lieux faveur d’un tunnel. du printemps.
où le bain serait propice... L’arrêt est improbable, la crique ne semble reliée au
Irruption à 300 km/h dans des replis inaccessibles monde que par le train. Ici, le bain est au bout du Jean-Baptiste Lestra est paysagiste DPLG.
du territoire, larges rives inviolées. chemin qui grimpe au-dessus du village et longe
la falaise : calanque des Anthénors.20 résultats de concours Tracés 10/2017
pRADEmatique genevoise
Lancé en novembre 2016, le concours d’idées
pour l’aménagement de la rade de Genève a rendu
son verdict : un palmarès stratégique et un projet
lauréat pragmatique.
Yony Santos et Cedric van der Poel
I
nitiative du maire de Genève par des architectes, des architectes-paysa- forme d’évidence. Il propose une pro-
Guillaume Barrazzone (lire l’entretien gistes et des étudiants en master. menade « à fleur de l’eau » organisée en
sur www.espazium.ch), ce concours A ce jeu, le jury a choisi de récompenser séquences distinctes. Sur la rive droite,
d’idées proposait aux participants d’ima un nombre restreint de projets (quatre), qui les empierrements du quai Wilson, entre
giner de nouveaux principes d’aména- proposent des stratégies différentes et des La Perle du Lac et les Bains des Pâquis,
gements pour la rade de Genève sur un aires d’intervention distinctes. laissent la place à des emmarchements
périmètre s’étendant du pont du Mont-Blanc et des plages de galets. Le quai du Mont-
jusqu’à la future plage publique des Eaux- Le projet évidence Blanc est revalorisé par une « plateforme
Vives sur la rive gauche, et au parc de La Si les deux premiers prix s’appuient sur lacustre de détente », à l’image du Seebad
Perle du Lac sur la rive droite. Les objectifs la même charpente patrimoniale : le mur Enge à Zurich, et par un nouveau débar-
étaient de faire émerger des visions du quai qui file tout le long de la rade, le cadère pour les bateaux de la Compagnie
alternatives, novatrices et différenciées, de premier s’attache à réinventer l’espace et la générale de navigation (CGN). La pro-
susciter le débat et de stimuler la réflexion, friche urbaine, située entre ce mur et le lac, menade se prolonge sur la rive gauche,
et enfin d’élaborer une image directrice sur alors que le second développe des straté- accessible par la future passerelle pié-
la base de laquelle serait lancée une grande gies de relation et de cohésion entre la ville tonne également remportée par Pierre-
consultation publique. et le lac. Alain Dupraz Architecte en 2012. Le
Le jury international a eu la lourde Œuvre du bureau genevois Pierre- quai de la rive gauche se déploie en une
tâche d’évaluer et de choisir les projets Alain Dupraz Architecte, Au ras de l’eau grande esplanade bordée en partie par un
lauréats parmi 70 propositions conçues s’impose par sa simplicité et une certaine épais mur habité qui abrite les différentsTracés 10/2017 concours d’idées pour l’aménagement de la rade de Genève 21 1 AU RAS DE L’EAU (n° 665) Pierre-Alain Dupraz Architecte, Genève 2 convergence (n° 626) Maxime Lecuyer et Ljirim Seljimi, Petit-Lancy
22 résultats de concours Tracés 10/2017
programmes (guinguettes, toilettes, han- situé au centre de la rade et reposant sur Palmarès
gars, locations de pédalos, etc.). un système complexe d’écluses fait dispa- 1er rang/1er prix (100 000.–) « AU RAS DE L’EAU »
Pierre-Alain Dupraz Architecte, Genève
Le projet met en valeur les qualités de raître les bateaux. Comme le souligne le 2e rang/2e prix (90 000.–) « CONVERGENCE »
l’architecture de Pierre-Alain Dupraz : une rapport du jury, la dimension utopique de Maxime Lecuyer et Ljirim Seljimi, Petit-Lancy
sobriété précise, une « architecture topo- ce projet « rappelle les critiques émises par 3e rang/3e prix (50 000.–) « JEAN-JACQUES »
TRIBU Architecture SA, Lausanne
graphique » (lire l’article « Une topogra- Superstudio dans les années 1970 ». Elle 4e rang/4e prix (10 000.–) « LA RADE PUBLIQUE»
phie ludique », Tracés n° 18/2016) que confère à la rade, par un nettoyage en règle Dürig AG, Zurich
soulignent le travail sur les seuils très fine- des quais et du lac, soutenu par une série
Membres du jury (professionnels)
ment pensés entre la rue et le quai et entre d’espaces publics plantés, une identité dia- Patrick Devanthéry, architecte, Genève (président)
le quai et l’eau. Le réalisme de ce projet métralement opposée à celle – chaotique Isabelle Charollais, Ville de Genève
