NEW SETTINGS ARTS DE LA SCÈNE - Fondation d'entreprise Hermès
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Mont-COUV - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 03/09/2019 11:27 Page1
NEW SETTINGS
ARTS DE LA SCÈNE
MERCE CUNNINGHAM
DANIEL LARRIEU
LA RIBOT
GERARD & KELLY
METTE INGVARTSEN
BORIS CHARMATZ
LE GDRA
BEGÜM ERCIYAS
KAT VÁLASTUR
LA RIBOT, MATHILDE MONNIER,
TIAGO RODRIGUES
NOSFELL
JEANNE MOYNOT
& ANNE-SOPHIE TURION
ANA RITA TEODORO
XAVIER VEILHAN
FONDATION D’ENTREPRISE HERMÈS
18 SPECTACLES
DU 10 SEPTEMBRE
AU 21 DÉCEMBRE 2019
NS ArtPress indd 1 26/06/2019 11:01Mont-COUV - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 03/09/2019 11:27 Page2
theatredelacite.com
12 Sep–12 Oct 2019
Saison
19-20
Rêves d’Occident Jean Boillot
Reconstitution : le procès de Bobigny
Émilie Rousset et Maya Boquet
L’Avenir Clément Bondu
Belles plantes Jeanne Moynot
et Anne-Sophie Turion
Chiquenaudes & Romance en Stuc
Daniel Larrieu
Le Corps des songes Nosfell
Selve le GdRA – Christophe Rulhes
et Julien Cassier
Fofo Ana Rita Teodoro
Arcana Swarm Kat Válastur / HAU
Città Nuova Raphaël Patout
Neuf mouvements pour une cavale
Aurélia Lüscher et Guillaume Cayet
Muses Anthony Égéa
Cosmophonies – ce qui vit en nous
Cyril Hernandez et Émmanuel Labard
Dom Juan ou le Festin de pierre
Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra
Le Charme de l’émeute Thomas Chopin
Turkish Psychedelica Night
Elektro Hafiz et Baba Zula
sspeciess Daniel Linehan / Hiatus
Après la fin Maxime Contrepois
Is it worth to save us ? Kaori Ito et Miraï Moriyama
Vie de Joseph Roulin Thierry Jolivet
Ensemble Links / Cabaret Contemporain 17, bd Jourdan 75014 Paris THE FONDATION D’ENTREPRISE HERMÈS
Fractales Fanny Soriano réservations 01 43 13 50 50
tarifs de 7 à 23 € SUPPORTING CYRIL TESTE’S OPENING NIGHT FROM SEP 12–14
Illustration : Était-ce ça la vie ? © Juliette Andréa-Élie Le Théâtre de la Cité internationale est subventionné par le ministère de la Culture Rejoignez-nous !
– direction régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France, la Cité internationale universitaire de Paris et la Ville de Paris. Avec le soutien
du conseil régional d’Île-de-France pour les résidences d’artistes. Avec l’aide de l’ONDA pour l’accueil de certains spectacles.03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page3
05 Préface 38 Kat Válastur
8, rue François-Villon. 75015 Paris Olivier Fournier Arcana Swarm
Tél (33) 1 53 68 65 65 (de 9 h 30 à 13 heures) Alexandra Balona
www.artpress.com
06 Hommage à Merce Cunningham
* e-mail : initiale du prénom.nom@artpress.fr Emmanuel Daydé 42 La Ribot, Mathilde Monnier,
Tiago Rodrigues
Comité de direction : Catherine Francblin, Guy Georges
10 Daniel Larrieu Please Please Please
Daniel Gervis, Jacques Henric, Jean-Pierre de Kerraoul
Catherine Millet, Myriam Salomon Chiquenaudes & Romance en stuc Carole Boulbès
SARL artpress : siège social 1, rue Robert Bichet Mathilde Bardou
59440 Avesnes-sur-Helpe 46 Nosfell
Gérant-directeur de la publication : J.-P. de Kerraoul*
Directrice de la rédaction : Catherine Millet* 14 La Ribot Le Corps des songes
Rédacteur en chef : Richard Leydier* Panoramix Emmanuel Daydé
Rédacteur en chef adjoint : Étienne Hatt* Laurent Goumarre
Conseiller : Myriam Salomon*
50 Jeanne Moynot
Secrétaire de rédaction : Christine Delaite*
Assistant de rédaction : Laurent Perez* 18 Gerard & Kelly & Anne-Sophie Turion
Assistante de direction : Anna Carraud* Modern Living Belles plantes
Responsable éditoriale Web : Aurélie Cavanna* Christophe Catsaros Julie Chaizemartin
Système graphique : Roger Tallon († 2011)
Maquette / système graphique : Magdalena Recordon
Publicité / Advertising : sylvie@artpress.fr 22 Mette Ingvartsen 54 Ana Rita Teodoro
Julie-Joy Agaësse / jj.agaesse@artpress.fr Moving in Concert FoFo
(33) 1 53 68 65 71
Alain Berland Léonard Adrien
Agenda : Christel Brunet*
Diffusion / Partenariats :
Laurie Meynent* (33) 1 53 68 65 78 26 Boris Charmatz 58 Xavier Veilhan
infini Compulsory Figures
Impression : Imprimerie de Champagne, Langres
Origine papier : Belgique, certifié fibres IFCGD Jérôme Provençal Étienne Hatt
PTOT : 0, 027
Contact distribution : Cauris Media (01 40 47 65 91) 30 Le GdRA 62 Calendrier
Dépôt légal du 3er trimestre 2019
Selve Calendar
CPPAP 0419 K 84708 - ISSN 0245-5676
RCS Valenciennes 318 025 715 Laurent Perez
64 Production
Couv. : Ben Zank. « Road Closed ». 2019 34 Begüm Erciyas
(Court. Opiom Gallery) Pillow Talk
© ADAGP, Paris 2019, pour les œuvres de ses membres Clarisse Bardiot
Remerciements/Thanks : Olivier Fournier,
Annick de Chaunac, Catherine Tsekenis,
Quentin Guisgand, Sacha Gueugnier, Maxime Gasnier
ÉDITO
(Fondation d’entreprise Hermès) Programme de la Fondation d’entreprise ———
Hermès, New Settings accompagne pour la A Fondation d’entreprise Hermès programme,
neuvième année la création de projets à la New Settings is supporting for the ninth year
New Settings est un programme croisée du spectacle vivant et des arts visuels. the creation of projects at the crossroads of
de la Fondation d’entreprise Hermès
Confirmés ou prometteurs, les artistes sont live performance and visual arts. Established
New Settings is a program of the
Fondation d’entreprise Hermès soutenus depuis la production jusqu’à la diffu- and promising artists are backed from the
sion de leur œuvre dans des institutions par- creation to the staging of their work, in
tenaires de la Fondation à Paris, en région partner institutions of the Fondation in Paris,
parisienne, mais aussi à New York. Artpress the Paris region, and also in NewYork. Artpress
est heureux de publier ce cahier qui revient is pleased to issue this publication examining
sur chacun des dix-huit spectacles visibles each of the eighteen shows presented until
d’ici au 21 décembre 2019. Au moins deux rai- 21 December, 2019. There are at least two
sons y concourent. D’une part, New Settings fundamental reasons for this. On the one
est la vivante incarnation de l’interdisciplina- hand, New Settings is the living incarnation
rité, voire de l’indisciplinarité, que nous ne of interdisciplinarity, of indisciplinarity even,
cessons de défendre. D’autre part, tout en fa- which we never cease to defend. On the
vorisant des projets inédits, New Settings a other hand, while promoting new projects,
aussi le souci de l’histoire qui, seul, permet New Settings is also concerned with history,
de mettre la création contemporaine en pers- the only possible means of putting contem-
pective. En témoigne le soutien à la reprise porary creation in perspective. This is evi-
de spectacles de Merce Cunningham, Daniel denced by the return of pieces by Merce
Larrieu ou La Ribot. Gageons que, parmi les Cunningham, Daniel Larrieu and La Ribot.
