DEP : la vigilance s'impose - La Terre de chez nous

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DEP : la vigilance s'impose - La Terre de chez nous
V o l . 86, n o 2 – 14 au 20 janvier 2 015 – w w w . l a t e r r e . c a – U n c a h i e r – 3 2 p a g e s – 2,25 $

   DEP : la vigilance s’impose
   À LIRE EN PAGE 12

                                                                                                                                                                                                   ARCHIVES/TCN

                                                                                                                                La CPTAQ
                                       La fin des étables                                                                       dans la mire
                                       entravées?                                                                               des politiciens
                                                                                                            MARTIN MÉNARD/TCN

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                                                                                                                                                          02

                                                                                      Partenaire officiel

        CONCOURS CHEZ SOI
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                                                                                                                                                          Messageries Dynamiques

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                                                                                                                                                                                                      7
DEP : la vigilance s'impose - La Terre de chez nous
PAGE 2      LA TERRE DE CHEZ NOUS, 14 janvier 2015

ZONAGE AGRICOLE

« Il ne faut pas laisser la conjoncture
nous éloigner des valeurs fondamentales »
                                                                                                                                                               – PIERRE PARADIS

                                                                                                                                                         qualifient d’aberrantes, je leur dis de me
                                                                                                                                                         les apporter sur mon bureau. Et pour
            JEAN-CHARLES GAGNÉ                                                                                                                           l’heure, je suis toujours en attente. »
            jcgagne@laterre.ca
                                                                                                                                                           Sans s’étendre sur le sujet, M. Paradis
                                                                                                                                                         a évoqué que la pression du monde
  Pierre Paradis, ministre québécois                                                                                                                     municipal est peut-être plus forte dans
de l’Agriculture et député libéral, a                                                                                                                    la conjoncture où les villes et villages
refusé d’émettre quelque commentaire                                                                                                                     viennent de subir une compression de
que ce soit sur le document soumis à                                                                                                                     300 M$ en vertu du pacte fiscal tem-
la Commission de l’agriculture, des                                                                                                                      poraire conclu avec Québec. « Chose
pêcheries, de l’énergie et des ressources                                                                                                                certaine, il ne faut pas laisser la
naturelles (CAPERN) par des députés                                                                                                                      conjoncture nous éloigner des valeurs
de son parti et qui vise à rouvrir la Loi                                                                                                                fondamentales », a-t-il affirmé.
sur la protection du territoire et des acti-                                                                                                               À la CAPERN, on se limite à préci-
vités agricoles. « Je serais alors accusé                                                                                                                ser que les membres travaillent toujours

                                                                                                                                         PASCAL RATTHÉ
de vouloir orienter le travail d’une com-                                                                                                                à l’élaboration d’un rapport découlant
mission parlementaire, a-t-il déclaré à la                                                                                                               de l’exercice réalisé avec la CPTAQ le
Terre, le lundi 5 janvier. Les commis-         Le ministre Paradis a calmer le jeu.                                                                      6 novembre dernier, et qui sera éven-
sions parlementaires sont totalement                                                                                                                     tuellement présenté à l’Assemblée
indépendantes de l’exécutif. »                 reflétait l’orientation du Parti libéral du   relevé les nombreuses plaintes                              nationale. Et que le document évoqué
  M. Paradis a signalé qu’il pourra            Québec.                                       d’élus municipaux à l’égard de                              par la Terre peut faire partie, comme
commenter le rapport que la CAPERN                Les députés libéraux de la CAPERN          décisions de la CPTAQ à leurs yeux                          d’autres éléments, des échanges à cette
déposera éventuellement à l’Assem-             proposent de confier au monde munici-         inacceptables en regard du développe-                       fin. On note que les rapports soumis au
blée nationale. « Lorsque le rapport           pal des fonctions actuellement assumées       ment de leur milieu. Et que les munici-                     Parlement par la CAPERN sont habi-
sera déposé à l’Assemblée nationale,           par la Commission de protection du ter-       palités pourraient prendre des décisions                    tuellement unanimes. Rappelons que la
je vais prendre le temps de l’analyser         ritoire agricole du Québec (CPTAQ).           plus éclairées vu leur connaissance plus                    CAPERN est composée de sept députés
et j’émettrai ensuite des commentaires.        Cela vaudrait pour le morcellement des        approfondie de leur territoire.                             d’affiliation libérale, de quatre membres
Si ce rapport comporte deux ou trois           terres agricoles, pour le dézonage per-         Mis au parfum de ces propos, le                           issus de la formation péquiste et de deux
propositions et qu’il est unanime, je ne       mettant l’agrandissement ou la construc-      ministre Paradis a confié à la Terre,                       députés caquistes.
pourrai pas prétendre, comme ministre          tion d’usines ainsi que pour la remise en     sans prendre ouvertement la défense de                        Par ailleurs, la CAPERN a décidé,
de l’Agriculture, être sourd et aveugle. »     zone verte d’espaces zonés en blanc que       la CPTAQ : « Le frottement entre les                        à sa séance de travail du 4 décembre
  En entrevue, le député de Brome-             leurs propriétaires refusent de vendre        municipalités et la CPTAQ au sujet de la                    dernier, d’aller de l’avant en vue d’ana-
Missisquoi n’a jamais mentionné qu’il          pour la construction d’ouvrages non           gestion de la zone agricole existe depuis                   lyser de son propre chef le phénomène
avait vu ce document. Il n’a jamais            agricoles.                                    1978; ce n’est pas nouveau et c’est                         d’accaparement des terres agricoles au
acquiescé non plus à l’idée que la posi-          Devant la CAPERN, le 6 novembre            normal. Aux députés qui m’abordent au                       Québec. Aucune séance n’a encore été
tion adoptée par ces députés libéraux          dernier, ces députés avaient aussi            sujet de décisions de la CPTAQ qu’ils                       convoquée.

