DESBANCELS LEVENT Octobre-décembre 2013 - Cévennes au Mont Lozère
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Octobre-décembre 2013
LE
VENT
DES
BANCELS
VIVRE DES CÉVENNES FRAISSINET DE LOZÈRE LE PONT DE MONTVERT
SAINT ANDÉOL DE CLERGUEMORT
AU MONT-LOZÈRE
SAINT FRÉZAL DE VENTALON
SAINT MAURICE DE VENTALON
2105-3626
ISSNSommaire
Sommaire
Crédit photos
Couverture: p.3- Edito
Vent des Bancels n°19-99 Le Vent des Bancels en fête !
p. 2,23 : p.5- Courriers des lecteurs
Simone Cros-Allier Le Vent des Bancels vu par les lecteurs
Directeur de publication :
p.21: p.8- Dans l’œil du cyclone Étienne Passebois
illustration D’où vient le «Vent» ?
Camille Debiere et Comité de rédaction :
Marie Debiere p.15- Bise-Art, Blizart Christophe Blangero, Pierrette Coudert,
Le grand témoin des Céven’ties Simone Cros-Allier, Ghislaine Guignier,
p.47 : Jacques et Julie Hugon, Maurice
Habitat et développement Jeannet, Annah Lantieri, Magali
p.21- L’air de rien
Martinez, Daniel Mathieu, Marie-
p.18, 45-46 : Avoir ascèse disent ces temps Claude et Christian Mestre, Roland
Julie Hugon Mousquès, Josette Roux, Éric Tamisier,
p.22- Aura Rossa Philou Thomas, Jeanne et Alain Pantel,
p. 20 : Étienne Passebois, Michel Riou, Odile
Roland Mousquès Quicòm serà Rival, Jean-Marie Thoyer, Jean-Michel
Vandersteen, Alain Ventura
p. 2,21-22 : p.24- Ah Lisez
Véronique Nunge Témoignage : Mise en page :
Magali Martinez
Les prisons françaises aujourd’hui
p. 15-20 :
Etienne Passebois Imprimerie :
p.26- Tourbillon IMPRIMERIE DES 4
p. 4, 6-7 : Des séjours sont proposés 48 100 Marvejols
Emilie Reydon par le centre de loisirs «Méli Mélo»
pour 2014 Abonnement :
Cette revue est distribuée gratuite-
p.27- Tempête de délibérations ment aux administrés de Saint Andéol
de Clerguemort et de St Frézal de
p.44- En coup de vent Ventalon ainsi qu’aux résidents perma-
nents de Saint Maurice de Ventalon,
Pourquoi ne pas Habiter Mieux ? du Pont de Montvert et de Fraissinet
de Lozère à leur domicile sur les trois
communes. Pour un envoi à une autre
adresse, prière de s’abonner.
Prix de vente au numéro :
6 euros/no
Abonnement à l’année
(4 numéros) : 20 euros/an
Abonnement de soutien :
25 euros/an et plus…
Chèques libellés à l’ordre de :
« mairie de St Frézal de Ventalon »,
et adressés à mairie de St Frézal de
Ventalon 48 240.
ISSN 21OJ-3626
Dépôt légal : à parution
2 Le vent des bancels no100Édito
Le Vent des Bancels en fête !
Amis lecteurs,
La parution du numéro 100 de votre Vent des Bancels mérite bien une
fête ! Aussi nous vous informons que cet événement, auquel vous serez
bien entendu conviés, se déroulera au printemps prochain (probable-
ment un samedi fin mai, début juin 2014).
La date précise n’est pas encore fixée, mais dores et déjà retenez votre
souffle : pour éteindre 100 bougies, il vous en faudra.
Dans le prochain numéro (N°101 – parution en avril 2014), nous vous
dévoilerons la date, le lieu et le programme des festivités.
En attendant, bonne lecture à tous et merci pour votre fidélité.
Le comité de rédaction
Un parmi les saints (5), On est allé ensuite à Saint Maurice
et, la communauté de communes Le Vent des bancels
même si 2 ne le sont pas ! se créant, le Pont de Montvert et
I
Fraissinet de Lozère ont adhéré. « La mairie se devait de sortir
l y a déjà une trentaine d’années
Nous voilà maintenant forts d’une du Géripon et je pensais que même
que, maire débutant, j’ai pensé à
belle revue avec les moyens de son une petite commune avait le droit de
un journal communal pour rendre
ambition et même s’il n’y a pas de communiquer avec ses administrés.
compte de nos activités et conserver le
quoi fouetter un chat, nous en serions Il faut dire « je veux » et être obstiné
contact avec « nos administrés », puis
plutôt fiérots. « comme une tique à la queue d’une
le voyant trop rébarbatif avec de seuls
Nos lecteurs (tous les habitants de chèvre ». Le numéro 0 est né au tout
comptes-rendus de conseils ou d’ac-
la communauté et un bon nombre début des années 80. Ce fût un A4 plié
tions municipales, nous avons pensé
d’abonnés) ne nous présentent pas en deux. Il est bien beau d’avoir une
élargir notre réflexion et parler de ce
de critiques sévères et même s’ils ne idée, mais encore faut-il la concrétiser.
qu’était la commune, ses habitants,
nous tissent pas toujours des louanges, C’est Alain Ventura qui en aura été
ses hameaux…Cela a déjà constitué
semblent apprécier ce travail. l’artisan. Il a joué ici un rôle irrempla-
une première revue de conception
modeste et très artisanale, mais nette- çable. Notre volonté était de recueillir
ment plus étoffée. Alors, célébrons comme il se doit ce une mémoire. La publication est deve-
Et puis, les enfants de Saint Andéol N° 100… nue un support d’information et un
venant à notre école de Pénens, pour- Et poursuivons notre route avec la élément de coordination pour la com-
quoi ne pas faire participer cette com- même volonté et la même ardeur ! munauté de communes ».
mune ? Elle a rapidement accepté :
territoire élargi, nouveaux partici-
n
Etienne Passebois
pants à la rédaction… un progrès non Etienne Passebois
négligeable.
