EBMT Nursing Education : Cellule souche hématopoïétique Mobilisation et cytaphérèse : Guide pratique à l'usage des infirmiers et autres ...

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EBMT Nursing Education : Cellule souche hématopoïétique Mobilisation et cytaphérèse : Guide pratique à l'usage des infirmiers et autres ...
EBMT Nursing Education :
Cellule souche hématopoïétique
Mobilisation et cytaphérèse :

                Guide pratique à l’usage
                des infirmiers et autres
                professionnels paramédicaux
                12 Novembre 2009

                                      I
EBMT Nursing Education : Cellule souche hématopoïétique Mobilisation et cytaphérèse : Guide pratique à l'usage des infirmiers et autres ...
L’EBMT (European Group for Blood and Marrow Transplantation)
  remercie les personnes suivantes pour leur analyse critique
       et leur contribution à l’élaboration de ce guide :
                Erik Aerts (infirmier diplômé) Suisse
           Aleksandra Babic (infirmière diplômée) Italie
           Hollie Devine (infirmière diplômée) États-Unis
        Françoise Kerache (infirmière diplômée) Allemagne
             Arno Mank (infirmier diplômé) Pays-Bas
                  Harry Schouten (M.D.) Pays-Bas
                     Nina Worel (M.D.) Autriche
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Cellule souche hématopoïétique
Mobilisation et cytaphérèse :
Guide pratique à l’usage des infirmiers et
autres professionnels paramédicaux

Table des matières

Chapitre 1 : Synthèse sur l’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques . . . . . . . . . . . . . . . 1

Chapitre 2 : Mobilisation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

Chapitre 3 : Collecte de cellules souches (cytaphérèse), conservation et ré-injection . . . . . . . . 13

Chapitre 4 : Comment évoquer certains sujets avec les patients. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19

Glossaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23

Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24

Autres ressources. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28

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Chapitre 1 : Synthèse
Chapitre 1 :
Synthèse sur l’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques

Les stratégies de traitement du cancer les plus reconnues comprennent la chimiothérapie et la radiothérapie.
L’objectif en administrant une chimiothérapie haute dose et/ou une radiothérapie aux patients présentant des
tumeurs non réfractaires est de réduire la taille tumorale. L’administration de ces traitements dans le respect
des doses élevées et du calendrier intensif qu’ils nécessitent, est souvent limitée par des toxicités d’organes
(par ex. moelle osseuse, cœur et poumon) et par une pancytopénie. Afin de surmonter ces limites liées à
la dose administrée, l’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques (ACSH), traitement à haute
dose basé sur l’injection de cellules souches hématopoïétiques, a évolué en un protocole médical permettant
l’administration de doses élevées de médicaments tout en conservant une toxicité acceptable vis-à-vis des
organes et du système hématopoïétique. L’injection de cellules souches autologues après un traitement
intensif permet de « récupérer » la moelle osseuse en rétablissant une hématopoïèse normale. Suite à la
récupération d’un fonctionnement normal de leur moelle osseuse, les patients peuvent être guéris ou recevoir un
traitement anti-cancéreux supplémentaire.1,2

L’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques est un protocole médical complexe utilisé pour traiter et
guérir les patients souffrant de diverses maladies malignes et non malignes. Bien que la première information
sur l’utilisation d’une autogreffe dans le traitement du cancer ait été rapportée dans les années 1890,3 la
guérison de patients souffrant de pathologies cancéreuses ne fut documentée qu’en 1978, suite à un essai
clinique mené au National Cancer Institute (Etats-Unis).4 A la suite de ce rapport, des progrès considérables ont
été réalisés dans la pratique de l’autogreffe et des milliers de patients à travers le monde ont bénéficié d’un
traitement réussi de leur maladie grâce à l’utilisation de l’autogreffe.

Le terme « autogreffe de cellules souches hématopoïétiques » est souvent employé comme synonyme des termes
autogreffe de la moelle osseuse, autogreffe des cellules souches du sang périphérique et autogreffe de cellules
hématopoïétiques.5 « Autogreffe » signifie que les cellules du donneur utilisées dans le protocole proviennent
du patient lui-même, par opposition à « allogénique » où elles proviennent de cellules d’un donneur différent
du patient. Dans certains cas de greffe allogénique, le terme « syngénique » est utilisé lorsque le donneur de
cellules est un jumeau monozygote du patient. La source de la collecte des cellules souches est identifiée par les
termes « moelle osseuse » et « sang périphérique ». Les cellules nécessaires au patient peuvent être prélevées
soit directement dans la moelle osseuse du donneur, telles que celles de la crête iliaque des os pelviens, soit
dans le sang périphérique du donneur. Par ailleurs, le sang de cordon ombilical, extrait du cordon ombilical
et du placenta après un accouchement, est une autre source de cellules souches progénitrices utilisées en
pratique clinique pour les greffes allogéniques.6 Quand deux autogreffes sont pratiquées de façon planifiée et
séquentielle, le processus est appelé « autogreffe de cellules souches en tandem »6,7

Pendant les trois décennies qui ont suivi la première utilisation réussie d’autogreffe, l’intérêt de ce traitement
dans les pathologies malignes et non malignes a été bien établi (Tableau 1)8. En cas de rechute de pathologies
malignes, les chimiothérapies standards peuvent provoquer des niveaux inacceptables de suppression de la
moelle osseuse (myélosuppression), entraînant une leucopénie, une thrombocytopénie, ainsi qu’une anémie.
Cela augmente le risque d’infections, potentiellement mortelles, et de saignements. Après une chimiothérapie,
le patient reçoit donc une greffe de cellules souches afin de régénérer la moelle osseuse endommagée.
Ainsi, la ré-injection de cellules souches autologues est devenue une stratégie thérapeutique permettant de
raccourcir la période de myélosuppression.9,11 Les données montrent qu‘un traitement à haute dose associé à
des cellules souches de sauvetage a un impact positif sur le taux de réponse de la maladie. Néanmoins, chez
certains patients, cette association ne permet pas d’améliorer la survie globale par rapport aux chimiothérapies
conventionnelles. Ainsi, le rôle définitif de l’autogreffe dans certaines situations, telles que le traitement du
lymphome de Hodgkin réfractaire ou en rechute, ou la leucémie lymphocytaire chronique reste en suspens12–15 et
les indications de l’autogreffe continuent à évoluer.