Le Parti québécois tient à la CPTAQ
  Le Parti québécois s’oppose ferme-           cus, a-t-il poursuivi, que nous avons         transfert de pouvoirs de la CPTAQ vers                      La présidente, Marie-Josée Gouin, lui
ment à la volonté manifestée par des           proposé à la Commission sur l’agri-           le monde municipal. Il a toutefois noté                     avait dit « qu’avec des ressources et des
députés libéraux de réduire les mandats        culture, les pêches, l’énergie et les res-    que « les municipalités possèdent déjà                      budgets associés, c’est un mandat que la
de la Commission de protection du terri-       sources naturelles [CAPERN] que la            beaucoup d’outils pas toujours utilisés                     Commission pourrait faire ».
toire agricole (CPTAQ) pour les confier        CPTAQ soit reconnue comme l’orga-             et qui pourraient l’être ».M. Villeneuve                      Nul doute que les recommandations
au monde municipal.                            nisme devant tenir le registre des tran-      fait partie, pour le Parti québécois,                       formulées par les trois formations poli-
  « Au Parti québécois, nous sommes            sactions des terres agricoles au Québec       des membres de la CAPERN.                                   tiques (libéraux, péquistes et caquistes)
convaincus que la CPTAQ est le meil-           afin de mieux circonscrire le phénomène         À ce titre, il a participé à « L’Examen                   présentes à la CAPERN donneront lieu
leur outil pour s’occuper des terres           d’accaparement des terres agricoles. »        des orientations, des activités et                          à des « discussions corsées », a noté
agricoles au Québec », a fait valoir             Ancien maire de la Ville de Lanoraie        de la gestion administrative de la                          le député de Berthier. Ces recomman-
à la Terre le député de Berthier et            et préfet de la municipalité régionale        CPTAQ », le 6 novembre dernier.                             dations seront discutées à partir de la
porte-parole de l’opposition officielle        de comté D’Autray, dans Lanaudière,           Il avait alors soulevé l’hypothèse que                      mi-février 2015 et mèneront à un rap-
André Villeneuve, la semaine dernière.         M. Villeneuve n’a pas voulu commen-           la CPTAQ tienne un registre des tran-                       port qui sera éventuellement déposé à
« Nous en sommes tellement convain-            ter les propositions libérales visant un      sactions des terres agricoles au Québec.                    l’Assemblée nationale. J.-C.G.
DEP : la vigilance s'impose - La Terre de chez nous
LA TERRE DE CHEZ NOUS, 14 janvier 2015              PAGE 3

                                                                                                                                                                                                        ZONAGE AGRICOLE

Pas de plein contrôle aux MRC,
dit la CAQ
JEAN-CHARLES GAGNÉ                             des seuls problèmes de zonage agricole                                                                  qué l’hypothèse de plus de souplesse
                                               soulevés par des députés qui ont une                                                                    pour implanter des usines de transfor-
  La députée caquiste de Mirabel,              vue de leur circonscription, mais pas                                                                   mation agroalimentaire en zone verte,
Sylvie D’Amours, estime « qu’on ne             de pouls réel de ce qui se passe dans                                                                   par exemple. Mais au plus immédiat, il
peut donner carrément le pouvoir de            tout le Québec. D’où la pertinence du                                                                   faudrait régler les trop longs délais de
dézoner des terres agricoles au monde          mandat d’initiative que s’est octroyé la                                                                traitement des dossiers à la CPTAQ.
municipal », contrairement aux propo-          CAPERN pour étudier le phénomène                                                                                           Doute
sitions faites par des députés libéraux        d’accaparement des terres agricoles au                                                                    Mme D’Amours a semblé douter du
à la Commission de l’agriculture, des          Québec, une avenue qu’elle appuie.                                                                      fait que les députés libéraux membres
pêcheries, de l’énergie et des ressources        Cela dit, Mme D’Amours ne favorise                                                                    de la CAPERN n’aient pas eu de dis-
naturelles (CAPERN).                           pas l’immobilisme et parle de « remettre                                                                cussions avec leur ministre de l’Agri-
  Aux yeux de la porte-parole en agri-         les pendules à l’heure et d’actualiser le                                                               culture, Pierre Paradis au sujet de leurs
culture de la Coalition Avenir Québec,         mandat de la CPTAQ », s’il y a lieu.                                                                    propositions. « On ne peut pas être
« il faut une tierce partie capable d’éva-     Selon la porte-parole, il pourrait y                                                                    membres de la CAPERN et ne pas avoir

                                                                                                                                                                                                                                                     ARCHIVES/TCN
luer la pertinence de dézoner ou de mor-       avoir « plus de jeu quant au morcelle-                                                                  de liens avec le ministre de l’Agricul-
celer les terres agricoles, un patrimoine      ment des terres agricoles afin de favo-                                                                 ture. Normalement, il y a de telles dis-
et le garde-manger des Québécois qu’il         riser l’établissement de jeunes qui n’ont                                                               cussions préalables afin de garder l’unité
                                                                                                                                                                                                        Sylvie D’Amours, députée de Mirabel et
faut conserver pour les générations            pas toujours besoin d’une terre com-                                                                    dans un parti. Moi quand je parle, mon           porte-parole de la Coalition Avenir Québec
futures ». « La CPTAQ doit donc res-           plète ». Mme D’Amours a aussi évo-                                                                      chef le sait », a-t-elle laissé tomber.          en agriculture.
ter », a-t-elle déclaré à la Terre en entre-
vue le 8 janvier.
  Confié aux villes, « qui font chacune

                                                La CPTAQ en quelques dates et chiffres
leur petite affaire et qui ont un man-
dat différent, le patrimoine agricole va
fondre sous la pression urbaine notam-
ment », a-t-elle illustré. Selon Mme            1978 : création de la CPTAQ en vertu de la Loi sur la protection du territoire agricole chargée de régir la zone agricole
D’Amours, il ne serait pas surprenant           1979 : adoption de la Loi sur l’acquisition de terres agricoles par des non-résidents administrée par la CPTAQ
de voir des municipalités présenter des         1983-1987 : la CPTAQ complète, avec chaque municipalité, la négociation de la zone agricole locale
demandes de dézonage à la CPTAQ afin            1987-1992 : elle révise la zone agricole qui aboutit à l’exclusion de plus de 200 000 hectares
de hausser leurs revenus vu la coupure          2014 : examen des orientations, des activités et de la gestion administrative de la CPTAQ par la CAPERN
de 300 M$ imposé au monde municipal             La superficie totale de la zone agricole a peu varié depuis sa création en 1978. Elle s’étend sur 6,3 millions d’hectares répartis
en vertu du pacte fiscal temporaire 2015.       dans 952 municipalités au Québec. La CPTAQ a accordé 98,5 % des 188 demandes d’inclusion de terres en zone verte contre
Or la député caquiste souligne « qu’il          63 % des 1 092 requêtes d’exclusion au cours de la période 2005-2014. Cet organisme a rendu plus de 2 500 décisions par
est impératif que le dézonage repose            an en moyenne durant cette décennie. Il a par exemple autorisé 39 % des 5 700 demandes pour l’implantation de résidences,
sur une vision globale et à long terme ».       65 % des 930 requêtes pour les secteurs industriel et commercial et 95 % des demandes d’utilité publique (énergie, transport,
De toute manière, a-t-elle signalé, on          institutionnel). J.-C.G.
ne peut pas modifier une loi sur la base