lll
Le vent des bancels no 100 3Brise municipale
J D L
lll ’ai apprécié, depuis le début de éjà un bail que St Andéol par- ors de plusieurs réunions, mon-
cette aventure journalistique, ticipe au Vent des Bancels, sieur Passebois propose de
ce journal, né à Saint Frézal de c’était je crois bien avant créer un petit journal, lequel
Ventalon, qui faisait souffler un air qu’un chat à la queue coupée ne relaterait les diverses réalisations
nouveau des Cévennes jusqu’au mont vienne semer le trouble au hameau de ou travaux qui se feraient dans les
Lozère. J’ai fait partie des premiers Pénens sur la commune de St Frézal, communes. Grâce à son secrétaire de
abonnés, puis en temps qu’élu j’ai bien avant la floraison des jonquilles à l’ASA, monsieur Ventura, tout cela a
milité pour qu’il associe les habi- St Maurice de Ventalon, le souffle du été possible et mis en place (Un peu
tants de ma commune (et des autres vent des Bancels n’avait pas encore plus de travail).
communes du canton). Ce trimestriel atteint le Pont et Fraissinet de Lozère. Cha(t)que maire étant sollicité y est
ouvre des débats, valorise les pro- À cette époque il ne se parlait pas en- allé de son petit mot, sur la vie dans
jets, les actions et les innovations des core de communauté de communes, sa propre commune, dans l’ancien
associations, des collectivités et des c’était juste après les élections muni- temps ou sur le passé de certains vil-
forces vives du territoire, ou plus sim- cipales de 1999. Avec nos amis de lages.
plement il présente des gens d’ici. Je St Frézal nous partagions depuis les Les habitants pouvant participer
garde, personnellement, un souvenir années 80 un certain nombre de com- aussi, quel plaisir de découvrir la
ému de la présentation de Nathalie, bats liés à l’installation des jeunes que vie d’autrefois par des récits récoltés
ma mère. Le grand atout du Vent des nous étions à l’époque, combat pour auprès d’eux. La plupart apprenaient
Bancels, c’est que chacun peut s’y ex- trouver une maison et créer son acti- par ce petit journal l’avancement des
primer librement à la différence d’un vité, combat pour conserver l’école, travaux, les services qui se créent
journal d’une collectivité. Bravo à ses assurer les ramassages scolaire, la ainsi que les progrès (informatique,
créateurs, Étienne Passebois et Alain cantine et bien d’autres choses en- communication, animation).
Ventura, Bravo à Magali Martinez qui core. Aussi c’est très naturellement,
coordonne aujourd’hui sa conception, que le conseil municipal nouvelle- n
fabrication et diffusion. Merci au co- ment élu a pris la décision de partici-
mité de rédaction qui a assuré pendant per à la réalisation du journal. Au fil Marinette Dubois
25 ans une ligne éditoriale cohérente, des articles le vent des Bancels contri-
sans jamais trop censurer. Grâce au bue à rendre compte des événements
site internet de notre communauté d’hier et d’aujourd’hui, il permet une
de communes, il est accessible par meilleur connaissance du territoire et
tous en version numérique (du 1er au de ses habitants. Outil participant au
centième). Demain (rêverie d’un ex- lien social sur nos communes depuis
PSU), peut-être, cette revue deviendra maintenant cent numéros, je ne peux
elle un « chat » interactif au service de que dire chapeau à tout les bénévoles
la démocratie participative. qui le font vivre.
n n
Jean-Pierre Allier Daniel Mathieu
4 Le vent des bancels no 100Courrier des lecteurs
Le Vent des Bancels vu par les lecteurs
Éloge de la démocratie ordinaire
Il disait en substance « Faire un journal est une chose assez simple : vous prenez du papier et vous
mettez des mots dessus (pour faire un canon, c’est encore plus simple : vous prenez un trou et vous
coulez du bronze autour) ». Oui mais.
Dans la myriade des journaux municipaux, Le Vent de Bancels est un titre absolument à part. On
y voit d’habitude les réalisations communales, pointées par des maires soucieux de leur image, la
confiant à des professionnels de la communication et préoccupés de retrouver leur siège.
Il s’agit, avec Le Vent des Bancels, d’une œuvre collective, conçue dans le plaisir partagé de soi-
rées amicales autour de la parole. Des idées élaborées en commun naissent des projets d’articles
et des images, pris en charge par des habitants des communes embarquées dans l’aventure. Volon-
taires et bénévoles. On y trouve de la mémoire, de l’information, de l’échange. Bref, de la vie.
Quand se font si lourdes les pesanteurs de la finance, les profits à courte vue et l’inattention aux
plus modestes, Le Vent des Bancels porte à la cantonade un peu de cette nécessité de démocratie,
devenue si précieuse. Le fardeau est léger, la responsabilité est grande.
Bernard Bolze
Je ne peux résister au plaisir de Quand Maurice Jeannet m’a appelé anciens, enfin ceux qui restent, et qui
vous dire: “VIVE LE VENT DES pour me demander de participer au nous racontent comment ils vivaient
BANCELS !”. Longue vie à cette 100 eme numéro du vent des Bancels, dans tel hameau ou tel autre. Je dois
délicieuse revue que je reçois tou- je me suis sentie à la fois honorée et même vous avouer qu’il y a eu des fois
jours avec grand plaisir et qui dore paniquée. Qu’avais-je de particulier avec Maman et mes filles, nous avons
les vieux jours du vieux cévenol que à dire ? Et puis après une nuit de som- pris la voiture l’hiver et nous nous
je suis. Pour toute l’équipe de rédac- meil, l’inspiration m’est venue. sommes aventurées sur telle ou telle
tion qui, par son sérieux, son choix Moi qui n’ai pas cette chance de vivre route, pour aller voir ce hameau dont
dans la qualité, la variété, en fait à temps plein à la Cure contrairement le vent de Bancels parlait. Nous avons
une revue extrêmement brillante: un à Maman, je me jette sur le Vent de fait de belles découvertes à quelques
grand MERCI ! Bancels, à peine arrivée le vendredi kilomètres de la Cure. Notre petit
Alfred Velay soir. Ils sont là, posés sur le dessus pays recèle de lieux, véritables petits
de la télé (oui 2 exemplaires, Maman trésors, sortis de leurs écrins le temps
prend aussi celui de Dédée et Jean- d’une lecture.
not sa nièce et son neveu, résidents Ensuite, je lis enfin le mot des maires,
Bravo pour votre bulletin. Il y
saisonniers de Saint Frézal). Je ne et je dois dire que j’ai souvent esquis-
souffle le vent des bancels et celui des
vois pas le moment d’être enfin po- sé un sourire à ceux de Passebois, mé-
projets à réaliser en Cévennes pour
sée, tranquille, à lire les comptes lange de « pagnolade » et de bon sens.
y vivre.
rendus des Conseils Municipaux (en Comme il faut en garder pour de-
Roger Lagrave
me disant qu’un jour à la retraite, je main, je réserve au samedi la lecture
reprendrai le flambeau familial, mon des articles consacrés à la culture.