permet aux autorités d’imaginer une suite – d’aujourd’hui, basée sur un mélange de Christelle Pally, Ville de Genève
Francesco Della Casa, Canton de Genève
concrète et rapide à ce concours d’idées. loisirs et d’activités artisanales. Alexandre Wisard, Canton de Genève
François de Marignac, architecte, Genève
Le projet cohésion Une vision pragmatique pour l’avenir François Chaslin, critique d’architecture, Paris
Suzannah Drake, architecte, New-York
Développé par Maxime Lecuyer et de la rade Jan Ammundsen, architecte, Copenhague
Ljirim Seljimi, deux étudiants de la Haute En couronnant un projet et non des David Zahle, architecte, Copenhague
école du paysage, d’ingénierie et d’archi- idées – comme le soulignait l’intitulé Elmar Lederberger, historien et économiste, ancien maire
de la Ville de Zurich
tecture de Genève (hepia), Convergences du concours – le jury s’inscrit dans un Pia Durisch architecte, Lugano
se déploie au-delà des limites de la rade, pragmatisme qui caractérise ces der- Marie-Claude Bétrix, architecte, Zurich
entre le mur historique et la ville. Dans nières années la production architectu- Jean-Pierre Stefani, architecte, Genève
Thomas Lebedinsky, Ville de Genève (suppléant)
une représentation graphique de l’espace rale et urbaine à Genève. En choisissant Bénédicte Montant, architecte, Genève (suppléante)
public, les auteurs du projet se sont appli- de récompenser des projets intensément Pierre Bonnet, architecte, Genève (suppléant)
qués à repenser tout particulièrement complémentaires et non concurrentiels,
le lien entre la ville et l’eau. Ce travail de notamment pour les deux premiers prix, EXPOSITIONS
Les projets lauréats sont exposés jusqu’au 28 juin 2017
confluences se base sur un concept de mail- le jury a préféré la faisabilité et le consen- sur les quais Gustave Ador, Général-Guisan et Wilson.
lage d’une grande force conceptuelle. Par sus au débat. Isabelle Charollais, directrice L’ensemble des projets est également à découvrir
leur situation unique vis-à-vis de la rade, du Département des constructions et de au Forum Faubourg, jusqu’au 19 mai 2017 (du lundi au samedi,
de 11:00–18:00).
neuf rues sont réorganisées selon une l’aménagement de la Ville de Genève l’a
série d’interventions, dont la suppression souligné lors de la conférence de presse : APPLICATION MOBILE « LA RADE »
de la circulation motorisée et du station- « le concours d’idées a l’avantage de pou- Disponible gratuitement sur l’App Store (iOS) et Google play
(Android), l’application « La rade » vous invite à faire une visite
nement, et un travail d’unification par le voir construire sur la base de plusieurs 360° de la rade et des projets lauréats. Cette application a été
revêtement du sol et les matériaux. Ces projets ». Au ras de l’eau et Convergences, réalisée en partenariat avec le studio genevois Apelab.
rues menant à la rade deviennent ainsi dont on imagine aisément qu’ils puissent
Espazium.ch
des « lieux d’animation, de représentation, être réalisés conjointement, proposent Les autres projets retenus au troisième tour sont visibles
d’échanges et de dialogues ». des aménagements rassurants et réalistes. sur www.espazium.ch
Ce choix confirme une politique de la ville
Le projet symbole qui, si elle peut parfois sembler austère, se
Le troisième prix, Jean-Jacques, du veut surtout pragmatique, continuiste et
bureau lausannois Tribu Architecture, d’une grande exigence formelle, et dont
propose comme élément phare de son l’architecture de Pierre-Alain Dupraz,
intervention une nouvelle attraction sur lauréat des deux projets les plus embléma-
le lac, un nouveau symbole pour la rade. tiques de Genève – le quartier de l’Etoile
Un immense anneau relié directement à la du grand projet urbain Praille Accacias
future passerelle du Mont-Blanc vient com- Vernets et le réaménagement de la rade –
pléter le chapelet des îles situées en aval du semble être la digne représentation.
pont et donne une interprétation contem-
poraine et désenclavée de l’Ile Rousseau.
Au-delà du « geste spectaculaire mais
respectueux », pour reprendre les termes
du président du jury Patrick Devanthéry,
Jean-Jacques imagine une nouvelle
appropriation de la rade et une relation à
l’eau inédite.
Le projet manifeste
Appliquant à la lettre l’une des données
du programme – l’encombrement du site
par les bateaux – le bureau zurichois Dürig
répond par un projet radical, aux limites du
sarcasme et de l’ironie. Un immense portVous pouvez aussi lire