 DANS LA TERRE CETTE SEMAINE                                                                                                                                           Sur le Web laterre.ca
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 TARIFS D’ÉLECTRICITÉ :                        PERSPECTIVES 2015 : LA TERRE VA                                                                                         ÚUn 6e cas de diarrhée épidémique porcine
 UNE HAUSSE DISPROPORTIONNÉE                   TOURNER ENCORE PLUS VITE
                        PAGE 8                                          PAGE 15                                                                                        cultures
                                                                                                                                                                       ÚVIDÉO : Voyez les vignerons du Vignoble du Marathonien
 FOIE GRAS : DE BONNES                         LA FIN DE LA STABULATION LIBRE                                                                                          confectionner leur première cuvée estampillée Vin certifié du
 NOUVELLES POUR LES                            A SONNÉ                                                                                                                 Québec.
 PRODUCTEURS QUÉBÉCOIS                                                 PAGE 28
                                    PAGE 9                                                                                                                             Les libéraux veulent rouvrir la loi sur le zonage agricole
                                               VOTRE MAGAZINE                                                                                                          ÚFaites-nous part de vos commentaires.
 HAUSSE DU PRIX DE DÉTAIL DU                                                                                                  Le cahier technique de                   Partagez vos photos et vidéos avec nous.
 LAIT MALGRÉ UNE BAISSE À LA
                                                                                          FÉVRIER 2015
                                                                                          www.utiliterre.ca

 FERME                                                                                                                    NOTRE DOSSIER
                                                                                                       Chantiers de récolte :                                          La question de la semaine
                         PAGE 10                                                                              améliorer ses
                                                                                                                   résultats
                                                                                                                                      ANIMAL                           ÚConsidérez-vous que l’intégrité de la CPTAQ est menacée?
                                                                                                                       Les caméras
                                                                                                                     infrarouges en
 PROPAGATION INQUIÉTANTE DE LA                                                                                       élevage porcin                                    Venez répondre sur : laterre.ca
 DEP AU QUÉBEC                                                  ÉQUIPEMENT
                                                                Spécial semis
                                                                de prairie
                       PAGE 12                                                                                                                                         Résultats du sondage
                                                                                                                                                                       ÚEst-ce la fin des projets d’exploitation des gaz de schiste?
 LIBRE-ÉCHANGE AVEC LA CORÉE :
 L’ENTENTE EN VIGUEUR                                              DANS CETTE ÉDITION :
                                                                        VISIONNEZ DES
                                                                   VIDÉOS EXPLICATIVES
                                                                     SUR UTILITERRE.CA                        Lisez la section Sur le champ
                                                                                                         qui propose de récentes innovations
                                                                                                                                                                       Je crois que oui 41 % / Je ne crois pas 54 % / Je ne sais pas 6 %
                        PAGE 14
DEP : la vigilance s'impose - La Terre de chez nous
PAGE 4     LA TERRE DE CHEZ NOUS, 14 janvier 2015

TRAÇABILITÉ

Le Canada en réflexion
           JULIE MERCIER
           jumercier@laterre.ca

   Si l’identification permanente et la
traçabilité sont implantées au Québec
de la ferme à l’abattoir depuis de nom-
breuses années, le reste du Canada
réfléchit toujours sur la forme que
prendra ce système.
   À l’heure actuelle, la réglementation
fédérale exige que tous les bovidés et
les ovins canadiens soient identifiés
avec des étiquettes par radiofréquence

                                                                                                                                                                                              ARCHIVES/TCN
(RFID) avant leur départ de leur ferme
d’origine. Le propriétaire doit égale-
ment signaler la mort de son animal et       La traçabilité se base sur trois piliers : l’identification des animaux, l’identification des installations et celle des mouvements.
communiquer le numéro de l’étiquette
approuvée à l’Agence canadienne                             Sur la table                       veurs et les maisons d’encan se disent            triennal (2011-2014) de 20 M$ visant
d’identification du bétail (ACIB) dans         En octobre dernier, Ottawa a annoncé            inquiètes de la facture occasionnée par           à soutenir financièrement les modifica-
les 30 jours suivant l’événement. Créée      l’octroi de 7,5 M$ afin de mettre en              les deux autres scénarios évalués par le          tions aux structures de manutention des
et dirigée par l’industrie pour implanter    place et d’administrer le système natio-          gouvernement. Ceux-ci imposeraient                animaux aux fins de la traçabilité. Le
le programme national d’identification       nal d’information sur la traçabilité du           des coûts significatifs à l’industrie             programme n’accepte toutefois plus les
des animaux, l’ACIB gère la base de          bétail. L’ACIA souhaite également                 avec peu ou pas de retour sur l’inves-            demandes.
données. À l’heure actuelle, l’identifica-   resserrer la réglementation pour les              tissement, estiment ces organisations.                             La suite
tion des sites n’est pas terminée et n’est   bovidés, les ovins, les caprins et les cer-       L’Association canadienne des mar-                    Pour l’instant, aucune décision n’a été
pas harmonisée entre les provinces,          vidés. Les scénarios à l’étude s’avèrent          chés d’animaux soutient néanmoins                 prise quant à l’option qui sera choisie.
précise Gib Drury, éleveur bovin d’Al-       complexes puisqu’ils varient selon les            le principe de la traçabilité, mais sous          Le fédéral poursuit ses consultations.
cove au Québec et membre du conseil          espèces. Pour les bovins, trois options           réserve qu’elle n’entrave pas la vitesse          Après une première ronde en novembre
d’administration de l’ACIB.                  sont sur la table.                                du commerce. L’organisation réclame               et décembre 2013, l’industrie devrait
   Le système actuel comporte des              La première se base sur la déclara-             qu’Agriculture et Agroalimentaire                 être de nouveau consultée en janvier
lacunes. L’Agence canadienne d’ins-          tion de mouvement de lots d’animaux.              Canada mette sur pied un programme                et février. À l’origine, la traçabilité
pection des aliments (ACIA) en a iden-       Elle est calquée sur la proposition               couvrant 90 % du coût des infrastruc-             devait être implantée en 2015, mais
tifié plusieurs, notamment le fait que les   de l’industrie bovine, baptisée Cattle            tures de traçabilité. Le fédéral a bien           avec les nouvelles consultations qui
espèces sensibles aux mêmes maladies         Implementation Plan (CIP) [voir enca-             mis en place L’Initiative de traçabilité          s’annoncent, 2016 semble plus réaliste,
ne sont pas toutes assujetties à la traça-   dré]. Les deux autres scénarios évalués           des encans de bétail, un programme                prédit Gib Drury.
bilité et que le temps de déclaration des    par l’ACIA reposent sur la lecture élec-
déplacements ne permette pas d’assurer       tronique des identifiants. La deuxième