                                            Chapitre 1 : Synthèse sur l’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques   1
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Tableau 1. Indications de l’autogreffe des cellules souches hématopoïétiques chez l’adulte8
                                                            Option, basée sur                Nécessité d’études                Généralement non
     Maladie                   Traitement standard         un rapport bénéfice               ou d’investigations
                                                                                               supplémentaires                     recommandé
                                                                 / risque
     Leucémie aiguë                                                                    RC1 (risque standard, intermédiaire     RC2 (rechute naissante)
     lymphoblastique                                                                                ou élevé)              Maladie en rechute ou réfractaire
     Leucémie aiguë myéloïde RC1 (risque intermédiaire)       RC1 (risque faible                                               RC3 (rechute naissante)
                               M3 (RC2 moléculaire)               ou élevé)                                                 M3 (persistance moléculaire)
                                                                     RC2                                                   Maladie en rechute ou réfractaire
     Leucémie lymphoïde                                    Maladies de faible risque
     chronique
     Leucémie myéloïde                                                                  Première (PC), échec à l’imatinib           Crise blastique
     chronique                                                                         Phase accélérée ou > première PC
     Myélofibrose                                                                                                             primaire ou secondaire avec
                                                                                                                             un score de Lille intermédiaire
                                                                                                                                        ou élevé
     Syndrome                                                      AREBt                                                                   AR
     myélodysplasique                                        LAMs en RC1 ou RC2                                                          AREB
                                                                                                                                  Stades plus avancés
     LNH diffus à grandes       Rechute chimiosensible ;    RC1 (IPI intermédiaire                                                Maladie réfractaire
     cellules                            ≥ RC2              ou élevé au diagnostic)
     Lymphome du manteau                  RC1                                                                                     Maladie réfractaire
                                Rechute chimiosensible ;
                                         ≥ RC2
     Lymphome                                                        RC1                                                          Maladie réfractaire
     lymphoblastique                                       Rechute chimiosensible ;
     et lymphome de Burkitt                                         ≥ RC2
     LNH folliculaire à        Rechute chimiosensible ;     RC1 (IPI intermédiaire                                                Maladie réfractaire
     cellules B                         ≥ RC2               ou élevé au diagnostic)
     LNH à cellules T                                                RC1                 Rechute chimiosensible ; ≥ RC2           Maladie réfractaire
     Lymphome de Hodgkin       Rechute chimiosensible ;      Maladie réfractaire                                                         RC1
                                        ≥ RC2
     Lymphome de Hodgkin                                   Rechute chimiosensible ;                                                       RC1
     nodulaire à prédomi-                                           ≥ RC2
     nance lymphocytaire                                     Maladie réfractaire
     Myélome multiple                     
     Amylose                                                          
     Anémie aplasique sévère                                                                                                               
     Hémoglobinurie                                                                                                                        
     paroxystique nocturne
     Cancer du sein*                                         Situation adjuvante à           Réaction métastatique
                                                                  haut risque
                                                            Réaction métastatique
     Tumeurs à cellules             réfractaires de           Rechutes sensibles
     germinales                     troisième ligne
     Cancer de l’ovaire                                                                             RC/RP                     Rechute sensible au platine
     Méduloblastome*                                            Post-chirurgie                   Post-chirurgie
     Cancer du poumon à                                                                         Maladie limitée
     petites cellules
     Carcinome à cellules                                                                                                    Métastatiques, réfractaire aux
     rénales                                                                                                                           cytokines
     Sarcome à cellules                                                                      Réaction métastatique
     molles
     Cytopénies immunes                                               
     Sclérose systémique                                              
     Arthrite rhumatoïde                                              
     Sclérose multiple                                              
     Lupus érythémateux                                             
     systémique
     Maladie de Crohn                                               
     Polyradiculoneuropathie                                                                      
     inflammatoire
     démyélinisante chronique
    PC, phase chronique ; RC1, 2, 3, première, deuxième ou troisième rémission complète ; RC/RP, réponse complète/réponse partielle ; IPI, Index
    pronostique international ; LNH, lymphome non hodgkinien ; AR anémie réfractaire ; AREB, anémie réfractaire avec excès de blastes ; AREBt, anémie
    réfractaire avec excès de blastes en transformation ; LAMs, leucémie aiguë myéloïde secondaire ;  indique l’utilisation de l’autogreffe de cellules
    souches hématopoïétiques quel que soit le grade.
    *Chez les patients présentant un cancer du sein métastatique répondeur ou avec médulloblastome, l’autogreffe de cellules souches
    hématopoïétiques peut être envisagée si les avantages dépassent les risques, bien que des études supplémentaires soient encore nécessaires.

2   Cellule souche hématopoïétique Mobilisation et cytaphérèse :
    Guide pratique à l’usage des infirmiers et autres professionnels paramédicaux
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Une autogreffe est un processus complexe impliquant une approche et des ressources multidisciplinaires. Sur le
plan historique, ce traitement était proposé uniquement dans les centres hospitaliers universitaires. Néanmoins,
avec les progrès de la médecine et des connaissances sur les procédures d’autogreffe, les patients peuvent
désormais recevoir ce traitement dans des hôpitaux généraux. Le processus de la greffe de cellules souches
peut être résumé en huit étapes distinctes (Figure 1) : (1) administration des traitements de mobilisation, (2)
mobilisation, (3) collecte, (4) préparation du produit pour la conservation, (5) cryoconservation, (6) traitement
myéloablatif, (7) greffe de cellules souches et 8) prise de greffe et récupération.1,2,6,16
Pour de plus amples informations sur chaque étape, veuillez consulter le chapitre 3.

Figure 1. Le processus de greffe de cellules souches1,2,6,16

         Injections                                                          Mobilisation                                                        Collecte
1                                                           2                                                                       3
                                                                                                      Vaisseau
                                                                                                      sanguin

                                                                                         Moelle
                                                                                        osseuse

    Injections des traitements de mobilisation               Les cellules souches sont stimulées pour qu’elles                      Collecte des cellules souches mobilisées dans le
                                                             migrent de la moelle osseuse vers le système sanguin                   sang en utilisant une machine de cytaphérèse

          Préparation pour la                                                                                                                    Chimiothérapie
          conservation                                                        Cryoconservation                                                   et/ou irradiation
4                                                           5                                                                      6

    Les cellules souches prélevées sont stockées dans        Congélation des cellules souches pour utilisation                      Administration du traitement myéloablatif destiné
    des poches de perfusion                                  après réalisation du traitement myéloablatif                           à éradiquer d’éventuelles cellules cancéreuses
                                                                                                                                    résiduelles et à préparer la moelle à accueillir les
                                                                                                                                    nouvelles cellules