Grand père Fernand ayant été maire C’est d’ailleurs incroyable tout ce
C’est un vrai plaisir d’avoir des à la libération). J’en apprécie la lec- qui se passe dans ce petit bout de
nouvelles d’un pays qu’on aime ! ture en me disant que nous avons bien terre : peintre, bâtisseur de murs en
de la chance de pouvoir vivre même pierres sèches, sculpteur, musiciens…
Bernadette Bidaude par procuration, un peu de notre belle Preuve que nos Cévennes favorisent
démocratie. En ville nous n’avons l’épanouissement.
jamais l’occasion de lire un compte Quand le dimanche avant de repartir
rendu de conseil. pour reprendre le boulot, j’ai enfin
Je ne lis pas le vent de Bancels, de fini ma lecture, commence alors avec
façon linéaire, mais par centre d’inté- Maman « dis alors t’as vu dans le vent
rêt. Et ce qui me passionne, c’est les des Bancels…». Et là on disserte sur
ce qui est écrit, on refait le monde. lll
Le vent des bancels no 100 5Courrier des lecteurs
lll En réfléchissant, je me dis comment Nous sommes arrivés dans le pays Nous avons acquis en 1975 le mas
un si petit pays, peut-il après tant il y a plus de 40 ans, mais les cyclones que nous a vendu Irénée Bastide (née
d’années, avoir autant de choses à trimestriels du journal continuent à Roux) au Salson à Saint Frézal de
raconter ? Comment tenir en haleine nous faire faire des découvertes. Les Ventalon.
ses lecteurs, les fidéliser au point de tempêtes de délibérations abordent de
Elle y était née il y a 100 ans (en
créer le manque… Et oui il faut at- multiples aspects de la complexité de
1913), ce mas étant celui de sa famille
tendre le prochain numéro. la gestion municipale ou communau-
depuis de nombreuses générations.
taire, parfois encore mise plus en relief
Orpheline de père très tôt, son père
par le mot du Maire. Bref, pour une
Françoise Soustelle ayant été tué au début de la Grande
fois nous recherchons les accidents
Guerre, elle vécut son enfance au Sal-
climatiques ! Nous pourrions conti-
son avec sa mère et ses grand parents
nuer et décrire toutes les rubriques ; ce
où elle resta jusqu’après la fin de la
La richesse de l’histoire serait lassant et flagorneur.
Seconde Guerre.
de nos montagnes Nous allons simplement ajou-
Nous avons eu quelques occasions
ter une petite pierre (de schiste bien
de parler des années d’occupation
Cent numéros du Vent des Ban- entendu) à cet édifice de mémoire en
avec Irénée Bastide, et également
cels ! Les lecteurs assidus que nous évoquant la richesse de l’histoire de
avec Yvonne Guin du Tronc.
sommes revoient cette lente évolution nos communes.
depuis le simple écho communal (et si C’est ainsi que nous avons appris
C’est un nombre bien rond, ce
important pour donner un peu plus de l’histoire de l’arrivée au Salson d’une
nombre 100 qui maintenant fait évi-
sens à notre collectivité), pour aboutir famille réfugiée en Cévennes, les
demment penser au centième anniver-
à ce journal intercommunal que les Juliard famille juive belge.
saire de la Première Guerre mondiale,
rédacteurs patients de nos six com- la « Grande Guerre ». Certes, mais ce Partis de Bruxelles, c’est vers les
munes élaborent au fil des trimestres. n’est pas cette Grande Guerre, qui a Cévennes qu’ils se sont dirigés. Tout
C’est une véritable mémoire collec- saigné les serres et les vallées ici, que simplement en raison de l’histoire et
tive, et un outil de notre démocratie nous allons évoquer. des traditions cévenoles de résistance
citoyenne. et d’hospitalité qu’ils connaissaient.
Sans remonter cent ans en arrière,
Vialas les a accueillis, puis ils se
l’histoire vécue il y a 60 ans et qui
sont installés au mas de la Font pour
témoigne d’une humanité profonde
presque trois années.
et constante, mérite d’être racontée et
rappelée.
6 Le vent des bancels no 100Mais la violence et la traque C’est aussi un rappel de la constance Nous avons tenu à évoquer aussi les
n’ont pas épargné les Cévennes. du pays cévenol dans sa tradition traditions d’humanité et d’accueil
Les Juliard ont dû quitter Soleyrols et d’humanité et d’assistance. rencontrés jusque dans les plus petits
ont été répartis sur des lieux de plus hameaux et dont le titre d’un livre
Si Yvonne et Léon Guin ont été
grande sécurité, car plus isolés, cet connu3. se fait l’écho.
reconnus et distingués pour leurs très
isolement garantissant une meilleure
nombreuses actions, d’autres, plus Merci à toutes celles et à tous ceux
protection. C’est au Tronc (Saint
anonymes, ont aussi apporté aide, qui font vivre le Vent des Bancels.
Maurice de Ventalon) auprès de la
soutien et chaleur à celles et ceux qui C’est toujours un heureux moment
famille Guin (Yvonne et Léon) que
en avaient un si grand besoin. que de découvrir le dernier numé-
les hommes de la famille ont trouvé
ro. Avec d’autres très belles revues
refuge, tandis que trois enfants et leur Plusieurs membres de la famille
comme La Garance Voyageuse réa-
mère étaient accueillis par la famille Juliard sont souvent revenus en Cé-
lisée à Saint-Germain de Calberte et
Bastide-Roux au Salson. vennes, et conservent toute leur fidéli-
qui a fêté fin 2012 son numéro 100
té et tout leur attachement à nos mon-
C’est à tout un pays que cette (quelle coïncidence), le Vent des Ban-
tagnes. Nous avons encore beaucoup
famille doit sa survie ; d’autres égale- cels nous tient compagnie tout au long
d’émotion lorsque nous voyons cette
ment. de l’année, que nous soyons loin ou
« chambre sur la voûte » où Irénée
non du pays.
Une des enfants cachés dans avait hébergé France Pruitt. Irénée
Catherine Pardoux
notre mas du Salson, France Pruitt, Bastide nous a quittés il y a environ et Bernard Goldfarb
a raconté son histoire et leur vie en 30 ans ; son souvenir est bien présent.