                                                                                                 Le CIP en bref
une réponse efficace en cas d’épizoo-        option prévoit la lecture individuelle
ties. « Un des objectifs de performance,     des boucles par les receveurs de bétail
en cas de maladie, est d’être capable        tandis que la troisième amalgame les
de réaliser l’enquête de traçabilité en      deux premières options. Selon une étude                L’industrie bovine canadienne a élaboré une proposition de système de traçabi-
amont et en aval en 48 heures, ce qui        épidémiologique menée par l’ACIA,                   lité. Voici un exemple du système proposé, le Cattle Implementation Plan (CIP).
correspond à la période d’incubation de      cette dernière proposition demeure la                  À la sortie des animaux de sa ferme, l’éleveur n’est pas tenu de déclarer ce
la fièvre aphteuse, qui constitue le pire    plus efficace pour retracer le bétail en            mouvement à l’Agence canadienne d’identification du bétail. Néanmoins, il doit
scénario », explique Éric Aubin, ges-        cas d’éclosion de fièvre aphteuse ou                indiquer dans un document (un passeport papier ou électronique) : leur localisa-
tionnaire du programme national de tra-      d’encéphalopathie spongiforme bovine.               tion, la date d’envoi du lot, le nombre d’animaux, leur espèce, leur destination et
çabilité animale à l’ACIA. Le manque                        Mésentente                           la plaque d’immatriculation du transporteur.
d’information sur le déplacement des           Pour l’instant, l’industrie et le gou-               C’est le receveur de ces bêtes qui doit faire les déclarations appropriées dans
animaux à l’intérieur du Canada consti-      vernement ne s’entendent pas sur le                 la base de données canadienne. Une lecture individuelle des identifiants peut être
tue une autre des plus grandes lacunes       système à mettre en place. Pour sa part,            exigée, dépendamment du type d’établissements qui reçoit ces animaux. C’est
du système actuel, ajoute le fonction-       l’ACIB tient mordicus à la première                 notamment le cas des parcs d’engraissement. Les encans d’animaux et les postes
naire. « Il y a des trous assez gros et il   option. « Le CIP est un plan intérimaire.           de rassemblement échappent cependant à cette exigence. Les déclarations de
reste un grand bout de chemin à faire        Si le fédéral est prêt à payer, on est prêts        mouvement et d’abattage doivent être faites dans un délai de sept jours.
dans les autres provinces », note Marie-     à aller avec la traçabilité complète,                  Contrairement au Québec, l’identification des animaux dans le reste du pays se
Christine Talbot, directrice générale        concède Gib Drury. Cette Cadillac                   fait à la sortie de la ferme. Les déclarations de naissance ne sont donc pas obli-
d’Agri-Traçabilité Québec et membre          comme au Québec coûte une fortune,                  gatoires. De plus, la déclaration de mouvement n’est pas obligatoire dans le cas
du comité responsable de la mise en          environ 100 000 $ par encan pour les                d’un animal qui est déplacé d’une province à une autre, s’il demeure la propriété
place de la traçabilité dans le reste du     lecteurs et le logiciel », calcule-t-il.            du même individu. J.M.
Canada.                                        Les différentes associations d’éle-
DEP : la vigilance s'impose - La Terre de chez nous
LA TERRE DE CHEZ NOUS, 14 janvier 2015         PAGE 5

                                                                                                                                                                                       ŒUFS

Des œufs verts sur nos tables
ANNIE BOURQUE
Collaboration spéciale

  SAINT-OURS — La Ferme Saint-
Ours, par l’entremise de sa filiale, Ferme

                                                                                                                                                                                                        ANNIE BOURQUE
des Patriotes, le plus important produc-
teur d’œufs biologiques au Canada,
vient d’introduire sur le marché des                         Une vue des poulaillers dont la construction s’est achevée cet automne. Un investissement de 2,5 M$.
œufs verts. Une première au pays! Tout
le monde mange des œufs à coquille                           d’Angleterre », précise Serge Lefebvre,        peuvent se procurer les œufs légèrement        lucide qui laisse passer vient la lumière.
blanche ou brune. Désormais, on peut                         président de l’entreprise, qui siège aussi     colorés vert à la Ferme Saint-Ours, à la       Cet investissement coïncide avec la
choisir une autre couleur pour agrémen-                      à la Fédération des producteurs d’œufs         Ferme Lufa, de Montréal, et dans les           hausse de la consommation d’œufs au
ter son déjeuner.                                            du Québec. « Le but, ajoute-t-il, c’est        marchés d’alimentation Whole Foods.            Québec. Entre les années 2004 et 2013,
  « Présentement, on tente une                               d’offrir une plus grande variété de              Interrogé sur la réaction des consom-        la consommation d’œufs par personne
expérience avec des poules dont la                           produits aux consommateurs. »                  mateurs, le fondateur de la Ferme Lufa,        a augmenté de 20 %, selon le Portrait
génétique provient d’Allemagne et                              Depuis leur arrivée au Canada, le            Mohamed Hage, a mentionné à La Terre           sommaire de l’industrie québécoise des
                                                             16 septembre dernier, les 5 000 poules         de chez nous que les gens ont adopté les       œufs de consommation 2014 du minis-
                                                             de race Heirloom sont nourries avec des        œufs verts dès qu’ils ont été mis sur          tère de l’Agriculture, des Pêcheries et de
                                                             grains biologiques, notamment le soya,         le marché. « Si vous n’en voyez pas,           l’Alimentation du Québec (MAPAQ).
                                                             le maïs et le blé, dont une grande partie      c’est parce qu’ils sont tous vendus »,           À l’heure actuelle, la Ferme Saint-
                                                             est cultivée sur la terre de Saint-Ours.       mentionne-t-il. De son côté, M. Lefebvre       Ours compte 145 000 poules pondeuses.
                                                               Au quotidien, M. Lefebvre et son             veut prendre le temps d’évaluer s’il y a       La filiale, la Ferme des Patriotes, com-
                                                             équipe observent attentivement leur            une véritable demande pour ce produit.         prend 2 500 poules qui produisent des
                                                             comportement. « On remarque qu’elles                  Investissement de 2,5 M$                œufs verts et 2 500 autres qui pondent
                                                             sont plus sensibles aux journées qui rac-        Cet été, les propriétaires de la             des œufs d’un brun chocolat foncé.
                                                             courcissent et qu’elles ont tendance à         Ferme Saint-Ours ont investi 2,5 M$            À cela s’ajoutent 60 000 poules sous
                                                             diminuer la ponte. »                           dans la construction de 4 nouveaux             régie biologique, qui sont réparties dans
                                                               De plus, note-t-il, elles sont plus cou-     poulaillers dont les équipements sont          12 poulaillers situés à Saint-Charles-sur-
                                                             veuses que les autres. En général, une         importés d’Allemagne et des Pays-              Richelieu et à Saint-Ours.
                                             ANNIE BOURQUE

                                                             poule conventionnelle produit environ          Bas. Les quatre grands bâtiments sont            La performance en production avicole
                                                             300 œufs par année. En comparaison, la         reliés au centre par un jardin intérieur.      de l’entreprise a été soulignée en 2010.
                                                             Heirloom pond quelque 260 œufs durant          En été, un grillage laisse pénétrer l’air.     Les trois copropriétaires ont alors reçu
Les consommateurs ont le choix doré-                         la même période.                               L’endroit est vaste. Les poules gam-           la médaille d’or de l’Ordre national du
navant de manger des œufs aux nuances
vertes, conçus par des poules originaires                         Réaction des consommateurs                badent comme si elles étaient en liberté.      mérite agricole, la plus haute distinction
d’Allemagne et d’Angleterre.                                   Présentement, les consommateurs              Le toit est conçu avec un plastique trans-     en agriculture au Québec.
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ÉDITORIAL