         Greffe des cellules souches                                         Prise de greffe et récupération
7                                                           8
                                                                de neutrophiles (NAN)
                                                                 Numération absolue

                                                                                                500                                                         20 000
                                                                                                                                    Plaquettes

                                                                                        Suivi après transplantation                                  Suivi après transplantation

    Les cellules souches précédemment prélevées sont        L’un des objectifs de l’autogreffe de cellules souches est de permettre aux cellules greffées de se transformer en cellules
    décongelées puis ré-injectées dans le système sanguin   matures et fonctionnelles, telles que les neutrophiles et les plaquettes. Les premiers signes de prise de greffe et de récupération
                                                            hématologique se traduisent par l’élévation de la numération absolue des neutrophiles et des plaquettes

                                                                           Chapitre 1 : Synthèse sur l’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques
                                                                                                                                                                                                  3
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Dès que les patients sont identifiés comme candidats à une autogreffe, ils subissent des examens permettant
    de s’assurer de leur capacité à tolérer la procédure. Des médicaments sont administrés aux patients pour
    stimuler la migration des cellules souches de la moelle osseuse vers le sang périphérique. Ces cellules sont alors
    prélevées par cytaphérèse. À l’issue de la cytaphérèse, les cellules sont traitées, puis cryoconservées en vue
    d’une utilisation future. Habituellement, la durée de conservation varie de quelques semaines à quelques mois,
    bien que certains chercheurs aient rapporté avoir conservé le produit pendant 14 ans sans que celui-ci ne perde
    sa viabilité .17-19 Après une cytaphérèse, les patients peuvent recevoir une chimiothérapie additionnelle pour
    traiter une maladie sous-jacente ou peuvent directement recevoir traitement myéloablatif pré-greffe (c.-à-d.,
    chimiothérapie à haute dose ± radiothérapie) suivi de l’injection des cellules souches précédemment collectées.
    Les premiers signes de prise de greffe sont une augmentation de la formule leucocytaire, survenant en général
    entre deux à quatre semaines après l’injection de cellules souches autologues.1,2

4   Cellule souche hématopoïétique Mobilisation et cytaphérèse :
    Guide pratique à l’usage des infirmiers et autres professionnels paramédicaux
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Chapitre 2 : Mobilisation

L’hématopoïèse désigne la fabrication des différents composants cellulaires du sang. Il s’agit d’un processus
continu qui permet le maintien du fonctionnement normal du système immunitaire et de l’hémostase. Chez
l’adulte, l’hématopoïèse se produit principalement dans la moelle osseuse du pelvis, du sternum, de la colonne
vertébrale et du crâne.20,21 La fabrication de cellules sanguines matures se situe spécifiquement dans le
microenvironnement de la moelle osseuse (Figure 2).20-22

Figure 2. Microenvironnement de la moelle osseuse20-22

                                                                                                                           Mobilisation
                                                                                                                           Chapitre 2 :
                             Cellules souches
                             hématopoïétiques

                                                    Vaisseau
                                                    sanguin

                                                                                  Cellules stromales

                                                                Ostéoclaste
                                  Matrice osseuse

Toutes les cellules sanguines sont dérivées des cellules souches, également appelées cellules souches
pluripotentes. Ces cellules ont une capacité d’auto renouvellement illimitée, ainsi qu’une capacité de se
différencier en tout type de cellule sanguine mature. La cellule souche pluripotente peut se différencier en
un des deux types de cellules souches communes - la cellule souche myéloïde commune et la cellule souche
lymphoïde commune. Ces cellules souches communes peuvent ensuite se différencier en cellules sanguines
via une cascade complexe d’évènements (Figure 3). Le résultat final est la fabrication de cellules myéloïdes
et lymphoïdes. Les cellules myéloïdes, telles que les globules rouges, les plaquettes, les macrophages et les
neutrophiles sont responsables de la régénération des tissus, de l’oxygénation, de la viscosité du sang, de la
coagulation et de la fonction immunitaire telle que l’immunité innée et acquise. Les cellules lymphoïdes,
notamment les cellules T et les cellules B, font partie de la base du système de l’immunité acquise.2,20

Les cytokines jouent un rôle majeur dans l’hématopoïèse. Quand les cellules souches sont exposées
aux cytokines, la cascade de maturation visant à produire les différentes cellules sanguines engagées est
déclenchée. Des exemples de cytokines importantes sont listés dans la Figure 3. Ces cytokines sont endogènes,
bien que pendant le processus de collecte de cellules souches, certaines cytokines exogènes sont administrées
aux patients, afin d’améliorer le rendement des cellules souches dans un court laps de temps.21-25 Ces cytokines
exogènes comprennent le filgrastim (facteur de croissance granulocytaire [G-CSF] glycosylé) et le lénograstim
(G-CSF non glycosylé).

                                                                                           Chapitre 2 : Mobilisation   5
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Figure 3. Cascade de maturation de la cellule souche2,20

                                   Cellule souche hématopoïétique

                        Différenciation                                                        Différenciation

      Cellules précurseurs lymphoïdes dédiées                        Cellules précurseurs myéloïdes dédiées

                         IL-2                                                                     SCF           GM-CSF
                         IL-7          Cytokines                                    Epo
                                                                                                  Tpo             IL-3
                        IL-12                                 GM-CSF
                                                  M-CSF        IL-3         G-CSF
                   Supplémentaire

                                                   Monocyte/                         Globule       Plaquettes        Éosinophile
               Cellule B      Cellule T                       Granulocyte
                                                   macrophage                         rouge

                               Cellules différenciées

    Epo, érythropoïétine ; G-CSF, facteur de croissance granulocytaire, GM-CSF, facteur de croissance granulocyte-macrophage ;
    IL, interleukine ; M-CSF, facteur de croissance des macrophages ; FCS, facteur de cellule souche ; Tpo, thrombopoïétine.