artistes les plus jeunes de la sélection, se Let’s bank on the youngest artists featuring
trouvent les références de demain. the references of tomorrow.
Étienne Hatt Étienne Hatt03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page5
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new settings
Daniel Larrieu. « Romance en stuc ».
2019. (Ph. Benjamin Favrat)
PrÉface
Depuis 2011, la Fondation d’entreprise Hermès Fondation accompagne le travail patient de la Other selected works require a long time for
accompagne la création dans le secteur des matière et des sens, pour des résultats exi- their creation, sometimes rooted in a process
arts de la scène à travers New Settings. Au geants et surprenants… of field research, or the fruit of studio expe-
croisement des disciplines, et plus particu- Cette neuvième édition de New Settings té- riments to refine new styles and languages
lièrement en dialogue avec les arts visuels, moigne aussi de la nécessité de la transmis- on stage. This is how the Fondation listens
plastiques et/ou numériques, ce programme sion. Elle intègre ainsi plusieurs propositions to artists in order to offer them the time ne-
a su évoluer afin d’intégrer des spectacles d’artistes majeurs de la création contempo- cessary for the maturation of their work.
buissonniers, créés par des artistes émergents raine, qui sont présentés à Paris cet automne. Accompanying the realization of a show also
ou reconnus. Car si nos gestes nous créent, c’est aussi means placing it in the more global frame-
Permettre la création de propositions sen- grâce à leur transmission qui, ̀a force de pa- work of a process: whether this means sup-
sibles aussi bien aux tumultes de notre tience et de passion, nous place dans un dia- porting a promising young artist, encouraging
monde qu’à la beauté qui nous entoure, logue fructueux entre générations. unexpected creative developments, or conti-
telle est l’ambition de ce programme. La Olivier Fournier nuing to support bold initiatives, the Fonda-
porosité avec des savoir-faire issus des arts Président de la Fondation tion assists patient work on medium and
visuels justifie souvent une attention spé- d’entreprise Hermès meaning, for challenging and startling results.
cifique pour des spectacles qui s’appuient This ninth edition of New Settings also de-
sur des dispositifs particuliers, qui font ——— monstrates the need for transmission. Se-
parfois la part belle à l’innovation technique Since 2011 the Fondation d’entreprise Hermès veral offerings from major artists of contem-
et technologique, tout en donnant une place has been supporting creation in the perfor- porary creation will be presented in Paris
forte à la présence humaine. ming arts sector via New Settings. At the in- this autumn. Because if we are what we do,
D’autres œuvres sélectionnées nécessitent tersection of disciplines, and more particu- if our gestures define us, it is also thanks to
un temps de création long, parfois ancré dans larly in dialogue with the visual, fine and/or their transmission that, by dint of patience
un processus de recherches sur le terrain, ou digital arts, this programme has evolved to and passion, we can find ourselves in a fruit-
alors fruit d’expérimentations en studio pour include ‘buissonnier’ shows (1), created by ful dialogue between generations.
affiner de nouvelles écritures de plateau. C’est emerging and established artists. Olivier Fournier
ainsi que la Fondation est à l’écoute des ar- To allow the creation of works sensitive to President of the Fondation
tistes afin de leur offrir le temps indispensable the turmoil of our world as well as to the d’entreprise Hermès
à la maturation de leur travail. beauty that surrounds us is the ambition of
Accompagner la réalisation d’un spectacle, this programme. Openess to expertise from Translation: Chloé Baker
c’est aussi le replacer dans le cadre plus glo- the visual arts often justifies a specific atten-
bal d’un parcours : qu’il s’agisse de soutenir tion to pieces that rely on particular devices,
un jeune artiste prometteur, d’encourager des sometimes allowing technical and technolo- (1) Buissonier refers to “école buissonière,” which
développements créatifs inattendus, ou en- gical innovation to feature prominently, while means “bush school”, the French term for playing
core d’être fidèle à des démarches fortes, la leaving room for a strong human presence. truant, which is to say stepping out of the box.03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page6
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new settings / festival d’automne à paris
HOmmage
à merce cunnIngHam
Emmanuel Daydé
Le Festival d’Automne à Paris n’a jamais
cessé d’inviter la danse en liberté
de Merce Cunningham. À l’occasion du
centenaire du chorégraphe disparu en
2009, quatre programmes reviennent sur
ses collaborations avec artistes et
compositeurs.