                     Nos terres agricoles : un patrimoine
                     à protéger!
                       En décrétant 2015 l’Année internationale des sols, l’Organisation des        est d’ailleurs devenue l’un des piliers de la législation québécoise pour
                     Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) lance un mes-         la protection de l’agriculture. Plusieurs années de discussions entre les
                     sage fort et sans équivoque quant à l’importance de protéger les terres        milieux agricole, municipal et environnemental ont aussi permis d’éta-
                     agricoles et la santé des sols. C’est une année pour sensibiliser la planète   blir certains consensus en reconnaissant par exemple le caractère per-
                     au fait que le territoire agricole constitue une ressource rare, non renou-    manent de la zone agricole, la priorité de l’agriculture sur ces terres et
                     velable, de plus en plus convoitée, et qu’il faut le préserver coûte que       la nécessité de concilier les objectifs de protection du territoire agricole
 MARCEL              coûte.                                                                         avec ceux de la coexistence harmonieuse des divers usages.
 GROLEAU               Les sols agricoles sont à la base de la production alimentaire. Sans           Il y en aura toujours qui prétendront que cette loi représente un frein
 Président général                                                                                  au développement des régions du Québec et qui proposeront d’en revoir
                     terres fertiles et de qualité, il n’y aurait tout simplement pas de nourri-
 de l’UPA
                     ture. Alors que la population mondiale ne cesse de croître, on estime que      la teneur afin de l’assouplir, notamment, comme on l’a entendu récem-
                     pour répondre aux besoins, il faudra, d’ici 2050, augmenter la produc-         ment, en transférant plus de pouvoirs aux municipalités régionales de
                     tion alimentaire d’environ 60 %. Il demeure donc essentiel de veiller à        comté (MRC), des pouvoirs attribués actuellement à la Commission
                     garder ces sols bien vivants, propices à la production agricole.               de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Plus que
                                                                                                    jamais, la loi a sa raison d’être. D’autant plus que celle-ci exige que la
                       Cette réalité est encore plus préoccupante lorsque l’on sait que les
                                                                                                    Commission prenne en considération le contexte des particularités régio-
                     meilleures terres arables du monde sont détruites par l’urbanisation, les      nales lors de l’exercice de sa compétence.
                     problèmes d’érosion, les pratiques de gestion des terres non durables,
                                                                                                      La LPTAAQ est une loi d’ordre public : elle traite d’un sujet d’intérêt
                     etc. Les experts indiquent en fait qu’il faut jusqu’à mille ans pour former
                                                                                                    général qui nécessite une vue d’ensemble. C’est le mandat confié à la
                     un centimètre de sol. La situation est si critique que, selon l’Organisa-
                                                                                                    CPTAQ de l’administrer en conséquence. Nous devons donc veiller à ce
                     tion des Nations Unies, le taux actuel de dégradation des sols menace
                                                                                                    que la Commission dispose de ressources qui lui permettront de jouer
                     notre capacité à répondre aux besoins des générations futures. Dans
                                                                                                    pleinement son rôle, car nos terres agricoles sont encore très convoitées
                     ce contexte, sauvegarder les terres et conserver les sols bien vivants
                                                                                                    et la pression sur ces dernières ne cesse de se faire sentir. Phénomène de
                     deviennent des enjeux planétaires incontournables et d’intérêt public.
                                                                                                    financiarisation et d’accaparement des terres, étalement urbain, implan-
                       Au Québec, cette nécessité de préserver notre territoire agricole prend      tation de nouvelles infrastructures, voilà autant de menaces qui guettent
                     aussi tout son sens, car la situation reste aussi précaire. Malgré nos         constamment notre patrimoine agricole. Il faut rester vigilant.
                     vastes étendues, à peine 2 % des sols sont cultivables.                          L’Année internationale des sols représente une belle occasion de valo-
                       Bien entendu, nous pouvons compter depuis 1978 sur la Loi sur la             riser nos terres agricoles, de faire connaître et reconnaître à l’ensemble
                     protection du territoire et des activités agricoles du Québec (LPTAAQ)         de la société civile et aux décideurs leur importance et leur valeur stra-
                     pour freiner l’étalement urbain, assurer l’équilibre entre la préservation     tégique pour la pérennité de l’agriculture, mais aussi pour l’avenir de
                     du territoire et le développement des collectivités, et préserver cette res-   la planète. La terre arable est aussi précieuse que l’air et l’eau. La terre,
                     source essentielle pour les générations futures. Au fil des ans, cette loi     c’est la vie.

                                                                                                                                                                                                    www.laterre.ca
                                                                                                                       Directeur                                 Coordonnateur                           Rédacteur en chef
                                                                                                                       André Savard                              ventes et distribution                  Michel Beaunoyer
                                                                                                                       Directrice                                Pierre Leroux                           Chefs de pupitre
                                                                                                                       de production                             Ventes                                  Richelle Fortin
                                                                                                                       Brigit Bujnowski                          Christian Guinard                       Julie Desbiens
                                                                                                                       Directrice marketing et                   Sylvain Joubert                         Impression
                                                                                                                       développement                             Daniel Lamoureux                        Imprimerie Transmag
                                                                                                                       Laëtitia Parriaux                         Marc Mancini
                                                                                                                                                                                                         Distribution en kiosque
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                                                                                                                       ABONNEMENT AU QUÉBEC
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                                                                                                                       2 ans :     104,63 $
                                                                                                                       3 ans :     136,82 $
                                                                                                                       Paiement par chèque ou mandat
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                                                                                                                                   NUMÉRO GÉNÉRAL 1 800 528-3773
                                                                                                                       RÉDACTION                            PUBLICITÉ                                ABONNEMENTS ET
                                                                                                                       450 679-8483                         450 679-8483                             PETITES ANNONCES
                                                                                                                       poste 7270                           poste 7712                               1 877 679-7809
                                                                                                                       tcn@laterre.ca                       pub@laterre.ca                           abonnement@laterre.ca

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                                                                                                                       555, boulevard Roland-Therrien, bureau 100
                                                                                                                       Longueuil (Québec) J4H 3Y9

                                                                                                                                 Dépôts légaux : Bibliothèque nationale du Québec - 1992 Bibliothèque nationale du Canada ISSN 0040 - 3830
                                                                                                                                 La Terre de chez nous, ISSN 0040-3830, is published weekly, 51 times per year except first week of January by La
                                                                                                                                 Terre de chez nous c/o USACAN Media Corp. at 123A Distribution Way Building H-1, Suite 104, Plattsburgh, N.Y.
                                                                                                                                 12901. Periodicals postage paid at Plattsburgh, N.Y. POSTMASTER send address changes to La Terre de chez nous,
                                                                                                                                 P.O. Box 2888, Plattsburgh, N.Y. 12901. Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada par
                                                                                                                                 l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien. Convention de la poste
                                                                                                                                 publication N° 40069165 N° d’enregistrement
                                                                                                                                 07665, retourner toute correspondance ne pouvant
                                                                                                                                 être livrée au Canada au Service des publications
                                                                                                                www.laterre.ca   555, boul. Roland-Therrien, Longueuil QC J4H 3Y9.                                                (2012-09-05)
DEP : la vigilance s'impose - La Terre de chez nous
LA TERRE DE CHEZ NOUS, 14 janvier 2015       PAGE 7