Cévennes dans un livre publié en
Les années s’écoulent, comme
anglais1. Nombre de détails jalonnent 1
Faith, Courage and Survival in a
les numéros – bien vivants et si
son récit, de la vie quotidienne, aux Time of Trouble, France J. Pruitt.
riches – du Vent des Bancels.
surnoms des femmes qui les ont re- 2
Le lien des chercheurs cévenols
Un Saint-Frézalien d’adoption, P-A
çues, en passant par le trajet quotidien n°170 (juillet-septembre 2012)
Clément, a décrit et rappelé2 le ma-
pour l’école de Vimbouches via le 3
Cévennes, terre de refuge :
quis naissant et combattant. Le site
moulin et le torrent ; c’est un témoi- 1940-1944, Ph.Joutard, J.Poujol et
de Champdomergue – Camisards
gnage important de cette période, P.Cabanel, Presses du Languedoc.
et Maquisards – maintient concrè-
et une trace écrite de l’engagement
tement la mémoire de résistance.
de nombreux hommes et femmes.
Le vent des bancels no 100 7Dans l’œil du cyclone
D’où vient le Vent ?
Voilà une question qu’on se pose parfois pour prévoir le temps
qu’il va faire… Mouchoir en main, bras levé, on scrute la direction
que nous indique l’étoffe : si c’est le Nord, c’est beau (et parfois
frais), si c’est le Sud, c’est pluie ou couvert.
Mais pour nous aujourd’hui, le but de cette question est tout
autre…
O
ui, d’où vient le Vent ? Le N° 00 paraît donc au printemps.
C’était alors une simple feuille ma-
Nous allons tenter d’y
nuscrite, format A4, pliée en deux et
répondre et c’est une aventure
imprimée recto verso sur la machine
presque incroyable.
à alcool de l’école. Le contenu était
En effet, qui aurait pensé qu’en des plus simple puisqu’il s’agissait du
créant un petit bulletin d information compte-rendu du Conseil municipal
en 1983, le Conseil Municipal de du 13 mars 1983, où furent désignés
Saint Frézal de Ventalon allait ouvrir Maire et Adjoints.
la voie au Vent des Bancels, dont,
Vinrent ensuite 3 publications de 4
exactement 30 ans après, vous décou-
à 6 pages (N° 1 à 3 : été, automne, hi-
vrez aujourd’hui le N° 100 !
ver 1983) : « Informer la population,
être informé de ses souhaits et sugges-
Alors voici l’histoire de votre tions, tel est l’objectif que le Conseil
« Vent ». Municipal s’efforce de poursuivre
sans cesse. Il apparaît désormais
Tout commence donc quand qu’un petit bulletin, à la mesure de nos
l’équipe municipale de Saint Fré- moyens financiers, peut nous aider les
zal, fraîchement élue en mars 1983, uns et les autres dans ce sens », pou-
décide, pour informer la population vait-on lire en introduction du N° 1.
des décisions du Conseil, de mettre en Ainsi le « bulletin » s’étoffait un peu :
place un petit « bulletin municipal »
tiré à environ 100 exemplaires. - le texte était désormais sur 2 co-
lonnes, tapé à la machine, et confié à
une imprimerie.
8 Le vent des bancels no 100- le contenu prenait aussi de l’im- qui font que le territoire vive, se dé- Les numéros suivants furent
portance, avec un édito de Joseph veloppe et se repeuple, tels sont les conçus sur le même modèle (parution
IAQUINTA (alors conseiller munici- objectifs fixés. semestrielle), avec les mêmes moyens
pal en charge de la commission infor- (textes en colonnes tapés à la ma-
mation), un mot du Maire (Étienne Par ailleurs pour donner plus chine, découpés et collés à la main).
PASSEBOIS), appel à la participation d’attrait à cette revue, une nouvelle
« maquette » voit le jour : texte sur À partir du N° 9 (premier se-
des administrés et enfin, courrier des
2 colonnes tapées à la machine à mestre 1987) le « Bulletin Munici-
lecteurs.
écrire, découpées et collées à la main pal » devint « La vie communale »,
Et puis vint le N° 4 qui parut en par votre serviteur. Les titres en gras titre plus en adéquation avec le
août 1984, dont Joseph, en accord apparaissent ainsi que les « lettrines » contenu plus ouvert défini lors de la
avec le Conseil Municipal du 24 juil- (première lettre beaucoup plus grosse réalisation du N° 7. On y retrouvait
let (et je les en remercie à nouveau en début d’article), tout ça réalisé à les comptes-rendus de conseils dé-
aujourd’hui !) me confia la réalisation partir de « lettrasets » autocollantes coupés dans « La Lozère Nouvelle ».
de la couverture sous forme de 9 ta- (alphabet avec lettres de toutes tailles Une nouvelle maquette de couverture
bleaux genre bande dessinée… imprimées sur adhésif et transférées voyait le jour et les dessins furent
sur le texte)… plus nombreux. Il y eut notamment à
Le loup était désormais entré dans
la veille des élections municipales de
la bergerie ! Maintenant qu’on connaît l’ordi- 1989 (N° 11 – deuxième semestre 88)
Il s’agissait alors d’un bulletin nateur et les facilités de montage qu’il les (fausses) affiches électorales
de 8 pages recto-verso photocopié, offre quand on sait un peu le manier, humoristiques que j’avais dessinées
mais pour ce qui est du contenu l’on on se dit qu’on était un peu timbré ! pour « remercier les conseillers sor-
en revenait uniquement aux comptes- Le contenu lui aussi fut largement tants de m’avoir supporté durant ces
rendus de conseils municipaux, sans modifié : couverture pleine page, six années », qui firent quelques va-
édito ni mot du maire. Le texte se sommaire, édito, mot du maire, infor- gues… C’est vrai qu’avec du recul,
retrouvait à nouveau sur une seule mations sur la vie communale, cour- certaines pouvaient mériter le carton
colonne. rier des lecteurs, brèves de Madeleine jaune, voire rouge, mais bon, quand
SOUSTELLE et même, la « feuille on a un humour à limite du bon goût,
Les N° 5 (déc. 84) et 6 (oct. 85)
de fou » de l’employé communal (je il faut savoir assumer !