■ « Les limites du corps humain sont nettes, de Morton Feldman, autre compositeur du
mais il existe une autre limite, qui provient de hasard et du temps de la New York School,
notre imagination, disait Merce Cunningham. Rauschenberg enflamme de motifs pointillistes
Voilà pourquoi j’ai toujours préféré parler aux un fond de scène violemment coloré, espace-
musiciens et aux plasticiens plutôt qu’aux dan- temps infini repris sur les collants floutés des
seurs : ils ont tellement plus à dire ! » En rup- six interprètes, qui sautillent « comme les oi-
ture avec la modern dance expressionniste de seaux qui se posent parfois puis reprennent
Martha Graham, où il a été soliste entre 1939 leur vol » – ou, plus concrètement, tels des
et 1945, Merce Cunningham réussit à faire jets de peinture lancés sur la toile. En 1968,
danser le hasard et la vie sur scène, en usant bien qu’ayant cédé la place à son ancien col-
de l’émerveillement de l’aléatoire, en s’affran- laborateur Jasper Johns en tant que conseiller
chissant du régime policier de la narration, en artistique, Rauschenberg signe encore une
dissociant librement la chorégraphie de la mu- fois une crépusculaire scénographie en clair-
sique et de la scénographie et en focalisant obscur pour Winterbranch : sur une musique
toute son attention sur le mouvement. dissonante du minimaliste La Monte Young,
Lorsque, sous l’influence du gai savoir de son les danseurs, en butte à la gravité, ne cessent
ami le musicien John Cage, il crée son premier de chuter et de se relever.
happening en 1954, Cunningham danse tandis
que Cage parle, que David Tudor joue du piano PUZZLE MOUVANT
et que Robert Rauschenberg projette des dia- Profondément marqué par Marcel Duchamp,
positives de ses tableaux. Désormais, toutes « qu’il aurait fallu, s’il n’avait pas existé, que
les pièces à venir de Cunningham seront des quelqu’un d’exactement pareil à lui vive pour
expériences visuelles et sonores réalisées en inventer le monde tel que nous le connais-
collaboration – souvent aveugle – avec des sons et l’éprouvons », Jasper Johns se fait
compositeurs et des plasticiens vivants, tout connaître en réalisant des ready-made faits
particulièrement avec Cage et sa musique à la main. Sorte de manifeste dadaïste conçu
aléatoire ou avec Rauschenberg et Jasper à partir du Grand Verre, son décor pour le bal-
Johns et leur esthétique néo-dadaïste. let Walkaround Time (1968) rend hommage
à la légende moderne de « l’homme le plus
VOLUMINEUSE COMBINE PAINTING intelligent du siècle » – si l’on en croit André
Mêlant des oiseaux empaillés ou des bouteilles Breton. Tandis qu’on entend réciter les notes
de Coca-Cola à des images de presse ou des de travail – peu lisibles – écrites pour la Boîte
lits, Rauschenberg expérimente alors ses mo- verte (1934), pendant verbal de la Mariée
numentales Combines en forme de rébus vi- mise à nu par ses célibataires, même (1915-
suels. Scénographe de la compagnie de 1954 23), Cunningham filtre sa chorégraphie au jeu
à 1964, il imagine pour Minutiae (Menus dé- de la transparence, en assignant aux corps de
tails) en 1954, indépendamment d’une cho- recomposer les formes, à la façon d’un puzzle
régraphie qu’il ne connaît pas, une volumineuse mouvant. Pour Exchange, en 1978, alors que
combine painting qui prend la forme d’un pa- Tudor sonorise les bruits de la ville, Johns crée
ravent autoportant, couvert de bandes dessi- un fond de scène et des costumes urbains,
nées, de vieilles photographies, de morceaux avec des couleurs salies par la pollution de
d’affiches et de coulures de peintures, dans New York, laissant toute la place aux com-
laquelle évoluent les danseurs. En 1958, les plexes variations pensées par Cunningham à
deux hommes créent Summerspace, une partir de soixante-quatre gammes de mouve-
pièce ironiquement lyrique et hasardeuse,
jouée aux dés en ce qui concerne l’ordre et Merce Cunningham. « RainForest ». 1968.
la vitesse des trajectoires. Sur une musique (CCN - Ballet de Lorraine, Ph. Laurent Philippe)03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page7
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new settings / festival d’automne à paris
ments tirés au sort. Bien que non crédité, les ballons Mylar de son installation Silver Johns a depuis longtemps quitté la compa-
Johns était intervenu aussi dans RainForest, Clouds, montrée chez Leo Castelli en 1966. gnie lorsqu’en 1997 Cunningham décide de
(1968) en coupant au rasoir les costumes cou- L’environnement changeant, aléatoire et insta- s’associer à la styliste Rei Kawakubo, créa-
leur chair des danseurs afin de leur donner une ble des Nuages de Warhol, en forme d’oreil- trice antifashion de vêtements androgynes,
apparence rugueuse. Désirant évoquer ses lers remplis d’un mélange d’oxygène et qui réfutent toute idée d’élégance ou de fé-
souvenirs d’enfance dans les forêts tempérées hélium qui lévitent autour des danseurs, réin- minité, pour la marque Comme des Garçons.
humides de la péninsule Olympique, à l’ex- terprète la musique électronique de Tudor de Pour Scenario, la Japonaise conçoit le décor,
trême nord-ouest des États-Unis, Cunningham la même façon que les déplacements sur la lumière et toute une série de costumes à
avait demandé à Warhol l’autorisation d’utiliser scène des corps de chair et de sang. carreaux difformes, aux allures de « parkas03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page8
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new settings / festival d’automne à paris
chaudes et encombrantes », inspirés de sa
collection Body Meets Dress, Dress Meets
Tribute to Merce When, under the influence of his friend mu-
sician John Cage’s joyful wisdom, he created
Body, qui modifient la silhouette et contrai-
gnent les mouvements des danseurs. Dou-
Cunningham his first happening in 1954, Cunningham
danced while Cage spoke, David Tudor
blant son geste grâce au logiciel DanceForms, played the piano and Robert Rauschenberg
qui lui permet de modéliser des mouve- projected slides of his paintings. From then
ments de danse pour les agencer ensuite les on, all of Cunningham’s works would be vi-
uns aux autres, le chorégraphe intègre à sa sually and acoustically collaborative – often
composition initiale une série de duos et trios blind – with live composers and visual ar-
qui se démultiplient ensuite en quatuors, tists, especially Cage and his random music
quintettes ou sextuors. Avec Pond Way en The Festival d’Automne à Paris has never and Rauschenberg and Jasper Johns and
1998, Ie « vieil enfant » trouve la voie du Tao ceased to invite Merce Cunningham’s their neo-Dadaist aesthetics.