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Accaparement des terres,
un phénomène historique
  La récente campagne d’alarmes de votre hebdoma-            L’accaparement passé, ce sont des fermes et des        depuis 35 ans : valider avec d’innombrables mais
daire contre ce phénomène préoccupant est indénia-         terres purement et simplement soustraites à l’agri-      inutiles paraphes légaux un phénomène irritant, mais
blement bien fondée.                                       culture, des sols bulldozés, rarement récupérés à des    irréversible*. Gaspillage inutile.
  Mais elle est au moins 35 ans en retard. En dépit du     fins agricoles, comme ça se fait systématiquement          Il y aurait bien eu une solution : la nationalisation
brouhaha politique autour de la question (www.cptaq.       chez nos voisins du sud, et des prix considérable-       du fonds arable, comme autrefois l’électricité. Mais
gouv.qc.ca/fileadmin/fr/publications/35e/motion_           ment gonflés au cours du morcellement en parcelles.      après avoir passé un demi-siècle à vivre collective-
Assemblee_Nationale_35e.pdf), la vérité est que la         Comme monopolisation, depuis des décennies, ce           ment et individuellement au-dessus de nos capacités,
Commission de protection du territoire agricole du         morcellement est pire que ce que l’on observe pré-       nous n’en avons plus les moyens. La banque récla-
Québec (CPTAQ), durant ses 35 ans d’existence, n’a         sentement.                                               mée par certains serait plus dotée de fonctionnaires
rien pu faire contre la disparation d’immenses por-          Au moins, dans le phénomène actuel, peut-on et         que d’hectares cultivables.
tions – et parmi les meilleures – du territoire agricole   doit-on reconnaître que l’accaparement continuera à
du Québec. Alors que la Commission avait pour mis-         « profiter » à la production agricole? C’est regret-       Dommage et tant pis pour nous.
sion première de contrer la spéculation foncière, elle     table que ce soit au détriment de la ferme familiale.      Joseph A. Soltész
a surtout administré la rétrocession de terres arables     Mais la financiarisation, la globalisation, la concen-     Saint-Albert
et de fermes autour des municipalités, grandes et          tration sont des phénomènes économiques contre           *NDLR : La Commission de l’agriculture, des
moyennes. Le phénomène s’est à la fois accentué            lesquels le Québec, un nain agricole et économique,      pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles
et dégradé au fur et à mesure de l’épuisement des          ne peut rien faire.                                      a décidé, le 4 décembre dernier, d’analyser de son
provisions initialement prévues par la loi fondatrice.       La Commission parlementaire qui doit étudier           propre chef le phénomène de l’accaparement des
Certains veulent y mettre fin. Trop tard!                  la question fera exactement ce que fait la CPTAQ         terres au Québec.
DEP : la vigilance s'impose - La Terre de chez nous
PAGE 8   LA TERRE DE CHEZ NOUS, 14 janvier 2015

ÉNERGIE

                                                                 Tarifs d’électricité :
                                                                 une hausse
                                                                 disproportionnée
                                                                                            Selon l’Union des producteurs agri-

                                                  ARCHIVES/TCN
                                                                                         coles (UPA), la hausse de tarif impo-
                                                                    ÉTIENNE DUPUIS       sée par Hydro-Québec pour l’année
                                                                    edupuis@laterre.ca   2015-2016 constitue un choc tarifaire
                                                                                         pour le milieu agricole. C’est ce qu’elle
                                                                                         a soutenu devant la Régie de l’énergie
                                                                                         du Québec en décembre dernier. « La
                                                                                         majorité des producteurs vont subir une
                                                                                         augmentation de 4,9 % de leur facture
                                                                                         d’électricité, affirme le premier vice-pré-
                                                                                         sident de l’UPA, Pierre Lemieux. C’est
                                                                                         disproportionné par rapport à la capa-
                                                                                         cité d’adaptation du secteur agricole. »
                                                                                         Selon lui, les hausses de la société d’État
                                                                                         visent à encourager des changements
                                                                                         dans la consommation d’électricité. Pour
                                                                                         l’UPA cependant, les processus biolo-
                                                                                         giques inhérents à la production agricole
                                                                                         freinent la capacité d’adaptation des pro-
                                                                                         ducteurs.
                                                                                            « Les prix de notre production sont
                                                                                         souvent négociés et déterminés un an à
                                                                                         l’avance selon une convention de mise
                                                                                         en marché, souligne Pierre Lemieux.
                                                                                         Là, on doit gérer des hausses d’Hydro-
                                                                                         Québec quasiment à la semaine. C’est
                                                                                         une situation impossible. » Le premier
                                                                                         vice-président de l’UPA souhaite que
                                                                                         les hausses d’électricité soient connues
                                                                                         plus tôt afin de pouvoir les inclure dans
                                                                                         les négociations des prix des productions
                                                                                         agricoles.
                                                                                                       Choc tarifaire
                                                                                            Aux dires de l’UPA, les hausses
                                                                                         imposées aux entreprises agricoles lors
                                                                                         des dernières années représentent un
                                                                                         véritable choc tarifaire. « En tant que
                                                                                         producteur, on doit concurrencer avec
                                                                                         le reste du monde », soutient Pierre
                                                                                         Lemieux. Selon lui, il faut trouver des
                                                                                         moyens d’établir des prix avantageux
                                                                                         pour les entreprises agricoles.
                                                                                            Dans un autre ordre d’idées, l’Union dit
                                                                                         avoir reçu plusieurs plaintes de la part de
                                                                                         producteurs quant à la fiabilité du réseau
                                                                                         électrique en région. La société d’État
                                                                                         ne possède que des statistiques sur les
                                                                                         interruptions de service à l’échelle pro-
                                                                                         vinciale. « Est-ce que c’est pire en région
                                                                                         que dans les villes?, se demande Pierre
                                                                                         Lemieux. Est-ce que certaines régions
                                                                                         sont plus touchées que d’autres? » Le
                                                                                         vice-président de l’UPA voudrait qu’Hy-
                                                                                         dro-Québec puisse répondre à ce type de
                                                                                         question pour avoir un portrait clair de la
                                                                                         fiabilité du réseau.
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                                                                                                                                                                   ÉLEVAGE

Foie gras : de bonnes nouvelles
pour les producteurs québécois
                                              total de canards mulards destinés à la
                                              production de foie gras a connu une
           MARTINE GIGUÈRE                    baisse de 50 000 oiseaux pour atteindre