    Les chimiokines font partie d’un sous-groupe de cytokines associées à un seul récepteur et contribuant à
    la migration de la cellule. Les cellules stromales sont des couches de cellules responsables du maintien du
    microenvironnement de la moelle osseuse. Ces cellules sécrètent de la chimiokine SDF-1a. Cette chimiokine
    est une molécule de signalisation importante responsable de la prolifération, de l’écotropisme et de la prise
    de greffe des cellules souches. A un moment spécifique de leur développement, les cellules souches expriment
    le récepteur de chimiokine CXCR4. Le CXCR4 est responsable de l’ancrage des cellules souches dans le
    microenvironnement de la moelle osseuse. Quand le CXCR4 et le SDF-1a se lient, des interactions entre les
    intégrines et les molécules d’adhésion cellulaire se produisent également. L’ancrage des cellules souches au
    sein du microenvironnement de la moelle osseuse survient grâce à la production continue de SDF-1a par les
    cellules stromales. C’est la perte d’ancrage aux cellules stromales, ainsi que la perte de l’activité de SDF-1a qui
    favorisent la libération des cellules souches dans la circulation périphérique. Un blocage de ce récepteur avec
    un antagoniste de la chimiokine (tel que le plérixafor) provoque une augmentation de la quantité de cellules
    souches hématopoïétiques (CSH) et permet la collecte de cellules souches chez les patients présentant un
    myélome et un lymphome multiple.26-31

6   Cellule souche hématopoïétique Mobilisation et cytaphérèse :
    Guide pratique à l’usage des infirmiers et autres professionnels paramédicaux
Les cellules souches pluripotentes expriment le marqueur antigénique CD34. Ce marqueur est l’indicateur le plus
souvent utilisé en pratique clinique pour déterminer l’ampleur et l’efficacité des collectes de cellules souches
périphériques.25 Bien qu’ils ne représentent pas une mesure exacte de la qualité et de la quantité des cellules
prélevées, les échantillons sanguins issus des collectes sont analysés afin de déterminer le nombre de cellules
CD34+ présentes. Dès que l’objectif spécifique du nombre de cellules est atteint, les collectes de cellules sont
arrêtées et conservées pour une utilisation future. Les objectifs cibles peuvent varier en fonction des centres de
traitement et l’objectif spécifique du patient est lié à la maladie sous-jacente, la source des cellules souches et le
type de greffe à pratiquer. En général, un objectif de 2 × 106 CD34+ cellules/kg de poids corporel est considéré
comme minimum pour une autogreffe avec un objectif optimal de ≥ 5 × 106 CD34+ cellules/kg pour une seule
greffe et de ≥ 6 × 106 CD34+ cellules/kg pour une greffe en tandem.23,25,32-36

Historiquement, les prélèvements des cellules                     Figure 4. Prélèvement de la moelle
souches autologues impliquaient le prélèvement de la              osseuse
moelle osseuse de la région postérieure de la crête
iliaque du patient (Figure 4) sous anesthésie générale
au bloc opératoire. Néanmoins, avec les progrès de
la technologie médicale, la plupart des prélèvements
sont maintenant effectués par cytaphérèse (Figure 5).
Le prélèvement des cellules souches du sang
périphérique est considéré comme la méthode de
choix pour la mobilisation avant une ACSH, permettant
le confort du patient, une diminution de la morbidité
et une prise de greffe rapide des leucocytes et des
plaquettes. D’autres éléments de comparaison entre
le prélèvement de la moelle osseuse et du sang
périphérique pour une transplantation autologue sont
résumées dans le Tableau 2.1,2,37-40

Tableau 2. Avantages et inconvénients des
méthodes de collecte des cellules souches
hématopoïétiques1,2,37-40
 Méthode
                 Avantages                                        Inconvénients
 de collecte
 Moelle          • Collecte unique                                • Pratiqué dans un établissement ayant une structure
 osseuse                                                            de soins intensifs en raison de l’anesthésie générale
                 • Mise en place spéciale de cathéter non
                   requise                                        • Prise de greffe de neutrophiles et de plaquettes plus
                 • Utilisation des cytokines non requise            lente
                                                                  • Taux de morbidité et de mortalité plus élevés
                                                                  • Contamination du produit par les cellules tumorales
                                                                    potentiellement plus élevée
 Sang            • Anesthésie générale non requise et             • La collecte peut durer plusieurs jours
 périphérique      possibilité d’être effectuée en consultation   • Nécessite parfois la mise en place de cathéter à gros
                   externe                                          calibre et à double lumière pour la collecte
                 • Prise de greffe de neutrophiles et de          • Les hémorragies, les embolies et les infections sont
                   plaquettes plus rapide                           des complications possibles liées à l’insertion du
                 • Associé à des taux de morbidité et de            cathéter veineux central
                   mortalité inférieurs
                 • Contamination du produit par les cellules
                   tumorales potentiellement moins élevée

                                                                                                   Chapitre 2 : Mobilisation   7
Figure 5. Collecte par cytaphérèse
                                                                                           Les concentrations des CSH sont de
                                                                                           10 à 100 fois supérieures dans la
                                                                                           moelle osseuse que dans la circulation
                                                                                           périphérique.1 Par conséquent, des
                                                                                           méthodes permettant d’augmenter les
                                                                                           concentrations des CSH circulantes
                                                                                           sont nécessaires afin d’assurer des
                                                                                           collectes satisfaisantes. Les traitements
                                                                                           pour mobiliser les CSH incluent
                                                                                           l’administration de cytokines avec ou
                                                                                           sans chimiothérapie préalable aux
                                                                                           périodes de collecte.
    L’utilisation de filgrastim et de lénograstim seuls comme mobilisateurs est bien établie ; ces deux agents ayant
    démontré de façon reproductible des concentrations élevées de CSH circulantes.41,42 On pense que le G-CSF
    stimule la mobilisation des CSH en diminuant l’expression génétique de SDF-1a et les niveaux protéiniques tout
    en augmentant les protéases qui peuvent cliver les interactions entre les CSH et l’environnement de la moelle
    osseuse.43-46 Le mécanisme d’action du G-CSF est illustré dans la Figure 6.43-46 La dose recommandée de filgrastim
    et de lénograstim est de 10 mcg/kg/j par injection sous-cutanée pendant plusieurs jours.47,48 Cependant, ces
    facteurs de croissance sont typiquement administrés à une dose quotidienne totale de 3-24 mcg/kg/j.25 Les
    données indiquent que des doses divisées de G-CSF (par ex., lénograstim 5 mcg/kg deux fois par jour) sont plus
    efficaces que l’administration d’une dose unique (par ex., lénograstim 10 mcg/kg quotidiennement) en raison
    d’un rendement supérieur de cellules CD34+ avec moins de cytaphérèse.49-51 Toutefois, la pratique clinique
    courante ne favorise aucune des deux approches.

    Figure 6. Mécanisme d’action du G-CSF43-46

          Vaisseau sanguin

        Moelle osseuse
                                         G-CSF
                                                                   Neutrophile
                   Cellules CD34+
                                         Prolifération                       Libération de protéases

                                                                                                                            CXCR4
                                        Molécule d'adhésion

                                                                                              SDF-1α

                                                                     Cellule stromale

                                                                                                             Ostéoblaste

    CXCR4, récepteur 4 de chimiokine ; G-CSF, facteur de croissance granulocytaire ; SDF-1α, facteur-1 alpha dérivé de la cellule stromale.