en délivrant l’une de ses ultimes études mé- free dance. To mark the occasion of the
ditatives tirées de sa jeunesse – lorsque, centenary of the choreographer, VOLUMINOUS COMBINE PAINTING
petit garçon, il lançait des pierres sur l’eau who died in 2009, four programmes return Mixing stuffed birds and Coca-Cola bottles
pour faire des ricochets. Devant un célèbre to his collaborations with artists and with press images and beds, Rauschenberg
tableau à points de Roy Lichtenstein, sur composers. was at the time experimenting with his mo-
l’ambient music électronique de Brian Eno – numental Combines in the form of visual
chargé d’orchestrer le saut de « grenouilles ——— puns. Set designer of the company from
posées sur des flaques d’eau » –, treize dan- “The limits of the human body are clear, 1954 to 1964, he imagined for Minutiae in
seurs vêtus de sarouels blancs effectuent la but there’s another limit, which comes from 1954, independently of a choreography he
« danse de l’étang » en s’abandonnant à une our imagination,” said Merce Cunningham. had yet to see, a sizeable combination pain-
fluidité éthérée, entre suspension et immo- “That’s why I’ve always preferred to talk to ting, which took the form of a freestanding
bilité. Utilisant le corps très loin dans ses pos- musicians and visual artists rather than dan- screen covered with comic strips, old photo-
sibilités, y compris dans ses rapports à cers. They have so much more to say!” graphs, sections of posters and paint drips,
l’intelligence, Merce Cunningham ne pourra Breaking away from Martha Graham’s ex- in front of which the dancers were to per-
certes plus traverser la scène avec son corps pressionist modern dance, having been a form. The two men created Summerspace in
rigide et perclus d’arthrite. Mais la beauté dé- soloist with her between 1939 and 1945, 1958, an ironically lyrical and risky play,
pourvue de raisons d’exister de ses ballets Merce Cunningham succeeded in making played with dice which decided the order
perdure, tels « des instants fugitifs où l’on se life and happenstance dance on stage, using and speed of trajectories on the stage. To
sent vivant ». ■ the delightfulness of randomness, unshack- music by Morton Feldman, another compo-
ling himself from the policing regime of nar- ser of chance from the time of the New York
Emmanuel Daydé est critique d’art, musical et dramatique, ration, freely dissociating choreography from School, Rauschenberg enflamed a violently
et commissaire d’exposition. Il a été co-commissaire du music and scenography, and focusing all his coloured backdrop with pointillist patterns,
pavillon de Madagascar à la Biennale de Venise 2019. attention on movement. infinite space-time taken up on the blurred03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page9
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new settings / festival d’automne à paris
Ci-dessus /above: Merce Cunningham. by assigning bodies to recompose shapes, chequered costumes resembling “hot, cum-
« Pond Way ». 1998. (Ph. Filip Van Roe) like a moving puzzle. For Exchange, in 1978, bersome parkas”, inspired by her Body Meets
Page de gauche /left: Merce Cunningham. when Tudor played on the sounds of the city, Dress, Dress Meets Body collection, which
« Summerspace ». 1958. (Ph. Michel Cavalca) Johns created a backdrop and urban cos- modified the figures and constrained the mo-
tumes, with colours sullied by the pollution vements of the dancers. Doubling the gesture
tights of the six performers, who jumped of New York, leaving plenty of room for Cun- with the software DanceForms, which allo-
“like birds that sometimes land before taking ningham’s complex variations from sixty- wed him to model dance movements and
off again”– or, more concretely, like paint four ranges of movement selected at then arrange them with one other, the choreo-
thrown on the canvas. In 1968, having given random. Although uncredited, Johns had grapher integrated into his initial composition
way to his former collaborator Jasper Johns also intervened in 1968 in RainForest, cutting a series of duets and trios, which were then
as artistic advisor, Rauschenberg once again with a razor blade the flesh-coloured cos- multiplied into quartets, quintets and sextets.
directed a twilight scene in chiaroscuro for tumes of the dancers to give them a rough With Pond Way in 1998, the “old child” found
Winterbranch: on a dissonant music by the appearance. Wishing to conjure up childhood the way of the Tao by delivering one of his ul-
minimalist La Monte Young, the dancers, in memories in the temperate rainforests of the timate meditative studies of his youth –
the face of gravity, keep falling and getting Olympic Peninsula in the extreme northwes- when, as a boy, he skimmed stones on water.
up. tern United States, Cunningham asked Wa- In front of Roy Lichtenstein’s famous dotted
rhol for permission to use the Mylar balloons painting, to Brian Eno’s electronic ambient
MOVING PUZZLE from his Silver Clouds installation, shown at music – charged with orchestrating the jum-
Deeply marked by Marcel Duchamp, about the Leo Castelli Gallery in 1966. The changing, ping of “frogs into puddles” – thirteen dan-
whom he said, “if he hadn’t existed, so- random, unstable environment of Warhol’s cers dressed in white harem pants performed
meone exactly like him would have had to clouds, shaped like pillows and filled with a the “pond dance”, abandoning themselves to
live in order to invent the world as we know mixture of oxygen and helium levitated an ethereal fluidity, between suspension and
it and experience it,” Jasper Johns made around the dancers, reinterpreting Tudor’s immobility. Pushing the body to its limits, in-
his name by making handmade ready- electronic music in the same way as the flesh cluding in its relationship to intelligence,
mades. A kind of dadaist manifesto inspired and blood bodies moving on stage. Merce Cunningham may no longer be able to
by Duchamp’s The Big Glass, his decor for cross the stage with his rigid body crippled
the ballet Walkaround Time (1968) pays tri- POND DANCE by arthritis, but the beauty deprived of rea-
bute to the modern legend of “the most in- Johns had long before left the company sons for existing of his ballets goes on, like
telligent man of the century”, according to when in 1997 Cunningham decided to work those “fleeting moments where you feel
André Breton. While we hear recited the with stylist Rei Kawakubo, an anti-fashion alive”.■
work notes – not very legible – written for designer of androgynous clothing for the Translation: Chloé Baker
the Green Box (1934), the verbal side of The brand Comme des Garçons, who refuted any
Bride Stripped Bare by Her Bachelors, Even idea of elegance or femininity. For Scenario, Emmanuel Daydé is an art, music and theatre critic
(1915-23), Cunningham filtered his choreo- the Japanese woman designed the set, the and curator. He is co-curator of the Madagascar pavi-
graphy with an interplay of transparency, lighting and a whole series of misshapen lion at the 2019 Venice Biennale.03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page10
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new settings / théâtre de la cité internationale
DanIel larrIeu
Chiquenaudes & Romance en stuc
Mathilde Bardou03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page11
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new settings / théâtre de la cité internationale
Figure majeure de la ■ Créé à ciel ouvert, dans les jardins du Palais-
nouvelle danse française, Daniel Larrieu Royal où le jeune Daniel Larrieu avait pour ha-
réactive deux pièces de jeunesse : bitude de répéter, Chiquenaudes est un trio si-
Chiquenaudes (1982), qui l’a révélé, et lencieux de neuf minutes composé de gestes
Romance en stuc (1985). Son audace brefs et abstraits qui donnent aux corps un vo-
et son inventivité tissent un lien cabulaire précis et une allure espiègle. La
avec une nouvelle génération pièce impose un silence auquel le choré-
de danseurs. graphe tient beaucoup. Donner lieu à des es-
paces qui ne sont pas comblés d’artifices –
tant nous en sommes saturés –, laissant voir
la vérité de l’être qui est sous nos yeux : souf-
fle, rythme des corps, choralité. Lorsque les
trois danseurs sortent de scène, ce silence
est rompu par la bande sonore originale de
Romance en stuc (signée Ève Couturier et
Jean-Jacques Palix), ouvrant la voie à un
chœur antique dont la gestuelle concise et les
figures statuaires rappellent les iconographies
grecque et égyptienne.