                                                                                                                                                                                           ARCHIVES/TCN
           mgiguere@laterre.ca
                                              400 000. Cette loi a eu un impact direct
                                              sur les élevages québécois. Chez Rougié,
  La loi californienne anti-foie gras         une ferme d’élevage avait même dû être     Avec l’annulation de la loi anti-foie gras en Californie, les chefs pourront intégrer à nouveau
n’est plus. En effet, un juge l’a abrogée     fermée.                                    le foie gras à leur menu.
le 7 janvier dernier. La Californie avait
légiféré contre le foie gras en 2004, mais
la loi n’était entrée en vigueur que le
1er juillet 2012. Ce délai devait permettre
aux éleveurs de trouver une solution de
rechange au gavage des oiseaux.
      Un potentiel pour le Québec
  « La France n’a aucune usine de
production agréée pour exporter aux
États-Unis. Nous sommes donc en
concurrence directe avec deux éleveurs
américains de l’État de New York »,
explique Benoît Cuchet, vice-président
de l’Association des éleveurs de canards
et d’oies du Québec et président de
Rougié, éleveur de canards et produc-
teur de foie gras. Actuellement, trois
producteurs québécois – Rougié, Aux
Champs d’Élisé et Élevages Périgord –
respectent toutes les règles pour pouvoir
exporter aux États-Unis. Il n’y a donc
que cinq acteurs dans le marché améri-
cain du foie gras. En entrevue télépho-
nique directement de la Californie, où il
se trouvait en voyage, Benoît Cuchet a
confié qu’il avait appris la bonne nou-
velle 10 minutes après être descendu de
l’avion : « Depuis, les chefs californiens
ont fait circuler la nouvelle dans les
médias sociaux. J’ai déjà reçu des appels
de chefs qui veulent recommencer à en
offrir. Il y a tout un buzz autour du foie
gras. » Cette nouvelle aura des réper-
cussions importantes chez les éleveurs
québécois. « La Californie représentait
et, je l’espère, représentera à nouveau
25 % du potentiel du marché américain.
C’est 2M$ de chiffre d’affaires pour les
producteurs québécois », précise le pré-
sident de Rougié. Il faudrait par ailleurs
reconquérir ce marché, car aucun foie
gras n’a pris le chemin de la Californie
depuis deux ans et demi. « La consom-
mation de foie gras a régressé aux États-
Unis. Par contre, elle a progressé au
Québec, en particulier grâce au marché
de détail. On retrouve du foie gras
notamment dans des bannières comme
IGA et Metro. Ç’a permis de compenser
en partie les pertes de la Californie »,
décrit M. Cuchet. Pendant cette période
d’interdiction californienne, le nombre
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LAIT

Hausse du prix de détail malgré une baisse à la ferme
JEAN-CHARLES GAGNÉ                                            du Conseil des industriels laitiers du     précis, a remplacé l’indice antérieur qui   canadienne qui fixe les prix minimums
                                                              Québec, Charles Langlois.                  portait sur les variations de coûts de      et maximums du lait de consommation.
  Le prix d’un litre de lait frais va                           La Régie applique depuis plus de         tous les produits laitiers.                   On connaîtra le prix moyen du lait
augmenter de 1 à 2 cents dans les                             10 ans une formule d’indexation              La RMAAQ signale qu’elle devrait          à la ferme après que la Commission
épiceries du Québec à compter du                              pour mesurer la variation des coûts        rendre en 2015 les conclusions de la        canadienne du lait aura rendu sa déci-
1er février 2015, selon sa teneur en                          du lait de consommation. Pour 2015,        consultation tenue le 29 janvier 2014 sur   sion sur les prix de soutien du beurre
matière grasse, et ce, malgré une                             les régisseurs ont intégré dans la for-    la pertinence de réglementer les prix du    et de la poudre de lait écrémé pour
baisse du prix à la ferme de 0,14 cent                        mule l’indice « fabrication du lait de     lait de consommation et sur la manière      2015. Habituellement annoncée à la mi-
l’hectolitre. Ce sont donc les coûts                          consommation », désormais calculé          de le faire, s’il y a lieu. Rappelons       décembre, cette décision a été reportée
encourusparleslaiteries,lesdistributeurs-                     par Statistique Canada. Cet indice, plus   que le Québec est la seule province         en début d’année 2015.
grossistes et les détaillants qui
expliquent la majoration accordée par
la Régie des marchés agricoles et ali-
mentaires du Québec (RMAAQ) dans
sa décision rendue le 17 décembre der-
nier, après une séance publique tenue
cinq jours plus tôt.
  Force est de constater que la baisse
du prix du lait à la ferme ne se traduit
pas automatiquement par une diminu-
tion de coût pour le consommateur. Les
producteurs doivent en effet composer
avec une baisse de revenu de 0,45 %
pour le lait de consommation alors que
la hausse des prix minimums et maxi-
mums décrétés par la Régie varie de
0,5 % à 1,2 %. Concrètement, le prix
minimum d’un litre de lait à 3,25 %
de matière grasse passera de 1,70 $
à 1,71 $ le 1er février prochain. Son
prix maximum sera de 1,86 $. Le prix
minimum et maximum d’un litre sans
matière grasse (0 %) est bonifié de deux
cents et oscillera entre 1,53 $ et 1,68 $
le litre. Notons que les prix minimums
et maximums décrétés par la RMAAQ
ne s’appliquent pas aux laits « UHT »,
biologique et à valeur ajoutée.
  « Un cent le litre pour couvrir la hausse
des coûts des laiteries, des détaillants et
des distributeurs-grossistes, c’est quand
même peu quand on considère que la
facture reliée à certains postes budgé-
taires [main-d’œuvre, transport, etc.] a
progressé plus vite », a noté le président
                                               ARCHIVES/TCN

Le litre de lait va coûter de 1 à 2 cents de
plus à partir du 1er février 2015.
LA TERRE DE CHEZ NOUS, 14 janvier 2015   PAGE 11

                                                                                                         FORMATION

Un programme
pour les entrepreneurs
en agriculture
ÉTIENNE DUPUIS                          l’Université organisera plus tard.

                                                                                                                                  ARCHIVES/TCN
                                        La conférence se tient le 14 janvier
  L’Université Laval offrira bien-      à la Salle BMO de l’Espace Saint-
tôt un programme qui visera à faire     Hyacinthe.
des propriétaires d’entreprises agri-
coles de meilleurs entrepreneurs.
L’Université en fera l’annonce la
semaine prochaine lors du Salon
de l’agriculture à Saint-Hyacinthe.
Comme la plateforme du cours est
toujours en développement, Laval
invitera les personnes présentes à
la conférence de presse à participer
à un sondage. Les intéressés pour-
ront également soumettre leur nom
afin de participer au focus group que
PAGE 12      LA TERRE DE CHEZ NOUS, 14 janvier 2015

PORCS

La DEP se propage
JULIE MERCIER

  En quelques jours, six nouveaux cas
de diarrhée épidémique porcine (DEP)
ont été découverts au Québec, portant
le compte à huit.
  La DEP est une maladie contagieuse
sévère causée par un virus affectant le
système digestif des porcs. Elle touche
les porcs de tous les âges, mais ne se
transmet pas aux autres espèces ani-
males ni aux humains. Chez les por-
celets non sevrés, la mortalité varie de
50 à 100 %. En pouponnière, celle-ci se
chiffre entre 1 et 5 %.