8   Cellule souche hématopoïétique Mobilisation et cytaphérèse :
    Guide pratique à l’usage des infirmiers et autres professionnels paramédicaux
Comme il est fréquent d’observer une augmentation des CSH après un traitement par chimiothérapie
myélosuppressive, une méthode alternative de mobilisation des CSH consiste à administrer une chimiothérapie
en association aux cytokines.22,24,25 Ce procédé est souvent appelé « chimiomobilisation ». La chimiothérapie
et les cytokines agissent en synergie pour mobiliser les CSH, bien que le mécanisme exact de la mobilisation
par chimiothérapie ne soit pas totalement connu. Les mécanismes possibles de la mobilisation après une
chimiothérapie incluent les effets de la chimiothérapie sur l’expression des molécules d’adhésion cellulaire dans
la moelle osseuse et les dommages induits par la chimiothérapie sur les cellules stromales de la moelle osseuse.
Ces deux mécanismes produisent des concentrations élevées de CSH circulantes dues à la perturbation du
microenvironnement de la moelle osseuse.28 La cinétique de la production des cellules CD34+ et des leucocytes
après une chimiothérapie et l’administration de facteurs de croissance sont illustrées dans la Figure 7.
Figure 7. Cinétique généralisée du leucocyte et de la cellule                  Les agents chimiothérapeutiques
CD34+ Mobilisation dans le sang périphérique après une                         les plus couramment utilisés
                                                                               en chimiomobilisation sont le
chimiothérapie et l’administration de cytokines
                                                                               cyclophosphamide et l’étoposide
                                                                               à haute dose.22,25,38 Le filgrastim
                    Leucocytes
                    Cellules CD34+                                             (5 mcg/kg/j) peut être utilisée la
                    Aphérèse                                                   cytokine dans la chimiomobilisation.47
  Niveau cellulaire

                                                                               Comme aucune chimiothérapie
                                                                               de mobilisation n’a démontré de
                                                                               supériorité par rapport aux autres,
                                                                               certains cliniciens choisissent
                                                                               d’utiliser la chimiothérapie dédiée
                1               5                    10                        à la maladie pour la mobilisation.
           Nombre de jours après l'administration de la chimiothérapie         Des exemples d’associations
                                                                               ainsi utilisées sont le protocole
     Chimiothérapie                    G-CSF                                   cyclophosphamide, doxorubicine,
                                                                               vincristine, prédnisone (CHOP)
G-CSF, facteur de croissance granulocytaire.
                                                                               ou le protocole infosfamide,
                                                                               carboplatine, étoposide (ICE).25
De plus, l’utilisation de rituximab (un anti-corps monoclonal dirigé vers les cellules exprimant le CD20)
avant la mobilisation n’a démontré aucun rendement inférieur de cellules CD34+. En fait, il peut aider à
réduire la contamination tumorale du greffon infecté.52,53 Les évènements indésirables associés aux agents
chimiothérapeutiques couramment utilisés lors de la mobilisation sont listés dans le Tableau.54,55

Tableau 3. Complications* associées aux agents chimiothérapeutiques couramment utilisés
pour la mobilisation (par exemple le cyclophosphamide ou l’étoposide)54,55
 Effets secondaires à court terme                                                                Effets secondaires à long terme
 •                    Malaise général (faiblesse)                                                •   Miction réduite (peut indiquer une
 •                    Infertilité                                                                    lésion rénale)
 •                    Symptômes GI (diarrhées, nausées, vomissements, perte d’appétit, gêne      •   Difficulté respiratoire ou œdème
                      ou douleur d’estomac)                                                          (peuvent indiquer une insuffisance
 •                    Effets cutanés et de la muqueuse (érythème, modification de la texture         cardiaque congestive)
                      des ongles, alopécie, inflammation de la muqueuse)                         •   Malignités secondaires (peuvent
 •                    Myélosuppression (thrombocytopénie, leucopénie)                                se présenter sous forme de
 •                    Effets secondaires liés à l’injection (tels que hypertension artérielle,       nævus inhabituels, de plaies
                      bouffées vasomotrices, douleur thoracique, fièvre, diaphorèse, cyanose,        cutanées non cicatrisantes ou de
                      urticaire, angio-œdème et bronchospasme)                                       plastrons inhabituels)
 •                    Réaction allergique
 •                    Signes d’infection, par exemple frissons ou fièvre
 •                    Sang dans l’urine (peut indiquer une lésion de la vessie)
 •                    Sang dans les selles
GI, gastro-intestinal.
* Merci de consulter les monographies des produits concernés pour une liste complète des réactions indésirables.

                                                                                                                Chapitre 2 : Mobilisation   9
Le plérixafor est un nouvel agent récemment                     Figure 8. Mécanisme d’action du plérixafor57-61
     autorisé par l’Union européenne en association
     avec le G-CSF chez les patients présentant ou
     un lymphome ou un myélome multiple dont                           Vaisseau sanguin
     les cellules se mobilisent mal, dans le but de
     mobiliser les cellules de la moelle osseuse
     dans le sang périphérique pour une collecte et
                                                                       Moelle osseuse
     une autogreffe.56 Le plérixafor est une petite
     molécule antagoniste du CXCR4 qui inhibe
     réversiblement l’interaction entreNeutrophil
                                             le CXCR4                                 Plérixafor
                                                                                      Plerixafor
     et le SDF-1a (voir le mécanisme d’action du
     plérixafor à la Figure 8).57-61 Il a été démontré
     que l’utilisation du plérixafor en association
                                                                          Cellules CD34+
     avec le G-CSF améliorait la collecte de cellules                                                                        CXCR4
     CD34+ chez les patients présentant un
     lymphome ou un myélome multiple par rapport
     à l’utilisation du G-CSF seul.30,62,63 Les effets
     secondaires indésirables associés à l’utilisation                                                        SDF-1α
     du filgrastim, du lénograstim, et du plérixafor
     sont listés dans le Tableau 4.47,48,56,64