furent calqués sur ce N° 4 avec tou-
tefois quelques courriers des lecteurs vous rassure c’est la seule et unique Pour le N° 12 (premier se-
et notamment pour le N° 6 un texte qui ait été publiée !) sur une page mestre 89), Paul GACHET vint agré-
des enfants de l’école sur leur sortie A4 écrite à la main et accompagnée menter la publication de ses poésies…
scolaire. de dessins faits maison. Par contre,
le choix avait été fait de ne plus pu- Ensuite, « la vie communale »
Le N° 7 (été 86) marqua une nou- blier les comptes-rendus de conseils poursuivit tant bien que mal son
velle évolution de ce « bulletin ». municipaux, ceux-ci paraissant dans petit bonhomme de chemin dans les
Une équipe rédactionnelle s’était la « Lozère Nouvelle ». Quelques mêmes conditions… jusqu’au numé-
mise en place (Étienne PASSEBOIS, illustrations apparaissent également ro 18 inclus (premier semestre 92),
Jean-Yves PIN, Henri ROUQUET, et (affiche de la fête communale, plan avec désormais des photos et toujours
moi-même). Ne pas être simplement des sentiers…). les mêmes illustrations « limites » que
la vitrine du Conseil Municipal, mais je ne savais éviter. lll
se faire aussi l’écho des actions asso-
ciatives, collectives et individuelles
Le vent des bancels no 100 9Dans l’œil du cyclone
lll Et puis, et puis… Il faut dire que l’idée d’ouvrir le
journal aux enfants a tout de suite
… En juin 1992, quand la
séduit les trois partenaires qu’étaient
Fédération Nationale des Foyers
la municipalité, le foyer « Regain » et
Ruraux m’a proposé - j’étais alors
l’école.
président du tout nouveau Foyer rural
de St Frézal « Regain » - de participer Nous avons donc ensemble écha-
à une expérimentation sur le thème faudé le projet d’un journal commun
de « la communication de proximité que nous avons proposé à la Fédéra-
en milieu rural : rôle possible des tion Nationale des Foyer Ruraux.
jeunes et de l’école », nous n’avons
Et puis, le rêve s’est accompli : en « La vie Communale » faisait peau
pas hésité, avec mes amis du Foyer,
Octobre, sélectionnés avec 20 autres, neuve, et pour marquer cette nouvelle
à poser notre candidature, soutenus
nous montions à Paris afin de mettre évolution, le comité de rédaction dont
par l’école et la mairie. Il s’agissait
au point la suite des opérations… le nombre s’étoffait, décida de « don-
de véhiculer l’information locale par
Suite positive, puisqu’en novembre ner à cette revue un titre qui soit plus
le biais d’un journal ou d’une partie
nous fumes dotés d’un ordinateur local et qui reflète davantage l’esprit
de journal réalisé par les enfants
« Apple – Mac Classic » et conviés, dans lequel elle est conçue », nous
de l’école, du foyer rural et de la
Nadine VILAS et moi-même, à suivre annonce l’édito du premier numéro
commune. Pour se faire, les foyers
une formation journalistique très com- nouvelle formule. « Les bancels, ces
retenus seraient dotés d’un matériel
plète. Cette réussite nous la devons au terrasses cultivées, soutenues par des
informatique muni d’un logiciel de
soutien indéfectible de la Fédération murettes de schiste que les anciens
publication assisté par ordinateur
Départementale des Foyers Ruraux et sans cesse remontaient, sont bien une
(PAO) afin de mettre en page le
notamment à Jean-Luc AIGOUY, son des caractéristiques principales de
journal. Une formation journalistique
président et à Marie et Sylvie, nos per- nos paysages ; quant au vent, il entre
était également prévue.…
manentes au dévouement légendaire dans le nom même de notre commune
… Oui, mais, seuls dix Foyers que je remercie à nouveau aujourd’hui. et souffle souvent dans certaines de
ruraux sur toute la France devaient L’ordinateur fut installé à l’école des nos vallées. De tous temps, ce fut un
être retenus ! Quel poids pouvait avoir Abrits, et les enfants se mirent au colporteur de nouvelles et d’histoires
St Frézal, fort de ses 100 habitants de travail, aidés par Henri et Olga, les plus fantastiques les unes que les
l’époque, face aux autres communes instituteurs de l’époque et par moi- autres. »
de France bien plus importantes ? même, qui intervenait alors dans le
cadre d’un projet d’école. De mon Ainsi naissait « Le Vent des Ban-
Et pourtant nous y croyons… ! cels » avec le N° 19 (deuxième se-
côté, j’avais dû me familiariser avec
C’était pour nous un tel espoir l’appareil et les nombreuses possibili- mestre 1992).
de redynamiser notre « Vie Commu- tés qu’il offrait… apprentissage labo- La mise en page a déjà de nom-
nale », de la rendre plus attractive, rieux s’il en est ! breuses ressemblances avec celle
plus vivante, plus en phase avec que vous connaissez. Les noms des
l’actualité et le monde moderne, tout membres du comité de rédaction
Et voilà, c’était parti…
en disposant de moyens modernes de apparaissent et un directeur de publi-
composition et de mise en page que, cation est désigné : il s’agit tout na-
financièrement, nous n’avions pas les turellement d’Étienne PASSEBOIS.
moyens de nous offrir…
10 Le vent des bancels no 100Un système d’abonnement de sou- Nouvelle évolution en 1994 : bouclé… Du coup, la ponctualité de
tien est également mis en place pour le comité de rédaction, qui se réunis- parution devenait plus aléatoire.
financer l’impression (photocopie sait pour la préparation de chaque pa-
C’est alors que le « Vent » se
sur papier format A3 plié en deux et rution, décida de créer à partir du nu-
renforça grâce à nouveau souffle…
agrafé sur tranche) qui est confiée à un méro 23 (premier trimestre 1994) une
venu de la commune voisine ! Saint
professionnel. nouvelle rubrique : « Dans l’œil du
Andéol entrait dans le comité de
cyclone » dont le but était de faire un
Les titres de rubriques liés au vent rédaction et s’associait désormais
« zoom » sur un hameau afin d’en rap-
(brise municipale, souffle de jeu- au Vent des Bancels. Avec cette
peler l’histoire, les anciennes condi-
nesse, tempête de délibérations…) adhésion de nouvelles idées d’articles
tions de vie, mais aussi d’en parler
apparaissent. Les photos sont plus vinrent enrichir le contenu du
au présent, en faisant s’exprimer ses
nombreuses et bien sûr les dessins des journal, notamment avec la création
habitants tant anciens que nouveaux.
enfants de l’école accompagnent leurs de la rubrique « Bise Art, Blizzart »
textes. Ensuite, pour que l’histoire soit destinée à faire connaître les créations
complète, il faut relater l’épisode d’un artiste local ou l’action d’un
Le foyer rural y produit aussi des
de la participation de notre journal passionné en publiant son interview.
articles sur ses activités (les samedis
au « Festival des Médias Locaux » C’est ce que découvrirent les lecteurs
de Julie) et la commune détaille les
qui se déroulait à Marne-la-Vallée, avec le numéro 31 (Juin 1996).