                                                                                                                                                                                    ARCHIVES/TCN
  Au moment de mettre sous presse,
le 9 janvier, l’Équipe québécoise de
santé porcine (EQSP) avait confirmé          Six cas de diarrhée épidémique porcine ont été détectés en Montérégie en quelques jours.
un 8e cas de DEP. Il s’agit du 6e détecté
en quelques jours en Montérégie. Ce          plus, aucune maternité, où la mortalité       secteur (élevages, transport, abattoirs,     DEP et la sous-section Prévention.
dernier diagnostic est localisé dans         s’avère beaucoup plus élevée, n’a été         fournisseurs, visiteurs) se mobilisent       L’EQSP conseille aux éleveurs qui
la municipalité de Saint-Denis-sur-          infectée.                                     collectivement pour appliquer rigoureu-      observent un ou plusieurs des signes
Richelieu. Tout comme dans les dia-                       Transmission                     sement les mesures de biosécurité pré-       cliniques de la DEP d’aviser immédia-
gnostics précédents, l’élevage a été mis       La DEP se transmet par contact direct       conisées afin de contrer la propagation      tement leur vétérinaire afin d’obtenir
en quarantaine et l’EQSP travaille avec      de porcs infectés ou par contact indirect     de la maladie. L’une des mesures les         un diagnostic et de lui déclarer tout cas
le producteur au déploiement du Plan         par des quais de chargement/décharge-         plus importantes demeure le lavage, la       positif au 1 866 363-2433.
d’action sur la DEP et à l’application       ment, des véhicules de transport et du        désinfection et le séchage des véhicules                     Soutien
des mesures de biosécurité rehaussée.        matériel de manipulation des porcs et         de transport après chaque voyage à un          Les producteurs dont les élevages sont
Plus tôt la semaine dernière, cinq autres    de nettoyage des remorques, de même           abattoir ou à un centre de rassemble-        frappés par la maladie peuvent compter
cas ont été détectés sur des sites de pro-   que par les vêtements et les chaussures       ment avant de retourner dans une ferme.      sur le soutien de l’EQSP. La Financière
duction de Saint-Denis-sur-Richelieu et      des visiteurs.                                  Les mesures de biosécurité peuvent         agricole du Québec (FADQ) a égale-
Saint-Aimé. Pour l’instant, la maladie         L’EQSP rappelle qu’il est indis-            être consultées au www.leseleveursde-        ment mis en place un fonds d’urgence
est circonscrite à la Montérégie. De         pensable que tous les intervenants du         porcsduquebec.com sous la section            de 400 000 $ afin d’aider au déploie-
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                                                                                                                                                                    PORCS

ment du Plan d’action sur la DEP. Ainsi,
les propriétaires de porcs dont l’élevage
                                                  En Ontario, plus de 200 cas ont été
                                                confirmés. Étant donné les échanges
                                                                                            menace, il est tout à fait possible d’éra-
                                                                                            diquer la DEP comme l’ont fait des
                                                                                                                                         Signes cliniques
est infecté ont accès à une aide finan-         entre le Québec, l’Ontario et les États-    propriétaires de troupeaux américains        Porcelets sous la mère (non sevrés) :
cière pouvant aller jusqu’à 20 000 $.           Unis, la maladie a fait son entrée dans     et ontariens, ajoute M. Pelletier.           diarrhée abondante accompagnée de
                Résistant                       la Belle Province en février 2014. L’Île-     Une étude du Centre de développe-          vomissements chez la majorité.
  La DEP a été introduite en avril 2013         du-Prince-Édouard et le Manitoba sont       ment du porc du Québec révèle qu’une
                                                                                                                                         Porcelets en pouponnière ou porcs
aux États-Unis où elle s’est rapidement         aussi aux prises avec la maladie. Au        épidémie de la même ampleur que celle
                                                                                                                                         en engraissement : anorexie, diarrhée
propagée. Au 24 décembre, le pays               cours des prochaines semaines, on peut      des États-Unis pourrait dépasser les
                                                                                                                                         abondante ou fèces molles chez la
recensait plus de 600 sites contaminés.         présumer que d’autres cas seront décou-     50 M$ la première année, et ce, pour les
                                                                                                                                         majorité et quelques vomissements.
Il a fallu seulement un an pour infec-          verts au Québec. « Les températures         éleveurs seulement. Pour une entreprise
ter la moitié des truies américaines, a         froides et l’humidité sont les conditions   naisseur-finisseur de taille moyenne, les    Porcs adultes : anorexie et apathie, diar-
expliqué le vétérinaire ontarien Doug           idéales pour la survie et la propagation    pertes sont estimées à plus de 70 000 $,     rhée abondante ou fèces molles chez la
MacDougald lors du récent événement             du virus », précise le coordonnateur        indique l’étude publiée dans le maga-        majorité et quelques vomissements.
Porc Show.                                      de l’EQSP, Martin Pelletier. Malgré la      zine Porc Québec.

Écolait
acquiert
Le Veau
Charlevoix
  L’entreprise Écolait compte relancer
Le Veau Charlevoix, placé sous la pro-
tection de la loi sur la faillite et l’insol-
vabilité en octobre dernier.
  D’une part, Écolait se veut le plus
grand producteur et transformateur de
veau de lait et de grain de la province.
D’autre part, Le Veau Charlevoix a fait
sa renommée grâce à son veau nourri
d’un mélange de lait et de grains, qui
« donne une viande rose et de teinte
égale, ferme, tendre, maigre et d’une
saveur délicate, mais bien marquée ».
La transaction a été annoncée le 9 jan-
vier. Ce mariage de raison propose
un modèle d’affaires innovant pour le
Québec, estime Écolait, qui compte
prendre de l’expansion dans l’ensemble
du Québec. « Nous sommes dotés d’un
abattoir moderne, d’un plan de pro-
duction certifié fédéral et d’un réseau
de distribution solide, et cela permet-
tra le maintien et le développement de
nouvelles fermes familiales partout en
région », a expliqué Jean Robert Audet,
fondateur de la marque il y a plus de
35 ans. L’homme d’affaires conti-
nuera d’assurer le développement du
Veau Charlevoix en collaboration avec
l’équipe d’Écolait. Le produit sera à
nouveau disponible dans les marchés
d’alimentation du Québec. Écolait pos-
sède des installations à Terrebonne, en
Ontario et aux États-Unis. Elle produit,
transforme et commercialise déjà la
gamme VIVO. J.M.
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