PUDEUR CÉLESTE
Les danseurs, coiffés de perruques colorées
et habillés de collants transparents, de tee-
shirts près du corps ou noués à la taille, for-
ment un ensemble tout à fait étonnant, em-
preint à la fois de gravité et de drôlerie.
Prenant appui sur des textes d’Empédocle
évoquant la nature et sur le roman Spirite
(1865) de Théophile Gautier (qui a servi de
base au ballet romantique Giselle d’Adolphe
Adam), Romance en stuc met en scène un
couple que le destin sépare. L’amante, en robe
de soie, éloignée par la mort, avoue son amour
à un homme, immobile, et dont la présence ir-
radie, qui ne l’a jamais regardée. « Mon état
de pur esprit, d’être impalpable, me permet
maintenant de vous dire ces choses, que ca-
cherait peut-être une fille de la Terre. Mais l’im-
maculée blancheur d’une âme ne saurait rou-
gir. La pudeur céleste avoue l’amour (1). » Cet
extrait splendide est l’une des rares voix intel-
ligibles en son entier, car la bande sonore mêle
sans cesse les textes, de sorte que certains
mots seulement sortent du tumulte, rendant
au ballet le sens qui lui est propre : celui du
corps, de la forme initiée par la danse.
Nous entrons alors dans l’univers de Larrieu,
à la fois tel qu’il l’a créé dans les années 1980
et renouvelé par le travail de transmission
qu’il a accompli avec les jeunes danseurs.
Romance en stuc est très difficile à danser,
tant les gestes sont affutés, en torsions et en
choralité. Le chorégraphe constate de surcroît
que le corps des danseurs n’est plus le même
que celui d’il y a trente ans ; moins vertical et
moins enclin à travailler une écriture, un geste
formel. Le chœur, par exemple, impose une
rigueur que les jeunes danseurs ne pratiquent
plus beaucoup. La réactivation a fait l’objet
d’un travail de reprise mais aussi d’une passa-
tion de l’équipe d’origine (les danseurs Sara
Lindon, Laurence Rondoni, Dominique Brunet,
Daniel Larrieu. « Romance en stuc ». 2019.
(Ph. Benjamin Favrat)03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page12
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Ci-dessus /above: Daniel Larrieu. beauté rares, jouent sur les superpositions et et la voix enregistrée de l’amante : « Il faut
« Chiquenaudes ». 2019. (Ph. Benjamin Favrat) les transparences. Notons que l’économie ac- d’abord que vous connaissiez l’être indéfinis-
Page de droite /right: Daniel Larrieu. tuelle du spectacle vivant rend tout à fait ex- sable pour vous qui s’est glissé dans votre
« Chiquenaudes ». 1982. (Ph. Quentin Bertoux) ceptionnelle l’occasion, pour l’artiste, de existence. Quelle que soit votre pénétration,
réaliser de tels costumes sur mesure. Le trou- vous ne pourriez parvenir à démêler sa vérita-
Didier Chauvin, Bertrand Lombard notamment) ble suscité par les costumes est cependant ble nature… (1) »
à la nouvelle, afin que la transmission s’enri- une condition essentielle à l’œuvre. Pour autant, la danse n’est pas ici issue de la
chisse d’expériences et de souvenirs divers, pensée. Elle vient du corps et pointe plutôt
passe par d’autres voies que celle du choré- INTIMITÉ en sa direction. En cela, la pièce renoue avec
graphe. C’est en particulier le cas pour le rôle Dans Romance en stuc, on ne distingue par- l’expression du romantisme tel qu’il semble
personnifié du destin séparant les deux fois plus si les danseurs du chœur sont des avoir aujourd’hui disparu, et l’on s’aperçoit
amants, dont les mouvements sont inspirés hommes ou des femmes. Quant à l’amant, il alors des bienfaits dont elle est porteuse, dans
des arts martiaux. C’est, selon Larrieu, un tra- laisse révéler, sous son costume, la robe de un monde où l’identité et le rapport à l’autre
vail de mémoire mais aussi de création, que soie qu’il porte à même la peau. Ces créa- se parent des masques les plus attractifs. En
de reprendre ces pièces en prenant garde à tures vivantes ne sont pas définissables, elles cela, et parce que les onze jeunes danseurs
toutes les strates qui les composent. donnent à voir l’identité intime des êtres. Telle sont aujourd’hui garants de sa mémoire, la
Inspirée du cloître des Célestins d’Avignon, la jeune fille qui n’avoue son amour qu’une réactivation de Romance en stuc est salutaire.
où le spectacle fut créé, la scénographie re- fois séparée des vivants, mais n’ayant pas « Ce monde invisible, dont le réel est le voile,
prend au sol, par des marquages de couleur encore tout à fait disparue, c’est dans les es- a ses pièges et ses abîmes. Mais vous n’y
verte, la place qu’occupaient alors les arches paces d’entre-deux, savamment tracés par tomberez pas (1). » ■
du cloître sur la scène. Les pans verticaux aux la danse, que se situe la pièce. « Si, au-
formes géométriques qui habillaient le plateau jourd’hui, le corps de l’autre est accessible (1) Théophile Gautier, Spirite, 1865.
sont aujourd’hui de velours sobre. Les cos- plus facilement qu’avant, il est plus difficile
tumes, fidèles à l’origine, dont les perruques d’accéder à l’intimité de sa personne », cons- Mathilde Bardou est metteur en scène et comédienne.