     Un inconvénient de la collecte des CSH est
     le mauvais rendement des cellules souches.
     Le facteur de risque le plus important d’une
     mobilisation inadéquate est le nombre de               Cellules stromales
     séances de chimiothérapie myélosuppressive
                                                                                                    Osteoblast
                                                          CXCR4, récepteur 4 de chimiokine; SDF-1α, facteur 1-alpha dérivé de la
     administrées au patient avant la collecte. Les
                                                          cellules stromale
     agents toxiques pour les cellules souches,
     tels que le cyclophosphamide (doses > 7,5 g/m2), le melphalan, la carmustine, le procarbazine, la fludarabine,
     la moutarde azotée et le chlorambucil sont particulièrement nuisibles au rendement des collectes de cellules
     souches. D’autres facteurs de risque associés à une collecte moins importante de cellules CD34+ sont listés
     dans le Tableau 5.25,65-73

     Tableau 4. Réactions indésirables* très fréquentes (> 10 %) associées aux agents utilisés dans
     la mobilisation des cellules souches47,48,56,64

      Agent                                                      Événements indésirables

      Filgrastim                                                 •     Douleur musculosquelettique
      Lénograstim                                                •     Douleur osseuse et dorsale
                                                                 •     Leucocytose et thrombocytopénie
                                                                 •     Hausses passagères des tests de la fonction hépatique
                                                                 •     LDH élevée
                                                                 •     Céphalée et asthénie

      Plérixafor                                                 •     Diarrhée et nausée
                                                                 •     Réactions sur les sites d’injection et de perfusion
     LDH, lactodéshydrogénase.
     * Merci de consulter les résumés des monographies des produits pour obtenir une liste complète des réactions indésirables.

10    Cellule souche hématopoïétique Mobilisation et cytaphérèse :
      Guide pratique à l’usage des infirmiers et autres professionnels paramédicaux
Tableau 5. Facteurs de risque et caractéristiques associés à une faible mobilisation des
cellules souches25,65-73
 •    Type et nombre de séances de chimiothérapie administrées au patient avant la mobilisation
 •    Âge avancé (> 60 ans)
 •    Cycles multiples de chimiothérapie préalables au traitement de la maladie sous-jacente
 •    Radiothérapie
 •    Intervalle de temps court entre la chimiothérapie et la mobilisation
 •    Maladie extensive
 •    Maladie réfractaire
 •    Infiltration tumorale de la moelle osseuse
 •    Utilisation préalable de lénalidomide
 •    Indication de mauvais fonctionnement de la moelle osseuse (par ex. faible taux de plaquettes et de cellules CD34+
      à la numération) au moment de la mobilisation

Peu d’options sont disponibles pour les patients présentant une faible mobilisation et la prise en charge
standard de ces patients continue d’évoluer et reste mal définie. Les stratégies couramment utilisées pour
la remobilisation comprennent l’élévation des doses des agents de chimiothérapie et/ou des cytokines,
l’association de plusieurs cytokines, ainsi que l’allongement du temps entre le traitement chimiothérapique de
la maladie et la cytaphérèse. Une stratégie alternative consiste à prélever des cellules de la moelle osseuse.
Cependant, elle perd de son importance vis-à-vis des méthodes mentionnées précédemment en raison d’une
prise de greffe plus lente, besoin supérieur en ressources (hospitalisation prolongée et prise en charge
thérapeutique plus conséquente) et un risque plus élevé de mortalité.25,35,65,66,74-76 Les nouveaux agents récemment
autorisés (tel que le plérixafor) semblent prometteurs dans le cadre des techniques de mobilisation établies
pour augmenter le rendement des cellules souches pendant la collecte. Une comparaison entre les méthodes de
mobilisation est listée dans le Tableau 6.22,24,25,28,37-39

Tableau 6. Comparaison des méthodes de mobilisation22,24,25,28,37-39,77-81
 Régime de mobilisation               Caractéristiques
 Filgrastim ou lénograstim            •    Administration en consultation externe
                                      •    Peut être auto-administré
                                      •    Efficacité élevée chez la plupart des patients
                                      •    Mobilisation prévisible, permettant une planification facile de la cytaphérèse
                                      •    Durée moins importante entre l’administration et la collecte par rapport à
                                           l’utilisation de facteur de croissance + chimiothérapie
                                      •    Douleur osseuse
                                      •    Faible rendement de cellules souches par rapport à l’utilisation de facteur de
                                           croissance + chimiothérapie
 Filgrastim ou lénograstim +          •    Rendement plus élevé de cellules souches par rapport à l’utilisation du
 chimiothérapie                            facteur de croissance seul
                                      •    Collecte de cellules souches inférieure
                                      •    Potentiel pour des activités anti-cancéreuses
                                      •    Peut détériorer une future mobilisation de cellules souches
                                      •    Peut nécessiter une hospitalisation
                                      •    Associé à un nombre croissant d’effets indésirables
                                      •    Résultats contradictoires
                                      •    Durée plus importante entre l’administration et la collecte par rapport à
                                           l’utilisation de facteur de croissance
                                      •    Faible prévisibilité de la durée nécessaire pour atteindre le niveau maximum
                                           de cellules CD34+ du sang périphérique
 Filgrastim ou lénograstim +          •    Faible toxicité
 plérixafor                           •    Administration en consultation externe
                                      •    Faible taux d’échec
                                      •    Probabilité élevée de prélèvement du nombre optimal de cellules CD34+
                                      •    Efficace chez les faibles mobilisateurs
                                      •    Mobilisation prévisible, permettant une planification facile de la cytaphérèse
                                      •    Durée plus courte entre l’administration et la collecte par rapport à
                                           l’utilisation de facteur de croissance + chimiothérapie
                                      •    Effets gastro-intestinaux indésirables

                                                                                                   Chapitre 2 : Mobilisation   11
Chapitre 3 : Collecte de cellules souches (cytaphérèse),
conservation et ré-injection
Avant l’initiation du processus de collecte de cellules souches, les patients doivent être examinés attentivement
afin de déterminer les candidats aptes à recevoir une greffe et capables de tolérer l’ensemble des procédures.
Certaines des évaluations médicales, infirmières et psychologiques peuvent s’effectuer avant qu’il ne soit dirigé
vers un service de greffe. L’hématologue/oncologue traitant du patient sert souvent de premier contact pendant
le processus de greffe. Toutes les analyses, évaluations et préparations du patient, nécessaires au cours de la
greffe, impliquent de nombreux professionnels des soins de santé travaillant ensemble pour coordoner cette
procédure médicale complexe.
La pré-évaluation médicale constitue la première étape que doit effectuer le patient avant une CSH. Cela signifie
que l’oncologue traitant du patient doit le recommander à un centre ou à un service de greffe. Le médecin
référant doit fournir à l’équipe de greffe toutes les informations spécifiques concernant les soins prodigués
jusqu’à présent, ses antécédents médicaux, le stade de son cancer, un résumé des traitements et des réponses
aux anti-cancéreux et les complications survenues pendant les traitements. Tous les clichés radiographiques et
résultats des analyses de laboratoire disponibles doivent accompagner ces informations.
Après avoir pris connaissance des informations concernant le patient, l’équipe de greffe met en œuvre sa
propre batterie de tests et d’évaluations afin de décider si le patient est éligible à une collecte et à une
greffe de cellules souches. Cela implique une réévaluation du stade actuel de la maladie, une évaluation
du fonctionnement de divers organes (par ex. reins, foie et poumons), une documentation sur l’absence de