projets en cours.
près de Paris- avec un jury composé
Ensuite, à compter du numéro 34
Enfin une nouvelle rubrique pro- de professionnels du journalisme
(Mai 1997), la participation des
posée par Nadine voit le jour : « sème - dans la catégorie « Journaux de
enfants au journal devint plus épiso-
le vent » avec un petit sachet de Quartier » où nous fûmes parmi les
dique…
graines offert au lecteur avec conseils quatre nommés (sur 80 candidatures
d’utilisation des futures productions. présentées). Certes, nous ne fûmes pas
« lauréats » du premier prix qui revint
Les comptes-rendus de conseils Avec le numéro 44 (novembre
logiquement à un journal de quartier
municipaux sont aussi présents avec 1999) une nouvelle bouffée d’oxy-
concernant 14.000 habitants (!),
également les brèves « en coup de gène fut apportée par nos amis de
mais Étienne se souvient encore de ce
vent ». Saint Maurice qui vinrent nous re-
moment émouvant où le président dit
joindre… Les trois « Saints » étaient
Le tout aboutissant à une revue de en public que « Le Vent des Bancels,
désormais réunis dans une même pu-
36 pages, s’il vous plait ! réalisé par une équipe dynamique de
blication ! Le « Vent » grossissait tant
Les numéros qui suivirent furent, petite commune rurale avait beaucoup
en nombre de pages qu’en nombre de
à partir de ce moment, conçus sur le plu au jury ». Sa rencontre avec Charles
tirages : nous en étions alors à 300
même modèle. Le journal, de semes- PASQUA, présent à cette cérémonie,
exemplaires, ce qui n’était pas un
triel devint trimestriel à compter du fut d’ailleurs immortalisée par un
mince travail pour Marie-Claude et
numéro 21 (troisième trimestre 1993). poster inédit inclus dans le numéro 24
Christian MESTRE – merci mes amis
Les directeurs d’école changèrent (deuxième trimestre 1994).
pour votre implication sans faille ! -
et Henri ROUQUET laissa la place Et puis, au fil des numéros, l’en- qui depuis déjà pas mal de temps réa-
à Jacques HUGON, qui maintint et thousiasme tomba un peu… Les ré- lisaient le tirage sur la photocopieuse
même accentua la relation entre les dacteurs, à court de sujets, se firent de la mairie, le montage, l’agra-
enfants de l’école et le « Vent » avec plus rares d’autant que le tour des fage… et les envois aux abonnés. lll
notamment des narrations de sorties et hameaux de St Frézal était (presque)
de voyages scolaires.
Le vent des bancels no 100 11Dans l’œil du cyclone
lll En tout plus de 2 jours plus Merci, Magali, d’avoir pris le relais,
que complets de travail bé- merci pour ce « coup de jeune » que
névole à deux ! Il fallait vrai- tu as apporté. Merci également aux
ment qu’on y croit tous ! membres du Conseil Communautaire
Ce fut aussi le temps des comités de et à son Président, Daniel MATHIEU,
rédactions conviviaux que l’on faisait d’avoir accepté de financer (en partie,
le soir chez les uns et les autres avec car je sais qu’il y a beaucoup de
un bon repas à la clef mitonné par bénévolat de la part de Magali !) ce
l’hôte du jour… travail.
Le numéro 50 (mai 2001), fut Alors, oui, qui aurait pu penser
fêté comme il se doit par une jour- que la petite feuille de 1983 serait
née de rencontre à la salle commu- portée si loin par le Vent… et tirée
nale de Saint Frézal, qui permit aujourd’hui à 600 exemplaires ?
à nos fidèles lecteurs de partager
le « verre de l’amitié » de ren- Voilà donc, d’où vient le Vent…
contrer et de découvrir quelques Où va-t-il ? Ça, c’est Magali qui va
journaux voisins. Ce fut moment nous le dire !
d’échange riche et marqué par
une extrême convivialité.
Une formation destinée à tous En conclusion, je voudrais dire à
les rédacteurs « en poste » ou quel point j’ai apprécié tout au long
potentiels fut même organisée de ce parcours, cette extraordinaire
par Bernard BOLZE, journaliste aventure humaine, la convivialité des
à Lyon et familier de Pénens-bas : comités de rédaction et la richesse
« Vendre du Vent », tel en était le des échanges que nous y rencontrons,
titre… †out un programme ! combien je remercie toutes celles et
ceux qui y ont participé de près ou de
Enfin - et je vais arrêter là mes loin d’y avoir cru sans jamais douter
mémoires d’ancien combattant ! - une seconde, certains qu’ensemble,
grâce à l’action de notre commu- on ne manquera jamais de souffle.
nauté de communes toute jeune de
3 ans, les communes de Fraissinet Nous en aurons du reste bientôt
de Lozère et du Pont de Montvert besoin pour souffler nos 100 bougies !
vinrent rejoindre notre équipe en Merci enfin à tous nos fidèles lec-
2007 (numéro 76). teurs et abonnés qui ne manquent pas
Le « Vent » soufflait désormais de nous adresser régulièrement leurs
sur l’ensemble de notre territoire encouragements.
communautaire et s’enrichissait
ainsi d’expériences nouvelles, de
nouveaux rédacteurs et de nouvelles Alors, bon Vent à tous, et qu’il
rubriques. Il pouvait ainsi envisager souffle longtemps, longtemps… !
l’avenir avec un souffle léger.
D’autant qu’il venait par la n
même occasion de rencontrer
Magali MARTINEZ - à laquelle je Alain VENTURA
vais maintenant passer la parole pour
qu’elle nous livre ses sentiments
sur ces 6 années déjà passées - qui
s’est tout de suite impliquée dans
la conception, la mise en page
et la collecte des articles avec la
gentillesse, la compétence et le
sérieux que nous lui connaissons.
12 Le vent des bancels no 100Du numéro 76 au numé- la maquette à l’imprimeur, mais
ro 100 également après le BAT (bon à
tirer), qui signe la dernière étape
C’est en 2007 qu’Alain est venu du processus.
me trouver à la cyberbase, « une
ébauche du journal à la main ». Sans Le résultat final advient avec
hésitation, mais consciente de la l’impression du journal qui est
tâche qui m’attendait, je décidais de réceptionné puis distribué aux
me lancer dans l’aventure. C’est ainsi différentes communes et aux
que commençait l’élaboration du nu- abonnés.
méro 76 du Vent des Bancels. Mon Vous l’aurez compris, la
arrivée au Vent des Bancels s’est ef- chaîne éditoriale est donc un
fectuée simultanément à l’intégration travail d’équipe qui lie en-
au journal de deux nouvelles com- semble auteurs, correcteurs et
munes : Le Pont de Montvert et Frais- compositeurs, distributeurs,
sinet de Lozère. et, bien entendu, lecteurs !