en mousse de polyuréthane, les robes de tate Larrieu. Romance en stuc ouvre un es-
soie, les collants, les tee-shirts, les peintures pace qui accède à cette « intimité » impalpable, Daniel Larrieu est né en /was born in 1957.
corporelles sont d’une richesse et d’une comme l’exprime le solo adressé par le corps Il vit à /He lives in Paris.03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page13
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lovers, whose movements are directly inspi-
red by the martial arts. It is according to Lar-
rieu a work of memory, but also of creation,
that of taking these pieces in hand again, ta-
king into account all the layers that compose
them. Inspired by the Cloître des Célestins
in Avignon, the cloisters where the show
was created, the scenography resumes on
the floor, with green markings, the place
then occupied by the arches of the cloisters
on the stage. The vertical sections of geome-
tric shapes that adorned the stage are now
sober velvet. The costumes, faithful to the
original ones, including polyurethane foam
wigs, silk dresses, tights, T-shirts, body paint,
are of a rare richness and beauty, playing on
layers and transparencies. It should be noted
that the current economy of live performance
makes it quite exceptional for the artist to
create such custom-made costumes. The di-
sorder caused by the costumes is however
Daniel Larrieu an essential element of the work.
Chiquenaudes & Romance en stuc INTIMACY
In Romance en stuc, we sometimes can’t dis-
tinguish whether the dancers of the chorus
are men or women. As for the lover, she al-
Major figure of “Nouvelle danse française”, confesses her love to a man, immobile, lows glimpses, beneath her costume, of the
Daniel Larrieu is reviving two pieces from whose presence radiates and who never silk dress she is also wearing. These living
his youth: Chiquenaudes (1982), which looks at her. “My state of pure spirit, of im- creatures aren’t definable, they reveal the
launched him, and Romance en stuc (1985). palpable being, now allows me to tell you private identity of beings. Like the young girl
His boldness and inventiveness connect these things, which perhaps a girl from Earth who confesses her love only once separated
with a new generation of dancers. would hide. But the immaculate purity of a from the living, but not yet completely pas-
soul cannot blush. Celestial modesty sed away, it is in the in-between spaces, skill-
——— confesses love (1).” This splendid excerpt is fully traced by the dance, that the piece is
Created in the open air, in the gardens of the one of the few intelligible voices among located. “If today the body of the other is ac-
Palais Royal in Paris where the young Daniel them all, because the soundtrack constantly cessible more easily than before, it is more
Larrieu used to rehearse, Chiquenaudes mixes the texts, so that only certain words difficult to access the intimacy of their per-
[Flicks or snaps of the fingers] is a silent nine- emerge from the tumult, giving to the ballet son,” says Larrieu. Romance en stuc opens
minute trio piece composed of brief abstract the meaning that is its own: that of the body, up a space that accesses this “intimacy”, im-
gestures that give the body a precise voca- of the form initiated by the dance. palpable, as expressed by the solo addressed
bulary and an air of mischief. The piece im- by the body and the recorded voice of the
poses silence, which the choreographer is REVIVAL lover: “You must first know the ineffable
very fond of, in order to allow room for We then enter the world of Larrieu, both as being who has slipped into your existence.
spaces that aren’t filled with artifice – which he created it in the 1980s and renewed by Whatever your penetration, you cannot ma-
we are so saturated with – revealing the the transmission work he has carried out nage to unravel their true nature... (1)” For
truth of the being before our eyes: breath, with young dancers. Romance en stuc is all that, dance isn’t the result of thought
rhythm of bodies, the choral. When the three very difficult to dance, the gestures are so here. It comes from the body and rather
dancers leave the stage, this silence is bro- honed, in torsions and chorally. The choreo- points in its direction. In this the piece re-
ken by the original soundtrack of Romance grapher furthermore notes that dancers’ bo- vives the expression of romanticism as it
en stuc [Romance in Stucco] composed by dies are no longer the same as thirty years seems to have now disappeared, and we
Ève Couturier and Jean-Jacques Palix, ope- ago; less vertical and less inclined to forge thus see the benefits it brings, in a world
ning the way for a chorus from antiquity, a language, a formal gesture. The chorus, where identity and one’s relationship to the
whose concise gestures and statuary figures for example, imposes a rigour that young other is adorned with the most attractive
recall Greek and Egyptian iconography. The dancers no longer practise.The revival ne- masks. In this, and because the eleven young
dancers, wearing colourful wigs, dressed in cessitated a work of recovery but also a han- dancers are now guarantors of its memory,
transparent tights and tight-fitting T-shirts dover of the original via the original team the revival of Romance en stuc is salutary.
knotted at the waist, form an utterly surpri- (notably the dancers Sara Lindon, Laurence “This invisible world, of which reality is the
sing ensemble, imbued with both gravity and Rondoni, Dominique Brunet, Didier Chauvin veil, has its traps, and its abysses. But you
humour. Based on Empedocles’ texts evo- and Bertrand Lombard) to the new, so that shan’t fall into them (1).”■
king nature and Théophile Gautier’s novel the transmission was enriched by various Translation: Chloé Baker
Spirite (1865) (which served as the basis for experiences and memories, passed on
the romantic ballet Giselle), Romance en stuc through other ways than that of the choreo- (1) Théophile Gautier, Spirite, 1865.
portrays a couple separated by destiny. The grapher. This is particularly the case for the
lover, in a silk dress, distanced by death, role personifying destiny, separating the two Mathilde Bardou is a theatre director and actress.03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page14
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la rIbOT
Panoramix
Laurent Goumarre
Anthologie créée en 2003 de pièces pour qu’il puisse se promener, décider de re-
de La Ribot, Panoramix est remis garder ou pas l’exposition des choses qui s’y
en scène mais aussi en jeu. D’une durée passent, je dois aussi lui donner le temps de
de trois heures, le spectacle affirme la le faire. Ce qui veut dire que, pour moi, cet es-
démesure de la danseuse, chorégraphe pace de travail commun est aussi une durée,
et performeuse espagnole. et vice versa, un espace-temps adéquat pour,
maintenant, construire ma présence, et puis
■ Il faut refaire l’histoire : Panoramix ? L’aligne- déconstruire pour continuer. Et ça n’a rien à
ment de trente-quatre Pièces distinguées, voir avec un temps théâtral, parce qu’on sait
créées entre 1993 et 2000 par La Ribot. On tous que la représentation a quelque chose à
récapitule : voir avec l’idée d’une fin. Moi, je propose ici
— 1993 : début d’une série de solos, soit 13 un environnement, un temps ; au spectateur
Piezas distinguidas, l’occasion pour l’artiste ma- de décider s’il fait l’expérience de cette pré-
drilène de se présenter selon un double code sentation ou n’en fait qu’une représentation. »
théâtral et pictural : treize autoportraits de
soixante-dix secondes à sept minutes, des MESURER LE CORPS ET L’ESPACE
poèmes haïkus en mouvement : une idée, un Panoramix est l’histoire de cette lente dépo-
geste, une pièce. À cette époque, La Ribot sition sur le plateau, une rétrospective de
construit son personnage pittoresque et bur- pièces qui ne se veut pas chronologique,
lesque : un corps nu debout, comme une toile mais libre comme une association d’idées.