                                                                                                                                   Collecte de cellules souches,
                                                                                                                                    conservation et réinjection
certaines conditions de comorbidités et de maladies infectieuses (par ex. insuffisance cardiaque congestive,
VIH) et une évaluation de l’état général psychosocial du patient. Dès lors, une information complète débutera à

                                                                                                                                            Chapitre 3 :
l’intention du patient, de sa famille et/ou de ses professionnels de santé. Souvent un membre de la profession
infirmière (infirmier clinique, infirmier éducateur ou infirmier coordinateur) coordonnera le processus
d’éducation du patient et de ceux impliqués dans son traitement (voir Chapitre 4).
Dès que le patient est déclaré éligible à une greffe, sa préparation au processus de collecte peut commencer.
La méthode privilégiée pour l’accès veineux est la mise en place d’un cathéter périphérique au moment de la
phase de cytaphérèse (par ex. insertion dans la veine cubitale antérieure). Pour les patients chez lesquels un
accès périphérique n’est pas faisable, une sélection appropriée de cathéter et une mise en place d’un accès
veineux central (par ex. veine jugulaire interne) sont planifiées avant la première collecte de cellules souches.
Les cathéters utilisés pour une cytaphérèse doivent être capables de supporter de grandes fluctuations du
volume sanguin circulant. De ce fait, ces cathéters sont souvent des dispositifs à gros calibre et à double
lumière qui peuvent être utilisés temporairement pour la collecte ou placés de façon permanente durant tout
le processus de greffe. Tout comme avec la plupart des cathéters placés aux membres supérieurs, les patients
doivent être suivis pour des signes et symptômes d’hypertension artérielle, d’essoufflements et de diminution
du bruit respiratoire, qui sont des indications de perforation de la paroi veineuse, d’hémothorax et/ou de
pneumothorax tous rares, mais constituant des complications sérieuses pouvant survenir. Dans certains cas,
les cathéters à cytaphérèse peuvent être placés centralement dans une veine fémorale si le patient présente
un risque élevé de développer des complications avec le cathéter placé aux membres supérieurs ou sur la paroi
thoracique. Pour les cathéters placés centralement, une évaluation radiographique est réalisée afin de vérifier
son positionnement avant son utilisation. De plus, les instructions sur l’entretien du cathéter, afin de prévenir
toute infection et de maintenir son intégrité, doivent être revues avec le patient et /ou les professionnels de
santé.1,2,16,82,83
La préparation à la collecte de cellules souches dans un centre ou un service pratiquant la cytaphérèse est
réalisée après l’évaluation pré-greffe et la mise en place du cathéter. Les patients sont informés et conseillés
sur le traitement qu’ils reçoivent pendant la mobilisation, le calendrier d’administration et les effets indésirables
prévus. Comme indiqué dans le Chapitre 2, les agents utilisés pendant cette phase de l’autogreffe comprennent
généralement une cytokine (tel que le filgrastim) administrée seule avec ou sans chimiothérapie spécifique, ou
suivant, chimiothérapie dédiée à la maladie ou enfin plus récemment, du filgrastim ou du lénograstim associé

                                      Chapitre 3 : Collecte de cellules souches (cytaphérèse), conservation et ré-injection   13
au plérixafor. Selon le choix du schéma de mobilisation, les patients peuvent avoir leur première séance de
     cytaphérèse après quatre à cinq jours ou, dans certains cas, après deux à trois semaines.1,16,83 La durée de
     la mobilisation est déterminée par l’évaluation de la numération leucocytaire du patient. Des numérations
     leucocytaires en série permettent au clinicien de déterminer le moment approprié pour le début des collectes.
     Certains centres de collecte peuvent utiliser le taux de cellules CD34+ périphériques comme marqueur de
     l’état de mobilisation. Le seuil d’initiation de la cytaphérèse peut varier d’un centre à l’autre, se situent entre 5
     et 20 cellules CD34+/microlitre. Bien qu’elles soient utiles dans l’estimation de l’efficacité de la mobilisation,
     les numérations des cellules CD34+ du sang périphérique peuvent varier d’un centre à l’autre ou au sein d’un
     même centre.35,84,85
     Figure 9. Exemple d’une machine de cytaphérèse Lorsque la mobilisation atteint son niveau optimal,
                                                                           le patient peut être planifié pour des séances de
                                                                           collecte dans le centre de cytaphérèse. Un technicien
                                                                           en cytaphérèse spécialisé dans la collecte de cellules
                                                                           souches est responsable du matériel utilisé dans
                                                                           le processus de collecte (Figure 9). Les infirmiers
                                                                           cliniques au sein du service de cytaphérèse sont
                                                                           tenus d’informer le patient sur le processus
                                                                           de collecte et de le surveiller afin de détecter
                                                                           d’éventuels signes de réactions indésirables. Les
                                                                           patients sont reliés à la machine de cytaphérèse par
                                                                           leur cathéter. Une ligne est utilisée pour transférer
                                                                           le sang du patient à la machine. Là, le sang est
                                                                           centrifugé dans une chambre de centrifugation
                                                                           située dans le séparateur de cellules de la machine.
                                                                           Les cellules souches désirées sont collectées
                                                                           pendant toute la procédure, soit par cycles, soit
                                                                           continuellement et les composants sanguins restants
                                                                           sont réinjectés au patient par la seconde ligne de son
                                                                           cathéter. Cette seconde ligne peut aussi être utilisée
                                                                           pour l’administration de solutions intraveineuses,
                                                                           de suppléments électrolytiques et de médicaments.
     Chaque séance de cytaphérèse dure environ deux à cinq heures, durant lesquelles plus de trente litres de sang ou
     six fois le volume sanguin moyen traités. La collecte peut s’effectuer quotidiennement jusqu’à ce que les objectifs
     cibles de cellules CD34+ soient atteints. Le processus de cytaphérèse peut durer jusqu’à quatre jours en fonction des
     caractéristiques du patient et du régime de mobilisation utilisé.2,16,17,82,86-88
     Les protocoles de cytaphérèse sont relativement sûrs. Bien que le taux de mortalité soit très faible et estimé à
     trois décès pour 10 000,89 la cytaphérèse est associée à quelques morbidités. Le citrate est un anti-coagulant uti-
     lisé pendant le processus de cytaphérèse afin d’empêcher la coagulation du sang. Ainsi, l’un des effets indésirables
     les plus communs survenant pendant ce processus, est la toxicité liée au citrate qui se manifeste par une hypocal-
     cémie, à la liaison du calcium sérique ionisé. Les signes et symptômes de la toxicité au citrate, ainsi que sa prise en
     charge sont détaillés dans le Tableau 7. Un suivi de la calcémie avant et pendant tout le processus de cytaphérèse
     peut réduire la probabilité d’une hypocalcémie.16,82,90 D’autres effets indésirables de la toxicité au citrate incluent
     une hypomagnésémie, une hypokaliémie et une alcalose métabolique. Le magnésium, tout comme le calcium, est
     un ion bivalent qui est lié par le citrate. Les diminutions des niveaux de magnésium sérique sont souvent plus pro-
     noncées et prennent plus de temps à se normaliser que les anomalies concernant le taux de calcium. Les signes
     et symptômes de l’hypomagnésémie, de l’hypokaliémie et de l’alcalose métabolique ainsi que leur prise en charge
     sont détaillés dans le Tableau 7.16,82,90