Mon premier numéro a été conçu Mais revenons à mes dé-
non sans peine. La réalisation d’un buts au Vent des Bancels. Si
journal se fait en étroite collaboration je vous ai précédemment
avec les auteurs des articles, auprès énuméré les principales
desquels je dois récupérer textes et étapes dans l’élaboration
photos afin de terminer la mise en des articles du journal, il est
page et permettre une parution dans important de rappeler les
les temps, ce qui nécessite une bonne moyens utilisés à l’époque
coordination de tous les intervenants. pour réaliser le journal.
La synergie des acteurs permet de dy- Nous allons maintenant
namiser l’élaboration du journal. avoir un petit aperçu de l’aspect tech-
Ce qu’il faut savoir concernant la nique.
parution d’un journal, c’est qu’elle Après avoir bien entendu recensé
induit de nombreuses étapes. Tout les différents articles du numéro, on
d’abord, la création de l’ordre du jour réalise un « chemin de fer ». C’est
et envoi aux personnes du comité de seulement après la réalisation du che-
rédaction. min de fer que l’on peut effectuer le
Celui-ci se réunit pour s’accorder travail de mise en page. Mais qu’est-
sur l’orientation générale du numéro à ce qu’un chemin de fer ?
venir, les sujets qui vont être abordés, On parle de chemin de fer lorsque
critiquer de la manière la plus objec- l’on met côte à côte chaque page en
tive possible la mise en forme du jour- préparation d’un document donné,
nal afin d’améliorer son ergonomie, et afin de visualiser l’ensemble de celui-
donc le confort du lecteur. Il faut éga- ci avant sa mise en page finale et son
lement se projeter : penser au numéro impression.
suivant, à la ligne éditoriale sur une
certaine durée. Cela permet également de déter-
miner le nombre d’illustrations afin
La lecture du courrier des lecteurs d’aider à l’estimation du temps qu’il
constitue également une partie impor- faudra pour en créer la totalité.
tante du travail.
Le logiciel utilisé à cette époque
Quant aux auteurs, nous devons pour l’élaboration du vent des bancels
veiller à la bonne réception de leurs était AppleWorks, une suite bureau-
articles et images, ainsi qu’à un suivi tique produite par Apple pour les
qui permette d’échanger avec eux ordinateurs fonctionnant sous Mac
corrections et mise en page envisa- OS ou Windows. AppleWorks com-
gée. La relecture des articles consti- porte notamment un traitement de
tue une étape essentielle. L’équipe du texte. Ce logiciel avait ses limites.
journal s’occupe de retoucher et cor- Réaliser 52 pages avec ce dernier
riger les textes reçus avant d’envoyer lui demandait beaucoup d’efforts et lll
Le vent des bancels no 100 13Dans l’œil du cyclone
lll
Le Vent des Bancels
Comment y participer ?
Faut-il faire partie du comité de ré-
daction pour écrire ?
Non, toute personne souhaitant écrire
peut soumettre sa (ses) proposition (s) ou écrit
(s) au comité de rédaction.
Y a-t-il des thèmes imposés ?
Le Vent des Bancels couvre de nombreux
thèmes : historique, actualité, activités, littéra-
ture et autres... Donc tout article peut y trouver
sa place...
Le Vent des Bancels se veut être une source
d’expression pour notre territoire, d’où l’impor-
tance fondamentale de son contenu. Ce der-
nier accorde de l’importance à l’histoire des
hommes qui a façonné au fil des siècles notre
espace, mais aussi à l’actualité et à son devenir,
à la vie locale et associative. Mais nous nous
intéressons aussi à des sujets plus globaux,
plus généraux ; il s’agit souvent d’articles en
rapport avec des thèmes à l’échelle du monde
dans le quel nous vivons, comme les questions était donc une entre-
portant sur les économies d’énergie (ex. : ques- prise laborieuse. Très
A u -
tions pratiques, astuces...), les sources d’éner- souvent, on pouvait
jourd’hui mes efforts se
gie (nouvelles ou pas)... voir apparaître une
portent beaucoup sur l’amélioration
petite fenêtre dans
La vie du Vent des Bancels, c’est vous tous du rendu des photos en noir et blanc.
laquelle il était inscrit : « l’appli-
qui la faites. Le Vent des Bancels est une revue
cation a été quittée inopinément ».
Et le programme se fermait immé- fédératrice d’un territoire marqué par
Vous avez des informations, l’histoire et ses activités humaines.
diatement sans prévenir.
des remarques, des questions, faites le savoir : Elle met en exergue au travers de la
Bien entendu toute modifica-
vie culturelle le dynamisme et l’évo-
tion non enregistrée disparaissait.
Par mail lution d’un territoire.
Afin de limiter au maximum ces
Ce que j’apprécie dans ce travail de
cybermdepontdemontvert@gmail. désagréments, je devais enregistrer
mise en page, c’est de participer à
com, toutes les modifications effectuées
cette remarquable envie de partage et
au cours du travail.
de transmission de savoir et de savoir-
C’est au numéro 82 (mars-avril faire.
Par courrier 2009) que nous avons changé d’im-
mairie de Saint Frézal de Ventalon, On ne peut clore cet article sans
primerie. Au numéro 84, nous avons
remercier toutes les personnes qui
48 240 Saint Frézal de Ventalon, opté pour une qualité de papier dif-
contribuent à l’existence de ce jour-
férente (octobre 2009). Celui-ci est
nal, support de l’histoire d’un terri-
Par téléphone désormais mat et permet la mise en
toire, journal qui par-delà les Bancels
valeur des différentes photographies
04 34 09 06 14 met en avant ses particularismes.
qui illustrent le Vent des Bancels.
n
Magali Martinez
14 Le vent des bancels no 100Bise-Art, Blizart
Étienne Passebois :
Le grand témoin des Céven’ties
Étienne Passebois a été maire de Saint
Frézal-de-Ventalon de 1977 à 2008.
Il aura tout connu des Cévennes :
la période resplendissante
d’avant guerre, l’inexorable
déclin, le choc chevelu et salu-
taire des années 70, les années
contemporaines du repeuple-
ment et de l’Internet. Et aura
donné vie au Vent des Bancels
pour accompagner le mouve-
ment. Tour d’horizon.