de chevalet/support plastique. Car, au fond, qu’est-ce qu’elle fait La Ribot
— 1997 : création de treize nouvelles partitions quand, nue, elle fend la foule des specta-
qui, regroupées sous le titre Más distinguidas, teurs, s’emboîte dans une chaise ou étale sur
s’emploient à redéfinir l’espace de jeu : l’hori- le plateau une flaque d’objets, si ce n’est
zontalité. s’aménager un espace où pouvoir ensuite se
— 2000 : huit autres pièces, Still Distinguished, coucher et prendre la mesure de son corps ?
pour un espace désormais public, sans salle ni C’est pour moi tout l’enjeu de ce Panoramix
scène, bref, un environnement antithéâtral, que La Ribot réactive cette année. Et deux
une chorégraphie de la déambulation. La Ribot des Pièces distinguées de cette anthologie
s’étale doucement au sol au milieu de ses ob- pourraient bien en définir les enjeux :
jets et au pied des spectateurs. Aux quelques — Capricho mío (1994) : La Ribot mesure
secondes des pièces/gestes/idées des dé- avec un mètre n’importe quelle partie – ou
buts, elle substitue des dépositions qui excé- distance entre différents points – de son
dent les dix minutes : des couchers travaillés corps, dans les poses les plus improbables.
jusqu’à l’immobilité maintenue, au point que Puis, elle enroule son mètre, désigne une
le spectateur pose son regard ailleurs, oublie dernière fois les parties de son anatomie
ce corps déceptif qui n’attend plus qu’on le re- mesurée et conclut ironiquement : « Quatre-
garde. « C’est comme mettre en jeu une idée vingt-dix/soixante/quatre-vingt-dix », soit les
de la démocratie, parce que tout, depuis les mensurations « idéales » du corps féminin fé-
objets trouvés là, utilisés puis abandonnés, tichisé. La disproportion dessine alors un
jusqu’aux écrans vidéo, en passant par le corps burlesque parce que démesuré.
spectateur, le son des baffles, moi-même, — Candida Iluminaris (2000) : La Ribot, cette
tout est pareillement dispersé au sol, sans
principe organisateur. Alors l’espace n’est plus La Ribot. « Panoramix ». 1993-2003. « Pièce
qu’une surface, sans fin, et c’est cela la condi- distinguée n°8 Capricho mío ». Propriétaire distingué
tion qui rend possible de penser en termes de Bernardo Laniado Romero. Série « 13 Piezas
présentation et non de représentation. Il me distinguidas ». (Tate Modern, Londres, 2003,
semble que, si je donne au public un espace Ph. Manuel Vason)03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page15
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fois, dispose sur scène, à intervalle régulier, tion. L’installation de ce corps aligné prend sans que rien ne soit jamais gagné. C’est
des objets, des trucs de rien, sans valeur dès lors la mesure de l’espace. peut-être pour moi la pièce la plus vulnérable
marchande, avec valeur sentimentale peut- L’histoire de Panoramix est dans ce double rap- qui soit, quand La Ribot abandonne derrière
être, comme une barrette, une poupée, les port au monde : l’exposition d’un corps « im- elle ses objets et effets personnels pour se re-
Lego de son fils, les escarpins verts que sa mesurable » et sa déposition « démesurée » trouver nue, couchée, au milieu d’une cen-
mère lui avait offerts pour le mariage de son pour en arriver à cette conclusion : La Ribot taine d’inconnus. À la regarder respirer à
frère, une tresse de ses cheveux… Elle dis- « dépasse les bornes ». quelques mètres de soi, on comprend qu’il
tribue les indices de ses histoires person- Mais de quel acte s’agit-il ? Celui d’être au suffit d’un rien pour que sa place soit mena-
nelles, dont la fonction essentielle est de la monde dans la mesure. Et ça se construit sur cée. Ce qui ne manque pas de se produire car
rattacher au sol en tissant un lien affectif le mode de la fragmentation : fragmenter le il arrive que des objets disparaissent, qu’un
entre elle et le plateau. Comme un rituel plus possible, en ménageant des espaces entre spectateur se découvre fétichiste et glisse
pour pouvoir, elle-même, enfin se déposer. chacun des objets. Il ne s’agit pas de recouvrir dans sa poche un petit truc qui a été semé.