14   Cellule souche hématopoïétique Mobilisation et cytaphérèse :
     Guide pratique à l’usage des infirmiers et autres professionnels paramédicaux
Tableau 7. Les complications courantes liées à la cytaphérèse16,82,90
Effet indésirable Cause                      Signes et symptômes                            Action corrective
Toxicité au         Anticoagulant (citrate) Hypocalcémie                                    Diminuer le taux d’aphérèse ;
citrate             administré pendant la Fréquents : étourdissements, picotements          augmenter le rapport sang/
                    cytaphérèse             de la bouche, des mains et des pieds            citrate ; traitement de
                                                                                            supplémentation en calcium
                                             Rares : frissons, tremblements, convulsions
                                             et crampes musculaires, crampes
                                             abdominales, tétanie, ictus, arythmie
                                             cardiaque
                                             Hypomagnésémie                                 Diminuer le taux d’aphérèse ;
                                             Fréquents : spasmes musculaires ou             augmenter le rapport sang/
                                             faiblesse                                      citrate ; traitement de
                                                                                            supplémentation en magnésium
                                             Rares : diminution de la tonicité vasculaire
                                             Hypokaliémie                                   Diminuer le taux d’aphérèse ;
                                             Fréquents : faiblesse                          augmenter le rapport sang/
                                                                                            citrate ; traitement de
                                             Rares : hypotonie et arythmie cardiaque        supplémentation en potassium
                                             Alcalose métabolique                           Diminuer le taux d’aphérèse ;
                                             Fréquents : aggravation de l’hypocalcémie      augmenter le rapport sang/
                                                                                            citrate
                                            Rares : diminution de la fréquence
                                            respiratoire
Thrombocytopénie    Des plaquettes          Faible numération plaquettaire, ecchymoses, Préparer la machine à aphérèse
                    adhèrent à la surface saignements                                   avec des produits sanguins au
                    interne de la machine à                                             lieu de soluté physiologique ;
                    cytaphérèse                                                         transfusion de plaquettes
Hypovolémie         Patient intolérant à    Étourdissements, fatigue, sensations            Diminuer le taux de la séance
                    d’importants transferts ébrieuses, tachycardie, hypotension, diapho-    d’aphérèse ou l’arrêter
                    de sang extracorpo-     rèse, arythmie cardiaque                        temporairement ; bolus de
                    rels et de volumes de                                                   liquides intraveineux
                    plasma
Défaillance du      Formation de caillots    Incapacité à évacuer le cathéter, accumu-      Diminuer le taux de la séance
cathéter            de sang ou cathéter      lation sous-cutanée de liquide autour de       d’aphérèse ou l’arrêter
                    mal placé pour per-      la zone du cathéter ; douleurs et érythème     temporairement ; bolus de
                    mettre un flux sanguin   dans la zone du cathéter ; tuméfaction du      liquides intraveineux
                    approprié                bras, diminution du flux sanguin
Infection           Des agents pathogènes Fièvre, frissons, fatigue, peau rougeâtre et      Administrer des antibiotiques ;
                    microbiens pénètrent érythémateuse autour du cathéter, hypoten-         éventuellement enlever le
                    le sang à travers le   sion, hémocultures positives                     cathéter
                    cathéter ou le site du
                    cathéter

Certains patients peuvent subir une hypovolémie due aux importantes fluctuations dans le volume de sang
pendant la cytaphérèse. Les signes et symptômes d’une hypovolémie, ainsi que sa prise en charge sont détaillés
dans le Tableau 7.16,82,90 Avant le début de la cytaphérèse, le pouls et la pression artérielle sont mesurés puis
continuellement évalués à intervalles réguliers. Il est également recommandé que le taux d’hémoglobine
et l’hématocrite soient suivis. Les patients qui risquent de développer une hypovolémie sont les personnes
présentant une anémie ou des antécédents cardiovasculaires et les enfants et adultes de petite taille. Les
mesures préventives tentent de minimiser la variation du volume extracorporel préparant la machine de
cytaphérèse avec des globules rouges et du plasma frais congelé plutôt qu’avec un soluté physiologique normal.
Une hypovolémie peut également être prise en charge en administrant des bolus intraveineux de solutés et
en diminuant le débit du flux de la machine de cytaphérèse. Un autre problème potentiel provoqué par une
hypovolémie est le développement d’une arythmie cardiaque, potentiellement mortelle. En cas de survenue, la
cytaphérèse doit être interrompue et les symptômes doivent avoir disparu avant de poursuivre les collectes.16,82,90
La thrombocytopénie, les infections et la défaillance du cathéter sont autant de complications qui peuvent
survenir pendant la collecte des cellules souches. Lorsque le sang du patient est présent dans le séparateur
de cellules de la machine, les plaquettes peuvent adhérer au dispositif de centrifugation. Des diminutions
dans la concentration de plaquettes peuvent être importantes et il est essentiel d’effectuer des numérations

                                      Chapitre 3 : Collecte de cellules souches (cytaphérèse), conservation et ré-injection   15
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