C
omme disait Woody Allen, « je Prenons comme exemple ce que l’on
La communication n’ai pas peur de la mort, mais peut appeler une belle propriété céve-
quand elle frappera à la porte, nole : cinquante hectares, de l’eau.
je tacherai de n’être pas là ! ». Vous Selon le souhait de mon grand-père
Pour communiquer entre faites de moi une vedette à l’occasion maternel, mon père s’y était installé
habitants, il y avait le signal. de ce numéro 100 alors que j’ai l’im- comme paysan, content et fier. Il avait
Quand nous avions quelque pression d’avoir mené une petite vie. abandonné pour cela l’opportunité
chose à dire aux Hameaux de J’ai rencontré des gens qui ont fait la si enviée à l’époque d’entrer dans la
Poussiels, du Cros ou de Pe- guerre, qui ont été par monts et par gendarmerie. Consternation de ma
nens, nous placions un drap vaux, qui ont eu des malheurs… il n’y mère pour qui, en 1925, c’eût été une
dont la façon de l’installer a rien eu de tel pour moi. promotion suprême : « femme de gen-
exprimait le sens du message. darme » !
Les gens se déplaçaient, alors, Mon premier mandat remonte à l’an- On pouvait loger des gens, des bêtes.
en marchant à pied, s’ils le née 1977. Avoir vu cette commune On avait des mûriers, des terres, trois
pensaient nécessaire. resplendissante dans les années 30-35 hectares de prairies, cinq de châtai-
m’a donné envie d’en devenir le maire. gniers. Voilà une propriété qui per-
Resplendissante comme peut l’être un mettait de vivre ! C’est une nounou qui
pays : il y avait de la vie, de l’activité. s’occupait de moi ! Ça n’empêchait
pas ma mère de traire les chèvres. lll
Le vent des bancels no 100 15Bise-Art, Blizart
lll Trois à quatre ouvriers agricoles À la Grand-Combe quand ce fût
L’agriculture et artisans travaillaient en per- Passebois, je ne savais pas de qui on
manence à l’année. J’ai vu une table parlait !
du temps de mon père où l’on mangeait une soupe à laquelle
s’ajoutait un morceau de lard d’un Ne sont restés que mes oncles et
Nous avions des chèvres, des moutons, kilo ! quelques voisins qui avaient des pa-
un cheval, trois vaches, des lapins, des rents et des grands-parents qui pou-
poules et des cochons. Et puis en 1937, presque du jour au vaient constituer une main d’œuvre
Nous avions des pâturages et le point lendemain, tout s’est effondré : plus dans des propriétés souvent plus mo-
fort : des châtaigneraies. Il y avait, bien d’ouvrier agricole pour faucher, destes.
sûr, les cultures vivrières : haricots, au- bêcher, garder le troupeau, ramasser Le travail du mineur n’est pas moins
bergines, tomates, navets, pommes de les châtaignes. Mon père et ma mère pénible, mais l’attrait est pour les
terre et les choux (que l’on plantait avec se sont retrouvés seuls. La mine et femmes… Elles n’ont plus à traire
un peu de chaux au pied). Pour nourrir ses promesses ont tout emporté ! les chèvres, à faire les fromages et à
les bêtes, nous avions les châtaignes, les Les congés payés ! La semaine de s’échiner à ramasser l’herbe pour les
pommes de terre et les topinambours. 40 heures ! Les gens ont préféré tra- lapins. Pour les hommes, c’est un mé-
Ces derniers n’ont pas besoin d’être vailler dans un trou plutôt que de tier au rythme assuré et fixe. Certes,
replantés, le champ est à vie, le notre s’échiner à venir à 5 heures du matin, on fait les trois-huit, car la mine et le
existe encore à ce jour. faucher, rapporter le foin à la ferme. « carreau » (les installations de sur-
Il y avait un rucher tronc et des fruits Alors mon père, pratiquement ruiné face) travaillent en permanence, mais
presque toute l’année : fraises, cerises, et incapable de faire vivre ainsi la on peut choisir son poste. Ils sont
pommes, poires, abricots, raisins et propriété a dit : « nous mettons la assurés chaque semaine d’avoir une
vigne qui nous permettait de faire 40 à clé sous la porte », et ce malgré les paie. S’ils estiment que le travail de
60 hectolitres de vin. injonctions de son frère ou de l’une mineur est plus prestigieux que celui
Nous plantions de la touselle et du de ses voisines qui lui avait envoyé ce de paysan, le vrai motif pour quitter
seigle pour faire du pain. (la touselle est poème : « Aux voix qui vous diront la la condition d’ouvrier agricole est
une espèce ancienne de froment dont ville et ses merveilles, n’ouvrez pas d’abord économique. Les ouvriers
nous gardions la farine pour le pain du votre cœur, ô paysans mes amis… ». agricoles sont payés à la tâche, avec
dimanche). Et nous sommes partis à la Grand- des tarifs variables - et pas très éle-
Nous avions là une belle propriété qui Combe en 1937. J’ai ressenti cela vés – selon les activités et la saison,
nous permettait presque de vivre en comme une chose catastrophique ! pour les châtaigneurs, les faucheurs…
autarcie. J’avais neuf ans. La chose qui m’a Certains viennent à pied et de loin,
le plus frappé, en arrivant à l’école, des Ponchets près de Sainte Cécile
c’est l’immensité de la cour ! À celle d’Andorge, de Sambuget, du Lauzas,
du Cros, on m’appelait Étienne.
1- Léonie VIDAL épouse SERVIERE : soeur de ma mère, mère de Gisèle 1- PLAN : Les Pauses (entre Chaldecoste et Léziniers).
CHAPELLE- Poussiels. 2- Albéri ARNAL de Vitaverne, devenu maire et fusillé à Masméjean par les
2- Georgina FELGEROLLE : épouse VIDAL, ma grand-mère maternelle. FTP en septembre 1944.
3- Rosine FELGEROLLE : mère de Gorgina, ma grand-mère maternelle, 3- Emilien SALLE : cordonnier à Lézinier, frère de ma grand-mère paternelle.
décédée en 1925, à 94 ans. 4- Henri VIDAL de Poussiels, le maire de l’époque, mon grand-père maternel.
4- Germaine VIDAL : épouse PASSEBOIS, ma mère à 22 ans. 5- Alfred HOURS, le lauzas.
5- Germain Henri PASSEBOIS, mon père à 23 ans
6- Henri VIDAL.
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Photo de 1924 : Poussiels Photo vers 1920 : conseil municipal de Saint Andéol
16 Le vent des bancels no 100Vous pouvez aussi lire