Une fois que tous ces trucs ont bien été dis- le plateau, mais de « s’espacer », de « gagner L’histoire de cette Pièce distinguée passe par
tribués du plus petit au plus grand, et à cette de l’espace » pour mieux trouver sa place. là : la disparition un jour d’une poupée, le vol
seule condition, La Ribot y va finalement de Candida Iluminaris prend toute la « mesure » de la tresse de cheveux… Parce que rien n’est
son corps allongé et fait acte de sa déposi- de cette place faite au corps de la femme jamais fixé, tout peut disparaître.03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page16
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Alors, en lieu et place de l’objet manquant,
La Ribot dépose un morceau de carton sur le- La Ribot — 2000: eight other pieces, Still Distinguished,
for a space now public, neither venue nor
quel elle a écrit le nom de la chose volée/dis-
parue, le lieu du crime, la date. Je me souviens
Panoramix stage, in short, an anti-theatrical environment,
a wandering choreography. La Ribot slowly
de Panoramix en 2003 : quelques bouts de car- lies down in the middle of her objects and at
ton marquaient doucement la disparition d’ob- An anthology created in 2003 from the feet of the spectators. The initial few se-
jets, sans ostentation, juste des petits mots pieces by La Ribot, Panoramix conds of pieces/gestures/ideas, she replaces
pour signaler que, là, avant, il y avait quelque is a re-staging, but also a bringing-back with depositions that exceed ten minutes:
chose, que cette chose a été ravie, que cela into-play. With a duration of three hours, lying down until immobility is maintained
pourrait bien arriver à chacun des autres objets, the show affirms the excessiveness to the point that the viewer looks elsewhere,
qu’un jour viendra où, peut-être, tout aura dis- of the Spanish dancer, choreographer forgetting the deceptive body no longing ex-
paru. Et que ce jour-là, La Ribot n’alignera plus and performer. pecting to be watched. “It’s like putting into
que des morceaux de carton. Aura-t-elle en- play an idea of democracy, because everything
core la force, ce jour-là de déposer son corps ? ——— from objects found there, used and abando-
En 2019, combien d’objets lui restent-ils ? ■ We need to retrace the history: Panoramix? ned, to video screens, through the viewer,
The alignment of thirty-four Pièces Distin- the sound of speakers, myself, everything is
Laurent Goumarre est journaliste et critique, producteur guées [Distinguished Pieces] created bet- similarly scattered on the ground, without
du Nouveau rendez-vous sur France Inter. Il a été conseil- ween 1993 and 2000 by La Ribot. Let’s recap: an organizing principle.Then space is only a
ler artistique du festival Montpellier Danse, puis adjoint à — 1993: beginning of a series of solos, 13 surface, endless, which is the condition that
la programmation de la Biennale internationale de la Piezas Distinguishedidas, the opportunity for makes it possible to think in terms of pre-
danse de Lyon. Artiste, il est représenté par la galerie the Madrilenian artist to present herself ac- sentation and not of representation. It seems
Alain Gutharc, Paris. cording to a dual theatrical and pictorial to me that if I give the public a space to walk
code: thirteen self-portraits from seventy se- around, decide whether or not to watch the
La Ribot est née en /was born in 1962. Elle vit conds to seven minutes, haiku poems in mo- exhibition of things happening there, I must
à Genève /She lives in Geneva. vement: an idea, a gesture, a piece. also give them time to do so. Which means
This was when La Ribot constructed her that, for me, this common work space is also
La Ribot. « Panoramix ». 1993-2003. picturesque, burlesque character: a naked a duration, and vice versa, a space/time ade-
Ci-dessous /below: « Pièce distinguée 22 Oh!, body standing, like a canvas on an easel/plas- quate for building my presence at one point,
Compositione Más distinguidas », 1997. tic support. and then deconstructing it to move on. And
Page de droite/right: « Candida Iluminaris, —1997: creation of thirteen new scores which, it has nothing to do with theatrical time, be-
Still Distinguished », 2000. (Mercat de les Flors, grouped under the title Más distinguidas, were cause we all know that representation has
Barcelone, 2019, Ph. Alfred Mauve) used to redefine the play area: horizontality. something to do with the idea of an end. I03-21 - new Settings - AP 470.qxp_Mise en page 1 09/09/2019 11:01 Page17
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propose here an environment, a time; it’s up mother had given her for her brother’s wed- her place to be threatened. This doesn’t fail
to the viewer to decide whether they are ex- ding, a braid of her hair... She distributes to happen, because it happens that objects
periencing this presentation or merely making the clues to her personal stories, the essential disappear, a spectator discovers themselves
of it a representation.” function of which is to connect her to the a fetishist and slips into their pocket a little
Panoramix is the story of this slow deposi- floor by weaving an emotional bond between object that has been sown. The story of this
tion on the set, a retrospective of pieces that her and the performance space. Like a ritual Distinguished Piece lies there: the disappea-
isn’t meant to be chronological, but free as to be able, finally, to place herself. Once all rance one day of a doll, the flight of the braid
an association of ideas. Because, basically, this stuff, from the smallest to the largest, has of hair... Because nothing is ever fixed, eve-
what does La Ribot do when, naked, she di- been distributed, and only then, does La Ribot rything can disappear.Then, in place of the
vides the crowd of spectators, fits into a chair finally go there with her body prone and make missing object, La Ribot lays a piece of card-
or spreads on the floor a puddle of objects, if a statement of her deposition. The installation board on which she writes the name of the
it isn’t to create a space where she can then of this aligned body therefore takes the mea- stolen/disappeared thing, the place of the
lie down and take the measure of her body? sure of the space. The story of Panoramix is crime, the date. I remember Panoramix in
This for me is what is at play in the Panoramix in this double relation to the world: the ex- 2003: some pieces of cardboard gently mar-
that La Ribot is reviving this year. And two of posure of an “immeasurable” body and its ked the disappearance of objects, without
the Distinguished Pieces of this anthology “excessive” deposition to reach this conclu- ostentation, just little notes to indicate that
could well define the issues at stake: sion: La Ribot “goes beyond the limits”. there, before, there was something, that that
— Capricho Mío (1994): La Ribot measures But what act is it?That of being in the world in thing was stolen, that it could happen to each
with a measuring tape any part – or distance a measured fashion. And it is built on the of the other objects, that a day will come
between different points – of her body, in the mode of fragmentation: to fragment as much when, perhaps, everything will be gone. And
most improbable poses. Then she rolls up as possible, leaving spaces between objects. that day, La Ribot will just align pieces of
her tape, points to the parts of her measured It isn’t a matter of covering the stage, but to cardboard. Will she still have the strength to
anatomy for the last time, and ironically “space”,“gain space” to better find one’s place. lay down her body that day? In 2019, how
concludes: “Ninety/sixty/ninety”, the “ideal” Candida Iluminaris takes the whole “mea- many objects does she have left? ■
measurements of the fetishized female body. sure” of this place made for the body of wo- Translation: Chloé Baker
The disproportion thus draws a burlesque men without anything ever being gained.
body because it doesn’t fit the measurements. This is perhaps for me the most vulnerable Laurent Goumarre is a journalist and critic, producer of
— Candida Iluminaris (2000): La Ribot, this piece, when La Ribot leaves behind her ob- radio programme Le Nouveau Rendez-vous on France
time, arranges on stage, at regular intervals, jects and belongings, to find herself naked, Inter. He was artistic advisor of the festival Montpellier
objects, little nothings, without market value, lying in the middle of a hundred strangers. Danse, then assistant to the programming of the Bien-
with sentimental value perhaps, like a hairclip, Watching her breathe a few metres away, we nale Internationale de la Danse de Lyon. An artist, he is
a doll, her son’s Lego, the green shoes her understand that it wouldn’t take much for represented by the gallery Alain Gutharc, Paris.Vous pouvez aussi lire